Nous Sommes De Retour
Danilo Clementoni






Danilo Clementoni



Nous sommes de retour

Les aventures dâAtzakis et PÃ©tri



Titre original : Il ritorno

Traduction : MaÃ¯a Rosenberger

Ãditeur : Tektime


Ce livre est une Åuvre de fantaisie. Les noms, personnes, lieux et organisations citÃ©s sont le fruit de lâimagination de lâauteur et ont pour seul objectif de participer Ã  la vÃ©racitÃ© de lâintrigue. Toute analogie avec des faits avÃ©rÃ©s ou des personnes rÃ©elles, vivantes ou dÃ©cÃ©dÃ©es, serait le fait du hasard.



NOUS SOMMES DE RETOUR

Copyright Â© 2013 Danilo Clementoni



IÃ¨re Ãdition : novembre 2013

Ãdition franÃ§aise : novembre 2017

Traduction : MaÃ¯a Rosenberger



ÃditÃ© et publiÃ© Ã  compte dâauteur : Tektime â www.traduzionelibri.it



facebook: https://www.facebook.com/danilo.clementoni

blog : dclementoni.blogspot.it

e-mail : d.clementoni@gmail.com



Tous droits rÃ©servÃ©s. Aucun extrait de cette publication ne peut en aucun cas Ãªtre reproduit, y compris par quelque systÃ¨me mÃ©canique ou Ã©lectronique que ce soit, sans autorisation Ã©crite prÃ©alable de lâÃ©diteur, Ã  lâexception de quelques brefs extraits, Ã  des fins de compte-rendu.


Ã ma femme et Ã  mon fils, pour la patience dont ils ont fait preuve Ã  mon Ã©gard, et pour toutes les prÃ©cieuses suggestions quâils mâont faites, contribuant ainsi Ã  nous rendre meilleurs, mon roman et moi.

Un remerciement particulier Ã  tous mes amis, qui mâont constamment rÃ©confortÃ© et encouragÃ© Ã  poursuivre ce travail jusquâau bout ; sans leur soutien, ce roman nâaurait jamais vu le jour.

Je voudrais remercier MaÃ¯a Rosenberger, ma traductrice, pour l'excellent travail effectuÃ© et pour la passion et le professionnalisme qu'elle a toujours montrÃ© durant toute la traduction.


" Nous Ã©tions repartis. Une seule de nos annÃ©es solaires sâÃ©tait Ã©coulÃ©e depuis que nous avions Ã©tÃ© obligÃ©s dâabandonner leur planÃ¨te de toute urgence, mais pour eux, pour les Terriens, 3600 annÃ©es sâÃ©taient Ã©coulÃ©es.

Quâallions-nous trouver ? "




Introduction


La douziÃ¨me planÃ¨te, Nibiru (la planÃ¨te du passage), comme lâappelaient les SumÃ©riens, ou Marduk (le roi des cieux), comme la rebaptisÃ¨rent les Babyloniens, est en rÃ©alitÃ© un corps cÃ©leste dont la rÃ©volution dure 3600 ans autour du soleil.

Son orbite est remarquablement elliptique, rÃ©trograde - elle tourne autour du soleil dans le sens contraire Ã  celui des autres planÃ¨tes - et trÃ¨s inclinÃ©e sur le plan du systÃ¨me solaire.

Ses rapprochements cycliques ont presque toujours provoquÃ© de grands bouleversements interplanÃ©taires, sur les orbites et sur la configuration mÃªme des planÃ¨tes qui composent le systÃ¨me solaire. Ce fut notamment lâun de ses plus tumultueux passages qui, dans une collision Ã©pique, dÃ©truisit la majestueuse planÃ¨te Tiamat, placÃ©e entre Mars et Jupiter, dâune masse neuf fois supÃ©rieure Ã  la masse actuelle de la Terre, riche en eau, et dotÃ©e de onze satellites au moins. Lâune des sept lunes qui orbitent autour de Niribu heurta la gigantesque Tiamat, la cassant littÃ©ralement en deux, et dÃ©portant les deux morceaux sur des orbites diffÃ©rentes. Lors de son passage suivant (le Â« deuxiÃ¨me jour Â» de la GenÃ¨se), les autres satellites de Nibiru achevÃ¨rent ce qui avait Ã©tÃ© commencÃ© en dÃ©truisant complÃ¨tement une des deux parties qui sâÃ©taient formÃ©es au cours de la premiÃ¨re collision. Une partie des dÃ©bris gÃ©nÃ©rÃ©s par ces collisions multiples formÃ¨rent ce que nous connaissons sous le nom de Â« Ceinture dâastÃ©roÃ¯des Â» -ou Â« Bracelet MartelÃ© Â», comme la nommaient les SumÃ©riens. Les dÃ©bris restants furent incorporÃ©s par les planÃ¨tes les plus proches. Jupiter en capta le plus grand nombre, augmentant ainsi sa propre masse de faÃ§on considÃ©rable.

Les satellites responsables du dÃ©sastre et les restes de lâex-planÃ¨te Tiamat furent, pour la majeure partie de ces derniers, Â« projetÃ©s Â» sur des orbites externes, et devinrent ce que nous appelons aujourdâhui les comÃ¨tes. Les autres, rescapÃ©s du deuxiÃ¨me passage, se placÃ¨rent en revanche sur une orbite stable entre Mars et VÃ©nus, emportant avec eux le dernier satellite dâorigine, et crÃ©ant ainsi ce que nous connaissons comme la Terre, et son insÃ©parable compagne, la Lune.

La cicatrice provoquÃ©e par cette collision cosmique advenue il y a environ quatre milliards dâannÃ©es est encore partiellement visible. La partie Ã©raflÃ©e de la nouvelle planÃ¨te est actuellement recouverte par les eaux de ce qui sâappelle lâOcÃ©an Pacifique. Dâune superficie de plus de 179 millions de kilomÃ¨tres carrÃ©s, il occupe environ un tiers du globe terrestre. Il nây a presque aucune terre Ã©mergÃ©e dans cet espace immense, mais uniquement une vaste dÃ©pression qui plonge Ã  des profondeurs de plus de dix kilomÃ¨tres.



Niribu a actuellement des caractÃ©ristiques trÃ¨s proches de celles de la Terre. Elle est aux deux tiers recouverte dâeau, le reste Ã©tant occupÃ© par un unique continent qui sâÃ©tend du Nord au Sud sur une superficie totale de 100 millions de kilomÃ¨tres carrÃ©s. Depuis des centaines de milliers dâannÃ©es, certains de ses habitants nous ont rendu visite Ã  chaque rapprochement cyclique de leur planÃ¨te avec la nÃ´tre. Ce faisant, ils ont influencÃ© la culture, les connaissances, la technologie, et lâÃ©volution mÃªme de lâespÃ¨ce humaine. Nos prÃ©dÃ©cesseurs les ont dÃ©signÃ©s sous bien des noms, mais peut-Ãªtre le terme qui les reprÃ©sente le mieux, depuis toujours, est-il celui de Â« Dieux Â».




Vaisseau spatial ThÃ©os - 1.000.000 km de Jupiter


Atzakis Ã©tait confortablement installÃ© dans un petit fauteuil sombre Ã  mÃ©moire de forme qu'un vieil ami Artisan avait rÃ©alisÃ© de ses propres mains. Il lui en avait fait cadeau quelques annÃ©es auparavant, lors de sa premiÃ¨re mission interplanÃ©taire.

Â« Il te portera chance Â» lui avait-il dit ce jour-lÃ . Â« Il t'aidera Ã  te dÃ©tendre et Ã  prendre les bonnes dÃ©cisions quand tu en auras besoin. Â»

Et en effet, depuis lors, il avait pris nombre de dÃ©cisions, assis lÃ , et la chance lui avait souvent souri. Il avait donc toujours fait en sorte dâemporter avec lui ce cher souvenir, en dÃ©pit des nombreuses rÃ¨gles qui prÃ©tendaient en empÃªcher lâutilisation, surtout dans un vaisseau de catÃ©gorie Bousen-1 comme celui oÃ¹ il se trouvait Ã  lâheure actuelle.



Rapide, vertical, un filet de fumÃ©e bleu ciel s'Ã©levait du cigare quâil tenait entre le pouce et l'index de sa main droite, pendant quâil essayait de parcourir du regard les 4,2 UA


  qui le sÃ©paraient encore de son but. MÃªme sâil faisait ce type de voyages depuis plusieurs annÃ©es dÃ©sormais, l'obscuritÃ© de l'espace environnant et les milliards d'Ã©toiles qui le constellaient le fascinaient toujours, et avaient toujours le pouvoir de sâemparer de ses pensÃ©es. Le grand hublot ovale, juste devant lui, lui permettait dâavoir une perspective complÃ¨te vers sa destination, et il Ã©tait toujours stupÃ©fiÃ© que ce champ de force si mince puisse le protÃ©ger du froid sidÃ©ral de l'espace, et empÃªcher l'air de sâÃ©chapper dâun seul coup Ã  lâextÃ©rieur, aspirÃ© par le vide absolu. La mort aurait alors Ã©tÃ© presque immÃ©diate.

Il aspira une rapide bouffÃ©e Ã  son long cigare et se remit Ã  regarder dans la lunette holographique en face de lui, oÃ¹ apparaissait le visage fatiguÃ© et mal rasÃ© de PÃ©tri, son compagnon de voyage, qui, de l'autre cÃ´tÃ© du vaisseau, rÃ©parait le systÃ¨me de contrÃ´le des conduits dâÃ©vacuation. Il sâamusa un moment Ã  en dÃ©former l'image en soufflant dessus la fumÃ©e qu'il avait aspirÃ©e, crÃ©ant un effet dâondulation qui le fit penser aux mouvements sinueux des sensuelles danseuses qu'il avait l'habitude d'aller retrouver, quand il rentrait enfin chez lui pour jouir d'un peu de repos bien mÃ©ritÃ©.



PÃ©tri, son ami et compagnon dâaventures, avait presque trente-deux ans, et il en Ã©tait Ã  sa quatriÃ¨me mission de ce genre. Sa stature imposante et massive inspirait le respect Ã  tous ceux qui le rencontraient. Il avait des yeux aussi noirs que lâespace Ã  lâextÃ©rieur du vaisseau, des cheveux longs, foncÃ©s, et en bataille, qui lui arrivaient jusquâaux Ã©paules. Il mesurait presque deux mÃ¨tres trente, avait un buste et des bras puissants, capables de soulever un Nebir


  adulte sans aucun effort, mais il avait une Ã¢me dâenfant. Il pouvait sâÃ©mouvoir en voyant Ã©clore une fleur de Soel


 , rester pendant des heures Ã  regarder, extasiÃ©, la mer et les vagues qui se brisent sur les cÃ´tes Ã©burnÃ©ennes du Golfe de Saraan


 . CâÃ©tait une personne incroyable, loyale, de toute confiance, prÃªte Ã  donner sa vie pour lui sans aucune hÃ©sitation. Sans PÃ©tri Ã  ses cÃ´tÃ©s, il ne serait jamais parti. CâÃ©tait la seule personne en qui il avait une confiance aveugle, et qui ne lâaurait jamais trahi.



Les moteurs du vaisseau, rÃ©glÃ©s pour une navigation Ã  lâintÃ©rieur du systÃ¨me solaire, Ã©mettaient leur bourdonnement biphasique, habituel et rassurant. Ce son confirmait Ã  ses oreilles expÃ©rimentÃ©es que tout fonctionnait parfaitement. Son audition Ã©tait si fine quâelle lui aurait permis dâentendre jusquâÃ  une variation de 0,0001 Lasig dans les chambres de combustion, bien avant que le systÃ¨me de contrÃ´le automatisÃ© ne la dÃ©tecte, malgrÃ© toute sa sophistication. Câest notamment pour cela quâon lâavait autorisÃ©, dÃ¨s son jeune Ã¢ge, Ã  prendre le commandement dâun vaisseau de la catÃ©gorie Pegasus.

Bien des camarades de son Ã¢ge auraient donnÃ© un bras pour pouvoir Ãªtre Ã  sa place. Mais, Ã  cet instant, câest lui qui y Ã©tait.



Son implant intraoculaire O^COM fit apparaÃ®tre devant ses yeux le nouvel itinÃ©raire recalculÃ©. Il Ã©tait incroyable quâun objet de quelques microns seulement puisse assurer autant de fonctions. Directement insÃ©rÃ© dans le nerf optique, il pouvait afficher un tableau de bord entier, superposant lâimage Ã  ce que lâon avait rÃ©ellement devant soi. Les premiers temps, Ã§a nâavait pas Ã©tÃ© facile de sâhabituer Ã  cette invention diabolique, et plus dâune fois la nausÃ©e avait menacÃ© de prendre le dessus. Mais dÃ©sormais, il nâaurait plus pu sâen passer.

Le systÃ¨me solaire tout entier tournait autour de lui dans toute sa fascinante majestÃ©. Le petit point bleu, proche du gÃ©ant Jupiter, reprÃ©sentait la position de son vaisseau, et la mince ligne rouge, lÃ©gÃ¨rement plus incurvÃ©e que la prÃ©cÃ©dente, dÃ©jÃ  un peu dÃ©colorÃ©e, indiquait la nouvelle trajectoire dâapproche de la Terre.

Lâattraction gravitationnelle de la plus grande planÃ¨te du systÃ¨me solaire Ã©tait impressionnante. Ils devaient absolument rester Ã  distance de sÃ©curitÃ© : seule la puissance de ses deux moteurs Bousen aurait permis au ThÃ©os dâÃ©chapper Ã  cette Ã©treinte mortelle.

â Atzakis -grinÃ§a le communicateur portable reposant sur la console devant lui. Il faudrait quâon vÃ©rifie lâÃ©tat des joints dans le compartiment six.



Tu ne lâas pas encore fait ? rÃ©pondit-il dâun ton amusÃ©, dont il savait quâil irritait son compagnon.


â Jette ce cigare puant et viens me donner un coup de main ! tonna PÃ©tri.

Je le savais.

Il avait rÃ©ussi Ã  le mettre en colÃ¨re, et il Ã©tait tout content.

â Me voilÃ , me voilÃ . Jâarrive, compagnon, ne tâÃ©nerve pas comme Ã§a.

â DÃ©pÃªche-toi ! Ãa fait quatre heures que je suis dans ce cloaque et je nâai aucune envie de rire.

Il Ã©tait bougon, comme toujours, mais rien ni personne ne pouvait les sÃ©parer.

Ils se connaissaient depuis lâenfance. PÃ©tri lui avait plusieurs fois Ã©vitÃ© un passage Ã  tabac assurÃ© : enfant, il Ã©tait dÃ©jÃ  beaucoup plus grand que les autres, et il interposait sa taille respectable entre son ami et la bande de voyous qui le prenait toujours de mire.

Les belles reprÃ©sentantes de lâautre sexe ne se seraient certainement pas battues pour attirer lâattention du genre de garÃ§on quâavait Ã©tÃ© Atzakis. Il sâhabillait toujours de faÃ§on nÃ©gligÃ©e, avait les cheveux rasÃ©s, un physique gracile, et Ã©tait constamment connectÃ© au RÃ©seau


  par lequel il absorbait des millions dâinformations Ã  une vitesse dix fois supÃ©rieure Ã  la moyenne. DÃ¨s lâÃ¢ge de dix ans, ses remarquables performances dans les Ã©tudes lui avaient valu dâaccÃ©der au niveau C, soit Ã  la possibilitÃ© dâacquÃ©rir des connaissances inaccessibles Ã  la majoritÃ© de ses camarades. Lâimplant neuronal NËCOM, qui lui mÃ©nageait ce type dâaccÃ¨s, avait malheureusement quelques inconvÃ©nients mineurs. Pendant les phases dâacquisition, la concentration devait Ãªtre quasiment absolue et, vu quâil y passait la majeure partie de son temps, il avait presque toujours une expression absente, le regard vide, complÃ¨tement Ã©tranger Ã  tout ce qui se passait autour de lui. Pour Ãªtre honnÃªte, on pensait en gÃ©nÃ©ral que, contrairement Ã  ce que proclamaient les Anciens, ce garÃ§on Ã©tait un peu retardÃ©.

Mais il sâen fichait.

Sa soif de connaissances Ã©tait sans limites. MÃªme de nuit, il restait connectÃ©. Il Ã©tait bien conscient, vu la nÃ©cessitÃ© de concentration absolue, quâen phase de sommeil ses capacitÃ©s dâacquisition Ã©taient rÃ©duites Ã  un petit 1% ; mais il ne voulait cependant gÃ¢cher aucun instant de sa vie sans avoir la possibilitÃ© dâaccroÃ®tre son bagage culturel.

Il se leva en esquissant un petit sourire, et se dirigea en direction du compartiment six, oÃ¹ son ami lâattendait.




PlanÃ¨te Terre - Tell el-Mukayyar - Irak


Pour la Ã©niÃ¨me fois, Ãlisa Hunter essuyait cette maudite petite goutte de sueur qui, de son front, roulait lentement vers son nez pour tomber ensuite dans le sable brÃ»lant. Cela faisait dÃ©jÃ  plusieurs heures quâÃ  genoux, avec son insÃ©parable Trowel Marshalltown


 , elle grattait avec dÃ©licatesse le sol dans le but de dÃ©gager, sans lâendommager, ce qui semblait Ãªtre la partie supÃ©rieure dâune pierre tombale.

Mais, depuis le dÃ©but, cette hypothÃ¨se ne la satisfaisait pas.

Elle se trouvait dans les alentours de la Ziggourat dâUr


  depuis deux mois, suite Ã  une autorisation qu'elle avait obtenue grÃ¢ce Ã  sa rÃ©putation dâarchÃ©ologue et de grande spÃ©cialiste de la langue sumÃ©rienne. Depuis les premiÃ¨res fouilles, au dÃ©but du XXÃ¨me siÃ¨cle, de nombreuses tombes avaient Ã©tÃ© mises au jour, mais on n'avait jamais retrouvÃ© aucune rÃ©alisation de ce type Ã  l'intÃ©rieur. Compte tenu de sa forme carrÃ©e particuliÃ¨re et de ses grandes dimensions, on aurait dit, plus quâun cercueil, une espÃ¨ce de Â« couvercle Â» dâun rÃ©cipient enterrÃ© jadis, pour protÃ©ger ou cacher quelque chose.

N'ayant encore que partiellement dÃ©gagÃ© la partie supÃ©rieure de ce rÃ©cipient prÃ©sumÃ©, elle ne pouvait malheureusement pas encore en estimer la hauteur. Les caractÃ¨res cunÃ©iformes qui recouvraient toute la surface visible du couvercle ne ressemblaient Ã  rien de ce quâelle avait pu voir auparavant. Leur traduction lui prendrait des jours et des nuits, sans sommeil.



â Professeur !

Ãlisa leva la tÃªte et, mettant sa main droite devant ses yeux pour se protÃ©ger du soleil, elle vit son adjoint Hisham qui venait rapidement vers elle.

â Professeur, rÃ©pÃ©ta lâhomme, il y a un appel de la base pour vous. Ãa a l'air urgent.



Jâarrive. Merci Hisham.


Elle profita de cette pause forcÃ©e pour boire une gorgÃ©e de lâeau, maintenant presque bouillante, Ã  la gourde quâelle portait toujours attachÃ©e Ã  sa ceinture.



Un appel de la base... Ãa ne pouvait annoncer que des ennuis.



Elle se leva et battit son pantalon des mains, ce qui souleva de nombreux petits nuages de poussiÃ¨re. Puis elle se dirigea vers la tente qui faisait office de base pour le chantier.

Elle ouvrit la fermeture Ã©clair de la tente et entra. Il lui fallut un peu de temps pour que ses yeux sâhabituent au changement de luminositÃ©, mais cela ne lâempÃªcha pas de reconnaÃ®tre, sur l'Ã©cran, le visage massif du colonel Jack Hudson qui fixait le vide d'un air sombre, attendant sa rÃ©ponse.



Le colonel Ã©tait officiellement en charge de lâÃ©quipe stratÃ©gique de lutte contre le terrorisme, stationnÃ©e Ã  Nassiriya, mais sa mission rÃ©elle Ã©tait de coordonner une sÃ©rie de recherches scientifiques ordonnÃ©es et supervisÃ©es par un fantomatique dÃ©partement du nom d'ELSAD


 . Ce dÃ©partement Ã©tait nimbÃ© du mystÃ¨re qui entoure toujours les structures de ce genre. Presque personne ne connaissait les buts et les objectifs de cette affaire. Tout ce quâon savait, c'est que le commandement opÃ©rationnel dÃ©pendait directement du prÃ©sident des Ãtats-Unis dâAmÃ©rique.

En rÃ©alitÃ©, Ãlisa se fichait de tout cela. La vÃ©ritable raison pour laquelle elle avait acceptÃ© cette proposition de participer Ã  l'une des expÃ©ditions Ã©tait quâelle aurait enfin pu revenir sur les lieux quâelle aimait le plus au monde pour y faire son mÃ©tier, quâelle adorait, et dans lequel elle Ã©tait considÃ©rÃ©e, malgrÃ© son jeune Ã¢ge -elle avait trente-huit ans- comme lâune des plus compÃ©tentes et performantes dans son domaine.



â Bonsoir Colonel, dit-elle en arborant son meilleur sourire. Qu'est-ce qui me vaut lâhonneur ?

â Professeur Hunter, cessez vos simagrÃ©es. Vous connaissez trÃ¨s bien la raison de mon appel. La permission qui vous a Ã©tÃ© accordÃ©e pour achever vos travaux n'est plus valable depuis deux jours, et vous nâavez donc pas le droit de rester.

Sa voix Ã©tait ferme et rÃ©solue. Cette fois, mÃªme le charme indÃ©niable dâÃlisa ne pourrait rien pour obtenir un dÃ©lai supplÃ©mentaire. Elle dÃ©cida donc de jouer sa derniÃ¨re carte.



Depuis que la coalition conduite par les Ãtats-Unis avait entrepris, le 23 mars 2003, dâenvahir lâIrak dans le but prÃ©cis de destituer le dictateur Saddam Hussein, accusÃ© de dÃ©tenir des armes de destruction massive (accusation qui s'Ã©tait rÃ©vÃ©lÃ©e fausse par la suite) et dâappuyer le terrorisme islamique, toutes les recherches archÃ©ologiques en Irak, dÃ©jÃ  plutÃ´t difficiles en temps de paix, avaient subi un brusque coup d'arrÃªt. Seule la fin formelle des hostilitÃ©s, le 15 avril 2003, avait ravivÃ© chez les archÃ©ologues du monde entier l'espoir de pouvoir Ã  nouveau approcher un des lieux oÃ¹, selon toute probabilitÃ©, les plus anciennes civilisations de lâhistoire sâÃ©taient dÃ©veloppÃ©es, et dâoÃ¹ leurs cultures avaient ensuite rayonnÃ© sur tout le globe.

Fin 2011, la dÃ©cision prise par les autoritÃ©s irakiennes de rouvrir les fouilles de certains sites considÃ©rÃ©s comme Ã©tant d'une valeur historique inestimable afin de Â« valoriser leur patrimoine culturel Â» avait transformÃ© l'espoir en certitude. Sous l'Ã©gide de lâONU et suite Ã  nombre d'autorisations signÃ©es et contresignÃ©es par un nombre inconcevable Â« d'autoritÃ©s Â», certains groupes de chercheurs, choisis et contrÃ´lÃ©s par des commissions spÃ©ciales, purent travailler, pendant des pÃ©riodes limitÃ©es, dans les principales zones dâintÃ©rÃªt archÃ©ologique du territoire irakien.



â Mon cher Colonel -dit-elle, en sâapprochant le plus possible de la webcam pour que ses grands yeux Ã©meraude puissent produire lâeffet quâelle espÃ©rait- vous avez parfaitement raison.

Elle Ã©tait bien consciente que le fait de donner immÃ©diatement raison Ã  son interlocuteur le disposerait mieux Ã  son Ã©gard.

â Mais nous sommes maintenant si prÃ¨s.

â Si prÃ¨s de quoi ? hurla le colonel en se levant de sa chaise et en appuyant ses poings sur son bureau. Ãa fait des semaines que vous me chantez toujours la mÃªme chanson. Je ne suis plus disposÃ© Ã  vous accorder ma confiance sans avoir vu, de mes propres yeux, quelque chose de concret.

â Si vous me faites lâhonneur de me rejoindre ce soir pour dÃ®ner, je serai heureuse de vous montrer quelque chose qui vous fera changer d'avis. Quâen dites-vous ?

Elle fit un beau sourire qui dÃ©couvrit ses dents trÃ¨s blanches, et passa sa main dans ses cheveux blonds ; cela fit le reste, elle Ã©tait sÃ»re de l'avoir convaincu.

Le colonel fronÃ§a les sourcils, essayant de garder lâÅil furieux, mais il savait trÃ¨s bien qu'il ne pourrait pas rÃ©sister Ã  cette proposition. Ãlisa lui avait toujours beaucoup plu, et la perspective d'un dÃ®ner en tÃªte-Ã -tÃªte l'intriguait.

MalgrÃ© ses quarante-huit ans, il Ã©tait encore bel homme, au fond. AthlÃ©tique, les traits bien dessinÃ©s, de courts cheveux poivre et sel, un regard puissant et rÃ©solu, soutenu par des yeux dâun bleu intense, il avait en outre une excellente culture gÃ©nÃ©rale qui lui permettait de participer Ã  des discussions sur de nombreux sujets, et lâensemble, ajoutÃ© au charme indÃ©niable de lâuniforme, en faisait un reprÃ©sentant encore trÃ¨s Â« intÃ©ressant Â» du sexe masculin.

â Dâaccord, soupira-t-il, mais si ce soir vous ne mâapportez pas quelque chose de vraiment remarquable, vous pourrez commencer Ã  ramasser tout votre fourbi et Ã  faire vos valises.

Il essaya dâutiliser le ton le plus autoritaire de son rÃ©pertoire, sans bien y parvenir.

â Rendez-vous Ã  20 heures ! Soyez prÃªte ! Une voiture viendra vous chercher Ã  votre hÃ´tel !

Il coupa la communication, regrettant un peu de ne lâavoir mÃªme pas saluÃ©e.



Zut, il faut que je me dÃ©pÃªche ! Il ne me reste que quelques heures avant la nuit.



â Hisham, cria-t-elle en sortant la tÃªte de la tente. Vite, appelle toute lâÃ©quipe. Je vais avoir besoin de toute lâaide disponible.

Elle parcourut Ã  pas rapides les quelques mÃ¨tres qui la sÃ©paraient de la zone de fouilles en laissant derriÃ¨re elle des petits nuages de poussiÃ¨re. En quelques minutes, tout le monde Ã©tait rÃ©uni autour dâelle, dans lâattente de ses ordres.

â Toi, sâil te plaÃ®t, retire le sable de cet angle-lÃ , ordonna-t-elle en indiquant le fragment de pierre le plus Ã©loignÃ©. Et toi, aide-le. Faites trÃ¨s attention, je vous en prie. Si je ne me trompe pas, cet objet va nous sauver la mise.




Vaisseau spatial ThÃ©os - Orbite de Jupiter


La capsule sphÃ©rique de transport, extrÃªmement confortable malgrÃ© ses petites dimensions, parcourait Ã  une vitesse moyenne dâenviron 10 m/s le couloir numÃ©ro trois, et conduisait Atzakis Ã  lâentrÃ©e du compartiment oÃ¹ lâattendait son compagnon PÃ©tri.



Le ThÃ©os, une sphÃ¨re, lui aussi, dâun diamÃ¨tre de quatre-vingt-seize mÃ¨tres, avait dix-huit couloirs en forme de tube, d'un peu plus de trois cents mÃ¨tres de longueur chacun. Ils avaient Ã©tÃ© construits en mÃ©nageant entre chacun dâentre eux un espacement de dix degrÃ©s, comme les mÃ©ridiens, et couvraient toute la circonfÃ©rence du vaisseau. Chacun des vingt-trois niveaux, d'une hauteur de quatre mÃ¨tres -Ã  lâexception de la soute centrale, au niveau onze, qui mesurait le double- Ã©tait facilement accessible grÃ¢ce aux Â« arrÃªts Â» mÃ©nagÃ©s Ã  chaque Ã©tage dans tous les couloirs. Dans la pratique, on mettait au maximum quinze secondes pour relier les deux points les plus Ã©loignÃ©s du vaisseau.



Le freinage de la capsule Ã©tait Ã  peine perceptible. La porte sâouvrit avec un lÃ©ger sifflement et derriÃ¨re elle PÃ©tri apparut, campÃ© sur ses jambes, les bras croisÃ©s.

â Ãa fait des heures que jâattends, dit-il, sur un ton vraiment peu crÃ©dible. Tu as fini dâobstruer les filtres Ã  air avec cette horreur puante que tu traÃ®nes avec toi ? Lâallusion Ã  son cigare Ã©tait Ã  peine voilÃ©e.

Ignorant la provocation avec un petit sourire, Atzakis tira de sa ceinture un testeur portable et lâactiva d'un geste du pouce.

â Tiens-moi Ã§a et essayons de faire vite, dit-il en lui passant lâappareil d'une main, tandis que de lâautre, il essayait de placer la sonde Ã  l'intÃ©rieur du joint Ã  sa droite.

â LâarrivÃ©e est prÃ©vue dans cinquante-huit heures et je suis trÃ¨s inquiet.

â Pourquoi ? demanda naÃ¯vement PÃ©tri.

â Je ne sais pas, mais jâai comme le pressentiment quâune mauvaise surprise nous attend.

Lâoutil que PÃ©tri tenait entre ses mains commenÃ§a Ã  Ã©mettre une sÃ©rie de sons Ã  diffÃ©rentes frÃ©quences. Il lâobserva sans avoir la moindre idÃ©e de ce que cela pouvait bien signifier. Il leva les yeux vers le visage de son ami, Ã  la recherche dâun signe quelconque, mais sans rÃ©sultat. Se dÃ©plaÃ§ant trÃ¨s calmement, Atzakis plaÃ§a le capteur sur lâautre joint. Le testeur gÃ©nÃ©ra une nouvelle sÃ©quence de sons indÃ©chiffrables. Puis ce fut le silence. Atzakis prit lâinstrument de la main de son camarade, observa attentivement les rÃ©sultats, puis sourit.

â Tout est normal. Nous pouvons continuer.

Ce n'est qu'alors que PÃ©tri sâaperÃ§ut quâil avait cessÃ© de respirer depuis un certain temps. Il expira tout cet air et Ã©prouva immÃ©diatement un sentiment de soulagement. MÃªme minime, un dÃ©faut d'un de ces joints aurait pu compromettre irrÃ©mÃ©diablement leur mission et les obliger Ã  rebrousser chemin le plus vite possible. CâÃ©tait bien la derniÃ¨re chose quâils auraient voulue. Ils y Ã©taient presque, maintenant.

â Je vais me laver, dit PÃ©tri en essayant de se dÃ©barrasser d'un peu de poussiÃ¨re. La visite aux conduits dâÃ©chappement est toujours aussi... Et, tordant sa lÃ¨vre supÃ©rieure, il ajouta :

â instructive !

Atzakis sourit.

â On se retrouve au pont de commandement.

PÃ©tri appela la capsule et, une seconde plus tard, il avait dÃ©jÃ  disparu.

Le systÃ¨me central communiqua qu'ils avaient dÃ©passÃ© lâorbite de Jupiter sans problÃ¨mes et quâils se dirigeaient sans encombre vers la Terre. D'un lÃ©ger mais rapide mouvement oculaire vers la droite, Atzakis demanda une nouvelle fois Ã  son O^COM de lui faire voir l'itinÃ©raire. Le petit point bleu qui Ã©voluait sur la ligne rouge sâÃ©tait maintenant lÃ©gÃ¨rement dÃ©placÃ© vers lâorbite de Mars. Le compte Ã  rebours, qui calculait lâheure estimÃ©e de lâarrivÃ©e, indiquait cinquante-huit heures prÃ©cises, et la vitesse du vaisseau Ã©tait de 3000 km/s. Atzakis Ã©tait de plus en plus nerveux. Pourtant, il savait bien que le vaisseau sur lequel il voyageait Ã©tait le premier Ã  Ãªtre Ã©quipÃ© des nouveaux moteurs Bousen d'une conception totalement diffÃ©rente des prÃ©cÃ©dents. Ses concepteurs avaient dÃ©clarÃ© quâils auraient pu pousser le vaisseau Ã  une vitesse proche dâun dixiÃ¨me de celle de la lumiÃ¨re. Mais il ne s'y Ã©tait jamais hasardÃ© : 3000 km/s lui semblaient plus que suffisants pour un premier voyage.

Des cinquante-six membres de lâÃ©quipage qui auraient normalement dÃ» embarquer sur le ThÃ©os, seuls huit avaient Ã©tÃ© sÃ©lectionnÃ©s pour cette premiÃ¨re mission, PÃ©tri et Atzakis compris. Les raisons que les Anciens avaient avancÃ©es n'avaient pas Ã©tÃ© trÃ¨s dÃ©taillÃ©es. Ils sâÃ©taient bornÃ©s Ã  considÃ©rer que, vu la nature et la destination du voyage, des difficultÃ©s auraient pu se prÃ©senter, et quâil Ã©tait donc prÃ©fÃ©rable de ne pas mettre inutilement trop de vies en danger.



Et nous, nous pourrions Ãªtre sacrifiÃ©s ? Qu'est-ce que c'Ã©tait que ces histoires. CâÃ©tait toujours pareil. Quand il fallait risquer sa peau qui est-ce quâon envoyait ? PÃ©tri et Atzakis.



Dans le fond, cependant, leur propension Ã  lâaventure et leur remarquable habiletÃ© Ã  rÃ©soudre les situations Â« complexes Â» leur avaient permis dâobtenir un certain nombre dâavantages apprÃ©ciables.

Atzakis vivait dans la magnifique ville de Saaran, au sud du Continent, dans un immense espace qui avait jusquâÃ  peu Ã©tÃ© utilisÃ© comme dÃ©pÃ´t pour les Artisans de la ville. GrÃ¢ce Ã  ses Â« avantages Â», il Ã©tait parvenu Ã  le rÃ©cupÃ©rer pour son usage personnel et avait obtenu lâautorisation de le modifier Ã  son goÃ»t.

Le mur orientÃ© au Sud avait Ã©tÃ© entiÃ¨rement remplacÃ© par un champ de forces similaire Ã  celui de son vaisseau spatial, pour quâil puisse admirer, dans son insÃ©parable fauteuil Ã  mÃ©moire de forme, le merveilleux golfe en contrebas. Si nÃ©cessaire, cependant, le mur pouvait se transformer en un gigantesque systÃ¨me tridimensionnel oÃ¹ il pouvait visionner simultanÃ©ment jusquâÃ  douze Ã©missions du RÃ©seau. Plus dâune fois, ce systÃ¨me sophistiquÃ© de contrÃ´le et de gestion lui avait permis de recueillir trÃ¨s tÃ´t des informations dÃ©cisives, lui permettant ainsi de rÃ©soudre des crises dâimportance considÃ©rable. Il nâaurait plus pu sâen passer.

Une aile entiÃ¨re de lâancien dÃ©pÃ´t avait quant Ã  elle Ã©tÃ© rÃ©servÃ©e Ã  sa collection de Â« souvenirs Â»


  ramenÃ©s de chaque mission effectuÃ©e au fil des annÃ©es Ã  travers lâespace. Chacun dâeux lui rappelait quelque chose de spÃ©cial, et chaque fois quâil se trouvait parmi cet amas dâobjets trÃ¨s particuliers, il ne pouvait que remercier sa bonne Ã©toile et surtout son cher ami qui, plus dâune fois, lui avait sauvÃ© la vie.

PÃ©tri, en revanche, tout en sâÃ©tant toujours distinguÃ© dans ses Ã©tudes, nâaimait pas la technologie trop avancÃ©e. Bien quâil soit capable de conduire sans difficultÃ©s quasiment tous les types dâappareils volants en circulation, quâil connaisse Ã  la perfection chaque modÃ¨le dâarme et tous les systÃ¨mes de communication locaux et interplanÃ©taires, câest Ã  son instinct et Ã  ses capacitÃ©s manuelles quâil se fiait bien souvent pour rÃ©soudre les problÃ¨mes qui se prÃ©sentaient Ã  lui. Plus dâune fois, Atzakis lâavait vu sous ses yeux transformer en trÃ¨s peu de temps un tas informe de ferraille en moyen de transport ou en arme de dÃ©fense redoutable. CâÃ©tait incroyable ! Il Ã©tait en mesure de construire tout ce dont il avait besoin. Il le devait certainement, en partie, Ã  ce que son pÃ¨re, Artisan trÃ¨s douÃ©, lui avait transmis en hÃ©ritage, mais il le devait surtout Ã  son infinie passion pour les techniques et les arts. DÃ¨s sa jeunesse, il avait Ã©tÃ© Ã©merveillÃ© par la faÃ§on dont les compÃ©tences manuelles des Artisans pouvaient transformer la matiÃ¨re inerte en objets technologiques trÃ¨s utiles, tout en prÃ©servant leur Â« beautÃ© Â» interne.



Un son dÃ©sagrÃ©able, fort et intermittent, fit sursauter Atzakis en le ramenant immÃ©diatement Ã  la rÃ©alitÃ©. Lâalarme automatique de proximitÃ© venait de sâallumer.




Nassiriya - LâhÃ´tel


LâhÃ´tel nâÃ©tait pas un Â« cinq Ã©toiles Â», câest certain, mais Ãlisa, qui avait lâhabitude de passer plusieurs semaines sous une tente au beau milieu du dÃ©sert, considÃ©rait qu'une simple douche pouvait Ãªtre un luxe. Elle laissa le jet chaud, reconstituant, tomber sur son cou et ses Ã©paules et les masser. Son corps sembla vivement apprÃ©cier : dâagrÃ©ables frissons lui parcoururent longuement le dos.



Nous ne rÃ©alisons lâimportance de certaines choses que lorsque nous ne les avons plus.



Elle ne se dÃ©cida Ã  sortir de la douche que dix minutes aprÃ¨s. La vapeur avait recouvert le miroir, accrochÃ© tout de travers. Elle essaya de le redresser, mais dÃ¨s quâelle lÃ¢cha sa prise, il reprit sa position initiale, de guingois. Elle dÃ©cida de lâignorer. Dâun bout de sa serviette, elle essuya la vapeur dâeau qui sây Ã©tait dÃ©posÃ©e, et se regarda. Quelques annÃ©es auparavant, elle avait Ã©tÃ© contactÃ©e Ã  plusieurs reprises pour des contrats de mannequin ou dâactrice. Elle aurait peut-Ãªtre pu devenir une star de cinÃ©ma ou lâÃ©pouse dâun riche footballeur, mais lâargent ne lâavait jamais attirÃ©e plus que Ã§a. Elle prÃ©fÃ©rait transpirer, avaler de la poussiÃ¨re, Ã©tudier les textes anciens et voyager dans des coins perdus. Elle avait toujours eu lâaventure dans le sang, et lâÃ©motion que lui procurait la dÃ©couverte dâun objet ancien, ou la mise au jour de vestiges datant de plusieurs millÃ©naires ne souffrait aucune comparaison.

Elle sâapprocha du miroir, un peu trop, et vit ces maudites petites rides au coin de ses yeux. Sa main glissa automatiquement dans le beauty-case dâoÃ¹ elle tira une de ces crÃ¨mes qui font Â« perdre dix ans en une semaine Â». Elle la passa soigneusement sur son visage et se regarda attentivement. Qu'attendait-elle ? Un miracle ? Dâailleurs, lâeffet ne serait visible que dans Â« sept jours Â».

Elle sourit dâelle-mÃªme et de toutes les femmes qui se laissent tranquillement embobiner par la publicitÃ©.

Lâhorloge murale au-dessus du lit marquait 19 h 40. Elle nâarriverait jamais Ã  se prÃ©parer en vingt petites minutes.

Elle sâessuya le plus rapidement possible, laissant ses longs cheveux blonds lÃ©gÃ¨rement mouillÃ©s, puis se plaÃ§a face Ã  lâarmoire de bois sombre oÃ¹ elle rangeait les quelques robes Ã©lÃ©gantes quâelle avait rÃ©ussi Ã  emporter. Dans un autre moment, elle aurait pu passer des heures Ã  choisir la tenue la plus adaptÃ©e Ã  lâoccasion, mais ce soir-lÃ  le choix Ã©tait vraiment limitÃ©. Elle opta, sans trop rÃ©flÃ©chir, pour sa robe noire courte. Elle Ã©tait trÃ¨s jolie, vraiment sexy sans Ãªtre vulgaire, avec un dÃ©colletÃ© gÃ©nÃ©reux qui valorisait Ã  coup sÃ»r son bon 95. Elle la prit et, dâun geste de la main, la jeta sur le lit.

19 h 50. Bien quâelle soit une femme, elle dÃ©testait arriver en retard.

Elle sâavanÃ§a vers la fenÃªtre et vit un SUV de couleur sombre, impeccablement brillant, juste devant la porte de lâhÃ´tel. Un jeune garÃ§on en tenue militaire, qui devait Ãªtre le chauffeur, fumait tranquillement une cigarette pour tromper lâattente, appuyÃ© sur le capot.

Elle fit de son mieux pour mettre en valeur la beautÃ© de ses yeux au crayon et au mascara, se passa rapidement du rouge Ã  lÃ¨vres et, pendant quâelle essayait de le rÃ©partir uniformÃ©ment par quelques baisers lancÃ©s dans le vide, mit ses boucles dâoreilles prÃ©fÃ©rÃ©es, peinant Ã  retrouver Â« les trous Â».

Cela faisait longtemps, en effet, quâelle nâÃ©tait plus sortie le soir. Son travail lâemmenait toujours Ã  travers le vaste monde, et elle nâavait jamais fait de rencontre qui puisse Ã©voluer en relation stable et durer plus de quelques mois. Lâinstinct maternel innÃ© que chaque femme porte en elle et que, jeune, elle avait toujours habilement rÃ©ussi Ã  ignorer, se faisait dÃ©sormais plus souvent sentir, Ã  lâapproche de lâÃ©chÃ©ance biologique. Le temps Ã©tait peut-Ãªtre venu de penser sÃ©rieusement Ã  fonder une famille.

Elle chassa cette pensÃ©e le plus vite possible. Elle se glissa dans sa robe, chaussa la seule paire de chaussures Ã  talons de douze quâelle avait emportÃ©e avec elle et, en quelques larges gestes, pulvÃ©risa son parfum prÃ©fÃ©rÃ© de part et dâautre de son cou. Un foulard de soie, son grand sac Ã  main noir ; elle Ã©tait prÃªte. PrÃ¨s de la porte, un dernier coup dâÅil au miroir accrochÃ© au mur et tÃ¢chÃ© Ã  plusieurs endroits lui confirma la perfection de sa tenue. Elle fit un tour sur elle-mÃªme et sortit, lâair satisfait.



Le jeune chauffeur, aprÃ¨s avoir rÃ©ajustÃ© son menton, tombÃ© Ã  la vue dâÃlisa sortant de lâhÃ´tel avec des allures de mannequin, jeta la deuxiÃ¨me cigarette quâil venait dâallumer et se prÃ©cipita pour lui ouvrir la portiÃ¨re de la voiture.

â Bonsoir, Professeur Hunter. Nous pouvons y aller ? demanda-t-il, lâair hÃ©sitant.

â Bonsoir, rÃ©pondit-elle en testant son merveilleux sourire. Je suis prÃªte. Merci pour le bout de conduite, ajouta-t-elle en montant en voiture, sachant parfaitement que sa jupe remonterait lÃ©gÃ¨rement et ferait voir ses jambes, pour le plus grand embarras du militaire.

Elle avait toujours aimÃ© se sentir admirÃ©e.




Vaisseau spatial ThÃ©os â Lâalarme de proximitÃ©


Le systÃ¨me O^COM fit immÃ©diatement voir Ã  Atzakis un objet Ã©trange dont les contours, vu la faible rÃ©solution obtenue par les senseurs Ã  longue portÃ©e, nâÃ©tait pas bien dÃ©finis. Ce qui Ã©tait sÃ»r, câest quâil venait dans leur direction. Le systÃ¨me dâalarme de proximitÃ© Ã©valuait Ã  plus de 96 % la probabilitÃ© dâune collision entre lâobjet inconnu et le ThÃ©os, si leurs trajectoires se maintenaient.

Atzakis se hÃ¢ta de sâengouffrer dans la capsule de transport la plus proche.

â Pont, ordonna-t-il, pÃ©remptoire, au systÃ¨me de contrÃ´le automatisÃ©.

Cinq secondes plus tard, la porte sâouvrit dans un sifflement. Le grand Ã©cran de la salle de contrÃ´le affichait lâobjet, encore trÃ¨s flou, qui sâapprochait sur une trajectoire entraÃ®nant une collision avec le vaisseau.

Une porte sâouvrit presque simultanÃ©ment, et PÃ©tri, hors dâhaleine, apparut Ã  ses cÃ´tÃ©s.

â Quâest-ce qui se passe ? demanda son ami. Aucune mÃ©tÃ©orite nâest censÃ©e traverser cette zone, dÃ©clara-t-il, stupÃ©fait, en regardant lui aussi le grand Ã©cran.

â Je ne crois pas que ce soit une mÃ©tÃ©orite.

â Câest quoi, alors, si ce nâest pas une mÃ©tÃ©orite ? demanda PÃ©tri, visiblement inquiet.



Si on ne modifie pas immÃ©diatement notre trajectoire, tu pourras le voir de tes propres yeux, quand on le retrouvera encastrÃ© droit dans le pont.


PÃ©tri se mit immÃ©diatement Ã  manipuler les commandes de navigation, et programma une lÃ©gÃ¨re variation de trajectoire par rapport Ã  celle qui Ã©tait Ã©tablie.

Â« Collision dans 90 secondes Â» communiqua, sans aucune Ã©motion, la chaude voix fÃ©minine du systÃ¨me dâalarme de proximitÃ©. Â« Distance avec lâobjet : 276 000 kilomÃ¨tres, approche en cours Â».

â PÃ©tri, fais quelque chose, et vite ! cria Atzakis.

â Je fais quelque chose, mais cet objet est vraiment beaucoup trop rapide.

Sur lâÃ©cran, lâÃ©valuation de la probabilitÃ© dâune collision baissait lentement. 90 %, 86 %, 82 %.

â On ne va pas sâen sortir, dit Atzakis, dâun filet de voix.

â Mon cher ami, Â« lâobjet mystÃ©rieux Â» capable de dÃ©molir mon vaisseau nâest pas encore inventÃ©, affirma PÃ©tri avec un petit sourire diabolique.

Par une manÅuvre qui leur fit un moment perdre lâÃ©quilibre Ã  tous deux, PÃ©tri imposa aux deux moteurs Bousen une inversion de polaritÃ© instantanÃ©e. Le vaisseau vibra un trÃ¨s long instant, et seul le systÃ¨me sophistiquÃ© de gravitÃ© artificielle, compensant immÃ©diatement la variation, empÃªcha lâensemble de lâÃ©quipage dâaller sâÃ©craser contre la paroi la plus proche.

â Belle manÅuvre, sâexclama Atzakis en abattant une main vigoureuse sur lâÃ©paule de son ami. Mais maintenant, comment penses-tu pouvoir arrÃªter lâinversion ? Autour dâeux, les objets avaient dÃ©jÃ  dÃ©collÃ© et passaient en tourbillonnant dans la piÃ¨ce.

â Un instant, dit PÃ©tri, sans cesser dâappuyer sur des boutons et de jouer sur les commandes. Il faut juste que jâarrive Ã â¦ Des gouttes de sueur coulaient lentement sur son front.

â Ã ouvrir leâ¦ poursuivit-il, alors que tout, dans la piÃ¨ce, voletait librement. Ils commenÃ§aient eux aussi Ã  Ãªtre soulevÃ©s du sol. Le systÃ¨me de gravitÃ© artificielle nâÃ©tait plus en mesure de compenser lâimmense force centrifuge qui Ã©tait gÃ©nÃ©rÃ©e. Ils Ã©taient de plus en plus lÃ©gers.

â Laâ¦ laâ¦ porte trois ! hurla enfin PÃ©tri, alors que tous les objets retombaient en mÃªme temps. Une lourde poubelle frappa Atzakis entre la troisiÃ¨me et la quatriÃ¨me cÃ´te prÃ©cisÃ©ment, et il laissa Ã©chapper un gÃ©missement Ã©touffÃ©. Du demi-mÃ¨tre de hauteur oÃ¹ il flottait, PÃ©tri tomba sous le tableau de bord, dans une position assez peu naturelle et vraiment ridicule.

LâÃ©valuation des probabilitÃ©s dâune collision Ã©tait descendue Ã  18 % et continuait Ã  dÃ©croÃ®tre rapidement.

â Tout va bien ? sâempressa de demander Atzakis, essayant de cacher que son flanc touchÃ© le lanÃ§ait.

â Oui, oui. Ãa va, Ã§a va, rÃ©pondit PÃ©tri, qui tentait de se relever.

AussitÃ´t aprÃ¨s, Atzakis contacta le reste de lâÃ©quipage qui informa rapidement son commandant de lâabsence de dÃ©gÃ¢ts corporels et matÃ©riels.

La manÅuvre tout juste exÃ©cutÃ©e avait lÃ©gÃ¨rement fait dÃ©vier le ThÃ©os de sa trajectoire prÃ©cÃ©dente, et la dÃ©pression provoquÃ©e par lâouverture de la porte avait Ã©tÃ© immÃ©diatement compensÃ©e par le systÃ¨me automatisÃ©.



6 %, 4 %, 2 %.

Â« Distance avec lâobjet : 60 000 km Â» informa la voix.



Le souffle coupÃ©, ils attendaient tous deux la distance de 50 000 km Ã  partir de laquelle les senseurs Ã  courte portÃ©e seraient activÃ©s. Ces instants leur parurent interminables.



Â« Distance avec lâobjet : 50 000 km. Senseurs Ã  courte portÃ©e activÃ©s. Â»



Devant eux, le contour flou se prÃ©cisa tout dâun coup. Lâobjet apparut distinctement sur lâÃ©cran, permettant dâen voir tous les dÃ©tails. SimultanÃ©ment, les deux amis se dÃ©tournÃ¨rent de l'Ã©cran, cherchant chacun le regard de lâautre.

â Incroyable ! sâÃ©criÃ¨rent-ils Ã  lâunisson.




Nassiriya - Restaurant Masgouf


Nerveusement, le colonel Hudson parcourait en diagonale le dÃ©gagement desservant la salle principale du restaurant, dans un sens, puis dans lâautre. Il regardait presque Ã  chaque minute la montre tactique quâil portait Ã  son poignet gauche et quâil nâenlevait jamais, mÃªme pour dormir. Il Ã©tait agitÃ© comme un adolescent Ã  son premier rendez-vous.

Pour tromper lâattente, il sâÃ©tait fait servir un Martini sur glace avec une rondelle de citron par le barman moustachu qui, sous ses sourcils broussailleux, lâobservait avec curiositÃ© tout en essuyant paresseusement un dÃ©filÃ© de verres au long pied.

Lâalcool Ã©tait bien Ã©videment interdit dans les pays musulmans mais ce soir-lÃ , on avait fait une exception. Le petit restaurant avait Ã©tÃ© entiÃ¨rement rÃ©servÃ© pour eux.

AussitÃ´t aprÃ¨s sa conversation avec le Professeur Hunter, le colonel avait contactÃ© le propriÃ©taire de lâÃ©tablissement, lui demandant expressÃ©ment la spÃ©cialitÃ© de Masgouf qui donnait son nom au restaurant. Ãtant donnÃ© la difficultÃ© de se fournir de lâingrÃ©dient principal, lâesturgeon du Tigre, il voulait sâassurer que le restaurant nâen manquait pas. Bien conscient, de plus, quâil fallait au moins deux heures pour le prÃ©parer, il souhaitait que tout soit cuisinÃ© sans hÃ¢te, et avec une perfection absolue.

Pour la soirÃ©e, lâuniforme nâÃ©tant Ã©videmment pas adaptÃ© Ã  la situation, il avait dÃ©cidÃ© de rÃ©-exhumer son costume sombre Valentino assorti dâune cravate de soie style Oxford, Ã  rayures grises et blanches. Les chaussures noires, cirÃ©es comme seul un militaire sait le faire, Ã©taient Ã©galement italiennes. La montre tactique nâavait vraiment rien Ã  faire lÃ , mais il nâaurait pas pu sâen priver.



â Ils arrivent.

La voix sortit en grinÃ§ant du rÃ©cepteur, en tous points semblable Ã  un tÃ©lÃ©phone portable, quâil gardait dans la poche intÃ©rieure de sa veste. Il lâÃ©teignit et regarda Ã  lâextÃ©rieur par la porte vitrÃ©e.

La grosse voiture sombre Ã©vita un sac froissÃ© qui, poussÃ© par la brise lÃ©gÃ¨re du soir, roulait paresseusement au milieu de la route. Dâune manÅuvre rapide, elle sâarrÃªta juste devant lâentrÃ©e du restaurant. Le chauffeur attendit que la poussiÃ¨re soulevÃ©e par la voiture retombe au sol, puis il descendit du vÃ©hicule avec circonspection. De lâoreillette Ã  moitiÃ© dissimulÃ©e dans son oreille droite lui parvint une suite de Â« all clear Â». Il regarda attentivement vers toutes les positions dÃ©terminÃ©es Ã  lâavance pour Ãªtre sÃ»r dâavoir bien repÃ©rÃ© tous les soldats qui, en formation de combat, allaient assurer la sÃ©curitÃ© des deux convives pendant la durÃ©e du dÃ®ner.

La zone Ã©tait sÃ»re.

Il ouvrit la portiÃ¨re arriÃ¨re et, prÃ©sentant dÃ©licatement sa main droite, aida sa passagÃ¨re Ã  descendre.

AprÃ¨s avoir remerciÃ© le militaire pour sa gentillesse, Ãlisa sortit souplement de la voiture. Elle regarda le ciel et, emplissant ses poumons de lâair pur du soir, elle sâaccorda un instant pour admirer le spectacle extraordinaire que seul le ciel Ã©toilÃ© du dÃ©sert peut offrir.

Le colonel hÃ©sita un instant entre sortir Ã  sa rencontre et attendre son entrÃ©e Ã  lâintÃ©rieur du restaurant. Il choisit finalement de rester assis, espÃ©rant ainsi dissimuler davantage son agitation. Lâair indiffÃ©rent, il sâapprocha donc du comptoir, sâassit sur un tabouret haut, appuya le coude gauche sur le bois sombre, fit rouler le reste dâalcool au fond de son verre, et sâabsorba dans la contemplation de la pulpe de citron qui se dÃ©posait lentement au fond.

La porte sâouvrit avec un lÃ©ger grincement et le chauffeur passa la tÃªte pour vÃ©rifier que tout Ã©tait en ordre. Le colonel fit un lÃ©ger signe de tÃªte et son accompagnateur introduisit Ãlisa Ã  lâintÃ©rieur, lui cÃ©dant le pas dâun large geste de la main.

â Bonsoir, Professeur Hunter, dit le colonel en se levant du tabouret et en prÃ©sentant son meilleur sourire. Le trajet a-t-il Ã©tÃ© agrÃ©able ?

â Bonsoir, Colonel, rÃ©pondit Ãlisa avec un sourire tout aussi Ã©blouissant. Tout va bien, merci. Votre chauffeur est trÃ¨s gentil.

â Vous pouvez y aller, merci, dit le colonel dâune voix autoritaire, en sâadressant Ã  lâaccompagnateur qui salua militairement, tourna les talons et disparut dans la nuit.

â Un apÃ©ritif, Professeur ? demanda le colonel, en appelant le barman moustachu dâun signe de la main.

â La mÃªme chose que vous, rÃ©pondit aussitÃ´t Ãlisa en indiquant le verre de Martini que le colonel tenait encore entre ses mains. Puis elle ajouta :

â Appelez-moi Ãlisa, mon Colonel, je prÃ©fÃ¨re.

â Parfait. Et toi appelle-moi Jack. Â« Colonel Â», câest pour mes soldats.



Ãa ne commence pas trop mal, pensa-t-il.



Le barman prÃ©para avec soin le deuxiÃ¨me Martini et le tendit Ã  la nouvelle venue. Elle approcha son verre de celui du colonel et les fit tinter.

â Ã ta santÃ© ! sâexclama-t-elle joyeusement avant de boire une gorgÃ©e.

â Ãlisa, je dois avouer que tu es vraiment magnifique, ce soir, dit le colonel en balayant son hÃ´te du regard, de la tÃªte aux pieds.

â Eh bien, tu nâes pas mal du tout, toi non plus. Lâuniforme a certainement son charme, mais moi je te prÃ©fÃ¨re comme Ã§a, dit-elle en souriant malicieusement et en inclinant Ã  peine la tÃªte de cÃ´tÃ©.

Jack, un peu gÃªnÃ©, reporta son attention sur le contenu du verre quâil avait entre les mains. Il lâobserva un instant, puis but dâun trait tout ce quâil restait.

â Que dirais-tu de passer Ã  table ?

â Excellente idÃ©e, sâexclama Ãlisa. Jâai une faim de loup.

â Jâai fait prÃ©parer la spÃ©cialitÃ© de la maison. JâespÃ¨re que Ã§a te plaira.

â Non, ne me dis pas que tu as rÃ©ussi Ã  faire cuisiner le Masgouf. sâexclama Ãlisa, stupÃ©faite, ouvrant grand ses magnifiques yeux verts. Câest presque impossible dâavoir de lâesturgeon du Tigre Ã  cette pÃ©riode.

â Pour une invitÃ©e telle que toi je ne pouvais que demander ce quâil y a de mieux, dÃ©clara le colonel, heureux que son choix soit apprÃ©ciÃ©. Il lui offrit dÃ©licatement sa main droite et lâinvita Ã  le suivre. Elle, souriant malicieusement, la lui serra et se laissa accompagner Ã  la table.

Le restaurant Ã©tait joliment dÃ©corÃ© dans le style typique de lâendroit : lumiÃ¨re chaleureuse et diffuse, amples tentures couvrant presque tous les murs, parfois mÃªme accrochÃ©es au plafond. Le sol Ã©tait presque entiÃ¨rement recouvert dâun grand tapis aux motifs Eslimi Toranjdar et dâautres, plus petits, Ã©taient disposÃ©s dans les coins de la piÃ¨ce, comme pour encadrer lâensemble. La tradition aurait voulu que le repas soit pris assis par terre sur des coussins souples et confortables mais, en bon occidental, le colonel avait prÃ©fÃ©rÃ© une table Â« classique Â». Celle-ci avait Ã©tÃ© trÃ¨s soigneusement dressÃ©e, et les couleurs choisies pour la nappe sâaccordaient parfaitement avec le reste de la piÃ¨ce. Une musique dâambiance, un darbuka


  accompagnant un oud


  en maqsum


  enveloppait dÃ©licatement lâatmosphÃ¨re.



Une soirÃ©e parfaite.



Un serveur, grand et mince, sâapprocha poliment et, sâinclinant, invita les deux convives Ã  sâasseoir. Le colonel fit dâabord asseoir Ãlisa, et tint Ã  approcher sa chaise, puis il sâinstalla en face dâelle, veillant Ã  ce que sa cravate ne passe pas sur son assiette.

â Câest vraiment trÃ¨s beau, ici, dit Ãlisa, regardant autour dâelle.

â Merci, rÃ©pondit le colonel. Je dois tâavouer que jâai un instant eu peur que tu nâaimes pas. Mais jâai pensÃ© Ã  ta passion pour ces lieux et je me suis dit que câÃ©tait certainement le meilleur choix.

â En plein dans le mille ! sâexclama Ãlisa, souriant Ã  nouveau de son merveilleux sourire.

Le serveur dÃ©boucha une bouteille de champagne et, pendant quâil remplissait leurs verres, un autre serveur fit son entrÃ©e, un plateau Ã  la main, en disant :

â Pour commencer, nous vous proposons un Most-o-badem-jun


 .

Les deux convives Ã©changÃ¨rent un regard satisfait, prirent leurs verres et trinquÃ¨rent une nouvelle fois.



Ã cent mÃ¨tres environ du restaurant, dans une voiture sombre, deux Ã©tranges personnages rÃ©glaient un systÃ¨me de surveillance sophistiquÃ©.

â Tâas vu le colonel, comment il la dorlote, la petite poulette ? dit en ricanant lâun dâeux, en surpoids Ã©vident, assis sur le siÃ¨ge du conducteur, tout en dÃ©vorant un Ã©norme sandwich et en couvrant son ventre et son pantalon de miettes.

â CâÃ©tait vraiment une idÃ©e gÃ©niale dâinsÃ©rer un Ã©metteur dans la boucle dâoreille de la dame, rÃ©pondit lâautre, beaucoup plus mince, avec des grands yeux sombres, en sirotant un cafÃ© dans un grand verre en carton marron.

â Dâici on peut entendre parfaitement tout ce quâils se disent.

â TÃ¢che de ne pas faire de bÃªtises et enregistre bien tout, le rappela Ã  lâordre son compagnon, sinon, les boucles dâoreilles, on nous les fera manger au petit dÃ©jeuner.

â Ne tâinquiÃ¨te pas. Je connais trÃ¨s bien ce systÃ¨me, et rien ne nous Ã©chappera, mÃªme pas un chuchotement.

â Nous devons essayer de comprendre ce que le Professeur a rÃ©ellement dÃ©couvert, ajouta le gros. Notre patron a investi un paquet dâargent pour surveiller secrÃ¨tement ces recherches.

â Et Ã§a nâaura vraiment pas Ã©tÃ© facile, vu lâimpressionnante sÃ©curitÃ© que le colonel a mise en place. Le type mince leva rÃªveusement le regard vers le ciel, puis ajouta :

â Si on mâavait donnÃ© ne serait-ce quâun milliÃ¨me de cette somme, Ã  lâheure quâil est je serais allongÃ© sous un palmier, Ã  Cuba, et mon seul souci serait de choisir entre un Margarita ou un PiÅa colada.

â Et peut-Ãªtre mÃªme que tout un tas de filles en bikini te passeraient de la crÃ¨me solaire, dit le gros, qui Ã©clata dâun rire bruyant, alors que les secousses de son ventre faisaient tomber une partie des miettes qui sây Ã©taient dÃ©jÃ  dÃ©posÃ©es.

Â« Cette entrÃ©e est dÃ©licieuse. Â» La voix dâÃlisa sortit, lÃ©gÃ¨rement dÃ©formÃ©e, du petit haut-parleur placÃ© sur le tableau de bord. Â« Je dois tâavouer que je nâaurais jamais pensÃ© quâun homme si raffinÃ© puisse se cacher derriÃ¨re cette Â« faÃ§ade Â» de rude militaire.

â Eh bien, merci, Ãlisa. Moi non plus je nâaurais jamais pensÃ© quâun Â« Professeur Â» si hautement qualifiÃ© puisse, en plus dâÃªtre belle, Ãªtre aussi trÃ¨s agrÃ©able et sympathique Â» dit la voix du colonel, un peu dÃ©formÃ©e elle aussi, mais dâun volume lÃ©gÃ¨rement plus bas.

â Ãcoute comme ils flirtent, sâexclama le gros sur le siÃ¨ge du conducteur. Pour moi, Ã§a va finir au lit.

â Je nâen suis pas si sÃ»r, affirma lâautre. Notre Professeur est vraiment une maligne, et je ne crois pas quâun petit dÃ®ner et deux compliments minables suffisent Ã  la faire tomber dans ses bras.

â Dix dollars que ce soir il se la fait, rÃ©pondit le gros en tendant sa main droite ouverte vers son collÃ¨gue.

â Ok, Ã§a marche, sâexclama lâautre, serrant la grosse main qui se prÃ©sentait devant lui.




Vaisseau spatial ThÃ©os - Lâobjet mystÃ©rieux


L'objet qui se matÃ©rialisa devant les deux compagnons de voyage stupÃ©fiÃ©s nâÃ©tait pas quelque chose que la nature, dans son infinie fantaisie, avait pu crÃ©er seule. Ãa ressemblait Ã  une espÃ¨ce de fleur mÃ©tallique Ã  trois longs pÃ©tales, sans tige, et avec un pistil de forme conique au centre. La partie arriÃ¨re du pistil avait la forme dâun prisme hexagonal, dâune superficie de base lÃ©gÃ¨rement plus grande que celle du cÃ´ne qui se trouvait Ã  lâopposÃ©, et qui servait de support pour lâensemble de la structure. Les pÃ©tales rectangulaires se dÃ©ployaient des trois cÃ´tÃ©s Ã©quidistants de lâhexagone, au moins quatre fois plus longs que la base.

â On dirait une espÃ¨ce de vieux moulin Ã  vent, comme ceux dont on se servait il y a plusieurs siÃ¨cles, dans les grandes prairies de lâEst, sâexclama PÃ©tri sans quitter un seul instant des yeux lâobjet qui Ã©tait affichÃ© sur le grand Ã©cran.

Un frisson parcourut le dos dâAtzakis, alors quâil se rappelait certains vieux prototypes que les Anciens lui avaient suggÃ©rÃ© dâÃ©tudier avant son dÃ©part.

â Câest une sonde spatiale, affirma-t-il avec conviction. Jâen ai dÃ©jÃ  vu dâautres, faites plus ou moins comme celle-lÃ , dans les vieilles archives du RÃ©seau, poursuivit-il, tandis quâil cherchait Ã  rÃ©cupÃ©rer par son N^COM toutes les informations possibles sur le sujet.

â Une sonde spatiale ? demanda PÃ©tri, se tournant vers son compagnon, lâair stupÃ©fiÃ©. Et quand lâaurions-nous lancÃ©e ?

â Je ne pense pas que ce soit une des nÃ´tres.

â Pas une des nÃ´tres ? Que veux-tu dire, compagnon ?

â Je veux dire que parmi les habitants de la planÃ¨te Nibiru, personne ne lâa jamais construite, ni lancÃ©e.

PÃ©tri prit une expression encore plus Ã©berluÃ©e.

â Quâest-ce que Ã§a veut dire ? Tu ne vas pas me dire que tu crois toi aussi Ã  ces bÃªtises sur les Aliens, non ?

â Ce que je sais, câest que sur notre planÃ¨te on nâa jamais rien construit de ce genre. Jâai vÃ©rifiÃ© dans toutes les archives du RÃ©seau, et il nây a rien dâÃ©quivalent Ã  lâobjet que nous avons devant nous. MÃªme pas dans les projets qui nâont jamais Ã©tÃ© rÃ©alisÃ©s.

â Ce nâest pas possible ! sâÃ©cria PÃ©tri. Ton N^COM doit Ãªtre dÃ©rÃ©glÃ©. Regarde mieux.

â Je suis dÃ©solÃ©, PÃ©tri. Jâai dÃ©jÃ  vÃ©rifiÃ© deux fois et je suis absolument sÃ»r et certain que Ã§a ne vient pas de chez nous.

Le systÃ¨me de vision Ã  courte portÃ©e gÃ©nÃ©ra une image tridimensionnelle de lâobjet, en le reconstituant minutieusement dans ses moindres dÃ©tails. L'hologramme flottait lÃ©gÃ¨rement au milieu de la salle des commandes, suspendu Ã  un demi-mÃ¨tre environ au-dessus du sol.

Dâun mouvement de sa main droite, PÃ©tri se mit Ã  le faire tourner lentement, scrutant avec attention le moindre dÃ©tail.

â Il a lâair construit dans un alliage mÃ©tallique trÃ¨s lÃ©ger, dit-il. Son ton parfaitement technique nâavait plus rien Ã  voir avec la stupeur qui lâavait initialement envahi.

â Lâalimentation des moteurs doit Ãªtre fournie par ces trois pÃ©tales quâon dirait recouverts dâune espÃ¨ce de matÃ©riau sensible Ã  la lumiÃ¨re solaire. Finalement, il avait commencÃ© Ã  jouer sur les commandes du systÃ¨me.

â Le pistil doit Ãªtre une sorte dâantenne Ã©mettrice-rÃ©ceptrice, et le Â« cerveau Â» de cette chose doit Ãªtre dans le prisme hexagonal.

PÃ©tri manipulait lâhologramme de plus en plus vite, en le tournant dans tous les sens. Ã un moment, il sâarrÃªta et sâexclama :

â Regarde Ã§a. Câest quoi, dâaprÃ¨s toi ? demanda-t-il en essayant dâagrandir un dÃ©tail.

Atzakis sâapprocha le plus possible.

â On dirait des symboles.

â Deux symboles, plutÃ´t, le corrigea PÃ©tri, ou mieux un motif et quatre symboles rapprochÃ©s.

Par son N^COM, Atzakis continuait Ã  chercher Ã  toute vitesse quelque chose sur le RÃ©seau, mais il ne put absolument rien trouver qui ait ne serait-ce que le plus petit rapport avec ce quâil avait devant lui.

Le motif reprÃ©sentait un rectangle formÃ© de quinze bandes horizontales, alternativement de couleur blanche et rouge, et, dans le coin supÃ©rieur gauche, un autre rectangle, bleu, contenant cinquante Ã©toiles Ã  cinq pointes, de couleur blanche. Ã droite, quatre symboles :



J U N O



â On dirait une espÃ¨ce dâÃ©criture, tenta Atzakis. Les symboles reprÃ©sentent peut-Ãªtre les noms de ceux qui ont crÃ©Ã© la sonde.

â Ou bien câest son nom, rÃ©pliqua PÃ©tri. La sonde sâappelle Â« JUNO Â» et cette espÃ¨ce de rectangle colorÃ©, câest le symbole des crÃ©ateurs.

â Dans tous les cas, ce nâest pas nous qui lâavons construite, profÃ©ra Atzakis. Tu penses quâil peut y avoir une quelconque forme de vie Ã  lâintÃ©rieur ?

â Je ne crois pas. Pas de celles que nous connaissons, en tous cas. La capsule arriÃ¨re, qui me semble Ãªtre le seul endroit oÃ¹ il pourrait y avoir quelque chose, est un espace trop petit pour abriter un Ãªtre vivant.

Tout en parlant, PÃ©tri avait commencÃ© une scannÃ©risation de la sonde, Ã  la recherche dâun quelconque signe de vie qui aurait pu provenir de lâintÃ©rieur. AprÃ¨s quelques instants, une sÃ©rie de symboles apparurent sur lâÃ©cran ; il les traduisit pour son compagnon.

â Selon nos senseurs, il nây a rien de Â« vivant Â» lÃ -dedans. On ne perÃ§oit pas non plus dâarmes de quelque type que ce soit. AprÃ¨s cette premiÃ¨re analyse, je pense pouvoir dire que cette chose est une espÃ¨ce de systÃ¨me dâexploration envoyÃ© en reconnaissance au beau milieu du systÃ¨me solaire, Ã  la recherche dâon ne sait quoi.

â Ãa pourrait bien Ãªtre Ã§a, confirma Atzakis, mais la question quâil faut se poser est la suivante : envoyÃ©e par qui ?

â Eh bien, supposa PÃ©tri, si nous excluons la prÃ©sence de mystÃ©rieux Â« Aliens Â», je pense que seuls tes vieux Â« amis terriens Â» sont en mesure de rÃ©aliser quelque chose de ce genre.

â Mais quâest-ce que tu racontes ? La derniÃ¨re fois quâon les a vus, ils savaient Ã  peine monter Ã  cheval. Comment pourraient-ils avoir atteint un tel niveau de connaissance en si peu de temps ? Ce nâest pas rien dâenvoyer une sonde se balader dans lâespace.

â Peu de temps ? rÃ©pliqua PÃ©tri en le regardant droit dans les yeux. Nâoublie pas que pour eux, 3 600 ans sont pratiquement passÃ©s depuis. ConsidÃ©rant que la durÃ©e moyenne de leur vie Ã©tait de cinquante-soixante ans maximum, Ã§a voudrait dire quâune soixantaine de gÃ©nÃ©rations au moins se sont succÃ©dÃ©es. Peut-Ãªtre quâils sont devenus beaucoup plus intelligents que ce que nous imaginons.

â Et câest peut-Ãªtre justement pour cette raison -ajouta Atzakis en essayant de complÃ©ter la rÃ©flexion de son ami- que les Anciens Ã©taient si inquiets pour cette mission. Ils lâavaient prÃ©vu, eux, ou du moins, ils avaient pris cette possibilitÃ© en considÃ©ration.

â Ben, ils auraient quand mÃªme pu nous en dire deux mots, non ? Jâaurais pu y rester, en voyant ce truc.

â Nous nâen sommes encore quâÃ  des conjectures, dit Atzakis en se frottant le menton entre le pouce et lâindex, mais le raisonnement Ã  lâair de se tenir. Jâessaierai de me mettre en contact avec les Anciens et de leur arracher quelques informations supplÃ©mentaires, sâils en ont. Toi pendant ce temps, essaie dâen comprendre un peu plus sur cet engin. Analyse sa trajectoire actuelle, sa vitesse, sa masse, etc., et essaie de faire des hypothÃ¨ses sur sa destination, le temps depuis lequel il est parti, et les donnÃ©es quâil a recueillies. Bref, je veux avoir le plus dâinformations possible sur ce qui nous attend lÃ -bas.

â NotÃ©, Zak, sâÃ©cria PÃ©tri en faisant flotter dans lâair, tout autour de lui, des hologrammes de couleur avec une infinitÃ© de chiffres et de formules.

â Ah, et nâoublie pas dâanalyser ce que tu as identifiÃ© comme une antenne. Si câÃ©tait vraiment Ã§a, elle pourrait Ãªtre en mesure de transmettre et de recevoir. Je nâaimerais pas que les expÃ©diteurs de la sonde soient dÃ©jÃ  informÃ©s de notre rencontre.

Sur ces mots, Atzakis se dirigea rapidement vers la cabine H^COM, la seule du vaisseau Ã  Ãªtre Ã©quipÃ©e pour les communications longues distances, et qui se trouvait entre les portes dix-huit et dix-neuf des capsules de transport internes. La porte sâouvrit avec son lÃ©ger sifflement habituel, et Atzakis se glissa dans la cabine exiguÃ«.

Va savoir pourquoi ils lâont faite si petite... se demanda-t-il en essayant de sâinstaller sur le siÃ¨ge, dâun modÃ¨le rÃ©duit lui aussi, qui Ã©tait automatiquement descendu. Peut-Ãªtre quâils voulaient quâon sâen serve le moins possible...

Tandis que la porte se refermait derriÃ¨re lui, il tapa une sÃ©rie de commandes sur la console devant lui.

Il lui fallut attendre quelques secondes avant que le signal ne se stabilise. Tout dâun coup, dans la lunette holographique, exactement la mÃªme que celle quâil avait dans sa chambre, le visage creusÃ© et marquÃ© par lâÃ¢ge de son supÃ©rieur Ancien se dessina petit Ã  petit.

â Atzakis, dit lâhomme, en souriant lÃ©gÃ¨rement, tandis quâil levait lentement une main osseuse pour le saluer. Pour quelle raison appelles-tu un pauvre vieux avec tant dâurgence ?

Atzakis nâavait jamais pu savoir avec prÃ©cision lâÃ¢ge de son supÃ©rieur. Personne nâavait le droit dâavoir des informations aussi confidentielles sur un membre des Anciens. Ce qui Ã©tait sÃ»r, câest quâil avait dÃ©jÃ  vu plusieurs rÃ©volutions autour du soleil. MalgrÃ© cela, ses regards fusaient de droite et de gauche avec une vivacitÃ© quâil ne pouvait lui-mÃªme Ã©galer.

â Nous avons fait une rencontre assez surprenante, au moins pour nous, attaqua Atzakis en allant droit au but, et en essayant de regarder son interlocuteur droit dans les yeux.

â Nous avons risquÃ© une collision avec un objet Ã©trange, continua-t-il, essayant de cueillir la moindre rÃ©action de lâAncien.

â Un objet ? Explique-toi mieux, mon garÃ§on.

â PÃ©tri est encore en train de lâanalyser, mais nous pensons quâil pourrait sâagir dâune sorte de sonde, et je suis sÃ»r que ce nâest pas une des nÃ´tres.

LâAncien Ã©carquilla les yeux. Il semblait surpris, lui aussi.

â Nous avons trouvÃ© sur la coque des symboles Ã©tranges gravÃ©s dans une langue inconnue, ajouta-t-il. Je suis en train de tâenvoyer toutes les donnÃ©es.

Le regard de lâAncien sembla se perdre un instant dans le vide, pendant que, par son O^COM, il analysait les informations reÃ§ues.

AprÃ¨s un moment interminable, ses yeux fixÃ¨rent Ã  nouveau ceux de son interlocuteur, et dâune voix sans Ã©motion, il dit :

â Je vais immÃ©diatement convoquer le Conseil des Anciens. Tout laisse penser que vos premiÃ¨res dÃ©ductions sont correctes. Sâil en Ã©tait vraiment ainsi, il faudrait revoir nos plans immÃ©diatement.

â Nous attendons de vos nouvelles. Et, sur ces mots, Atzakis coupa la communication.




Nassiriya - Le dÃ®ner


Le colonel et Ãlisa en Ã©taient dÃ©jÃ  Ã  leur troisiÃ¨me coupe de champagne, et lâatmosphÃ¨re Ã©tait nettement plus dÃ©tendue.

â Jack, je dois avouer que ce Masgouf est divin. On ne pourra jamais le finir, il est Ã©norme.

â Câest vrai, il est vraiment excellent. Il faudra fÃ©liciter le chef.

â Il faudrait peut-Ãªtre que je lâÃ©pouse, comme Ã§a, il pourrait cuisiner pour moi, dit Ãlisa en riant de faÃ§on un peu exagÃ©rÃ©e. Lâalcool commenÃ§ait Ã  faire son effet.

â Et non, quâil attende son tour. JâÃ©tais lÃ  avant. Il lanÃ§a sa boutade, espÃ©rant quâelle ne serait pas trop dÃ©placÃ©e. Ãlisa fit mine de rien, et continua Ã  grignoter son esturgeon.

â Tu nâes pas mariÃ©, pas vrai ?

â Non, je nâen ai jamais eu le temps.

â Câest une vieille excuse, dit-elle en le regardant malicieusement.

â En fait, une fois, jâai Ã©tÃ© tout prÃ¨s de le faire, mais la vie militaire nâest pas vraiment adaptÃ©e au mariage. Et toi ? ajouta-t-il en coupant court Ã  un sujet qui semblait encore le faire souffrir. Tu ne tâes jamais mariÃ©e ?

â Tu plaisantes ? Qui donc pourrait supporter dâavoir une femme qui passe la plus grande partie de son temps Ã  voyager autour du monde pour creuser sous terre comme une taupe et sâamuser Ã  profaner des tombes plurimillÃ©naires ?

â Oui, dÃ©clara Jack en souriant amÃ¨rement, de toute Ã©vidence, nous ne sommes pas faits pour le mariage. Et, levant son verre, il proposa un mÃ©lancolique :

â Alors, buvons.

Heureusement, le serveur arriva, interrompant ce moment de tristesse passagÃ¨re, et apportant encore un peu de Samoons


  qui sortait tout juste du four.

Profitant de cette interruption, Jack essaya de chasser rapidement un tas de souvenirs qui avaient refait surface. CâÃ©tait du passÃ©. En ce moment, il avait une femme magnifique Ã  ses cÃ´tÃ©s, et il ne devait se concentrer que sur elle. Ce nâÃ©tait pas trÃ¨s difficile.

La musique dâambiance qui les enveloppait doucement Ã©tait idÃ©ale. ÃclairÃ©e par les trois bougies placÃ©es au milieu de la table, Ãlisa Ã©tait superbe. Ses cheveux avaient des reflets dâor et de cuivre, et sa peau Ã©tait lisse et bronzÃ©e. Ses yeux pÃ©nÃ©trants Ã©taient dâun vert profond. Ses lÃ¨vres souples sâessayaient Ã  sÃ©parer un morceau dâesturgeon de lâarÃªte quâelle tenait entre ses doigts. Elle Ã©tait si sexy.

Le moment de faiblesse du colonel ne lui avait pas Ã©chappÃ©. Elle posa lâarÃªte sur le bord de lâassiette, et, avec une insouciance apparente, se suÃ§a lâindex, puis le pouce. Elle baissa lÃ©gÃ¨rement la tÃªte et le regarda si intensÃ©ment que Jack crut que son cÅur sautait hors de sa poitrine pour finir directement dans son assiette.

Se rendant compte quâil nâavait plus le contrÃ´le de la situation, et encore moins de lui-mÃªme, le colonel essaya immÃ©diatement de se reprendre. Il Ã©tait un peu trop grand pour jouer les adolescents transis, mais cette femme avait quelque chose qui lâattirait terriblement.

Il respira profondÃ©ment, frotta son visage de ses mains, puis dit :

â Que dirais-tu de faire un sort Ã  ce dernier petit morceau ?

Elle sourit, prit dÃ©licatement entre ses doigts le morceau dâesturgeon qui restait, se souleva lÃ©gÃ¨rement de sa chaise en se penchant vers lui, et le lui approcha de la bouche. Dans cette position, son dÃ©colletÃ© mit en Ã©vidence sa poitrine opulente. Jack, visiblement gÃªnÃ©, ne fit quâune bouchÃ©e, sans pourtant rÃ©ussir Ã  Ã©viter de toucher des lÃ¨vres les doigts de la jeune femme. Son excitation croissait de plus en plus. Ãlisa jouait au chat et Ã  la souris avec lui, et il nâarrivait pas Ã  lui rÃ©sister.

Ensuite, avec un air de jeune fille innocente, Ãlisa se rassit confortablement Ã  sa place, comme sâil ne sâÃ©tait rien passÃ©, et fit signe au serveur grand et mince, qui sâapprocha rapidement.

â Je dirais que câest lâheure dâun bon thÃ© Ã  la cardamome. Quâen dis-tu, Jack ?

Lui, qui ne sâÃ©tait pas encore repris, balbutia quelque chose comme :

â Eh bien oui, dâaccord. Et, ajustant sa veste, il ajouta, pour essayer de se donner une contenance :

â Il me semble que câest trÃ¨s bon pour la digestion.

Il se rendait bien compte dâavoir dit une banalitÃ©, mais Ã  ce moment prÃ©cis, il nâavait rien trouvÃ© de mieux Ã  dire.

â Tout est vraiment trÃ¨s agrÃ©able, Jack, câest une soirÃ©e merveilleuse, mais nâoublions pas la raison pour laquelle nous nous trouvons ici ce soir. Tu te souviens que je dois te faire voir quelque chose ?

En cet instant, le colonel pensait Ã  tout, sauf au travail. Elle avait raison, pourtant. Il y avait beaucoup plus en jeu quâun stupide flirt. Mais le fait est que pour lui, ce flirt nâÃ©tait absolument pas stupide.

â Bien sÃ»r, rÃ©pondit-il en cherchant Ã  reprendre ses maniÃ¨res autoritaires. Je suis impatient de savoir ce que tu as dÃ©couvert.



Le gros qui, dans la voiture toute proche, Ã©coutait tout, sâÃ©cria :

â Quelle petite salope ! Les femmes, toutes les mÃªmes. Au dÃ©but, elles te laissent y croire, elles te font toucher le ciel, et puis elles te laissent tomber comme si de rien nâÃ©tait.

â Je crois que tes dix dollars seront bientÃ´t dans ma poche, dit le maigre, et un rire gras suivit lâaffirmation.

â En fait je me fiche complÃ¨tement de savoir avec qui couche notre Professeur. Nâoublie pas que nous ne sommes ici que pour dÃ©couvrir tout ce quâelle sait. Et, tout en essayant de mieux sâinstaller sur son siÃ¨ge, car son dos commenÃ§ait Ã  lui faire mal, il ajouta :

â Nous aurions dÃ» trouver le moyen de mettre aussi une bonne petite camÃ©ra vidÃ©o dans ce resto pourri.

â Câest Ã§a, sous la table, comme Ã§a tu aurais pu lui voir les cuisses.

â CrÃ©tin. Mais qui est le con qui tâas choisi pour cette mission ?

â Notre chef, mon cher. Et je te conseillerais dâÃ©viter de lâinsulter, vu que lui aussi sait trÃ¨s bien comment placer des micros. Et je pense quâil nâaurait eu aucune difficultÃ© Ã  en mettre un dans cette voiture.

Le gros tressaillit et crut un instant que son cÅur sâÃ©tait arrÃªtÃ©. Il essayait de faire carriÃ¨re, et insulter son supÃ©rieur direct nâÃ©tait sÃ»rement pas la meilleure faÃ§on de gravir les Ã©chelons.

â ArrÃªte de dire des conneries, dit-il, en essayant de redevenir sÃ©rieux et professionnel. Pense Ã  bien faire ton boulot et faisons en sorte de rentrer Ã  la base avec quelque chose de concret.

Sur ces mots, il se mit Ã  fixer un point indÃ©fini dans lâobscuritÃ© de la nuit, au-delÃ  du pare-brise lÃ©gÃ¨rement embuÃ©.



Ãlisa sortit son insÃ©parable tablette de son sac Ã  main, la posa sur la table et fit dÃ©filer des photos. Le colonel, intriguÃ©, allongea le cou pour essayer de voir quelque chose, mais il Ã©tait mal placÃ©. AprÃ¨s avoir trouvÃ© ce quâelle cherchait, Ãlisa se leva et sâassit sur la chaise Ã  cÃ´tÃ© de lui.

â Alors, commenÃ§a-t-elle, installe-toi bien, parce que lâhistoire est longue. Jâessaierai de rÃ©sumer le plus possible.

Faisant rapidement glisser son index sur lâÃ©cran digital, elle afficha la photo dâune tablette gravÃ©e avec dâÃ©tranges dessins et des caractÃ¨res cunÃ©iformes.

â Il sâagit de la photo dâune des tablettes qui ont Ã©tÃ© retrouvÃ©es dans la tombe du roi Beaudoin II de JÃ©rusalem, poursuivit Ãlisa, dont on suppose quâil a Ã©tÃ© le premier, en 1119, Ã  avoir ouvert la caverne de MakpÃ©la, dite aussi Tombeau des Patriarches, lÃ  oÃ¹ sont censÃ©s avoir Ã©tÃ© enterrÃ©s Abraham et ses deux fils Isaac et Jacob. Ces tombes se trouveraient au sous-sol de ce qui sâappelle aujourdâhui MosquÃ©e ou Sanctuaire dâAbraham Ã  HÃ©bron, en Cisjordanie. Et elle lui montra une photo de la mosquÃ©e.

â Ã lâintÃ©rieur des tombes, continua-t-elle, le roi aurait trouvÃ©, outre de nombreux objets de nature diverse, une sÃ©rie de tablettes qui auraient appartenu Ã  Abraham. On pense mÃªme quâelles auraient pu Ãªtre une sorte de journal quâil aurait tenu, et sur lequel il aurait notÃ© les moments les plus importants de sa vie.

â Une sorte de Â« carnet de voyage Â», essaya de dÃ©duire Jack, espÃ©rant faire bonne impression.

â Oui, en un certain sens, si on considÃ¨re quâil en a fait pas mal, de route, pour lâÃ©poque.

Faisant glisser une autre photo, Ãlisa continua son exposÃ©.

â Les plus grands experts de cette langue et des modalitÃ©s de reprÃ©sentation graphique de cette Ã©poque ont essayÃ© de traduire ce qui est gravÃ© sur cette tablette. Naturellement, les avis sont assez discordants sur certaines parties, mais tous ont convenu que ceci -elle agrandit un dÃ©tail de la photo- pourrait Ãªtre la traduction de Â« vase Â» ou Â« amphore des Dieux Â». Ensuite on trouve les mots Â« sÃ©pulture Â», Â« secret Â» et Â« protection Â», eux aussi assez clairs.

Jack commenÃ§ait Ã  se sentir un peu perdu, mais, hochant la tÃªte, il essaya de convaincre Ãlisa quâil suivait parfaitement. Elle le regarda un instant avant de poursuivre :

â Ce symbole, par contre -elle manipula lâÃ©cran pour lâÃ©claircir le plus possible- devrait selon dâaucuns reprÃ©senter une tombe, la tombe dâun dieu. Alors que cette derniÃ¨re partie pourrait dÃ©crire un des dieux qui alerte, ou mÃªme qui menace le peuple rÃ©uni autour de lui.

Le colonel ne comprenait plus rien, un peu Ã  cause de lâalcool, un peu Ã  cause du parfum enivrant quâÃ©manait Ãlisa, et aussi Ã  cause de ses yeux dans lesquels il sâÃ©tait dÃ©cidÃ©ment perdu. Il continua tout de mÃªme Ã  hocher la tÃªte comme si tout avait Ã©tÃ© trÃ¨s clair.

â En bref, pour rÃ©sumer, poursuivit Ãlisa en remarquant le trouble grandissant de Jack, les experts ont interprÃ©tÃ© le contenu de cette tablette comme Ã©tant la reprÃ©sentation dâun Ã©vÃ©nement qui a eu lieu Ã  lâÃ©poque dâAbraham, au cours duquel un dieu prÃ©sumÃ©, ou de faÃ§on plus gÃ©nÃ©rale, des dieux, auraient cachÃ©, en lâenterrant Ã  cÃ´tÃ© dâun de leur tombeau, quelque chose de trÃ¨s prÃ©cieux, au moins pour eux.

â Je trouve Ã§a un peu gÃ©nÃ©ral, comme affirmation, commenÃ§a Jack, cherchant Ã  reprendre contenance. Dire que quelque chose de prÃ©cieux est enterrÃ© dans les alentours dâune tombe de dieux, ce nâest pas comme dâen avoir les coordonnÃ©es GPS. Il pourrait sâagir de nâimporte quoi, nâimporte oÃ¹.

â Tu as raison, mais toutes les inscriptions, en particulier celles qui sont trÃ¨s anciennes, doivent en quelque sorte Ãªtre interprÃ©tÃ©es et contextualisÃ©es. Câest pour cela que les experts existent et il se trouve que je suis prÃ©cisÃ©ment lâune dâentre eux. Sur ces mots, elle commenÃ§a Ã  mimer les mouvements dâun mannequin photographiÃ© par les paparazzis.

â Câest bon, câest bon. Je sais que tu es forte. Mais maintenant, essaie de faire comprendre quelque chose aux simples mortels.

â En substance, reprit Ãlisa, redevenant sÃ©rieuse, aprÃ¨s avoir analysÃ© et confrontÃ© des piÃ¨ces historiques de toute sorte, des histoires vraies, des lÃ©gendes, des rumeurs et ainsi de suite, les plus grands Â« esprits Â» de la terre ont conclu que cette reconstitution a sans doute un fond de vÃ©ritÃ©. Sur ces bases, ils ont lÃ¢chÃ© des archÃ©ologues dans le monde entier, Ã  la recherche de ce lieu mystÃ©rieux.

â Mais alors, quâest-ce que lâELSAD a Ã  voir avec tout Ã§a ?

Le colonel avait enfin retrouvÃ© ses fonctions cÃ©rÃ©brales.

â On mâavait dit que toutes ces recherches avaient pour but de rÃ©cupÃ©rer de fantomatiques objets, qui pourraient Ãªtre dâorigine extraterrestre.

â Et câest peut-Ãªtre vraiment Ã§a, rÃ©pondit Ãlisa. On pense maintenant que ces Â« dieux Â» qui, en ces temps reculÃ©s, seraient venus batifoler sur Terre, nâauraient rien Ã©tÃ© dâautre que des humanoÃ¯des dâune planÃ¨te extÃ©rieure Ã  notre systÃ¨me solaire. Compte tenu de leur haute technologie et de leurs grandes connaissances dans le domaine mÃ©dical et scientifique, il nâÃ©tait pas trÃ¨s difficile de les prendre pour des divinitÃ©s capables dâaccomplir on ne sait quels miracles.

â En effet, lâinterrompit Jack, moi aussi, si jâarrivais avec mon hÃ©licoptÃ¨re de combat Apache au milieu dâune tribu de lâAmazonie centrale et que je commenÃ§ais Ã  lancer des missiles partout, je pourrais Ãªtre pris une divinitÃ© en fureur.

â Câest exactement lâeffet que ces Ãªtres ont dÃ» produire sur les hommes de lâÃ©poque. Certains affirment mÃªme que ce seraient ces extraterrestres qui auraient fait germer la graine de lâintelligence chez lâHomo Erectus, le transformant ainsi, en quelques dizaines de milliers dâannÃ©es, en ce que nous connaissons de nos jours sous le nom dâHomo sapiens sapiens.

Ãlisa regarda attentivement le colonel qui affichait une expression de plus en plus abasourdie, et elle dÃ©cida de porter un coup bas.

â Pour te dire la vÃ©ritÃ©, je pensais quâen tant que responsable de cette mission, tu aurais Ã©tÃ© mieux informÃ©.

â Je le pensais moi aussi, Ã©clata Jack. De toute Ã©vidence, on suit toujours la mÃªme ligne, lÃ -haut : moins on en sait, nous autres, mieux câest.

La colÃ¨re prenait le pas sur la sensiblerie du moment prÃ©cÃ©dent.

En ayant pris conscience, Ãlisa posa sa tablette sur la table et sâapprocha Ã  quelques centimÃ¨tres du visage du colonel, qui, un instant, retint son souffle en pensant quâelle voulait lâembrasser ; mais elle sâexclama :

â Mais le meilleur est Ã  venir.

Elle reprit lors brusquement sa place, et lui montra une autre photo.

â Alors quâils se sont tous lancÃ©s Ã  la recherche de ce fameux Â« tombeau des dieux Â» en allant farfouiller entre les pyramides Ã©gyptiennes, tombes des dieux par excellence, moi, jâai fait une autre interprÃ©tation de ce qui est inscrit sur la tablette, et je crois que câest la bonne. Regarde Ã§a.

Et, satisfaite, elle lui montra une image reprÃ©sentant le texte tel quâelle lâavait interprÃ©tÃ©, elle.

Les deux compÃ¨res qui, de lâintÃ©rieur de la voiture, Ã©coutaient la conversation entre les deux convives, auraient chacun donnÃ© un bras pour pouvoir eux aussi voir la photo quâÃlisa montrait au colonel.

â Bon sang ! pesta le gros. Il faut trouver le moyen de mettre la main sur cette tablette.

â JâespÃ¨re au moins que lâun des deux va lire Ã  haute voix, ajouta le maigre.

â EspÃ©rons aussi que ce Â« petit dÃ®ner romantique Â» se termine vite. Jâen ai marre de rester lÃ , dans le noir, et en plus, je meurs de faim.

â Tu meurs de faim ? Mais quâest-ce que tu racontes ? Tu as mangÃ© mÃªme ma part de sandwichs.

â Pas tout Ã  fait, mon cher. Il en reste encore un et je vais mâen occuper maintenant.

Riant dâun air satisfait, il se tourna pour le rÃ©cupÃ©rer dans un sac posÃ© sur la banquette arriÃ¨re. Mais en se retournant, il heurta de son genou le bouton dâallumage du systÃ¨me dâenregistrement, qui Ã©mit un lÃ©ger bip et sâÃ©teignit.

â Mais, espÃ¨ce de crÃ©tin, tu ne peux pas faire attention ?

Le maigre se dÃ©pÃªcha dâessayer de rallumer lâappareil.

â Maintenant il faut que je redÃ©marre tout le systÃ¨me et il y en a pour une minute au moins. Tu peux prier pour quâils ne se disent rien dâimportant sinon, cette fois, je te fiche mon pied dans ton gros cul, dâici jusquâau Golfe Persique !

â Excuse-moi, dit le gros dâun filet de voix. Je crois que câest le moment de me mettre au rÃ©gime.



âLes Dieux enterrÃ¨rent le vase au prÃ©cieux contenu au sud du temple, puis ils ordonnÃ¨rent au peuple de ne pas sâen approcher jusquâÃ  leur retour, sinon de terribles malheurs sâabattraient sur toutes les Nations. Pour assurer sa protection, quatre gardiens flamboyants.â



â VoilÃ  ma traduction, dÃ©clara fiÃ¨rement Ãlisa. DâaprÃ¨s moi, le mot exact nâest pas Â« tombeau Â», mais Â« temple Â» et la Ziggourat dâUr, oÃ¹ je fais actuellement mes recherches, nâest rien dâautre quâun temple Ã©rigÃ© pour les dieux. Bien sÃ»r, tu me diras que des Ziggourats, ce nâest pas ce qui manque par ici, mais aucune nâest aussi proche de la maison qui a appartenu Ã  lâhomme qui a probablement Ã©crit les tablettes : notre cher Abraham.

â TrÃ¨s intÃ©ressant.

Le colonel analysait le texte avec soin.

â En effet, la maison que tout le monde dÃ©signe comme Ã©tant la Â« maison dâAbraham Â» ne se trouve quâÃ  quelques centaines de mÃ¨tres du temple.

â En plus, si ces Ãªtres Ã©taient vraiment des extraterrestres, poursuivit Ãlisa, imagine combien le Â« vase Â» pourrait Ãªtre intÃ©ressant pour vous, militaires. Peut-Ãªtre plus encore que son Â« prÃ©cieux contenu Â».

Jack rÃ©flÃ©chit un instant, puis dit :

â Et voilÃ  la raison de tout cet intÃ©rÃªt de la part de l'ELSAD. Le vase enterrÃ© pourrait Ãªtre beaucoup plus quâun simple rÃ©cipient de terre cuite.

â Bravo. Et maintenant, le coup de thÃ©Ã¢tre, sâexclama Ãlisa avec emphase. Ladies and gentlemen, voici, devant vos yeux, ce que jâai trouvÃ© ce matin.

Elle toucha lâÃ©cran et une nouvelle photo apparut.

â Mais câest le mÃªme symbole que celui qui se trouvait sur la tablette, sâÃ©cria Jack.

â Exact. Mais cette photo, je lâai prise aujourdâhui, rÃ©pondit-elle, trÃ¨s satisfaite. Apparemment, pour dÃ©signer les Â« Dieux Â», Abraham a utilisÃ© la mÃªme reprÃ©sentation que les SumÃ©riens : une Ã©toile avec douze planÃ¨tes autour, que, comme par hasard, jâai trouvÃ©e gravÃ©e sur le couvercle du Â« rÃ©cipient Â» que nous sommes en train de dÃ©gager.

â Ãa pourrait aussi ne rien vouloir dire, commenta Jack. Câest peut-Ãªtre juste une coÃ¯ncidence. Le symbole pourrait avoir mille autres significations.

â Ah oui ? Et alors, câest quoi Ã§a, Ã  ton avis ? et elle lui montra la derniÃ¨re photo. Nous lâavons faite de lâextÃ©rieur du rÃ©cipient avec nos appareils portables Ã  rayons X.

Jack ne put sâempÃªcher dâÃ©carquiller les yeux, stupÃ©fiÃ©.




Vaisseau spatial ThÃ©os - Analyse des donnÃ©es


PÃ©tri Ã©tait encore plongÃ© dans lâanalyse de la sonde quand Atzakis, revenant dans la cabine, dit Ã  lâintention de son ami :

â Ils nous donneront des nouvelles.

â Ce qui veut dire : dÃ©brouillez-vous tout seuls, commenta amÃ¨rement PÃ©tri.

â Plus ou moins comme dâhabitude, non ? rÃ©pondit Atzakis, en tapant vigoureusement sur lâÃ©paule de son compagnon de voyage.

â Quâest-ce que tu peux me dire de ce tas de ferraille ?

â Ã part le fait quâil a vraiment failli nous rayer le vernis de la coque extÃ©rieure, je peux te confirmer, avec une certitude absolue, quâaucun message nâa Ã©tÃ© transmis par notre ami Ã  trois pales. La sonde semblerait avoir Ã©tÃ© envoyÃ©e dans le seul but dâanalyser et dâÃ©tudier les corps cÃ©lestes. Une espÃ¨ce de voyageur solitaire de lâespace, qui enregistre des donnÃ©es et les transmet rÃ©guliÃ¨rement Ã  sa base, et il montra le dÃ©tail de lâantenne dans lâhologramme qui flottait dans la piÃ¨ce.

â Nous lui sommes probablement passÃ©s trop vite Ã  cÃ´tÃ© pour quâil puisse avoir enregistrÃ© notre prÃ©sence, hasarda Atzakis.

â Il nây a pas que Ã§a, mon vieux. Ses instruments de bord sont programmÃ©s pour analyser des objets Ã  une distance de centaines de milliers de kilomÃ¨tres et nous, nous sommes passÃ©s si prÃ¨s que, si nous nâÃ©tions pas dans le vide, le dÃ©placement dâair le ferait encore tourner comme une toupie.

â Et maintenant que nous sommes plus loin, tu penses quâil pourrait enregistrer notre prÃ©sence ?

â Je ne crois pas. Nous sommes vraiment trop petits et trop rapides pour faire partie de ses Â« centres dâintÃ©rÃªts Â».

â Bien, sâexclama Atzakis. Enfin une bonne nouvelle, me semble-t-il.

â Jâai essayÃ© de faire une analyse de la mÃ©thode de transmission des donnÃ©es utilisÃ©e par la sonde, reprit PÃ©tri. Il semble quâelle ne soit pas Ã©quipÃ©e dâune technologie par Â« vortex de lumiÃ¨re Â» comme la nÃ´tre, mais quâelle utilise encore un vieux systÃ¨me de modulation de frÃ©quence.

â Ce nâest pas celui quâutilisaient nos prÃ©dÃ©cesseurs avant la Grande RÃ©volution


 ? demanda Atzakis.

â Exact. Ãa nâÃ©tait pas trÃ¨s efficace, mais Ã§a nous a quand mÃªme permis dâÃ©changer pendant trÃ¨s longtemps des informations sur toute la planÃ¨te, et Ã§a a contribuÃ© Ã  nous faire arriver lÃ  oÃ¹ nous en sommes maintenant.

Atzakis sâassit sur le fauteuil du poste de commande, se mordilla lâindex un instant, puis dit :

â Si câest le systÃ¨me de communication actuellement utilisÃ© sur la Terre, nous pourrions peut-Ãªtre capter une de leurs transmissions.

â Oui, et peut-Ãªtre mÃªme un bon film porno, commenta PÃ©tri, faisant pointer lÃ©gÃ¨rement sa langue Ã  gauche de sa bouche.

â ArrÃªte avec tes bÃªtises. Pourquoi nâessaies-tu pas plutÃ´t de rÃ©adapter notre systÃ¨me de communication secondaire Ã  cette technologie ? Je voudrais arriver lÃ -bas le plus informÃ© possible.

â Jâai compris. Dâinnombrables heures de travail mâattendent dans ce minuscule compartiment.

â Ãa te dirait de manger quelque chose avant ? proposa Atzakis en anticipant la demande de son ami, dont il imaginait bien quâelle allait suivre immÃ©diatement.

â Câest la premiÃ¨re chose sensÃ©e que je tâentends dire aujourdâhui, rÃ©pondit PÃ©tri. Toute cette agitation mâa donnÃ© un appÃ©tit certain.

â Dâaccord, on fait une pause, mais câest moi qui choisit ce quâon mange. Le foie de Nebir que tu as voulu hier est restÃ© si longtemps dans mon pauvre estomac quâil semblait y avoir pris racine.



Une dizaine de minutes aprÃ¨s, alors que les deux compagnons de voyage finissaient leur repas, sur Terre, au Centre de ContrÃ´le des Missions de la NASA, un jeune ingÃ©nieur relevait une Ã©trange variation de trajectoire de la sonde quâil contrÃ´lait.

â Chef, dit-il dans le micro reliÃ© Ã  son casque, Ã  un centimÃ¨tre environ de sa bouche, je crois que nous avons un problÃ¨me.

â Quel genre de problÃ¨me ? se hÃ¢ta de demander lâingÃ©nieur responsable de la mission.

â Il semble que Juno, pour une raison encore inconnue, ait subi une lÃ©gÃ¨re variation de sa trajectoire programmÃ©e.

â Une variation ? Et de combien ? Mais due Ã  quoi ?

Il en avait dÃ©jÃ  des sueurs froides. Le coÃ»t de cette mission Ã©tait exorbitant et il fallait que tout marche comme prÃ©vu.

â Je suis en train dâanalyser les donnÃ©es. La tÃ©lÃ©mÃ©trie indique un dÃ©placement de 0,01 degrÃ© sans aucune raison apparente. Tout semble marcher convenablement.

â Elle pourrait avoir Ã©tÃ© touchÃ©e par un fragment de roche, hasarda lâingÃ©nieur le plus Ã¢gÃ©. Dans le fond, la ceinture dâastÃ©roÃ¯des nâest pas si loin.

â Juno est presque localisÃ©e sur lâorbite de Jupiter, et il ne devrait pas y en avoir, assura le jeune homme, avec beaucoup de tact.

â Et alors quâest ce qui sâest passÃ© ? Il doit forcÃ©ment y avoir un dysfonctionnement quelque part.

Il rÃ©flÃ©chit une seconde, puis ordonna :

â Je veux un double contrÃ´le sur tous les instruments de bord. Les rÃ©sultats dans cinq minutes sur mon ordinateur, et il coupa la communication.

Le jeune ingÃ©nieur se rendit alors compte de la responsabilitÃ© qui lui avait Ã©tait confiÃ©e. Il regarda ses mains : elles tremblaient lÃ©gÃ¨rement. Il dÃ©cida de passer outre. Il appela son collÃ¨gue pour quâil exÃ©cute un check-up sÃ©lectif de la sonde et croisa les doigts. Les ordinateurs commencÃ¨rent Ã  effectuer en sÃ©quence tous les contrÃ´les programmÃ©s et, aprÃ¨s quelques minutes, les rÃ©sultats de lâanalyse apparurent sur son Ã©cran :



Check-up terminÃ©. Tous les instruments sont opÃ©rationnels.



â Tout a lâair ok, commenta le collÃ¨gue.

â Et alors, quâest-ce qui sâest passÃ©, bon Dieu ? Si on ne le dÃ©couvre pas dans les deux minutes qui viennent, le chef va nous passer un savon Ã  tous les deux, et il commenÃ§a Ã  jouer fÃ©brilement avec les commandes sur le clavier quâil avait devant lui.

Rien de rien. Tout fonctionne parfaitement.

Il devait absolument inventer quelque chose, et il devait le faire vite. Il commenÃ§a Ã  tambouriner de ses doigts sur son bureau. Il continua une dizaine de secondes, puis dÃ©cida de faire appel Ã  la premiÃ¨re rÃ¨gle non Ã©crite du manuel de comportement sur son lieu de travail : ne jamais contredire son chef.

Il ouvrit son micro et dit dâune traite :

â Chef, vous aviez raison. Câest bien un petit astÃ©roÃ¯de troyen qui a fait dÃ©vier la sonde. Heureusement, il ne lâa pas touchÃ©e directement, mais il est passÃ© trÃ¨s prÃ¨s. De toute Ã©vidence, la masse de lâastÃ©roÃ¯de a crÃ©Ã© une petite attraction gravitationnelle sur notre Juno, provoquant ainsi la lÃ©gÃ¨re variation de trajectoire ; je vous envoie les donnÃ©es. Et il retint son souffle.

AprÃ¨s quelques interminables instants, la voix orgueilleuse de son chef lui parvint dans le casque.

â Jâen Ã©tait sÃ»r mon garÃ§on, mon instinct de vieux loup ne me trompe pas.

Puis il ajouta :

â Veillez Ã  activer les moteurs de la sonde et Ã  en corriger la trajectoire. Je ne tolÃ¨rerai aucune erreur et il coupa la communication.

Il reprit une seconde aprÃ¨s en disant :

â Excellent travail, les gars.

Le jeune ingÃ©nieur se rendit alors compte que le sang avait recommencÃ© Ã  circuler dans son corps. Son cÅur battait si fort quâil en entendait les pulsations contre ses oreilles. Tout compte fait, Ã§a pouvait aussi sâÃªtre passÃ© comme Ã§a. Il regarda son collÃ¨gue et, levant le pouce, lui fit signe que tout allait bien. Lâautre lui rÃ©pondit en clignant de lâÅil. Pour cette fois, il sâen Ã©tait sortis.




Nassiriya â AprÃ¨s le dÃ®ner


Le systÃ¨me dâenregistrement Ã©mit un double bip et se ralluma. Ã lâintÃ©rieur de la voiture, la voix dâÃlisa sortit Ã  nouveau du petit haut-parleur :

Â« Je pense que câest lâheure dây aller, Jack. Je dois me lever trÃ¨s tÃ´t demain pour continuer les fouilles.

â Dâaccord, rÃ©pondit le colonel. Je vais remercier le chef et on y va tout de suite aprÃ¨s. Â»

â Putain de merde, sâÃ©cria le maigre. Ã cause de toi, on a ratÃ© le meilleur.

â Et allez, je ne lâai pas fait exprÃ¨s, se justifia le gros. On pourra toujours dire quâil y a eu un dysfonctionnement du systÃ¨me et quâil y a une partie de la discussion que nous nâavons pas pu enregistrer.

â Câest toujours moi qui dois te sortir de la mouise, fit lâautre.

â Je vais me faire pardonner. Jâai dÃ©jÃ  un plan pour mettre la main sur la tablette de notre cher Professeur. Il sâattrapa le nez entre le pouce et lâindex, puis dit :

â Nous nous introduirons cette nuit dans sa chambre et nous copierons toutes les donnÃ©es sans quâelle sâen aperÃ§oive.

â Et quâest-ce quâon fait pour quâelle ne se rÃ©veille pas, on lui chante une berceuse ?

â Ne tâinquiÃ¨te pas, compÃ¨re. Jâai encore des as dans ma manche, et il lui fit un clin dâÅil.



Pendant ce temps, dans le restaurant, Jack et Ãlisa se prÃ©paraient Ã  sortir. Le colonel alluma sa radio portable et contacta lâescorte :

â Nous allons sortir.

â Tout est calme, ici, Colonel, rÃ©pondit une voix dans son oreillette.

Le colonel ouvrit avec prudence la porte du restaurant et observa attentivement lâextÃ©rieur. Debout, prÃ¨s de la voiture, se tenait encore le militaire qui avait accompagnÃ© Ãlisa.

â Tu peux y aller, mon garÃ§on, ordonna le colonel. Câest moi qui raccompagne le Professeur.

Le soldat se mit au garde-Ã -vous, salua militairement et, prononÃ§ant quelques mots dans sa radio, disparut dans la nuit.

â Ãa a Ã©tÃ© une soirÃ©e magnifique, Jack, dit Ãlisa en sortant. Elle respira profondÃ©ment lâair frais de la nuit et ajouta :

â Ãa faisait vraiment longtemps que je ne nâavais pas passÃ© un aussi bon moment. Encore merci. Et elle arbora Ã  nouveau un de ses merveilleux sourires.

â Viens, dans ce secteur ce nâest encore pas trÃ¨s sÃ»r de rester Ã  lâextÃ©rieur.

Sur ces mots, il ouvrit la portiÃ¨re et lâaida Ã  monter.

Le colonel au volant, la grande voiture sombre quitta rapidement les lieux en laissant derriÃ¨re elle un gros nuage de poussiÃ¨re.

â Moi aussi je me suis senti trÃ¨s bien. Je nâaurais jamais imaginÃ© quâune soirÃ©e avec un Â« savant professeur Â» puisse Ãªtre si agrÃ©able.

â Savante ? Câest Ã§a que tu penses de moi ? Et elle se dÃ©tourna de lui, feignant la colÃ¨re.

â Savante oui, mais aussi trÃ¨s sympathique, intelligente et vraiment sexy.

Elle regardait dehors, et il en profita pour lui caresser doucement les cheveux sur la nuque.

Ce contact lui procura une cascade dâagrÃ©ables frissons dans le dos. Elle ne pouvait pas cÃ©der si vite. Mais son excitation allait croissant. Elle dÃ©cida de se taire et de profiter de cet agrÃ©able et lÃ©ger massage. Jack, encouragÃ© par lâabsence de rÃ©actions Ã  son geste, continua Ã  caresser ses cheveux longs. Soudain, il commenÃ§a Ã  faire glisser sa main, dâabord sur son Ã©paule, puis sur son bras, puis de plus en plus bas, jusquâÃ  lui effleurer doucement les doigts. Elle, toujours tournÃ©e vers la fenÃªtre, prit sa main et la serra sans retenue. CâÃ©tait une main grande et forte. Ce contact lui donnait une grande assurance.



Non loin de lÃ , une autre voiture sombre suivait les deux passagers, essayant de capter dâautres propos intÃ©ressants.

â Je crois que les dix dollars sont en train de changer de main, mon vieux, dit le gros. Il la raccompagne Ã  lâhÃ´tel, elle le fait monter pour boire quelque chose et le tour est jouÃ©.

â Tu peux prier pour que Ã§a ne finisse pas comme Ã§a, sinon, jâaimerais bien savoir comment on va faire pour copier les donnÃ©es de lâordinateur.

â La vache, je nây avais pas pensÃ©.

â Tu ne penses jamais Ã  rien dâautre que ce qui finit dans ton estomac sans fond.

â Allez, ne te laisse pas trop distancer, dit le gros, en ignorant la provocation. Je ne voudrais pas perdre le signal une nouvelle fois.



Ils restÃ¨rent un peu main dans la main, sans rien dire. Ils avaient tous deux le regard fixe, au-delÃ  du pare-brise. LâhÃ´tel approchait, et Jack se sentait trÃ¨s maladroit. Ce nâÃ©tait Ã©videmment pas la premiÃ¨re fois quâil sortait avec une fille, mais ce soir-lÃ , il sentit resurgir toute la timiditÃ© qui lâavait torturÃ© pendant sa jeunesse, et quâil pensait avoir dÃ©passÃ©e. Ce contact si prolongÃ© lâavait comme paralysÃ©. Il aurait peut-Ãªtre dÃ» dire quelque chose pour rompre ce silence gÃªnant, mais il craignait que le moindre mot puisse gÃ¢cher ce moment magique, et il dÃ©cida de se taire.

Il remercia mentalement la boÃ®te automatique de la voiture qui lui avait permis de ne pas lÃ¢cher la main dâÃlisa pour passer les vitesses, et continua Ã  conduire dans la nuit.

Ãlisa, de son cÃ´tÃ©, se rappelait tous les Â« hommes de sa vie Â» prÃ©sumÃ©s, lâun aprÃ¨s lâautre. Plusieurs histoires, beaucoup de rÃªves, de projets, de joie et de bonheur, mais Ã  chaque fois, Ã  la fin, beaucoup de dÃ©ception, dâamertume et de douleur. CâÃ©tait comme si le destin avait dÃ©jÃ  tout dÃ©cidÃ© pour elle. La voie qui sâouvrait Ã  elle, sans aucun doute riche en satisfactions et succÃ¨s sur le plan professionnel, ne semblait pas prÃ©voir qui que ce soit Ã  ses cÃ´tÃ©s pour lâaccompagner. Et maintenant elle Ã©tait lÃ , dans un pays Ã©tranger, voyageant dans la nuit, sa main dans la main dâun homme que, jusquâÃ  la veille, elle considÃ©rait comme un obstacle Ã  ses plans et qui, maintenant, lui inspirait une grande tendresse et beaucoup dâaffection. Plus dâune fois, elle se demanda ce quâelle devait faire.

â Tout va bien ? demanda Jack, inquiet, voyant ses yeux devenir de plus en plus brillants.

â Oui, merci, Jack. Câest juste un moment de tristesse. Ãa va passer.

â Câest de ma faute ? sâempressa-t-il de lui demander. Jâai dit ou fait quelque chose qui ne va pas ?

â Non, au contraire, rÃ©pondit-elle aussitÃ´t dâune petite voix douce, et elle ajouta :

â Reste prÃ¨s de moi, sâil te plaÃ®t.

â HÃ©, je suis lÃ . Ne tâinquiÃ¨te pas. Je nâaccepterai jamais quâon te fasse du mal, dâaccord ?

â Merci, merci infiniment, dit Ãlisa, pendant quâelle tentait dâessuyer les larmes qui glissaient lentement sur ses joues. Tu es adorable.

Jack resta silencieux, et il lui serra la main encore plus fort.

Lâenseigne de lâhÃ´tel apparut au bout de la rue, quâils parcoururent sans rien dire. Puis le colonel ralentit et arrÃªta la voiture juste devant lâentrÃ©e. Ils se regardÃ¨rent intensÃ©ment. Pendant un long moment, aucun dâeux nâosa parler. Jack savait quâil devait faire le premier pas, mais Ãlisa le prÃ©cÃ©da.

â Câest maintenant que tu devrais me dire que la soirÃ©e a Ã©tÃ© splendide, que je suis magnifique, et moi je tâinviterais Ã  monter pour boire quelque chose.

â Oui, lâusage lâimposerait, commenta Jack, un peu dÃ©routÃ© par ces mots. Câest ce que je ferais si tu Ã©tais comme les autres, mais ce nâest pas ce que je pense.

Il reprit son souffle et il continua.

â Je pense que tu es une personne trÃ¨s particuliÃ¨re et que cette soirÃ©e passÃ©e ensemble mâa donnÃ© lâoccasion de mieux te connaÃ®tre, et de dÃ©couvrir beaucoup de choses que je nâaurais jamais pensÃ© trouver chez une Â« archÃ©ologue Â».

â Je prends Ã§a comme un compliment, dit-elle, essayant de dÃ©dramatiser un peu.

â DerriÃ¨re cette armure de femme forte et indestructible, je crois que se cache une petite crÃ©ature tendre et effrayÃ©e. Tu es une fille trÃ¨s douce, et dâune sensibilitÃ© unique.

Il allait peut-Ãªtre regretter ce quâil allait dire, mais il fit appel Ã  son courage et continua.

â Franchement, une nuit de sexe Ã  archiver, comme tant dâautres, absolument inutiles, et qui, le matin suivant, ne te laissent rien quâun immense vide, Ã§a ne mâintÃ©resse pas. Je voudrais plus avec toi. Tu mâas toujours beaucoup plu, je lâavoue.

Il ne pouvait plus sâarrÃªter, maintenant. Il lui prit les deux mains, les serra et poursuivit.

â Depuis que je tâai rencontrÃ©e dans mon bureau la premiÃ¨re fois, jâai rÃ©alisÃ© quâil y avait quelque chose de spÃ©cial chez toi. Au dÃ©part, jâÃ©tais Ã©videmment attirÃ© par ta beautÃ©, mais ensuite ta voix, ta faÃ§on de parler, tes gestes, ta faÃ§on de marcher, ton sourire...

Il fit une brÃ¨ve pause avant dâajouter :

â Ton charme mâa fascinÃ©. Tu as volÃ© mon cÅur. Je crois que je ne pourrais plus penser Ã  une vie sans toi et ce nâest absolument pas la conclusion de cette soirÃ©e qui pourra me faire changer dâavis.

Ãlisa, qui ne sâattendait pas du tout Ã  une dÃ©claration de ce genre, resta bouche bÃ©e un moment ; puis, le regardant dans les yeux, elle sâapprocha lentement de lui. Elle hÃ©sita un instant, puis lâembrassa.

Ce fut un baiser long et intense. Des Ã©motions anciennes et nouvelles rÃ©-affleuraient en eux. Soudain, Ãlisa se dÃ©tacha de lui et, restant tout prÃ¨s, lui dit :

â Merci pour ces mots, Jack. Moi non plus je nâaurais pas voulu que notre rencontre se termine avec une minable nuit de sexe. Cette soirÃ©e mâa permis de dÃ©couvrir quelque chose de plus de toi et dâapprÃ©cier le genre dâhomme que tu es. Moi non plus je nâaurais jamais pensÃ© trouver derriÃ¨re un Â« colonel Â» revÃªche une personne si tendre et si sensible. Je dois tâavouer que depuis des annÃ©es je nâavais plus senti mon cÅur battre aussi fort. Je ne suis plus une gamine, je sais, mais je ne voudrais pas tout gÃ¢cher en te faisant monter maintenant.

Elle fit une longue pause, puis ajouta :

â Je voudrais vraiment te revoir.

Elle lâembrassa Ã  nouveau, descendit de la voiture et entra en courant dans lâhÃ´tel. Elle craignait, en se retournant, ne pas pouvoir respecter ce quâelle venait de dire.

Jack la suivit du regard jusquâÃ  ce quâelle disparaisse derriÃ¨re la porte Ã  tambour de lâhÃ´tel. Il resta immobile, Ã  regarder les pales tourner jusquâÃ  leur arrÃªt complet. Alors, il posa un dernier regard vers lâenseigne tremblante, puis appuya Ã  fond sur la pÃ©dale de lâaccÃ©lÃ©rateur et, dans un crissement aigu de pneus, il disparut dans la nuit.



Les deux personnages louches qui suivaient le couple garÃ¨rent leur voiture Ã  lâarriÃ¨re de lâhÃ´tel en faisant trÃ¨s attention de ne pas se faire remarquer. De lÃ , ils pouvaient voir la fenÃªtre de la chambre dâÃlisa qui, moins dâune minute aprÃ¨s, sâillumina.

â Elle est rentrÃ©e, et elle est seule, dit le gros.

Le maigre sâempressa de rappeler Ã  lâautre quâil avait perdu le pari.

â LÃ¢che tes dollars, mon cher, et il frotta lâun contre lâautre pouce et index.

â Eh bien, je me serais attendu Ã  tout sauf Ã  ce que Ã§a finisse comme Ã§a, rÃ©pondit le gros. Notre cher colonel a vraiment lâair dâavoir un gros bÃ©guin.

â Oui, et elle aussi a lâair dâÃªtre bien mÃ»re.

â Quel Â« beau petit couple Â», commenta le gros avec son rire habituel. Maintenant il faut quâon attende que la petite poulette se mette au lit ; aprÃ¨s on se faufile dans sa chambre et on copie toutes les donnÃ©es de sa tablette.

Il descendit de la voiture et ajouta :

â En attendant, je prÃ©pare le matÃ©riel ; toi, surveille si elle Ã©teint la lumiÃ¨re.



Ãlisa Ã©tait tourmentÃ©e par mille pensÃ©es. Avait-elle bien fait de le quitter comme Ã§a ? Comment le prendrait-il ? Aurait-il encore eu envie de la revoir ? Au fond, câÃ©tait lui qui avait proposÃ© de diffÃ©rer. Jack lui avait donnÃ© lÃ  une vraie preuve de sÃ©rieux. Le sentiment quâil avait exprimÃ© avec tous ces mots merveilleux Ã©tait-il vraiment sincÃ¨re, ou nâÃ©tait-ce quâune stratÃ©gie pour la faire tomber dans un piÃ¨ge quâil avait habilement ourdi ? Elle nâaurait pas supportÃ© une nouvelle dÃ©ception amoureuse, dâautres douleurs et dâautres souffrances. Elle dÃ©cida de ne pas y penser pour lâinstant. Quoi quâil en soit, elle avait atteint le but quâelle sâÃ©tait fixÃ© : le colonel lui avait accordÃ© deux semaines de plus pour achever ses recherches. Le reste nâÃ©tait que Â« perspectives Â» et elle avait dÃ©sormais appris quâil ne fallait pas se faire trop dâillusions. Elle ne pouvait pas se permettre de subir une nouvelle dÃ©convenue. Cette fois-ci, elle ne sâen serait pas relevÃ©e.




Конец ознакомительного фрагмента.


Текст предоставлен ООО «ЛитРес».

Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=40851245) на ЛитРес.

Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.


