Rebelle, Pion, Roi 
Morgan Rice


De Couronnes et de Gloire #4
Morgan Rice a imaginé ce qui promet d'être une autre série brillante et nous plonge dans une histoire de fantasy avec trolls et dragons, bravoure, honneur, courage, magie et foi en sa propre destinée. Morgan Rice a de nouveau réussi à produire un solide ensemble de personnages qui nous font les acclamer à chaque page.. Recommandé pour la bibliothèque permanente de tous les lecteurs qui aiment les histoires de fantasy bien écrites. Books and Movie Reviews, Roberto Mattos (pour Le Réveil des Dragons) REBELLE, PION, ROI est le tome n°4 de la série de fantaisie épique à succès de Morgan Rice DE COURONNES ET DE GLOIRE, qui commence par ESCLAVE, GUERRIÈRE, REINE (Tome n°1) . Ceres, 17 ans, une belle fille pauvre de Delos, cité de l'Empire, se réveille en prison. Son armée a été détruite, ses soldats ont été capturés, la rébellion a été écrasée et, d'une façon ou d'une autre, il faut qu'elle se reconstruise après avoir été trahie. Son peuple pourra-t-il jamais s'en relever ?Thanos vogue vers l'Île des Prisonniers en pensant que Ceres est en vie et se retrouve lui-même pris dans un traquenard qui lui est réservé. Au cours de son dangereux voyage, il reste tourmenté en pensant à Stephania, qu'il a laissée seule avec son enfant, et se sent déchiré par la décision qu'il a prise. Pourtant, alors qu'il se bat pour retourner à Delos et y retrouver ses deux amours, il se retrouve confronté à une trahison si grande que sa vie ne pourra plus jamais être la même. Stephania, rejetée par Thanos, ne reste pas inactive. Elle concentre toute la force de sa furie contre ceux qu'elle aime le plus et sa trahison, la plus dangereuse qui soit, risque de provoquer l'effondrement définitif du royaume. REBELLE, PION, ROI raconte une histoire épique d'amour tragique, de vengeance, de trahison, d'ambition et de destinée. Riche de personnages inoubliables et d'une action haletante, cette histoire nous transporte dans un monde que nous n'oublierons jamais et nous fait retomber sous le charme de l'heroic fantasy. Une fantasy pleine d'action qui saura plaire aux amateurs des romans précédents de Morgan Rice et aux fans de livres tels que le cycle L'Héritage par Christopher Paolini.. Les fans de fiction pour jeunes adultes dévoreront ce dernier ouvrage de Rice et en demanderont plus. – The Wanderer, A Literary Journal (pour Le Réveil des Dragons) Le tome n°5 de la série DE COURONNES ET DE GLOIRE sortira bientôt !







REBELLE, PION, ROI



(DE COURONNES ET DE GLOIRE, TOME N°4)



MORGAN RICE


Morgan Rice



Morgan Rice est l'auteur de best-sellers n°1 de USA Today et l’auteur de la série d’épopées fantastiques L’ANNEAU DU SORCIER, comprenant dix-sept tomes; de la série à succès SOUVENIRS D'UNE VAMPIRE, comprenant douze tomes; de la série à succès LA TRILOGIE DES RESCAPÉS, thriller post-apocalyptique comprenant trois tomes; de la série de fantaisie épique ROIS ET SORCIERS, comprenant six tomes; et de la nouvelle série d’épopées fantastiques DE COURONNES ET DE GLOIRE. Les livres de Morgan sont disponibles en format audio et papier et ont été traduits dans plus de 25 langues.

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Sélection de Critiques pour Morgan Rice



« Si vous pensiez qu'il n'y avait plus aucune raison de vivre après la fin de la série de L'ANNEAU DU SORCIER, vous aviez tort. Dans LE RÉVEIL DES DRAGONS, Morgan Rice a imaginé ce qui promet d'être une autre série brillante et nous plonge dans une histoire de fantasy avec trolls et dragons, bravoure, honneur, courage, magie et foi en sa propre destinée. Morgan Rice a de nouveau réussi à produire un solide ensemble de personnages qui nous font les acclamer à chaque page .... Recommandé pour la bibliothèque permanente de tous les lecteurs qui aiment les histoires de fantasy bien écrites ».

--Books and Movie Reviews, Roberto Mattos (pour Le Réveil des Dragons)



« Une fantasy pleine d'action qui saura plaire aux amateurs des romans précédents de Morgan Rice et aux fans de livres tels que le cycle L'Héritage par Christopher Paolini .... Les fans de fiction pour jeunes adultes dévoreront ce dernier ouvrage de Rice et en demanderont plus. »

—The Wanderer, A Literary Journal (pour Le Réveil des Dragons)



« Une histoire du genre fantastique entraînante qui mêle des éléments de mystère et de complot à son intrigue. La Quête des Héros raconte la naissance du courage et la réalisation d’une raison d'être qui mène à la croissance, la maturité et l'excellence.... Pour ceux qui recherchent des aventures fantastiques substantielles, les protagonistes, les dispositifs et l'action constituent un ensemble vigoureux de rencontres qui se concentrent bien sur l'évolution de Thor d'un enfant rêveur à un jeune adulte confronté à d'insurmontables défis de survie .... Ce n'est que le début de ce qui promet d'être une série pour jeune adulte épique. »

—Midwest Book Review (D. Donovan, critique de livres électroniques)



« L'ANNEAU DU SORCIER a tous les ingrédients pour un succès instantané : intrigues, contre-intrigues, mystères, vaillants chevaliers et des relations en plein épanouissement pleines de cœurs brisés, de tromperie et de trahison. Il retiendra votre attention pendant des heures et saura satisfaire tous les âges. Recommandé pour la bibliothèque permanente de tous les lecteurs de fantasy. »

— Books and Movie Reviews, Roberto Mattos



« Dans ce premier livre bourré d'action de la série de fantasy épique L'Anneau du Sorcier (qui contient actuellement 17 tomes), Rice présente aux lecteurs Thorgrin « Thor » McLéod, 14 ans, dont le rêve est de rejoindre la Légion d'argent, des chevaliers d'élite qui servent le roi .... L'écriture de Rice est solide et le préambule intrigant. »

— Publishers Weekly


Livres par Morgan Rice



LA VOIE DE L'ACIER

SEULS LES BRAVES (Tome n°1)



DE COURONNES ET DE GLOIRE

ESCLAVE, GUERRIÈRE, REINE (Tome n°1)

CANAILLE, PRISONNIÈRE, PRINCESSE (Tome n°2)

CHEVALIER, HÉRITIER, PRINCE (Tome n°3)

REBELLE, PION, ROI (Tome n°4)

SOLDAT, FRÈRE, SORCIER (Tome n°5)



L'ANNEAU DU SORCIER

LA QUÊTE DES HÉROS (Tome n°1)

LA MARCHE DES ROIS (Tome n°2)

LE DESTIN DES DRAGONS (Tome n°3)

UN CRI D'HONNEUR (Tome n°4)

UNE PROMESSE DE GLOIRE (Tome n°5)

UNE VALEUREUSE CHARGE (Tome n°6)

UN RITE D'ÉPÉES (Tome n°7)

UNE CONCESSION D'ARMES (Tome n°8)

UN CIEL DE CHARMES (Tome n°9)

UNE MER DE BOUCLIERS (Tome n°10)

LE RÈGNE DE L'ACIER (Tome n°11)

UNE TERRE DE FEU (Tome n°12)

LE RÈGNE DES REINES (Tome n°13)

LE SERMENT DES FRÈRES (Tome n°14)

UN RÊVE DE MORTELS (Tome n°15)

UNE JOUTE DE CHEVALIERS (Tome n°16)

LE DON DE LA BATAILLE (Tome n°17)



TRILOGIE DES RESCAPÉS

ARÈNE UN : ESCLAVAGISTES (Tome n°1)

ARÈNE DEUX (Tome n°2)

ARÈNE TROIS (Tome n°3)



LES VAMPIRES DÉCHUS

AVANT L'AUBE (Tome n°1)



SOUVENIRS D'UNE VAMPIRE

TRANSFORMÉE (Tome n°1)

AIMÉE (Tome n°2)

TRAHIE (Tome n°3)

PRÉDESTINÉE (Tome n°4)

DÉSIRÉE (Tome n°5)

FIANCÉE (Tome n°6)

VOUÉE (Tome n°7)

TROUVÉE (Tome n°8)

RENÉE (Tome n°9)

ARDEMMENT DÉSIRÉE (Tome n°10)

SOUMISE AU DESTIN (Tome n°11)

OBSESSION (Tome n°12)













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Copyright © 2016 par Morgan Rice



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Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les événements et les incidents sont le fruit de l'imagination de l'auteur ou sont utilisés dans un but fictionnel. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou mortes, n'est que pure coïncidence.



Image de couverture : Copyright Ivan Bliznetsov, en vertu d'une licence accordée par istock.com.


SOMMAIRE



CHAPITRE PREMIER (#uaee81d53-c7fb-5b4d-a70a-7000a8164ee0)

CHAPITRE DEUX (#uc70b5f7f-95db-57fc-b3f5-4dea0e2d70f3)

CHAPITRE TROIS (#ub257bd38-295c-58a0-961b-056dbd8f541c)

CHAPITRE QUATRE (#uccdb2d14-65bc-5477-86cc-0d85dc69e12d)

CHAPITRE CINQ (#u94266a30-86da-57bd-b2d0-55e073646a71)

CHAPITRE SIX (#u2788f82c-56f8-548c-aba2-68184e95c490)

CHAPITRE SEPT (#u7280d8ee-fa7a-54d5-8366-24d18a27c33a)

CHAPITRE HUIT (#u883ae699-d08d-573a-85a3-edfd4b90f0ba)

CHAPITRE NEUF (#u4d9e0a8c-9222-574f-bce1-1d22fbdc7d63)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo)




CHAPITRE PREMIER


Thanos avait un nœud à l'estomac alors que le navire traversait la mer houleuse et que chaque courant qui passait l'éloignait un peu plus de son pays. Depuis plusieurs jours, ils n'avaient aperçu aucune terre. Il se tenait à la proue du bateau et regardait l'eau en attendant de finalement voir quelque chose. Seule la pensée de ce qu'il allait peut-être trouver, de qui il allait peut-être trouver, le retenait d'ordonner au capitaine de faire rebrousser chemin au navire.

Ceres.

Elle était quelque part là-bas et il allait la trouver.

“Vous êtes sûr de ce que vous voulez ?” demanda le capitaine en s'avançant à côté de lui. “Je n'ai jamais vu qui que ce soit avoir envie de se rendre sur l'Île des Prisonniers.”

Qu'est-ce Thanos aurait pu répondre à ça ? Qu'il n'était pas au courant ? Qu'il se sentait un peu comme le bateau, que les rames poussaient vers l'avant alors même que le vent essayait de le repousser en arrière ?

De toute façon, son besoin de trouver Ceres était plus fort que tout. Impérieux, il le remplissait d'excitation à l'idée de la trouver. Il avait été vraiment sûr qu'elle était morte, qu'il ne la reverrait plus jamais. Cependant, quand il avait entendu dire qu'elle était peut-être en vie, la nouvelle l'avait inondé de soulagement, avait manqué de le faire s'effondrer.

Pourtant, il ne pouvait nier qu'il pensait aussi à Stephania et que ces pensées le poussaient à critiquer sa décision et même, brièvement, à envisager de vraiment faire demi-tour. Après tout, c'était son épouse et il l'avait abandonnée. Elle portait son enfant et il était parti. Il l'avait laissée là-bas, sur le quai. Quel type d'homme était-il donc pour faire une telle chose ?

“Elle a essayé de me tuer”, se rappela Thanos.

“Pardon ?” demanda le capitaine, et Thanos se rendit compte qu'il l'avait dit à voix haute.

“Rien”, dit Thanos. Il poussa un soupir. “En vérité, je ne sais pas. Je cherche quelqu'un et l'Île des Prisonniers est le seul endroit où elle peut se trouver.”

Il savait que le navire de Ceres avait coulé alors qu'il se dirigeait vers l'île. Si elle avait survécu, alors, il semblait logique qu'elle soit arrivée sur l'île, n'est-ce pas ? Cela expliquait aussi pourquoi Thanos n'avait eu aucune nouvelle d'elle depuis. Si elle avait pu lui envoyer des nouvelles, Thanos était convaincu qu'elle l'aurait fait.

“Donc, vous n'en savez rien. Ça m'a l'air d'être un risque énorme que vous prenez”, dit le capitaine.

“Elle en vaut la peine”, lui assura Thanos.

“Elle doit être spéciale pour être mieux que Lady Stephania”, dit le contrebandier avec un regard concupiscent qui donna envie à Thanos de le frapper.

“C'est ma femme dont vous parlez”, dit Thanos, et même lui reconnaissait que ça posait bien évidemment un problème. Il ne pouvait pas la défendre, vu que c'était lui qui l'avait répudiée et que c'était elle qui avait ordonné qu'on l'assassine. Elle méritait probablement tout ce qu'on disait sur elle.

Or, il avait peine à s'en convaincre. Si seulement ses pensées de Ceres pouvaient arrêter d'être entrecoupées de pensées de Stephania telle qu'elle avait été avec lui aux banquets du château, dans leurs moments de paix, le matin qui avait succédé à leur nuit de noces …

“Êtes-vous sûr de pouvoir m'emmener sur l'Île des Prisonniers en toute sécurité ?” demanda Thanos. Il n’y était jamais allé, mais l'île entière était supposée être une forteresse bien gardée dont il était impossible de s'évader.

“Oh, ce n'est rien de bien difficile”, lui assura le capitaine. “On passe parfois dans le coin. Les gardes vendent certains des prisonniers qu'ils ont réduits en esclavage. Il les alignent sur la rive attachés à des poteaux pour qu'on les voie en approchant.”

Thanos avait depuis longtemps décidé qu'il détestait cet homme. Cependant, il le cachait parce que, à ce moment-là, le contrebandier était sa seule chance d'aller sur l'île et de trouver Ceres.

“Je n'ai pas vraiment envie de croiser les gardes”, précisa-t-il.

L'autre homme haussa les épaules. “C'est assez facile. On s'approche, on vous met dans un petit bateau et on fait comme si c'était une visite normale. Ensuite, on vous attend au large. Pas longtemps, cela dit. Si on attend trop longtemps, ils risquent de se dire qu'on fait quelque chose de louche.”

Thanos ne doutait pas que le contrebandier l'abandonnerait s'il y avait la moindre menace pour son navire. Seule la perspective du profit l'avait poussé à aller aussi loin. Ce type d'homme ne risquait pas de comprendre ce qu'était l'amour. Pour lui, c'était probablement quelque chose qu'on payait à l'heure sur les quais. Cela dit, il avait emmené Thanos jusqu'ici. C'était ça qui comptait.

“Vous comprenez que, même si vous trouvez cette femme sur l'Île des Prisonniers”, dit le capitaine, “elle risque de ne plus ressembler à ce dont vous vous souvenez.”

“Ceres sera toujours Ceres”, insista Thanos.

Il entendit ricaner l'autre homme. “Facile à dire, mais vous ne savez pas ce qu'ils font là-bas. Certains de ceux qu'ils nous vendent comme esclaves sont dans un tel état qu'ils peuvent à peine s'occuper d'eux-mêmes si on ne leur en donne pas l'ordre.”

“Et je suis sûr que ça vous plaît de le faire”, répliqua violemment Thanos.

“Vous ne m'aimez pas beaucoup, n'est-ce pas ?” demanda le capitaine.

Thanos continua à fixer la mer du regard, sans répondre. Ils connaissaient tous deux la réponse et, à ce moment-là, il avait d'autres sujets de préoccupation. Il fallait qu'il trouve un moyen de localiser Ceres, quoi que —

“Est-ce une terre, là-bas ?” demanda-t-il en désignant l'endroit du doigt.

Ce n'était encore qu'un petit point à l'horizon mais, même aussi petit que cela, il avait l'air sinistre, cerné de nuages et de vagues tourbillonnantes. A mesure qu'il se rapprochait, Thanos sentait croître en lui une sensation de sombre terreur.

L'île se dressait en une série de pitons granitiques gris qui ressemblaient aux crocs d'une grande bête. Un bastion s'élevait sur le point culminant de l'île et, au-dessus, un phare éclairait constamment les alentours comme pour décourager tous ceux qui seraient tentés de venir en ce lieu. Thanos voyait des arbres d'un côté de l'île mais la plus grande partie semblait être désertique.

Quand ils s'en rapprochèrent encore plus, il vit des fenêtres qui semblaient être sculptées directement dans le roc de l'île, comme si l'endroit tout entier avait été évidé pour agrandir la prison. Il vit aussi des plages de schiste avec des os décolorés qui se détachaient sur leur fond plus sombre. Thanos entendit des cris et il pâlit quand il se rendit compte qu'il ne pouvait dire si c'étaient des oiseaux de mer ou des gens.

Faisant glisser son petit bateau sur le schiste de la plage, Thanos grimaça quand il vit des menottes fixées en dessous de la ligne de marée. Son imagination lui dit immédiatement pourquoi on les avait mises là : pour torturer ou exécuter les prisonniers à l'aide de la marée montante. Les os abandonnés sur la rive se passaient de commentaires.

Le capitaine du bateau de contrebande se tourna vers lui et sourit.

“Bienvenue sur l'Île des Prisonniers.”




CHAPITRE DEUX


Stephania trouvait le monde lugubre sans Thanos. Il lui semblait froid, malgré la chaleur du soleil. Vide, malgré les gens qui s'agitaient autour du château. Elle fixa la cité du regard. Elle l'aurait volontiers toute réduite en cendres car elle n'avait aucun sens. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était rester assise aux fenêtres de ses appartements en ayant l'impression qu'on lui avait arraché le cœur.

Ça allait peut-être arriver pour de bon. Elle avait tout risqué pour Thanos, après tout. Quelle était la peine précise pour celui qui aidait un traître ? Stephania connaissait la réponse à cette question parce que c'était la même pour tout ce qui avait trait à l'Empire : ce que décidait le roi. Elle ne doutait guère qu'il demanderait sa tête pour un tel crime.

Une de ses servantes lui proposa un fortifiant relaxant à base de plantes. Stephania n'en tint nullement compte, même quand la fille le posa sur une petite table en pierre à côté d'elle.

“Madame”, dit la fille. “Les autres … certaines se demandent … est-ce qu'on ne devrait pas se préparer à quitter la cité ?”

“A quitter la cité ?” dit Stephania. Elle entendait à quel point sa propre voix avait l'air monocorde et idiote.

“C'est que … ne sommes-nous pas en danger ? Avec tout ce qui s'est passé, et tout ce que vous nous avez fait faire … pour aider Thanos.”

“Thanos !” Le nom la secoua momentanément de sa torpeur et la colère suivit dans son sillage. Stephania saisit la préparation d'herbes médicinales. “N'ose jamais prononcer son nom, idiote ! Sors. Sors !”

Stephania lança la tasse avec son infusion fumante. Sa servante se baissa, ce qui était déjà irritant en soi, mais le son que fit la tasse en se brisant l'était encore plus. Le liquide brun coula le long du mur. Stephania n'en tint aucunement compte.

“Personne ne doit me déranger !” hurla-t-elle à la fille. “Sinon, j'aurai ta peau !”

Stephania avait besoin d'être seule avec ses pensées, même si elles étaient tellement sombres qu'une partie d'elle-même voulait se jeter du balcon de ses appartements rien que pour en finir. Thanos était parti. Elle avait fait tant d'efforts, elle avait œuvré pour tant de choses, et Thanos était parti. Avant de le connaître, elle n'avait jamais cru à l'amour; elle avait été convaincue que c'était une faiblesse qui n'apportait que la douleur mais, avec lui, le risque avait semblé en valoir la peine. Maintenant, il s'avérait qu'elle avait eu raison. Tout ce que faisait l'amour, c'était aider le monde à vous faire du mal.

Stephania entendit le son de la porte que l'on ouvrait et elle se retourna à nouveau en cherchant quelque chose d'autre à jeter.

“J'ai dit que je ne voulais pas être dérangée !” dit-elle sèchement avant de voir qui c'était.

“Pas très reconnaissant, tout ça”, dit Lucious en entrant, “alors que je t'ai faite ramener ici sous escorte pour assurer ta sécurité.”

Lucious était vêtu comme un prince de livre de contes, en velours blanc décoré d'or et de pierres précieuses. Il avait son poignard à la ceinture, mais il avait enlevé son armure dorée et son épée. Même ses cheveux avaient l'air d'avoir été juste lavés, débarrassés de la crasse de la cité. Pour Stephania, il ressemblait plus à un homme se préparant à chanter des chansons sous sa fenêtre qu'un homme responsable de la défense de la cité.

“Sous escorte”, dit Stephania avec un sourire crispé. “On peut le dire comme ça.”

“Je me suis assuré que tu puisses traverser en toute sécurité les rues de notre cité ravagée par la guerre”, dit Lucious. “Mes hommes ont fait le nécessaire pour que tu ne soies ni la proie des rebelles ni l'otage de ton meurtrier de mari. Savais-tu qu'il s'était échappé ?”

Stephania fronça les sourcils. A quoi Lucious jouait-il ?

“Bien sûr que je le sais”, répliqua violemment Stephania. Elle se leva parce qu'elle n'aimait pas que Lucious la surplombe. “J'y étais.”

Elle vit Lucious lever un sourcil pour feindre la surprise. “Quoi, Stephania, admettrais-tu que tu as eu un rôle à jouer dans l'évasion de ton mari ? Parce que, tu sais, aucune des preuves ne l'indique.”

Stephania le regarda posément. “Qu'as-tu fait ?”

“Je n'ai rien fait”, dit Lucious, qui semblait bien trop apprécier cette conversation. “En fait, j'ai déployé beaucoup d'efforts pour comprendre ce qui s'était vraiment passé. Beaucoup d'efforts.”

Pour Lucious, cela signifiait torturer des gens. Stephania n'avait rien contre la cruauté mais elle n'y trouvait certainement pas le plaisir qu'il y trouvait, lui.

Elle poussa un soupir. “Arrête ton petit jeu, Lucious. Qu'as-tu fait ?”

Lucious haussa les épaules. “Je me suis arrangé pour que tout se passe comme je le voulais”, dit-il. “Quand je parlerai à mon père, je lui dirai que Thanos a tué plusieurs gardes en s'enfuyant. Un autre garde a admis l'avoir aidé parce qu'il avait des sympathies pour les rebelles. Malheureusement, comme il n'a pas survécu, il ne peut pas nous répéter son histoire. Il avait le cœur faible.”

Visiblement, Lucious s'assurait qu'aucun de ceux qui avaient vu Stephania ne survive. Même Stephania se sentait dégoûtée par cette insensibilité, alors même qu'une autre partie d'elle-même essayait déjà de déterminer ce que cela signifiait pour elle dans le contexte de tout le reste.

“Hélas, on dirait qu'une de tes servantes a été prise en train de participer à l'intrigue”, dit Lucious. “On dirait que Thanos l'a séduite.”

A ce moment-là, Stephania fut prise par un accès de colère. “Ce sont mes servantes !”

Ce n'était pas seulement l'idée que l'on fasse du mal aux femmes qui la servaient avec tant de loyauté qui la choquait, bien qu'elle ait assez de mal à l'accepter. C'était l'idée que Lucious ose faire du mal à des personnes qui dépendaient si clairement d'elle. Ce n'était pas seulement l'idée que l'on fasse du mal à l'une de celles qui la servaient, c'était le fait qu'une telle ingérence l'insultait, elle !

“Et c'était là le problème”, dit Lucious. “Trop de gens l'avaient vue comploter pour toi. Quand j'ai proposé à cette fille de continuer à vivre en échange de tout ce qu'elle savait, elle a été très coopératrice.”

Stephania détourna le regard. “Pourquoi fais-tu tout ça, Lucious? Tu aurais pu me laisser partir avec Thanos.”

“Thanos ne te méritait pas”, dit Lucious. “Il ne méritait certainement pas d'être heureux.”

“Et pourquoi as-tu étouffé le rôle que j'ai joué dans cette affaire ?” demanda Stephania. “Tu aurais pu ne rien faire et me regarder me faire exécuter.”

“J'y ai bien pensé”, admit Lucious. “Ou du moins j'ai pensé tout révéler au roi puis lui demander le droit de t'épouser. Cependant, il y avait trop de risques qu'il te fasse exécuter d'emblée et nous ne pouvions pas prendre ce risque.”

Seul Lucious pouvait parler aussi ouvertement de ce type de chose ou penser que Stephania n'était qu'une chose qu'il pouvait demander à son père d'avoir, comme un jouet précieux. Rien qu'y penser donnait la chair de poule à Stephania.

“Cependant, à ce moment-là”, dit Lucious, “je me suis rendu compte que j'aimais bien trop ce petit jeu entre nous deux pour faire ce genre de chose. Ce n'est pas comme ça que je te veux, de toute façon. Je veux que tu sois mon égale, ma partenaire. Vraiment à moi.”

Stephania avança jusqu'au balcon, aussi bien pour y prendre l'air que pour autre chose. Quand il se tenait aussi près, Lucious sentait l'eau de rose et les parfums coûteux qu'il mettait à l'évidence pour qu'on ne sente plus le sang qu'il avait fait couler au cours du reste de ses activités quotidiennes.

“Que dis-tu ?” demanda Stephania, alors même qu'elle avait déjà une bonne idée, bien que partielle, de ce que Lucious allait lui demander. Elle s'était occupée de découvrir tout ce qu'il y avait à savoir sur les autres membres de la cour, y compris les appétits de Lucious.

Cela dit, elle n'avait peut-être pas si bien réussi que ça. Elle ne s'était pas rendue compte que Lucious s'était insinué dans son réseau d'informateurs et d'espions. Elle n'avait pas non plus été au courant de ce que faisait Thanos avant qu'il ne soit trop tard.

Cependant, elle ne pouvait pas comparer ces deux hommes. Lucious était complètement amoral, ne s'interdisait rien et cherchait activement de nouvelles façons de nuire à autrui. Thanos était fort, avait des principes, il était tendre et protecteur.

Cependant, c'était lui qui l'avait quittée. Il l'avait abandonnée en sachant ce qui risquait de se produire par la suite.

Lucious tendit la main vers celle de Stephania et la saisit avec beaucoup plus de douceur qu'il n'y parvenait d'habitude. Malgré cette douceur, Stephania fut obligée de retenir son envie de crispation quand il leva sa main jusqu'à ses lèvres et lui embrassa l'intérieur du poignet, juste à l'endroit où battait son pouls.

“Lucious”, dit Stephania en retirant sa main, “je suis mariée.”

“Pour moi, c'est rarement un problème”, précisa Lucious, “et soyons honnêtes, Stephania, ça m'étonnerait que ça en soit un pour toi.”

A ce moment, Stephania sentit la colère l'envahir à nouveau. “Tu ne sais rien sur moi.”

“Je sais tout sur toi”, dit Lucious, “et plus j'en apprends, plus je sais que nous sommes faits l'un pour l'autre.”

Stephania s'éloigna mais, évidemment, Lucious la suivit. Il n'était pas homme à accepter un refus.

“Penses-y, Stephania”, dit Lucious. “Je pensais que tu n'étais qu'une idiote mais, ensuite, j'ai entendu parler de la toile d'araignée que tu avais tissée à Delos. Sais-tu ce que j'ai ressenti à ce moment ?”

“Tu as été furieux que je te tourne en bourrique ?” suggéra Stephania.

“Fais attention”, dit Lucious. “Tu ferais mieux d'éviter que je me fâche contre toi. Non, j'ai ressenti de l'admiration. Avant, je pensais que tu étais peut-être bonne pour coucher avec pendant une ou deux nuits. Après, je me suis dit que tu étais peut-être une personne qui comprenait vraiment comment tourne le monde.”

Oh, comprit Stephania, mieux que ne pourrait jamais le savoir un homme comme Lucious. La position de Lucious le protégeait contre toutes les attaques du monde. Stephania n'avait que son ingéniosité.

“Et tu as décidé que nous serions le couple idéal”, dit Stephania. “Dans ce cas, dis-moi, que prévoyais-tu de faire contre mon mariage avec Thanos ?”

“Quelle importance ?” dit Lucious comme s'il n'avait qu'à claquer des doigts pour évacuer le problème. “Après ce qu'il a fait, j'aurais pensé que tu serais heureuse d'être débarrassée de cette liaison-là.”

Il serait avantageux de demander aux prêtres de s'en charger parce que, autrement, Stephania risquait de voir sa réputation salie par les crimes de Thanos. Elle serait toujours l'épouse du traître, même si Lucious s'était assuré que personne ne puisse jamais établir de lien entre elle et les crimes.

“Ou, si tu ne le veux pas”, dit Lucious, “je suis sûr qu'il sera facile d'assurer sa chute. Après tout, tu y étais presque arrivée toi-même. Peu importe où il est parti : on peut trouver un autre assassin. Tu pourrais te lamenter tout au long d'une période … convenable. Je suis sûr que le noir t'irait à ravir. Tu as l'air si charmante habillée des autres couleurs.”

Il y avait dans le regard de Lucious quelque chose qui mettait Stephania mal à l'aise, comme s'il essayait de deviner quel air elle aurait si elle ne portait rien du tout. Elle le regarda droit dans les yeux en essayant de garder un ton détaché.

“Et après ?” demanda-t-elle.

“Après, tu épouses un prince convenable”, dit Lucious. “Pense à tout ce que nous pourrions faire ensemble, avec les choses que tu sais et les choses que je peux. Nous pourrions régner sur l'Empire ensemble et la rébellion ne nous effleurerait jamais. Nous ferions un couple charmant, admets-le.”

A ce moment-là, Stephania rit. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. “Non, Lucious. C'est impensable parce que je ne ressens que du mépris pour toi. Tu es un voyou et, pire encore, c'est par ta faute que j'ai tout perdu. Pourquoi devrais-je jamais envisager de t'épouser ?”

Elle regarda se durcir les traits de Lucious.

“Je pourrais t'y forcer”, précisa Lucious. “Je pourrais te forcer à faire tout ce que je veux. T'imagines-tu que j'hésiterais à révéler le rôle que tu as joué dans l'évasion de Thanos ? Peut-être est-ce par précaution que j'ai gardé ta servante.”

“Tu essaies de me forcer à t'épouser ?” dit Stephania. Quel homme était-il pour en arriver là ?

Lucious ouvrit les mains. “Tu n'est pas si différente de moi, Stephania. Tu joues le jeu. Tu ne voudrais pas qu'un imbécile vienne te trouver avec des fleurs et des bijoux. De plus, tu apprendrais à m'aimer. Que tu le veuilles ou pas.”

Il tendit à nouveau la main vers elle et Stephania mit une main sur sa poitrine. “Touche-moi et tu mourras dans cette pièce.”

“Veux-tu vraiment que je révèle le rôle que tu as joué dans l'évasion de Thanos ?” demanda-t-il.

“Tu oublies celui que tu as joué toi-même”, dit Stephania. “Après tout, tu savais tout sur cette affaire. Comment le roi réagirait-il si je le lui disais ?”

A ce moment, elle s'attendait à ce que Lucious se mette en colère, ou même devienne violent. Au lieu de cela, elle le vit sourire.

“Je savais que tu étais la femme qu'il me fallait”, dit-il. “Même dans la position où tu te trouves, tu trouves le moyen de te défendre, et tu le fais bien. Ensemble, nous serons invincibles. Cela dit, il te faudra du temps pour le comprendre, je le sais. Tu as beaucoup souffert.”

A l'entendre, il était l'image même d'un prétendant soucieux et Stephania avait encore moins confiance en lui.

“Prends le temps de réfléchir à tout ce que j'ai dit”, dit Lucious. “Pense à tout ce que tu gagnerais si tu m'épousais. Ne serait-ce pas mieux que d'être l'épouse d'un traître ? Tu ne m'aimes pas encore mais les gens comme nous ne prennent pas leurs décisions en se basant sur cette sorte de stupidité. Nous prenons nos décisions parce que nous sommes supérieurs et nous reconnaissons ceux qui le sont comme nous quand nous les voyons.”

Stephania ne ressemblait en rien à Lucious mais n'était pas bête au point de le dire. Elle voulait juste qu'il s'en aille.

“Entre temps”, dit Lucious quand elle ne répondit pas, “j'ai un cadeau pour toi. Ta servante a pensé que tu pourrais en avoir besoin. Elle m'a dit toutes sortes de choses sur toi en me priant de l'épargner.”

Il sortit une fiole du sac qu'il portait à la ceinture et la posa sur la petite table près de la fenêtre.

“Elle m'a dit pourquoi tu t'étais enfuie du Festival de la Lune de Sang”, dit Lucious. “Elle m'a dit que tu étais enceinte. Tu comprends que je ne pourrais jamais élever l'enfant de Thanos. Bois ça et il ne se passera rien, dans tous les sens du terme.”

Stephania voulait lui lancer la fiole dessus. Elle la saisit pour le faire mais il avait déjà passé la porte.

Elle décida de la jeter quand même mais s'en empêcha. Elle se rassit à la fenêtre et la regarda fixement.

Le contenu était clair et la lumière du soleil le traversait en lui donnant l'air bien plus innocent qu'il ne l'était. Si elle le buvait, elle serait libre d'épouser Lucious, idée qui l'horrifiait. Pourtant, cela lui donnerait une des positions les plus puissantes de l'Empire. Si elle buvait le contenu de la fiole, elle renoncerait entièrement à Thanos.

Stephania resta assise là sans savoir que faire et, lentement, les larmes commencèrent à lui couler sur les joues.

Peut-être boirait-elle le contenu de la fiole, après tout.




CHAPITRE TROIS


Ceres essayait désespérément de regagner conscience, de traverser les voiles d'obscurité qui la tenaient prisonnière, comme une femme qui se noie et agite les bras et les jambes dans l'eau. Même à ce moment-là, elle entendait les cris des mourants. L'embuscade. La bataille. Il fallait qu'elle se force à se réveiller ou tout serait perdu ….

Elle ouvrit brusquement les yeux, se leva d'un bond, prête à poursuivre la bataille, ou du moins elle essaya. Quelque chose la retenait aux poings et aux chevilles. Elle finit par émerger du sommeil et vit où elle était.

Elle était entourée par des murs courbes en pierre qui lui laissaient tout juste assez d'espace pour rester allongée. Il n'y avait pas de lit, seulement un sol dur en pierre. Une petite fenêtre à barreaux laissait entrer de la lumière. Ceres sentait le poids de l'acier qui lui retenait les poings et les chevilles et voyait au mur le lourd tasseau auquel ses chaînes étaient fixées, ainsi que la porte épaisse à barres de fer qui montrait clairement qu'elle était prisonnière. La chaîne disparaissait par une fente pratiquée dans la porte, ce qui suggérait que, de l'extérieur, on pouvait tirer sur sa chaîne jusqu'au tasseau pour la plaquer contre le mur.

Quand elle se vit ainsi prisonnière, Ceres sentit la colère l'envahir. Elle tira sur le tasseau en essayant de l'arracher tout simplement du mur avec la force que lui donnaient ses pouvoirs. Sans effet.

C'était comme s'il y avait un brouillard à l'intérieur de sa tête. Elle essaya de le percer pour apercevoir le paysage qui se trouvait derrière. Ça et là, la lumière de ses souvenirs semblait percer ce brouillard mais seulement de manière fragmentée.

Elle se souvenait que les portes de la cité s'étaient ouvertes, que les “rebelles” leur avaient fait signe d'entrer. Ils étaient arrivés au pas de charge, s'étaient entièrement impliqués dans ce qui leur avait semblé être la bataille clé de la conquête de la cité.

Ceres s'affala à nouveau. Elle avait mal et certaines blessures étaient plus profondes que celles qu'elle avait au corps.

“Quelqu'un nous a trahis”, dit Ceres à voix basse.

Ils avaient été sur le point de remporter la victoire et quelqu'un avait trahi tout cela. Pour gagner de l'argent, parce qu'il avait eu peur ou besoin de pouvoir, quelqu'un avait dévoilé tout ce pour quoi ils avaient œuvré et les avait laissés se jeter dans un piège.

A ce moment, Ceres se souvint. Elle se souvint d'avoir vu le neveu de Lord West la gorge percée d'une flèche, l'expression d'impuissance et d'incrédulité qui lui avait traversé le visage avant qu'il ne tombe de selle.

Elle se souvint des flèches qui avaient occulté le soleil, ainsi que des barricades et du feu.

Les hommes de Lord West avaient essayé de répliquer aux tirs des archers. Lors de leur voyage vers Delos, Ceres avait vu qu'ils savaient tirer à l'arc de leur monture, chasser avec un petit arc et tirer au grand galop si nécessaire. Quand ils avaient tiré leurs premières flèches pour se défendre, Ceres avait même osé espérer, parce que ces hommes avaient l'air capables de surmonter tous les obstacles.

Ils avaient échoué. Comme les archers de Lucious avaient été cachés sur les toits, les hommes de Lord West avaient été trop désavantagés. Quelque part dans le chaos, l'ennemi avait aussi lancé des pots à feu et Ceres s'était sentie horrifiée quand elle avait vu les hommes se mettre à brûler. Seul Lucious était capable d'utiliser le feu comme arme dans sa propre cité sans se demander si les flammes ne risquaient pas de s'étendre aux maisons environnantes. Ceres avait vu des chevaux se cabrer, des hommes tomber de leur monture qui paniquait.

Ceres aurait dû pouvoir les sauver. Elle avait puisé en elle pour invoquer ses pouvoirs et n'y avait trouvé que du vide. Là où elle aurait dû trouver disponibles la force et les pouvoirs nécessaires à la destruction de ses ennemis, un gouffre lugubre béait.

Alors qu'elle cherchait encore ses pouvoirs, son cheval avait rué et l'avait faite tomber …

Ceres se força à revenir au moment présent, car il y avait des choses dont elle ne voulait pas trop se souvenir. Cela dit, le présent ne valait guère mieux parce que, à l'extérieur, Ceres entendait les cris d'un homme qui était apparemment en train de mourir.

Ceres se dirigea vers la fenêtre en tirant le plus possible sur ses chaînes. Rien que cette action représentait un gros effort. Elle avait l'impression que quelque chose l'avait vidée, lui avait retiré toute la force qu'elle aurait pu avoir. De toute façon, comme elle avait l'impression qu'elle pouvait tout juste se lever, il était impensable qu'elle puisse se libérer des chaînes qui la retenaient.

Elle réussit à atteindre la fenêtre et se saisit des barreaux comme si elle pouvait les arracher. En vérité, ce ne fut quasiment que grâce ces barreaux qu'elle arriva à rester debout en ce moment-là. Quand elle regarda la cour qui s'étendait au-delà de sa nouvelle cellule, ce soutien lui fut indispensable.

Ceres y vit les hommes de Lord West, alignés en rangées de soldats. Ils portaient encore tous les restes de leur armure, même si, dans de nombreux cas, des morceaux en étaient brisés ou arrachés; de plus, plus aucun d'eux n'avait ses armes. Ils avaient les mains attachées et beaucoup d'entre eux étaient à genoux. Cette position l'attristait. Elle montrait plus clairement leur défaite que quoi que ce soit d'autre.

Ceres reconnut d'autres hommes, des rebelles, et, quand elle les vit, elle eut une réaction encore plus viscérale. Les hommes de Lord West l'avaient suivie de leur plein gré. Ils avaient risqué leur vie pour elle et Ceres s'en sentait responsable, mais les hommes et les femmes d'en dessous étaient des gens qu'elle connaissait.

Elle vit Anka. Anka était attachée au milieu de tous les autres, attachée par les bras à un poteau, assez haut pour qu'elle ne puisse ni s'asseoir, ni s'agenouiller ni se reposer. Dès qu'elle osait se détendre, une corde placée au niveau de sa gorge menaçait de commencer à l'étouffer. Ceres voyait qu'elle avait le visage en sang et qu'on ne s'était pas soucié de l'essuyer, comme si elle n'avait aucune importance.

Quand Ceres vit cette triste scène, elle se sentit malade. C'étaient des amis, des gens que Ceres connaissait depuis des années dans certains cas. Certains d'entre eux étaient blessés. Quand Ceres s'en aperçut, elle sentit la colère l'envahir, parce que personne n'essayait de les aider. Au lieu de ça, ils étaient à genoux ou debout, tout comme les soldats.

De plus, Ceres voyait à côté de quoi ils attendaient. Elle ignorait à quoi servaient beaucoup de ces objets mais elle pouvait le deviner en regardant les autres. Il y avait des poteaux à empaler et des blocs de décapitation, des potences et des brasiers aux fers chauds. Parmi tant d'autres. Il y en avait tant d'autres que Ceres avait peine à comprendre l'esprit qui avait pu décider de faire tout cela.

Ensuite, elle vit Lucious parmi ces engins de torture et elle comprit. C'était lui qui décidait et, dans une certaine mesure, elle aussi. Si seulement elle l'avait pourchassé plus vite quand il avait lancé son défi ! Si seulement elle avait trouvé le moyen de le tuer plus tôt !

Debout au-dessus du soldat qui hurlait, Lucious le transperçait d'une épée en la tordant pour le faire à nouveau crier à l'agonie. Ceres vit qu'une petite foule de tortionnaires et de bourreaux en capuchon noir l'entourait et regardait la scène comme pour prendre des notes, ou peut-être seulement parce qu'ils appréciaient de voir quelqu'un qui avait une passion perverse pour leur profession. Ceres aurait voulu pouvoir tendre les bras et tous les tuer.

Lucious leva les yeux et Ceres sentit le moment où il croisa le regard avec elle. Cela ressemblait à un sujet de chanson de barde sur des amoureux qui se rencontrent pour la première fois dans une pièce, sauf qu'ici, il n'y avait que de la haine entre eux. A ce moment-là, Ceres aurait tué Lucious par tous les moyens possibles et elle voyait ce qu'il prévoyait pour elle.

Elle vit son sourire se répandre lentement sur son visage et il tordit l'épée une dernière fois sans détacher son regard de celui de Ceres. Ensuite, il se redressa et essuya distraitement ses mains ensanglantées sur un chiffon. Il resta là comme un acteur qui va faire un discours à un public qui attend. Pour Ceres, il ressemblait seulement à un boucher.

“Tous les hommes et toutes les femmes présents ici ont trahi l'Empire”, déclara Lucious. “Cependant, je pense que nous savons tous que ce n'est pas votre faute. On a vous a induits en erreur. D'autres personnes vous ont corrompus. Surtout une.”

Ceres vit qu'il lui lançait un autre regard.

“Par conséquent, je vais avoir de la pitié pour les traîtres ordinaires qui sont parmi vous. Venez à moi en rampant. Suppliez-moi de devenir mes esclaves et vous aurez le droit de vivre. L'Empire a toujours besoin de nouvelles bêtes de somme.”

Aucun des prisonniers ne bougea. Ceres ne savait pas s'il fallait ressentir de la fierté pour eux ou leur crier d'accepter la proposition. Après tout, ils savaient forcément ce qui les attendait.

“Non ?” dit Lucious d'un ton qui trahissait quelque peu sa surprise. Ceres pensa qu'il s'était peut-être vraiment attendu à ce que tous les gens présents acceptent de devenir des esclaves pour survivre. Peut-être ne comprenait-il pas vraiment ce qu'était la rébellion, ou qu'il y avait des choses pires que la mort. “Personne ?”

A ce moment, Ceres vit son prétendu calme lui échapper comme un masque et révéler ce qui se trouvait en dessous.

“Voilà ce qui arrive quand les idiots que vous êtes se mettent à écouter la racaille qui veut les induire en erreur !” dit Lucious. “Vous oubliez le rang qui est le vôtre ! Vous oubliez que tout ce que vous faites, vous, les paysans, a ses conséquences ! Puisque c'est comme ça, je vais vous le rappeler, moi, qu'il y a des conséquences. Vous allez mourir jusqu'au dernier et, vu comment ça va se passer, les gens en parleront à voix basse rien que quand ils penseront à trahir leurs supérieurs. De plus, pour m'en assurer, je vais emmener vos familles ici pour qu'elles regardent. Je vais les chasser de leurs pitoyables taudis par le feu et je vais les forcer à vous écouter hurler !”

De toute façon, il en était capable; Ceres n'avait aucun doute sur la question. Elle le vit montrer du doigt un des soldats puis un des appareils qui attendaient.

“Commencez par celui-ci. Commencez p ar n'importe lequel. Ça m'est égal. Assurez-vous seulement qu'ils souffrent avant de mourir.” Il montra du doigt la cellule de Ceres. “Et assurez-vous qu'elle soit la dernière. Forcez-la à tous les regarder mourir. Je veux que ça la rende folle. Je veux qu'elle comprenne qu'elle est totalement démunie, même si elle se vante auprès de ses hommes d'avoir le sang des Anciens.”

A ce moment, Ceres se recula brusquement des barreaux mais il devait y avoir des hommes qui attendaient de l'autre côté de la porte car les chaînes qu'elle avait aux poings et aux chevilles se raidirent et la ramenèrent de force contre le mur et la plaquèrent de telle sorte qu'elle ne pouvait pas bouger plus de quelques centimètres dans un sens ou dans l'autre. Elle ne pouvait plus du tout se détourner de la fenêtre, par laquelle elle voyait un des bourreaux vérifier si une hache était bien aiguisée.

“Non”, dit-elle en essayant de se donner une confiance qu'elle ne ressentait pas à ce moment-là. “Non, je ne vais laisser faire ça. Je vais trouver un moyen de l'empêcher.”

A ce moment-là, elle n'invoqua pas ses pouvoirs intérieurs. Elle plongea dans l'espace où, d'habitude, elle trouvait l'énergie qui l'attendait. Ceres se força à rechercher l'état d'esprit que le Peuple de la Forêt lui avait enseigné. Elle partit à la recherche des pouvoirs qu'elle avait conquis avec autant d'assurance que si elle chassait un animal caché.

Pourtant, ses pouvoirs restaient aussi insaisissables que le type d'animal en question. Ceres essaya tout ce qui lui vint en tête. Elle essaya de se calmer. Elle essaya de se souvenir des sensations qu'elle avait ressenties quand elle avait utilisé ses pouvoirs. Elle essaya de les faire couler en elle par un effort de volonté. Désespérée, Ceres essaya même de supplier ses pouvoirs, de les amadouer comme s'ils étaient vraiment un être séparé et non un simple fragment d'elle-même.

Rien ne fonctionna et Ceres se jeta contre les chaînes qui la détenaient. Elle les sentit mordre dans ses poings et ses chevilles quand elle se jeta vers l'avant, mais elle ne put gagner ne serait-ce qu'un bras de latitude.

Ceres aurait dû pouvoir briser l'acier facilement. Elle aurait dû pouvoir se libérer et sauver tous ceux qui étaient dans la cour. Elle l'aurait dû mais, à ce moment-là, elle ne le pouvait pas et le pire était qu'elle ne savait même pas pourquoi. Pourquoi les pouvoirs qu'elle avait déjà tant utilisés l'avaient-ils abandonnée si brusquement ? Pourquoi en était-elle arrivée là ?

Pourquoi ne pouvait-elle pas forcer ses pouvoirs à lui obéir ? Luttant désespérément pour arriver à faire quelque chose, pour arriver à se rendre utile, Ceres sentit les larmes lui monter aux yeux.

A l'extérieur, les exécutions commençaient et Ceres ne pouvait rien faire pour les arrêter.

Pire encore, elle savait que, quand Lucious en aurait fini avec ceux qui se trouvaient à l'extérieur, ce serait son tour.




CHAPITRE QUATRE


Sartes se réveilla prêt à se battre. Il essaya de se relever, n'y arriva pas, se débattit et fut repoussé en arrière par la botte d'une personne à l'air sévère qui se tenait en face.

“Tu t'imagines que t'as la place de bouger, ici ?” dit l'individu d'un ton sec.

L'homme avait le crâne rasé et était tatoué. Il avait perdu un doigt, sans doute à la suite d'une bagarre. Avant, Sartes aurait probablement tremblé de peur devant un homme comme celui-là. Cela dit, depuis, il avait connu l'armée et la rébellion qui avait suivi. Depuis, il avait vu à quoi ressemblait la vraie violence.

Il y avait d'autres hommes en ce lieu, serrés dans un petit espace aux parois plaquées de bois où seules quelques fentes laissaient entrer la lumière. Il y en avait assez pour que Sartes y voie et ce qu'il voyait était loin d'être encourageant. L'homme qui se trouvait en face de lui était probablement un de ceux qui avaient l'air le moins sauvage. Ce fut le nombre de ces hommes qui effraya temporairement Sartes, et pas seulement à cause de ce qu'ils pouvaient lui faire. Qu'est-ce qui pouvait bien l'attendre s'il se retrouvait à l'étroit avec des hommes de cette sorte ?

Il eut une sensation de mouvement et prit le risque de tourner le dos au groupe de voyous pour pouvoir regarder par une des fentes des parois en bois. A l'extérieur, il vit défiler un paysage poussiéreux et rocailleux. Il ne reconnut pas l'endroit. Était-ce loin de Delos ?

“Une charrette”, dit-il. “Nous sommes dans une charrette.”

“Écoutez donc ce gosse”, dit l'homme au crâne rasé. Il imita approximativement la voix de Sartes en la déformant à un tel point qu'elle en était méconnaissable. “Nous sommes dans une charrette. C'est un génie, ce gamin. Bon, le génie, tu pourrais pas te taire ? C'est bien assez pénible d'être en route pour les fosses de bitume sans que tu te mettes à causer.”

“Les fosses de bitume ?” dit Sartes, et il vit un éclair de colère traverser le visage de l'autre homme.

“Je croyais que je t'avais dit de te taire”, dit sèchement le voyou. “Peut-être que si je te fais bouffer quelques-unes de tes dents, ça te le rappellera.”

Un autre homme s'étira. Il semblait y avoir tout juste assez d'espace pour le contenir. “Le seul que j'entends parler, c'est toi. Vous pourriez pas la fermer tous les deux ?”

La vitesse de réaction de l'homme au crâne rasé en dit long à Sartes sur le danger qu'il représentait. Sartes pensa que ce moment ne lui avait fait que des ennemis mais l'armée lui avait appris que les hommes de ce type n'avaient pas d'amis : ils avaient des dépendants et des victimes.

C'était difficile de se taire, maintenant qu'il savait où ils allaient. Les fosses de bitume étaient une des pires condamnations dispensées par l'Empire; l'endroit était si dangereux et si désagréable que ceux qu'on y envoyait survivaient rarement une année. C'était un lieu chaud et mortel où l'on voyait les os des dragons morts dépasser du sol. Là-bas, les gardes n'avaient pas peur de jeter dans le bitume les prisonniers malades ou ceux qui s'effondraient.

Sartes essaya de se souvenir comment il en était arrivé là. Pour la rébellion, il avait recherché une porte par laquelle Ceres et les hommes de Lord West pourraient entrer dans la cité. Il l’avait trouvée. Sartes se souvenait de l'exultation qu'il avait alors ressentie, parce que tout avait été parfait. Il était reparti transmettre la nouvelle aux autres au pas de course.

Il avait été sur le point d'y parvenir quand une silhouette vêtue d'un manteau s'était saisie de lui. Il avait été si près de réussir qu'il avait eu l'impression de pouvoir tendre le bras et toucher l'entrée de la cachette de la rébellion. Il avait eu l'impression d'être finalement en sécurité et ils l'avaient privé de cette sécurité.

“Lady Stephania vous envoie le bonjour.”

Ces mots résonnaient dans la mémoire de Sartes. Ils avaient été les derniers mots qu'il avait entendus avant qu'on l'assomme. Ils lui avaient dit en même temps qui l'avait capturé et qu'il avait échoué. Ils l’avaient laissé frôler la réussite et, à ce moment-là, ils l'en avaient privé.

Ils avaient privé Ceres et les autres des informations que Sartes avait réussi à trouver. Il se mit à s'inquiéter pour sa sœur, pour son père, Anka et la rébellion, car il ne savait pas ce qui avait pu leur arriver sans la porte qu'il avait réussi à leur trouver. Allaient-ils pouvoir entrer dans la cité sans son aide ?

Est-ce qu'ils avaient pu le faire, se corrigea Sartes, parce que, à présent, d'une façon ou d'une autre, les jeux étaient faits. Ils avaient dû trouver une autre porte, ou une autre façon d'entrer dans la cité, non ? Il le fallait bien, car que pouvaient-ils faire d'autre ?

Sartes ne voulait pas y penser mais c'était impossible de l'éviter. L'autre possibilité, c'était qu'ils aient échoué. Dans le meilleur des cas, ils auraient pu se rendre compte qu'il était impossible d'entrer sans conquérir une porte et se retrouver piégés là pendant que l'armée avançait. Au pire … au pire, ils étaient peut-être déjà morts.

Sartes secoua la tête. Il refusait d'y croire. Il ne pouvait pas y croire. Ceres trouverait un moyen de s'en sortir et de gagner. Anka avait autant de ressources que toutes les personnes qu'il avait croisées dans sa vie. Son père était fort et solide et les autres rebelles avaient la détermination que leur inspirait la justesse de leur cause. Ils trouveraient le moyen de vaincre.

Sartes était obligé de se dire que ce qui lui arrivait serait tout aussi temporaire. Les rebelles allaient gagner, ce qui signifiait qu'ils captureraient Stephania et qu'elle leur dirait ce qu'elle avait fait. Ils viendraient le chercher, comme son père et Anka étaient venus quand il avait été coincé dans le camp de l'armée.

Cependant, l'endroit où ils seraient forcés de venir le chercher était terrible. Alors que la charrette traversait le paysage avec moult cahots, Sartes regarda à l'extérieur et vit la plaine se couvrir de fosses et d'un environnement rocheux, de mares bouillonnantes pleines d'obscurité et de chaleur. Même de là où il était, il sentait l'odeur âcre et amère du bitume.

Il y avait des gens qui travaillaient alignés. Sartes voyait les chaînes qui les attachaient deux par deux alors qu'ils récupéraient le bitume avec des seaux et le rassemblaient pour que d'autres puissent s'en servir. Il voyait les gardes qui les surveillaient le fouet à la main et, alors que Sartes regardait, un homme s'écroula sous la volée de coups qu'il recevait. Les gardes le détachèrent de ses chaînes et, d'un coup de pied, le firent tomber dans la fosse à bitume la plus proche. Le bitume mit longtemps à étouffer ses cris.

Sartes voulut regarder ailleurs mais ne le put pas. Il ne pouvait se détourner d'une telle horreur, des cages qui, à l'air libre, étaient visiblement les logements des prisonniers, des gardes qui les traitaient comme s'ils n'étaient que des animaux.

Il regarda jusqu'à ce que la charrette s'arrête et que les soldats l'ouvrent leur arme dans une main et les chaînes dans l'autre.

“Dehors, les prisonniers”, cria l'un d'eux. “Dehors ou on met le feu à cette charrette avec vous à l'intérieur, racaille !”

Sartes sortit dans la lumière avec les autres en traînant les pieds et il put alors voir toute l'horreur de la scène. Les fumées qui s'en dégageaient étaient presque insupportables. Les fosses de bitume qui les entouraient bouillonnaient de façon étrange et imprévisible. Alors même que Sartes regardait, une partie du sol près d'un des puits céda et s'effondra dans le bitume.

“Ce sont les fosses de bitume”, annonça le soldat qui avait parlé. “Ne vous fatiguez pas à essayer de vous y habituer. Vous serez tous morts avant.”

Le pire, soupçonna Sartes alors qu'ils lui fixaient une menotte à la cheville, était qu'ils avaient peut-être raison.




CHAPITRE CINQ


Thanos fit glisser son petit bateau vers le haut de la plage de schiste en évitant de regarder les menottes qui y avaient été scellées en dessous de la ligne des marées. Il remonta puis quitta la plage, se sentant exposé à chaque pas qu'il faisait sur la roche grise locale. Il était beaucoup trop facile d'être vu sur la plage et Thanos ne voulait surtout pas se faire repérer à un endroit comme celui-là.

Il gravit un sentier et s'arrêta. Il ressentit un mélange de colère et de dégoût quand il vit ce qui se trouvait de chaque côté du sentier. A cet endroit, il y avait des engins, des gibets et des piques, des roues et des potences, tous visiblement prévus pour infliger une mort désagréable aux prisonniers de l'île. Thanos avait entendu parler de l'Île des Prisonniers mais, en dépit de cela, la cruauté de cet endroit lui donnait envie de le détruire.

Il continua à monter par le sentier en pensant à ce que ressentaient ceux que l'on emmenait ici et qui, prisonniers de ces murs de roche, savaient que seule la mort les attendait. Est-ce que Ceres avait vraiment fini ici ? Rien qu'en l'imaginant, Thanos avait mal au ventre.

Devant lui, Thanos entendit des cris de douleur, des cris de joie et des hurlements qui avaient l'air presque aussi animaux qu'humains. Il y avait quelque chose chez ce son qui le fit s'arrêter sur place : son corps lui disait de se préparer à la violence. Il remonta le sentier plus vite, en levant la tête par dessus les rochers qui lui bloquaient la vue.

Ce qu'il vit au-delà des rochers le pétrifia. Un homme courait et ses pieds nus laissaient des traces ensanglantées sur le sol rocheux. Il portait des vêtements qui étaient déchirés et lacérés, avec une manche qui lui pendait à l'épaule. Une grande déchirure au dos montrait la blessure qui se trouvait en dessous. Il avait la barbe encore plus en bataille que les cheveux. Ses vêtements déchirés étaient en soie et c'était la seule chose qui indiquait qu'il n'avait pas vécu toute la vie en sauvage.

L'homme qui le poursuivait avait l'air, si possible, encore plus sauvage, et il avait quelque chose qui faisait que Thanos avait l'impression d'être la proie d'un grand animal rien qu'en le regardant. Il portait un patchwork de vêtements en cuir qui semblaient avoir été volés à une dizaine de personnes différentes et avait le visage couvert de traits de boue qui formaient un dessin conçu, soupçonnait Thanos, pour lui permettre d'avancer caché dans la forêt. Il tenait un gourdin et un petit poignard et les cris de joie qu'il poussait en poursuivant l'autre homme faisaient se dresser les cheveux sur la tête à Thanos.

Instinctivement, Thanos avança. Il ne pouvait pas se contenter de regarder, inactif, quelqu'un se faire assassiner, même en ce lieu où tous les prisonniers avaient été envoyés parce qu'ils avaient commis un crime ou un autre. Il escalada précipitamment la pente puis redescendit à toute vitesse vers un lieu où les deux hommes allaient passer. Le premier homme l'évita. Le second s'arrêta avec un sourire carnassier.

“Un autre gibier, dirait-on”, dit-il avant de se jeter sur Thanos.

Thanos réagit à la vitesse que lui avaient conférée ses années d'entraînement. Il esquiva le premier coup de couteau. Le gourdin le frappa à l'épaule mais il ignora la douleur. Il envoya un violent coup de poing et sentit l'impact quand ce dernier entra en contact avec la mâchoire de l'autre homme. Le sauvage tomba. Il avait perdu conscience avant de toucher le sol.

Thanos regarda autour de lui et vit le premier homme le regarder fixement.

“Ne t'inquiète pas”, dit Thanos, “je ne te ferai pas de mal. Je m'appelle Thanos.”

“Herek”, dit l'autre homme. Thanos trouva qu'il avait la voix rauque, comme s'il n'avait parlé à personne depuis longtemps. “Je —”

Un autre hurlement se fit entendre de la partie boisée de l'île. Cette fois-ci, Thanos eut l'impression qu'il s'agissait de nombreuses voix qui, rassemblées, formaient une chose que même lui trouva terrifiante.

“Vite, par ici.”

L'autre homme saisit Thanos par le bras et le tira vers une série de rochers plus élevés. Thanos le suivit et, en se penchant, il entra dans un espace qui était invisible depuis le sentier principal mais d'où ils allaient quand même pouvoir guetter tout signe de danger. Ils s'y terrèrent. Thanos sentait la peur de l'autre homme et il essaya de rester aussi immobile que possible.

Thanos se dit qu'il aurait dû prendre le couteau à l'homme qu'il avait assommé mais il était trop tard, maintenant. Tout ce qu'ils pouvaient faire, c'était rester là en attendant que les autres poursuivants descendent vers l'endroit où ils avaient été.

Il les vit approcher en groupe et ils étaient tous différents. Ils tenaient tous des armes qu'ils avaient visiblement fabriquées avec tous les matériaux qu'ils avaient trouvés sur place. Quant à ceux qui portaient plus qu'un simple semblant de vêtements, tout ce qu'ils portaient ressemblait à un mélange fantasque de choses visiblement volées. Il y avait des hommes et des femmes et ils avaient l'air affamés, dangereux, faméliques et cruels.

Thanos vit une des femmes toucher l'homme inconscient du pied. A ce moment, il sentit la peur le traverser parce que, si l'homme se réveillait, il pourrait dire aux autres ce qui s'était passé et les autres se mettraient à fouiller les lieux.

Pourtant, il ne se réveilla pas parce que la femme se mit à genoux et lui trancha la gorge.

A cette vue, Thanos se crispa. A côté de lui, Herek lui posa une main sur le bras.

“Les Abandonnés n'ont pas le temps de se laisser aller à quelque faiblesse que ce soit”, murmura-t-il. “Ils s'en prennent à tous ceux qu'ils peuvent parce que ceux de la forteresse ne leur donnent rien.”

“Ils sont prisonniers ?” demanda Thanos.

“Nous sommes tous prisonniers ici”, répondit Herek. “Même les gardes ne sont que des prisonniers qui sont arrivés en haut de l'échelle et qui aiment assez la cruauté pour exécuter les basses œuvres de l'Empire. Sauf que toi, tu n'es pas prisonnier, hein ? Tu ne ressembles pas à un homme qui a survécu à la forteresse.”

“Effectivement”, admit Thanos. “Cet endroit … c'est la violence infligée par des prisonniers à d'autres prisonniers ?”

Le pire, c'était qu'il l'imaginait sans difficulté. C'était le type d'idée que le roi, son père, était capable d'avoir. Placer des prisonniers dans une sorte d'enfer puis leur donner pour seule chance d'échapper à d'autres tortures celle d'écraser les autres prisonniers.

“Les Abandonnés sont les pires”, dit Herek. “Si les prisonniers refusent de se soumettre, s'ils sont trop furieux ou têtus, s'ils refusent de travailler ou s'ils se défendent trop, on les jette ici sans rien. Les gardiens les pourchassent. La plupart d'entre eux les supplient de les reprendre.”

Thanos ne voulait pas y penser mais il fallait qu'il le fasse parce que Ceres était peut-être ici. Sans détourner le regard du groupe de prisonniers féroces, il continua à parler à Herek à voix basse.

“Je cherche quelqu'un”, dit Thanos. “Elle a peut-être été emmenée ici. Elle s'appelle Ceres. Elle a combattu au Stade.”

“La princesse seigneur de guerre”, répondit Herek dans un murmure. “Je l'ai vue se battre au Stade. Mais non, si on l'avait emmenée ici, je l'aurais su. Ils aimaient faire défiler les nouveaux arrivants devant nous pour qu'ils voient ce qui les attendait. Je me serais souvenu d'elle.”

Le découragement donna à Thanos la sensation qu'on venait de jeter son cœur dans une mare. Il avait été vraiment sûr que Ceres serait ici. Il s'était entièrement dévoué à atteindre cette île parce que c'était tout simplement le seul indice qu'il ait sur l'endroit où Ceres pouvait se trouver. Si elle n'était pas ici … où pourrait-il aller la chercher ?

L'espoir qu'il avait eu commença à s'écouler aussi fatalement que le sang qui coulait des pieds d'Herek là où les rochers les avaient coupés.

Le sang que les Abandonnés fixaient du regard à l'instant même, en remontant la piste …

“Cours !” hurla Thanos en entraînant Herek, faisant passer l'urgence avant son cœur brisé.

Il foula le sol inégal des rochers et partit dans la direction de la forteresse pour la simple raison qu'il s'imaginait que c'était une direction dans laquelle leurs poursuivants ne voudraient pas aller. Pourtant, ils les suivirent quand même et Thanos dut traîner Herek derrière lui pour qu'il coure sans s'arrêter.

Une lance frôla la tête à Thanos, qui tressaillit mais ne s'arrêta pas. Il osa jeter un coup d’œil derrière lui. Les maigres silhouettes des prisonniers se rapprochaient, les pourchassaient avec autant d'assurance qu'une meute de loups. Thanos savait qu'il fallait qu'il se retourne et se batte, mais il n'avait pas d'arme. Dans le meilleur des cas, il pourrait se saisir d'une pierre.

Des silhouettes en cuir noir et en cotte de mailles s'élevèrent des rochers devant Herek et Thanos, l'arc à la main. Par instinct, Thanos s'aplatit au sol avec Herek.

Les flèches volèrent par-dessus et Thanos vit le groupe de prisonniers sauvages tomber comme du blé que l'on fauche. Une femme fit demi-tour pour s'enfuir mais reçut une flèche dans le dos.

Thanos se releva. Trois hommes se dirigèrent vers eux. Celui qui se trouvait à leur tête avait les cheveux argentés et les traits anguleux. Alors qu'il approchait, il rangea son arc dans son dos et sortit un long couteau.

“Tu es le Prince Thanos ?” demanda-t-il quand il approcha.

A ce moment, Thanos sut qu'on l'avait trahi. Le capitaine du bateau de contrebande avait révélé sa présence pour qu'on lui donne de l'or ou parce qu'il ne voulait simplement pas s'embêter.

Il se força à se tenir droit. “Oui, je suis Thanos”, dit-il. “Et vous ?”

“Je m'appelle Elsius, gardien de cet endroit. Avant, on m'appelait Elsius le Boucher. Elsius le Tueur. Or, ceux que je tue méritent leur sort.”

Thanos avait entendu ce nom. C'était un nom que les enfants avec lesquels il avait grandi avaient utilisé pour essayer de se faire peur les uns aux autres, le nom d'un noble qui avait tellement tué que même l'Empire avait considéré qu'il était trop cruel pour rester en liberté. On avait inventé des histoires sur ce qu'il avait fait à ceux qu'il avait attrapés. Du moins, Thanos avait espéré que ces histoires avaient été inventées.

“Allez-vous essayer de me tuer, maintenant ?”

Thanos leur parlait sur un ton rebelle alors qu'il était désarmé.

“Oh non, mon prince, nous avons prévu beaucoup mieux pour vous. Votre compagnon, par contre …”

Thanos vit Herek essayer de se relever, mais il ne fut pas assez rapide. Le chef s'avança et le poignarda vite et efficacement. La lame entra et ressortit de lui. Le chef le tint en l'air, comme pour l'empêcher de mourir avant qu'il ne soit prêt.

Finalement, il laissa retomber le cadavre du prisonnier. Quand il se tourna vers Thanos, son visage affichait un rictus qui n'avait presque rien d'humain.

“Quelle impression cela vous fait-il de vous retrouver prisonnier, Prince Thanos ?” demanda-t-il.




CHAPITRE SIX


Lucious avait fini par aimer l'odeur des maisons en feu. Il y trouvait du réconfort et se sentait excité à l'idée de tout ce qui allait venir.

“Attendez-les”, dit-il, perché sur un grand destrier.

Autour de lui, ses hommes s'étaient disposés pour encercler les maisons qu'ils brûlaient. C'étaient à peine des maisons, plutôt des taudis de paysans, si pauvres qu'il ne valait même pas la peine de les piller. Peut-être chercheraient-ils dans les cendres par la suite.

Cela dit, pour l'instant, c'était le moment de s'amuser.

Lucious vit un léger mouvement quand les premières personnes s'enfuirent de chez elles en hurlant. Il les désigna d'une main gantée. La lumière du soleil se reflétait sur l'or de son armure.

“Là-bas !”

D'un coup d'éperon, il fit partir son cheval au pas de course, leva une lance et la jeta vers une des personnes qui couraient. A côté de lui, ses hommes rattrapaient des hommes et des femmes, leur donnaient des coups d'épée et les tuaient. Ce n'était qu'à quelques rares occasions qu'ils en laissaient vivre quelques-uns, quand il leur semblait évident qu'ils rapporteraient plus au marché des esclaves.

Lucious avait constaté que brûler un village était tout un art. Il était important de ne pas se contenter de foncer à l'aveuglette et de tout mettre à feu. C'était ce que faisaient les amateurs. Si on se précipitait sans préparation, les gens s'enfuyaient. Si on brûlait les choses dans le mauvais ordre, on risquait de laisser passer des marchandises précieuses. Si on laissait fuir trop de gens, les lignes d'esclaves étaient plus courtes qu'elles n'auraient dû l'être.

La clé, c'était la préparation. Il ordonnait à ses hommes de former un cordon à l'extérieur du village bien avant d'y entrer à cheval en portant son inévitable armure. Certains des paysans s'étaient enfuis rien qu'en la voyant et Lucious l'avait apprécié. C'était bon d'être craint. Il était normal qu'il le soit.

Maintenant, ils avaient atteint l'étape suivante, celle où ils brûlaient certaines des maisons qui avaient le moins de valeur. Par dessus, bien sûr, en jetant des torches dans le chaume. Les gens ne pouvaient pas s'enfuir si on mettait le feu à leur cachette au niveau du sol et, s'ils ne s'enfuyaient pas, on ne s'amusait pas.

Plus tard, il y aurait une séance de pillage plus traditionnel, suivie par une séance de torture de ceux que l'on soupçonnait d'avoir de la sympathie pour les rebelles ou qui ne faisaient peut-être que dissimuler des objets de valeur. Ensuite, il y aurait évidemment les exécutions. Lucious sourit en y pensant. D'habitude, il se contentait de faire un exemple. Cela dit, aujourd'hui, il comptait aller … plus loin.

Il se mit à penser à Stephania en traversant le village à cheval et en sortant son épée pour donner des coups de tous côtés. D'habitude, il aurait mal réagi si on l'avait rejeté comme l'avait fait Stephania. Si une des jeunes femmes de ce village essayait de le faire, Lucious les ferait probablement dépecer vivantes au lieu de simplement les envoyer aux fosses aux esclaves.

Cela dit, Stephania était différente. Ce n'était pas seulement qu'elle était belle et élégante. Quand il avait cru qu'elle n'était rien d'autre, il avait trouvé normal de tout simplement la dresser, comme si elle avait été un superbe animal de compagnie.

Maintenant qu'il s'avérait qu'elle était plus que ça, Lucious sentait ses sentiments évoluer et s'enrichir. Elle n'était pas seulement l'ornement parfait pour un futur roi : elle était une personne qui comprenait comment tournait le monde et qui n'hésiterait pas à comploter pour obtenir ce qu'elle voulait.

C'était en grande partie pour cette raison que Lucious avait décidé de l'épargner : il aimait trop leur petit jeu. Il l'avait acculée et elle l'avait accepté comme acolyte. Il se demanda quelle serait sa prochaine décision.

Il fut arraché à ses pensées quand il vit deux de ses hommes tenir une famille à la pointe de l'épée : un homme gras, une femme plus âgée et trois enfants.

“Pourquoi sont-ils encore en vie ?” demanda Lucious.

“Votre altesse”, pria l'homme, “je vous en prie. Dans ma famille, nous avons toujours été les sujets les plus loyaux de votre père. Nous n'avons rien à voir avec la rébellion.”

“Donc, vous dites que je me suis trompé ?” demanda Lucious.

“Nous sommes loyaux, votre altesse. Je vous en prie.”

Lucious pencha la tête de côté. “Très bien. A cause de ta loyauté, je vais être généreux. Je vais permettre à un de tes enfants de vivre. Je vais même te laisser choisir lequel. En fait, je te l'ordonne.”

“M-mais … nous ne pouvons pas choisir entre nos enfants”, dit l'homme.

Lucious se tourna vers ses hommes. “Vous voyez ? Même quand je leur donne des ordres, ils n'obéissent pas. Tuez-les tous et ne me faites plus perdre mon temps avec des gens comme ça. Tous les habitants de ce village doivent être tués ou réduits en esclavage. Ne me forcez pas à me répéter.”

Il s'éloigna vers d'autres bâtiments en feu pendant que les cris commençaient à retentir derrière lui. Cette matinée devenait vraiment passionnante.




CHAPITRE SEPT


“Travaillez plus vite, bande de fainéants !” cria le garde, et Sartes grimaça quand le fouet lui infligea une douleur cuisante au dos. S'il l'avait pu, il se serait retourné et aurait affronté le garde, mais sans arme, c'était du suicide.

Au lieu d'une arme, il avait un seau. Il était enchaîné à un autre prisonnier et on s'attendait à ce qu'il récolte le bitume et le verse dans de grands barils qui seraient ensuite extraits de la fosse. Le bitume était peut-être utilisé pour calfater les bateaux et boucher les toits, aligner les pavés les plus lisses et imperméabiliser les murs. C'était un travail dur et devoir le faire enchaîné à quelqu'un d'autre ne faisait que le rendre encore plus dur.

Le garçon auquel il était enchaîné n'était pas plus grand que Sartes et avait l'air bien plus mince. Sartes ne connaissait pas encore son nom parce que les gardes punissaient tous ceux qui parlaient trop. Ils pensaient probablement qu'ils préparaient une révolte, se dit Sartes. Quand on regardait certains des hommes qui se tenaient autour d'eux, on se disait qu'ils avaient raison.

Les fosses de bitume étaient un lieu où l'on envoyait certains des pires citoyens de Delos et ça se voyait. Il y avait des bagarres pour la nourriture, ou simplement pour décider qui était le plus fort, alors qu'en fait aucun d'eux ne durait longtemps. Quand les gardes regardaient, les hommes gardaient la tête baissée. Ceux qui ne baissaient pas la tête se faisaient vite battre ou jeter dans le bitume.

Le garçon qui était actuellement enchaîné à Sartes avait l'air différent de la majorité des autres. Il était maigre comme un clou et très grand. A le voir, on se disait qu'il risquait de rompre sous l'effort que représentait l'extraction du bitume de la fosse. Il avait la peau tachée par son travail et couverte de brûlures là où le bitume l'avait touchée.

Un panache de gaz se détacha de la fosse. Sartes réussit à retenir son souffle mais son compagnon n'eut pas cette chance. Il fut pris par une quinte de toux. Sartes sentit tirer sur la chaîne. Alors, Sartes vit le garçon trébucher puis se mettre à tomber.

Sartes n'eut pas besoin de réfléchir. Il laissa tomber son seau et se rua en avant en espérant être assez rapide. Il sentit ses doigts se refermer autour du bras de l'autre garçon, un bras si fin que les doigts de Sartes l'entouraient comme une seconde entrave.

Le garçon tomba vers le bitume et Sartes l'en écarta. Sartes sentit la chaleur du bitume et recula presque quand il sentit sa peau se mettre à brûler. Il préféra bien tenir l'autre garçon, ne pas le lâcher avant de l'avoir ramené sur la terre ferme, en toute sécurité.

Le garçon toussa et postillonna. Cependant, on aurait dit qu'il essayait de former des mots.

“Ça va aller”, lui assura Sartes. “Tu vas bien. N'essaie pas de parler.”

“Merci”, dit-il. “Aide … moi … à me relever. Les gardes —”

“Il se passe quoi, ici ?” beugla un garde en ponctuant la question d'un coup de fouet qui fit hurler Sartes. “Pourquoi vous bossez pas, là ?”

“C'était les fumées, monsieur”, dit Sartes. “Elles lui ont juste fait perdre ses moyens un moment.”

Sa récompense fut un autre coup. Sartes rêva alors d'avoir une arme, un objet dont il pourrait se servir pour se défendre, mais il n'avait que son seau et il y avait beaucoup trop de gardes pour ça. Bien sûr, Ceres aurait probablement trouvé un moyen de tous les battre avec le seau et l'idée le fit sourire.

“Quand je voudrai que tu parles, je te le dirai”, dit le soldat. Il donna un coup de pied au garçon que Sartes avait sauvé. “Debout, toi. Si tu peux pas bosser, tu sers à rien. Si tu sers à rien, tu iras dans le bitume comme tous les autres.”

“Il tient debout”, dit Sartes, et il aida rapidement l'autre garçon à le prouver. “Regardez, il va bien. C'était juste les fumées.”

Cette fois, cela ne le dérangea pas que le soldat le frappe parce que, au moins, cela signifiait qu'il n'était pas en train de frapper l'autre garçon.

“Dans ce cas, repartez au travail tous les deux. Vous avez déjà perdu trop de temps.”

Ils repartirent récolter le bitume et Sartes fit de son mieux pour en récolter autant que possible, car il était clair que l'autre garçon n'avait pas encore assez récupéré pour suffisamment travailler.

“Je m'appelle Sartes”, murmura-t-il en surveillant les gardes.

“Bryant”, répondit l'autre garçon à voix basse et d'un air inquiet. Sartes l'entendit tousser une fois de plus. “Merci, tu m'as sauvé la vie. Si jamais je peux te le rendre, je le ferai.”

Il se tut quand les gardes passèrent encore à côté d'eux.

“Les fumées sont mauvaises”, dit Sartes, surtout pour le faire parler.

“Elles te brûlent les poumons”, répondit Bryant. “Même certains des gardes en meurent.”

Il le dit comme si c'était normal, mais Sartes voyait rien de normal à cela.

Sartes regarda l'autre garçon. “Tu ne ressembles pas vraiment à un criminel.”

Il vit l'expression de souffrance qui traversa le visage de l'autre garçon. “Ma famille … le Prince Lucious est venu à notre ferme et l'a brûlée. Il a tué mes parents. Il a emporté ma sœur. Il m'a envoyé ici sans raison.”

C'était pour Sartes une histoire bien trop familière. Lucious était le mal incarné. Il se servait de toutes les excuses pour infliger de la misère aux autres. Il déchirait les familles pour la simple raison qu'il pouvait le faire.

“Dans ce cas, pourquoi ne pas obtenir justice ?” suggéra Sartes en continuant à extraire du bitume de la fosse tout en vérifiant qu'aucun garde ne s'approche.

L'autre garçon le regarda comme s'il était fou. “Comment pourrais-je le faire ? Je suis seul.”

“La rébellion compte bien plus d'une personne”, précisa Sartes.

“Ce qui m'arrive ne les intéresse pas”, répliqua Bryant. “Ils ne savent même pas que nous sommes ici.”

“Dans ce cas, il faut aller les trouver”, répondit Sartes à voix basse.

Sartes vit s'afficher la panique sur le visage de l'autre garçon.

“Impossible. Si tu ne fais même que parler d'évasion, les gardes nous pendront au-dessus du bitume et nous y plongeront pendant de brèves périodes. Je l'ai vu. Ils nous tueront.”

“Et que se passera-t-il si nous restons ici ?” demanda Sartes. “Si tu avais été enchaîné à un des autres aujourd'hui, que serait-il arrivé ?”

Bryant secoua la tête. “Mais il y a les fosses de bitume et les gardes et je suis sûr qu'il y a des pièges. Et puis, les autres prisonniers ne nous aideront pas.”

“Et pourtant, tu y penses, maintenant, n'est-ce pas ?” dit Sartes. “Oui, il y aura des risques mais un risque vaut mieux qu'une mort certaine.”

“Comment pourrions-nous même le faire ?” demanda Bryant. “Ils nous mettent en cage la nuit et nous enchaînent les uns aux autres toute la journée.”

Sartes avait au moins une réponse à cette question. “Dans ce cas, on va s'évader ensemble. On va trouver le bon moment. Fais-moi confiance, je sais me sortir des situations difficiles.”

Il ne précisa pas que cette situation-là serait pire que toutes celles qu'il avait connues et il ne révéla pas non plus à son nouvel ami qu'ils avaient très peu de chances de s'en sortir. Bryant avait déjà bien assez peur sans qu'on en rajoute. Il fallait qu'ils essaient de s'enfuir, c'était tout.

S'ils restaient plus longtemps, il savait qu'aucun des deux ne survivrait.




CHAPITRE HUIT


Alors que Thanos, au milieu du trio de prisonniers, repartait vers la forteresse qui dominait l'île, il se sentait aussi tendu qu'un animal sur le point de bondir. A chaque pas, il cherchait des moyens de s'échapper mais, comme le terrain était dégagé et comme ses ravisseurs avaient des arcs, il n'y en avait aucun.

“Tu devrais te faire une raison”, dit Elsius derrière lui. “Je ne dirai pas que ton sort sera bien meilleur si tu viens avec nous, mais tu dureras plus longtemps. Sur l'île, il n'y aucun endroit où se réfugier sauf chez les Abandonnés et je t'aurai rattrapé longtemps avant ça.”

“Dans ce cas, je devrais peut-être me presser”, dit Thanos en essayant de ne pas montrer à quel point il était surpris que l'autre homme ait pu lire ses intentions aussi facilement. “Une flèche dans le dos, ça ne peut pas être si mauvais que ça.”

“Pas pire qu'un coup d'épée”, dit Elsius. “Oh oui, on en a entendu parler, même ici. Les gardes nous emmènent des nouvelles en même temps que les nouveaux prisonniers à punir. Cela dit, crois-moi, si je te pourchasse, je ne me presserai pas. Allez, avance, prisonnier.”

Thanos obéit mais il savait qu'il ne pouvait pas se permettre d'aller jusqu'à la zone de la forteresse de l'île. S'il le faisait, il ne reverrait jamais la lumière du jour. Il fallait toujours s'évader le plus tôt possible, tant qu'on avait encore de la force. Donc, Thanos continua à regarder autour de lui en essayant de tâter le terrain et de choisir le bon moment.

“Ça ne marchera pas”, dit Elsius. “Je connais les hommes. Je lis dans leurs pensées. C'est fou tout ce qu'on peut apprendre quand on les tue. Je crois que c'est à ce moment qu'on voit ce qu'ils sont vraiment.”

“Tu sais ce à quoi je pense ?” demanda Thanos.

“Vas-y, dis-moi. Je suis sûr que cette insulte m'apportera de la joie pour toute la journée, et t'apportera autant de souffrance.”

“Je pense que tu es un lâche”, dit Thanos. “J'ai entendu parler de tes crimes. Tu as juste assassiné des gens qui ne pouvaient pas se défendre. Tu as passé quelque temps à la tête d'une troupe de bandits qui se battaient à ta place. Tu es pitoyable.”

Thanos entendit l'homme rire derrière lui.

“Oh, c'est tout ce que tu sais faire ?” dit Elsius. “Je suis offensé. T'essayais de faire quoi, de m'inciter à me rapprocher pour que tu puisses me taper dessus ? Tu penses vraiment que je suis idiot à ce point ? Vous deux, tenez-le. Prince Thanos, si tu bouges, je te logerai une flèche à un endroit douloureux.”

Thanos sentit les bras des deux gardes saisir les siens et le tenir fermement en place. C'étaient des hommes forts et ils avaient visiblement l'habitude de s'occuper des prisonniers turbulents. Thanos sentit qu'on le faisait tourner pour le placer face à Elsius, qui tenait son arc parfaitement horizontal, prêt à tirer.

Juste comme Thanos l'avait espéré.

Alors, Thanos se cabra contre les gardes qui le tenaient et il entendit Elsius rire.

“Ne dis pas que je ne t'ai pas averti.”

Thanos entendit la vibration de la corde de l'arc, mais il n'essayait pas de se libérer comme ses ravisseurs s'y attendaient. Au lieu de cela, il virevolta en entraînant un des gardes dans la trajectoire de la flèche et sentit le choc qui saisit l'autre homme quand une pointe de flèche apparut de l'autre côté de sa poitrine.

Thanos sentit se relâcher l'étreinte du garde quand ce dernier se cramponna à la flèche et il n'hésita pas. Il bondit contre l'autre garde, lui prit un couteau à la ceinture et le jeta contre Elsius. Pendant que les deux hommes étaient l'un contre l'autre, il se saisit de l'arc du garde mourant et d'autant de flèches que possible puis s'enfuit.

Thanos zigzagua sur les rochers fendus et se rua vers la cachette la plus proche. Il n'essaya pas encore de repartir vers son bateau mais préféra se diriger vers les arbres et cela lui sauva probablement la vie.

“Par là, il n'y a que les Abandonnés !” hurla Elsius après lui.

Thanos se baissa rapidement et une flèche lui frôla la tête. Elle était passée assez près pour lui ébouriffer les cheveux. Le tueur qui le pourchassait était un archer beaucoup trop bon.

Thanos tira lui aussi, en regardant à peine où. S'il s'arrêtait assez longtemps pour viser correctement, il était sûr qu'il serait tué par une des flèches qui l'effleuraient alors qu'il courait. Ou alors, pire encore, il pourrait être blessé assez gravement pour qu'Elsius le rattrape et le traîne du côté fortifié de l'île.

Thanos plongea derrière un rocher et entendit une flèche ricocher dessus. Il tira à nouveau, recommença à courir puis s'arrêta instinctivement pour attendre. Une flèche passa près de lui.

Alors, il courut, fonça vers des arbres. Il essayait de rendre son trajet imprévisible mais se concentrait surtout sur sa vitesse. Plus vite il arriverait à se réfugier sous les arbres, mieux cela serait. Il tira une autre flèche sans regarder, s'écarta instinctivement quand une autre flèche le rata puis se jeta derrière le plus proche des arbres juste au moment où une flèche en perçait le tronc.

Thanos s'arrêta un moment et tendit l'oreille. Par-dessus le battement de son cœur, il entendit Elsius donner des ordres.

“Allez chercher d'autres gardiens”, ordonna-t-il. “Je vais continuer à traquer notre prince tout seul.”

Thanos commença à se faufiler parmi les arbres. Il savait qu'il fallait qu'il s'éloigne maintenant, avant que d'autres gardes en armure n'arrivent. S'il en venait assez, ils arriveraient facilement à l'encercler et, à ce moment-là, il ne pourrait pas s'enfuir, même s'il se battait comme un dieu.

Pourtant, il fallait encore qu'il fasse attention. Il entendait Elsius quelque part derrière lui, dans le bruissement des branches et des brindilles qu'Elsius cassait de temps à autre. L'homme plus âgé avait encore son arc et il avait déjà prouvé qu'il voulait vraiment s'en servir.

“Je sais que tu m'entends”, dit Elsius derrière lui. Il parlait d'un ton décontracté, comme si c'était la chose la plus normale du monde de parler comme ça à un homme qu'on essayait de tuer. “Comme tu es prince, tu as déjà chassé.”

Thanos ne répondit pas.

“Oh, je sais”, dit Elsius. “Tu ne veux pas révéler ta position. Tu veux rester parfaitement caché et tu espères que tu pourras me semer. Les gens que je pourchassais sur le continent faisaient pareil que toi. Pour eux non plus, ça n'a pas marché.”

Une flèche fila entre les arbres et rata tout juste Thanos, qui s'était baissé rapidement. Alors, il tira à son tour et s'enfuit parmi les arbres.

“Je préfère ça”, répondit Elsius. “Fais attention à ce que les Abandonnés ne t'attrapent pas. Ils ont peur de moi, mais toi … tu n'es qu'une proie.”

Thanos l'ignora et continua à décrire des zigzags aléatoires jusqu'à être sûr d'avoir mis assez de distance entre lui et son poursuivant.

Il s'arrêta. Il ne pouvait plus entendre Elsius. Cependant, il entendait le son de quelqu'un qui jurait, à moitié en colère, à moitié en pleurs. Il s'avança prudemment, méfiant. Il ne faisait confiance à personne, ici.

Il arriva au bord d'une petite clairière. Dans cette clairière, il fut choqué de voir une femme pendue à l'envers par une cheville, prise dans un piège. Ses cheveux foncés formaient une tresse qui pendait en dessous d'elle et frôlait le sol. Elle portait les hauts-de-chausses et la tunique rêches d'un marin, attachés par une ceinture. Elle jurait assurément comme un marin alors qu'elle essayait de se libérer de la corde qui la tenait, mais sans succès visible.

Tous les instincts de Thanos lui disaient que cela faisait partie d'un piège plus recherché. Soit c'était un stratagème délibéré pour le ralentir soit les jurons de la femme ne tarderaient pas à attirer rapidement les Abandonnés.

Pourtant, il ne pouvait pas la laisser comme ça. Thanos entra dans la clairière en soupesant le couteau qu'il tenait.

“Qui es-tu ?” demanda la femme. “N'approche pas, racaille de violeur de chèvres d'Abandonné ! Si j'avais mon épée —”

“Tais-toi où tu vas attirer tous les prisonniers par ici”, dit Thanos en la détachant du piège. “Je m'appelle Thanos.”

“Felene”, répondit la femme. “Que fais-tu par ici, Thanos ?”

“Je fuis des hommes qui veulent me tuer et j'essaie de repartir vers mon bateau”, dit Thanos. Soudain, une idée lui vint et il commença à réinstaller le piège.

“Tu as un bateau ?” dit Felene. Thanos remarqua qu'elle gardait ses distances. “Tu peux quitter ce caillou oublié des dieux ? Je viens avec toi, dans ce cas.”

Thanos secoua la tête. “C'est une mauvaise idée de rester près de moi. Les gens qui me pourchassent seront bientôt ici.”

“Ça pourra pas être pire que ce que j'ai vécu ici jusqu'à présent.”

Une fois de plus, Thanos secoua la tête. “Je suis désolé, mais je ne te connais pas. Tu pourrais être sur cette île pour toutes sortes de raisons. Si ça se trouve, tu me poignarderas dans le dos dès que je t'en donnerai l'occasion.”

La femme commença à répliquer mais, à ce moment, un son venant des arbres lui fit lever les yeux comme à une biche effrayée et elle s'enfuit plus loin dans la forêt.

Thanos l'imita et se faufila à nouveau entre les arbres. Il vit Elsius entrer dans la clairière, l'arc prêt à tirer. Thanos tendit le bras vers celui qu'il avait pris et se rendit compte qu'il n'avait plus de flèches. Comme il n'avait pas de meilleure solution, il quitta l'arbre derrière lequel il se cachait.

“Je pensais que tu serais meilleure proie que ça”, dit Elsius.

“Approche et tu découvriras que je peux être dangereux”, répondit Thanos.

“Oh, c'est pas comme ça que ça marche”, répondit Elsius, qui fit quand même un pas vers l'avant.

Thanos entendit le claquement quand le piège fonctionna et il regarda Elsius se faire tracter vers le haut. Des flèches tombèrent de son carquois. Thanos les ramassa rapidement et repartit dans les arbres. Il entendait déjà les sons des autres qui approchaient; Abandonnés ou gardiens, cela n'avait aucune importance.

Thanos fonça dans la forêt. Maintenant qu'il n'était plus suivi, il pouvait repartir vers son bateau. Il crut apercevoir des silhouettes dans le feuillage et, derrière lui, entendit un hurlement qui ne pouvait venir que d'Elsius.

Un des Abandonnés jaillit des arbres près de Thanos et se jeta vers l'avant. Thanos aurait dû se douter qu'il ne pourrait pas espérer tous les éviter. L'homme envoya un coup de sa hache, qui semblait avoir été fabriquée avec le tibia d'un ennemi mort. Thanos pénétra à l'intérieur du coup, poignarda l'homme, le repoussa et continua à courir.

Il en entendait d'autres, maintenant, qui poussaient des cris de chasse qui résonnaient entre les arbres. Il sortit brusquement de la forêt et vit un groupe des gardiens d'Elsius approcher de l'autre direction. Le cœur battant la chamade, Thanos vit derrière lui au moins une dizaine d'Abandonnés en armure de bric et de broc jaillir de la forêt. Thanos se rua vers la droite, évita un Abandonné qui chargeait et continua à courir pendant que les deux groupes entraient en collision l'un avec l'autre.

Certains continuèrent à le poursuivre mais Thanos en vit d'autres se mettre à se battre entre eux-mêmes. Il vit les Abandonnés se ruer en masse contre les gardiens et leur foncer dedans. Ils avaient pour eux leur férocité mais ceux qui vivaient du côté fortifié de l'île avaient de vraies armures et de meilleures armes. Thanos pensa qu'ils n'avaient aucune chance de l'emporter et il n'était pas sûr de vouloir qu'ils en aient.

Il contourna rapidement les rochers de l'île en essayant de retrouver le chemin de son bateau. S'il pouvait aller aussi loin … bon, ce serait difficile, vu que les contrebandiers l'avaient trahi, mais ça lui permettrait de quitter l'île.

Ce qu'il y avait de difficile, c'était de trouver son chemin. S'il avait suivi directement l'itinéraire par lequel il était arrivé en revenant sur ses pas, le chemin aurait été facile à trouver, mais il n'aurait pas pu échapper aux hommes qui le pourchassaient. Thanos n'osait pas non plus s'arrêter pour de bon, bien que les sons de poursuite qu'il avait d'abord entendus derrière lui aient été remplacés par des sons de bataille.

Il pensa reconnaître le début du sentier qui descendait vers la plage et le suivit à toute vitesse en gardant les yeux ouverts au cas où on lui aurait tendu une embuscade. Il ne semblait y avoir personne à cet endroit. Juste un peu plus loin et il retrouverait son bateau, il pourrait —

Il tourna un coin et s'arrêta devant la plage. Un des Abandonnés s'y trouvait, massif, musclé. Il se tenait au-dessus du bateau de Thanos, ou du moins de ce qui en restait. Alors même que Thanos regardait, le prisonnier frappa le bateau avec une épée qui ressemblait à une allumette dans ses mains et fracassa certaines des planches qui restaient.

Le cœur de Thanos se serra.

Maintenant, il était prisonnier de l'île.




CHAPITRE NEUF


Quand Lucious revint au château, les exécutions se poursuivaient encore. Tout se déroulait comme prévu. Il ne voulait pas que ses hommes en finissent trop rapidement. Il voulait être là pour apprécier la scène.

Plus que ça, il voulait que Ceres soit là pour en voir le plus possible. Lucious tenait à regarder vers sa fenêtre, où il savait qu'elle serait enchaînée sur place et forcée d'assister à la scène aussi longtemps que possible. L'idée lui apportait une certaine satisfaction.

Par contre, il n'apprécia pas ce qu'il vit dans la cour où se déroulaient les exécutions. Là-bas, des hommes et des femmes se tenaient à genoux en rangées bien alignées pendant que les bourreaux passaient entre eux avec des haches. Alors même qu'il regardait, il en vit un pousser un homme au sol, lever la hache haut au-dessus de sa tête et lui faire décrire une trajectoire soignée qui fit rouler une tête par terre.

“Que se passe-t-il ?” demanda autoritairement Lucious, élevant la voix sous le coup de la colère. Il n'avait passé qu'une heure, deux maximum, hors du château. Pourtant, il semblait qu'une ligne entière des hommes de Lord West ait déjà été tuée et qu'ils aient presque tous été décapités.

“Nous ne faisons que suivre vos ordres, votre altesse”, dit le bourreau. “Nous exécutons ces hommes.”

“Et vous faites n'importe quoi !” dit sèchement Lucious. En fait, il voulait dire qu'ils n'en faisaient pas assez. “Vous les décapitez ? Je veux qu'ils souffrent ! Je veux que vous soyez créatifs. Ne vous ai-je pas d'utiliser tous les moyens d'exécution possibles et imaginables ?”

“Beaucoup des hommes de Lord West ont précisé qu'ils étaient nobles”, expliqua le bourreau, “et que, en tant que tels, ils avaient le droit de choisir de mourir par l'épée ou par la hache au lieu de —”

Alors, Lucious le frappa et sa main gantelée d'acier s'enfonça profondément dans l'estomac de l'homme. Le bourreau était un grand homme mais Lucious le frappa si fort qu'il se retrouva quand même plié en deux. Lucious lui arracha sa hache des mains d'un mouvement rapide puis en donna un coup au bourreau dans le dos. Quand le bourreau tomba en hurlant, Lucious retira l'arme d'un coup sec.

“Leurs seuls droits sont ceux que je leur donne ! Et même avec une hache, vous devriez être capables de leur donner une mort qui inspire l'horreur. Je vais vous montrer !”

Il frappa violemment le bourreau à de nombreuses reprises jusqu'à ce qu'il soit certain que tous les autres hommes présents aient compris ce qui les attendrait s'ils n'obéissaient pas.

Quand il eut terminé, Lucious regarda autour de lui, cherchant la bonne cible avec laquelle commencer. Peut-être que, s'il leur donnait un exemple, ces crétins finiraient par comprendre ce qu'il exigeait d'eux.

“Je veux que vous fassiez de ces exécutions un événement dont les gens parleront encore mille ans plus tard”, dit-il. “Est-ce si dur à comprendre ? Je veux que vous fassiez durer ces hommes plusieurs jours avant qu'ils n'expirent. Je veux que tous ceux qui entendent leur enfant parler de se rebeller lui coupent la gorge parce que l'alternative serait mille fois pire. Maintenant, apportez-moi Lord West. On va commencer avec lui.”

Le silence qui se fit dans la cour ne fit qu'aggraver la mauvaise humeur de Lucious.

“Ne me dites pas que vous l'avez déjà décapité.” Lucious regarda un des tortionnaires se faire pousser en avant par les autres. “Eh bien, quoi ?”

“Euh … je m'excuse auprès de votre altesse mais le roi a demandé qu'on lui emmène Lord West. Il voulait lui parler.”

Évidemment. Il était impossible que son père le laisse s'amuser tranquille. Un jour, il n'aurait pas ce type de problème. Un jour, il régnerait et plus personne ne l'embêterait. Les traîtres seraient tous morts et le peuple comprendrait quelle était sa place.

Celle des esclaves.




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