Piege Mortel 
Blake Pierce


Les Enquêtes de Riley Page #3
Un chef-d’œuvre de suspens et de mystère ! L'auteur a fait un travail exceptionnel pour développer les personnages, avec un côté psychologique si bien utilisé que nous avons l'impression d'être dans leurs têtes, vivant leurs peurs et se réjouissant pour leurs succès. L'intrigue est menée avec intelligence et vous divertira jusqu'à la fin. Remplis de rebondissements, ce livre vous tiendra en haleine jusqu'à la dernière page. Critique littéraire et cinématographique, Roberto Mattos (à propos de Sans Laisser de Traces) . PIEGE MORTEL (Les Origines de Riley Paige -- Tome 3) est le livre N°3 de la nouvelle série de thrillers psychologiques de l'auteur à succès N°1 Blake Pierce, dont le best-seller gratuit Sans Laisser de Traces (Tome 1) a reçu plus de 1 000 critiques cinq étoiles. Alors qu’un tueur en série, soupçonné d'utiliser un camping-car, piège et tue des femmes à travers le pays, le FBI, embarrassé, doit enfreindre le protocole et se tourner vers sa brillante recrue de 22 ans, Riley Paige. Riley Paige est acceptée dans l'éreintante académie du FBI, et est déterminée à faire enfin profil bas et à travailler dur avec ses collègues. Mais il semble que le destin en ait décidé autrement, en effet, elle a été choisie pour aider ses mentors à traquer un tueur en série qui terrifie le pays. Riley se demande quel genre de tueur diabolique pourrait bien utiliser un camping-car pour attraper ses victimes ?Et quelle sera sa prochaine destination ?Riley n'a pas le droit à l’erreur dans ce jeu mortel du chat et de la souris, pas quand son propre avenir est en jeu, et lorsqu’elle est confrontée à un tueur qui pourrait bien être plus intelligent qu'elle. Un thriller rempli d'action avec un suspens palpitant, PIEGE MORTEL est le 3e Tome d'une nouvelle série captivante qui vous donnera envie de tourner les pages jusqu'au bout de la nuit. Il ramène les lecteurs 20 ans en arrière, au commencement de la carrière de Riley, et il vient compléter parfaitement la série SANS LAISSER DE TRACES (Une Enquête de Riley Paige), qui comprend 14 livres. Le Tome 4 de la série LES ORIGINES DE RILEY PAIGE sera bientôt disponible.







PIEGE MORTEL



(LES ORIGINES DE RILEY PAIGE — TOME 3)



Blake pierce


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend quinze volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant neuf volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant six volumes ; de la série mystère KERI LOCKE, comprenant cinq volumes ; de la série mystère MAKING OF RILEY PAIGE, comprenant trois volumes (pour l’instant) ; de la série mystère KATE WISE, comprenant quatre volumes (pour l’instant) ; de la série mystère suspense psychologique CHLOE FINE, comprenant trois volumes (pour l’instant) ; et de la série thriller suspense psychologique JESSE HUNT, comprenant trois volumes (pour l’instant).



Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2019 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la loi des États-Unis sur le droit d’auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base données ou système de récupération, sans l’autorisation préalable de l’auteur. Ce livre électronique est réservé sous licence à votre seule utilisation personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d’autres personnes. Si vous souhaitez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire pour chaque destinataire. Si vous lisez ce livre sans l’avoir acheté ou s’il n’a pas été acheté pour votre seule utilisation personnelle, vous êtes prié de le renvoyer et d’acheter votre propre exemplaire. Merci de respecter le dur travail de cet auteur. Il s’agit d’une œuvre de fiction. Les noms, personnages, entreprises, organisations, lieux, événements et péripéties sont le fruit de l’imagination de l’auteur, ou sont utilisés dans un but de fiction. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, n’est que pure coïncidence. Image de couverture : Copyright Artem Korionov, utilisée en vertu d’une licence accordée par Shutterstock.com


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT

LA FEMME PARFAITE (Volume 1)

LE QUARTIER PARFAIT (Volume 2)

LA MAISON PARFAITE (Volume 3)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE

LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1)

LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2)

VOIE SANS ISSUE (Volume 3)



SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE

SI ELLE SAVAIT (Volume 1)

SI ELLE VOYAIT (Volume 2)

SI ELLE COURAIT (Volume 3)

SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4)



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)

ATTENDRE (Tome 2)

PIEGE MORTEL (Tome 3)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)

PIÉGÉE (Tome 13)

LE RÉVEIL (Tome 14)

BANNI (Tome 15)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUETES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)

JEUX MACABRES (Tome 4)

LUEUR D’ESPOIR (Tome 5)


SOMMAIRE

PROLOGUE (#u92ce762d-99ed-5443-8610-7ddab97a2a86)

CHAPITRE UN (#u4a4c2cfe-471d-554b-a543-566b6e0697a5)

CHAPITRE DEUX (#uda3accb2-57e1-58a6-bfd3-620278052bf5)

CHAPITRE TROIS (#u8cc59c2c-e7a8-54c9-9244-4936b53f9e7c)

CHAPITRE QUATRE (#ub7ed5d04-af4b-50c6-b27b-d491f3ce7513)

CHAPITRE CINQ (#uc4c15c14-b863-59cc-925d-36c1656628d7)

CHAPITRE SIX (#u0a51aaa0-1ad4-5325-86b0-afb926cc6a5a)

CHAPITRE SEPT (#u3fe8a1bd-d522-5db2-9647-4b2102e7ab32)

CHAPITRE HUIT (#u67b9f7a8-5e24-5252-bd59-16900efbeef7)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)


PROLOGUE



Hope Nelson jeta un dernier coup d’œil dans la boutique alors qu’elle s’apprêtait à fermer pour la nuit. Elle était fatiguée, et avait passé une longue et interminable journée de travail. Il était minuit passé, et elle était là depuis très tôt ce matin.

Elle était seule maintenant, parce qu’elle avait renvoyé le dernier de ses employés grognons chez lui un peu plus tôt. Aucun d’eux n’aimait travailler tard le samedi soir. En semaine, le magasin fermait toujours à 17 h, ce qui ne semblait pas leur déplaire.

Non pas qu’elle ait eu beaucoup de sympathie pour le personnel.

Posséder cet endroit avec son mari, Mason, signifiait faire plus d’heures que n’importe qui d’autre ; arriver en premier et partir en dernier la plupart des jours. Ce n’était pas un secret pour Hope que les gens d’ici les détestaient, Mason et elle, pour être les gens les plus riches de la petite ville miteuse de Dighton.

Et elle les détestait en retour.

Sa devise personnelle était...

L’argent, c’est la responsabilité.

Elle prenait ses nombreuses fonctions au sérieux, tout comme Mason, qui avait officié en tant que maire de la ville. Ils n’étaient pas du genre à prendre des congés ou même un jour de repos occasionnel. Parfois, Hope avait l’impression que Mason et elle étaient les seules personnes dans les parages à se soucier de quoi que ce soit.

En regardant la marchandise bien rangée ; le matériel et l’équipement électrique, les aliments, les semences et les engrais ; elle pensa comme elle le faisait souvent...

Dighton ne tiendrait pas un jour sans nous.

En fait, elle se disait que ce serait vrai pour le comté tout entier.

Parfois, elle rêvait qu’ils partaient tous les deux, juste pour le prouver.

Ça leur apprendrait à tous.

Elle éteignit les lumières avec un soupir de consternation. Puis, alors qu’elle se dirigeait vers l’alarme pour l’activer avant de partir, elle vit une silhouette à travers la porte vitrée. C’était un homme debout sur le trottoir sous le réverbère, à moins de dix mètres de là.

Il donnait l’impression de l’observer.

Elle fut frappée de voir que son visage était gravement marqué et buriné, que ce soit de naissance ou à la suite d’un terrible accident, elle n’en avait aucune idée. Il portait un t-shirt, elle put ainsi voir que les terribles cicatrices n’avaient épargné ni ses bras, ni ses mains.

Ça doit être dur pour lui, de vivre avec ça, se dit-elle.

Mais qu’est-ce qu’il faisait là dehors si tard un samedi soir ? Était-il venu au magasin plus tôt ? Si oui, un de ses employés avait dû s’occuper de lui. Elle ne s’était certainement pas attendue à le voir lui ou qui que ce soit d’autre ici après la fermeture.

Mais il était là, à la fixer et à sourire.

Qu’est-ce qu’il voulait ?

Quoi que ce soit, cela signifiait que Hope allait devoir lui adresser la parole. Cela la dérangeait. Cela allait être dur de faire semblant de ne pas remarquer son visage.

Se sentant nettement mal à l’aise, Hope composa le code de l’alarme, sortit et verrouilla la porte d’entrée. L’air chaud de la nuit lui fit du bien après avoir été enfermée dans le magasin toute la journée avec des odeurs désagréables, notamment celle de l’engrais.

Alors qu’elle commençait à marcher vers l’homme, elle força un sourire et lui lança...

— Désolée, nous sommes fermés.

Il haussa les épaules tout en continuant à sourire et murmura quelque chose d’inaudible.

Hope étouffa un soupir. Elle voulait lui demander de parler plus fort. Mais elle se surprit à ne rien vouloir lui dire qui ressemblerait à un ordre ou même à une demande polie. Elle avait irrationnellement peur de blesser ses sentiments.

Son sourire s’élargit à mesure qu’elle s’approchait de lui. Encore une fois, il dit quelque chose qu’elle ne put entendre. Elle s’arrêta quelques mètres devant lui.

— Excusez-moi, mais nous sommes fermés pour la nuit, redit-elle.

Il marmonna à nouveau quelque chose d’inaudible. Elle secoua la tête pour indiquer qu’elle ne pouvait pas l’entendre.

Il parla juste un peu plus fort, et cette fois, elle comprit les mots...

— J’ai un petit problème avec quelque chose.

— Qu’est-ce que c’est ? lui demanda Hope.

Il murmura autre chose qui était inaudible.

Peut-être qu’il veut rapporter quelque chose qu’il a acheté aujourd’hui, pensa-t-elle.

La dernière chose qu’elle voulait maintenant, c’était devoir déverrouiller la porte et désactiver le système d’alarme juste pour qu’elle puisse reprendre la marchandise et lui rendre son argent.

— Si vous voulez rendre quoi que ce soit, vous devrez revenir demain, dit Hope.

L’homme défiguré marmonnait…

— Non, mais…

Puis il haussa les épaules en silence, toujours souriant. Hope avait du mal à maintenir son regard sur lui. Regarder directement son visage était difficile. Et d’une certaine façon, elle sentit qu’il le savait.

À en juger par son sourire, il appréciait peut-être même.

Elle réprima un frisson à la pensée qu’il pourrait prendre plaisir à l’inconfort qu’il provoquait chez les gens.

Puis il dit un peu plus fort et distinctement...

— Venez voir.

Il montra du doigt son vieux pick-up, qui était garé près de la bordure du trottoir, pas très loin de là. Puis il se retourna et commença à marcher vers le véhicule. Hope resta là un moment. Elle ne voulait pas le suivre, et elle ne savait pas pourquoi elle devait s’embêter...

Quoi que ce soit, ça peut sûrement attendre demain.

Mais elle ne pouvait pas se résoudre à faire demi-tour et partir.

Une fois de plus, elle avait peur de lui paraître grossière.

Elle le suivit jusqu’à l’arrière du camion. Il ouvrit le couvercle de la plate-forme du pick-up et elle vit une masse de barbelés, étalés en vrac et enchevêtrés partout sur la plate-forme de la camionnette.

Soudain, il la saisit par derrière et lui mit un chiffon humide sur la bouche et le nez.

Hope lui donna un coup de pied et essaya de se dégager, mais il était bien plus grand et plus fort qu’elle.

Elle n’arrivait même pas à se libérer du chiffon pour crier. Il était imbibé d’un liquide épais dont l’odeur et le goût étaient horriblement sucrés.

Puis une étrange sensation commença à l’envahir.

C’était un mélange de vertige et d’exaltation, comme si elle était sous l’emprise d’une sorte de drogue.

Pendant quelques secondes, cette euphorie empêcha Hope de comprendre qu’elle courait un grand danger. Puis elle essaya à nouveau de lutter, mais réalisa que ses membres étaient devenus trop faibles et semblaient presque caoutchouteux.

Quoi que l’homme essayât de lui faire, elle ne pouvait pas le combattre.

Se sentant désormais presque à l’extérieur de son corps, elle se rendit compte qu’il la ramassait et la jetait à l’arrière de son camion au milieu de l’enchevêtrement de barbelés. Pendant tout ce temps, il tenait le chiffon serré contre son visage, et elle n’avait d’autre choix que de respirer les vapeurs épaisses.

Hope Nelson ne prit que vaguement conscience des petites piqures lancinantes sur tout le corps alors qu’elle sombrait inexorablement et perdait lentement connaissance.


CHAPITRE UN



Alors qu’elle préparait deux steaks de faux-filet pour la grillade, Riley Sweeney se dit à nouveau...

Je veux que ce soir soit spécial.

Elle et son fiancé, Ryan Paige, étaient trop occupés pour profiter de quoi que ce soit dernièrement. L’emploi du temps éreintant de Riley dans le programme de stages du FBI et le nouveau travail de Ryan en tant qu’avocat débutant avaient absorbé tout leur temps et leur énergie. Ryan avait même dû travailler de longues heures aujourd’hui, un samedi.

Le 22e anniversaire de Riley était passé depuis presque deux semaines, et ils n’avaient pas eu d’occasion de le fêter. Ryan lui avait offert un joli collier, et c’était à peu près tout ce qu’il y avait eu ; pas de fête, pas de dîner, pas de gâteau. Elle espérait que le dîner spécial de ce soir l’aiderait à se rattraper.

D’ailleurs, c’était à peu près maintenant ou jamais pour ce dîner tous les deux. Pas plus tard que la veille, Riley avait terminé son stage avec succès et demain, elle partirait pour l’Académie du FBI à Quantico, en Virginie. Ryan resterait ici à Washington D.C. Bien que la distance qui les séparerait ne représentait qu’environ une heure en voiture ou en train, ils allaient tous les deux travailler très dur. Elle n’était pas sûre de savoir quand Ryan et elle passeraient à nouveau du temps ensemble.

Suivant une recette détaillée, Riley finit d’assaisonner les steaks avec du sel, du poivre, de l’oignon en poudre, de la moutarde moulue, de l’origan séché et du thym. Puis elle contempla le résultat de son labeur en cuisine. Elle avait préparé une belle salade, elle avait émincé des champignons prêts à griller avec le steak, et deux pommes de terre étaient déjà en train de cuire dans le four. Dans le réfrigérateur, cheesecake qu’elle avait acheté était prêt pour le dessert.

La petite table de la cuisine était joliment dressée, avec un vase rempli de fleurs qu’elle avait trouvées en faisant les courses. Une bouteille de vin rouge bon marché mais très agréable y attendait d’être ouverte.

Riley regarda sa montre. Ryan avait dit qu’il serait à la maison maintenant, et elle espérait qu’il ne tarderait pas. Elle ne voulait pas faire griller les steaks avant son arrivée.

En attendant, elle ne voyait rien d’autre à faire pour l’instant. Elle avait passé toute la journée à laver le linge, à nettoyer leur petit appartement, à faire les courses et à se charger des tâches ménagères pour lesquelles elle avait rarement eu le temps depuis que Ryan et elle s’étaient installés ensemble au début de l’été. Elle avait trouvé que c’était un bon changement par rapport à ses études.

Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher de se demander...

C’est à ça que va ressembler notre vie conjugale ?

Si elle atteignait son objectif de devenir un agent du FBI, est-ce qu’elle passerait vraiment de longues journées à tout rendre parfait pour le moment où Ryan rentrerait du travail ? Cela ne semblait que peu probable.

Mais pour l’instant, Riley avait du mal à imaginer cet avenir ; ou un avenir en particulier.

Elle se laissa tomber dans le canapé.

Elle ferma les yeux et réalisa instantanément qu’elle était épuisée.

Ce dont nous avons tous les deux besoin, c’est de vacances, pensa-t-elle.

Mais les vacances n’étaient pas au programme avant longtemps.

Elle se sentit un peu somnolente et s’était presque assoupie lorsqu’un souvenir lui vint à l’esprit....



Elle était ligotée par un fou portant un costume de clown et dont le visage était grimé.

Il lui tenait un miroir devant le visage et lui disait...

— C’est fini maintenant. Jette un coup d’œil !

Elle vit qu’il avait maquillé son visage pour qu’elle aussi ait l’air d’un clown.

Puis il exhiba une seringue devant elle. Elle savait que s’il lui injectait son contenu létal, elle mourrait de terreur...



Les yeux de Riley se rouvrirent et un frisson parcourut son corps.

Cela ne faisait que quelques mois qu’elle avait échappé de justesse à la mort des mains du fameux « Tueur de Clown ». Elle avait encore des flashbacks douloureux de son épreuve.

Alors qu’elle tentait de se débarrasser de ce souvenir, elle entendit quelqu’un descendre les marches de l’immeuble jusqu’au couloir du sous-sol.

Ryan ! Il est rentré !

Elle sauta hors du canapé et vérifia le four pour s’assurer qu’il était à sa température la plus élevée. Puis elle éteignit les lumières de l’appartement et alluma les bougies qu’elle avait disposées sur la table. Finalement, elle se précipita vers la porte et trouva Ryan juste au moment où il entrait.

Elle le prit dans ses bras et l’embrassa. Mais il ne lui rendit pas son baiser, et elle sentit son corps s’affaisser de fatigue. Il regarda l’appartement éclairé à la lueur des bougies et souffla...

— Riley, qu’est-ce qui se passe ?

Le cœur de Riley sembla sombrer.

— Je prépare quelque chose de bon pour le dîner, dit-elle.

Ryan entra, déposa sa serviette et s’effondra sur le canapé.

— Tu n’aurais pas dû t’embêter, dit-il. Ça a été une sacrée journée. Et je n’ai pas très faim.

Riley s’assit à côté de lui et lui frotta les épaules.

— Mais tout est pratiquement prêt, répondit-elle. Tu n’as pas assez faim pour des faux-filets grillés ?

— Des faux-filets ? dit Ryan avec surprise. On peut se le permettre ?

Luttant contre une vague d’irritation, Riley ne répondit pas. Elle s’occupait des finances du ménage, et elle avait l’impression de très bien savoir ce qu’ils pouvaient se permettre ou non.

Sentant apparemment le désarroi de Riley, Ryan dit...

— Je suis partant pour des faux-filets. Donne-moi juste un instant pour me laver.

Ryan se leva et disparut dans la salle de bain. Riley se précipita dans la cuisine, sortit les pommes de terre du four et se saisit des steaks pour les griller à point.

Ryan était déjà installé au moment où elle amena leurs repas sur la table. Il leur avait versé un verre de vin à chacun.

— Merci, dit Ryan en souriant faiblement. C’est sympa.

Lorsqu’il coupa sa viande, il ajouta...

— J’ai peur d’avoir ramené du travail à la maison. Je m’en occuperai après le repas.

Riley étouffa un soupir de profonde déception. Elle espérait que leur dîner se terminerait de façon plus romantique.

Elle et Ryan mangèrent en silence pendant quelques instants. Puis Ryan commença à se plaindre de sa journée...

— Ce travail de novice, c’est pratiquement de l’esclavage. Nous devons faire le plus gros pour les associés ; la recherche, la rédaction de mémoires, nous assurer que tout est prêt pour la salle d’audience. Et nous faisons de loin plus d’heures que les associés. C’est comme une sorte de bizutage de fraternité, sauf que ça ne s’arrête jamais.

— Ça va s’arranger, dit Riley.

Puis elle força un rire et ajouta...

— Un jour, tu seras toi aussi associé. Et tu auras une équipe de novices qui rentreront chez eux pour se plaindre de toi.

Ryan ne rit pas, et Riley ne pouvait pas lui en vouloir. Cela avait l’air d’une mauvaise blague maintenant qu’elle l’avait dit.

Ryan n’arrêta pas de grommeler pendant le dîner, et Riley ne savait pas si elle se sentait plus blessée ou en colère. N’a-t-il pas apprécié l’effort qu’elle avait fait pour que tout soit aussi parfait qu’elle le pouvait ce soir ?

Et n’a-t-il pas compris à quel point leur vie était sur le point de changer ?

Quand Ryan se calma quelques instants, Riley dit...

— Tu te rappelles, on se retrouve demain au FBI pour fêter la fin du stage. Tu pourras venir, n’est-ce pas ?

— J’ai bien peur que non, Riley. Ça va encore être une semaine de sept jours.

Riley faillit suffoquer.

— Mais demain, c’est dimanche, dit-elle.

Ryan haussa les épaules.

— Ouais, c’est bien ce que je disais : « travail d’esclave ».

— Écoute, ça ne va pas prendre toute la journée, ajouta Riley. Il y aura quelques discours ; le directeur adjoint et notre directeur de la formation voudront dire quelques mots. Et puis il y aura un buffet et...

Ryan l’interrompit.

— Riley, je suis désolé.

— Mais je pars pour Quantico demain, juste après. Je prends ma valise avec moi. Je pensais que tu me conduirais à la gare routière.

— Je ne peux pas, dit Ryan en haussant la voix. Tu devras te débrouiller autrement.

Ils mangèrent en silence pendant quelques instants.

Riley avait du mal à comprendre ce qui se passait. Pourquoi Ryan ne pouvait-il pas venir avec elle demain ? Cela ne lui prendrait que quelques heures de sa journée. Puis quelque chose commença à émerger en elle.

— Tu ne veux toujours pas que j’aille à Quantico, lui dit-elle.

Ryan poussa un gémissement d’ennui.

— Riley, ne recommençons pas, dit-il.

Riley sentit son visage rougir de colère.

— C’est maintenant ou jamais, n’est-ce pas ? dit-elle.

— Tu as pris ta décision, répondit-Ryan. Je l’ai pris pour définitive.

Les yeux de Riley s’écarquillèrent.

— Ma décision ? dit-elle. Je croyais que c’était notre décision.

Ryan soupira.

— Nous n’allons pas avoir cette conversation, dit-il. Finissons de manger, d’accord ?

Riley était assise là, à le regarder fixement pendant qu’il continuait à manger son repas.

Elle se surprit à se demander...

Et s’il avait raison ?

Est-ce que je viens de nous entraîner là-dedans ?

Elle repensa à leurs conversations, essayant de se souvenir, essayant d’arranger les choses. Elle se souvenait à quel point Ryan avait été fier d’elle quand elle avait arrêté le Tueur de Clown...

« Tu as sauvé la vie d’au moins une femme. En résolvant l’affaire, tu as peut-être sauvé d’autres vies. C’est de la folie. Je pense que tu es peut-être folle. Mais tu es aussi un héros. »

À l’époque, elle pensait que c’était ce qu’il voulait ; qu’elle poursuive une carrière au FBI, pour continuer à être un héros.

Mais maintenant qu’elle y repensait, Riley ne se souvenait pas de lui prononçant ces mots précis. Ryan ne lui avait jamais dit...

« Je veux que tu ailles à l’académie. Je veux que tu poursuives ton rêve. »

Riley prit de longues et lentes respirations.

Nous devons en discuter calmement, pensa-t-elle.

Finalement, elle dit ...

— Ryan, qu’est-ce que tu veux ? Pour nous, je veux dire ?

Ryan inclina la tête en la regardant.

—Tu veux vraiment le savoir ? demanda-t-il.

La gorge de Riley se serra brusquement.

— Je veux le savoir, dit-elle. Dis-moi ce que tu veux.

Un regard peiné traversa le visage de Ryan. Riley craignait ce qu’il allait dire ensuite.

Finalement, il lui dit…

— Je veux juste une famille.

Puis il haussa les épaules et mangea une autre bouchée de steak.

— C’est ce que je veux aussi, répondit Riley en sentant une lueur de soulagement.

— Vraiment ? demanda Ryan.

— Bien sûr que oui. Tu le sais bien.

Ryan secoua la tête.

— Je ne suis pas sûr que tu saches ce que tu veux vraiment.

Riley eut l’impression d’avoir reçu un coup de poing dans l’estomac. Pendant un moment, elle ne sut tout simplement pas quoi dire.

— Tu ne crois pas que je peux avoir une carrière et une famille ? finit-elle par dire.

— Bien sûr que si, dit Ryan. Les femmes le font tout le temps de nos jours. Ça s’appelle « tout avoir », parait-il. C’est difficile et cela demande de la planification et des sacrifices, mais c’est faisable. Et j’adorerais t’aider à faire tout ça. Mais...

Sa voix s’estompa.

— Mais quoi ? demanda Riley.

Il inspira profondément.

— Peut-être que ce serait différent si tu voulais devenir avocat, comme moi. Ou médecin ou psy. Ou bosser dans l’immobilier. Ou créez ta propre entreprise. Ou devenir professeur d’université. Je pourrais me projeter dans n’importe lequel de ces choix. Je pourrais m’y faire. Mais toute cette histoire à propos de l’Académie, tu vas être à Quantico pendant 18 semaines ! Combien de fois allons-nous nous voir pendant tout ce temps ? Tu penses qu’une relation peut survivre si longtemps sans être ensemble ? Et en plus...

Il soutint le regard de Riley pendant un moment.

— Riley, ajouta Ryan, tu as failli être tuée deux fois depuis que je te connais.

Riley eut la gorge serrée.

Il avait raison, bien sûr. Son dernier contact avec la mort avait été entre les mains du Tueur de Clown. Avant cela, au cours de leur dernier semestre à l’université, elle avait failli être tuée par un professeur de psychologie sociopathe qui attendait encore aujourd’hui son procès pour le meurtre de deux étudiantes. Riley connaissait ces deux filles. L’une d’elles avait été sa meilleure amie et sa colocataire.

L’aide de Riley dans la résolution de cette horrible affaire de meurtre était ce qui lui avait permis d’intégrer le programme de stages d’été, et c’était l’une des principales raisons pour lesquelles elle pensait devenir un agent du FBI.

D’une voix étouffée, Riley dit…

— Tu veux que j’arrête ? Tu ne veux pas que je n’aille à Quantico demain ?

— Peu importe ce que je veux, lui répondit Ryan.

Riley avait du mal à contenir ses larmes à présent.

— Si ça importe, Ryan, dit-elle. C’est très important.

Ryan fixa son regard sur elle pendant ce qui sembla être une éternité.

— Je crois que oui. Je veux que tu arrêtes, je veux dire. Je sais que tu as trouvé ça excitant. Ça a été une grande aventure pour toi. Mais il est temps pour nous deux de nous poser. Il est temps pour nous de continuer nos vraies vies.

Riley eut soudain l’impression de vivre un cauchemar, mais elle ne pouvait pas se réveiller.

Nos vraies vies ! pensa-t-elle.

Qu’est-ce que ça voulait dire ?

Et qu’est-ce que cela disait d’elle, qu’elle ne sache pas ce que cela voulait dire ?

Elle ne savait qu’une seule chose avec certitude...

Il ne veut pas que j’aille à Quantico.

— Écoute, dit Ryan, tu peux occuper toutes sortes d’emplois ici à Washington. Et tu as beaucoup de temps pour réfléchir à ce que tu veux faire à long terme. En attendant, ça n’a pas d’importance si tu gagnes beaucoup d’argent. On n’est pas riches avec ce que je gagne au cabinet, mais on s’en sort, et je finirai par bien m’en sortir, vraiment bien.

Ryan recommença à manger, l’air étrangement soulagé, comme s’ils avaient tout réglé.

Mais avaient-ils réglé quoi que ce soit ? Riley avait passé tout l’été à rêver de l’Académie du FBI. Elle ne pouvait pas s’imaginer abandonner ici et maintenant.

Non, pensait-elle. Je ne peux pas faire ça.

Elle sentait maintenant la colère monter en elle.

— Je suis désolée que tu le prennes comme ça, dit-elle d’une voix tendue. Je ne changerai pas d’avis. Je vais à Quantico demain.

Ryan la regardait comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.

Riley se leva de table.

— Profite du reste de ton repas. Il y a du cheesecake dans le réfrigérateur. Je suis fatiguée. Je vais prendre une douche et aller me coucher.

Avant que Ryan ne puisse répondre, Riley se précipita dans la salle de bains. Elle pleura quelques minutes, puis prit une longue douche chaude. Quand elle enfila ses pantoufles et son peignoir et qu’elle revint de la salle de bains, elle trouva Ryan assis dans la cuisine. Il avait débarrassé la table et travaillait sur son ordinateur. Il ne leva pas les yeux.

Riley alla dans la chambre à coucher, se mit au lit et se remit à pleurer.

Alors qu’elle s’essuyait les yeux et se mouchait, elle se demanda...

Pourquoi suis-je si en colère ?

Est-ce que Ryan a tort ?

Est-ce que c’est de sa faute ?

Ses pensées étaient si confuses qu’elle n’arrivait pas à réfléchir. Et un terrible souvenir commença à émerger en elle ; se réveiller dans ce lit avec une douleur aiguë, puis voir qu’elle était trempée de sang...

Ma fausse couche.

Elle se retrouva à se questionner ; était-ce l’une des raisons pour lesquelles Ryan ne voulait pas qu’elle entre au FBI ? Elle avait été très stressée par l’affaire du Tueur de Clown quand c’était arrivé. Mais le médecin de l’hôpital lui avait assuré que le stress n’avait rien à voir avec sa fausse couche.

Au lieu de cela, elle avait dit que c’était dû à des « anomalies chromosomiques ».

Maintenant que Riley y repensait, ce terme la dérangeait...

Anomalies.

Elle se demanda si elle était anormale, au plus profond d’elle-même, là où cela comptait réellement ?

Était-elle incapable d’avoir une relation durable, et encore moins une famille ?

Alors qu’elle s’endormait, elle avait l’impression de ne savoir qu’une seule chose...

Je vais à Quantico demain.

Elle s’endormit avant de pouvoir penser à ce qui pourrait arriver après cela.


CHAPITRE DEUX



L’homme était ravi d’entendre le doux gémissement de la femme. Il savait qu’elle devait reprendre conscience. Oui, il pouvait voir que ses yeux s’étaient un peu ouverts.

Elle était allongée sur le côté sur une table en bois brut dans la petite pièce qui avait un sol en terre battue, des murs en parpaings et un plafond bas en bois. Elle était maintenue fermement en position fœtale, attachée avec du ruban adhésif. Ses jambes étaient fortement pliées et étroitement liées à sa poitrine, et ses mains étaient enroulées autour de ses tibias. Sa tête reposait sur ses genoux.

Elle lui rappelait des photos qu’il avait vues de fœtus humains mais également les embryons qu’il trouvait parfois lorsqu’il cassait un œuf frais d’une des poules qu’il gardait. Elle avait l’air si douce et innocente, c’était plutôt touchant à voir.

La plupart du temps, bien sûr, elle lui rappelait l’autre femme ; Alice avait été son nom, croyait-il. Il avait autrefois pensé qu’Alice serait la seule qu’il traiterait de cette façon, mais ensuite il avait apprécié... et il y avait si peu de plaisirs dans sa vie... comment pouvait-il s’arrêter ?

— Ça fait mal, murmura la femme, comme dans un rêve. Pourquoi c’est si douloureux ?

Il savait que c’était parce qu’elle était couchée dans un épais lit de barbelés enchevêtrés. Le sang coulait déjà sur le dessus de la table, et il allait s’ajouter aux taches dans le bois brut. Non pas que cela ait de l’importance. La table était plus vieille que lui, et il était le seul à l’avoir vue de toute façon.

Il avait mal et saignait aussi. Il s’est coupé en la faisant monter dans le camion avec les barbelés. Cela s’était révélé plus difficile à faire que ce à quoi il s’attendait parce qu’elle s’était défendue avec plus de force que l’autre.

Elle s’était débattue pendant que le chloroforme maison commençait à faire effet. Mais sa lutte s’était affaiblie et il avait fini par la maitriser complètement.

Malgré tout, il n’était pas très gêné d’être blessé par les barbelés. Il savait par expérience que de telles coupures guérissaient assez rapidement, même si elles laissaient des cicatrices affreuses.

Il se baissa et regarda de près son visage.

Ses yeux étaient ouverts presque au-delà de l’humainement concevable. Son iris trembla quand elle le regarda à nouveau.

Elle essaye encore d’éviter de me regarder, se rendit-il compte.

Tout le monde agissait ainsi envers lui, où qu’il aille. Il ne blâmait pas les gens d’essayer de prétendre qu’il était invisible, ou qu’il n’existait pas du tout. Parfois, il se regardait dans le miroir et prétendait qu’il pouvait se faire disparaître.

Puis la femme murmura à nouveau...

— Ça fait mal.

En plus des coupures, il était sûr que la forte dose de chloroforme maison lui faisait mal à la tête. Quand il avait préparé sa mixture pour la première fois ici, il s’était presque évanoui, et il avait souffert d’un mal de tête atroce des jours durant. Mais la préparation s’était révélée efficace, alors il avait continué à l’utiliser.

Désormais, il était bien préparé pour ce qu’il allait faire ensuite. Il portait maintenant des gants de travail épais et une veste rembourrée. Il n’allait plus se blesser pendant qu’il accomplirait son devoir.

Il alla s’occuper de la masse de fil barbelé avec une pince coupante. Puis il tira une longueur serrée autour du corps de la femme et en tordit les extrémités en nœuds de fortune pour maintenir le fil en place.

La femme poussa un gémissement strident et essaya de se libérer du ruban adhésif pendant que les barbelés lui déchiraient la peau et les vêtements.

Alors qu’il continuait à travailler, il dit...

— Tu n’as pas besoin de rester silencieuse. Tu peux crier si tu veux, si ça peut aider.

Il n’était apparemment pas inquiet que quelqu’un l’entende.

Elle gémit plus fort, et elle semblait essayer de crier, mais sa voix était faible.

Il gloussa doucement. Il savait qu’elle n’avait pas assez d’air dans ses poumons pour crier correctement ; pas avec ses jambes ligotées ainsi contre sa poitrine.

Il tira une autre longueur de fil barbelé autour d’elle et la tendit fermement, regardant le sang couler de l’endroit d’où chaque pointe déchirait sa chair sous ses vêtements, ruisselant à travers le tissu, s’étendant et faisant des taches beaucoup plus larges que la blessure elle-même.

Il continua à tirer les fils les uns après les autres autour d’elle jusqu’à ce qu’elle soit ficelée comme une espèce d’énorme cocon de fil de fer, ne ressemblant plus du tout à un être humain. Le baluchon métallique faisait toutes sortes de bruits étranges ; des soupirs, des halètements, des sanglots, des lamentations et des gémissements. Le sang coulait par-ci et giclait un peu par-là, jusqu’à ce que le dessus de la table soit entièrement baigné de rouge.

Puis il prit du recul et admira son œuvre.

Il éteignit le plafonnier et sortit dans la nuit, fermant la lourde porte en bois derrière lui.

Le ciel était clair et étoilé, et il n’entendait plus que le bourdonnement dense des grillons.

Il prit une longue et lente bouffée d’air pur et frais.

La nuit semblait particulièrement douce à présent.


CHAPITRE TROIS



Alors que Riley s’alignait avec les autres stagiaires pour leur dernière photo officielle, elle entendit la porte de la salle de réception s’ouvrir.

Son cœur fit un bond, et elle se retourna dans l’expectative de voir qui arrivait.

Mais ce n’était que Hoke Gilmer, le superviseur de formation du programme, qui revenait après quelques minutes d’absence.

Riley réprima un soupir. Elle savait déjà que l’agent Crivaro ne serait pas là aujourd’hui. La veille, il l’avait félicitée d’avoir terminé le programme et avait dit qu’il voulait retourner à Quantico. Il était évident qu’il n’avait tout simplement aucun goût pour les cérémonies officielles ou les réceptions.

Elle espérait secrètement que Ryan viendrait à l’improviste pour l’aider à célébrer l’achèvement du programme d’été.

Bien sûr, elle n’imaginait pas sérieusement que cela puisse arriver.

Malgré tout, elle ne pouvait s’empêcher d’espérer qu’il changerait d’avis et qu’il arriverait à la dernière minute pour s’excuser de son comportement froid de la veille et finalement prononcer les mots qu’elle désirait l’entendre dire...

— Je veux que tu ailles à l’académie. Je veux que tu poursuives ton rêve.

Mais bien sûr, cela n’allait pas arriver...

Et plus vite je me ferai à cette idée, mieux ce sera.

Les 20 stagiaires formèrent trois rangées pour la photo ; une rangée était assise à une longue table, avec deux rangées derrière elle. Comme les stagiaires étaient classés par ordre alphabétique, Riley se retrouva dans la dernière rangée entre deux autres élèves dont les noms de famille commençaient par S : Naomi Strong et Rhys Seely.

Elle ne connaissait pas très bien Naomi ou Rhys.

Mais c’était vrai pour presque tous les autres stagiaires. Elle ne se sentait pas à sa place parmi eux depuis le premier jour du programme, 10 semaines auparavant. Le seul élève dont elle s’était rapprochée pendant tout ce temps était John Welch, qui se tenait quelques places à sa gauche.

Dès le premier jour, John avait expliqué à Riley pourquoi les autres lui lançaient des regards étranges et chuchotaient à son sujet...

« Presque tout le monde ici sait qui tu es. Je suppose qu’on peut dire que ta réputation t’a précédée. »

Après tout, elle était la seule stagiaire qui avait déjà réellement vécu ce que tout le monde appelait « l’expérience de terrain ».

Riley poussa un autre soupir à la pensée de cette expression...

« Expérience de terrain. »

Cela lui paraissait saugrenu de penser à ce qui s’était passé à l’Université de Lanton comme une « expérience de terrain ». Un cauchemar serait une meilleure définition. Elle ne serait jamais capable de se débarrasser du souvenir de ses deux amies proches, toutes les deux la gorge tranchée dans leurs dortoirs maculés de sang.

À l’époque, la dernière chose qu’elle avait en tête était de se former avec le FBI. Elle s’était retrouvée prise dans cette affaire parce qu’elle n’avait pas le choix ; et elle avait aidé à la résoudre, c’est pourquoi presque tout le monde ici savait qui elle était depuis le tout premier jour.

Et lorsque le programme démarra, et que tous les autres élèves commencèrent à s’initier à l’informatique, à la criminalistique et à d’autres sujets moins passionnants, Riley avait traqué le meurtrier « Tueur de Clown ». Ces deux affaires avaient été traumatisantes et avaient mis sa vie en danger.

Le fait d’avoir une « longueur d’avance » sur « l’expérience de terrain » ne l’avait guère rendue populaire auprès des autres stagiaires. En fait, leur ressentiment tacite était palpable depuis le début.

Et maintenant au moins certains d’entre eux l’enviaient d’avoir été admise à l’Académie.

Si seulement ils savaient ce que j’ai traversé, pensa-t-elle.

Elle doutait qu’ils l’envieraient encore.

Elle ressentait de l’horreur et de la culpabilité en pensant à ses deux amies assassinées à Lanton, et elle souhaitait pouvoir remonter le temps et empêcher que cela n’arrive. Non seulement ses amies seraient encore en vie, mais sa propre vie serait complètement différente en ce moment. Elle aurait un diplôme en psychologie, un emploi banal et beaucoup d’incertitude sur ce qu’elle allait faire du reste de sa vie....

Et Ryan serait parfaitement heureux avec moi.

Mais elle doutait que cela aurait pu la rendre heureuse. Elle ne s’était jamais sentie passionnée par une carrière jusqu’à ce que la possibilité d’être agent du FBI ne se présente, même si elle avait le sentiment que cette carrière l’avait choisie, et non l’inverse.

Lorsque les trois rangées de stagiaires furent correctement positionnées, Hoke Gilmer raconta une blague pour faire rire tout le monde pendant que le photographe prenait leur photo. Riley ne se sentait pas d’humeur joviale, alors la blague ne lui fit pas d’effet. Elle était sûre que son sourire aurait l’air forcé et peu sincère.

Elle ne se sentait pas non plus à l’aise avec son pantalon, qu’elle avait acheté il y a des mois dans un magasin d’occasion. La plupart des autres stagiaires étaient mieux lotis financièrement qu’elle et nettement mieux habillés. Elle n’avait aucune hâte de voir la photo qui avait été prise.

Puis le groupe se dispersa pour savourer les collations et les rafraîchissements disposés sur une autre table au milieu de la salle. Tout le monde se rassembla en groupes d’amis, et comme d’habitude, Riley se sentit isolée.

Elle remarqua que Natalie Embry s’accrochait à Rollin Sloan, un stagiaire qui se dirigeait directement vers un emploi très rémunérateur comme analyste de données dans un grand bureau régional du Midwest.

Riley entendit une voix à ses côtés...

— Eh bien, Natalie a vraiment eu ce qu’elle voulait, n’est-ce pas ?

Riley se retourna et vit John Welch se tenant à côté d’elle.

Elle sourit.

— Allons, John. Tu n’es pas un peu cynique ?

John haussa les épaules.

— Tu penses que j’ai tort ?

Riley regarda à nouveau Natalie, qui montrait sa nouvelle bague de fiançailles à quelqu’un.

— Non, je suppose que non, répondit Riley.

Natalie montrait cette bague à tout le monde depuis que Rollin l’avait passée à son doigt quelques jours plus tôt. Cela avait été un véritable tourbillon d’amour ; Rollin et elle ne se connaissaient même pas avant de s’inscrire au programme d’été.

John poussa un faux soupir de compassion.

— Pauvre Rollin, dit-il. Là-bas, pour la grâce de Dieu, je m’en vais.

Riley rit à haute voix. Elle savait exactement ce que John voulait dire. Dès le premier jour du programme, Natalie avait été à la recherche d’un fiancé. Elle avait même ciblé John jusqu’à ce qu’il dise clairement qu’il ne l’appréciait pas vraiment.

Natalie s’était-elle un jour intéressée au programme ? Riley se le demanda. Après tout, elle avait été assez intelligente et assez dégourdie pour être acceptée dans le stage.

Probablement pas, conclut-elle.

Natalie semblait s’être inscrite au programme pour la même raison que certaines amies de Riley étaient allées à l’université : pour se trouver un bon parti.

Riley essaya d’imaginer une vie commandée par les priorités de Natalie. Les choses seraient certainement plus simples, du moins, les décisions seraient plus claires....

Trouver un homme, emménager dans une belle maison, avoir quelques bébés...

Riley ne put s’empêcher d’au moins envier la sécurité de Natalie.

Malgré tout, Riley était certaine qu’elle s’ennuierait à mourir en menant une vie telle que celle-ci, et c’était exactement pourquoi les choses allaient mal entre Ryan et elle en ce moment.

— Je suppose que tu iras directement à Quantico quand ce sera fini, dit John.

— Oui, répondit Riley. Je suppose que toi aussi, n’est-ce pas ?

John hocha la tête. Riley trouva excitant de penser que John et elle faisaient partie de la petite poignée de stagiaires qui poursuivaient leurs études à l’Académie du FBI.

La plupart des autres attendaient avec impatience d’autres possibilités. Certains allaient faire des études supérieures dans des domaines qui avaient suscité leur intérêt cet été. D’autres commenceraient leurs nouvelles fonctions dans des laboratoires ou des bureaux ici même, dans l’immeuble Hoover, ou au siège social de l’Agence dans d’autres villes. Ils pouvaient commencer une carrière au FBI comme informaticiens, analystes de données, techniciens ; des postes qui offraient des heures régulières et ne menaient pas à des situations mettant leur vie en péril.

Des emplois que Ryan approuverait, pensa Riley avec amertume.

Riley faillit demander à John comment il allait se rendre à Quantico aujourd’hui. Mais bien entendu, elle savait qu’il allait s’y rendre dans sa luxueuse voiture. Riley envisagea brièvement de lui demander de l’emmener. Après tout, cela lui permettrait d’économiser l’argent du taxi et du billet de train.

Mais elle ne pouvait pas se résoudre à faire cela. Elle ne voulait pas lui avouer que Ryan n’allait même pas la conduire à la gare. John était un type intelligent, et il sentait sûrement que les choses n’allaient pas bien entre Ryan et elle. Elle préférerait qu’il ne le sache pas, du moins pas pour l’instant.

Tandis que John et elle continuaient à bavarder, Riley ne put s’empêcher de remarquer une fois de plus à quel point il était séduisant, robuste et athlétique, aux cheveux courts et bouclés et au sourire agréable.

Il était aisé et portait un costume haut de gamme, mais Riley ne lui en voulait pas pour sa richesse et ses privilèges. Ses parents étaient tous les deux d’éminents avocats de DC qui étaient fortement impliqués dans la politique, et Riley admirait le choix de John d’une vie plus humble de dévouement à l’application de la loi.

C’était un type bien, un vrai idéaliste, et elle l’aimait beaucoup. Ils avaient en fait travaillé ensemble pour résoudre l’affaire du « Tueur de Clown », communiquant secrètement avec ce tueur friand d’énigmes pour le faire sortir de sa cachette.

Se tenant près de lui et appréciant son sourire et leur conversation, Riley se demanda comment leur amitié pourrait évoluer à l’Académie.

Ils allaient certainement passer beaucoup de temps ensemble...

Et je vais être loin de Ryan...

Elle se garda de laisser son imagination s’emballer. En effet, les problèmes qu’elle avait avec Ryan n’étaient probablement que temporaires. Peut-être qu’ils n’avaient besoin que d’un peu de temps loin l’un de l’autre pour se rappeler pourquoi ils étaient tombés amoureux en premier lieu.

Finalement, les stagiaires finirent de manger et commencèrent à partir. John fit signe à Riley en sortant, elle sourit et lui fit signe en retour. Toujours accrochée à Rollin, Natalie n’arrêtait pas de faire tourner sa bague jusqu’à avoir atteint la porte.

Riley dit au revoir à Hoke Gilmer, le superviseur de formation, et à Marion Connor, directrice adjointe, qui avaient tous deux prononcé de brefs discours de félicitations à tout le groupe un peu plus tôt. Puis elle quitta la salle de réception et se rendit au vestiaire pour prendre sa valise.

Elle se retrouva seule dans le grand vestiaire vide. Elle regarda autour d’elle avec nostalgie. Cette pièce était l’endroit où tous les stagiaires s’étaient réunis pour des réunions durant l’été. Elle doutait de ne jamais revenir ici.

Le programme lui manquerait-il ? Elle n’était pas sûre. Elle avait beaucoup appris ici, et elle avait beaucoup apprécié son expérience de stagiaire. Mais elle savait qu’il était temps pour elle de passer à autre chose.

Alors pourquoi je me sens triste ? se demanda-t-elle.

Elle se rendit vite compte que c’était à cause de la façon dont elle avait laissé les choses avec Ryan. Elle se souvint de ses propre mots, durs, à son égard la veille au soir avant de se coucher...

« Profite du reste de ton repas. Il y a du gâteau au fromage dans le réfrigérateur. Je suis fatiguée. Je vais prendre une douche et aller me coucher. »

Ils ne s’étaient plus adressé la parole depuis ce moment. Ryan s’était levé et était parti travailler avant même que Riley ne se réveille ce matin.

Elle aurait préféré ne pas lui avoir parlé comme ça. Mais quel autre choix lui avait-il donné ? Il n’avait pas montré beaucoup de sensibilité envers ses sentiments, ses espoirs et ses rêves.

Le poids de sa bague de fiançailles lui semblait étrange au doigt. Elle tint sa main devant son visage et l’observa. Alors que la modeste mais belle pierre précieuse brillait sous le plafonnier fluorescent, elle se souvint du doux moment où Ryan s’était agenouillé timidement pour lui demander sa main.

Cela semblait être il y a une éternité.

Et après cette horrible séparation, Riley se demandait : étaient-ils toujours vraiment fiancés ? Leur relation était-elle terminée ? Avaient-ils rompu sans le dire ? Était-il temps pour elle d’oublier Ryan, en même temps qu’elle s’apprêtait à changer de vie ? Et Ryan était-il prêt à passer à autre chose ?

Pendant un moment, elle se tenta avec l’idée de ne pas prendre ce taxi et ce train pour Quantico, du moins pas pour l’instant. Peut-être que ça ne lui ferait pas de mal d’avoir un jour de retard pour les cours. Peut-être qu’elle pourrait reparler à Ryan quand il rentrera du travail. Peut-être qu’ils pourraient arranger les choses.

Mais elle se rendit vite compte...

Si je retourne à l’appartement maintenant, je n’irai peut-être jamais à Quantico.

Elle frémit à cette idée.

D’une certaine façon, elle savait que son destin l’attendait à Quantico, et elle n’osait pas le manquer.

C’est maintenant ou jamais, pensa-t-elle.

Elle prit sa valise et sortit de l’immeuble, puis monta dans un taxi en direction de la gare.


CHAPITRE QUATRE



Guy Dafoe n’aimait pas particulièrement se lever si tôt le matin. Mais au moins ces jours-ci, il travaillait dur pour s’occuper de son propre bétail plutôt que des troupeaux qu’il gérait auparavant pour d’autres propriétaires. Les tâches matinales semblaient désormais en valoir la peine.

Le soleil se levait, et il savait que ce serait une belle journée. Il aimait l’odeur des champs et les sons du bétail.

Il avait passé des années à travailler dans de plus grands ranchs avec de plus grands troupeaux. Mais c’était sa propre terre, ses propres animaux. Et il nourrissait bien ces animaux, au lieu de les faire grossir artificiellement avec des céréales et des hormones. C’était un gaspillage de ressources et le bétail des chaînes de production vivait des vies misérables. Il se sentait bien dans ce qu’il faisait.

Il avait investi toutes ses économies dans l’achat de cette ferme et de quelques bovins pour commencer. Il savait que c’était un gros risque, mais il croyait qu’il y avait un véritable avenir dans la vente de bœuf nourri naturellement. C’était un marché en pleine expansion.

Les veaux d’un an étaient regroupés autour de l’étable, où il les avait mis en cage la veille au soir afin de vérifier leur santé et leur développement. Ils l’observaient et meuglaient doucement, comme s’ils l’attendaient.

Il était fier de son petit troupeau de Black Angus, et il devait parfois résister à la tentation de les aimer, comme s’il s’agissait d’animaux de compagnie. C’étaient des animaux destinés à l’alimentation, après tout. Ce serait une mauvaise idée de s’attacher à chacun d’eux individuellement.

Aujourd’hui, il voulait emmener les veaux d’un an en pâturage au bord de la route. Le champ dans lequel ils se trouvaient maintenant était bientôt à court de nourriture, et le pré de légumineuses et d’herbe sur le bord de la route était prêt pour le pâturage.

Alors qu’il ouvrit grand le portail, il remarqua quelque chose d’étrange de l’autre côté du pâturage. On aurait dit une sorte de ballot ou d’enchevêtrement près de la route.

Il grogna à haute voix...

— Quoi que ce soit, ce n’est probablement pas bon.

Il se glissa par l’ouverture et referma à nouveau le portail, laissant les jeunes veaux là où ils étaient. Il ne voulait pas les libérer dans le champ avant de découvrir ce qu’était cet étrange objet.

À mesure qu’il parcourait le terrain, il devenait de plus en plus perplexe. On aurait dit une énorme masse de barbelés suspendue à un poteau de clôture. Est-ce qu’un rouleau de ce truc avait rebondi du camion de quelqu’un et s’était retrouvé là d’une façon ou d’une autre ?

Mais plus il s’en approchait, plus il voyait que ce n’était pas un rouleau neuf. C’était un enchevêtrement de vieux fils, tirés dans toutes les directions.

Cela n’avait aucun sens.

Quand il atteignit cet enchevêtrement et le regarda fixement, il se rendit compte qu’il y avait quelque chose à l’intérieur.

Il se pencha, regarda de plus près et sentit un froid glacial de terreur traverser soudain son corps.

— Nom d’un chien ! cria-t-il, sautant en arrière.

Peut-être imaginait-il des choses. Il se força à regarder à nouveau.

C’était bien là, le visage d’une femme, pâle et blessé, déformé par l’agonie.

Il se saisit des barbelés pour les arracher, mais s’arrêta rapidement.

Ça ne sert à rien, réalisa-t-il. Elle est morte.

Il tituba jusqu’au poteau de clôture suivant, s’appuya dessus et fut pris d’un violent haut le cœur.

Ressaisis-toi, se dit-il.

Il devait prévenir la police sur le champ.

Il s’éloigna en titubant et se mit à courir en direction de sa maison.


CHAPITRE CINQ



L’agent spécial Jake Crivaro se raidit sur sa chaise lorsque son téléphone de bureau sonna.

Les choses étaient trop calmes à Quantico depuis son retour la veille.

Son instinct lui dit alors instantanément...

C’est une nouvelle affaire.

Comme il s’y attendait, dès qu’il décrocha le téléphone, il entendit la voix sonore de l’agent spécial en charge Erik Lehl ....

— Crivaro, j’ai besoin de vous dans mon bureau immédiatement.

— Tout de suite, monsieur, dit Crivaro.

Il raccrocha le téléphone et prit son sac d’intervention, qu’il gardait toujours à portée de main. L’agent Lehl était encore plus laconique que d’habitude, ce qui signifiait sûrement une affaire urgente. Crivaro était sûr qu’il partirait bientôt quelque part, probablement dans l’heure.

Il sentit son cœur s’accélérer alors qu’il se précipitait dans le couloir. C’était une bonne sensation. Après un séjour de 10 semaines en tant que mentor dans le cadre du programme de stages du FBI, il s’agissait d’un retour bienvenu à la normalité.

Pendant les premiers jours du programme d’été, il avait été entraîné dans une affaire de meurtre, le célèbre « Tueur de Clown ». Après cela, il s’était appliqué à ses fonctions plus mondaines de mentorat d’un seul des stagiaires, une gamine talentueuse mais exaspérante nommée Riley Sweeney, qui s’était révélée étonnamment brillante en l’aidant dans cette affaire.

Malgré tout, le programme était passé trop lentement à son goût. Il n’avait pas l’habitude de passer une si longue période loin du terrain.

Lorsque Jake entra dans le bureau de Lehl, l’homme longiligne se leva de sa chaise pour l’accueillir. Erik Lehl était si grand qu’il semblait à peine tenir dans les endroits où il se trouvait. Les autres agents disaient qu’il donnait l’impression de porter des échasses. Pour Jake, il semblait d’avantage fait d’échasses ; un amoncèlement maladroitement assemblé de morceaux de bois qui, d’une certaine façon, ne semblaient jamais être parfaitement coordonnés dans leurs mouvements. Mais l’homme avait été un agent de premier ordre et avait mérité son poste à l’Unité d’analyse comportementale du FBI.

— Ne vous mettez pas trop à l’aise, Crivaro, dit Lehl. Vous partez tout de suite.

Obéissant, Jake resta debout.

Lehl regarda un dossier qu’il tenait et poussa un sinistre soupir. Jake avait depuis longtemps observé la tendance de Lehl à prendre chaque cas extrêmement au sérieux ; même personnellement, comme s’il se sentait directement ciblé par toute sorte de criminalité monstrueuse.

Sans surprise, Jake ne put se souvenir d’avoir un jour vu Lehl de bonne humeur.

Après tout, ....

Les monstres sont notre métier.

Et Jake savait que Lehl ne l’affecterait pas à cette affaire si elle n’était pas particulièrement odieuse. Jake était en quelque sorte un spécialiste des cas qui défiaient l’imagination humaine.

Lehl remit le dossier à Jake.

— Nous avons une situation vraiment affreuse en Virginie-Occidentale. Jetez un coup d’œil.

Jake ouvrit le dossier et vit une photo en noir et blanc d’un paquet bizarre maintenu ensemble par du ruban adhésif et du fil barbelé. Le paquet était suspendu contre un poteau de clôture. Jake mit un moment à réaliser que le paquet avait un visage et des mains, qu’il s’agissait en fait d’un être humain et, selon toute vraisemblance décédé.

Jake inspira brusquement.

Même pour lui, c’était un spectacle particulièrement effroyable.

— La photo a été prise il y a environ un mois, expliqua Lehl. Le corps d’une employée d’un salon de beauté, Alice Gibson, a été retrouvé ligoté avec des barbelés et pendu à un poteau de clôture sur une route rurale près de Hyland, en Virginie-Occidentale.

— Plutôt hardcore, dit Jake. Comment les flics locaux gèrent ça ?

— Ils ont un suspect en garde à vue, dit Lehl.

Les yeux de Jake s’élargirent avec surprise.

— Alors, qu’est-ce qui en fait une affaire du FBI ?

— Nous venons de recevoir un appel du chef de la police de Dighton, une ville près de Hyland, répondit Lehl. Un autre cadavre empaqueté comme celui-ci a été trouvé ce matin, pendu à un poteau de clôture sur une route à l’extérieur de la ville.

Jake commençait à comprendre. Le fait d’être en cellule au moment du second meurtre conférait au suspect le meilleur des alibis. À présent, il semblait bien qu’un tueur en série ne faisait que commencer.

— J’ai donné l’ordre de préserver la nouvelle scène de crime, continua Lehl. Donc vous devrez y aller dès que possible. Il faudrait quatre heures de route pour traverser les montagnes, alors un hélicoptère vous attend sur la piste d’atterrissage.

Jake s’apprêtait à quitter le bureau quand Lehl ajouta...

— Voulez-vous que je vous assigne un partenaire ?

Jake se retourna et regarda Lehl. À aucun moment il ne s’était attendu à cette question.

— Je n’ai pas besoin d’un partenaire, dit Jake. Mais j’aurai besoin d’une équipe médico-légale. Les flics de Virginie-Occidentale ne sauront pas comment obtenir une bonne lecture des lieux.

Lehl hocha la tête.

— Je vais réunir l’équipe tout de suite. Ils partiront avec vous.

Juste au moment où Jake sortait, Lehl ajouta...

— Agent Crivaro, tôt ou tard, vous aurez besoin d’un autre partenaire régulier.

Jake haussa les épaules avec embarras.

— Si vous le dites, monsieur.

— Oui, je le dis, lâcha Lehl avec un léger grognement. Il est temps pour vous d’apprendre à mieux vous comporter avec les autres.

Jake le regarda avec surprise. Il était rare que le taciturne Erik Lehl dise le moindre mot narquois.

J’imagine qu’il le pense vraiment, réalisa Jake.

Sans un mot de plus, Jake quitta le bureau et emprunta les couloirs à travers l’immeuble. Alors qu’il marchait à toute allure, il réfléchit à ce que Lehl lui avait dit au sujet d’un nouveau partenaire. Jake était connu pour être difficile à vivre sur le terrain. Mais il ne pensait vraiment pas qu’il rendait la vie dure à qui que ce soit à moins que ce ne soit mérité.

Son dernier partenaire, Gus Bollinger, l’avait certainement mérité. Il avait été viré pour avoir étalé les empreintes digitales sur un élément de preuve vital dans l’affaire dite « Le tueur à la pochette d’allumettes ». Par conséquent, l’affaire avait été classée ; et il n’y avait pas grand-chose que Jake détestait plus que les affaires non résolues.

Sur l’affaire du « Tueur de Clown », Jake avait travaillé avec un agent de Washington nommé Mark McCune. McCune n’avait pas été aussi mauvais que Bollinger, mais il avait fait des erreurs stupides et avait une trop haute opinion de lui-même au goût de Jake. Jake était heureux que leur partenariat n’ait été que temporaire et que McCune soit resté à Washington.

Alors qu’il montait sur le tarmac où l’hélicoptère l’attendait, il pensa à quelqu’un d’autre avec qui il avait travaillé récemment...

Riley Sweeney.

Il avait été impressionné par elle dès le moment où, encore étudiante en psychologie, elle l’avait aidé à résoudre une affaire de meurtre en série à l’Université de Lanton. Lorsqu’elle avait obtenu son diplôme, il avait fait jouer ses relations et s’était attiré les foudres de certains de ses collègues pour qu’elle s’inscrive au programme de stages avec spécialisation. Allant à l’encontre de ses propres habitudes, il l’avait enrôlée pour l’aider dans l’affaire du Tueur de Clown.

Elle avait fait un travail vraiment brillant. Elle avait aussi fait des erreurs scandaleuses. Et elle était encore loin de savoir obéir aux ordres, mais il n’avait connu qu’une poignée d’agents, même aguerris, avec de si puissantes intuitions.

Lui-même en faisant partie.

Alors que Jake se penchait sous les pales de l’hélice en mouvement et montait à bord de l’hélicoptère, il vit l’équipe médico-légale de quatre hommes traverser l’aire de décollage au trot. Puis les légistes montèrent dans l’hélicoptère, qui prit son envol.

Cela semblait idiot de penser à Riley Sweeney en ce moment. Quantico était une énorme base, et même si elle était à l’Académie du FBI, il était peu probable que leurs chemins se croisent à nouveau.

Jake ouvrit le dossier pour lire le rapport de police.



*



Après que l’hélicoptère eut franchi les chaînes de montagnes des Appalaches, il survola des prairies vallonnées parsemées de bovins Black Angus. Pendant que l’hélicoptère descendait, Jake put voir les véhicules de police qui bloquaient un tronçon de route en gravier pour tenir les curieux éloignés de la scène du crime.

L’hélicoptère se posa dans un pâturage. Jake et l’équipe médico-légale sortirent de l’habitacle et se dirigèrent vers un petit groupe de personnes en uniforme et plusieurs véhicules officiels.

Les flics et l’équipe du médecin légiste se tenaient des deux côtés d’une clôture de barbelés qui longeait la route au bord du pâturage. Jake aperçut ce qui ressemblait à un ballot de fil de fer accroché à un poteau de clôture.

Un homme petit et robuste de la taille et de la corpulence de Jake s’avança pour l’accueillir.

— Je suis Graham Messenger, le chef de la police de Dighton, dit-il en serrant la main de Jake. Nous avons eu notre lot d’incidents assez horribles, du moins pour ici. Laissez-moi vous montrer.

Le chef mena le chemin jusqu’à un poteau de clôture et, bien sûr, un paquet bizarre était suspendu au poteau, le tout tenu ensemble avec du ruban adhésif et du fil barbelé. Encore une fois, Jake put voir un visage et des mains indiquant que le paquet était en fait un être humain.

— Je suppose que vous savez déjà pour Alice Gibson, dit Messenger. La première victime près de Hyland. On dirait que c’est encore la même chose. Cette fois, la victime est Hope Nelson.

— A-t-elle été portée disparue avant que le corps ne soit retrouvé ? demanda Crivaro.

— Oui, j’en ai bien peur, répondit Messenger en montrant du doigt un homme d’âge moyen à l’air stupéfait, debout près d’un des véhicules. Hope était mariée à Mason Nelson, le maire de la ville. Elle travaillait dans leur magasin de fournitures agricoles hier soir, mais elle n’est pas rentrée. Mason m’a appelé au milieu de la nuit, semblant plutôt alarmé.

Le chef de la police haussa les épaules avec un air coupable.

— J’ai l’habitude que des gens disparaissent pendant un moment, puis réapparaissent. J’ai dit à Mason que je m’en occuperais aujourd’hui si elle ne réapparaissait pas. Je n’imaginais pas...

La voix de Messenger s’évanouit. Puis il soupira, secoua la tête et ajouta...

— Les Nelson possèdent beaucoup de propriétés à Dighton. Ils ont toujours été des gens bons et respectables. La pauvre Hope ne méritait pas ça. Mais bon, personne ne le mériterait.

Un autre homme s’approcha d’eux. Il avait un visage long et âgé, des cheveux blancs et une moustache touffue à l’ancienne. Messenger le présenta comme étant Hamish Cross, le médecin légiste en chef du comté. Mâchonnant un brin d’herbe, Cross semblait détendu et à peine curieux de ce qui se passait.

— Vous avez déjà vu quelque chose comme ça ? demanda-t-il à Jake.

Jake ne répondit pas. La réponse, bien sûr, était non.

Jake s’approcha de la masse de barbelés et l’examina de près.

— Je suppose que vous avez travaillé sur le meurtre précédent, dit-il à Cross.

Cross hocha la tête et s’abaissa à côté de Jake en faisant tournoyer l’herbe dans sa bouche.

— C’est exact, dit Cross. Et celui-ci est presque identique. Elle n’est pas morte ici, c’est certain. Elle a été enlevée, ligotée d’abord avec du ruban adhésif et ensuite avec du fil de fer barbelé, et saignée lentement à mort. Soit ça, soit elle a d’abord suffoqué. Attachée comme ça, elle n’aurait presque pas pu respirer. Tout ça s’est passé ailleurs, il n’y a aucun signe de saignement ici.

Jake pouvait voir que le visage et les mains étaient presque aussi blancs que du papier et qu’ils brillaient sous le soleil de la fin de la matinée comme des morceaux de porcelaine. La femme n’avait plus du tout l’air réelle aux yeux de Jake, mais ressemblait plutôt à une sorte de sculpture grotesque et malsaine.

Quelques mouches s’étaient rassemblées autour du corps. Elles continuèrent à se poser, à errer, puis à s’envoler de nouveau. Elles semblaient ne pas savoir quoi faire de cet objet mystérieux.

— Qui a trouvé le corps ? demanda Jake en se levant.

Comme pour lui répondre, Jake entendit la voix d’un homme qui criait...

— Qu’est-ce qui se passe ici ? Combien de temps ça va encore durer ?

Jake se retourna et vit un homme aux cheveux longs et à la barbe peu soignée s’approcher d’eux. Il avait l’air d’avoir les yeux fous de colère, et sa voix tremblait et s’élevait.

— Quand est-ce que vous enlevez cette… cette chose ? cria-t-il. Ça m’ennuie énormément. J’ai dû garder mon bétail dans un pâturage surpâturé à cause de tout ça. J’ai beaucoup de travail aujourd’hui. Combien de temps ça va encore prendre ?

Jake se tourna vers Hamish Cross et dit tranquillement...

— Vous pouvez emmener le corps quand vous le voulez.

Cross hocha la tête et donna des ordres à son équipe. Puis il emmena l’homme en colère et lui parla tranquillement, le calmant apparemment.

Le chef Messenger expliqua à Jake...

— C’est Guy Dafoe, le propriétaire. C’est un agriculteur biologique, notre hippie local, je suppose qu’on peut dire ça comme ça. Il n’est pas là depuis très longtemps. Il s’avère que cette région est propice à l’élevage de bovins biologiques nourris à l’herbe. L’agriculture biologique a été un véritable stimulant pour l’économie locale.

Le portable du chef sonna et il prit l’appel. Il écouta un moment, puis dit à Jake...

— C’est Dave Tallhamer, le shérif de Hyland. Vous avez peut-être entendu dire qu’il y a un suspect en garde à vue pour le premier meurtre, Philip Cardin. C’est l’ex-mari de la victime, et un mauvais gars qui n’avait pas d’alibi à l’époque. Tallhamer était persuadé qu’il était coupable. Mais je suppose que ce nouveau meurtre change les choses, n’est-ce pas ? Dave veut savoir s’il doit le laisser partir.

Jake réfléchit un moment, puis dit...

— Pas avant d’avoir eu l’occasion de lui parler.

Le chef Messenger plissa les yeux curieusement.

— Hum, le fait d’être enfermé dans une cellule de prison quand cette femme a été tuée ne lui permet-il pas de s’en tirer ?

Jake étouffa un soupir d’impatience.

Il répéta simplement :

— Je veux lui parler.

Messenger hocha la tête et reprit l’appel avec le shérif.

Jake ne voulait pas entrer dans une explication pour l’instant. La vérité, c’était qu’il ne savait rien du tout sur le suspect actuellement en détention, ni même pourquoi il était un suspect. Pour ce qu’en savait Jake, Philip Cardin pourrait avoir un partenaire qui avait commis ce nouveau meurtre, ou bien...

Dieu seul sait ce qui se passe.

À ce stade de l’enquête, il y avait toujours des milliers de questions et aucune réponse. Jake espérait que cela changerait d’ici peu.

Pendant que Messenger continuait à parler au téléphone, Jake s’approcha du mari de la victime, qui était appuyé contre une voiture de police à fixer le vide.

— M. Nelson, lui dit Jake. Toutes mes condoléances. Je suis l’agent spécial Jake Crivaro, et je suis ici pour aider à traduire en justice l’assassin de votre femme.

Nelson hocha à peine la tête, comme s’il avait à peine remarqué qu’il lui avait parlé.

— M. Nelson, dit Jake d’une voix ferme, avez-vous une idée de qui aurait pu faire ça ? Ou pourquoi ?

Nelson le regarda d’un air hagard.

— Quoi ? dit-il. Puis il répéta... Non, non, non.

Jake savait qu’il était inutile de lui poser d’autres questions, du moins pas maintenant. Il était clairement dans un profond état de choc. Cela n’avait rien de surprenant. Non seulement sa femme était morte, mais la façon dont elle avait été tuée était particulièrement sordide.

Jake retourna sur la scène de crime, où son équipe médico-légale était déjà au travail.

Il regarda tout autour de lui, notant à quel point l’endroit semblait isolé. Au moins, il n’y avait pas une foule de curieux dans les parages...

Et jusqu’à présent, aucun signe des médias.

Mais à ce moment-là, il entendit le bruit d’un autre hélicoptère. Il regarda autour de lui et vit qu’un hélicoptère du journal télévisé descendait vers la prairie.

Jake soupira profondément et réfléchit...

Cette affaire va être compliquée.


CHAPITRE SIX



Riley ressentit un fourmillement d’enthousiasme lorsque le conférencier se présenta devant les quelque 200 recrues. L’homme avait l’air tout droit sorti d’une autre époque, avec les minces revers de sa veste, sa cravate noire étroite et sa coupe à la mode. Il rappelait à Riley les photos qu’elle avait vues des astronautes des années 1960. Tandis qu’il fouillait parmi ses notes, puis regardait son auditoire, elle attendait ses mots de bienvenue et d’éloges.

Lane Swanson, le directeur de l’Académie, commença à peu près comme elle s’y attendait...

— Je sais que vous avez tous travaillé dur pour vous préparer à cette journée.

Il ajouta avec un sourire en coin...

— Eh bien, laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas prêt. Aucun d’entre vous.

Un soupir audible passa dans l’auditorium et Swanson s’arrêta pour laisser ses mots faire leur effet.

Puis il poursuivit :

— C’est l’essence même de ce programme de 20 semaines ; vous préparer autant que possible à votre carrière au sein du FBI. Et une partie de cette formation consiste à connaitre les limites de ce que vous pouvez apprendre, faire face à l’imprévu, apprendre à réagir sur le vif. Rappelez-vous toujours que l’Académie du FBI s’appelle « West Point for Law Enforcement » pour de bonnes raisons. Nos critères sont élevés. Vous n’allez pas tous vous y arriver. Mais ceux d’entre vous qui le feront seront aussi préparés que possible pour les tâches qui vous attendent.

Riley s’accrochait à chacun de ses mots lorsque Swanson mentionna les normes de l’Académie en matière de sécurité, d’esprit de corps, de cohésion, de responsabilité et de discipline. Il parla ensuite des cours rigoureux du programme d’études, allant du droit et de l’éthique à l’interrogatoire et à la collecte de preuves.

Riley se sentait de plus en plus anxieuse à chacune de ses paroles alors qu’elle réalisa...

Je ne suis plus une simple stagiaire.

Le programme d’été ressemblait à une sorte de camp de vacances pour adolescents par rapport à ce à quoi elle était maintenant confrontée.

Était-elle désespérément dépassée ?

Était-ce une mauvaise idée ?

Un détail la fit se sentir comme une enfant quand elle regarda autour d’elle toutes les autres recrues assises. Presque personne ici n’avait son âge. Elle sentait par les visages qui l’entouraient que presque tout le monde ici avait déjà au moins autant d’expérience à son actif, et certains d’entre eux beaucoup plus. La plupart avaient plus de 23 ans et certains semblaient sur le point d’atteindre l’âge maximum de 37 ans pour le recrutement.

Elle savait qu’ils venaient de toutes sortes de milieux et de domaines de travail. Nombre d’entre eux avaient été policiers et beaucoup d’autres avaient servi dans l’armée. Certains avaient travaillé comme enseignants, avocats, scientifiques, hommes d’affaires et dans de nombreuses autres professions à un moment ou à un autre. Mais ils avaient tous une chose en commun : un engagement ferme à passer le reste de leur vie à servir dans les forces de l’ordre.

Seules quelques-uns d’entre eux venaient tout juste de sortir du programme de stages. John Welch, qui était assis quelques rangs devant elle, était l’un d’eux. Comme Riley, il avait été exempté de la règle selon laquelle toutes les recrues devaient avoir au moins trois ans d’expérience à temps plein dans les forces de l’ordre pour entrer à l’Académie.

Swanson termina son discours...

— J’ai hâte de serrer la main de ceux d’entre vous qui réussiront ici à Quantico. Ce jour-là, vous serez assermenté par le directeur du FBI, Bill Cormack lui-même. Bonne chance à vous tous.

Puis il ajouta d’un rire sévère :

— Et maintenant, au travail !

Un instructeur prit la place de Swanson sur le podium et commença à appeler les noms des recrues, les « NATs », qui signifiait « New Agents in Training ». Quand les NATs répondaient à leurs noms, l’instructeur leur assignait des groupes plus petits qui allaient prendre leurs cours ensemble.

Alors qu’elle attendait impatiemment que son nom soit appelé, Riley se souvint à quel point les choses avaient été pénibles lorsqu’elle était arrivée ici la veille. Après son arrivée, elle avait fait la queue, rempli des formulaires, acheté un uniforme et obtenu son assignation de chambre de dortoir.

La journée d’aujourd’hui allait s’avérer bien différente.

Elle sentit un picotement lorsqu’elle entendit le nom de John Welch appelé pour un groupe pour lequel elle n’avait pas été choisie. Elle pensait qu’il serait peut-être utile d’avoir un ami à ses côtés sur qui compter et comme soutient pour les difficiles semaines à venir. D’un autre côté, elle se dit...

C’est peut-être mieux comme ça.

Étant donné ses sentiments quelque peu confus au sujet de John, sa présence pourrait s’avérer être une distraction.

Riley fut finalement soulagée, cependant, de se retrouver dans le même groupe que Francine Dow, la colocataire qu’on lui avait assignée la veille. Frankie, comme elle préférait qu’on l’appelle, était plus âgée que Riley, peut-être presque 30 ans ; une rouquine pleine d’entrain dont les traits rougis laissaient entendre qu’elle avait déjà beaucoup vécu dans la vie.

Riley et Frankie ne se connaissaient pas du tout. La veille, elles avaient à peine eu le temps de défaire leurs bagages et de s’installer dans leur petite chambre de dortoir, et elles étaient parties chacune de leur côté pour le petit déjeuner.

Finalement, le groupe de NATs de Riley fut convoqué dans le couloir par l’agent Marty Glick, l’instructeur du groupe. Glick avait l’air d’avoir la trentaine. Il était grand et avait la musculature d’un footballeur, et une expression sérieuse et impassible sur le visage.

Il dit au groupe...

— Vous avez une grosse journée devant vous. Mais avant de commencer, il y a quelque chose que je veux vous montrer.

Glick les mena dans le hall d’entrée principal, une pièce énorme avec un sceau du FBI au milieu de son sol en marbre, une énorme plaque en bronze sur un mur avec une bande noire au travers. Riley était passée par ici quand elle était arrivée, et elle savait qu’on l’appelait le « Hall of Honor ». C’était un endroit solennel où les agents du FBI tombés en service étaient commémorés.

Glick les emmena à un mur avec deux expositions de portraits et de noms. Entre les présentoirs se trouvait une plaque encadrée sur laquelle on pouvait lire...



Les diplômés de l’Académie nationale qui ont été tués dans l’exercice de leurs

fonctions en conséquence directe d’une action adverse.



De petites halètements passèrent à travers le groupe lorsqu’ils découvrirent le sanctuaire. Glick resta silencieux un instant, il laissait simplement l’impact émotionnel les mots de la plaque se faire sentir.

Finalement, il dit, presque à voix basse...

— Ne les laissez pas tomber.

Tandis qu’il emmenait le groupe de NATs pour commencer leurs activités de la journée, Riley jeta un coup d’œil par-dessus son épaule aux portraits sur le mur. Elle ne put s’empêcher de se demander...

Ma photo sera-t-elle là un jour ?

Bien sûr, il n’y avait aucun moyen de le savoir. Tout ce dont elle était sûre, c’était que les jours à venir lui apporteraient des défis qu’elle n’avait jamais rencontrés auparavant dans sa vie. Elle se sentit bouleversée par un nouveau sens des responsabilités envers ces agents martyrs.

Je ne peux pas les laisser tomber, pensa-t-elle.


CHAPITRE SEPT



Jake conduisait le véhicule emprunté à la hâte le long d’un réseau de routes en gravier de Dighton vers la ville de Hyland. Le chef Messenger lui avait prêté la voiture pour que Jake puisse partir avant l’atterrissage de l’hélicoptère des médias.

Il n’avait aucune idée de ce qui l’attendait à Hyland, mais il était satisfait d’avoir échappé à ces nuisibles. Il détestait être harassé par des journalistes qui lui posaient des questions auxquelles il ne pouvait pas répondre. Il n’y avait pas grand-chose que les médias appréciaient d’avantage que les crimes sensationnels dans des paysages bucoliques et éloignés. Le fait que la victime était la femme d’un maire rendait certainement l’histoire d’autant plus irrésistible pour eux.

Il conduisait la fenêtre ouverte, profitant de l’air frais de la campagne. Messenger lui avait annoté une carte, et Jake appréciait la ballade tranquille sur les routes de campagne. L’homme qu’il allait interroger n’irait nulle part avant son arrivée.

Bien sûr, le suspect de la prison de Hyland n’avait peut-être rien à voir avec les deux meurtres. Il était en détention au moment de la mort de la seconde victime.

Non pas que cela prouve son innocence, pensa Jake.

Il y avait toujours la possibilité qu’une équipe de deux tueurs ou plus soit au travail. Hope Nelson avait pu être la victime d’un imitateur, s’inspirant du meurtre d’Alice Gibson.

Rien de tel ne surprendrait Jake. Il avait travaillé sur des affaires plus étranges au cours de sa longue carrière.

Lorsque Jake arriva à Hyland, la première chose qu’il remarqua fut à quel point la ville paraissait petite et endormie ; beaucoup plus petite que Dighton, avec sa population d’environ mille habitants. Le panneau qu’il venait de passer indiquait que seulement 200 personnes vivaient ici.

A peine plus grand qu’un lieu-dit, pensa Jake.

Le poste de police n’était qu’une vitrine de plus dans la petite rue commerçante. Alors qu’il se garait le long du trottoir, Jake vit un homme obèse en uniforme adossé dans le chambranle de la porte, comme s’il n’avait rien d’autre à faire.

Jake sortit de la voiture. Alors qu’il se dirigeait vers le poste de police, il remarqua que le gros flic fixait quelqu’un de l’autre côté de la rue. C’était un homme portant une veste médicale blanche, se tenant simplement là, les bras croisés. Jake eut l’étrange impression que ces deux-là se regardaient en silence depuis un bon moment.

De quoi s’agit-il ? se demanda-t-il.

Il s’approcha de l’homme en uniforme dans l’entrée et lui montra son insigne. L’homme se présenta comme étant le shérif David Tallhamer. Il mâchait une chique de tabac.

— Entrez, dit-il à Jake d’un ton ennuyé, venez que je vous présente notre invité, Phil Cardin qu’il s’appelle.

Alors que Tallhamer ouvrit le chemin vers l’intérieur, Jake jeta un coup d’œil en arrière et vit que l’homme à manteau blanc ne bougeait pas de sa place.

Une fois dans le poste de police, Tallhamer présenta Jake à un adjoint qui était assis les pieds sur un bureau en train de lire un journal. L’adjoint fit un signe de tête à Jake et retourna à sa lecture.

Le petit poste semblait saturé d’un étrange sentiment d’ennui. Si Jake ne l’avait pas déjà su, il n’aurait jamais deviné que ces deux flics blasés avaient eu affaire à un meurtre horrible.

Tallhamer conduisit Jake à travers une porte à l’arrière du bureau qui menait à la prison. La prison n’était composée que de deux cellules se faisant face à travers un étroit couloir. Elles étaient toutes les deux occupées en ce moment.

Dans une cellule, un homme vêtu d’un costume de ville était étendu sur son lit et ronflait bruyamment. En face, un homme à l’air renfrogné, vêtu d’un jean et d’un t-shirt, était assis sur sa couchette.

Tallhamer sortit ses clés et ouvrit la cellule du prisonnier assis.

— Tu as de la visite, Phil. Un authentique agent du FBI qu’il a dit.

Jake entra dans la cellule tandis que Tallhamer se tenait juste à l’extérieur, gardant la porte de la cellule ouverte.

Phil Cardin plissa les yeux sur Jake.

— FBI, hein ? Peut-être que vous pourriez apprendre à l’adjoint Dawg comment faire son putain de boulot. Je n’ai tué personne, encore moins mon ex-femme. Si c’était le cas, je serais le premier à m’en vanter. Alors laissez-moi sortir d’ici.

Est-ce que quelqu’un lui a parlé de l’autre meurtre ? se demanda Jake.

Jake avait l’impression que Cardin ignorait tout à ce sujet. Il se dit qu’il valait mieux que les choses restent ainsi, du moins pour l’instant.

— J’ai quelques questions, M. Cardin, dit Jake. Souhaitez-vous la présence d’un avocat ?

Cardin gloussa et pointa du doigt l’homme endormi dans la cellule opposée.

— Il est déjà présent, à sa manière, dit Cardin.

Puis il cria en direction de l’homme...

— Hé, Ozzie. Dessoûle un peu, tu veux ! J’ai besoin d’un avocat. Assure-toi que mes droits ne soient pas violés. Bien que je suppose qu’il soit un peu tard pour ça, espèce d’enfoiré d’ivrogne incompétent.

L’homme au costume froissé se releva et se frotta les yeux.

— Pourquoi tu cries comme ça, bon sang ? grommela-t-il. Tu ne vois pas que j’essaie de dormir un peu ? Bon Dieu, j’ai une putain de migraine.

Jake en fut bouche bée. Le gros shérif se mit à rire de son évidente surprise.

— Agent Crivaro, dit Tallhamer, j’aimerais vous présenter Oswald Hines, le seul avocat de la ville. De temps en temps, il est appelé à la défense publique. Comme par hasard, il a été arrêté il y a quelque temps pour ivresse et trouble à l’ordre public, alors il est ici, à portée de main. Non pas que ce soit un événement inhabituel.

Oswald Hines toussa et grogna.

— Ouais, je suppose que c’est vrai, dit-il. C’est un peu ma maison loin de chez moi, ou plutôt un second bureau, pourrait-on dire. Dans des moments comme maintenant, c’est un endroit pratique. Je détesterais avoir à marcher ailleurs, dans l’état ou je suis en ce moment.

Hines prit une longue et lente respiration, fixant les autres d’un regard voilé.

Puis il dit à Jake :

— Écoutez, agent, quel que soit votre nom. En tant qu’avocat de la défense de cet homme, je dois insister pour que vous le laissiez tranquille. On lui pose trop de questions depuis une semaine. En fait, il est détenu sans raison.

— En fait, ajouta-t-il en baillant, j’espérais qu’il serait déjà parti. Il vaudrait mieux qu’il ne soit plus ici la prochaine fois que je me réveille.

L’avocat commença à s’allonger quand le shérif dit...

— Reste avec nous, Ozzie. Tu as du travail à faire. Je vais te chercher une tasse de café. Tu veux que je te laisse sortir de ta cellule pour que tu puisses être plus proche de ton client ?

— Non, je suis bien ici, dit Ozzie. Dépêche-toi avec ce café. Tu sais comment je le prends.

En riant, le shérif Tallhamer dit :

— C’est comment déjà ?

— Dans une sorte de tasse, grogna Ozzie. Vas-y. Maintenant.

Tallhamer retourna au bureau. Jake resta devant la cellule, à fixer le prisonnier un moment.

— M. Cardin, dit finalement Jake, je crois savoir que vous n’avez pas d’alibi pour l’heure du meurtre de votre ex-femme.

Cardin haussa les épaules.

— Je ne sais pas où on est allé pécher cette idée. J’étais à la maison. Je me suis fait des surgelés, j’ai regardé la télé toute la soirée, puis j’ai dormi le reste de la nuit. Je n’étais pas près de l’endroit où c’est arrivé, où que ce soit.

— Quelqu’un peut corroborer ça ? dit Jake.

— Non, dit Cardin en souriant, mais personne ne peut corroborer le contraire non plus, n’est-ce pas ?

En observant l’expression sournoise de Cardin, Jake se demanda...

Est-il coupable et se moque-t-il de moi ?

Ou ne comprend-il tout simplement pas la gravité de sa situation ?

— Comment était votre relation avec votre ex-femme au moment du meurtre ? demanda Jake.

L’avocat cria vivement...

— Phil, ne réponds pas à cette question.

Cardin regarda l’autre cellule.

— Oh, la ferme, Ozzie. Je ne vais rien lui dire que je n’ai pas déjà dit au shérif cent fois. Ça ne changera rien de toute façon.

Puis en regardant Jake, Cardin dit d’un ton sarcastique...

— Les choses allaient très bien entre Alice et moi. Notre divorce était parfaitement amiable. Je n’aurais pas touché un cheveu de sa jolie petite tête.

Le shérif venait de revenir et donna une tasse de café à l’avocat.

— Amicalement, mon cul, dit le shérif à Cardin. Le jour de son assassinat, tu es allé brailler dans le salon de beauté où elle travaillait, criant devant sa clientèle qu’elle avait ruiné ta vie, que tu la détestais et que tu voulais sa mort. C’est pour ça que tu es là.

Jake mit ses mains dans ses poches.

— Voulez-vous me dire de quoi il s’agissait ?

Les lèvres de Cardin se tordirent dans une expression de colère sauvage.

— C’était la vérité, c’est qu’elle a ruiné ma vie, je veux dire. Je n’ai pas eu de chance depuis que cette salope m’a jeté dehors et a épousé ce foutu docteur. Ce jour-là, j’ai été viré de mon travail de cuisinier au resto de Mick.

— Et c’était sa faute ? demanda Jake.

Cardin fixa Jake droit dans les yeux et dit, les dents serrées...

— Tout est de sa faute.

Jake sentit un frisson au son de la haine dans sa voix.

Ce gars n’assume rien, pensa-t-il.

Jake avait eu affaire à plus que sa part de tueurs qui ne pouvaient accepter la responsabilité de tout ce qui allait mal dans leur vie. Jake savait que le ressentiment ardent de Cardin n’était pas une preuve de sa culpabilité. Mais il pouvait certainement comprendre pourquoi Cardin avait été arrêté en premier lieu.

Pourtant, Jake savait que le garder en détention était un autre problème, maintenant qu’il y avait eu un autre meurtre. D’après ce que Messenger avait dit à Jake à Dighton, il n’y avait aucune preuve matérielle reliant Cardin au crime. Les seuls soupçons provenaient d’une histoire de comportement menaçant, en particulier la récente scène dans le salon de beauté où Alice avait travaillé. Tout était circonstanciel...

A moins qu’il ne dise quelque chose d’incriminant ici et maintenant.

— Vous n’avez pas vraiment l’air d’un ex-mari endeuillé, dit Jake à Cardin.

Cardin grogna.

— Peut-être que je le serais si Alice ne m’avait pas fait tant de mal. Passé tout notre mariage à me dire à quel point j’étais un loser ; comme si ce crapaud qu’elle a attrapé était une sorte d’amélioration. Je n’étais pas un loser avant qu’elle ne divorce. C’est seulement une fois seul que les choses ont commencé à mal tourner. Ce n’est pas juste...

Jake écoutait Cardin se plaindre de son ex. Son amertume était palpable, tout comme son chagrin d’amour. Jake suspectait que Cardin n’avait jamais cessé d’aimer Alice, ou du moins de la désirer. Une partie de lui avait toujours gardé l’espoir vain qu’ils se remettraient ensemble.

Cependant, son amour pour elle était manifestement maladif, malsain et obsessionnel ; pas du tout de l’amour, dans le bon sens du terme. Jake avait rencontré beaucoup de meurtriers qui avaient été motivés par ce qu’ils appelaient l’amour.

Cardin s’arrêta un moment pour cesser de fulminer, puis dit...

— Dites-moi, c’est vrai qu’ils l’ont trouvée enveloppée dans du fil de fer barbelé ?

Secouant la tête avec un sourire, il ajouta ....

— Mec, c’est... c’est créatif.

Jake sentit une légère secousse à ces mots.

Que voulait dire Cardin, exactement ?

Admirait-il le travail de quelqu’un d’autre ?

Ou bien jubilait-il sournoisement de sa propre ingéniosité ?

Jake pensa que le moment était venu d’essayer de le faire parler de l’autre meurtre. Si Cardin avait un complice qui avait tué Hope Nelson, Jake pourrait peut-être le faire avouer. Mais il savait qu’il devait être prudent.

— M. Cardin, connaissiez-vous une femme nommée Hope Nelson à Dighton ?

Cardin se gratta la tête et dit...

— Nelson.... le nom m’est familier. C’est pas la femme du maire ?

Se penchant contre les barreaux à l’extérieur de la cellule, le shérif Tallhamer grogna et dit...

— Elle est morte, voilà ce qu’elle est.

Jake combattit un gémissement de découragement. Il n’avait pas prévu de révéler la vérité à Cardin d’une manière aussi directe. Il espérait prendre son temps, essayant de savoir s’il savait déjà ce qui était arrivé à Hope Nelson.

L’avocat dans l’autre cellule se leva d’un bond.

— Morte ? hurla-t-il. Qu’est-ce que tu racontes ?

Tallhamer cracha du tabac sur le sol en béton.

— Elle a été assassinée hier soir, exactement de la même façon qu’Alice a été tuée. Pendue à un poteau de clôture, enroulée dans du barbelé.

Tout à coup, semblant parfaitement sobre, Ozzie aboya :

— Alors, pourquoi diable tu gardes mon client ? Ne me dit pas que tu penses qu’il a tué une autre femme hier soir alors qu’il était enfermé ici.

Les espoirs de Jake s’écroulèrent. Sa tactique avait été gâchée, et il savait que toute autre question serait probablement inutile.

Néanmoins, il demanda de nouveau à Cardin :

— Connaissiez-vous Hope Nelson ?

— Je ne viens pas de vous dire que non ? dit Cardin avec une note de surprise.

Mais Jake ne savait pas si sa surprise était spontanée ou s’il faisait semblant.

Ozzie prit les barreaux de sa cellule.

— Vous feriez mieux de relâcher mon client, ou vous risquez un procès d’enfer ! cria-t-il.

Jake étouffa un soupir.

Ozzie avait raison, bien sûr, mais...

Il a choisi le bon moment pour devenir compétent tout à coup.

— Laissez partir Cardin, dit Jake en se tournant vers Tallhamer. Mais surveillez-le de près.

Tallhamer demanda à son adjoint d’apporter les affaires de Cardin. Alors que le shérif ouvrait la cellule pour que Cardin puisse partir, il se tourna vers Ozzie et dit...

— Tu veux y aller aussi ?

Ozzie bâilla et s’allongea sur sa couchette.

— Non, j’ai eu une assez bonne journée de travail. J’aimerais bien me rendormir, tant que tu n’as pas besoin de la cellule pour quelqu’un d’autre.

— Comme tu voudras, dit Tallhamer en souriant.

Alors que Jake sortait du poste de police avec Tallhamer et Cardin, il remarqua que l’homme à manteau blanc se tenait toujours de l’autre côté de la rue exactement au même endroit qu’avant.

Soudain, l’homme se mit en mouvement, traversant la rue à grand pas en direction d’eux.

Tallhamer grogna tranquillement à Jake...

— Ennuis en approche.


CHAPITRE HUIT



Jake scruta l’homme qui se précipitait vers eux juste à l’extérieur du poste de police. Il pouvait voir de l’indignation dans le visage et l’attitude de l’homme, mais il ne la sentit pas dirigée contre lui. Et il savait que Tallhamer ne se préparait pas pour de l’action.

Pendant ce temps, Cardin avait tourné et se dépêchait de s’éloigner rapidement le long du trottoir.

L’homme en colère se précipita sur Tallhamer. Agitant un bras dans la direction où était parti Cardin, il cria...

— J’exige que tu ramènes ce salaud en cellule !

Apparemment insensible à la colère de l’homme, le shérif Tallhamer présenta calmement Jake à Earl Gibson, le seul médecin de la ville et le mari d’Alice Gibson.

Jake s’avança pour serrer la main et présenter ses condoléances, mais les bras du médecin tournoyaient encore en rond alors qu’il criait sur Tallhamer. Il nota que le Dr Gibson était un homme remarquablement peu attrayant avec un visage fortement grêlé que l’afflux de fureur n’arrangeait pas. Il se souvint de Cardin le décrivant comme « ce crapaud qu’elle a attrapé ».

En effet, Cardin était relativement séduisant en comparaison.

Jake se dit que Earl Gibson devait avoir des vertus qui avaient attiré la morte malgré son apparence. Après tout, Gibson était médecin, et l’ex d’Alice n’était rien de plus qu’un cuisinier raté...

Probablement un choix assez facile dans une ville avec aussi peu d’options.

La colère de Gibson ne fit que redoubler lorsqu’il découvrit qui était Jake.

— Le FBI ! Qu’est-ce que le FBI a à voir ou à faire ici ? Vous avez déjà attrapé l’assassin de ma femme. Vous l’aviez enfermé. Il n’y a pas un jury au monde qui ne le déclarerait pas coupable. Et maintenant vous le laissez filer !

Le shérif Tallhamer remua les pieds et parla d’un ton patient, presque condescendant...

— Earl, on en a parlé tout à l’heure, n’est-ce pas ?

— Oui, nous l’avons fait, dit le Dr Gibson. Et c’est pour ça que je suis resté ici, à attendre. Je devais voir ça de mes yeux. Je voulais l’empêcher.

— Nous devons le laisser partir, et tu le sais, dit Tallhamer. Une autre femme a été assassinée hier soir à Dighton, de la même manière qu’Alice. Je peux me porter garant de l’endroit où se trouvait Phil Cardin hier soir, et il n’était certainement pas près de Dighton. Il n’a pas tué cette femme, et maintenant nous n’avons aucune raison de penser qu’il a tué Alice non plus.

— Aucune raison ! répéta Gibson, crachant de rage. Il l’a menacée de mort ce jour-là. Et ne m’insultez pas avec toutes ces absurdités sur la victime de Dighton, et comment Phil Cardin n’a pas pu la tuer. Nous savons tous les deux qu’il y a un suspect parfaitement plausible pour l’autre meurtre.

L’intérêt de Jake fut soudainement piqué.

— Un suspect plausible ? demanda-t-il.

— Tu ne lui as rien dit, hein ? dit Gibson, se moquant du shérif Tallhamer.

— me dire de quoi ? demanda Jake.

— À propos du frère de Phil Cardin, Harvey, dit Gibson à Jake. Il prend le parti de Phil en tout. Il a menacé Alice aussi. Il l’appelait pour lui dire que Phil et lui allaient se venger. Il l’a appelée le jour même de sa mort. Et où qu’il ait été hier soir, il n’était pas enfermé en cellule. C’est lui qui a tué cette femme à Dighton. Je parierais ma vie dessus.

Jake fut vraiment surpris par cette déclaration.

— Pourquoi pensez-vous qu’il tuerait quelqu’un dans une autre ville ? demanda Jake à Gibson.

— Vous voulez dire son mobile ? répondit le docteur. Peut-être qu’il avait quelque chose de personnel contre cette femme. Il erre beaucoup dans l’État, alors peut-être qu’il a eu affaire à elle d’une quelconque manière, puis a suivi l’exemple de son frère. Mais je pense qu’il l’a probablement fait pour protéger son frère, pour faire croire aux gens qu’il n’a pas tué Alice.

— Earl, soupira Tallhamer, nous en avons aussi parlé il y a peu de temps, n’est-ce pas ? On connaît Harvey Cardin depuis toujours. Il voyage parce qu’il est plombier itinérant. Il a des mots durs de temps en temps, mais il n’est pas comme son frère. Il ne ferait jamais de mal à une mouche, encore moins tuer quelqu’un d’une façon aussi horrible.

Le cerveau de Jake se mit en action, essayant d’assimiler ce qu’il entendait.

Il aurait aimé que Tallhamer lui ait parlé de Harvey Cardin dès le début.

Les flics des petites villes, pensait-il. Certains d’entre eux sont tellement sûrs de tout savoir sur tout le monde dans leur district qu’ils peuvent rater ce qui est important.

— Je veux parler à Harvey Cardin, finit-il par dire au shérif Tallhamer.

Le shérif haussa les épaules comme s’il considérait cela comme une perte de temps.

— Si c’est ce que vous voulez, dit-il. Harvey habite à quelques rues d’ici. Je vous-y emmènerai.

Quand Jake commença à marcher avec le shérif, il remarqua que Gibson les suivait. La dernière chose dont Jake avait besoin en ce moment, c’était d’un veuf en deuil et en colère s’immisçant dans l’interrogatoire d’un suspect possible.

— Dr Gibson, le shérif et moi devons travailler seuls, dit-il avec autant de délicatesse que possible.

Gibson ouvrit la bouche pour protester, Jake ajouta...

— J’aurai besoin de vous interroger dans un petit moment. Où puis-je vous trouver ?

Gibson se tut un instant.

— Je serai dans mon cabinet, dit Gibson. Le shérif peut vous dire où il est.

Gibson se retourna et s’éloigna d’un pas décidé.

Jake et Tallhamer marchèrent la courte distance jusqu’à une petite maison blanche où vivait Harvey Cardin. C’était un cottage délabré avec une pelouse sauvage.

Tallhamer frappa à la porte d’entrée. Quand personne ne répondit, il frappa à nouveau, et il n’y eut toujours pas de réponse.

— Il est probablement parti, dit Tallhamer, peut-être pour travailler dans une autre ville. On le trouvera une autre fois.

Jake ne voulait pas attendre « une autre fois ». Il regarda à travers une des vitres de la porte d’entrée. Il put voir des meubles simples et épurés, mais pas grand-chose d’autre à l’intérieur ; certainement pas de touches personnelles au décor. Cela ressemblait à un endroit loué meublé, mais il n’y avait aucun signe que quelqu’un y vivait.

Jake devina que Harvey Cardin n’était pas là, c’était certain...

Mais reviendra-t-il un jour ?

Ses pensées furent interrompues par la voix d’un homme à côté...

— Puis-je vous aider, shérif ?

Jake se retourna et vit un homme debout dans la cour.

— Ce type du FBI et moi cherchons Harvey Cardin, lui dit Tallhamer.

— Aucune chance que vous le trouviez ici, répondit l’homme en secouant la tête, je ne pense pas. Je l’ai vu charger son camion il y a une semaine, juste après que son frère ait été arrêté pour avoir tué Alice Gibson. On aurait dit qu’il prenait tout ce qu’il avait, non pas qu’il y en avait beaucoup au départ. Je lui ai demandé où il allait, et il m’a répondu : « N’importe où loin de Hyland. J’en ai assez de cette foutue ville. »

Jake sentit une vague d’inquiétude.

Ce suspect potentiel avait déjà disparu.

— Allez, dit Jake à Tallhamer. Allons parler à des gens.



*



Jake et le shérif Tallhamer passèrent le reste de la journée à mener des interrogatoires stériles, en commençant par le quartier où Harvey Cardin avait vécu. Tout ce que les autres voisins de Harvey savaient, c’est qu’ils ne l’avaient pas vu depuis qu’il était parti des semaines auparavant.

Ils n’eurent pas plus de chance avec les amis et connaissances d’Alice. Les collègues féminines d’Alice au salon de beauté avaient convenu que Phil Cardin y avait fait une scène terrible et effrayante la veille du jour où Alice avait été tuée.

Lorsque Jake et Tallhamer s’arrêtèrent au « Mick’s Diner », le propriétaire dit que Phil Cardin s’était fait virer de son travail de cuisinier pour toute une série de raisons : quand il venait c’était parfois ivre, et quelquefois pour se battre avec d’autres employés.

Aucun d’eux ne savait où pouvait se trouver Harvey, le frère de Phil.

Finalement, Jake et le shérif passèrent au cabinet médical d’Earl Gibson. Le médecin était encore bouillonnant au sujet de la libération de Phil Cardin, et était encore plus furieux d’apprendre que Harvey avait disparu. Jake réussit à le calmer suffisamment pour lui poser quelques questions, mais Gibson n’était pas en mesure de leur apprendre qui d’autre aurait pu vouloir tuer sa femme.




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