Au Cœur Du Temps
Amy Blankenship






Le CÅur du Temps

SÃ©rie : The Guardian Heart Crystal (Roman 1)

Author : Amy Blankenship

Translated by Sofia Mohamed

Copyright Â© 2010 Amy Blankenship

English Edition Published by Amy Blankenship

French Edition Published by TEKTIME

All rights reserved.

ISBN:

ISBN-13










La LÃ©gende du CÅur du Temps



Les mondes peuvent changer... mais les vraies lÃ©gendes ne disparaissent jamais.

L'ombre et la lumiÃ¨re se battent constamment depuis la nuit des temps. Les mondes sont formÃ©s et Ã©crasÃ©s sous les pieds de leurs crÃ©ateurs, mais le besoin continu de bien et de mal n'a jamais Ã©tÃ© en question. Cependant, un nouvel Ã©lÃ©ment est parfois jetÃ© dans le mÃ©lange... la seule chose que les deux camps veulent mais qu'un seul ne peut avoir.

Paradoxal dans la nature, le Cristal du CÅur du Gardien est la seule constante que les deux camps s'efforcent toujours d'atteindre. La pierre cristalline a le pouvoir de crÃ©er et de dÃ©truire l'univers connu, mais elle peut en mÃªme temps mettre un terme Ã  toutes les souffrances et les conflits. Certains disent que le cristal a son propre esprit... D'autres pensent que les Dieux sont derriÃ¨re tout cela.

Ã chaque apparition du cristal, ses gardiens ont toujours Ã©tÃ© prÃªts Ã  le protÃ©ger de tous ceux qui l'utiliseraient de maniÃ¨re Ã©goÃ¯ste. L'identitÃ© de ces gardiens demeure inchangÃ©e et ils aiment avec la mÃªme fÃ©rocitÃ©, qu'importe le monde ou le temps.

Une fille se trouve au milieu de ces anciens gardiens et est l'objet de leur affection. Elle a en elle le pouvoir du cristal lui-mÃªme. C'est la dÃ©tentrice du cristal et la source de son pouvoir. Les limites s'estompent rÃ©guliÃ¨rement, et lentement, Â« protÃ©ger le cristal Â» se change en Â« protÃ©ger la prÃªtresse des autres gardiens Â».

C'est le vin qui abreuve le cÅur de l'ombre. C'est le moyen permettant de rendre les gardiens du cristal faibles et sensibles aux attaques. L'ombre a besoin du pouvoir du cristal et de la fille, tout comme un homme aurait besoin d'une femme.

Parmi toutes ces dimensions et ces rÃ©alitÃ©s, vous trouverez un jardin secret connu sous le nom de CÅur du Temps. Ã cet endroit, la statue d'une jeune prÃªtresse humaine s'agenouille. Elle est entourÃ©e d'une magie ancestrale qui garde son trÃ©sor secret cachÃ© et bien conservÃ©. Les mains de la jeune fille sont tendues comme si elle attendait que quelque chose de prÃ©cieux y soit placÃ©.

La lÃ©gende raconte qu'elle attend que la pierre puissante connue sous le nom de Cristal du CÅur du Gardien lui revienne.

Seuls les Gardiens connaissent les vrais secrets de la statue et savent comment elle a vu le jour. Avant l'apparition des cinq frÃ¨res, leurs ancÃªtres, Tadamichi, et son frÃ¨re jumeau, Hyakuhei, protÃ©geaient le cÅur du temps durant sa pÃ©riode la plus sombre. Pendant des siÃ¨cles, les jumeaux ont protÃ©gÃ© le sceau qui empÃªchait le monde humain de chevaucher le royaume des dÃ©mons. Cette tÃ¢che Ã©tait sacrÃ©e, et les vies humaines, tout comme celles des dÃ©mons, devaient Ãªtre protÃ©gÃ©es et rester secrÃ¨tes pour l'autre monde.

InopinÃ©ment, sous leur rÃ¨gne, un petit groupe d'humains Ã©tait accidentellement entrÃ© dans le monde des dÃ©mons Ã  cause du cristal sacrÃ©. Durant une pÃ©riode trouble, ses pouvoirs avaient provoquÃ© une dÃ©chirure dans le sceau qui avait sÃ©parÃ© les dimensions. Le chef du groupe d'humains et Tadamichi Ã©taient rapidement devenus alliÃ©s, faisant un pacte pour fermer la dÃ©chirure dans le sceau et pour garder les deux mondes sÃ©parÃ©s l'un de l'autre pour toujours.

Cependant, Ã  cette pÃ©riode, Hyakuhei et Tadamichi Ã©taient tous les deux tombÃ©s amoureux de la fille du chef humain.

La dÃ©chirure avait Ã©tÃ© rÃ©parÃ©e par Tadamichi et la fille du chef contre la volontÃ© de Hyakuhei. La force du sceau avait Ã©tÃ© dÃ©cuplÃ©e, sÃ©parant le dangereux triangle amoureux pour toujours. Le cÅur de Hyakuhei Ã©tait dÃ©truit... MÃªme son propre frÃ¨re de sang, Tadamichi, l'avait trahi en s'assurant que la prÃªtresse et lui soient sÃ©parÃ©s pour l'Ã©ternitÃ©.

Une fois perdu, l'amour peut devenir la chose la plus Ã©pouvantable. Le cÅur brisÃ© de Hyakuhei se changea en colÃ¨re et en jalousie malveillantes causant une lutte entre les frÃ¨res jumeaux, mettant fin Ã  la vie de Tadamichi et sÃ©parant leurs Ã¢mes immortelles. Ces Ã©clats d'immortalitÃ© crÃ©Ã¨rent cinq nouveaux gardiens pour prÃ©server le sceau et le protÃ©ger de Hyakuhei qui avait rejoint les dÃ©mons au sein du royaume du mal.

Prisonnier de l'ombre qui l'avait consumÃ©, Hyakuhei chassa toutes les pensÃ©es liÃ©es Ã  la protection du cÅur du temps... Au lieu de cela, il consacra entiÃ¨rement son Ã©nergie au bannissement du sceau. Ses longs cheveux noirs atteignant ses genoux et un visage appartenant uniquement aux plus sÃ©duisants dissimulaient le vÃ©ritable mal cachÃ© sous cette apparence angÃ©lique.

Alors que la guerre commence entre les forces de la lumiÃ¨re et de l'obscuritÃ©, une lumiÃ¨re bleue aveuglante est Ã©mise de la statue sanctifiÃ©e, signalant que la jeune prÃªtresse s'est rÃ©incarnÃ©e et que le cristal a refait surface de l'autre cÃ´tÃ©.

Alors que les gardiens sont attirÃ©s par elle et deviennent ses protecteurs, la lutte entre le bien et mal commence vraiment. D'oÃ¹ l'entrÃ©e dans un autre monde oÃ¹ l'obscuritÃ© domine dans le monde de la lumiÃ¨re.

C'est l'une de leurs nombreuses aventures Ã©piques...



Chapitre 1 Â« Souvenirs brisÃ©s Â»



- Kyoko !!!!!!

Le cri de rage de Toya pouvait Ãªtre entendu dans toute la forÃªt environnante. Alors que le son de son hurlement dÃ©sespÃ©rÃ© s'affaiblissait, tout devint silencieux comme la mort tandis que tous les yeux faisaient attention au prochain mouvement de Hyakuhei.

Personne n'aurait pu arrÃªter cela. Tout s'Ã©tait passÃ© trop vite pour pouvoir rÃ©agir. Ce qui s'Ã©tait passÃ© avait paralysÃ© de peur les cinq gardiens. Ils ne pouvaient pas croire qu'ensemble, ils Ã©taient devenus les protecteurs du cristal du cÅur du gardien pour combattre Hyakuhei... seulement pour le voir gagner. Seulement pour perdre la seule personne qu'ils aimaient et protÃ©geaient tous.

LÃ , planant au centre du champ de bataille... leur pire cauchemar se dÃ©roulait.










Hyakuhei tenait Kyoko contre lui tout en fixant son visage terrifiÃ©. La moitiÃ© infÃ©rieure de son corps avait commencÃ© Ã  fusionner avec la sienne, tout comme il l'avait prÃ©vu. Il essayait lentement de l'absorber dans son corps et dans le vide de son Ã¢me, ainsi que le Cristal du CÅur du Gardien. Tous ceux qui regardaient pouvaient voir que le Cristal Ã©tait corrompu puisque l'obscuritÃ© provenant uniquement du mal luisait en lui.

Les mains de Kyoko Ã©taient posÃ©es contre le torse de Hyakuhei alors qu'elle le repoussait dÃ©sespÃ©rÃ©ment, essayant de toutes ses forces de se libÃ©rer de ce gardien changÃ© en dÃ©mon. Cela le faisait rire.

Hyakuhei Ã©tait dorÃ©navant sous l'emprise du pouvoir qui se propageait dans sa chair et son sang, et les piÃ¨tres tentatives de la prÃªtresse pour lui Ã©chapper l'amusaient beaucoup. Ses longs cheveux noirs comme l'Ã©bÃ¨ne tournaient autour d'eux comme s'ils avaient leur propre vie. Les pointes soyeuses des cheveux noirs se faufilaient derriÃ¨re Kyoko comme une bande en fer pour aider Ã  retenir son petit corps contre le sien.

Kyoko se sentait sans dÃ©fense alors qu'elle luttait contre l'attraction de son corps ne faisant qu'un avec le sien. Elle ne voulait pas tomber dans le vide froid et sombre qu'Ã©tait son Ã¢me. Elle pouvait sentir tous les dÃ©mons dedans... l'attendant. Plus elle Ã©tait attirÃ©e dans son corps, plus cette partie de son corps devenait froide. Ses jambes piquaient comme si de la glace se formait le long de sa peau et comme si elle se faisait piquer par un million d'Ã©pingles en mÃªme temps.

Elle savait que si elle ne faisait pas quelque chose rapidement, ils seraient tous perdus. Elle pouvait voir les cinq frÃ¨res qui l'avaient protÃ©gÃ©e ces derniÃ¨res annÃ©es... alors qu'ils se tenaient lÃ  et observaient. Ils voulaient tous l'aider mais ils avaient trop peur d'agir tant qu'elle Ã©tait retenue tel un bouclier.

Elle ne voulait pas perdre face Ã  ce traÃ®tre des gardiens. C'Ã©tait leur propre oncle... Pourquoi s'Ã©tait-il retournÃ© contre ses neveux il y a si longtemps ? Les yeux vert Ã©meraude de Kyoko fixaient Ã  nouveau ceux de l'ennemi sous l'empire de la colÃ¨re et de la crainte. Cela ne pouvait pas arrivÃ©... pas aprÃ¨s tout ce qu'elle avait traversÃ©. Tout Ã©tait de sa faute.

Ses yeux se plissaient devant le regard noir et ferme de Hyakuhei. Elle avait amenÃ© le Cristal dans ce monde et elle le retirerait de celui-ci si elle devait l'emmener tout droit en enfer avec elle.

Kyou se tenait Ã  tout juste six mÃ¨tres et dÃ©gaina rapidement son Ã©pÃ©e de destruction Â« Hakaisha Â» dans une colÃ¨re noire et aveugle. Il n'aimait pas cette pensÃ©e : son oncle... son ennemi, touchant la seule fille humaine qu'il eÃ»t jamais appris Ã  respecter. Elle avait l'air si dangereusement fragile dans les bras d'un homme fou, la lutte Ã©tant maintenant entre la puretÃ© et le mal.

Le maÃ®tre du royaume des gardiens... Kyou, le plus Ã¢gÃ© de la fratrie, ne pouvait rien faire sans blesser Kyoko en mÃªme temps. Il savait secrÃ¨tement que le pouvoir du Cristal ne pouvait pas lui faire de mal car il avait utilisÃ© un sort permettant de bloquer tous les sorts avant cette bataille. Il s'Ã©tait prÃ©parÃ© en cas oÃ¹ Hyakuhei aurait essayÃ© d'utiliser le Cristal du CÅur du Gardien contre lui.

Mais cela... il ne l'avait pas prÃ©vu. Il ne voulait pas voir Kyoko blessÃ©e... jamais, pas tant qu'il avait le pouvoir de l'arrÃªter.

Il ne se dÃ©battit pas lorsque les fantÃ´mes sombres et dÃ©moniaques envoyÃ©s par Hyakuhei sortirent du sol comme s'ils sortaient tout droit d'un cauchemar cachÃ© et s'enveloppÃ¨rent autour de son corps mortel pour le tenir tranquille. Kyou fixait Toya en voyant que la rage brÃ»lait dans les yeux argentÃ©s de son petit frÃ¨re.

Hyakuhei avait recouvert Toya d'une horde de fantÃ´mes dÃ©moniaques essayant de le garder Ã  distance, mais Toya luttait toujours contre eux avec une ardeur redoublÃ©e. IntÃ©rieurement, Kyou Ã©tait heureux de voir son frÃ¨re immobilisÃ©... Sans cela, Toya attaquerait sÃ»rement, peu importe les consÃ©quences. La simple vue de Kyoko en si grand danger avait poussÃ© Toya au-delÃ  du point de rupture.

Kyou pouvait sentir le pouvoir du gardien de Toya s'intensifier Ã  chaque battement de cÅur, ainsi que son propre pouvoir et celui de ses frÃ¨res.

Ã tout juste trois mÃ¨tres, les yeux d'un bleu glacÃ© de Kotaro s'Ã©largissaient avec incrÃ©dulitÃ©. Il ne voulait pas voir Kyoko blessÃ©e mais il ne pouvait rien faire pour l'Ã©viter. Ses deux bras Ã©taient ensanglantÃ©s Ã  cause de la bataille et ses jambes n'Ã©taient pas dans un meilleur Ã©tat. Ã cet instant, il n'avait mÃªme pas la force d'attaquer alors qu'il se dÃ©menait pour se lever, luttant contre la douleur. Son esprit toujours figÃ© par la peur pour la fille qu'il aimait plus que tout.

- Ne t'avise pas de lui faire du mal, ou je te traquerai mÃªme jusqu'en enfer, Hyakuhei, souffla Kotaro d'une voix rauque, montrant ses crocs pointus tandis que ses yeux d'un bleu glacÃ© brÃ»laient d'un dÃ©sir de vengeance.

L'air lui-mÃªme autour de lui semblait prendre vie avec une ardeur redoublÃ©e tandis que les dÃ©bris tourbillonnaient autour de lui Ã  cause de ses souffles puissants.

Kamui Ã©tait effrayÃ©, mais voir Kyoko se dÃ©battre dans les bras de Hyakuhei lui avait fait perdre la tÃªte. De la poudre multicolore brillait dans son regard rempli de colÃ¨re. Sans penser aux consÃ©quences, Kamui courut tout droit vers Hyakuhei avec ses simples griffes, un courage inimaginable nÃ© de son amour pour la prÃªtresse et vu par tous.

Les dÃ©mons de l'ombre au service de Hyakuhei le repoussÃ¨rent, jetant son corps dans la boue et faisant s'envoler les dÃ©bris.

Kaen saisit Kamui fermement, du feu jaillissant de ses pieds alors qu'il se mettait Ã  l'abri, veillant toujours sur le plus jeune des gardiens durant la bataille. En dÃ©posant Kamui, affaibli, sur le sol et hors de danger, Kaen lanÃ§a un regard de braise Ã  Hyakuhei et se tint entre le plus jeune des gardiens et le danger.

Suki Ã©tait Ã  genoux en tenant toujours son pÃ¨re dans ses bras. Son corps Ã  prÃ©sent sans vie et sa haine envers Hyakuhei pour avoir tuÃ© Sennin la faisaient bouillonner de l'intÃ©rieur. Son regard se posa Ã  prÃ©sent sur Kyoko, elle espÃ©rait pouvoir empÃªcher sa meilleure amie de subir le mÃªme triste sort qui avait frappÃ© un vieil homme si sage.

Shinbe se tenait devant Suki d'un air protecteur, empÃªchant Hyakuhei de voir son corps. Le vent causÃ© par la colÃ¨re de Kotaro faisait s'envoler les cheveux bleu nuit de Shinbe sur son visage... ajoutant un air hagard Ã  ses yeux entendus et d'une couleur similaire Ã  l'amÃ©thyste. Son inquiÃ©tude pour Kyoko s'intensifiait alors qu'il sentait le pouvoir du Cristal grandir.

- Non...

Ce mot sortit de sa bouche comme si le vent l'avait soudainement assommÃ©. Shinbe savait que si Hyakuhei obtenait entiÃ¨rement le pouvoir du cristal du cÅur du gardien, les deux mondes seraient en grand danger. Une larme brÃ»lante coula le long de sa joue alors qu'il sentait son cÅur se briser car il ne pouvait rien faire.

- ...Kyoko.

Hyakuhei regardait autour de lui ses ennemis qui s'Ã©taient mis en travers de son chemin depuis si longtemps... la progÃ©niture de son propre frÃ¨re. Il savait qu'ils avaient peur de l'attaquer car il tenait Ã  prÃ©sent Kyoko tel un bouclier, et il pouvait ressentir la rage grandissant autour de lui.

Ses ailes noires s'Ã©tendirent, crÃ©ant une sombre toile de fond derriÃ¨re lui tandis que ses yeux tout aussi sombres se braquaient sur la fille dans ses bras.

- Ils essayent de te protÃ©ger, dÃ©clara-t-il d'une voix calme et apaisante, comme s'ils n'Ã©taient pas en pleine bataille mais seulement en retrait, en train de l'observer.

Il pouvait sentir le cristal sacrÃ© du cÅur du gardien qui Ã©tait toujours visible au centre de son torse nu. Son amour pour les gardiens luttant pour sa protection Ã©tait la seule chose qui empÃªchait encore le cristal de sombrer complÃ¨tement dans son corps et de lui donner le pouvoir qu'il dÃ©sirait.

La puretÃ© de cet amour Ã©tait son pouvoir, et elle l'utilisait pour essayer de lui retirer le cristal... il pouvait le sentir. Cependant, il pouvait Ã©galement sentir le pouvoir qui coulait dÃ©jÃ  dans ses veines, cela lui donnait envie d'en avoir plus.

Son regard s'adoucit un instant tandis qu'il lui chuchotait comme s'il parlait Ã  son amante :

- Ce n'est pas assez.

Hyakuhei dÃ©cida qu'il utiliserait le pouvoir qu'il avait dÃ©jÃ  obtenu du cristal contre Kyoko afin de dÃ©truire le lien d'amour qui unissait le petit groupe. Il savait qu'il devait l'arrÃªter... car son seul pouvoir Ã©tait tout aussi puissant que le cristal qu'elle avait autrefois en elle. Le mÃªme cristal qui lui avait autrefois permis d'aimer... uniquement pour retirer cruellement cet amour de son Ã©treinte par la suite.

Il attira le visage rougissant de Kyoko vers le sien et dÃ©posa un doux baiser sur ses lÃ¨vres innocentes. En fixant ses yeux verts et troublÃ©s, il pÃ©nÃ©tra son esprit en utilisant le pouvoir du cristal du cÅur du gardien.

Hyakuhei cherchait ses souvenirs liÃ©s aux gardiens qu'elle aimait de tout son cÅur... Il les lui prendrait. Voler ses souvenirs des personnes pour qui elle luttait affaiblirait son pouvoir et renforcerait le sien.

Kyoko ne pouvait pas cligner des yeux. Elle sentait ses griffes malfaisantes dans son esprit, essayant de dÃ©truire ses souvenirs et de lui arracher la raison pour laquelle elle luttait... tentant de lui prendre son amour. Ses amis, chacun d'eux, elle ne pouvait pas le permettre.

Kyoko sentait son pouvoir s'effondrer, la laissant avec une seule chose Ã  utiliser contre lui, et c'Ã©tait cette mÃªme chose qu'il essayait de prendre et de dÃ©truire. Ses yeux Ã©tincelaient d'une colÃ¨re qui n'Ã©tait plus rÃ©primÃ©e. Elle agrippa ses cheveux noirs et soyeux et poussa son front contre le sien, tremblant avec un raz-de-marÃ©e de pouvoir.

Sa voix perÃ§ant le silence du champ de bataille, elle s'Ã©cria :

- Tu le veux tant que Ã§a ? LÃ !! Prends-Le !!!!

Les yeux dorÃ©s de Kyou brillaient intensÃ©ment alors que la peur empreignait son corps comme la lame d'un couteau chaud. Qu'est-ce que la prÃªtresse faisait ? Il savait que quelque chose n'allait vraiment pas et sentait l'appel de ses pouvoirs psychiques... le poussant Ã  Ã©couter et Ã  voir avant qu'il ne soit trop tard ! Il affina ce pouvoir et pÃ©nÃ©tra l'esprit de Kyoko en essayant de voir ce qui se passait. Il serait tombÃ© Ã  genoux en assistant Ã  cela si les dÃ©mons de l'ombre n'avaient pas Ã©tÃ© enveloppÃ©s si fermement autour de lui... le gardant immobile.

Les sons et les images seraient implantÃ©s dans son esprit pour toujours, et quelque part, Kyou savait qu'il ne serait jamais capable d'oublier les sentiments qui le submergeaient. En effet, il rÃ©alisait en regardant dans son esprit que Kyoko avait entretenu des sentiments d'amour pour lui, tout comme pour ses frÃ¨res. Il pouvait voir chaque toucher, sentir chaque Ã©motion le caresser et chaque larme cachÃ©e le dÃ©truire comme cela avait dÃ» la dÃ©truire.

Kyou Ã©tait Ã©galement Ã©branlÃ© par la frÃ©nÃ©sie en rÃ©alisant que Kyoko avait plus de pouvoir que ce que quiconque avait jamais pensÃ©... un pouvoir dont elle-mÃªme n'Ã©tait pas consciente. Il pouvait voir et ressentir chaque souvenir qui passait de son esprit Ã  celui de Hyakuhei comme s'ils Ã©taient jetÃ©s droit dans son cÅur, lÃ  oÃ¹ il ne les libÃ©rerait jamais.

Des annÃ©es d'amour, de chagrin et de sacrifice... toutes donnÃ©es en un instant.

Des larmes de colÃ¨re ruisselaient sur les joues de Kyoko alors qu'elle poussait dans l'esprit de Hyakuhei chaque souvenir d'amour et d'amitiÃ©, de douleur et de sentiments inavouÃ©s qu'elle avait pour tous ceux qui luttaient avec elle. C'Ã©tait la derniÃ¨re arme qui lui restait.

AussitÃ´t, la malveillance de Hyakuhei fut dÃ©stabilisÃ©e. Tout le monde sentait le changement du pouvoir tandis que le cristal commenÃ§ait Ã  passer d'une lumiÃ¨re sombre Ã  une lumiÃ¨re blanche et aveuglante qui clignotait, et les spectres de l'ombre retenant Toya et Kyou se dÃ©sintÃ©grÃ¨rent dans les airs.

Kyoko observait tandis que l'ange des tÃ©nÃ¨bres Ã©tait dÃ©sorientÃ©, son visage pÃ¢le et parfait devenant dÃ©formÃ© par la douleur.

Au moment oÃ¹ elle se sentit glisser, Kyoko tendit ses deux petites mains et saisit le cristal, le retirant de sa chair. Elle savait ce qui devait Ãªtre fait car elle pouvait dÃ©jÃ  sentir son esprit perdre son combat contre les souvenirs qu'elle ne voulait pas oublier. Des larmes cristallines coulaient sur ses joues dÃ©jÃ  striÃ©es.

Elle avait cÃ©dÃ© ses souvenirs afin de tous les sauver. Rapidement, avant de perdre ses pensÃ©es, elle dÃ©posa le cristal du cÅur du gardien contre sa poitrine... parallÃ¨le Ã  son cÅur.

Elle chuchota en se tournant vers Toya et Kyou s'Ã©lanÃ§ant tout les deux droit vers elle :    - Souvenez-vous de moi... s'il vous plaÃ®t... Trouvez-moi.

La derniÃ¨re chose que Kyoko entrevit tandis que sa vue commenÃ§ait Ã  se rÃ©trÃ©cir fut eux deux, criant son nom et tendant la main vers elle. L'un avec les yeux dorÃ©s et humides, l'autre avec les yeux argentÃ©s et liquÃ©fiÃ©s... et son monde devint noir.

Kyou pouvait sentir Kyoko s'affaiblir et il pensait qu'elle Ã©tait en train de mourir. Il s'Ã©lanÃ§a avec Toya Ã  l'unisson, essayant dÃ©sespÃ©rÃ©ment de l'atteindre lorsque tout changea, comme si une goutte d'eau avait frappÃ© la surface de sa vue.

Des vagues ondulaient vers l'extÃ©rieur en partant de Kyoko et elle disparut dans les airs. Puis, Hyakuhei cria de rage en disparaissant Ã©galement.

L'esprit de Kyou s'emballait tandis que le cri de son frÃ¨re qui s'Ã©tait joint au sien s'arrÃªtait brusquement, comme si le son avait Ã©tÃ© coupÃ© d'un clin dâÅil, et il savait que Toya avait Ã©galement disparu. Kyou atterrit gracieusement sur l'espace vide oÃ¹ sa cible se trouvait une seconde plus tÃ´t. Il lanÃ§a son regard plein de colÃ¨re autour de lui dans le dÃ©ni. Tout le monde avait disparu.

Kyou sentait l'adrÃ©naline couler dans ses veines et se mÃ©langer Ã  son sang de gardien de haute naissance. Il avait tout vu et ressenti. Il possÃ©dait maintenant tous ses souvenirs. Kyoko s'Ã©tait donnÃ©e entiÃ¨rement pour les sauver, et au dernier moment, il avait entendu son souhait. Elle ne savait probablement pas ce qu'elle avait fait... mais elle les avait tous pris avec elle, le laissant derriÃ¨re.

Le sort qu'il avait lancÃ© sur lui pour empÃªcher le cristal sacrÃ© d'Ãªtre utilisÃ© contre lui l'avait empÃªchÃ© de suivre les autres, oÃ¹ qu'ils fussent. Elle avait emmenÃ© tout le monde loin de lui avec seulement quelques mots chuchotÃ©s.

Son corps se tenait fiÃ¨rement debout. Ses cheveux argentÃ©s lui arrivant aux genoux flottaient autour de lui et la soie blanche de sa chemise flottait au vent comme s'il se tenait au cÅur d'une tempÃªte invisible qui Ã©galait la tempÃªte faisant rage dans son cÅur tourmentÃ©.

Son apparence Ã©tait celle d'un ange... royal, puissant et parfait, tandis qu'il considÃ©rait le champ de bataille dÃ©sert. Jusqu'au moment oÃ¹ il posa sa main sur sa joue, attrapant l'unique larme cramoisie que lui-mÃªme n'avait pas le pouvoir d'arrÃªter.

La vision de Kyou se troubla tandis que des plumes dorÃ©es provenant d'ailes qui avaient poussÃ©es tourbillonnaient devant lui, l'entourant d'une vaste lueur dorÃ©e et rÃ©vÃ©lant sa vraie identitÃ© pour la premiÃ¨re fois de sa vie sans Ã¢ge.

La seule blessure restante due Ã  la bataille Ã©tait l'entaille qui apparaissait dans son cÅur... un cÅur dont personne ne connaissait l'existence. Son regard se tourna en direction de la statue de la jeune fille qui se tenait Ã  seulement quelques mÃ¨tres de lui, et il chuchota :

- Kyoko, je ne t'ai pas abandonnÃ©e. La distance de plus d'un millÃ©naire n'est pas suffisante pour m'empÃªcher de te retrouver...










Chapitre 2 Â« L'autre cÃ´tÃ© Â»



De l'autre cÃ´tÃ© du CÅur du Temps, deux ans plus tard... et plus d'un millÃ©naire dans le futur.



La lettre Ã©tait adressÃ©e au temple Hogo. Grand-pÃ¨re Hogo regardait l'Ã©lÃ©gante enveloppe que le coursier venait juste de lui remettre tandis qu'il la ramenait Ã  la table oÃ¹ il buvait du thÃ©. Avant qu'on frappÃ¢t Ã  la porte, il profitait de la paix et du calme dans la maison, habituellement trop active.

Tout le monde Ã©tait sorti pour la soirÃ©e. Tama Ã©tait Ã  la salle de jeux en ville avec des amis, et Kyoko Ã©tait partie Ã  la bibliothÃ¨que pour Ã©tudier, pendant que Mme Hogo Ã©tait partie faire des courses.

En prenant un petit couteau sur la table, Grand-pÃ¨re glissa avec prÃ©caution la lame tranchante Ã  travers l'enveloppe aux bordures dorÃ©es. Il y parvint, sortant une lettre notariÃ©e rÃ©digÃ©e sur un papier rÃ©sistant aux bordures dorÃ©es, et commenÃ§a Ã  la lire. Plus il lisait, plus ses yeux s'Ã©largissaient. C'Ã©tait une bourse d'Ã©tudes, une bourse complÃ¨te pour une Ã©cole trÃ¨s chÃ¨re situÃ©e Ã  la pÃ©riphÃ©rie de l'autre cÃ´tÃ© de la ville.

- K.L. UniversitÃ©.

Sa vieille voix Ã©tait pleine de stupÃ©faction pour la premiÃ¨re fois depuis des annÃ©es. Comme indiquÃ©, tout serait entiÃ¨rement payÃ©, mÃªme le coÃ»t du dortoir dans lequel elle resterait, et c'Ã©tait signÃ© par le fondateur de l'Ã©cole avec ses initiales indiquant K.L.

Le visage Ã¢gÃ© de Grand-pÃ¨re formait un sourire qui n'avait pas Ã©tÃ© aussi Ã©clatant depuis bien longtemps. Kyoko allait Ãªtre plus qu'heureuse. Il savait qu'elle avait peur que rater autant d'annÃ©es d'Ã©tudes l'empÃªcherait d'Ãªtre acceptÃ©e dans n'importe quelle Ã©cole, et dorÃ©navant, elle irait dans une Ã©cole qui surpassait toutes les autres dans la rÃ©gion.

Il fronÃ§a les sourcils pensivement... C'Ã©tait l'Ã©cole la plus difficile d'accÃ¨s, car il ne connaissait personne qui avait jamais rÃ©ussi Ã  y entrer en postulant. Il y avait Ã©galement une rumeur qui disait qu'il n'y avait que trÃ¨s peu d'Ã©tudiants Ã  cause des critÃ¨res requis extrÃªmement Ã©levÃ©s rien que pour s'inscrire. Comment avait-elle Ã©tÃ© acceptÃ©e dans une Ã©cole oÃ¹ elle n'avait mÃªme pas postulÃ© ?

Son esprit repensait aux deux derniÃ¨res annÃ©es. Kyoko avait mis Ã  certain temps Ã  reprendre le rythme des choses aprÃ¨s Ãªtre revenue de l'autel si dÃ©sorientÃ©e. Ils avaient tous Ã©tÃ© perplexes lorsqu'elle Ã©tait soudainement revenue, car elle ne se souvenait de presque rien concernant la pÃ©riode oÃ¹ elle Ã©tait partie.

La famille Hogo savait oÃ¹ elle avait Ã©tÃ© car elle avait fait plusieurs allers-retours Ã  travers le portail du temps... Kyoko Ã©tait la seule Ã  Ãªtre soudainement amnÃ©sique Ã  ce sujet.

Elle ne se souvenait mÃªme pas de Toya. Cependant, pour Grand-pÃ¨re, c'Ã©tait une bonne chose car de toute faÃ§on, c'Ã©tait prÃ©fÃ©rable d'oublier ce gardien traversant le temps. C'Ã©tait prÃ©fÃ©rable d'oublier tout ce qui concernait l'autre cÃ´tÃ© et le danger qu'il avait amenÃ©.

Son regard devint triste un instant. Oui, la famille savait presque tout ce qui s'Ã©tait passÃ© car Kyoko faisait des allers-retours entre les mondes et une fois de ce cÃ´tÃ©, elle les mettait au courant des derniers Ã©vÃ©nements. Il pouvait Ã©galement voir qu'elle avait cachÃ© beaucoup de choses qu'elle ne voulait pas leur dire. Des choses que dorÃ©navant, ils ne sauraient jamais puisqu'elle avait oubliÃ© ces secrets.

MÃªme aprÃ¨s que son petit frÃ¨re Tama lui avait racontÃ© beaucoup de choses qu'il savait, elle avait simplement secouÃ© la tÃªte et baissÃ© ses yeux. Elle se rappelait uniquement qu'elle Ã©tait seule dans l'autre monde. Un monde rempli de monstres.

Grand-pÃ¨re retroussait ses lÃ¨vres tout en mÃ©ditant. Il savait que les choses avaient Ã©tÃ© corrigÃ©es car Kyoko disait qu'elle se souvenait de quelque chose en rapport avec le Cristal du CÅur du Gardien revenant en elle, et que c'Ã©tait fini. AprÃ¨s quelques semaines, elle s'Ã©tait replongÃ©e dans ses devoirs et avait d'excellentes notes, et maintenant, tout cela avait fini par payer. Grand-pÃ¨re entendit la porte d'entrÃ©e s'ouvrir et son sourire s'Ã©largit.

Embrassant la lettre comme si c'Ã©tait une sorte de porte-bonheur sacrÃ©, il regarda sa petite-fille entrer dans la cuisine... Kyoko allait adorer cela.



Trois semaines plus tard...

Des yeux dorÃ©s l'observaient tandis que la fille du passÃ© s'approchait de l'Ã©cole. Il l'avait retrouvÃ©e et d'une maniÃ¨re ou d'une autre, il ferait Ã  nouveau les choses correctement. Il sentit son bouclier humain glisser un instant alors que ses yeux flamboyaient d'or liquide en mÃ©moire de tout ce qui s'Ã©tait passÃ© ce jour fatidique au milieu d'un champ de bataille mortel.

Les rayons du soleil matinal Ã  travers la fenÃªtre projetaient une ombre Ã©trange derriÃ¨re lui ressemblant Ã  des ailes. Il leva ses mains griffues et plissa ses yeux, observant ses griffes se rÃ©tracter dans sa cape humaine.

Il calma ses pouvoirs intÃ©rieurs en tournant Ã  nouveau son regard Ã©garÃ© vers la prÃªtresse. Il Ã©tait temps, et avec la puretÃ© de Kyoko, il ressentait Ã©galement l'Ã©veil du mal autour de lui. La bataille inachevÃ©e commencerait bientÃ´t. Cette fois... il ne ferait pas la mÃªme erreur.

Kyoko contemplait l'Ã©norme bÃ¢timent. Pour elle, il ressemblait presque Ã  un grand chÃ¢teau venant tout droit d'un passÃ© inconnu. Elle esquissa un sourire. Elle n'y pouvait tout simplement rien. Elle Ã©tait toujours aussi heureuse aprÃ¨s avoir appris pour la bourse, et le fait qu'elle vivrait vraiment ici.

Elle regarda Tama. Il avait Ã©tÃ© d'une grande aide en l'accompagnant pour l'aider Ã  porter ses affaires et Ã  s'installer. Kyoko Ã©tait contente d'avoir persuadÃ© sa mÃ¨re et son grand-pÃ¨re de rester Ã  la maison et de se dire au revoir lÃ -bas. Maintenant, elle se sentait presque Ã©tourdie par tant de libertÃ© et prit une grande inspiration, la savourant.

- Kyoko, est-ce que tu vas rester lÃ  toute la journÃ©e ou est-ce qu'on peut chercher ton dortoir ? RouspÃ©ta Tama, mÃªme si la vue l'impressionnait aussi.

Il leva les yeux vers la gigantesque voÃ»te menant aux portes principales avec Ã©tonnement.

Kyoko regarda la carte dans sa main et indiqua l'Ã©norme bÃ¢timent connectÃ© au cÃ´tÃ© droit de l'Ã©cole.

- Ãa devrait Ãªtre le bon bÃ¢timent.

Elle se tourna et fit un clin dâÅil Ã  Tama.

- Merci pour ton aide ce matin.

Tama sourit, se sentant lÃ©gÃ¨rement embarrassÃ©.

- De rien Kyoko, aprÃ¨s tout, je me dÃ©barrasse de toi pendant un moment, et c'est largement suffisant.

Il l'esquiva et s'en alla tout en essayant de la distancer, mort de rire.

Kyoko commenÃ§a Ã  le poursuivre mais s'arrÃªta en pleine course, sentant un regard posÃ© sur elle.

Alors que la brise soufflait sur ses cheveux auburn en dÃ©gageant son visage, elle leva les yeux vers le bÃ¢timent en se demandant Ã  qui appartenait le regard qui la caressait sans pouvoir voir qui que ce soit. Elle avait Ã©tÃ© capable de sentir des choses bizarres ces derniÃ¨res annÃ©es, et elle savait sans l'ombre d'un doute que quelqu'un Ã©tait lÃ ... en train de l'observer. Elle pouvait presque sentir son toucher.

Elle crut voir du mouvement derriÃ¨re une fenÃªtre Ã  l'Ã©tage, mais en regardant de plus prÃ¨s, elle ne vit rien. Kyoko poussa un soupir intÃ©rieur en rÃ©alisant que le sentiment Ã©trange avait Ã  prÃ©sent disparu. Elle mordilla gentiment sa lÃ¨vre infÃ©rieure en attendant de ne plus Ãªtre dÃ©Ã§ue. RenonÃ§ant, elle rattrapa finalement Tama qui passait les portes. Tous deux se figÃ¨rent en regardant aux alentours.

- Cet endroit est gÃ©nial, chuchota Tama tout en levant les yeux, puis se pencha pour ajouter d'une voix sÃ©rieuse, tu devrais garder cette carte... Te connaissant, tu te perdras ici.

Kyoko ne semblait pas l'entendre tandis que son regard se baladait Ã  l'intÃ©rieur du hall principal. La salle dans laquelle ils se tenaient avait au moins trois Ã©tages, avec des escaliers qui remontaient aux autres Ã©tages en formant des spirales. D'un cÃ´tÃ©, il y avait une Ã©norme bibliothÃ¨que, tandis que de l'autre cÃ´tÃ©, cela avait l'air d'Ãªtre une aire de loisirs, et en plein milieu, un lustre gigantesque Ã©tait accrochÃ© Ã  la haute voÃ»te.

- Je n'aimerais pas du tout le voir tomber, confirma-t-elle dans le vide en hochant la tÃªte.

Un coin salon avec des meubles luxueux se trouvait en dessous. Il y avait dÃ©jÃ  des Ã©tudiants debout et occupÃ©s Ã  faire des choses, mÃªme s'il Ã©tait trÃ¨s tÃ´t. Elle voulait Ãªtre lÃ  le plus tÃ´t possible, et il Ã©tait Ã  prÃ©sent sept heures et demi du matin. Elle s'empressa de regarder Ã  nouveau le papier, se demandant oÃ¹ elle devait aller.

Elle regarda Tama par-dessus son Ã©paule en gÃ©missant et pointa du doigt l'escalier en colimaÃ§on devant eux. Ils avaient quatre valises Ã  eux deux car Kyoko allait emmÃ©nager, et elles Ã©taient trÃ¨s lourdes.

Le visage de Tama se dÃ©composa.

- Tu plaisantes.

Il lÃ¢cha la poignÃ©e de la plus grosse valise sachant que cette fois-ci, les roues en dessous ne seraient d'aucune aide.

- Pour l'amour de Dieu, je n'ai que douze ans.

Elle redressa ses Ã©paules avec dÃ©termination.

Kyoko fut surprise lorsqu'une voix masculine derriÃ¨re elle lui demanda :

- Es-tu Mademoiselle Kyoko Hogo ?

- Oui, rÃ©pondit-elle en se retournant instantanÃ©ment.

Ses yeux s'Ã©largirent lorsqu'elle tomba nez Ã  nez avec un trÃ¨s bel homme. Il avait des yeux saisissants et d'un bleu glacÃ©, et de longs cheveux bruns attachÃ©s en queue de cheval. Alors qu'elle le fixait avec admiration, elle sentit une brise Ã©trange lui caresser le visage. Les pointes de ses doux cheveux au vent chatouillaient ses joues.

Il lui fit un sourire trÃ¨s charmeur. Puis, Ã  la grande surprise de Kyoko, il claqua des doigts et deux hommes arrivÃ¨rent de presque nulle part, prirent ses valises et montÃ¨rent les escaliers avec elles. Les yeux de Kyoko s'Ã©largirent tandis qu'elle les regardait, mais avant de pouvoir dire quoi que ce soit, l'autre homme avait pris sa main dans la sienne et l'amena Ã  ses lÃ¨vres pour l'embrasser tel un prince.

- Mon nom est Kotaro, et je n'aurais pas voulu voir une personne aussi belle que toi porter quoi que ce soit d'aussi lourd. Maintenant, si tu veux bien me suivre, je vais te montrer ton dortoir.

Kotaro se tourna avec assurance en ne lÃ¢chant pas sa main et monta les escaliers.

La chaleur soudaine qui parcourait ses doigts et son bras semblait continuer Ã  se rÃ©pandre dans son corps... rÃ©veillant son sang de gardien. C'Ã©tait son secret Ã  garder. Kotaro serra lÃ©gÃ¨rement la main de Kyoko, il savait qu'elle Ã©tait celle qu'il avait patiemment attendue. Il l'avait senti au moment oÃ¹ elle avait pÃ©nÃ©trÃ© dans la piÃ¨ce.

Kyoko haussa un sourcil dÃ©licat en se disant :

- Mon Dieu, Ã©pargnez-moi les hommes chevaleresques. Dans quoi suis-je tombÃ©e ?

Elle se tourna et haussa les Ã©paules vers Tama qui se tenait lÃ , la bouche grande ouverte. Kyoko pencha sa tÃªte sur le cÃ´tÃ© et haussa un sourcil.

- Fais attention Tama, tu risques de gober des mouches comme Ã§a.

Puis, avant de pouvoir se reprendre, elle se retourna et suivit la silhouette svelte de l'homme qu'elle ne connaissait que par son prÃ©nom, Kotaro.

Elle nota dans sa tÃªte un point pour elle sur son tableau noir imaginaire oÃ¹ elle inscrivait secrÃ¨tement son score et celui de Tama. Elle l'entendit se vexer derriÃ¨re elle tandis qu'ils montaient les escaliers et savait Ã  prÃ©sent qu'elle Ã©tait en train de gagner.

Ils croisÃ¨rent un autre homme qui descendait les escaliers, et alors qu'il passa prÃ¨s d'elle sans mÃªme la regarder, elle sentit un Ã©clair traverser son cÅur et sa respiration se coupa. Tous les sons disparurent alors qu'ils se croisÃ¨rent presque au ralenti. Puis, tout revint Ã  la normale alors que son cÅur manqua un battement et accÃ©lÃ©ra.

Un sentiment de malaise se glissa Ã  travers sa peau comme si elle avait manquÃ© quelque chose... ou plutÃ´t comme si elle avait perdu quelque chose et qu'il lui manquait terriblement. En essayant de se dÃ©barrasser de cette rÃ©action Ã©trange, elle ne s'Ã©tait mÃªme pas retournÃ©e pour voir celui qu'elle avait croisÃ©, sentant Ã  cet instant que c'Ã©tait mieux de ne pas savoir.

- Eh bien, au moins, il y a assez d'hommes dans le coin pour te faire baver d'admiration, chuchota Tama, ce qui fit grogner Kyoko intÃ©rieurement.

Elle se tourna en haut des marches, suivant Kotaro le long d'un grand couloir avec de nombreuses portes des deux cÃ´tÃ©s. Elle supposait que c'Ã©tait les chambres du dortoir, mais il ne ralentit ou ne s'arrÃªta Ã  aucun moment devant l'une d'entre elles. Au bout du couloir, il y avait Ã©crit sur des portes Â« NE PAS ENTRER Â». Elle fut quelque peu perplexe lorsque Kotaro et les deux hommes portant ses bagages passÃ¨rent les portes avec Ã©lÃ©gance comme s'ils Ã©taient Ã  leur place, uniquement pour se tourner vers un autre escalier.

Tama se rapprocha de Kyoko et la nargua :

- Je pense qu'ils t'envoient au cachot.

Kyoko lui sourit d'un air suffisant par-dessus son Ã©paule.

- On est en train de monter, pas descendre, crÃ©tin

- Une chambre froide et vide tout en haut de la tour alors.

Tama lui donna un petit coup derriÃ¨re la tÃªte.

- Eh bien, au moins, je garderai la forme, se dit-elle en atteignant le sommet d'un autre escalier Ã©lÃ©gant.

Puis, ils se tournÃ¨rent vers un autre couloir, mais celui-ci Ã©tait beau. Le sol avait mÃªme l'air d'Ãªtre en marbre. Les portes Ã©taient trÃ¨s Ã©loignÃ©es. Il n'y avait que trois chambres dans ce couloir, et Kyoko s'inquiÃ©tait en se disant qu'aprÃ¨s tout, Kotaro ne savait peut-Ãªtre pas oÃ¹ elle devait aller.

Kotaro marcha vers la derniÃ¨re porte en se disant qu'elle devait Ãªtre quelqu'un de spÃ©cial car peu de personnes avaient le droit d'entrer dans ce couloir, et il savait que c'Ã©tait la meilleure chambre de tout le campus. Il arriva devant la porte et attendit Kyoko et son jeune ami.

Kotaro sourit d'un air satisfait, elle Ã©tait nerveuse. Il pouvait le sentir. Il regarda ses yeux Ã©meraudes tumultueux et sentit dÃ©jÃ  son cÅur vaciller, mais pour l'instant, il ferait ce qu'on lui avait ordonnÃ©.

Il tendit sa main, la paume vers le haut.

- Ã prÃ©sent, je vais prendre congÃ©, mais si tu as besoin de quoi que ce soit...

Il lui remit la clÃ© de la chambre et lui lanÃ§a un regard qui la fit rougir. Il fit une rÃ©vÃ©rence avec courtoisie, puis fit signe aux deux hommes de le suivre.

Kyoko et Tama se retournÃ¨rent tous les deux et les regardÃ¨rent avec un haussement de sourcils jusqu'Ã  ce qu'ils soient hors de vue. Puis, Kyoko jeta Ã  nouveau un coup dâÅil Ã  la porte et haleta. Juste lÃ , sur la porte, on pouvait lire sur une plaque le nom de Kyoko Hogo Ã©crit en lettres d'or.

Tama fit une petite tape sur l'Ã©paule de sa sÅur en ricanant.

- Tu sais... Tu risques de gober des mouches comme Ã§a.

Kyoko leva les yeux au ciel en effaÃ§ant mentalement le point qu'elle s'Ã©tait donnÃ© plus tÃ´t. Avec la clÃ©, elle dÃ©verrouilla la porte et l'ouvrit timidement, jetant un coup dâÅil Ã  l'intÃ©rieur.

Les yeux de Tama devinrent aussi gros que des soucoupes et il lui passa devant.

- Impossible ! Cette chambre fait presque la taille de notre maison toute entiÃ¨re.

Sa voix pleine d'admiration rÃ©sonnait dans le silence.

- Tu pourrais ouvrir un fichu cabaret dans cette baraque.

- Alors, tu aimes mon cachot ?

Kyoko remit le point Ã  sa place.



*****



Deux heures plus tard, aprÃ¨s avoir remerciÃ© Tama et l'avoir renvoyÃ© chez lui, Kyoko se trouvait dans la salle de bain, mettant ses affaires sur les Ã©tagÃ¨res. Elle jeta Ã  nouveau un coup dâÅil Ã  la baignoire qui Ã©tait assez grande pour cinq personnes.

Elle imita son petit frÃ¨re en gÃ©missant :

- Impossible !

Elle pouvait sentir les poils sur sa nuque se dresser alors qu'elle se demandait encore si tout cela n'Ã©tait pas une erreur.

- Ouais, chuchota-t-elle Ã  elle-mÃªme.

Quelqu'un viendrait d'une minute Ã  l'autre pour lui dire de remballer ses affaires. Elle savait juste qu'elle devait Ãªtre dans la mauvaise chambre.

Kyoko revint en arriÃ¨re et regarda autour d'elle dans la chambre Ã  coucher. Le lit Ã©tait le plus grand lit qu'elle avait jamais vu et Ã©tait dÃ©jÃ  tout fait, avec un Ã©dredon doux et tout. La piÃ¨ce Ã©tait belle, ses lÃ©gers tons bleus et pourpres Ã©taient en accord avec le tapis Ã  longs poils et le lit. Il y avait des touches de rouge foncÃ© ici et lÃ , et une penderie assez grande pour se perdre dedans.

Elle entra dans le salon oÃ¹ tout Ã©tait noir et or, il Ã©tait Ã©quipÃ© de tout ce dont une personne pourrait rÃªver. Elle avait dÃ©jÃ  vÃ©rifiÃ© la cuisine. Elle Ã©tait complÃ¨tement remplie. Kyoko secoua la tÃªte pour la Ã©niÃ¨me fois.

- Impossible.

Elle mordilla sa lÃ¨vre infÃ©rieure en se demandant quoi faire. On Ã©tait samedi matin et les cours ne commenÃ§aient pas avant lundi.

- Bon, je ne peux pas rester cachÃ©e ici toute la journÃ©e, marmonna-t-elle.

Ayant l'impression de s'introduire en douce lÃ  oÃ¹ elle n'Ã©tait pas censÃ©e aller, Kyoko se dirigea vers la porte et faufila sa tÃªte dans le couloir. Ne voyant personne, elle sortit et ferma la porte derriÃ¨re elle, puis marcha discrÃ¨tement vers les escaliers menant en bas.

Elle avait encore l'impression d'Ãªtre observÃ©e et cela lui faisait froid dans le dos, mais elle continua de marcher, n'osant pas se retourner pour voir.

- Elle peut me sentir, se dit Kyou.

Peut-Ãªtre que ses pouvoirs n'Ã©taient pas enterrÃ©s aussi profondÃ©ment qu'il le craignait. Il savait exactement Ã  quel moment elle avait quittÃ© sa chambre, et il inhalait l'odeur persistante... en la savourant.

Le souvenir de son odeur semblait rafraÃ®chir d'autres souvenirs.

- BientÃ´t, prÃªtresse, nous dÃ©voilerons Ã  nouveau tes pouvoirs. Tu peux choisir de les cacher... Mais pas pour longtemps.

Il se pencha contre le mur dans le couloir, ses yeux dorÃ©s la suivant du regard jusqu'Ã  ce qu'elle fÃ»t hors de vue.



*****



Une fois au rez-de-chaussÃ©e, Kyoko pouvait respirer un peu plus facilement. Elle remarqua qu'il Ã©tait maintenant rempli de personnes de son Ã¢ge. Soupirant et se dÃ©barrassant de toute l'Ã©trangetÃ© se trouvant Ã  l'Ã©tage, Kyoko se tenait lÃ , perdue dans ses pensÃ©es pendant un long moment.

Elle ne pouvait pas le supporter lorsque ses sens s'illuminaient de cette faÃ§on. Parfois, elle souhaitait ne pas pouvoir ressentir quoi que ce soit. Elle les repoussa dans les confins de son esprit tout en fixant le grand rez-de-chaussÃ©e du bÃ¢timent.

- J'ai besoin d'un interrupteur pour ce truc, marmonna-t-elle en pensant encore aux ondes Ã©tranges qu'elle percevait juste avant.

Elle jeta un coup dâÅil Ã  la bibliothÃ¨que, puis dirigea rapidement son regard vers l'autre cÃ´tÃ©, dÃ©cidant qu'elle voulait d'abord en savoir plus sur cet endroit. Elle avait l'habitude de faire de l'exercice depuis toujours, et elle voulait la garder. Ces deux derniÃ¨res annÃ©es, elle avait pratiquÃ© des arts martiaux de toutes sortes, et elle adorait la libertÃ© de mouvement que cela donnait Ã  son corps souple.

En traversant les salles de loisirs, elle remarqua plusieurs espaces d'entraÃ®nement. Dans l'une des plus grandes salles, elle pouvait voir Ã  travers la vitre. Elle ne pouvait pas s'empÃªcher de s'arrÃªter et de les regarder un instant. Deux personnes avaient l'air de se battre Ã  l'Ã©pÃ©e. Elle sourcilla en entendant le cliquetis du mÃ©tal contre le mÃ©tal. En s'approchant de la porte de la salle, elle Ã©couta attentivement.

- Tu n'es pas attentive, Suki.

La personne habillÃ©e en noir parlait avec une voix virile et moqueuse tandis qu'elle paraÃ®t et tapait l'autre personne sur les fesses en riant.

Kyoko ne pouvait pas voir leur visage car elles portaient un Ã©quipement de protection.

- Shinbe !

C'Ã©tait une voix trÃ¨s contrariÃ©e mais fÃ©minine. Puis, sans crier gare, la personne se jeta en avant et lui tapa sur la tÃªte, ou plus prÃ©cisÃ©ment, lui frappa la tÃªte avec l'Ã©pÃ©e d'escrime et retira brusquement son casque de protection.

Kyoko fut surprise de voir de longs cheveux bruns se dÃ©voiler le long du dos de la fille alors qu'elle marchait vers l'autre personne et lui donna un coup sur le torse avec son doigt, un sourcil tremblant.

- C'est difficile de se battre sÃ©rieusement avec un lourdaud tel que toi.

Shinbe retira son casque en souriant. Il leva ses mains en l'air en reculant, comme s'il se rendait.  - Je suis dÃ©solÃ© Suki, mais elles Ã©taient lÃ ... et tu ne les protÃ©geais pas.

Ayant une sensation de picotement le long de sa peau, il fronÃ§a les sourcils et tourna lentement son regard d'amÃ©thyste vers la fille qui se tenait dans l'embrasure de la porte.

- Hum, il semblerait qu'on ait une visiteuse.

Kyoko observait tandis que la fille nommÃ©e Suki rougissait en lanÃ§ant toujours un regard furieux Ã  son adversaire, puis tourna la tÃªte en marchant vers Kyoko avec un grand sourire.

- Les hommes.

Elle leva les yeux au ciel avant de tendre sa main de maniÃ¨re amicale.

- Bonjour, je m'appelle Suki, et ce pauvre type, c'est Shinbe.

Elle pointa son pouce vers celui qui marchait derriÃ¨re elle, toujours souriant.

- Suki, s'exclama le jeune homme nommÃ© Shinbe. Tu me blesses profondÃ©ment.

Il accentua sa phrase en posant ses mains sur son cÅur. Suki le regarda en fronÃ§ant les sourcils.

- Shinbe... Si je pouvais te blesser, ton cerveau serait dÃ©jÃ  en train de sortir par tes oreilles avec tous les coups que tu m'as forcÃ©e Ã  te donner.

Shinbe remua ses sourcils.

- Tu sais que j'aime l'amour vache que tu me donnes.

- Une minute, je vais t'en donner de l'amour vache, mais je ne veux pas faire peur Ã  la nouvelle, rÃ©torqua Suki.

Kyoko l'aimait dÃ©jÃ , elle sourit en serrant sa main fermement.

- Bonjour, je m'appelle Kyoko Hogo, mais Kyoko suffira.

Elle fixa l'individu se tenant derriÃ¨re Suki.

- C'est un plaisir de vous rencontrer tous les deux.

Il y avait quelque chose dans ses yeux qui attirait l'attention de Kyoko. Ses yeux d'une couleur similaire Ã  l'amÃ©thyste Ã©taient incroyables et vraiment Ã©poustouflants. Ses cheveux dÃ©passaient lÃ©gÃ¨rement ses Ã©paules et Ã©taient noirs avec des reflets bleus. Il lui faisait penser Ã  un chanteur d'un de ces groupes de rock des annÃ©es 80.

Suki sourit de toutes ses dents.

- HÃ©, j'ai entendu parler de toi. Ouais, je savais que tu viendrais aujourd'hui. J'allais venir te chercher sous peu et te montrer les environs.

Soudain, son visage devint tendu et elle tourna sa tÃªte sur le cÃ´tÃ©, clouant Shinbe avec un regard de travers.

- Je ne ferais pas Ã§a si j'Ã©tais toi.

Kyoko pencha sa tÃªte pour regarder. Effectivement... la main du type s'Ã©tait arrÃªtÃ©e en plein vol, touchant presque les fesses de Suki, et il souriait avec un air innocent.

Shinbe soupira et laissa retomber sa main.

- Un jour, je dÃ©couvrirai comment tu fais pour savoir, mÃªme en ayant le dos tournÃ©.

Suki grogna simplement.

- Je sais, c'est tout ! Dit-elle tout en faisant un sourire amical Ã  Kyoko. Viens avec moi, je vais me changer rapidement.

Elle attrapa Kyoko par la main et l'emmena Ã  l'extÃ©rieur de la piÃ¨ce.

Kyoko fixa Ã  nouveau Shinbe pour le voir faire signe de la main.

- Je vais m'amuser comme une folle avec ces deux-lÃ , se dit-elle alors qu'elle se faisait entraÃ®ner dans le vestiaire des femmes.

Suki pouvait dÃ©jÃ  sentir qu'elle aimait Kyoko, et pour une raison inexpliquÃ©e, elle avait l'impression de la connaÃ®tre sans jamais l'avoir rencontrÃ©e.

- Kyoko, parle-moi un peu de toi pendant que je me change, dit-elle en allant derriÃ¨re la paroi de sÃ©paration.

Kyoko s'assit sur un banc en se sentant parfaitement Ã  l'aise avec Suki.

- Eh bien, je viens d'un petit village de l'autre cÃ´tÃ© de la ville. Et pour une raison qui m'Ã©chappe, sans que je m'y attende, j'ai reÃ§u une lettre indiquant que j'avais une bourse ici.

Kyoko pouvait entendre le Â« ouais Â» de Suki, alors elle poursuivit :

- Je ne sais vraiment pas comment j'ai fait pour recevoir une bourse d'une Ã©cole oÃ¹ je n'ai mÃªme pas postulÃ©.

Suki pouvait sentir l'interrogation dans cette dÃ©claration et sourit en sortant sa tÃªte dans le coin.  - Ne t'inquiÃ¨te pas pour Ã§a. Tu es arrivÃ©e de la mÃªme maniÃ¨re que moi.

Elle disparut Ã  nouveau derriÃ¨re la paroi en ajoutant :

- Moi non plus, je n'ai jamais postulÃ© ici.

Kyoko fronÃ§a les sourcils.

- Mais pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison. Tu la connais ?

Suki revint de l'autre cÃ´tÃ©, complÃ¨tement changÃ©e. Elle s'assit pour mettre sa paire de tennis.  - Ouais, j'ai fini par comprendre. Enfin, en partie du moins. L'homme qui possÃ¨de cette Ã©cole cherche des gens qui ont...

Suki marqua une pause en penchant lÃ©gÃ¨rement la tÃªte.

- ...Des capacitÃ©s uniques.

Elle haussa les Ã©paules en ajoutant :

- Tu vas devoir t'habituer Ã  beaucoup de choses quand tu vas commencer Ã  rencontrer ceux qui vivent ici.

Elle sourit en sachant qu'elle avait raison.

Soudain, Suki se leva et jeta une chaussure sur la porte du vestiaire, souriant d'un air triomphant lorsqu'elle entendit une lÃ©gÃ¨re injure derriÃ¨re la porte. Elle rÃ©cupÃ©ra la chaussure et se rassit pour l'enfiler.

- Alors, quelle est ta capacitÃ© unique ?

La respiration de Kyoko semblait se bloquer alors que son esprit s'agitait. Personne ici ne pouvait savoir qu'elle Ã©tait une prÃªtresse. Elle observa Suki d'un air coupable en fronÃ§ant les sourcils et dÃ©tourna rapidement le regard en rÃ©pondant :

- Aucune Ã  ma connaissance.

Suki sourcilla mais haussa les Ã©paules en sachant que tÃ´t ou tard, elle dÃ©couvrirait la vÃ©ritÃ©.  - Allez, on y va. Shinbe nous attend probablement de toute faÃ§on.

Elle ouvrit la porte, et effectivement, Shinbe se tenait lÃ , assez proche de la porte pour avoir tout entendu. Il leur sourit innocemment tout en reculant.

Suki ferma la porte derriÃ¨re elles et pointa du doigt l'Ã©criteau sur la porte.

- Shinbe, tu ne sais pas lire ? C'est Ã©crit Â« Vestiaire des Femmes Â».

Elle le regarda de maniÃ¨re acerbe. Shinbe haussa les Ã©paules.

- Oui, c'est pourquoi je me tenais Ã  cÃ´tÃ©.

Il s'Ã©carta rapidement en bondissant lorsqu'elle leva sa main vers lui.

- Suki... Je suis un homme... J'ai besoin d'affection. Quel meilleur moyen de l'obtenir que comprendre le fonctionnement de l'esprit fÃ©minin ?

- Tu peux faire des recherches Ã  la bibliothÃ¨que, rÃ©pondit Suki en serrant les dents.

Shinbe sourit.

- Ma chÃ¨re Suki, chaque livre concernant l'esprit fÃ©minin dans cette bibliothÃ¨que... est vide.

Suki sourit Ã  son tour.

- C'est parce que tous les auteurs de ces livres dans la bibliothÃ¨que sont des hommes.

Shinbe se pencha vers elle un peu plus prÃ¨s en haussant les sourcils.

- Exactement. Je prÃ©vois d'Ãªtre le premier Ã  en Ã©crire un qui aura du sens pour ceux d'entre nous ayant de la testostÃ©rone.

Suki lanÃ§a un regard vaincu Ã  Kyoko puis jeta un coup d'Åil Ã  sa montre.

- HÃ©, t'as faim ? Allons d'abord manger Ã  la cafÃ©tÃ©ria.

Kyoko hocha la tÃªte. Elle avait Ã©tÃ© trop nerveuse pour manger ce matin, mais avec eux, elle se sentait comme Ã  la maison et mourrait de faim.

Shinbe tendit la main devant lui.

- Les femmes d'abord.

Il glapit lorsque Suki lui donna Ã  nouveau un grand coup sur la tÃªte.

- Je n'ai pas Ã©tÃ© trop lente cette fois, n'est-ce pas... Maintenant, ouvre la marche, lui lanÃ§a Suki avec un regard accusateur.

Une fois que Shinbe marchait devant elles Ã  distance suffisante, elle se rapprocha de Kyoko avec un sourire entendu.

- Rappelle-toi de toujours le garder devant toi, sauf si tu veux Ãªtre palpÃ©e.

Kyoko ne pouvait pas s'en empÃªcher. Elle commenÃ§a Ã  rire et ne s'arrÃªta pas avant d'Ãªtre Ã  l'entrÃ©e de la cafÃ©tÃ©ria intÃ©grÃ©e qui, selon elle, ressemblait plus Ã  un petit restaurant. Ses yeux s'Ã©largirent en s'approchant de Suki.

- Tu sais, Ã  chaque fois que je retourne ici, j'ai l'impression de ne pas Ãªtre au bon endroit.

Shinbe les amena Ã  une table vers le fond de la piÃ¨ce. Suki et Kyoko glissÃ¨rent sur un banc tandis que Shinbe s'assit de l'autre cÃ´tÃ© en ayant l'air d'Ãªtre l'homme le plus innocent du monde.

- Tu sais, il faut beaucoup de temps pour s'habituer Ã  cet endroit.

Il sourit Ã  Kyoko, ses yeux d'une couleur similaire Ã  l'amÃ©thyste s'illuminÃ¨rent.

- Je suis lÃ  depuis un an et je n'y suis toujours pas habituÃ©.

Suki donna une petite tape sur l'Ã©paule de Kyoko.

- Il est arrivÃ© de la mÃªme maniÃ¨re que toi et moi. Une invitation ouverte.

Elle haussa les Ã©paules comme pour dire Ã  Kyoko de l'accepter et d'en profiter. Kyoko se pencha en avant avec un air confus.

- Je ne comprends pas. Pourquoi quelqu'un ferait Ã§a ?

Shinbe hocha la tÃªte en sachant que quelqu'un devait lui dire la vÃ©ritÃ©.

- J'ai certaines capacitÃ©s, tout comme Suki.

Il haussa les Ã©paules en lui faisant un clin dâÅil.

- C'est le cas de tout ceux qui ont une bourse.

Il marqua une pause en cherchant le bon mot.

- On est douÃ©s d'une maniÃ¨re ou d'une autre.

Il sourcilla en regardant Suki.

- Tu lui as dÃ©jÃ  dit ?

Suki fit rapidement non de la tÃªte puis se tourna soudainement vers Kyoko en voulant changer de sujet.

- HÃ©, tu veux un hamburger avec des frites ?

Kyoko hocha la tÃªte et Suki se leva comme pour Ã©viter la question des bourses gratuites.

- Reste ici, je reviens, et ne t'en fais pas. La nourriture est gratuite pour ceux qui ont une bourse, ils l'amÃ¨nent mÃªme jusqu'Ã  nous.

Suki alla passer commande, la laissant seule avec Shinbe.



Chapitre 3 Â« La rencontre avec Toya Â»



Shinbe se pencha en avant avec un air sÃ©rieux, ses yeux d'amÃ©thyste rayonnaient presque,

- Il y a des gens normaux ici, et il y a ceux qui ont des bourses comme Suki et moi. Il y en a d'autres qui ont une bourse, mais nous avons tous une sorte de capacitÃ© spÃ©ciale... comme un pouvoir qu'une personne normale n'a pas. Le mien, c'est la TÃ©lÃ©kinÃ©sie. Je peux faire bouger des objets avec mon esprit. Et la tÃ©lÃ©pathie, ce qui veut dire que je peux parler aux autres par la pensÃ©e. Â»

Il prononÃ§ait ces mots sans faire un bruit, sachant qu'elle pouvait l'entendre dans son propre esprit.

Les lÃ¨vres de Kyoko s'Ã©cartÃ¨rent en ne voyant pas les lÃ¨vres de Shinbe bouger et en entendant sa voix rÃ©sonner dans sa tÃªte. Elle sentit soudainement de la chaleur partout, comme si sa voix Ã©tait censÃ©e Ãªtre lÃ  ou... quelque chose comme cela. Son visage se relaxa et ses yeux s'adoucirent tandis qu'elle le fixait.

Shinbe tentait de dissimuler son froncement de sourcils curieux... Lorsqu'il avait liÃ© son esprit au sien Ã  ce moment mÃªme... cela lui avait demandÃ© toute sa concentration, rien que pour mettre un terme Ã  la connexion. C'Ã©tait comme si son pouvoir voulait rester avec elle. Il poursuivit, essayant de se dÃ©barrasser de cette impression :

- Je peux aussi jeter des sorts et je descends d'une longue lignÃ©e de moines.

Il s'arrÃªta lorsque Kyoko Ã©clata de rire. Suki se glissa derriÃ¨re Kyoko sans perdre une miette de la discussion.

- Je sais que c'est difficile Ã  croire, mais il descend vraiment d'une lignÃ©e de moines.

Elle sourit, puis son air redevint sÃ©rieux,

- Je l'ai vu jeter des choses sans mÃªme les toucher, et il est bon dans toutes sortes d'arts martiaux.

- Peut-Ãªtre que l'on devrait informer la charmante Kyoko de tous mes talents, dit Shinbe d'une maniÃ¨re suggestive.

Suki se tourna et lanÃ§a un regard furieux Ã  Shinbe.

- Non, je ne lui dirai pas que tu es douÃ© pour ÃA !

Elle lui donna une tape sur la tÃªte pour faire bonne mesure.

- Et pourtant, il agit comme un simple Ãªtre humain.

Une voix sarcastique arriva de nulle part et Shinbe se redressa, se dÃ©calant pour laisser de la place Ã  la voix.

Kyoko jeta un coup dâÅil et ses yeux entrÃ¨rent en contact avec des yeux d'un dorÃ© profond. Elle n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi beau que le propriÃ©taire de cette voix. Il avait de longs cheveux noirs avec des reflets argentÃ©s en longues couches superposÃ©es. Sa peau dorÃ©e semblait briller d'un bel Ã©clat et son corps Ã©tait Ã  tomber. Toutefois, ses yeux semblaient la tenir en otage mÃªme s'il ne la regardait pas directement.

Suki soupira et croisa ses bras sur sa poitrine en lanÃ§ant un regard trÃ¨s Ã©nervÃ© au nouveau venu.  - Super, tu es tout ce qui pourrait la faire fuir.

Shinbe sourit Ã  Suki, puis jeta un coup dâÅil Ã  Kyoko pour faire les prÃ©sentations.

- Voici Toya, Toya, je te prÃ©sente Kyoko. C'est son premier jour ici.

Toya se tourna pour observer Kyoko, et pour une raison inexpliquÃ©e, sa faÃ§on de la regarder comme s'il la jaugeait agaÃ§a Kyoko. Elle plissa ses yeux en le regardant, la premiÃ¨re impression qu'elle avait eu de lui s'effondrait.

- Alors, c'est toi la prÃªtresse ? Soupira Toya puis tourna sa tÃªte comme s'il la congÃ©diait en s'asseyant.

Les yeux de Kyoko s'arrondirent et elle haleta. Personne ici ne savait qu'elle Ã©tait une prÃªtresse. D'ailleurs, seuls les membres de sa famille proche le savaient.

- Comment diable es-tu au courant ? lui cria-t-elle dessus, tout Ã  coup furieuse.

Toya tressaillit en sentant son sang faire un pic.

- Bon sang, ne crie pas comme une foutue maniaque. Je t'entends trÃ¨s bien, ronchonna-t-il contre elle.

Suki et Shinbe grimaÃ§aient tous les deux et se reculaient sur leur chaise tandis que Kyoko et Toya se poignardaient du regard.

Les sens de Toya commencÃ¨rent Ã  capter le pouvoir en cascade qui Ã©manait de la colÃ¨re de Kyoko, et il se crispa en se disant qu'elle avait peut-Ãªtre un peu de pouvoir dans ce joli petit corps, mÃªme s'il serait maudit s'il le lui disait.

Il Ã©valua silencieusement son apparence. Ses cheveux auburn miroitaient Ã  la lumiÃ¨re autour d'un beau visage en forme de cÅur. Elle avait des yeux d'un vert vibrant qui le fixaient Ã  prÃ©sent avec colÃ¨re, ce qui rÃ©chauffa lÃ©gÃ¨rement son sang. Il aimait les femmes avec du cran et elle en avait clairement, mais pour une raison mystÃ©rieuse, cela le mettait Ã  vif. Ce qu'il n'aimait pas, c'Ã©tait la faÃ§on dont elle le regardait... Il arrangerait cela trÃ¨s rapidement.

Il lui lanÃ§a un regard encore plus furieux, essayant de l'intimider.

- Tu as une bourse, n'est-ce pas... et IL a dit que tu Ã©tais une PRÃTRESSE !

Toya grogna devant son visage, s'approchant un peu plus Ã  chaque mot prononcÃ© jusqu'Ã  ce qu'ils soient nez Ã  nez. Il remit ses manches amples sur ses bras et lui soupira :

- Je parie que tu ne sais mÃªme pas ce que c'est qu'un dÃ©mon.

Il grommela, rÃ©alisant soudainement qu'elle devenait de plus en plus mignonne Ã  chaque seconde, et cela l'agaÃ§ait.

Kyoko tressaillit, sa colÃ¨re montant en flÃ¨che. Elle savait ce qu'Ã©taient des dÃ©mons. Elle les avait Ã©tudiÃ©s toute sa vie, et si sa famille avait raison, elle en avait mÃªme rencontrÃ©... mais elle n'arrivait pas Ã  s'en souvenir. MalgrÃ© tout, elle n'aimait pas l'attitude hautaine et imposante de Toya, alors elle haussa simplement les sourcils comme si elle lui demandait silencieusement s'il voulait parier lÃ -dessus.

Suki avait l'air de vouloir prendre la dÃ©fense de Kyoko.

- Toya, est-ce que tu peux Ãªtre civilisÃ© rien qu'une minute ? Elle n'est lÃ  que depuis quelques heures, et avant que tu la fasses fuir, j'aimerais la convaincre de rester.

Elle avait presque l'air triste Ã  l'idÃ©e de perdre Kyoko si vite. Toya sourcilla d'un air agacÃ© en jetant un coup dâÅil Ã  Suki.

- Eh bien, elle n'a mÃªme pas rÃ©pondu Ã  ma question. Tu penses qu'elle peut le supporter ?

Il tourna Ã  nouveau son regard furieux vers Kyoko.

- Je peux supporter tout ce que tu comptes m'envoyer Ã  la figure, petit con, l'informa Kyoko, ses mots commenÃ§ant Ã  se glacer.

Suki et Shinbe se jetÃ¨rent un coup dâÅil mutuellement. Ils n'avaient jamais entendu qui que ce soit, Ã  part eux-mÃªmes et le propriÃ©taire de l'universitÃ©, tenir tÃªte Ã  Toya comme cela, peut-Ãªtre Ã  l'exception de Kotaro. Puis, ils sourirent tous les deux en coin, sachant qu'ils allaient vraiment aimer cette fille nommÃ©e Kyoko.

Un serveur vint Ã  leur table avec un plateau-repas, et Kyoko porta son attention sur lui. L'individu fixait Kyoko un peu trop longtemps, et ses sens commencÃ¨rent Ã  picoter, l'avertissant qu'il se passait quelque chose. Elle regarda ses yeux noirs qui ne semblaient pas aller avec le visage juvÃ©nile du jeune homme.

Quelque chose en lui attirait Kyoko... mÃªme si elle ne savait pas si elle aimait vraiment ce sentiment. Certes, il Ã©tait mignon Ã  regarder, mais quelque chose en lui la rendait lÃ©gÃ¨rement inquiÃ¨te. Elle cligna des yeux en cherchant Ã  se dÃ©barrasser du sort que le jeune homme semblait Ã©mettre sans mÃªme essayer. En fin de compte, l'ambiance se brisa lorsqu'elle entendit un faible grognement derriÃ¨re elle.

Toya sentit la froideur ramper dans sa peau et grogna sur l'individu, cherchant Ã  le sortir de son Ã©tat d'hÃ©bÃ©tude. Alors que les yeux du garÃ§on se focalisÃ¨rent Ã  nouveau sur ceux de Toya, ils avaient l'air de chatoyer du noir de jais au bleu argentÃ© tandis qu'il se tournait et quittait la table.

Kyoko regarda Suki d'un air confus, mais celle-ci l'ignora en prenant une bouchÃ©e de sa propre nourriture. Ã cÃ´tÃ© d'elle, Shinbe toussa dans sa main en essayant de cacher son Ã©trange sens de l'humour alors qu'il observait l'individu foncer Ã  travers la piÃ¨ce. Kyoko ressentait des ondes vraiment bizarres avec ce type nommÃ© Toya, et elle n'allait pas avoir l'esprit tranquille avant de comprendre son problÃ¨me. Elle se pencha en arriÃ¨re sur sa chaise et l'Ã©tudia un instant.

Ses longs cheveux Ã©taient de couleur bleu nuit, le plus Ã©trange des bleu nuit, des reflets argentÃ©s et Ã©pais parcouraient sa chevelure d'une maniÃ¨re extravagante, et ses yeux Ã©taient beaux... IL Ã©tait beau.  - Note Ã  moi-mÃªme, gifle-toi plus tard pour avoir pensÃ© Ã§a.

Ses yeux Ã©taient de la poudre d'or flamboyante, aucun doute lÃ -dessus. Il aurait pu Ãªtre mignon s'il ne la regardait pas d'une telle faÃ§on Ã  ce moment-lÃ .

Suki soupira. Elle devait parler Ã  Kyoko concernant le fait de mettre Toya trop en colÃ¨re. Il avait ses limites et ce n'Ã©tait pas une bonne chose de les dÃ©passer. Ce n'Ã©tait pas juste pour Kyoko car elle ne savait pas qu'elle Ã©tait en train d'Ã©nerver un gardien.

- J'ai dÃ©couvert que si l'on jouait avec le feu... on finissait par se brÃ»ler, informa Shinbe autour de la table silencieuse, et il fut rÃ©compensÃ© par un regard vif et furieux de l'assemblÃ©e avant de se faire ignorer.

Toya jeta un autre coup dâÅil Ã  Kyoko. Alors c'est elle qu'il Ã©tait censÃ© surveiller ? Kyou devait se moquer de lui. Kyou lui avait parlÃ© d'elle rien que ce matin, l'avertissant qu'il devait la surveiller et la garder en sÃ©curitÃ© Ã  tout moment.

Il plissa ses yeux en se posant Ã  prÃ©sent des questions sur le garÃ§on qui se tenait debout prÃ¨s de leur table. La faÃ§on dont il fixait Kyoko l'avait Ã©nervÃ©. La prÃªtresse Ã©tait-elle vraiment en danger ? Pourquoi Kyou avait-il tant intÃ©rÃªt Ã  protÃ©ger une simple humaine ? Kyou n'avait jamais traitÃ© qui que ce soit avec respect, alors qu'est-ce qui rendait ce petit bout de fillette si diffÃ©rent ?

Parfois, Toya dÃ©testait le fait d'avoir Kyou comme gardien dÃ©signÃ©, mais il devait admettre qu'il lui Ã©tait redevable de l'avoir recueilli. Il savait Ã©galement que quand Kyou faisait quelque chose, c'Ã©tait toujours pour une bonne raison, et cela Ã©tait suffisant pour s'interroger sur cette fille nommÃ©e Kyoko.

Remarquant que la tension autour de la table pouvait Ãªtre coupÃ©e avec un couteau, Shinbe jeta un coup dâÅil Ã  Suki avec les plus gros yeux de chien battu. Sachant qu'il pouvait refaire sourire Kyoko avec ses singeries, il commenÃ§a Ã  en rajouter une couche.

- Alors Suki, tu viens toujours en boÃ®te avec moi ce soir ? C'est samedi soir et Ã§a m'embÃªterait de manquer une occasion de danser avec toi en dansant avec une douzaine de parfaites inconnues.

Shinbe prit un air hagard comme s'il rÃªvait qu'il dansait avec un tas d'autres femmes juste pour montrer ce qu'il voulait dire.

Suki lui lanÃ§a un regard soutenu en se demandant si elle devait lui Ã´ter son air stupide en le giflant, puis se tourna vers Kyoko.

- Kyoko, j'ai besoin d'un chaperon, sourit-elle. Tu viendras avec moi, n'est-ce pas ? C'est trop dangereux de n'y aller qu'avec... lui.

Elle regarda Kyoko d'un air implorant. Les coins des lÃ¨vres de Kyoko se contractÃ¨rent en voyant Shinbe laisser de cÃ´tÃ© son air hagard et lui faire un clin dâÅil.

- Suki, j'aimerais beaucoup venir avec vous. Comme Ã§a, on pourra faire Ã©quipe contre Shinbe s'il perd le contrÃ´le.

Elles regardÃ¨rent toutes les deux Shinbe avec un regard appuyÃ© et celui-ci ronchonna. Encore une fois, Kyoko ne pouvait pas s'empÃªcher d'Ã©clater de rire. Elle aimait vraiment ces deux-lÃ .

Toya observa Kyoko du coin de lâÅil. Mince, elle Ã©tait jolie quand elle riait comme cela. Il grogna intÃ©rieurement. Bon sang, d'oÃ¹ est-ce que Ã§a sortait ? Il s'Ã©croula sur sa chaise, agacÃ© par l'enchaÃ®nement de ses pensÃ©es. Zut ! Il devait maintenant aller en boÃ®te ce soir rien que pour la surveiller. Elle souriait toujours Ã  Shinbe et Suki lorsqu'elle se retourna.

Alors qu'elle lui lanÃ§ait un regard, son pouls manqua un battement et la tempÃ©rature de son sang monta de quelques degrÃ©s. Toya rÃ©alisa qu'elle avait plus de pouvoir en elle en Ã©tant heureuse qu'il y a un instant, lorsqu'il l'avait Ã©nervÃ©e. Il se sentait inquiet pour la premiÃ¨re fois depuis longtemps.

Lorsque le rire de Kyoko s'attÃ©nua, elle se tourna vers Suki.

- Eh, je ne sais mÃªme pas quels cours j'aurai lundi ou oÃ¹ aller pour me renseigner. Est-ce que tu sais oÃ¹ je dois aller ?

Avant que Suki ait pu rÃ©pondre, Toya rÃ©pondit Ã  la question en la regardant avec attention :  - Tous les Ã©tudiants boursiers suivent le mÃªme enseignement. Donc Suki, Shinbe et toi, ainsi que tous les autres, vous aurez les mÃªmes cours. Il n'y a qu'un cours oÃ¹ vous serez sÃ©parÃ©s, celui avec le propriÃ©taire.

Sa voix Ã©tait nonchalante alors qu'il se penchait Ã  nouveau sur sa chaise. Kyoko fronÃ§a les sourcils.

- Qu'est-ce que le propriÃ©taire enseigne ?

Cette fois, Shinbe rÃ©pondit, ses yeux d'amÃ©thyste s'animant avec intrigue :

- C'est diffÃ©rent pour chacun d'entre nous. C'est pourquoi il nous fait cours sÃ©parÃ©ment. Il nous aide avec nos capacitÃ©s spÃ©ciales.

Il se pencha en arriÃ¨re, pensif, puis ajouta avec un sourire narquois :

- Je suppose que toi, il t'aidera Ã  renforcer tes pouvoirs de prÃªtresse.

La colÃ¨re de Kyoko monta Ã  nouveau en flÃ¨che en se demandant comment diable le propriÃ©taire avait su qu'elle Ã©tait une prÃªtresse. La bourse n'avait rien dit Ã  propos de cela. Elle Ã©tait partie ces deux derniÃ¨res annÃ©es afin d'essayer d'enterrer ces mÃªmes pouvoirs pour lesquels le propriÃ©taire lui avait donnÃ© une bourse. Elle voulait Ã©lucider cette histoire le plus tÃ´t possible.

Regardant son assiette, Kyoko dit d'une voix tendue :

- Peut-Ãªtre que c'est une erreur. Y a-t-il un moyen de parler tout de suite au propriÃ©taire de l'Ã©cole ?

Toya plissa les yeux. Kyou lui avait dit qu'elle pourrait demander Ã  le voir, et mÃªme si Kyou ne voulait jamais voir personne en dehors des cours, il lui avait demandÃ© de l'amener Ã  lui directement si elle avait des questions.

- Qu'est-ce qui ne va pas, tu as peur ?

Il la nargua et fut rÃ©compensÃ© lorsque ses yeux houleux fixÃ¨rent les siens avec une colÃ¨re agacÃ©e. Donc, cette fille pensait pouvoir le gÃ©rer. Eh bien, cela pourrait Ãªtre amusant de la voir essayer de lancer ce regard Ã  Kyou. Il avait vu la peur que Kyou pouvait provoquer instantanÃ©ment chez quelqu'un sans avoir Ã  dire quoi que ce soit.

- Bien, je vais t'emmener le voir dÃ¨s que tu seras prÃªte, la dÃ©fia Toya en se demandant si elle accepterait le dÃ©fi.

La colÃ¨re de Kyoko s'attÃ©nua en entendant cela. Repoussant son assiette sur le cÃ´tÃ©, elle hocha la tÃªte, heureuse de mettre un terme Ã  son bluff.

- Je suis prÃªte si tu l'es.

Elle haussa les sourcils vers lui.

- Qu'est-ce qui presse ?

Toya se leva avec un sourire narquois.

- Tu devrais contenir ta colÃ¨re car il la sentira.

Il se moquait d'elle, pensant qu'elle ne savait pas du tout dans quoi elle mettait les pieds. Kyoko plissa les yeux vers lui, puis se leva, jetant Ã  nouveau un coup dâÅil Ã  Suki et Shinbe.

- On se verra aprÃ¨s, si vous venez me voir. Je vous attendrai dans ma chambre et on pourra faire des projets pour ce soir.

Elle fit un clin dâÅil Ã  Suki, puis regarda Ã  nouveau Toya et ajouta d'une voix monotone :

- Enfin, si je dÃ©cide de rester.

Il lui tourna le dos en soupirant et elle le regarda se retirer, puis le suivit en faisant un signe de la main aux autres par-dessus son Ã©paule. Elle remarqua rapidement la maniÃ¨re dont les autres Ã©tudiants s'Ã©cartaient prÃ©cipitamment du chemin de Toya et s'interrogea :

- C'est qui ? La brute de l'Ã©cole ?

Kyoko n'allait pas lui donner la satisfaction de courir pour le rattraper, alors elle marcha en prenant son temps, restant volontairement en arriÃ¨re. Ãtant toujours lÃ©gÃ¨rement en colÃ¨re contre lui, elle rougit presque lorsque ses yeux dÃ©viÃ¨rent vers son postÃ©rieur. Cela l'irritait encore plus de voir ses cheveux balayer l'arriÃ¨re de son pantalon, lui donnant un aperÃ§u de la ferme rondeur qu'il y avait en dessous. ExaspÃ©rant et mignon, c'Ã©tait une combinaison horrible.

Secouant sa tÃªte intÃ©rieurement, elle continua Ã  le suivre, maudissant ses yeux errants.

- Il faudrait Ãªtre complÃ¨tement stupide pour penser que quelqu'un qu'on ne supporte pas... est mignon, marmonna-t-elle. AgaÃ§ant... Hostile... et peut-Ãªtre Arrogant... Mais jamais mignon.

Elle sourit, se sentant dÃ©jÃ  mieux.

Une prise de conscience Ã©trange grimpa le long de son dos, et ses yeux se dirigÃ¨rent droit devant elle et fixÃ¨rent des yeux noirs qui transperÃ§aient les siens. L'individu se tenait contre un mur en haut des marches, l'observant. Il avait des cheveux d'Ã©bÃ¨ne qui ondulaient le long de son dos et par-dessus ses Ã©paules, et ses yeux bleu nuit Ã©taient intenses. Il Ã©tait trÃ¨s attirant mais elle se sentait... menacÃ©e. Elle dÃ©tourna le regard.

- Kyoko, ressaisis-toi. ArrÃªte d'analyser toutes les personnes que tu vois, se dit-elle sÃ©vÃ¨rement, mÃªme en tentant de le regarder Ã  nouveau avec ses yeux Ã©meraudes.

- VoilÃ  la fille la plus jolie du campus.

Kyoko sentit un bras musclÃ© se poser autour de ses Ã©paules et se tourna pour voir, se souvenant de la voix de celui qui lui avait montrÃ© oÃ¹ Ã©tait sa chambre plus tÃ´t ce matin. Elle sentit Ã  nouveau les pointes de ses propres cheveux lui chatouiller le visage tandis qu'une brise sortant de nulle part semblait lui caresser les joues.

Elle lui fit un sourire chaleureux mais en mÃªme temps, elle se pencha et fit un mouvement d'Ã©paule pour se dÃ©barrasser de son bras.

- Kotaro, contente de te revoir. Merci pour ton aide ce matin, dit Kyoko nerveusement, ne souhaitant pas Ãªtre traitÃ©e aussi familiÃ¨rement.

Elle pensait qu'il Ã©tait gentil et tout, mais elle n'avait jamais dit qu'il pouvait mettre son bras autour d'elle. Kotaro resta inchangÃ© alors qu'il prit sa main dans la sienne.

- Y a-t-il un autre endroit oÃ¹ je pourrais t'escorter, Kyoko ?

Il regarda ses yeux Ã©meraudes, sachant qu'il les avait dÃ©jÃ  vus auparavant... quelque part. Il avait la vague impression de s'Ãªtre noyÃ© joyeusement dedans, autrefois.

Kyoko jeta un coup dâÅil en haut des marches et vit que Toya s'Ã©tait arrÃªtÃ© et retournÃ©, ayant Ã  nouveau l'air fÃ¢chÃ©. Elle aurait pu jurer l'avoir entendu grogner contre elle ou contre Kotaro, elle ne savait pas contre qui.

Toya ne savait pas ce que Kotaro prÃ©parait, mais il n'aimait pas sa faÃ§on d'agir si amicalement avec Kyoko. Un grognement profond sortit de son thorax alors qu'il donna un avertissement :

- Je peux gÃ©rer la situation, Kotaro, sauf si tu veux l'emmener voir Kyou.

Il regarda Kotaro de travers, sachant que Kotaro ne s'approchait pas de Kyou sauf pour les cours ou lorsqu'il Ã©tait convoquÃ©.

Kotaro lÃ¢cha la main de Kyoko.

- J'espÃ¨re que tout va bien, Kyoko.

Il regarda Toya d'un sale Åil puis se retourna vers elle.

- Fais attention Ã  l'engelure juste lÃ . S'il dÃ©rape, je m'occuperai de lui pour toi.

Kotaro regarda Toya d'un air suffisant, puis hocha la tÃªte vers Kyoko et se tourna, redescendant les escaliers.

Kyoko entendit Toya soupirer et l'observa tandis qu'il se tournait et marchaiy le long du couloir, comme elle l'avait fait ce matin.

Cette fois, elle se dÃ©pÃªcha et le rattrapa juste Ã  temps pour le voir passer les portes indiquant Â« NE PAS ENTRER Â». Kyoko se demandait oÃ¹ ils allaient. Alors qu'elle suivait son dos raide, elle se disait qu'il la ramenait dans sa propre chambre. En effet, lorsqu'il s'arrÃªta devant sa porte, Toya se tourna vers elle et elle lui lanÃ§a un regard agacÃ© jusqu'Ã  ce qu'il ait levÃ© la main vers la porte juste en face de la sienne, puis toqua.

Kyoko Ã©tait choquÃ©e. Le propriÃ©taire Ã©tait dans la piÃ¨ce juste en face de la sienne ? Encore une fois, les paroles de son frÃ¨re revinrent la hanter. Â« Impossible ! Â» Sans attendre une rÃ©ponse, Toya ouvrit la porte et poussa Kyoko devant lui, Ã  l'intÃ©rieur.

InstantanÃ©ment, Kyoko se tourna vers lui.

- Je ne sais pas quel est ton problÃ¨me mais pourrais-tu, s'il te plaÃ®t, ne pas me pousser, s'exclama-t-elle en le repoussant. Ou me toucher. Je ne t'ai rien fait.

Les poils se dressÃ¨rent Ã  nouveau sur sa nuque lorsqu'elle remarqua que Toya regardait derriÃ¨re elle.

Les Ã©paules de Kyoko s'effondrÃ¨rent. Maintenant, elle l'avait fait. Devait-elle toujours exploser sans penser Ã  l'endroit oÃ¹ elle se trouvait ou Ã  ceux qui pourraient regarder ?

Toya vit Kyoko se crisper et il sourit d'un air narquois, baissant ses yeux vers la fille qui, tout d'un coup, semblait toute petite.

- Tu ne voulais pas parler Ã  quelqu'un ?

Alors que Kyoko ne se retournait pas, Toya regarda Ã  nouveau Kyou et plissa les yeux lorsqu'il remarqua que Kyou se tenait contre la porte du salon, fixant Kyoko comme s'il Ã©tait en transe.

- Que diable ? se dit Toya.

Pourquoi Kyou Ã©tait-il en train de la regarder comme s'il avait vu un fantÃ´me ? Quelque part, il ne voulait pas identifier le sentiment de jalousie que cela causait. Cela provoquait une sensation dÃ©sagrÃ©able dans son ventre lui donnant envie de se placer entre eux deux et d'empÃªcher Kyou de voir Kyoko. Il voulait la protÃ©ger.

Kyou ne trouvait momentanÃ©ment plus ses mots, voyant Kyoko de si prÃ¨s pour la premiÃ¨re fois depuis plus d'un millÃ©naire. L'air seul autour d'elle avait l'odeur de la force dont il se rappelait... la mÃªme force indÃ©niable qui l'avait attirÃ© vers elle par le passÃ© n'avait pas disparu.

Ses yeux dorÃ©s se posÃ¨rent sur le gardien derriÃ¨re elle avec une sorte d'indiffÃ©rence dÃ©tachÃ©e.  - Toya, va-t'en.

Un ton dangereusement menaÃ§ant pouvait se faire entendre.

Un grognement s'Ã©leva du fond de la gorge de Toya et il serra ses poings sous le coup de la colÃ¨re, tandis qu'un sentiment semblait s'Ã©lever et venir le hanter d'un endroit cachÃ© et inconnu au plus profond de sa mÃ©moire. Sans rien ajouter, Toya se tourna et sortit comme un ouragan en claquant la porte.

Kyoko regardait Toya partir tandis que son esprit tournait en rond avec des pensÃ©es chaotiques. Tout d'un coup, elle sentit l'envie de courir aprÃ¨s lui. DÃ©cidant de ne pas Ãªtre une lÃ¢che, elle releva la tÃªte et trouva enfin le courage de se retourner, simplement pour ne pas en croire ses yeux.

Au lieu de voir un vieil homme en costume amidonnÃ© comme elle s'y attendait, elle se retrouva face Ã  face avec... Ses yeux dorÃ©s brÃ»laient dans ses propres yeux, cela lui donnait l'impression de ne pas pouvoir regarder ailleurs. Ses cheveux argentÃ©s s'Ã©tendaient sur ses Ã©paules et sur son corps parfaitement taillÃ©. Il Ã©tait grand et beau, avec une touche d'arrogance entourant son corps majestueux et un visage qui ne pouvait Ãªtre qu'un don du ciel.

Kyoko ferma immÃ©diatement ses yeux. Qu'est-ce qui n'allait pas chez elle ? Elle Ã©tait venue ici pour poser des questions, pas pour baver d'admiration. Lorsqu'elle ouvrit Ã  nouveau ses yeux, il Ã©tait beaucoup plus proche. InstantanÃ©ment, elle fit un pas en arriÃ¨re pour s'Ã©loigner de la noblesse et de la supÃ©rioritÃ© qui l'entouraient, pour au final sentir la duretÃ© de la porte contre son dos... la piÃ©geant.

Kyou avait commencÃ© Ã  marcher vers elle sans rÃ©aliser ce qu'il faisait. Cependant, lorsqu'il remarqua qu'elle s'Ã©loignait de lui, il haussa les sourcils avec Ã©lÃ©gance, tendant sa main vers le sofa.  - Voudriez-vous vous asseoir, Mademoiselle Hogo ?

Il savait qu'elle avait des questions Ã  lui poser. Il aurait Ã©tÃ© dÃ©Ã§u si elle n'en avait pas eu.

Kyoko dÃ©glutit nerveusement mais releva la tÃªte avec arrogance, se frayant un chemin jusqu'au sofa et en gardant autant de distance que possible entre eux deux dans l'unique espoir de faire fonctionner son cerveau normalement. Elle rit intÃ©rieurement d'un air tremblant.

- La premiÃ¨re chose que j'aimerais savoir, qu'est-ce qui vous fait croire que je suis une prÃªtresse ?

Elle le regarda avec mÃ©fiance et paniqua presque lorsqu'il s'assit Ã  cÃ´tÃ© d'elle sur le sofa au lieu de s'asseoir sur la chaise de l'autre cÃ´tÃ© de la table basse. Kyoko se dÃ©plaÃ§a et se tourna en le regardant, et s'empÃªcha de s'Ã©loigner encore plus de lui pour ne pas montrer sa peur.

- Alors elle veut jouer, songea Kyou oisivement, mais il se dÃ©barrassa aussitÃ´t de ses pensÃ©es intrigantes.

- Qu'est-ce qui vous fait croire que je ne saurais pas que vous Ãªtes une prÃªtresse ? rÃ©pondit-il d'une voix anormalement calme.

Elle Ã©tait si petite par rapport Ã  lui alors qu'il se penchait vers elle en regardant son visage en forme de cÅur.

Kyoko observa les plans de son visage parfait Ã  la recherche de la moindre Ã©motion, et fut surprise de n'en trouver aucune. Il ressemblait Ã  une structure de perfection et de sÃ©rÃ©nitÃ©, et cela l'irritait au plus haut point.

- Est-ce que vous rÃ©pondez toujours Ã  une question par une question, Monsieur... ?

Elle balbutia en ne connaissant mÃªme pas son nom de famille.

Kyou sourit mais intÃ©rieurement pour qu'elle ne pÃ»t pas le voir. Eh bien, il pouvait dire qu'il y avait toujours de la vie en elle, et cela ne lui dÃ©plaisait pas. Cela lui donnait juste envie d'en voir plus.  - Monsieur Lord, mais vous pouvez m'appeler Kyou, sauf si vous prÃ©fÃ©rez Lord.

Il la coinÃ§a avec un regard ardent. Kyoko retourna ce mÃªme regard.

- Pourquoi... suis... je... lÃ  ?

Elle prononÃ§a ces mots lentement et un par un, comme si elle parlait Ã  un enfant. Tiens, voyons voir comment il compte rÃ©pondre Ã  cela.

- Monsieur Lord, mon cul, maugrÃ©a Kyoko intÃ©rieurement sans jamais dÃ©tourner le regard.

Ayant lu les pensÃ©es de Kyoko, les yeux dorÃ©s de Kyou rayonnaient tandis qu'il les plissait en fixant ses yeux Ã©meraudes. Il s'approcha un peu plus d'elle, sachant qu'il l'intimiderait en faisant cela. Il pouvait le sentir.

- Vos pouvoirs de prÃªtresse sont faibles et non entraÃ®nÃ©s, sinon, vous comprendriez pourquoi je sais que vous Ãªtes une prÃªtresse.

Il sifflait presque, perdant son calme rien qu'un instant avant de reprendre une expression sereine.

- Je vous enseignerai les arts martiaux et je vous apprendrai Ã  obtenir plus de force... ce dont vous manquez.

Pour Kyoko, les derniers mots qu'il avait prononcÃ©s ressemblaient presque Ã  une insulte. Ãtant connue pour Ãªtre une tÃªte brÃ»lÃ©e, elle se pencha en se retrouvant presque nez Ã  nez avec lui, et le sarcasme Ã©tait imposant.

- Peut-Ãªtre que je cache simplement mon vrai pouvoir, et quand je trouverai une cible qui le mÃ©rite, je le libÃ©rerai.

La colÃ¨re la rendait intrÃ©pide, ou stupide, elle ne savait pas trop Ã  ce moment-lÃ .

Kyou se pencha encore plus prÃ¨s, rapprochant ses lÃ¨vres des siennes pour que son souffle chaud caressÃ¢t sa bouche. Il chuchota d'une voix grave :

- PrÃªtresse.



Chapitre 4 Â« Faire attention Â»



Kyoko eut un mouvement de recul, sentant tout d'un coup des ondes Ã©maner de lui, des ondes qu'elle n'Ã©tait pas censÃ©e sentir. Quelque chose Ã©tait en train de se passer et elle avait l'impression d'Ãªtre la derniÃ¨re au courant.

- J'ai besoin de rÃ©ponses, chuchota-t-elle nerveusement, mordant sa lÃ¨vre infÃ©rieure dans l'espoir de se dÃ©barrasser de cette sensation de chatouillement que Kyou avait crÃ©Ã©e.

Elle souhaitait pouvoir se dÃ©barrasser rapidement des frissons Ã  couper le souffle qui avaient dÃ©cidÃ© de se rÃ©pandre dans son systÃ¨me nerveux.

Inhalant l'odeur de Kyoko et sentant son propre sang chauffer instantanÃ©ment, Kyou se pencha en arriÃ¨re. Il avait vu le petit corps de cette fille frissonner, mais pas de dÃ©goÃ»t. En jetant un coup dâÅil vers le bas, il sourit presque d'un air narquois lorsqu'il vit les bras de Kyoko prendre vie en ayant la chair de poule.

La voix lÃ©gÃ¨rement arrogante lui demanda :

- Pourquoi rÃ©primez-vous votre pouvoir ? Vous devez Ãªtre consciente de votre environnement avant que le passÃ© ne se rÃ©pÃ¨te.

Kyoko eut la gorge serrÃ©e.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par lÃ  ? Se crispa-t-elle.

- Vous Ãªtes consciente qu'il y a des immortels dans cette Ã©cole, n'est-ce pas ?

Ses yeux brillaient de quelque chose que Kyoko n'avait jamais vu, et sa voix Ã©tait sÃ©vÃ¨re, comme s'il dÃ©sapprouvait.

- Les dÃ©mons se rapprochent de nous en ce moment mÃªme.

Les yeux de Kyoko s'Ã©largirent puis se plissÃ¨rent. Jouait-il avec elle ?

- Qu'est-ce qui vous fait penser qu'il y aurait des gardiens et des dÃ©mons ici ? demanda-t-elle en se moquant d'un air indignÃ©.

En un clin dâÅil, Kyou l'attrapa par les bras et la tira brusquement, sa tÃªte s'inclina Ã  deux centimÃ¨tres du visage de la jeune fille. Il grogna avec colÃ¨re :

- Faites attention.

Kyoko cligna des yeux, n'en croyant pas ses yeux. La personne qui se trouvait en face d'elle n'Ã©tait pas la mÃªme personne Ã  qui elle Ã©tait en train de parler Ã  l'instant. Elle voyait des yeux dorÃ©s anormalement vifs et agacÃ©s, et plus bas, des petits crocs d'une blancheur inÃ©galÃ©e. Elle pouvait Ã©galement sentir les griffes inconsciemment enfoncÃ©es dans ses bras Ã  ce moment-lÃ .

La longueur de ses cheveux avait doublÃ© en un instant, et ils semblaient presque flotter autour de lui comme s'ils attendaient de la reconnaissance. En criant d'effroi, Kyoko se dÃ©gagea de son emprise et recula rapidement, mais en vain. Kyou s'Ã©tait rapprochÃ© d'elle d'un pas menaÃ§ant.

- Vous Ãªtes un gardien ? bÃ©gaya-t-elle sans conviction.

- Et vous Ãªtes la prÃªtresse qui aurait dÃ©jÃ  dÃ» le savoir, siffla-t-il en la suivant mÃªme s'il sentait sa colÃ¨re s'attÃ©nuer.

Elle se retourna pour courir vers la porte et cria instantanÃ©ment lorsqu'elle sentit des bras musclÃ©s l'envelopper par derriÃ¨re.

Le corps de Kyou se serra autour d'elle alors qu'elle se dÃ©battait. Il la souleva du sol tandis qu'elle donnait des coups de pied dans le vide afin de lui Ã©chapper. Lui donnant assez de temps pour comprendre qu'essayer de lui Ã©chapper Ã©tait inutile, il plaÃ§a ses lÃ¨vres prÃ¨s de son oreille et chuchota :

- Vous resterez ici jusqu'Ã  ce que vous soyez assez forte pour vous libÃ©rer de ces bras, prÃªtresse.

Puis, il la transporta dans les airs pour pouvoir la jeter de nouveau sur le sofa bien trop moelleux, oÃ¹ elle atterrit en rebondissant lÃ©gÃ¨rement. Maintenant qu'elle lui faisait de nouveau face, Kyoko lui cria dessus d'un air furieux, puis cligna de nouveau les yeux lorsque son apparence redevint celle de l'homme Ã  qui elle Ã©tait en train de parler.

Elle le regarda furieusement, serrant son poing vers le haut.

- Bon sang, qu'est-ce qu'il se passe ?

Kyou se tenait debout devant elle d'un air serein, mais cette fois, ses yeux brillaient encore,  - Vous allez rester lÃ .

Il se pencha vers elle.

- Vous allez me laisser vous entraÃ®ner.

Il posa ses mains sur le dossier du sofa en la piÃ©geant efficacement.

- Et cette fois, vous gagnerez sans faire de sacrifice.

Son nez touchait presque le sien lorsqu'il prononÃ§a cette derniÃ¨re phrase, montrant Ã  prÃ©sent son mÃ©contentement.

Kyoko se pencha contre le sofa aussi loin que possible en lui rendant son regard vif. Pourtant, elle ne ressentait toujours aucune menace venant de lui. MÃªme s'il n'Ã©tait pas humain, il n'avait aucune intention de lui faire du mal. Elle le regarda en fronÃ§ant les sourcils, rÃ©alisant ce qu'il venait de dire. Sa voix Ã©tait douce.

- Cette fois ? Qu'est-ce que vous voulez dire... cette fois ?

Kyou inspira profondÃ©ment.

- Vous avez peut-Ãªtre oubliÃ©, mais pas moi.

L'odeur de Kyoko l'entourait et il ressentait la douleur autour de son cÅur oubliÃ©, mais elle devait savoir la vÃ©ritÃ©.

- Nous avons combattu ensemble par le passÃ©, prÃªtresse, et nous allons bientÃ´t devoir recommencer. Â»

Les yeux de Kyoko s'adoucirent un instant.

- Qui Ãªtes-vous ?

- Votre gardien. Kyoko, je sais que vous avez tout oubliÃ© en sacrifiant vos souvenirs de nous pour pouvoir ramener le Cristal du CÅur du Gardien dans ce monde.

Son regard cherchait le sien et sa voix devint un simple chuchotement :

- Vous devez me faire confiance.

MÃªme s'il venait juste d'essayer de l'effrayer, tout son corps lui disait de lui faire confiance.  - Je... vous fais confiance.

DÃ¨s qu'elle chuchota ces mots, il la prit dans ses bras. Au dÃ©but, elle se raidit, puis, en sentant cette enveloppe de chaleur l'entourer, elle cÃ©da Ã  cette Ã©treinte relaxante dans une confusion sereine.

Kyou ne pouvait pas s'en empÃªcher. Il avait eu peur de se faire rejeter depuis bien trop longtemps, et le fait d'entendre ces mots avait enlevÃ© le poids du monde sur ses Ã©paules tendues. Il la serra contre lui, s'entourant de son odeur en blottissant son visage contre ses cheveux.

- Ne t'en va pas cette fois, chuchota-t-il dans un moment de faiblesse.

Kyoko pouvait sentir la tendresse dans ses mots et dans ses bras, pourtant, il venait juste de lui foutre la trouille quelques minutes plus tÃ´t, et Ã  prÃ©sent, il la tenait comme si sa vie en dÃ©pendait. Elle ne savait pas si elle devait le craindre ou tendre la main pour caresser sa joue lisse.

Elle avait tout un tas de questions, elle marmonna contre son torse :

- Je veux me souvenir de ce que vous dites que j'ai oubliÃ©. Qu'est-ce que je dois savoir ?

Kyou ferma ses yeux dorÃ©s, ne voulant pas dÃ©jÃ  revenir dans le monde rÃ©el... Elle Ã©tait lÃ  oÃ¹ elle devait Ãªtre... dans ses bras. Il la relÃ¢cha contre le sofa Ã  contrecÅur tout en soupirant, puis, il s'assit Ã  cÃ´tÃ© d'elle.

Passant sa main dans sa frange un peu trop longue, Kyou prit une grande inspiration pour calmer ses instincts en furie. RÃ©primant ses dÃ©sirs, il fixa le mur devant lui et commenÃ§a Ã  lui raconter ce qu'elle voulait savoir. Il y avait une diffÃ©rence entre entendre quelque chose et s'en souvenir.

- Tu auras de l'aide. Tous ceux qui sont arrivÃ©s de la mÃªme maniÃ¨re que toi, avec une bourse, je les ai rÃ©unis pour toi. Ils ne se souviennent pas de toi et tu ne te souviens pas d'eux, mais ils ont combattu auprÃ¨s de toi par le passÃ©, et ils le referont lorsque le moment viendra.

Sa voix avait une touche de souvenirs du passÃ©.

Les yeux de Kyoko s'Ã©largirent.

- Suki et Shinbe ? Le questionna-t-elle en se demandant pourquoi elle le croyait si aisÃ©ment.

Kyou hocha la tÃªte.

- Je vois que tu les as rencontrÃ©s. Oui, tu Ã©tais trÃ¨s proche d'eux, ainsi que Toya qui te protÃ©geait comme personne.

Toya ? Sourcilla-t-elle en le regardant. Vous vous moquez de moi.

Puis, elle ajouta dans sa tÃªte :

- Il ne m'aime mÃªme pas.

Kyou soupira avec rÃ©ticence.

- Toya n'a pas changÃ© dans cette vie, il est toujours le mÃªme jeune homme odieux et tÃªtu qu'avant. Mais oui, il te protÃ©geait avec une ardeur redoublÃ©e et aurait donnÃ© sa vie pour toi si besoin.

Kyoko fronÃ§a les sourcils.

- Il ne se souvient pas ?

Elle sentait qu'il lui disait la vÃ©ritÃ©, et cela avait du sens, sachant qu'il y avait un trou dans sa propre mÃ©moire. Ses yeux cherchaient Ã  croiser les siens, voulant rÃ©cupÃ©rer ce savoir.

Kyou secoua lÃ©gÃ¨rement la tÃªte.

- Je suis le seul Ã  ne pas Ãªtre revenu avec toi. Par consÃ©quent, je suis le seul Ã  me souvenir de ce qu'il s'est passÃ©. Toya ne se souvient mÃªme qu'il est mon frÃ¨re.

Kyoko inspira face Ã  un tel aveu. Elle devait savoir.

- FrÃ¨res ? Comment se fait-il que vous soyez le seul Ã  vous souvenir ?

- Tu as abandonnÃ© tous tes souvenirs durant la bataille pour pouvoir dÃ©truire le mal de notre monde et sauver le Cristal du CÅur du Gardien. Ã cet instant, tu as adressÃ© un vÅu au cristal, celui de revoir tout le monde. Tu ne voulais pas les perdre. Lorsque tu as disparu d'un coup, tout le monde t'a suivie... dont l'ennemi.Tu les as involontairement amenÃ©s ici... avec toi.

Il soupira avec regret.

- J'avais lancÃ© un sort sur moi pour me protÃ©ger de tels vÅux.

Son regard devint distant comme s'il revivait les souvenirs.

- Tu as pris tout le monde avec toi, et tu ne le savais mÃªme pas. Ils se sont tous rÃ©incarnÃ©s ici, Ã  ton Ã©poque, me laissant seul dans le passÃ©.

Ses yeux fixÃ¨rent les siens.

- Donc, j'ai survÃ©cu et je t'ai attendue. Une fois le moment venu, j'ai rÃ©uni tous ceux qui m'avaient quittÃ©. Maintenant, tu as ramenÃ© le cristal avec toi, et la malveillance qui le dÃ©sire...

Sa voix devint plus grave.

- â¦ Le mal a dÃ©jÃ  commencÃ© Ã  te chercher et je ne le permettrai pas.

Kyoko hocha la tÃªte en essayant de comprendre.

- Donc, tous ceux qui sont arrivÃ©s de la mÃªme maniÃ¨re que moi, je peux leur faire confiance ?

Il hocha la tÃªte et Kyoko poursuivit :

- Est-ce qu'ils sont au courant ?

Kyou secoua la tÃªte.

- Ils sentiront un lien et il se renforcera, mais Ã  part Ã§a, je ne connais pas le futur, seulement le passÃ©. Ils te protÃ©geront comme avant. C'est la raison pour laquelle ils sont nÃ©s... leur raison de vivre.

Il dÃ©tourna rapidement le regard de ses grands yeux, sachant que la vÃ©ritÃ© de ses mots le concernait aussi.

- On a encore un peu de temps, mais pour l'instant, je veux que tu arrÃªtes de cacher tes pouvoirs de prÃªtresse et que tu prennes conscience de ton environnement. Je te surveillerai, et j'ai demandÃ© Ã  Toya d'en faire de mÃªme.

Kyoko le regarda avec attention, essayant de se souvenir de quoi que ce soit le concernant. Il semblait la connaÃ®tre si bien. En le fixant droit dans les yeux, elle demanda avec curiositÃ© :

- Ã quel point Ã©tions-nous proches ?

Un brin d'affection cachÃ©e traversa ses orbes dorÃ©s avant que Kyou se raidÃ®t et s'Ã©cartÃ¢t d'elle. Son apparence calme se remettant en place, il grogna en regardant la porte, puis la regarda rapidement.  - Ne rÃ©pÃ¨te pas ce que je t'ai dit car ils s'en souviendront d'eux-mÃªmes.

Kyoko sursauta lorsque quelqu'un frappa Ã  la porte avec force, puis l'ouvrit sans permission.

Toya avait commencÃ© Ã  s'inquiÃ©ter pour la sÃ©curitÃ© de la fille et s'Ã©tait dit qu'il allait les interrompre, rien que pour la sauver de la froideur dont il savait que Kyou Ã©tait capable. Son regard fut instantanÃ©ment attirÃ© vers elle en entrant.

- Eh bien, je vois qu'elle a survÃ©cu Ã  la discussion.

Ses iris apparaissaient argentÃ©s, sentant toujours que quelque chose n'allait pas.

- Si tu en as fini avec Kyoko, Suki l'attend.

Toya leva ses yeux dorÃ©s vers Kyou sans Ãªtre conscient des pointes de gris qui avaient commencÃ© Ã  apparaÃ®tre dans ses orbes.

Kyou jeta un coup dâÅil Ã  Toya sans aucune expression comme Ã  l'accoutumÃ©e, puis hocha la tÃªte silencieusement.

Kyoko regarda Toya chaleureusement, car maintenant qu'elle utilisait ses sens, elle pouvait voir qu'il s'Ã©tait inquiÃ©tÃ© pour elle, mÃªme s'il n'en avait pas l'air.

Â« Aurait donnÃ© sa vie pour toi. Â» Les paroles de Kyou revenaient la hanter.

Kyou remarquait combien elle Ã©tait Ã  l'aise avec Toya, et sentait un dÃ©sir distant mais familier. Cela lui donnait un air maussade. Il se souvenait bien de cette sensation, et ses yeux se plissÃ¨rent en direction du gardien argentÃ©. Garderait-elle toujours un lien spÃ©cial avec son frÃ¨re qu'elle ne partageait pas avec les autres ?

Kyoko se leva en hochant la tÃªte pour dire au revoir Ã  Kyou et lui fit un petit sourire que Toya ne pouvait pas voir, puis elle se tourna vers Toya et lui accorda l'un de ses sourires les plus doux.  - Allons-y, ne faisons pas attendre Suki.

Elle sortit par la porte, laissant Toya se tenir lÃ  avec une sensation de chaleur. Une sensation que seul son sourire pouvait provoquer.

Il secoua la tÃªte en essayant de se dÃ©barrasser de cette chaleur, puis regarda Kyou de travers, remarquant qu'il le fixait intensÃ©ment.

- Quoi ? Demanda Toya d'une voix sÃ©vÃ¨re, sachant qu'il n'aurait aucune rÃ©ponse.

DÃ©cidant que cela n'en valait pas la peine, il ressortit par la porte et la claquant derriÃ¨re lui et se dÃ©pÃªcha pour rattraper Kyoko.

Toya observait le dos de Kyoko tandis qu'elle se prÃ©cipitait dans le couloir. Elle devait Ãªtre pressÃ©e de s'Ã©loigner de Kyou. Il sourit tout seul d'un air narquois, accÃ©lÃ©rant pour la rattraper, ce qui n'Ã©tait pas un problÃ¨me Ã©tant donnÃ© qu'il Ã©tait un gardien. Ses pensÃ©es s'assombrissaient lÃ©gÃ¨rement en se demandant si elle savait qui il Ã©tait. Il ne pensait pas, elle ne lui aurait pas souri d'une telle maniÃ¨re si c'Ã©tait le cas.

En haut des marches, Kyoko savait que Toya l'avait rattrapÃ©e car elle pouvait le sentir derriÃ¨re elle. Oui, elle pouvait sentir son aura puissante, mais c'Ã©tait une sensation lÃ©gÃ¨rement diffÃ©rente par rapport Ã  celle de Kyou. Elle ferma les yeux rien qu'une seconde. Kyoko dÃ©cida de chercher l'aura, peu importe Ã  quel point il agissait mÃ©chamment. En rÃ©alitÃ©, son aura Ã©tait trÃ¨s chaude et lui donnait l'impression... parmi beaucoup d'autres choses... d'Ãªtre protÃ©gÃ©e.

Elle comprenait que Toya Ã©tait censÃ© Ãªtre plus jeune que Kyou, mais elle pouvait Ã©galement sentir le pouvoir cachÃ© en lui. Un pouvoir qui, s'il Ã©tait mis Ã  profit, pourrait lui permettre de surpasser son frÃ¨re en un clin dâÅil... mÃªme si pour elle, aucun d'entre eux n'en Ã©tait conscient. Kyoko apprÃ©ciait le fait d'utiliser ses sens maintenant qu'elle les avait fait revenir. Elle se tourna vers lui.

- Alors... OÃ¹ sont Suki et Shinbe ?

Toya plissa les yeux en la regardant maintenant qu'il avait Ã©tÃ© pris au dÃ©pourvu avec son mensonge. Comment diable devait-il savoir oÃ¹ Suki et Shinbe se trouvaient ? Il Ã©tait revenu vers elle uniquement pour l'Ã©loigner de Kyou.

- Je ne sais pas, rÃ©pondit-il d'une voix traÃ®nante et dÃ©sinvolte.

Kyoko le regarda en fronÃ§ant les sourcils.

- Mais tu as dit...

Toya l'interrompit.

- Tu devrais me remercier de t'avoir sauvÃ©e, l'informa-t-il en se penchant plus prÃ¨s comme s'il voulait l'intimider.

- Me sauver de quoi ?

Kyoko lui grogna Ã  la figure, elle n'aimait pas son attitude. Mon Dieu, parfois, il donnait vraiment l'impression d'Ãªtre un crÃ©tin.

- De Kyou, grogna Toya Ã  son tour, serrant son poing.

Elle pouvait vraiment l'agacer avec sa jolie bouche. Â« Jolie bouche ? Â» D'oÃ¹ est-ce que cela sortait ? ÃtonnÃ©, il fit un pas en ailleurs dans la confusion.

DÃ©concertÃ©e, Kyoko le fixa simplement d'un air absent pendant une minute. Puis, doucement au dÃ©but mais de plus en plus fort par la suite, elle commenÃ§a Ã  se moquer de lui.

- Vraiment ? Demanda-t-elle, essayant de respirer entre deux gloussements. Pourquoi ferais-tu...

Sa voix devint inaudible, cessant peu Ã  peu de rire, et finalement, elle se contenta d'un large sourire mÃªme si ses yeux avaient toujours une pointe de malice.

- C'Ã©tait trÃ¨s gentil de ta part. Je ne savais pas que tu t'en souciais.

Elle lui fit la grimace en essayant de garder son sÃ©rieux.

Toya la regarda furieusement en ayant l'impression d'Ãªtre le dindon de la farce.

- Alors, t'as dÃ©cidÃ© de rester au final, Â« prÃªtresse Â» ?

Il cracha le dernier mot comme s'il lui avait laissÃ© un mauvais goÃ»t dans la bouche.

Kyoko perdit son sourire et avanÃ§a son visage Ã  quelques centimÃ¨tres du sien, fixant ses yeux dorÃ©s.

- Oui, Â« gardien Â».

Elle sourcilla puis se retourna et descendit les escaliers en courant et en riant.

- OUI ! s'exclama Kyoko silencieusement, puis rajouta dans sa tÃªte un point pour elle sur son tableau noir. Kyoko, un... Toya, rien.

Les yeux de Toya s'Ã©largirent un instant avant de rÃ©aliser que le petit bout de femme l'avait bien eu.

- Mince ! souffla-t-il avant de la poursuivre.

Kyoko Ã©tait presque en bas des marches lorsqu'elle sentit ses sens de prÃªtresse s'emballer. Sentant un autre gardien Ã  l'exception de Toya, elle regarda autour d'elle. La seule personne assez proche pour provoquer une telle sensation Ã©tait un Ã©tudiant se tenant en bas des escaliers, l'observant avec intÃ©rÃªt.

En regardant de plus prÃ¨s, elle Ã©tait dÃ©concertÃ©e par les reflets violacÃ©s parcourant ses cheveux indomptÃ©s, et par les plus beaux yeux. Alors qu'elle observait ces yeux, elle aurait pu jurer... pouvoir voir des Ã©clats de toutes les couleurs dans ses iris.

Toya se tenait maintenant derriÃ¨re Kyoko. En voyant son arrÃªt soudain, il remarqua qu'elle Ã©tait en train de fixer Kamui.

- Alors maintenant elle peut dÃ©tecter les immortels, se dit Toya.

Il l'attrapa par le bras en descendant.

- Viens, je vais te le prÃ©senter.

Toya avait un faible pour Kamui depuis qu'il l'avait rencontrÃ©. Tout ce qu'il savait de lui, c'est qu'il n'avait pas de parents et qu'il avait grandi dans une famille d'accueil jusqu'Ã  ce que Kyou lui ait proposÃ© de rester ici.

Kyoko se laissa Ã  moitiÃ© faire et tirÃ©e par Toya vers l'inconnu. Elle pouvait voir qu'il Ã©tait aussi immortel, mais elle pouvait Ã©galement ressentir une extrÃªme gentillesse. Elle laissa ses sens explorer son aura, et elle y trouva de la chaleur et... une innocence cachÃ©e ne pouvant appartenir qu'Ã  un enfant.

- Salut Toya, qui est-ce ?

Les yeux brillants de Kamui l'observaient avec fascination. Il avait l'impression qu'il l'attendait depuis longtemps... mÃªme s'il ne savait pas qui elle Ã©tait. C'Ã©tait comme si elle lui avait terriblement manquÃ©. Il sentait que soudainement, il pouvait de nouveau respirer, et il inspirait profondÃ©ment rien que pour le prouver. En faisant cela, il sentit l'odeur de la jeune fille et la trouva vraiment familiÃ¨re.

Il demanda en regardant Toya :

- Qu'est-ce que tu as fait... tu t'es capturÃ© une petite amie ?

Kamui sourit d'un air narquois tandis que ses yeux brillaient de malice.

- Oh que non, grogna Toya. Elle n'est pas du tout mon genre.

- Comment pourrais-tu le savoir ? Tu n'as jamais eu de petite amie.

Kamui rit de sa propre blague.

Kyoko essayait de s'empÃªcher de glousser, mais le fait de voir l'hilaritÃ© dans les yeux de Kamui ajoutÃ© au regard noir de Toya rendait la tÃ¢che impossible.

- Je te prÃ©sente Kyoko.

Toya se tourna vers elle, relÃ¢chant son bras comme s'il venait de se rappeler qu'il la touchait.  - Kyoko, voici Kamui. Il a aussi une bourse, et il aura les mÃªmes cours que toi.

- Ouais, je fais partie des resquilleurs ici, dit Kamui en gardant son sÃ©rieux, ce qui fit Ã©clater de rire Kyoko, un rire qu'elle arrivait Ã  peine Ã  retenir en premier lieu.

Elle se tourna vers Kamui et tendit la main. S'il avait une bourse, cela voulait dire qu'ils Ã©taient amis par le passÃ©. Elle garda ce secret et lui dit avec un sourire trÃ¨s amical :

- Bonjour Kamui, ravie de te rencontrer. Ãa fait combien de temps que tu es dans cette Ã©cole ?

Kamui aimait dÃ©jÃ  cette fille amicale.

- Depuis deux ans, plus ou moins. Alors, qu'est-ce que fait la tÃªte brÃ»lÃ©e ? Elle te fait visiter ?

Il regarda Toya avec un sourire narquois, puis Kyoko avec un sourire plus doux. Son cÃ´tÃ© malicieux se rÃ©vÃ©la et il prit la main de Kyoko dans la sienne. S'inclinant lÃ©gÃ¨rement, il amena doucement sa main Ã  ses lÃ¨vres et dÃ©posa un doux baiser sur ses articulations.

Kamui riait presque en voyant le regard vif et furieux que Toya lui lanÃ§ait. Seul un idiot ne serait pas capable de voir l'attraction Ã©vidente que l'autre homme ressentait pour la charmante Kyoko.

Kyoko rougit lÃ©gÃ¨rement et gloussa en entendant Â« tÃªte brÃ»lÃ©e Â». Elle sourit en voyant Toya regarder Kamui d'un air furieux.

- En fait, on essaye de trouver Shinbe et Suki. Est-ce que tu les as vus quel...

Avant de pouvoir finir sa phrase, quelqu'un attrapa son bras, l'Ã©cartant de Kamui et Toya. En jetant un coup dâÅil rapide, Kyoko se retrouva face au visage inquiet de Suki.

- Ãa a Ã©tÃ©, Kyoko ? Tu vas rester, n'est-ce pas ?

Suki avait presque l'air de l'implorer.

Kyoko hocha la tÃªte en se rappelant soudainement de la voix de Kyou lui chuchotant de ne pas partir.

- Je ne vais nulle part.

Elle hocha la tÃªte vers Shinbe par-dessus l'Ã©paule de Suki en voyant qu'il avait l'air tout aussi heureux que Suki face Ã  cette rÃ©ponse.

Ã ces mots, Toya sourcilla. Il se demandait ce que Kyou lui avait dit pour la rendre si dÃ©terminÃ©e Ã  rester. Elle agissait maintenant d'une maniÃ¨re si diffÃ©rente, elle avait presque l'air d'Ãªtre heureuse. D'habitude, lorsque quelqu'un parlait seul Ã  seul avec Kyou... il s'en allait en Ã©tant troublÃ© pendant des heures. Le type arrivait mÃªme Ã  lui donner la chair de poule de temps Ã  autre.

Kyoko prit le bras de Suki et commenÃ§a Ã  monter les marches.

- Tu dois m'aider Ã  trouver une tenue pour ce soir si on va danser.

Les deux filles se blottirent l'une contre l'autre et marchÃ¨rent en discutant. Elles agissaient comme si elles se connaissaient depuis toujours.

Shinbe, Kamui et Toya regardÃ¨rent les deux filles disparaÃ®tre dans les escaliers. Shinbe demanda Ã  Toya d'une voix inquiÃ¨te :

- Est-ce qu'elle sait ce qu'il se passe vraiment ici ?

Toya fixait les lÃ¨vres de Kyoko qui bougeaient en parlant Ã  Suki.

- Oui, je pense.

Puis, il changea de sujet en se tournant vers eux.

- Kamui, est-ce que tu viens avec nous ce soir ?

Shinbe eut un temps d'arrÃªt.

- Toya ? Tu vas vraiment venir danser ?

Sa voix semblait choquÃ©e.

- Ãa ne lui ressemble pas, se dit-il.

- Eh, on m'a dit de la surveiller tel un faucon, donc je suppose que je n'ai pas le choix, si ?

Toya faisait comme s'il Ã©tait agacÃ© pour donner l'impression de faire cela contre sa volontÃ©. En rÃ©alitÃ©, il n'avait soudainement pas envie de la perdre de vue.

Son cÅur cognait dans sa poitrine, comme s'il lui disait de la protÃ©ger Ã  tout prix, qu'on le lui ait ordonnÃ© ou non. Il Ã©tait Ã  prÃ©sent en train d'imaginer Kyoko bouger de maniÃ¨re suggestive au rythme de la musique et au milieu d'une piste de danse bondÃ©e, et cela ne l'aidait pas. Cela Ã©veillait ses instincts protecteurs et il n'avait soudainement plus trÃ¨s envie de la voir y aller.

Un petit grognement se fit entendre de la gorge de Toya et il secoua la tÃªte en essayant de se dÃ©barrasser de ces pensÃ©es ; tous ces regards braquÃ©s sur elle... des regards qui n'Ã©taient pas Ã  leur place.

Ouais, Ã§a peut Ãªtre amusant, je viens aussi, acquiesÃ§a Kamui. On doit sortir le week-end pour oublier un peu cet endroit. Â»

Il se sentait presque soulagÃ© en sachant que Kyoko resterait Ã  prÃ©sent dans les parages.

- En plus, on doit trouver une petite amie Ã  Toya, intervint-il innocemment.

- Qui a dit que j'avais besoin d'une petite amie, petit crÃ©tin, grogna Toya en donnant une tape sur la tÃªte de Kamui. Tu ne saurais pas ce qu'est une petite amie si elle te gonflait.

Shinbe sourit.

- Je pense Ãªtre le seul ici Ã  savoir ce qu'est une petite amie, mais je peux vous montrer deux vierges si vous voulez de l'expÃ©rience.

Il recula rapidement lorsque Toya et Kamui se tournÃ¨rent vers lui en le regardant d'un air meurtrier.

Changeant rapidement de sujet, Shinbe hocha la tÃªte, puis se glissa un peu plus prÃ¨s vers Toya.  - Kyou t'a ordonnÃ© de surveiller Kyoko ?

Son regard dÃ©riva vers lÃ  oÃ¹ elle venait d'aller.

- Tu sais... rÃ©cemment, j'ai senti une rupture dans l'Ã©quilibre dans les parages, comme si quelque chose allait se passer. Le mal se rapproche. Je me demande si elle a quelque chose Ã  voir avec Ã§a. Â»

Les intuitions de Shinbe Ã©taient presque toujours bonnes et cela l'inquiÃ©tait.

Toya avait aussi cette sensation, et il voulait des rÃ©ponses.

- Eh bien, c'est le moment. Pourquoi ne pas aller en haut et demander Ã  M. Froideur de me dire la vÃ©ritÃ© ?

Il savait que Kyou cachait quelque chose et il allait dÃ©couvrir ce que c'Ã©tait.

Avant que Shinbe n'ait pu l'arrÃªter, Toya Ã©tait dÃ©jÃ  en direction des escaliers. Shinbe se sentit gÃªnÃ©.

- Je dÃ©teste quand ils sont dans la mÃªme piÃ¨ce. J'en ai dÃ©jÃ  Ã©tÃ© tÃ©moin, et ce n'est pas beau Ã  voir. Ils se comportent comme des frÃ¨res ou quelque chose comme Ã§a.

Ses yeux d'amÃ©thyste suivaient Toya du regard tandis qu'il montait les marches deux par deux.

Kamui hocha la tÃªte, sachant que Kyou le faisait parfois flipper.

- Je prÃ©fÃ¨re qu'il y aille plutÃ´t que moi. Je te verrai ce soir.

Il s'en alla, laissant Shinbe se tenir lÃ , tout seul, toujours en train d'observer les escaliers.

Au plus profond de son esprit, lÃ  oÃ¹ ses pouvoirs de gardien se reflÃ©taient dans son miroir intÃ©rieur, Shinbe se posait des questions concernant ce sentiment familier qu'il avait pour la prÃªtresse qui venait juste de monter ces escaliers. Il cherchait la vÃ©ritÃ© au plus profond de son Ã¢me en fermant les yeux.

DÃ¨s l'instant oÃ¹ ses yeux d'amÃ©thyste s'ouvrirent de nouveau, ils brillÃ¨rent ; il y avait des secrets qu'il Ã©tait le seul Ã  connaÃ®tre.










*****



Kyou Ã©tait perdu dans ses pensÃ©es, il se demandait comment il devait s'occuper de Kyoko, maintenant qu'elle se trouvait lÃ  oÃ¹ il le voulait. Il fut brusquement interrompu en entendant quelqu'un marteler la porte. Clignant des yeux Ã  plusieurs reprises, il s'empÃªcha de lever ses yeux dorÃ©s au ciel, sachant que cela ne pouvait Ãªtre que Toya. Kyou lanÃ§a un regard furieux Ã  la porte au moment oÃ¹ celle-ci s'ouvrit sans invitation.

Toya entra d'un pas dÃ©cidÃ©, cherchant immÃ©diatement sa cible, puis aperÃ§ut Kyou Ã©tendu sur le sofa. Il alla droit au but.

- Qu'est-ce qu'il se passe avec Kyoko ?

Kyou lanÃ§a un regard furtif Ã  Toya, mais son visage ne manifestait aucun intÃ©rÃªt pour la question.

Toya connaissait les humeurs de Kyou mieux que personne, et il savait qu'il ne l'aurait mÃªme pas regardÃ© s'il n'avait pas touchÃ© une corde sensible. Pour lui, Ã©tudier Kyou Ã©tait de la science. MÃªme le fait de cligner des yeux voulait dire quelque chose lorsqu'il s'agissait de Kyou. Toya se dÃ©plaÃ§a pour s'asseoir en face de lui sur une chaise bien moelleuse.

- Allez, je ne suis pas stupide. Si tu veux que je la protÃ¨ge, tu dois me dire pourquoi. AprÃ¨s tout, les autres doivent se dÃ©brouiller, alors pourquoi est-elle diffÃ©rente ?

Il cracha comme s'il Ã©tait dÃ©goÃ»tÃ© par cette pensÃ©e.

- Ce n'est qu'une simple fille humaine et fragile.

Toya saisit la main griffue qui l'avait soudainement saisi par la gorge, et regarda le visage trÃ¨s contrariÃ© de Kyou.

- Tu feras ce que je te dis.

La voix de Kyou tremblait de rage.

Toya plissa les yeux. Ã prÃ©sent, il savait que quelque chose se tramait.

- Bien, souffla-t-il, et fut libÃ©rÃ© en rÃ©compense.

Il vit la colÃ¨re de Kyou disparaÃ®tre instantanÃ©ment tandis qu'il retournait s'asseoir en face de lui, son masque de glace se remettant en place comme un bouclier derriÃ¨re lequel il se cachait. Toya secoua la tÃªte.

- Tu dois me dire pourquoi elle est si importante pour Â« toi Â».

Il mit l'accent sur le dernier mot.

Kyou Ã©tait quelque peu d'accord. Il avait Ã©levÃ© Toya depuis sa naissance. Il savait que son frÃ¨re Ã©tait proche dÃ¨s l'instant oÃ¹ il Ã©tait venu Ã  la vie, et il l'avait arrachÃ© Ã  des parents qui ne l'auraient pas compris. C'Ã©tait pareil pour ses autres frÃ¨res, mÃªme si Kyou avait dÃ©cidÃ© de les surveiller de loin pendant un moment.

Il avait espÃ©rÃ© pouvoir changer la personnalitÃ© de Toya d'une maniÃ¨re ou d'une autre, mais celle-ci semblait l'avoir suivi dans cette vie, peu importe les efforts de Kyou pour la changer. Au bout du compte, Toya Ã©tait toujours Toya, peu importe la vie qu'il menait. Il pensait que sa rencontre avec Kyoko allait provoquer des souvenirs du passÃ©, mais son frÃ¨re n'avait montrÃ© aucun signe jusqu'ici, Ã  part de l'intÃ©rÃªt. Les yeux de Kyou se plissÃ¨rent tandis qu'il rÃ©flÃ©chissait.

- Tu ne ressens rien pour elle ? demanda-t-il d'une voix qui fit grimacer Toya.

- Je devrais ? Riposta Toya, sachant qu'en effet, il ressentait quelque chose pour elle, mais ne voulait pas l'admettre.

Croisant ses bras devant lui, il avait l'air agacÃ© comme d'habitude, mais n'Ã©tait pas conscient du gris qui tourbillonnait dans ses yeux dorÃ©s.

- Oui, rÃ©pondit-il froidement.

- Bon sang ! Qu'est-ce qui la rend si spÃ©ciale pour nous ?

Toya leva ses bras, exaspÃ©rÃ©. Le regard de Kyou dÃ©fia le sien.

- Elle est celle que nous attendions.

Les yeux de Toya s'Ã©largirent. De mÃ©moire, Kyou lui avait dit qu'ils devaient se prÃ©parer pour la personne qui portait le Cristal du CÅur du Gardien en elle. Il ne faisait certainement pas rÃ©fÃ©rence Ã  cela... Pourquoi un cristal si puissant se trouverait-il dans une fille aussi faible ? Il s'attendait Ã  un quelconque guerrier... pas Ã  une simple fille.

- Elle est la raison pour laquelle tu les as tous rÃ©unis ?

Il haussa les sourcils d'un air interrogateur.

Kyou s'Ã©tait toujours abstenu de raconter Ã  Toya son passÃ©, mais il l'avait prÃ©venu Ã  propos de son futur.

- Tu dois la protÃ©ger Ã  tout prix.

La piÃ¨ce Ã©tait silencieuse tandis que les pensÃ©es tourbillonnaient dans le cerveau de Toya. Il avait rÃ©cemment ressenti des ondes dÃ©moniaques plus puissantes Ã  cet endroit, comme s'il y en avait de plus en plus et que le camp malÃ©fique se renforÃ§ait.

- Alors, c'est elle. Qu'est-ce que je dois savoir de plus ?

Il se sentit presque soulagÃ© de savoir pourquoi son frÃ¨re avait un tel intÃ©rÃªt pour Kyoko, mais Ã  cet instant, il se ne pencherait pas plus sur ces sentiments empreints de jalousie.

Kyou avait cachÃ© la vÃ©ritÃ© depuis si longtemps, il n'Ã©tait pas sÃ»r d'Ãªtre prÃªt Ã  partager les souvenirs. Le fait de penser Ã  l'intimitÃ© qu'il y avait entre Toya et Kyoko par le passÃ© ne l'aidait pas. Certaines choses devaient peut-Ãªtre Ãªtre oubliÃ©es. Ces deux-lÃ  avaient Ã©tÃ© insÃ©parables Ã  l'Ã©poque.

- Tu t'es rÃ©incarnÃ© pour la protÃ©ger et j'ai vÃ©cu plus d'un millÃ©naire Ã  l'attendre. Pour l'instant... C'est tout ce que tu dois savoir.

Toya grogna doucement, puis gloussa d'un air lÃ©gÃ¨rement sinistre.

- C'est tout ce que je dois savoir, hein ?

Il passa ses doigts dans ses longs cheveux en sentant un irrÃ©sistible besoin de passer sa colÃ¨re cachÃ©e mÃªme s'il n'en Ã©tait pas conscient.

- Est-ce la raison pour laquelle tu la regardes avec de la chaleur dans les yeux ? Tu dis qu'on Ã©tait proches... Es-tu vraiment jaloux de quelque chose qui s'est soi-disant passÃ© il y a longtemps avec une fille qui ne te jetterait probablement pas un regard oblique ?

Toya avait un regard furieux... Ses yeux Ã©taient maintenant gris comme de l'argent fondu.

Kyou grogna presque en entendant cette supposition. Il y avait des moments oÃ¹ la perspicacitÃ© du garÃ§on Ã©tait troublante.

- Ma patience a des limites, Toya. Cristal ou pas, je ne tolÃ©rerai pas de telles accusations ou illusions de grandeur lorsqu'il s'agit de la prÃªtresse. Ta mission est de la protÃ©ger... Ãa m'est Ã©gal si tu aimes Ã§a. Tu maÃ®triseras ton caractÃ¨re et tu t'abstiendras de lui faire des avances. C'est clair ?

Ses yeux Ã©taient Ã  prÃ©sent mortels tandis qu'il fixait son petit frÃ¨re.

Des glaÃ§ons auraient pu pendre des mots de Kyou, et Toya pouvait comprendre que la conversation Ã©tait terminÃ©e, du moins pour l'instant. Il se leva et quitta la piÃ¨ce sans mÃªme un regard en arriÃ¨re ou un mot. Une fois Ã  l'extÃ©rieur de la chambre de son frÃ¨re, il s'arrÃªta face Ã  la porte de la chambre de Kyoko. Il pouvait la sentir dans les limites des piÃ¨ces devant lui.

Il leva sa main pour toquer, voulant Ãªtre avec elle mais sachant qu'il n'avait aucune raison d'Ãªtre lÃ . Il enfonÃ§a sa main dans sa poche et se retourna pour poursuivre son chemin le long du couloir.

Si quelqu'un avait Ã©tÃ© dans ce couloir, il aurait eu un aperÃ§u des ailes argentÃ©s chatoyantes apparaissant le long du dos de Toya, avant de disparaÃ®tre sans Ãªtre vues par le gardien aux yeux argentÃ©s.



Chapitre 5 Â« Un avertissement grognÃ© Â»



Kyoko prit un Ã©lastique de sa trousse et attacha une partie de ses cheveux auburn indisciplinÃ©s en queue de cheval, crÃ©ant une courte Ã©paisseur de cheveux attachÃ©s et une longue Ã©paisseur flottant le long de son dos. Elle se pencha en avant pour mettre une touche de blush, puis se leva, marcha jusqu'au miroir en pied et se retourna pour s'examiner. Suki l'avait convaincue de porter certains de ses vÃªtements et Kyoko se sentait diffÃ©rente.

La mini-jupe noire s'Ã©vasait lorsqu'elle se tournait, montrant des jambes bien faites grÃ¢ce aux nombreux entraÃ®nements qu'elle avait pratiquÃ©s. La chemise rose et moulante avait des lacets noirs tout le long du dos, et devant, un lacet noir en forme de Â« V Â» descendait presque jusqu'Ã  sa poitrine. Kyoko secoua la tÃªte en voyant un dÃ©colletÃ© si prononcÃ©.

Cela lui faisait se demander si Suki n'Ã©tait pas celle qui courait aprÃ¨s Shinbe, tout comme il lui courait aprÃ¨s. Ramassant ses boucles d'oreilles en forme de croix, elle se demanda pourquoi elle avait acceptÃ© de ressembler Ã  une enfant terrible. Elle sortit de ses pensÃ©es lorsque quelqu'un toqua timidement Ã  sa porte.

Ouvrant la porte tout en attachant ses boucles d'oreilles, Kyoko rayonna, elle se sentait mieux en voyant Suki habillÃ©e d'une maniÃ¨re plus sauvage qu'elle.

- Oh Suki, tu vas tous les souffler ce soir, dit-elle en regardant son amie de haut en bas.

Suki portait un pantalon en cuir moulant et un haut bleu trÃ¨s fin avec de longues et larges manches, le tout mettant en valeur sa silhouette. Kyoko secoua la tÃªte en pensant au nombre de fois oÃ¹ Shinbe allait se faire gifler ce soir.

- Tu veux juste que Shinbe fasse l'idiot, n'est-ce pas ?

Elle regarda son amie en haussant les sourcils, ses yeux Ã©meraudes brillant de malice.

Suki Ã©tait en train de jeter un coup dâÅil Ã  Kyoko, hochant la tÃªte d'un air satisfait.

- Ouais, j'ai l'impression que Ã§a sera notre derniÃ¨re soirÃ©e sympa avant longtemps. Shinbe m'a parlÃ© d'une rumeur disant que dÃ¨s lundi, on allait devoir commencer Ã  s'entraÃ®ner plus intensÃ©ment que jamais.

Ses yeux s'illuminÃ¨rent.

- Mais ce soir, libÃ©rons-nous. Tu vas adorer l'endroit oÃ¹ l'on va. C'est Ã©norme et le groupe de ce soir va dÃ©chirer.

Suki jeta un coup dâÅil aux appartements de Kyoko avec de grands yeux.

- Ouah ! Je n'Ã©tais jamais montÃ©e ici.

Elle lanÃ§a un regard furtif Ã  Kyoko.

- Personne n'a jamais eu le droit de monter ici, Ã  part Toya. Est-ce que tu rÃ©alises qu'il n'y a que lui, Kyou et toi Ã  cet Ã©tage ?

Elle avait Ã©tÃ© tellement nerveuse Ã  l'idÃ©e de monter Ã  cet Ã©tage qu'elle avait demandÃ© la permission Ã  Toya avant de venir dans la chambre de Kyoko.

Kyoko savait que Kyou voulait la garder lÃ  oÃ¹ Toya et lui pourraient mieux la surveiller. Se remÃ©morant tout ce qu'il avait dit, elle savait qu'il avait raison concernant son lien d'amitiÃ© avec Suki dans le passÃ© car, pour une raison inexpliquÃ©e, elle avait l'impression de la connaÃ®tre depuis longtemps.

Elle avala la soudaine boule dans sa gorge.

- Peut-Ãªtre que toutes les autres chambres Ã©taient prises, je ne sais pas.

Elle se dirigea vers la porte.

- Mais je sais que je veux m'amuser ce soir car tu as raison, Ã§a sera probablement notre derniÃ¨re soirÃ©e sympa avant longtemps.

Sa main se gela sur la poignÃ©e de la porte, et elle fronÃ§a les sourcils. Il y avait quelqu'un dehors. En sachant cela, elle eut des frissons dans le dos.

Kyoko ouvra lentement la porte et regarda dans le couloir. Ne voyant personne, elle l'ouvrit complÃ¨tement et Suki la suivit dehors. Elle se retourna et verrouilla la porte derriÃ¨re elle, puis fit demi-tour pour regarder Suki lorsqu'elle l'entendit pousser un Â« cri Â» effrayÃ©. Kyou se tenait lÃ , dans l'embrasure de sa porte, l'observant... et il n'avait pas l'air content.

Kyou jeta un coup dâÅil Ã  Kyoko et sentit sa colÃ¨re monter. Il tourna son regard vers Suki, l'agacement Ã©tait clairement visible sur son visage.

- Laisse-nous, demanda-t-il d'une voix dangereusement glaciale.

Suki lanÃ§a un regard dÃ©solÃ© Ã  Kyoko, puis fit rapidement ce qu'on lui avait ordonnÃ©, sachant que c'Ã©tait mieux qu'hÃ©siter. Quant Ã  elle, elle ne voulait pas se mettre Kyou Ã  dos, et en plus, l'homme lui donnait la chair de poule. Elle savait depuis sa rencontre avec lui qu'il Ã©tait un immortel trÃ¨s puissant, et qu'il ne fallait pas se mettre en travers de son chemin. Elle Ã©tait heureuse de l'avoir dans leur camp et non comme ennemi.

Kyoko croisa ses bras devant elle, dÃ©Ã§ue en regardant Suki se dÃ©pÃªcher pour disparaÃ®tre de sa vue. Elle se retourna et vit qu'elle Ã©tait l'objet de l'attention de Kyou ; Ã  ce moment-lÃ , il n'avait pas l'air content. Elle haussa les sourcils vers lui en attendant. Quand il se tenait simplement lÃ  en la perÃ§ant du regard avec ses yeux dorÃ©s et furieux, elle sentait sa colÃ¨re commencer Ã  monter en flÃ¨che. Maudit soit-il avec ses yeux perÃ§ants.

- Qu'est-ce que j'ai fait ? Demanda-t-elle au final, se lassant d'attendre une explication.

Kyou avait Ã©tÃ© agacÃ© par la prÃ©sence de Suki Ã  cet Ã©tage. Puis, lorsqu'il les avait vues sortir de la chambre habillÃ©es comme cela, il savait que ce n'Ã©tait pas une bonne idÃ©e de laisser Kyoko partir. Non seulement elle Ã©tait en danger face Ã  l'ennemi, mais aussi en danger face aux gardiens, aux dÃ©mons ou aux humains voulant s'accoupler avec elle. Kyou voyait rouge Ã  cette simple pensÃ©e.

- Personne ne doit monter Ã  cet Ã©tage sans ma permission, sauf Toya et toi, compris ?

Sa voix donnait l'impression qu'il la sermonnait.

Kyoko s'irrita mais se rappela rapidement que c'Ã©tait son bÃ¢timent, donc ses rÃ¨gles.

- Je suis dÃ©solÃ©e, je ne savais pas, lui dit-elle avec honnÃªtetÃ©.

Sentant sa colÃ¨re se calmer, elle croisa ses mains devant elle. Elle commenÃ§a Ã  gigoter car il n'avait pas l'air plus heureux aprÃ¨s ses excuses.

Kyou s'avanÃ§a d'un pas vers Kyoko. L'inspectant, il avait l'impression de presque pouvoir voir sous sa chemise.

- Personne ne m'a dit que tu avais des projets ce soir.

Il sentait l'humeur de la jeune fille s'obscurcir Ã  ses mots et ses yeux devenir plus vifs, mais il s'en fichait. Pour sa sÃ©curitÃ©, il devait savoir ce qu'elle faisait. Il savait comment les Ã©tudiantes se comportaient, mais il pouvait sentir que Kyoko ne s'Ã©tait pas encore accouplÃ©e, diffÃ©rente des autres... innocente.

Kyoko mordilla sa lÃ¨vre infÃ©rieure en se demandant si elle allait devoir lui dire tout ce qu'elle faisait.

- Je ne savais pas que je devais vous prÃ©venir si je sortais.

Elle essayait de rester calme, mais savait qu'elle devait lui tenir tÃªte pour pouvoir avoir de la libertÃ©.

- Je sors avec Suki et Shinbe ce soir, dit-elle fermement, espÃ©rant qu'il n'essayerait pas de l'en empÃªcher.

Kyou fit un pas en avant, mais Kyoko fit un pas en arriÃ¨re pour ne pas avoir Ã  lever les yeux vers lui. Il sourit intÃ©rieurement d'un air narquois tout en faisant un autre pas en avant. Il la fit carrÃ©ment reculer contre le mur, s'entourant de l'odeur de Kyoko.

- HabillÃ©e comme Ã§a ?

Il avait l'air furieux.

Les yeux de Kyoko s'Ã©largirent maintenant qu'il ne se trouvait qu'Ã  quelques centimÃ¨tres d'elle, et elle leva les yeux vers lui. Il Ã©tait si grand. Qu'est-ce qu'il venait de dire ? Son regard devint un peu plus vif. HabillÃ©e comme... ?

- Qu'est-ce qui ne va pas avec ma tenue ?

Elle recula contre le mur lorsqu'il s'approcha de son oreille. Elle pouvait sentir son souffle chaud sur son cou.

- Est-ce que tu cherches un partenaire ? chuchota-t-il dangereusement prÃ¨s de son oreille.

Kyoko avait soudainement peur du gardien se tenant devant elle. En temps normal, les mots qu'il avait prononcÃ©s l'aurait mise en colÃ¨re, mais lÃ , ils lui donnaient juste envie d'aller se cacher dans un trou. Si une Ã©pingle Ã©tait tombÃ©e, le bruit aurait Ã©tÃ© similaire Ã  un coup de tonnerre dans le silence. Elle sauta presque au plafond en entendant une autre voix si proche d'eux.

- Kyoko, est-ce que t'es prÃªte ?

Toya se tenait contre un mur en les observant. Il pouvait sentir la peur de Kyoko Ã  plus de trois mÃ¨tres. Il regarda Kyou de travers tout en voyant Kyoko passer sous son bras et marcher rapidement vers lui.

Kyou se redressa, gardant toujours un air indiffÃ©rent en voyant Toya se placer entre Kyoko et lui, la mettant hors de sa vue.

J'ai dÃ©jÃ  vu Ã§a quelque part, pensa-t-il avec agacement. Puis, il dÃ©clara froidement.

- Si elle y va, tu dois rester Ã  ses cÃ´tÃ©s.

Le muscle de sa mÃ¢choire flÃ©chit tandis qu'il serrait les dents, n'aimant pas le fait que Toya ait pu la voir habillÃ©e si lÃ©gÃ¨rement.

Toya pouvait voir combien Kyou Ã©tait sÃ©rieux, et son regard lui donna presque des frissons.


- Je le sais dÃ©jÃ .

Il se tourna rapidement et prit la main de Kyoko.

- Viens, demanda-t-il doucement.

Kyoko n'allait pas s'y opposer, et cela ne la gÃªnait pas d''Ãªtre pratiquement propulsÃ©e en avant par Toya.

- Le plus tÃ´t sera le mieux, se dit-elle.

Ã cet instant, elle ne voulait rien de plus que se dÃ©pÃªcher, et maintenant qu'elle flippait complÃ¨tement, elle survolait presque les marches.

Toya lÃ¢cha sa main dÃ¨s l'instant oÃ¹ ils sortirent du champ de vision de Kyou. Il l'observait tandis qu'elle accÃ©lÃ©rait, fronÃ§ant un sourcil. Il avait entendu ce que Kyou lui avait dit. Ãtant un gardien, il avait une excellente ouÃ¯e. Il Ã©tait parti chercher Kyoko Ã  l'instant oÃ¹ Suki dÃ©valait les escaliers, le renversant presque ce faisant.

Cela l'avait Ã©nervÃ© d'entendre les mots que Kyou avait chuchotÃ©s Ã  Kyoko, et c'Ã©tait tout ce qu'il pouvait faire pour prÃ©tendre n'avoir rien entendu. Il ne s'Ã©tait jamais imaginÃ© blesser Kyou mais... le fait de l'entendre dire de telles choses Ã  Kyoko faisait ressortir le pire en lui. Elle n'avait rien fait pour mÃ©riter cela.

Toya essaya de se dÃ©barrasser de cette mauvaise sensation tandis qu'ils rejoignaient les autres.



*****



En entrant dans la boÃ®te de nuit, Suki remarqua que Kyoko Ã©tait toujours particuliÃ¨rement silencieuse et eut finalement le courage de demander :

- En fait, il s'est passÃ© quoi avec Kyou ?

- Rien du tout, rÃ©pondit Kyoko qui ne voulait pas vraiment en parler.

Puis elle se rappela d'une chose qu'il avait dite :

- Il a dit qu'Ã  partir de maintenant, personne n'avait le droit de venir Ã  cet Ã©tage Ã  part Toya et moi.

Elle haussa tristement les Ã©paules et remarqua que Toya la fixait toujours.

Elle se demandait s'il avait entendu ce que Kyou avait dit, puis rougit et dÃ©tourna rapidement le regard, ne voulant pas vraiment connaÃ®tre la rÃ©ponse Ã  cette question. C'Ã©tait probablement sa derniÃ¨re nuit de libertÃ©, elle vida donc son esprit et regarda autour d'elle avec la ferme intention de s'amuser d'une maniÃ¨re ou d'une autre.

Les yeux de Suki s'Ã©largirent lorsqu'elle sentit des bras l'envelopper par derriÃ¨re et la tirer vers un corps musclÃ©. En tournant la tÃªte pour pouvoir voir, elle tomba nez Ã  nez avec des yeux d'amÃ©thyste.

Shinbe plongea sa tÃªte dans son cou, se blottissant contre elle tout en souriant.

- Viens danser avec moi, l'invita-t-il d'une voix sÃ©duisante.

- Mais on vient juste d'arriver.

Suki essaya de se dÃ©gager Ã  moitiÃ©.

- Je sais.

Shinbe fit un clin dâÅil Ã  Kyoko.

- Je voulais t'attraper avant que quelqu'un d'autre puisse le faire.

Il glissa dÃ©libÃ©rÃ©ment sa main le long de son ventre d'une maniÃ¨re sÃ©duisante, puis la retourna dans ses bras pour lui faire face. Il dÃ©clara en regardant Kyoko d'un air malicieux :

- Elle reviendra peut-Ãªtre.

Suki hocha la tÃªte, essayant de cacher le rouge de ses joues. Shinbe l'emmena sur la piste de danse, laissant Kyoko et Toya se tenir lÃ .

Kyoko savait que ses nerfs ne pouvaient pas en supporter davantage, elle se dirigea vers le bar en se disant qu'un verre la dÃ©tendrait un peu plus. Elle ne prit mÃªme pas la peine de voir si Toya la suivait. Il savait qu'il avait pour mission de la surveiller. Ce n'est pas comme si c'Ã©tait un rendez-vous amoureux. Elle se sentait presque dÃ©solÃ©e pour lui.

Elle tourna son attention vers l'individu tenant le bar et lui dit en haussant les Ã©paules :

- Votre boisson spÃ©ciale.

Elle sourit et il hocha la tÃªte. Elle posa un billet de vingt sur le bar. Elle ne savait pas quoi commander, Ã©tant donnÃ© que c'Ã©tait sa premiÃ¨re fois dans un bar. Elle faisait comme si elle l'avait dÃ©jÃ  fait une centaine de fois, c'Ã©tait le nombre de fois oÃ¹ elle l'avait vu dans des films et Ã  la tÃ©lÃ©vision... Elle espÃ©rait que personne ne remarquerait sa nervositÃ©.

Toya vint se tenir Ã  cÃ´tÃ© de Kyoko aprÃ¨s avoir remarquÃ© la maniÃ¨re dont le barman la fixait en prÃ©parant sa boisson. Il croisa son regard et grogna, l'avertissant de dÃ©gager. Toya pouvait sentir d'autres regards posÃ©s sur Kyoko, et il n'aimait pas cela.

Kyoko se retourna lorsque sa boisson arriva et essaya de sourire de nouveau au barman en le remerciant, mais il ne voulait pas la regarder dans les yeux. Eh bien, c'est bizarre, se dit-elle, mais en entendant quelqu'un l'appeler, elle jeta un coup dâÅil par-dessus son Ã©paule et vit Kamui arriver. Elle lui sourit, prit une gorgÃ©e de sa boisson et s'Ã©touffa presque Ã  cause de sa saveur brÃ»lante et prononcÃ©e.










Kamui la regarda reposer sa boisson sur le bar en la recrachant presque. Il sourit tandis qu'elle reprenait son souffle, haletant.

- Tu dois faire attention Kyoko, les boissons d'ici sont fortes.

Il fronÃ§a les sourcils d'un air dÃ©sapprobateur en regardant le barman, puis sourit lorsqu'il vit qu'elle pouvait de nouveau respirer.




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