Avant Qu’il Ne Chasse 
Blake Pierce


Un mystère Mackenzie White #8
Voici le volume 8 de la série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE. Dans AVANT QU’IL NE CHASSE (Un mystère Mackenzie White – Volume 8), des victimes sont découvertes assassinées au Nebraska, l’état d’origine de l’agent spécial du FBI Mackenzie White – toutes tuées d’une balle dans la nuque et accompagnées d’une carte de visite Antiquités Barker. La même carte que le meurtrier de son père avait laissé sur son cadavre il y a des années. Avec un sentiment d’urgence dans le présent, le moment est enfin venu pour Mackenzie d’affronter ses fantômes, de faire face à son passé le plus obscur et de trouver l’assassin de son père. Mais emprunter le chemin des souvenirs pourrait l’amener à des endroits qu’elle aurait préféré ne pas voir et à des découvertes qu’elle aurait préféré ne pas faire. Elle se retrouve à jouer au chat et à la souris avec un assassin plus sinistre qu’elle ne l’aurait imaginé et, avec sa fragile psyché sur le point de s’effondrer, cette affaire, par-dessus toute autre, pourrait bien finir par avoir raison d’elle. Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE CHASSE est le volume 8 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit. Également disponible du même auteur Blake Pierce : UNE FOIS PARTIE (Un mystère Riley Paige – Volume 1) .







AVANT QU’IL NE CHASSE



(UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE – VOLUME 8)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la populaire série de thrillers RILEY PAIGE. Il y a déjà onze tomes, et ce n’est pas fini ! Blake Pierce écrit également les thrillers MACKENZIE WHITE (sept tomes, série en cours), AVERY BLACK (six tomes) et KERI LOCKE (quatre tomes, série en cours).

Fan depuis toujours de polars et de thrillers, Blake adore recevoir de vos nouvelles. N'hésitez pas à visiter son site web www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) pour en savoir plus et rester en contact !



Copyright © 2017 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Will Amey, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE MYSTÈRE RILEY PAIGE

UNE FOIS PARTIE (Volume 1)

UNE FOIS PRISE (Volume 2)

UNE FOIS DÉSIRÉE (Volume 3)

UNE FOIS ATTIRÉE (Volume 4)

UNE FOIS TRAQUÉE (Volume 5)

UNE FOIS ÉPINGLÉE (Volume 6)

UNE FOIS DÉLAISSÉE (Volume 7)

UNE FOIS FROIDE (Volume 8)

UNE FOIS POURSUIVIE (Volume 9)

UNE FOIS PERDUE (Volume 10)

UNE FOIS ENTERRÉE (Volume 11)

UNE FOIS LIÉE (Volume 12)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)



SÉRIE MYSTÈRE AVERY BLACK

MOTIF POUR TUER (Volume 1)

MOTIF POUR S’ENFUIR (Volume 2)

MOTIF POUR SE CACHER (Volume 3)

MOTIF POUR CRAINDRE (Volume 4)

MOTIF POUR SAUVER (Volume 5)

MOTIF POUR REDOUTER (Volume 6)



SÉRIE MYSTÈRE KERI LOCKE

UNE EMPREINTE DE MORT (Volume 1)

UNE EMPREINTE DE MEURTRE (Volume 2)

UNE EMPREINTE DE VICE (Volume 3)

UNE EMPREINTE DE CRIME (Volume 4)

UNE EMPREINTE D’ESPOIR (Volume 5)


TABLE DES MATIÈRES



CHAPITRE UN (#u1ff0334d-5de5-5acf-b330-937cb245fca0)

CHAPITRE DEUX (#u8223c7e7-4ec2-5cca-8a23-b6f8c6eedfc5)

CHAPITRE TROIS (#ub69231c3-f9f1-59e9-98c8-a7783104ec6e)

CHAPITRE QUATRE (#u06a45b9b-056f-57ea-a912-2ef8d80c1b08)

CHAPITRE CINQ (#ua8aad0dc-4c67-5a3a-b0e5-ae1a6877cfb1)

CHAPITRE SIX (#ue8e64d94-dcaf-58fe-8a2d-db57f7df2f36)

CHAPITRE SEPT (#u83a2c6b1-df5a-56ac-b6d2-93d51b3dad5d)

CHAPITRE HUIT (#u3d5aa5b0-2ee5-57c2-86cf-3df2676f7288)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)




CHAPITRE UN


L’avion la ramenait au Nebraska.

Mackenzie cligna des yeux, incapable de chasser cette idée de sa tête.

Elle n’avait en général aucun problème pour s’endormir en avion. Mais cette fois-ci, c’était différent. Elle avait l’impression qu’il y avait quelque chose là-bas, au Nebraska, qui attirait l’avion tel un aimant. Et elle ne rentrerait pas à Washington avant d’avoir élucidé cette affaire qui remontait à près de vingt ans en arrière – au moment de la mort de son père.

C’était une affaire qui l’interpelait depuis des années. Elle s’était surpassée afin de prouver de quoi elle était capable, et McGrath lui laissait finalement le champ libre sur cette enquête. Il ne s’agissait plus seulement du meurtre non élucidé de son père, dix-sept ans plus tôt ; mais des meurtres similaires avaient lieu aujourd’hui, tous connectés par un mystérieux indice que personne n’était encore parvenu à déchiffrer. Des cartes de visite avec le nom d’une entreprise inexistante, celle des Antiquités Barker.

Mackenzie pensait à ces cartes de visite tout en regardant par le hublot. Le ciel de l’après-midi était dégagé. À travers les nuages blancs disséminés, elle pouvait à peine apercevoir le réseau des routes qui traversait le Midwest en-dessous d’eux. Le Nebraska n’était plus très loin maintenant, ses champs de maïs et ses étendues plates se profilant à environ quarante-cinq minutes devant eux.

« Tout va bien ? »

Elle cligna des yeux, détourna le regard du hublot et se tourna vers la droite. Ellington était assis sur le siège à côté d’elle. Elle savait qu’il était nerveux. Il savait combien cette affaire était importante pour elle et il se mettait inutilement la pression. Même maintenant, il tripotait de manière nerveuse le couvercle du gobelet qui avait contenu du soda à peine dix minutes plus tôt.

« Oui, ça va, » dit-elle. « Pour être tout à fait honnête, j’ai hâte de commencer à travailler. »

« Tu sais déjà par où commencer ? » demanda-t-il.

« Oui, » dit-elle.

En repassant en revue son plan d’attaque, elle réalisa que c’était là une des raisons pour lesquelles elle était tombée amoureuse de lui. Il savait qu’elle avait besoin d’en parler mais qu’elle ne le ferait pas s’il le lui demandait de but en blanc. Alors au lieu de lui poser des questions sur son état émotionnel, il utilisait l’excuse du travail pour en savoir davantage. Elle était bien consciente que c’était une manière détournée d’agir, mais ça ne lui posait pas de problème. Il savait comment contourner ses mécanismes de défense d’une manière qui était charmante et attentionnée.

Alors, elle lui fit part de son plan d’attaque, qui commencerait par une réunion avec la police locale et avec la petite équipe d’agents du FBI qui avaient travaillé sur l’affaire jusqu’à maintenant. Elle comptait également faire appel à Kirk Peterson, le détective privé qui travaillait sur l’enquête depuis quelques temps. Bien qu’il ait été dans un état misérable la dernière fois qu’elle l’avait vu, c’était la personne qui avait le plus de renseignements à offrir sur l’affaire.

À partir de là, elle voulait retrouver et parler avec un homme du nom de Dennis Parks. Ses empreintes digitales avaient été retrouvées sur Gabriel Hambry, un homme qui avait été stratégiquement placé en tant que fausse piste une semaine plus tôt. Elle était bien consciente que Parks pourrait également être une autre fausse piste, mais le fait que Dennis Parks ait connu son père rendait le tout beaucoup plus intéressant. La connexion était ténue – une connaissance mutuelle vu que Parks avait servi en tant qu’officier de police durant un an avant d’arrêter et de se lancer en tant qu’agent immobilier.

Son père, au final, semblait avoir été la première victime d’une série de meurtres apparemment aléatoires qui s’étendaient sur presque deux décennies.

Après avoir parlé avec Dennis Parks, elle voulait rencontrer la famille d’un homme qui avait était assassiné plusieurs mois plus tôt – un homme du nom de Jimmy Scotts. Scotts était mort d’une manière presque identique à son père et c’était ce meurtre qui avait véritablement rouvert l’enquête sur son père.

Elle s’arrêta là dans ses projets bien qu’elle sache qu’il y en avait encore davantage. Mais c’était quelque chose qu’elle n’était pas encore prête à affronter – et encore moins à verbaliser en face d’Ellington.

À un moment, il faudrait bien qu’elle affronte son passé. Elle l’avait déjà fait auparavant, en traversant sur la pointe des pieds la maison où elle avait grandi. Mais ça avait été bref et fugace. Elle ne s’en était pas rendu compte sur le moment, mais c’était quelque chose qui l’avait terrifiée. C’était comme traverser volontairement une maison qu’elle savait hantée, s’y enfermer et en jeter la clé.

Cette fois-ci, elle allait devoir y faire face. C’était déjà assez dur comme ça de se l’admettre à elle-même sans devoir en plus se demander ce qu’Ellington pourrait bien en penser.

Il hocha la tête à plusieurs reprises alors qu’elle lui expliquait son approche étape par étape. Ils avaient brièvement discuté de leurs rôles respectifs lors d’une réunion avec McGrath, au moment de réserver leur voyage au Nebraska. Un élément de cette affaire apparemment multidimensionnelle, c’était le meurtre récent de vagabonds. Ils en étaient maintenant à quatre meurtres et chaque cadavre avait été retrouvé avec une carte de visite des Antiquités Barker. Ellington s’était proposé pour travailler sur cet aspect de l’affaire pendant que Mackenzie restait sur le cœur de l’enquête – les morts de son père et de Jimmy Scotts, et le meurtre plus récent de Gabriel Hambry.

« Tu sais, » dit Ellington, quand elle eut terminé de parler, « si on parvient à élucider cette affaire, je pense que ta carrière à Washington va atteindre des sommets. Tu es déjà l’un des meilleurs agents de terrain qu’il y ait actuellement au FBI. J’espère que tu aimes t’occuper de la bureaucratie et être assise derrière un bureau. Car c’est ce que tu obtiens au FBI avec une feuille de service exemplaire. »

« Ah bon ? » demanda-t-elle. « Alors, pourquoi n’es-tu pas encore rangé derrière un bureau ? »

Il eut un petit sourire narquois. « Le doigt sur la plaie, White. »

Il tendit le bras et lui prit la main. Elle sentit une légère tension dans son étreinte, mais il y avait également ce réconfort habituel à son contact.

Elle était contente qu’il soit là avec elle. Bien qu’elle préfère en général abattre les obstacles toute seule, elle devait tout même admettre qu’elle allait avoir besoin du soutien moral et émotionnel que seul Ellington pouvait lui fournir si elle espérait pouvoir élucider cette affaire.

Elle s’accrocha à sa main alors que le Midwest continuait à défiler en-dessous d’eux. Le Nebraska se rapprochait de plus en plus, l’avion attiré par cette force magnétique que le passé de Mackenzie semblait avoir sur elle.




CHAPITRE DEUX


Le bureau régional d’Omaha était assez agréable. Il était plus petit que le siège de Washington, ce qui signifiait également moins de brouhaha. Il n’y avait pas non plus la tension permanente de quelque chose continuellement sur le point d’arriver, comme c’était monnaie courante dans les bureaux de Washington. L’endroit était apaisant.

Au moment où ils s’enregistraient à la réception, Mackenzie remarqua qu’un homme se dirigeait directement vers eux. Il marchait d’un pas décidé, un fin sourire aux lèvres. Son visage lui était familier mais elle était incapable de se rappeler son nom.

« Agent White, je suis content de vous revoir » dit l’homme, en s’approchant d’elle. Il faisait environ un mètre quatre-vingt-deux et avait une belle prestance. Il était plutôt mince, avec un air tout de même intimidant. Ses cheveux noirs lissés en arrière lui donnaient un air plus âgé qu’il ne l’était probablement.

« De même, » dit-elle, en serrant la main qu’il lui tendait.

Elle fut reconnaissante qu’Ellington se rappelle de son nom, le mentionnant au moment où les deux hommes se saluèrent. « Agent Penbrook, » dit-il. « Content de vous revoir. »

C’est alors qu’elle se rappela : l’agent Darren Penbrook menait l’enquête quand elle était venue jusqu’ici avec l’espoir d’arrêter Gabriel Hambry – pour se rendre compte en moins d’une heure qu’il avait été assassiné.

« Venez avec moi, » dit Penbrook. « On ne va pas vraiment faire une réunion, mais il y a quelques détails dont j’aimerais vous faire part… et dont certains sont assez récents. »

« Très récents ? » demanda Mackenzie.

« De ces dernières vingt-quatre heures. »

Mackenzie savait comment les choses se déroulaient au sein du FBI et elle supposa qu’elles ne seraient pas différentes à Omaha de ce qu’elles étaient à Washington. Ça ne servait à rien de poser des questions pour l’instant. Alors, pendant leur trajet en ascenseur jusqu’au deuxième étage et leur traversée d’un couloir menant à une salle de conférence, ils passèrent leur temps à parler de tout et de rien : du vol, du temps et de l’effervescence au sein des bureaux de Washington.

Mais toutes ces futilités cessèrent au moment où Penbrook les fit entrer dans la salle de conférence. Il ferma la porte derrière eux et ils se retrouvèrent tous les trois dans une vaste salle meublée d’une élégante table finement lustrée. Au centre, un projecteur y était déjà installé, prêt à être utilisé.

« Alors, à quelles nouveautés faisiez-vous allusion ? » demanda Mackenzie.

« Et bien, vous êtes au courant concernant le quatrième vagabond assassiné, n’est-ce pas ? » demanda-t-il.

« Oui. C’est arrivé hier, c’est ça ? Dans l’après-midi ? »

« C’est ça, » dit Penbrook. « Il a été tué avec le même modèle d’arme utilisé pour assassiner les autres. Mais cette fois-ci, l’assassin a placé la carte de visite entre les lèvres de la victime. On a testé la carte et il n’y avait aucune empreinte digitale. Le vagabond n’était pas quelqu’un d’ici. Sa dernière adresse connue était en Californie et date d’il y a quatre ans. Les recherches de membres de sa famille ou de personnes avec lesquelles il aurait travaillé se sont avérées inutiles. Et c’est le cas avec la plupart de ces vagabonds. Mais par contre, nous avons retrouvé son frère. C’est également un vagabond et selon les rapports à son sujet, il pourrait souffrir de légers délires. »

« Il y a autre chose ? » demanda Ellington.

« Oui. Et ça craint vraiment. Ça nous fait tourner en rond et c’est là où l’enquête piétine actuellement. Vous vous rappelez des empreintes digitales retrouvées sur le corps de Gabriel Hambry, n’est-ce pas ? »

« Oui, » dit Mackenzie. « Elles appartenaient à un homme du nom de Dennis Parks – un homme qui connaissait mon père. »

« Exactement. Ça avait l’air d’être une piste prometteuse, n’est-ce pas ? »

« J’imagine que je dois comprendre par là que la piste n’a mené à rien ? » demanda Mackenzie.

« Elle n’en a pas eu le temps. Dennis Parks a été retrouvé mort dans son lit ce matin. Tué d’une balle dans la tête. Sa femme a également été assassinée. D’après ce que nous pouvons en dire, elle fut également tuée alors qu’elle se trouvait dans leur lit mais son corps a été transporté jusqu’au divan. »

Penbrook et Ellington regardèrent en direction de Mackenzie. Elle savait ce qu’ils pensaient. L’assassin a tout mis en scène pour que ça ressemble au meurtre de Jimmy Scott… et au meurtre de mon père.

Penbrook en profita pour leur montrer une image de la scène de crime. C’était une photo de Dennis Parks, couché sur le ventre dans son lit, tué d’une balle dans la tête. La pose était presque irréelle pour Mackenzie. Si elle n’avait pas connu l’identité de la victime, elle aurait facilement pu penser qu’il s’agissait là d’une photo de la scène de crime de son père, prise des années plus tôt.

Apparut ensuite une image de la femme. Elle était sur le divan, les yeux légèrement levés vers le ciel. Il y avait du sang séché sur le côté de son visage.

« Il y avait une carte de visite sur la scène de crime ? » demanda Mackenzie.

« Oui, » répondit Penbrook. « Sur la table de nuit. Et afin que vous ayez une idée d’ensemble, voici une photo de la scène de crime impliquant le dernier vagabond. »

Il changea de photo et Mackenzie vit un homme gisant sur un trottoir. Le côté de son crâne était une bouillie de sang et contrastait de manière presque trop parfaite avec la carte de visite blanche qui avait été partiellement glissée entre ses lèvres.

« On dirait que l’assassin ne fait que s’amuser, à ce stade, » dit Ellington. « C’est vraiment tordu. »

Il avait raison. Mackenzie était certaine qu’il y avait quelque chose de presque ludique dans la manière dont la carte avait été placée dans la bouche de la victime. En ajoutant à ça le fait que l’assassin plaçait apparemment des empreintes digitales sur les cartes et d’autres victimes pour les mener vers des fausses pistes, et ça signifiait qu’ils avaient affaire à un tueur déterminé, intelligent et particulièrement morbide.

Il pense qu’il est drôle là, pensa-t-elle, en regardant la photo de la victime.

« Pourquoi choisit-il d’assassiner des vagabonds ? » demanda Mackenzie. « S’il est revenu pour tuer autant de temps après avoir tué mon père, pourquoi des sans-abris ? Et y a-t-il une connexion entre ces vagabonds et Jimmy Scotts ou Gabriel Hambry ? »

« Aucune que nous ayons découverte, » dit Penbrook.

« Peut-être qu’il fait ça pour nous narguer, » dit Mackenzie. « Peut-être qu’il sait que la mort de vagabonds ne sera pas aussi prioritaire que s’il assassinait des citoyens ordinaires. Et si c’est le cas, il le fait vraiment sous forme de jeu. »

« Au sujet de la communauté des vagabonds, » dit Ellington. « Si on pose des questions, pensez-vous qu’on pourrait obtenir des informations d’autres vagabonds de la région ? »

« Oh, on a essayé, » dit Penbrook. « Mais ils ne veulent rien dire. Ils ont peur d’être la prochaine victime de l’assassin s’ils se mettent à parler. »

« Il faut qu’on parle au frère de la dernière victime, » dit Mackenzie. « Vous savez où on peut le trouver ? Est-ce qu’il vit dans le coin ? »

« En quelque sorte, » dit Penbrook. « Comme son frère, il vit dans la rue. Enfin, il y vivait. À l’heure actuelle, il est en prison. Je ne me rappelle plus pour quel délit, mais peut-être pour ivresse sur la voie publique. Son dossier est rempli de petites infractions qui l’ont conduit en prison à plusieurs reprises, pour de courts séjours d’une à deux semaines. Ça arrive souvent, vous savez. Certains le font intentionnellement pour avoir un toit pendant quelques jours. »

« Est-ce que ça vous dérange si on lui rend visite ? » demanda Mackenzie.

« Pas du tout, » dit Penbrook. « Je m’assurerai qu’on les prévienne de votre arrivée. »

« Merci. »

« J’ai l’impression que c’est moi qui devrais vous remercier, » dit Penbrook. « On est vraiment content que vous soyez finalement là pour travailler avec nous sur cette affaire. »

Finalement, pensa-t-elle. Mais elle ne dit rien de plus.

Pour être honnête, elle aussi était vraiment contente. Elle était emballée à l’idée de finalement avoir l’occasion d’élucider une affaire vraiment bizarre qui remontait à son enfance et avait un lien direct avec la mort de son père.




CHAPITRE TROIS


L’établissement pénitentiaire Delcroix était situé à l’écart de la route, sur une parcelle quelconque et sans relief. C’était le seul édifice sur un terrain d’environ deux cents hectares – pas vraiment une prison en soi, mais définitivement pas un lieu où une personne ordinaire aurait souhaité passer un laps de temps significatif.

Le service de sécurité à l’entrée laissa passer Mackenzie et Ellington et leur indiqua d’aller se garer sur le parking des employés situé à l’arrière de la propriété. Ils passèrent ensuite par le service de sécurité principal et furent accompagnés vers une petite salle où une femme les attendait.

« Agents White et Ellington ? » demanda-t-elle.

Mackenzie lui serra la main pendant qu’elle faisait les présentations. La femme s’appelait Mel Kellerman. Elle était plutôt petite et légèrement en surpoids, mais elle avait l’air d’être le genre de femme à traverser les épreuves en leur riant au nez.

Ils la suivirent à l’extérieur de la salle d’attente pendant qu’elle leur faisait une brève présentation des lieux.

« Je suis responsable de la sécurité, » dit-elle. « En tant que tel, je peux vous dire que l’homme auquel vous venez rendre visite ne représente aucun danger. Il s’appelle Bryan Taylor. Cinquante ans et ancien héroïnomane. Il a parfois des conversations avec des gens invisibles. Son casier est léger mais nous continuons à le surveiller car c’est le quatrième délit mineur qu’il commet en moins d’un an. Nous pensons que c’est surtout pour avoir un toit et de la nourriture gratuite. »

« Et en quoi consiste son dernier délit ? » demanda Mackenzie.

« Il a uriné sur la roue arrière d’un bus en plein jour. »

Ellington gloussa. « Il était saoul ? »

« Non, » dit Kellerman. « Il a juste dit qu’il avait vraiment besoin de pisser. »

Elle les guida à travers un petit couloir qui menait à un autre encore plus étroit. Au bout, ils arrivèrent à une porte que Kellerman ouvrit pour les laisser entrer. La pièce ne contenait qu’une table et cinq chaises. Un homme échevelé occupait l’une des chaises tandis qu’un homme portant un uniforme de sécurité en occupait une autre. Le gardien tourna la tête dans leur direction au moment où ils entrèrent et se mit directement debout.

« Est-ce que monsieur Taylor vous a causé des soucis ? » demanda Kellerman au gardien.

« Non. Mais il radote par contre. Les Russes et Trump à nouveau. »

« Ah, une de mes histoires favorites, » dit Kellerman. Elle se tourna vers Mackenzie et Ellington. « Je serai dans la pièce d’à côté si vous avez besoin de moi. Mais je pense que ça va aller. »

Sur ces mots, Kellerman et le gardien sortirent de la pièce, en les laissant seuls avec Bryan Taylor.

« Bonjour, monsieur Taylor, » dit Mackenzie, en s’asseyant en face de lui, de l’autre côté de la table. « Est-ce qu’ils vous ont parlé de la raison de notre visite ? »

Taylor hocha tristement la tête. « Oui. Vous venez me poser des questions sur mon frère – sur la manière dont il est mort. »

« C’est bien ça, » dit Mackenzie. « Je suis désolée pour votre perte. »

Taylor se contenta de hausser les épaules. Il pianotait des doigts sur la table et regardait tour à tour Mackenzie et Ellington.

« Et bien, je suis l’agent White et voici mon partenaire, l’agent Ellington, » dit Mackenzie.

« Oui, je sais. Du FBI. » Il leva les yeux au ciel en prononçant ces mots.

« Monsieur Taylor… dites-moi… est-ce que votre frère avait des ennemis ? Des personnes qui pourraient lui en vouloir pour une raison ou une autre ? »

Taylor ne prit même pas la peine de réfléchir avant de répondre. « Non. Juste notre mère, et elle est morte depuis sept ans. »

« Est-ce que vous étiez proche de votre frère ? »

« On n’était pas les meilleurs amis du monde, » dit Taylor. « Mais on s’entendait plutôt bien. Bien qu’il traîne avec des types plutôt bizarres. Des Illuminati. Franchement, je n’étais pas si surpris que ça d’apprendre qu’il avait été tué. Ces sales types d’Illuminati, ils n’aiment pas trop les sans-abris. Les gens célèbres non plus, d’ailleurs. Vous savez qu’ils ont assassiné Kennedy, n’est-ce pas ? »

« J’en ai entendu parler, » dit Ellington, tout en ayant du mal à contenir un sourire moqueur.

Mackenzie lui donna un coup de pied en-dessous de la table et fit de son mieux pour continuer.

« Est-ce que vous avez d’autres amis qui ont été tués récemment ? » demanda-t-elle.

« Je ne pense pas. Mais je traîne rarement avec les mêmes personnes. Dans la rue, plus tu as d’amis, plus tu as de chances de te faire voler. »

« Encore une dernière question, monsieur Taylor, » dit Mackenzie. « Avez-vous déjà entendu parler d’une entreprise du nom d’Antiquités Barker ? »

À nouveau, il n’eut pas besoin de réfléchir longuement à la question avant de répondre. « Non. Jamais entendu parler. Jamais mis les pieds dans un magasin d’antiquités. Je n’ai pas d’argent à dépenser pour des vieilles reliques poussiéreuses. C’est les gens avec trop de fric qui gèrent ce genre d’endroit. Ou qui y font leurs achats. »

Mackenzie hocha la tête et poussa un soupir. « Et bien, je vous remercie pour votre coopération et le temps que vous nous avez consacré, monsieur Taylor. Si jamais vous vous souveniez de quoi que ce soit concernant votre frère qui pourrait nous aider à trouver son meurtrier, je vous serais reconnaissante d’en parler à une personne de l’établissement afin qu’ils puissent nous transmettre l’information. »

« Oh oui, bien sûr. Vous savez… vous devriez peut-être vous rendre au Nevada. Je suis certain que vous y trouveriez des réponses. »

« Au Nevada ? » demanda Mackenzie. « Et pourquoi ça ? »

« La zone 51. Groom Lake. Ce n’est pas les Illuminati mais tout le monde sait que c’est dans cet endroit top secret du gouvernement que disparaissent des sans-abris depuis des lustres. Ils font des expériences sur eux là-bas dans le désert. »

Mackenzie tourna la tête avant que Taylor ne puisse voir le sourire qui lui venait aux lèvres. D’après ce qu’elle savait à son sujet, elle savait qu’il ne pouvait pas s’en empêcher – il avait l’esprit légèrement dérangé. Ellington par contre ne parvint pas à rester aussi professionnel.

« Merci pour le conseil, monsieur Taylor. Nous y jetterons définitivement un coup d’œil. »

Alors qu’ils étaient sur le point de sortir, Mackenzie s’approcha de lui et se pencha assez près pour lui murmurer à l’oreille : « C’était limite méchant, » dit-elle.

« Pourquoi ? J’essayais juste qu’il ait l’impression d’avoir vraiment contribué à l’enquête. »

« Tu brûleras en enfer, » dit-elle, en souriant.

« Oh, je sais. Avec tous les Illuminati, j’en suis sûr. »



***



En se dirigeant vers leur voiture, Mackenzie avait déjà en tête quelle serait leur prochaine étape. Elle sentait que c’était du solide, bien qu’elle comprenne également pourquoi cette piste n’avait pas encore été explorée à fond par le FBI.

« Tu sais, Taylor a quand même raison sur un point, » dit Mackenzie.

« Ah bon ? » demanda Ellington. « Ça a dû m’échapper. »

« Il a parlé du fait que certaines de ces communautés de sans-abris avaient des liens très forts. Je pense que le FBI s’est tellement préoccupé de savoir quel était le genre de lien qui existait entre les vagabonds qu’ils ont omis d’examiner de près comment des personnes telles que Jimmy Scotts et Gabriel Hambry pouvaient être connectés à eux. »

Ils entrèrent dans leur voiture, Ellington prenant place derrière le volant cette fois. « Ah, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Les refuges pour sans-abris et les soupes populaires ont été contactés pour savoir si l’un de ces deux hommes avait une quelconque affiliation avec ce genre d’endroits. »

« Exactement, » dit Mackenzie. « On a supposé que le lien qu’ils auraient avec les vagabonds les placerait au-dessus d’eux. Mais peut-être qu’il y a autre chose. »

« Comme quoi ? Tu penses que Scotts et Hambry aient pu être des sans-abris à un moment de leur vie ? »

« Je n’en ai aucune idée. Mais disons qu’ils l’aient été. Cela nous donnerait un lien solide et nous indiquerait que notre type ne cible que des vagabonds, pour une raison ou une autre. »

« Ça vaut la peine d’y jeter un coup d’œil, » dit Ellington. « Mais ça ne répond toujours pas à l’importante question de savoir pourquoi ? »

« Et bien, vérifions d’abord mon hypothèse, puis on verra pour le reste. »

« Comment ? »

« D’après ce que j’ai lu dans les rapports, Gabriel Hambry n’a aucun parent proche. La seule famille qui lui reste, c’est ses grands-parents qui vivent dans le Maine. Mais Jimmy Scotts a une femme et deux enfants à Lincoln. »

« Et tu veux qu’on y aille ? » demanda Ellington.

« Et bien, en tenant compte du fait que l’endroit où je veux me rendre après ça se trouve à plus de six heures de route, oui… je pense qu’on devrait commencer par là. »

« Six heures de route ? Où est-ce que tu veux qu’on aille ? De l’autre côté du Nebraska ? »

« Oui, de fait. Le comté de Morrill. Une petite ville du nom de Belton. »

« Et qu’est-ce qu’on est sensé y trouver ? »

Faisant de son mieux pour réprimer un léger tremblement, Mackenzie répondit : « Mon passé. »




CHAPITRE QUATRE


Ils passèrent le trajet jusqu’à Lincoln à envisager toutes les possibilités. Pourquoi assassiner des vagabonds ? Pourquoi attendre aussi longtemps avant de se remettre à tuer ? Pourquoi Ben White, le père de Mackenzie ? Est-ce qu’il y avait d’autres victimes avant Ben White qui n’avaient tout simplement pas été découvertes ?

Il y avait bien trop de questions et tout simplement aucune réponse. Et bien que Mackenzie déteste en général spéculer, c’était le seul moyen à leur disposition puisqu’il n’y avait aucun autre indice. Cela semblait d’autant plus nécessaire maintenant qu’elle était de retour au Nebraska. C’était un endroit immense et sans aucune piste solide, la spéculation était tout ce qu’ils avaient.

En fait, il y avait une piste mais elle semblait ne mener à rien : des cartes de visite avec le nom d’une entreprise inexistante. Ce qui ne leur servait pas à grand-chose.

Mackenzie continuait à penser aux cartes de visite pendant qu’ils se dirigeaient vers Lincoln. Elles devaient tout de même avoir une raison d’être, même si ce n’était rien d’autre qu’une sorte de devinette élaborée que l’assassin leur demandait de résoudre. Elle savait que plusieurs agents à Washington avaient essayé sans relâche de résoudre cette énigme (s’il y en avait même une à résoudre) mais qu’ils n’avaient rien pu trouver.

Pour l’instant, les cartes de visite trouvées sur chaque cadavre pointaient vers une seule conclusion plutôt agaçante : l’assassin voulait qu’ils sachent que chaque meurtre était son œuvre. Il voulait que les autorités sachent combien de meurtres il avait commis. Cela signifiait qu’il était non seulement fier de ce qu’il faisait, mais également fier de tourner le FBI en bourrique.

Cette frustration emplissait l’esprit de Mackenzie au moment où Ellington gara leur voiture devant la maison des Scotts. C’était une maison de classe moyenne aisée dans le genre de quartier où toutes les maisons se ressemblaient. Les pelouses étaient parfaitement tondues et au moment où ils sortirent de voiture et se dirigèrent vers la porte d’entrée, Mackenzie aperçut deux chiens promenés par leurs maîtres occupés à consulter leur téléphone tout en marchant.

Sur base des dossiers de l’enquête, Mackenzie en savait déjà un minimum sur la femme de Jimmy Scotts, Kim. Elle travaillait de chez elle en tant que rédactrice technique pour une entreprise de logiciels et ses enfants étaient tous les jours à l’école jusqu’à 15h45. Elle avait déménagé à Lincoln un mois après la mort de Jimmy, sous prétexte que le comté de Morrill n’était qu’un souvenir douloureux de la vie qu’elle avait eue avec son mari.

Il était 15h07 quand Mackenzie frappa à la porte. Elle voulait vraiment essayer de clôturer cette visite avant le retour des enfants afin d’éviter de les faire passer par des conversations et des souvenirs concernant leur père décédé. Selon les rapports, la plus âgée des deux filles, une étudiante prometteuse en avant-dernière année de lycée, avait particulièrement souffert de ce décès.

Une très jolie femme d’âge moyen ouvrit la porte. Elle eut d’abord l’air surprise mais après avoir remarqué leur tenue, elle sembla comprendre qui ils étaient et la raison de leur présence sur le pas de sa porte.

Elle fronça légèrement les sourcils avant de demander : « Je peux vous aider ? »

« Je suis l’agent White et voici l’agent Ellington, du FBI, » dit Mackenzie. « Nous espérions que vous pourriez peut-être répondre à quelques-unes de nos questions concernant votre mari. »

« Vraiment ? » demanda Kim Scotts. « J’ai réussi à mettre tout ça derrière moi, tout comme mes filles. Je préférerais vraiment ne pas revivre tout ça si c’était possible. Alors merci, mais non. »

Elle commença à refermer la porte derrière elle mais Mackenzie tendit le bras. Elle empêcha la porte de se fermer mais sans faire usage de la force.

« Je comprends que vous ayez fait tout votre possible pour laisser derrière vous tous ces souvenirs, » dit-elle. « Malheureusement, ce n’est pas le cas de l’assassin. Il a tué au moins cinq autres victimes depuis le meurtre de votre mari. » Elle faillit ajouter qu’il y avait de grandes chances que l’assassin ait également tué son père vingt ans plus tôt mais elle se ravisa.

Kim Scotts rouvrit la porte. Mais au lieu de les inviter à entrer, elle sortit sur le porche. Mackenzie avait déjà vu ce genre de comportement dans le passé. Kim choisissait de maintenir toute conversation concernant son mari décédé en-dehors des quatre murs de sa maison.

« Et que pensez-vous que je puisse vous apprendre de plus ? » demanda Kim. « Je suis passée par là au moins trois fois depuis la mort de Jimmy. Je n’ai aucune nouvelle information à vous offrir. »

« Mais le FBI en a, par contre, » dit Mackenzie. « Pour commencer, après votre mari et une autre victime, on dirait que l’assassin a commencé à s’intéresser aux vagabonds. D’après ce qu’on en sait, il en a tué quatre jusqu’à présent. Est-ce que vous savez si Jimmy avait des liens quelconques avec la communauté des sans-abris ? »

La question la déconcerta visiblement. L’expression de son visage trahissait la surprise et la contrariété. « Non. Le lien le plus proche qu’il ait pu avoir avec les sans-abris, c’est au moment où il amenait des vêtements à l’Armée du Salut. C’est quelque chose que nous faisons deux fois par an pour libérer de la place dans les armoires. »

« Et qu’en est-il des personnes avec lesquelles il travaillait ? Est-ce que vous savez si certains d’entre eux pouvaient avoir des liens avec les sans-abris ou peut-être même simplement avec des personnes dans le besoin ? »

« J’en doute. Il était seul avec deux autres types pour gérer leur petite entreprise de marketing. Mais ne vous y méprenez pas… Jimmy a toujours était un type compatissant mais il – aucun d’entre nous de fait, n’avons jamais vraiment été impliqués dans le service communautaire. »

Mackenzie chercha quelle autre question elle pourrait lui poser mais elle n’en trouva aucune. Elle était maintenant plutôt convaincue que Jimmy Scotts avait été ciblé par hasard. Sans raison, sans mobile, juste la malchance d’avoir été aperçu et apparemment suivi par l’assassin. Ce qui l’amena également à penser que les meurtres de Gabriel Hambry, Dennis Parks et de son père pouvaient également être dus au hasard.

Mais peut-être pas. Il y a un lien entre mon père et Dennis Parks. Alors si ce n’est pas dû à un hasard, pourquoi en serait-il autrement avec les autres ?

« Et qu’en est-il de vos filles ? » demanda Ellington, continuant là où Mackenzie s’était interrompue. « Est-ce qu’il est possible qu’elles soient impliquées dans des projets d’aide à la communauté à travers l’école ou autre ? »

« Non, » dit Kim. L’expression de son visage exprimait clairement qu’elle n’aimait pas du tout l’idée de parler de ses filles dans le contexte de ce meurtre.

« Vous avez mentionné que votre mari travaillait avec quelques amis dans une entreprise de marketing. Est-ce que vous savez s’ils ont déjà eu des clients qui pourraient avoir des liens quelconques avec une forme de service à la communauté ? »

« Ça, je ne peux pas vous le dire pour sûr. Si c’est le cas, ça aurait était un projet de petite taille. Jimmy ne parlait que des projets importants. Mais si vous voulez, j’ai des copies de toutes leurs factures. Elles me sont toutes arrivées après sa mort. Je peux aller vous les chercher, si vous voulez. »

« Ça pourrait nous être utile, » dit Mackenzie.

« Patientez un instant, s’il vous plaît, » dit Kim. Elle rentra à l’intérieur de la maison, en refermant la porte derrière elle et sans les inviter à entrer.

« Bonne idée, celle des clients, » dit Ellington. « Tu penses qu’on pourrait y trouver quelque chose ? »

Elle haussa les épaules. « Ça ne coûte rien d’essayer. »

« Ça risque de nous prendre pas mal de temps en recherche, » dit-il.

« Oui, mais ça nous occupera pendant les six heures de trajet jusqu’au comté de Morrill. »

« Super. »

Kim ressortit sur le porche avec cinq gros dossiers empilés dans des classeurs entourés d’un élastique. « Franchement, » dit-elle, « je suis contente de m’en débarrasser. Mais si ce n’est pas trop vous demander, pourriez-vous me tenir au courant si vous trouvez quelque chose ? Bien que je m’efforce de mettre tout ça derrière moi, ça ne veut pas dire que tout ce mystère ne me rende pas parfois à moitié folle. »

« Bien sûr, » dit Mackenzie. « Madame Scotts, je vous remercie pour votre coopération et le temps que vous nous avez consacré. »

Kim hocha légèrement la tête et resta sur le porche pendant qu’ils redescendaient les marches et se dirigeaient vers leur voiture. Mackenzie pouvait sentir le regard de la veuve rivé sur elle, veillant à ce qu’aucune mention concernant son mari décédé ne pénètre dans sa maison. Kim ne commença à se relâcher qu’une fois que Mackenzie et Ellington se retrouvèrent dans leur voiture.

« Pauvre femme, » dit Ellington. « Tu penses qu’elle est vraiment parvenue à mettre tout ça derrière elle ? »

« Peut-être. Elle dit que c’est le cas mais elle ne nous a pas laissés entrer chez elle. Elle ne voulait pas que sa mort soit mentionnée dans sa maison. »

« Mais en même temps, » dit-il, en soupesant les dossiers qu’elle leur avait donnés, « elle avait l’air plutôt soulagée de se débarrasser de ça. »

« Peut-être qu’elle avait aussi envie d’éliminer tout souvenir de lui de la maison, » dit-elle.

Ils s’éloignèrent de la maison en direction de l’autoroute. Ils étaient tous les deux silencieux, une sorte de silence respectueux pour la veuve éplorée qu’ils venaient de quitter.



***



Ils arrivèrent au bureau local du FBI juste au moment où les employés terminaient leur journée. Mackenzie se demanda à quoi ça pouvait ressembler d’avoir une vie contrôlée par une horloge plutôt que par les préoccupations urgentes qui accompagnaient les enquêtes sur lesquelles elle se retrouvait bien souvent à travailler. Elle ne pensait pas que ça lui plairait.

Ils retrouvèrent Penbrook dans la même salle de conférence où ils s’étaient réunis ce matin. Ça avait été une longue journée, encore plus longue avec le vol qu’ils avaient pris aux aurores depuis Washington. Mais en sachant quelle serait leur prochaine étape, Mackenzie se sentait pleine d’énergie et prête à continuer.

Ils racontèrent à Penbrook leur conversation avec Kim Scotts et prirent un peu de temps pour passer en revue les factures qu’elle leur avait données. Ils firent ça rapidement, comme si c’était une sorte d’exercice obligatoire.

« Et ici, au commissariat ? » demanda Ellington. « Des nouveautés ? »

« Aucune, » dit Penbrook. « Franchement, je serai content de savoir quelle autre piste vous allez suivre. J’ai cru comprendre que cette enquête vous était personnelle, agent White. Quelle est votre prochaine étape ? »

« Je voudrais me rendre au comté de Morrill. C’est là où mon père et Jimmy Scotts ont tous les deux été assassinés. Et puisque la mort de mon père semble être la première du genre, je pense que c’est le meilleur endroit où commencer les recherches. »

« Et qu’est-ce que vous allez y chercher, exactement ? » demanda Penbrook.

« Je ne sais pas encore. »

« Mais ne vous y trompez pas, » lui dit Ellington. « Elle obtient d’excellents résultats quand elle part à l’aveuglette à la recherche de quelque chose. »

Elle l’interrompit avec un sourire et retourna son attention vers Penbrook. « J’ai grandi dans une ville du nom de Belton. Je vais commencer par là. Je saurai quelle est la prochaine étape une fois qu’elle se présentera. »

« Si c’est ce que vous voulez faire, je ne vais pas essayer de vous en dissuader, » dit Penbrook. « Mais le comté de Morrill est à quoi… environ six heures de route ? »

« Ça ne me dérange pas de rouler, » dit-elle. « Ça ira. »

« Quand est-ce que vous comptez partir ? »

« Bientôt. Si je peux partir d’ici à dix-huit heures, je serai à Belton vers minuit. »

« Et bien, bonne route alors, » dit Penbrook. Il avait l’air déçu et un peu contrarié. Il était clair qu’il aurait préféré qu’ils restent à ses côtés jusqu’à ce que l’enquête soit résolue.

Ne faisant aucun effort pour dissimuler ses sentiments, Penbrook se dirigea vers la porte. En les regardant à peine, il leur adressa un signe superficiel de la main. « Faites-nous savoir si vous avez besoin de quoi que ce soit. »

Lorsque Penbrook eut refermé la porte derrière lui, Mackenzie laissa échapper un soupir. « Wow, » dit-elle. « Ça ne lui a vraiment pas plu du tout, je me trompe ? »

Ellington réfléchit un moment avant de répondre. Quand il finit par ouvrir la bouche, il parla à voix basse et de manière posée. « Mais je pense comprendre son point de vue. »

« Comment ça ? » demanda Mackenzie.

« Les meurtres les plus récents ont tous eu lieu autour d’Omaha. Se rendre jusqu’à l’autre bout du Nebraska peut sembler tout à fait superflu. »

« Mais c’est là où tout a commencé, » dit-elle. « Ça me paraît logique. »

Elle sentait qu’il avait envie de se lever de son siège et de venir auprès d’elle – peut-être pour la prendre dans ses bras ou lui prendre la main. Mais il s’était toujours efforcé de maintenir des limites claires entre le boulot et leur vie amoureuse. Par conséquent, il resta sur sa chaise.

« Écoute, » dit-il. « Je sais combien cette affaire est importante pour toi. Et je te connais assez bien pour savoir que tu ne t’arrêteras pas tant qu’elle n’est pas résolue. Et si tu veux aller à Belton, alors je pense qu’il faut que tu le fasses. Mais… je pense que c’est peut-être mieux que je reste ici. »

Elle n’avait pas une seule seconde envisagé de retourner dans sa ville natale toute seule. Elle l’avait fait il y a un peu plus d’un an mais c’était différent. À l’époque, elle n’avait pas le soutien d’Ellington sur lequel se reposer.

Apparemment, la déception et la peine envahirent son visage car cette fois-ci Ellington se leva de sa chaise. Il s’approcha et se plaça devant elle. Il prit une de ses mains et la serra.

« J’ai envie d’y aller, vraiment. Mais nous avons déjà fait ce genre d’erreur dans le passé. Nous nous sommes rendus à un endroit éloigné du centre de l’enquête pour finir par constater à notre retour que quelque chose de très important s’était passé. Sur cette affaire, je ne pense pas qu’on puisse se le permettre. Si tu sens qu’il faut que tu ailles dans le comté de Morrill, alors vas-y. Mais je pense qu’il faut que je reste ici, au bureau local. Au risque de paraître insensible… cette enquête ne concerne pas uniquement ton père. Il y a plusieurs cadavres ici aussi, à Omaha. Des meurtres récents. »

Et bien sûr qu’il a raison, pensa-t-elle. Mais en même temps… pourquoi m’abandonner quand j’ai le plus besoin de lui ?

Mais elle hocha la tête. Elle n’allait pas lui faire un drame maintenant. Ni plus tard d’ailleurs, si elle pouvait l’éviter. De plus… pourquoi serait-elle fâchée sur lui alors qu’il parvenait à séparer leur vie professionnelle de leur relation amoureuse ? Et ce n’était pas vraiment son cas pour l’instant.

« C’est logique, » dit-elle. « Peut-être que tu peux commencer à sonder les rues et à parler avec les autres vagabonds. »

« C’est exactement ce à quoi je pensais. Mais écoute, Mac…. Si tu veux que je vienne… »

« Non, » dit-elle. « Ça va aller. Tu as raison. Faisons à ta manière. »

Elle détestait le fait que sa déception soit aussi visible. Elle savait qu’il n’avait aucun doute concernant ses instincts et elle savait également que son approche à lui serait beaucoup plus utile à l’enquête. Mais elle retournait dans sa ville natale pour faire face à des démons qu’elle n’avait fait qu’ignorer et qu’elle n’avait jamais réussi à laisser derrière elle. C’était la première occasion véritable qu’il avait de lui montrer le type d’homme qu’il pouvait être pour elle.

Mais il faisait le choix d’être un bon agent plutôt qu’un bon petit ami.

Elle comprenait très bien et elle n’en tomba que plus amoureuse de lui.

« Je ne suis pas stupide, Mac, » dit-il. « Tu es fâchée. Je peux t’accompagner. Ce n’est pas grave. »

« Je ne suis pas fâchée… pas sur toi. Je déteste juste la manière dont cette enquête me fait sentir comme deux personnes différentes. Mais tu as raison. Il faut que tu restes ici. »

Elle lui donna un petit baiser au coin des lèvres et se dirigea vers la porte.

« Tu pars tout de suite ? »

« C’est mieux que de prolonger et d’être encore plus contrariée, tu ne trouves pas ? Je t’appelle dès que j’ai trouvé une chambre. »

« Tu es sûre que c’est ce que tu veux ? » demanda-t-il.

Je ne sais pas ce que je veux, pensa-t-elle. Et c’est ça, le problème. Au lieu de ça, elle se contenta de répondre : « Oui. C’est ce qu’il y a de mieux à faire. Je t’appelle vers minuit. »

Sur ces mots, elle quitta la salle de conférence. Elle dut se forcer pour ne pas retourner en arrière et lui expliquer qu’elle n’avait aucune idée pourquoi sa proposition de se séparer la dérangeait autant. Mais au lieu de ça, elle continua. Elle garda les yeux baissés, ne souhaitant parler à personne, tout en se dirigeant vers la réception pour y demander une voiture.




CHAPITRE CINQ


Avec le recul, Mackenzie pensa finalement qu’elle aurait mieux fait de passer la nuit à Omaha et de faire la route jusqu’au comté de Morrill durant la journée. Traverser la petite ville de Belton à minuit cinq était plus que sinistre. Il n’y avait pratiquement aucune voiture sur la route et les seules lumières visibles étaient les réverbères le long de Main Street et quelques enseignes lumineuses aux vitrines de bars ainsi qu’au seul endroit qu’elle cherchait actuellement à atteindre, l’unique motel de la ville.

La population de Belton s’élevait à un peu plus de deux mille habitants. Il s’agissait surtout de fermiers et d’ouvriers travaillant à l’usine de textile. Les petits commerces étaient la seule activité du centre-ville car aucune entreprise de plus grande taille ne voulait tenter sa chance dans cette partie du Nebraska. Quand elle était enfant, un McDonald’s, un Arby’s et un Wendy’s avaient essayé de venir s’installer dans Main Street mais chacun d’entre eux avait fini par fermer dans les trois années qui avaient suivi leur ouverture.

Elle prit une chambre au motel après avoir été reluquée de manière peu subtile par le vieux préposé à la réception. Fatiguée par cette journée interminable, elle défit son sac et appela Ellington avant d’éteindre les lumières. Toujours fidèle au poste, il décrocha à la deuxième sonnerie. À sa voix, elle sentit qu’il était aussi fatigué qu’elle.

« Je suis arrivée, » dit-elle, sans prendre la peine de dire bonjour.

« Tant mieux, » répondit Ellington. « Comment tu te sens ? »

« C’est sinistre ici. Un endroit un peu glauque une fois la nuit tombée, j’imagine. »

« Tu penses toujours que c’était la meilleure manière de faire ? »

« Oui. Et toi ? »

« Je ne sais pas. J’ai eu un peu de temps pour y réfléchir. Peut-être que j’aurais dû t’accompagner. C’est plus qu’une simple enquête pour toi. Tu essaies également de mettre une partie de ton passé derrière toi. Et si je t’aime, ce qui est le cas, je devrais être là pour ça. »

« Mais c’est d’abord une enquête, » dit-elle. « Et tu dois d’abord agir en tant que bon agent. »

« Oui. C’est ce que je vais me répéter pour me convaincre. Tu as l’air fatiguée, Mac. Repose-toi. Enfin, si tu parviens encore à dormir seule. »

Elle sourit. Ça faisait presque trois mois maintenant qu’ils partageaient le même lit de manière régulière. « Parle pour toi, » dit-elle. « Je viens juste de me faire reluquer par un préposé à la réception particulièrement âgé. »

« N’oublie pas de te protéger, » dit Ellington, en ricanant. « Bonne nuit. »

Mackenzie raccrocha et se déshabilla. Elle dormit sur le couvre-lit, refusant de prendre des risques en se glissant dans les draps d’un motel à Belton. Elle pensait qu’elle aurait du mal à s’endormir, mais avant que la solitude et le silence de la ville à travers la vitre n’ait eu le temps de la détendre, le sommeil la rattrapa et l’envahit.



***



Son horloge interne la réveilla à 5h45 mais elle décida de l’ignorer et referma les yeux. Elle n’avait pas vraiment un horaire à respecter et de plus, elle ne se rappelait pas de quand datait la dernière fois où elle s’était accordé un réveil plus tardif. Elle parvint à se rendormir et quand elle se réveilla à nouveau, il était 7h28. Elle sortit du lit, se doucha et s’habilla. Elle passa la porte de sa chambre vers huit heures du matin et se mit instantanément à la recherche d’un café.

Elle prit son café accompagné d’un pain saucisse dans un petit snack-bar qui avait toujours fait partie du décor de cette ville, d’aussi loin qu’elle se rappelle. Elle y venait avec ses amis du lycée pour y boire des milkshakes jusqu’à l’heure de la fermeture, à vingt et une heures tous les soirs de la semaine. Maintenant l’endroit lui paraissait plutôt un trou à rats graisseux, une tache sur ses souvenirs d’adolescente.

Mais le café était bon et fort, le carburant parfait pour la motiver à descendre la Route 6 vers un lopin de terre où elle avait vécu une partie de son enfance. Alors qu’elle s’en approchait, elle se rendit compte qu’elle pouvait clairement se rappeler sa dernière visite. Elle était venue avec Kirk Peterson, le détective privé aujourd’hui un peu perturbé, qui était tombé sur l’affaire de son père lorsque Jimmy Scotts avait été assassiné.

Alors quand elle aperçut la maison au détour de l’allée, elle ne fut pas vraiment surprise par ce qu’elle vit. Le toit détérioré menaçait de s’effondrer entièrement sur le mur arrière. Les mauvaises herbes avaient envahi tout l’endroit et le porche avait l’air tout droit sorti d’un film d’horreur.

La maison des voisins était également abandonnée. Ça semblait tout à fait approprié qu’il n’y ait que des forêts des deux côtés des maisons. Peut-être qu’un jour, la forêt s’y insinuerait et engloutirait les vieilles maisons abandonnées.

Ça ne me dérangerait pas du tout, pensa Mackenzie.

Elle gara sa voiture dans une allée fantôme et sortit à l’air libre. Avec l’autoroute loin derrière elle et la forêt s’étendant devant ses yeux, l’endroit était calme et serein. Elle entendit des oiseaux chanter dans les arbres et le bruit du moteur de sa voiture qui refroidissait. Elle marcha à travers le silence en direction de la porte d’entrée. Elle sourit quand elle vit qu’elle avait été défoncée. Elle se rappelait l’avoir fait elle-même quand elle était venue ici avec Peterson. Elle se rappelait également le sentiment bizarre de satisfaction qui en avait découlé.

À l’intérieur, c’était exactement pareil à ce qu’elle avait vu un an auparavant. Pas de meubles, pas d’objets personnels, pas grand-chose en fait. Des fissures aux murs, de la moisissure au tapis, l’odeur du vieux et de l’abandon. Il n’y avait rien ici pour elle. Rien de neuf.

Alors pourquoi je suis venue ?

Elle connaissait la réponse. Elle savait que c’était parce que c’était la toute dernière fois qu’elle y viendrait. Après cette visite, elle ne se laisserait plus jamais envahir par cette satanée maison. Ni dans ses souvenirs, ni en rêve, et certainement jamais dans le futur.

Elle traversa lentement la maison, en observant chaque pièce. Le salon, où elle et sa sœur, Stéphanie, avaient regardé Les Simpsons et étaient devenue limite obnubilées par Les X-Files. La cuisine, où sa mère avait rarement cuisiné quoi que ce soit de valable à part une lasagne dont elle avait trouvé la recette sur une boîte de pâtes. Sa chambre, où elle avait embrassé un garçon pour la première fois et avait laissé un garçon la déshabiller. Il y avait des carrés au mur, légèrement décolorés par rapport au reste de la peinture ; c’était là où étaient accrochés ses posters de Nine Inch Nails, de Nirvana et de PJ Harvey.

La salle de bains, où elle avait pleuré le jour où elle avait eu ses règles pour la première fois. La minuscule buanderie où elle avait tenté d’éliminer l’odeur de bière renversée sur sa blouse, un soir où elle était rentrée tard à l’âge de quinze ans.

Puis, au bout du couloir, se trouvait la chambre de ses parents – la chambre qui hantait ses nuits depuis bien trop longtemps. La porte était ouverte, la chambre l’attendait. Mais elle n’y entra pas. Elle resta debout dans l’embrasure de la porte, les bras croisés sur la poitrine, et observa l’intérieur. Avec la lumière matinale filtrant à travers les fenêtres fissurées et poussiéreuses, la pièce semblait presque immatérielle. Il était facile d’imaginer que l’endroit soit hanté ou maudit. Mais elle savait que ce n’était pas le cas. Un homme était mort dans cette pièce, son sang se trouvait encore sur la moquette. Mais c’était également vrai pour d’innombrables autres pièces dans le monde. Celle-ci n’était pas plus spéciale que les autres. Alors pourquoi lui pesait-elle autant ?

Tu peux penser autant que tu veux que tu es une femme forte et obstinée, lui dit une petite voix intérieure. Mais si tu ne résous pas cette affaire ce coup-ci, cette pièce te hantera le reste de tes jours. Tu pourrais tout aussi bien t’y enchaîner et dresser une porte de prison, ce serait pareil.

Elle quitta l’embrasure de la porte et sortit à l’extérieur. Elle contourna l’arrière de la maison, où se trouvait la seule entrée qui donnait à la cave. La vieille porte était tordue et facile à ouvrir. Elle entra et faillit hurler à la vue d’un serpent vert se faufilant dans l’un des coins. Elle rit d’elle-même et pénétra dans l’espace poussiéreux. Ça empestait la vieille terre et une odeur aigre envahissait l’endroit. C’était un lieu négligé avec des toiles d’araignée et de la poussière partout. Des saletés, de la poussière, des moisissures et de la pourriture. Il était difficile d’imaginer qu’il fut un temps où elle était enthousiaste à l’idée d’y venir chercher son vélo au printemps pour faire des tours dans le jardin. C’était là où son père entreposait la tondeuse et la débroussailleuse et où sa mère conservait tous ses bocaux pour faire des confitures et des gelées.

Envahie par les souvenirs et par l’odeur de rance, Mackenzie ressortit de la pièce. Elle se dirigea vers sa voiture mais elle fut incapable de partir tout de suite. Tel un fantôme, elle traversa à nouveau l’intérieur de la maison. Elle se dirigea vers le bout du couloir, vers la chambre de ses parents.

Elle fixa la pièce des yeux, en commençant tout doucement à comprendre le chemin qu’elle devait prendre. Elle en avait été plus proche hier soir, en roulant à travers Belton et en souhaitant arriver à destination. Cette vieille chambre vide ne contenait rien de plus que d’horribles souvenirs. Si elle souhaitait réellement avancer sur l’affaire, elle allait devoir faire des recherches.

Elle allait devoir arpenter les rues de cette ville dont elle avait redouté, en tant qu’adolescente, ne jamais pouvoir s’échapper.



***



Elle s’était tellement déconnectée de Belton après avoir obtenu un poste au sein de la police d’État à l’âge de vingt-trois ans qu’elle n’avait aucune idée de ce qui avait bien pu s’y passer durant ces dernières années. Elle ne savait pas quels commerces étaient encore ouverts, ni qui était mort ou qui avait vécu jusqu’à un âge avancé.

Bien sûr, ça faisait moins d’une douzaine d’années qu’elle ne vivait plus à Belton, mais une seule année pouvait causer beaucoup de changements dans une petite ville – que ce soit au niveau finances, immobilier ou décès. Mais elle savait aussi que les petites villes avaient tendance à rester enracinées dans les traditions. Et c’est pourquoi Mackenzie se dirigea vers le magasin local de fournitures agricoles qui se trouvait à l’extrémité Est de la ville.

L’endroit s’appelait Fournitures agricoles Atkins et à une époque, bien avant la naissance de Mackenzie, ce fut le centre de l’activité commerciale de la ville. En tout cas, c’est l’une des histoires que son père lui avait racontées. Mais aujourd’hui, ce n’était plus que l’ombre de ce que c’était. Quand Mackenzie était enfant, l’endroit vendait à peu près tous les types de cultures possibles (avec une spécialisation en maïs, comme la plupart des endroits au Nebraska). Ils y vendaient également des petites fournitures agricoles, des accessoires et des articles ménagers.

Quand elle y entra, à peine un quart d’heure après avoir quitté la maison de son enfance, Mackenzie se sentit presque désolée pour les propriétaires. Tout l’arrière du magasin, qui avait autrefois contenu des cultures et des fournitures de jardinage, était vide. Il n’y avait plus maintenant qu’un vieux billard abîmé. En ce qui concernait le magasin en lui-même, il vendait toujours des cultures, mais le choix était très réduit. La section la plus importante était celle offrant des semences de fleurs et de plantes. Une petite glacière à l’arrière contenait des appâts de pêche (des vairons et des vers de terre, à en croire la pancarte écrite à la main) et le comptoir se tenait devant toute une série de cannes à pêche et de boîtes poussiéreuses.

Deux hommes âgés se tenaient derrière le comptoir. L’un d’entre eux remuait une tasse de café tandis que l’autre feuilletait un catalogue de fournitures. Elle s’approcha du comptoir, sans être tout à fait certaine de l’approche à adopter : celle d’une personne du coin revenue après une longue absence ou celle d’un agent du FBI à la recherche d’informations concernant une vieille affaire.

Elle se dit qu’elle se déciderait sur le moment. Les deux hommes levèrent les yeux vers elle en même temps, alors qu’elle ne se trouvait plus qu’à quelques pas du comptoir. Elle reconnut les deux hommes du temps où elle vivait à Belton, mais elle connaissait uniquement le nom de celui qui feuilletait le catalogue.

« Monsieur Atkins ? » demanda-t-elle, en réalisant qu’elle pouvait très bien jouer les deux rôles et obtenir des renseignements fiables – s’il y en avait à obtenir.

L’homme qui tenait le catalogue en mains leva les yeux vers elle. Wendell Atkins avait douze ans de plus que la dernière fois où Mackenzie l’avait vu mais il avait l’air d’en avoir pris au moins vingt. Mackenzie supposa qu’il devait avoir au moins soixante-dix ans maintenant.

Il lui sourit et pencha la tête sur le côté. « Votre visage me dit quelque chose, mais je ne suis pas sûr de me rappeler de votre nom, » dit-il. « Ce serait sûrement plus facile que vous me le disiez, sinon je vais passer toute la journée à me poser la question. »

« Je m’appelle Mackenzie White. J’ai vécu à Belton jusqu’à l’âge de dix-huit ans. »

« White… votre mère s’appelait Patricia ? »

« Oui, monsieur, c’est ça. »

« Et bien, » dit Atkins. « Ça fait vraiment longtemps que je ne vous ai plus vue. La dernière chose que j’ai appris, c’était que vous travailliez pour la police d’État, c’est bien ça ? »

« J’y ai effectivement travaillé durant un temps en tant que détective, » dit-elle. « Mais j’ai fini par partir pour Washington et je travaille au FBI maintenant. »

Elle sourit intérieurement car elle savait que dans moins d’une heure, Wendell Atkins allait dire à tous les gens qu’il connaissait que Mackenzie White était venue lui rendre visite, qu’elle était partie pour Washington et qu’elle travaillait au FBI. Et si la rumeur se propageait, elle savait que les gens se mettraient à parler de ce qui était arrivé à son père. Dans les petites villes, c’était généralement comme ça que les informations se propageaient.

« Ah bon ? » dit Atkins. Même son ami leva les yeux de sa tasse de café, ayant l’air plus qu’intéressé.

« Oui, monsieur. Et c’est aussi la raison de ma visite. Je suis venue à Belton pour faire des recherches sur une vieille affaire. Celle de mon père, en fait. »

« Oh non, » dit Atkins. « C’est vrai… ils n’ont jamais trouvé celui qui lui avait fait ça, n’est-ce pas ? »

« Non, ils ne l’ont jamais trouvé. Et dernièrement, il y a eu des meurtres à Omaha qui semblent être liés à celui de mon père. Je suis venue ici, chez vous, car honnêtement, je me rappelle que mon père y venait de temps à autre quand j’étais enfant. C’était le genre d’endroit où les hommes se retrouvaient pour prendre un café et papoter, n’est-ce pas ? »

« C’est bien ça… même si on ne buvait pas toujours que du café, » dit Wendell, avec un petit gloussement.

« Je me demandais si vous vous rappeliez avoir entendu quoi que ce soit après que mon père soit assassiné. Même si vous pensez qu’il s’agit seulement de rumeurs, j’aimerais le savoir. »

« Et bien, agent White, » dit-il, sur un ton de bonne humeur, « je suis désolé de vous dire que certaines d’entre elles ne sont pas très agréables. »

« Je ne m’attends pas à ce qu’elles le soient. »

Atkins se racla la gorge d’un air gêné et il se pencha légèrement à travers le comptoir. Son ami comprit qu’une conversation inconfortable était sur le point d’avoir lieu ; il prit sa tasse de café et disparut derrière les rangées d’inventaire et d’équipements de pêche derrière le comptoir.

« Certains pensent que c’était votre mère, » dit Atkins. « Et je ne vous dis ça que parce que vous me l’avez demandé. Sinon, je n’aurais jamais osé faire un tel commentaire. »

« Je sais, monsieur Atkins. »

« Les rumeurs disent qu’elle a tout organisé pour que ça ressemble à un meurtre. Et le fait qu’elle… et bien, qu’elle souffre de cette dépression juste après, a paru bien trop opportun à certaines personnes. »

Mackenzie ne pouvait pas vraiment s’offusquer de cette accusation. Elle l’avait elle-même envisagé, mais ça ne tenait pas la route. Cela voudrait dire que sa mère serait également responsable de la mort des vagabonds, de Gabriel Hambry et de Jimmy Scotts. Sa mère pouvait être beaucoup de choses, mais elle n’était certainement pas une tueuse en série.

« Une autre rumeur dit que votre père avait des liens avec des Mexicains pas trop recommandables. Un cartel de la drogue. Une transaction aurait mal tourné ou votre père les aurait dupés d’une manière ou d’une autre, signant par là son arrêt de mort. »

C’était également une autre possibilité sur laquelle ils avaient longuement spéculé. Le fait que Jimmy Scotts ait apparemment été impliqué avec un cartel de la drogue – dans son cas, au Nouveau-Mexique – avait fourni un lien mais, après de longues recherches, il s’avéra qu’il n’y avait pas de connexion. Mais à nouveau, le père de Mackenzie avait fait partie de la police et tout le monde savait qu’il avait arrêté quelques dealers de drogue du coin, alors c’était une supposition facile à faire.

« Autre chose ? » demanda-t-elle.

« Non. Croyez-le ou non, mais je n’aime pas trop me mêler de ce qui ne me regarde pas. Je déteste les rumeurs. J’aurais aimé pouvoir vous en dire plus. »

« Ne vous tracassez pas. Merci beaucoup, monsieur Atkins. »

« Vous savez, » dit-il, « peut-être que vous devriez parler à Amy Lucas. Vous vous rappelez d’elle ? »

Mackenzie essaya de se rafraîchir la mémoire mais n’y parvint pas. « Le nom me dit vaguement quelque chose, mais non… je ne me rappelle pas d’elle. »

« Elle vit sur Dublin Road… la maison blanche avec la vieille Cadillac posée sur des blocs dans l’allée. Cette carcasse se trouve là depuis des lustres. »

Il n’en fallut pas plus pour que Mackenzie se rappelle. Bien qu’elle ne connaisse pas personnellement Amy Lucas, elle se rappelait bien de la maison. La Cadillac en question datait des années 60. Elle était placée sur des blocs depuis une éternité. Mackenzie se rappelait très bien l’avoir souvent vue, durant ces années à Belton.

« Pourquoi elle ? » demanda Mackenzie.

« Elle et votre mère étaient vraiment de très bonnes amies à un moment donné. Le mari d’Amy est mort d’un cancer il y a trois ans. Depuis lors, elle ne vient plus aussi souvent en ville. Mais je me rappelle qu’elle et votre mère passaient beaucoup de temps ensemble. Elles allaient au bar ou jouaient aux cartes sur le porche d’Amy. »

Comme si monsieur Atkins avait comme par magie appuyé sur un bouton, Mackenzie se rappela soudain bien plus de choses qu’auparavant. Elle pouvait à peine visualiser le visage d’Amy Lucas, illuminé par une cigarette qu’elle tenait en bouche. C’est l’amie au sujet de laquelle papa et maman se disputaient souvent, pensa Mackenzie. Les soirs où maman rentrait saoule ou était absente le weekend, elle était avec Amy. J’étais trop jeune pour vraiment comprendre.

« Savez-vous où elle travaille ? » demanda Mackenzie.

« Nulle part. Je suis prêt à parier qu’elle est actuellement chez elle. Quand son mari est mort, elle a reçu un petit pécule. Elle se contente de rester chez elle et de se morfondre toute la journée. Mais s’il vous plaît… si vous allez la voir, je vous en supplie, ne lui dites pas que c’est moi qui vous y ai envoyé. »

« Je ne lui dirai rien. Encore merci, monsieur Atkins. »

« Pas de problème. J’espère que vous trouverez ce que vous cherchez. »

« Moi aussi. »

Elle sortit du magasin et se dirigea vers sa voiture. Elle scruta Main Street tout en se demandant : Mais qu’est-ce que je cherche exactement ?

Elle entra dans sa voiture et démarra en direction de Dublin Road, en espérant y trouver un début de réponse.




CHAPITRE SIX


Dublin Road était une route à deux bandes qui serpentait à travers bois. Des arbres gigantesques s’élevaient des deux côtés et escortèrent Mackenzie jusqu’à la maison d’Amy Lucas. Elle eut l’impression de voyager dans le temps, particulièrement quand elle arriva à proximité de la maison et vit la vieille Cadillac, posée sur ses blocs au bout de l’allée en graviers.

Elle se gara derrière la seule autre voiture présente dans l’allée, une Honda beaucoup plus récente, et sortit du véhicule. Au moment où elle posa le pied sur le porche, elle pensa à ce que monsieur Atkins lui avait dit concernant le fait que sa mère et Amy jouaient bien souvent aux cartes à cet endroit même. Le simple fait de savoir que sa mère avait un jour occupé ce porche la fit frissonner.

Mackenzie frappa à la porte qui s’ouvrit immédiatement. La femme qui se trouvait de l’autre côté n’était plus qu’un pâle souvenir de la personne dont Mackenzie se rappelait. Amy Lucas devait avoir la cinquantaine et avait le type de regard qui semblait perpétuellement méfiant. La plupart de ses cheveux châtains avaient tourné au gris. Ils étaient tirés en arrière et révélaient un front parsemé de vieilles cicatrices d’acné. Elle tenait une cigarette entre les doigts de sa main droite, dont la fumée dessinait des volutes.

« Madame Lucas ? » demanda Mackenzie. « Amy Lucas ? »

« C’est moi, » dit-elle. « Qui êtes-vous ? »

Mackenzie sortit son badge et répéta la même phrase de routine. « Mackenzie White, du FBI. J’espérais pouvoir vous poser… »

« Mac ! Merde ! Qu’est-ce que tu fais en ville ? »

Le fait que cette femme se rappelle visiblement très bien d’elle prit un peu Mackenzie par surprise mais elle parvint à garder sa contenance. « J’enquête sur une affaire et j’espérais que vous pourriez m’aider. »

« Moi ? » Elle se mit ensuite à rire du genre de rire qui était depuis longtemps devenu le son d’innombrables cigarettes lui affectant les poumons.

« Et bien, c’est au sujet de mon père. Et pour être tout à fait franche, je ne suis plus en très bons termes avec maman. Alors j’espérais que vous pourriez peut-être m’éclairer concernant quelques détails. »

Ses yeux méfiants rétrécirent durant un instant puis Amy hocha la tête et fit un pas de côté. « Viens, entre, » dit-elle.

Mackenzie entra et fut instantanément envahie par l’odeur nauséabonde de la fumée de cigarette. C’était comme un nuage suspendu dans la maison. Elle suivit Amy à travers un petit vestibule et jusque dans le salon, où elle s’assit dans un vieux fauteuil en lambeaux.

Mackenzie s’assit au bord d’un divan collé au mur du fond et fit de son mieux pour dissimuler le fait que la fumée de cigarette lui donnait envie de tousser.

« J’ai appris la nouvelle concernant votre mari, » dit Mackenzie. « Toutes mes condoléances. »

« Oui, c’était triste, mais on savait que ça allait arriver. Le cancer, c’est vraiment une merde. Mais… il était prêt à partir. La douleur était vraiment insoutenable vers la fin. »

Aucune phrase de transition ne vint ensuite à l’esprit de Mackenzie et vu qu’elle ne s’était jamais considérée comme étant très douée dans l’art de la conversation, elle fit de son mieux pour arriver dans le vif du sujet sans avoir l’air trop impolie.

« Et bien, je suis revenue en ville en espérant trouver davantage d’informations sur le meurtre de mon père. Pendant de longues années, l’enquête était restée en stand-by mais une autre série de meurtres ailleurs au Nebraska ont fait que nous nous y intéressions à nouveau. Je voulais vous parler car il semblerait que vous ayez été proche de ma mère. Je me demandais si vous pouviez m’en dire plus concernant l’état dans lequel elle se trouvait dans les jours précédents et suivants la mort de mon père. »

Amy aspira une bouffée de sa cigarette et s’enfonça dans son fauteuil. Elle n’avait plus l’air méfiant maintenant, mais plutôt triste.

« Mon dieu, ta mère me manque. Comment va-t-elle ? »

« Je ne sais pas, » dit Mackenzie. « On ne s’est pas parlé depuis plus d’un an. Il y a quelques problèmes en suspens entre nous, comme vous pouvez l’imaginer. »

Amy hocha la tête. « A-t-elle fini par sortir de cette… résidence ? »

Elle veut parler de l’hôpital psychiatrique, pensa Mackenzie. « Oui. Puis elle a loué un appartement quelque part et a continué à vivre sa vie. Elle nous a plus ou moins abandonnées, Stéphanie et moi. »

« Quand ton père est mort, ça a vraiment été dur pour elle, » dit Amy. « Le fait qu’elle soit là, sur ce divan, quand c’est arrivé – ça l’a vraiment foutue en l’air. »

Ouais, ça m’a pas mal foutue en l’air aussi, pensa Mackenzie. « Oui, on était tous là. Est-ce que maman vous a raconté quoi que ce soit concernant cette nuit-là ? Quelque chose qu’elle aurait vu ou entendu ? »

« Pas que je me rappelle. Je sais qu’elle était hantée par l’idée que la porte avait dû être ouverte – que la personne qui était entrée et avait tué ton père avait juste eu à traverser la maison. Ça la paniquait vraiment que ça ait pu être toi ou ta sœur. »

« Et pour finir, » dit Mackenzie, « tout le monde s’en est sorti sain et sauf. L’assassin voulait uniquement mon père. Est-ce que maman vous a parlé de quoi que ce soit concernant mon père qui ait pu vous sembler bizarre ? Peut-être des raisons pour que quelqu’un souhaite sa mort ? »

« Franchement, ta mère avait surtout parlé de combien elle le trouvait sexy dans son uniforme de police. Mais il était détective vers la fin, n’est-ce pas ? »

« C’est ça. Alors… est-ce que maman aimait le fait qu’il soit policier ou est-ce que ça la mettait mal à l’aise ? »

« Un peu des deux, je pense. Elle était très fière de lui mais elle s’inquiétait tout le temps pour lui. C’est la raison pour laquelle elle buvait autant. Elle avait tout le temps peur qu’il soit blessé et la boisson était sa façon à elle de gérer le stress. »

« Je vois… »

« Écoute, je sais que certaines rumeurs en ville ne sont pas des plus agréables, mais ta mère aimait ton père. Elle l’aimait vraiment beaucoup. Il faisait tout son possible pour la soutenir. Quand il est devenu policier et qu’ils pouvaient à peine payer leurs factures, il a même fait un prêt et acheté ce minuscule édifice d’appartements en-dehors de la ville. Il essaya d’être propriétaire pendant environ deux ans mais ce n’était pas fait pour lui. Mais les revenus étaient suffisants pour les maintenir à flot, par contre. »

« À quand ça remonte ? » demanda-t-elle.

« Avant que tu ne sois là, ça, c’est sûr, » dit Amy. « On était tous si jeunes à l’époque. Mon dieu, je n’arrive pas à comprendre comment j’oublie certains détails aussi facilement… »

Mackenzie ne put s’empêcher de sourire. Juste comme ça, elle venait d’apprendre quelque chose de nouveau sur son père. Peut-être que sa mère et lui avaient mentionné cette tentative d’être propriétaire devant elle dans le passé mais si c’était le cas, elle n’y avait jamais vraiment prêté attention.

« Amy, à quand date la dernière fois où vous avez parlé avec ma mère ? »

« Le jour avant qu’elle ne parte pour cette résidence. Je ne cherche pas à retourner le couteau dans la plaie, mais même à ce moment-là, je pense qu’elle était fâchée sur toi. Mais elle ne m’a jamais dit pourquoi. »

« Et est-ce qu’elle a dit quoi que ce soit concernant mon père ? »

« Elle disait que c’était arrivé comme un cauchemar. Elle disait que c’était sa faute et qu’elle aurait dû être capable de l’empêcher. J’ai imaginé qu’elle se sentait surtout coupable d’être endormie et de ne pas s’être réveillée quand cette personne est apparemment entrée dans la maison avec une arme. »

« Il y a quoi que ce soit d’autre dont vous vous rappeliez ? » demanda Mackenzie.

Pendant qu’Amy réfléchissait, Mackenzie repensa à une des choses qu’elle venait de lui dire. Elle aurait dû être capable de l’empêcher.

Ça semble un commentaire bien étrange à faire au vu de ce qui s’est passé.

Elle sait quelque chose. Ça a toujours été le cas et j’ai toujours eu bien trop peur de lui poser la question…

Merde. Il va falloir que je l’appelle.

Amy finit par lui répondre : « Non, rien dont je puisse me rappeler pour l’instant. Mais tu as ravivé des souvenirs du passé, alors si je me rappelle de quoi que ce soit, je n’hésiterai pas à t’en informer. »

« Ce serait très apprécié, » dit Mackenzie, en tendant à Amy une de ses cartes de visite.

Elle sortit de la maison, trop contente de pouvoir respirer l’air frais. Elle se dirigea vers sa voiture, consciente d’empester la fumée de cigarette et en méditant sur ce qu’elle avait appris de nouveau sur son père.

Un propriétaire, pensa-t-elle. Je ne peux pas du tout l’imaginer ! Je me demande si Stéphanie savait…

Mais dans la foulée, une autre évidence lui vint à l’esprit.

Je vais devoir rendre visite à ma mère. Je ne vais pas pouvoir l’éviter plus longtemps.

Cette pensée la rendit instantanément nerveuse. Alors qu’elle regagnait la Dublin Road, le simple fait de penser qu’elle allait voir sa mère la mettait mal à l’aise. Elle avait l’impression d’avoir un poids sur l’estomac. Elle roula en direction de la ville, en essayant de penser à ce qu’elle pourrait bien faire d’autre pour reporter l’inévitable visite.




CHAPITRE SEPT


Elle avait encore une autre tâche à faire avant de se tourmenter davantage à l’idée d’une visite avec sa mère. Elle consulta les dossiers de l’enquête et en sortit les informations concernant l’autopsie de son père. Elle trouva le nom du médecin légiste qui avait rédigé le rapport et se mit en quête de le retrouver.

Ce fut assez facile. Bien que le médecin légiste en question ait pris sa retraite deux ans plus tôt, le comté de Morrill était le genre d’endroit qui ressemblait à un trou noir. C’était impossible d’en sortir. C’est pourquoi il y avait autant de visages familiers dans les rues de la ville. Personne n’avait songé à partir, à aller voir ce que la vie pouvait leur offrir ailleurs.

Elle avait appelé l’agent Harrison à Washington pour obtenir l’adresse de Jack Waggoner, le médecin légiste qui avait travaillé sur son père. Elle obtint l’adresse en quelques minutes et se dirigea vers une autre petite ville du nom de Denbrough. Denbrough se trouvait à soixante kilomètres au Sud de Belton, deux petites taches sur la carte du comté de Morrill.

Jack Waggoner vivait dans une maison qui se trouvait à côté d’une grande prairie. De vieux poteaux et du fil barbelé indiquaient que la prairie avait autrefois servi à garder des chevaux ou du bétail. Quand elle gara sa voiture dans l’allée de la jolie maison à un étage de style colonial, elle vit qu’une femme était occupée à arracher les mauvaises herbes d’un jardin de fleurs qui entourait le porche d’entrée.

La femme ne la quitta pas des yeux, depuis le moment où Mackenzie avait engagé sa voiture dans l’allée jusqu’au moment où elle en sortit.

« Bonjour, » dit Mackenzie, cherchant à nouer le contact le plus rapidement possible avec la femme, avant que son regard insistant ne commence à l’agacer.

« Bonjour, » dit la femme. « À qui ai-je l’honneur ? »

Mackenzie sortit son badge et se présenta de la manière la plus agréable possible. Les yeux de la femme s’illuminèrent instantanément et elle cessa de la regarder d’un air méfiant.

« Et qu’est-ce qui amène le FBI à Denbrough ? » demanda la femme.

« J’espérais pouvoir parler avec monsieur Waggoner, » dit-elle. « Jack Waggoner. Est-ce qu’il est à la maison ? »

« Oui, il est là, » dit la femme. « Je suis Bernice, au fait. Sa femme depuis trente et un ans. Il reçoit parfois des appels du gouvernement, toujours concernant des cadavres qu’il a examinés dans le passé. »

« Oui, c’est la raison de ma visite. Pourriez-vous lui demander de venir ? »

« Je vais vous conduire jusqu’à lui, » dit Bernice. « Il est en plein milieu d’un projet. »

Mackenzie suivit Bernice dans la maison. Elle était propre et peu décorée, donnant l’impression d’être bien plus vaste qu’elle ne l’était en réalité. La disposition de l’endroit lui fit à nouveau penser que le vaste pré à l’extérieur devait définitivement avoir autrefois contenu du bétail – du bétail qui avait permis de payer pour une telle maison.

Bernice la guida jusqu’au sous-sol aménagé. Quand elles arrivèrent en bas des escaliers, la première chose que vit Mackenzie, ce fut une tête de cerf accrochée au mur. Puis, en continuant, elle vit un petit chien empaillé – un vrai chien qui avait été empaillé après sa mort. Il était perché dans un coin sur une sorte de plateforme bizarre.

Dans le coin tout au fond, un homme était assis, penché sur un établi. Une lampe illuminait ce sur quoi il était occupé à travailler et qui était dissimulé par son dos et ses épaules.

« Jack ? » dit Bernice. « Tu as de la visite. »

Jack Waggoner se retourna et regarda Mackenzie à travers des lunettes au verre épais. Il les retira, cligna des yeux d’une manière presque comique et se leva lentement de son siège. Quand il bougea, Mackenzie put voir ce sur quoi il travaillait. Elle vit le corps de ce qui ressemblait à un lynx.

Taxidermie, pensa-t-elle. Apparemment, il fallait qu’il continue à être en contact avec des cadavres après sa retraite.

« Je ne pense pas qu’on se soit déjà rencontré, » dit Jack.

« Non, effectivement, » dit-elle. « Je suis Mackenzie White, du FBI. J’aurais aimé vous parler d’un corps dont vous avez fait l’autopsie il y a environ dix-sept ans. »

Jack laissa échapper un sifflement et haussa les épaules. « Et bien, j’ai déjà du mal à me rappeler les corps sur lesquels j’ai travaillé durant ma dernière année de service – et ça ne remonte qu’à deux ans. Alors, dix-sept ans, ça risque d’être plus difficile. »

« C’était une affaire d’une certaine importance, » dit-elle. « Un policier… un détective, en fait. Un homme du nom de Benjamin White. C’était mon père. Il a été tué d’une balle… »

« D’une balle dans la nuque, » dit Jack. « Avec un Beretta 92, si ma mémoire ne me fait pas défaut. »

« Exactement. »

« Oui, celui-là, je m’en rappelle. Et… et bien, je suppose que je suis enchanté de vous connaître. Désolé pour votre père, bien entendu. »

Bernice soupira et s’avança en direction des escaliers. Elle sourit sur un air d’excuse et fit un petit signe d’au revoir à Mackenzie en partant.

Jack sourit à sa femme au moment où elle se dirigea vers les escaliers. Quand le bruit des ses pas eut disparu, Jack regarda en direction de son établi. « Je vous serrerais bien la main mais… et bien, je ne suis pas sûr que vous le vouliez. »

« La taxidermie paraît un hobby tout à fait approprié pour un homme avec votre carrière professionnelle, » dit Mackenzie.

« Ça fait passer le temps. Et les revenus extra sont également bienvenus. Enfin… je m’éloigne du sujet. Que voulez-vous savoir concernant l’enquête sur Ben White ? »

« Franchement, je cherche quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire. J’ai lu les rapports au moins une cinquantaine de fois, je crois. Je les connais sur le bout des doigts. Mais je suis aussi consciente qu’il y a souvent de minuscules détails qui ne sont remarqués que par une ou l’autre personne – des détails qui ne semblent pas valoir la peine d’être inclus sur le moment – qui ne se retrouvent pas dans le rapport officiel. C’est ce genre de choses que je recherche. »

Jack prit un moment pour y réfléchir mais à l’air de déception qui se peignait sur son visage, Mackenzie en conclut qu’il ne voyait rien en particulier. Après quelques instants, il secoua la tête. « Désolé. Mais du point de vue du corps en lui-même, il n’y avait rien qui sorte de l’ordinaire. Manifestement, les causes du décès étaient évidentes. Et à part ça, il avait un corps sain et en bonne santé. »

« Alors pourquoi vous en souvenez-vous aussi bien ? »

« À cause de la nature même de l’affaire. J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. Votre père était un policier respecté. Quelqu’un est entré dans votre maison, lui a tiré une balle dans la nuque et est parvenu à ressortir sans que personne ne le voit. Un Beretta 92 n’est pas particulièrement bruyant mais assez pour réveiller une maisonnée. »

« Ça m’a réveillée, » dit Mackenzie. « Ma chambre se trouvait directement à côté de la sienne. J’ai entendu le coup de feu mais je ne savais pas ce que c’était. Puis j’ai entendu des bruits de pas et quelqu’un passer devant ma chambre. La porte de ma chambre était fermée, quelque chose que je ne faisais jamais enfant. Je laissais toujours une fente. Mais quelqu’un l’avait fermée. La même personne, j’imagine, qui a tué mon père. »

« C’est vrai. C’est vous qui avez découvert le corps, n’est-ce pas ? »

Elle hocha la tête. « Et c’était à peine deux ou trois minutes après le coup de feu. C’est le temps que ça m’a pris pour réaliser qu’il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. C’est à ce moment-là que je suis sortie de mon lit et que je suis allée dans la chambre de mes parents. »

« Comme je vous le disais… j’aurais aimé pouvoir vous en apprendre davantage. Et veuillez me pardonner de vous dire ça, mais il y a quelque chose dans la version officielle qui ne tient pas la route. Est-ce que vous avez parlé de tout ça avec votre mère ? »

« Non, pas en détails. Nous ne sommes pas vraiment les meilleures amies du monde. »

« Elle était dévastée les jours précédant l’enterrement. Personne ne pouvait lui adresser la parole. Elle passait des sanglots à une rage folle en une fraction de seconde. »

Mackenzie hocha la tête mais resta silencieuse. Elle se rappelait très bien les accès de rage de sa mère. C’était l’une des raisons principales de son admission ultérieure dans un hôpital psychiatrique.

« Est-ce qu’il y a eu une sorte de confidentialité impliquée au moment où le corps est arrivé à la morgue ? » demanda-t-elle.

« Pas que je me rappelle. Rien de louche, d’après ce que je sais. C’était juste un autre cadavre qui nous était livré. Mais vous savez… je me rappelle d’un policier qui était tout le temps présent. Il était avec eux quand le corps est arrivé et il est resté pendant tout un temps à proximité du bureau médical, comme s’il attendait quelque chose. Je suis presque certain de l’avoir également vu à l’enterrement. Benjamin White était un type respecté… particulièrement par les autres policiers. Mais celui-là… il était là tout le temps. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, il est resté un peu longtemps à l’enterrement, comme s’il avait besoin d’être seul pour assimiler l’information. Mais bon, ça date d’il y a longtemps. Dix-sept ans, ça fait un bail. Les souvenirs commencent un peu à faillir quand on arrive à mon âge. »

« Est-ce que vous vous rappelez le nom de ce policier ? » demanda-t-elle.

« Non. Mais je suis presque certain qu’il a signé quelques paperasseries à un moment donné. Peut-être que si vous parvenez à obtenir les dossiers originaux ? »

« Peut-être, » dit Mackenzie.

Il dit la vérité et il est désolé pour moi, pensa Mackenzie. Il n’y a rien de plus à apprendre ici… à moins que je veuille me mettre à la taxidermie.

« Merci pour le temps que vous m’avez consacré, monsieur Waggoner, » dit-elle.

« Pas de problèmes, » dit-il, en la raccompagnant à l’étage. « J’espère vraiment que vous parviendrez à élucider cette affaire. J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de pas net dans tout ça. Et bien que je ne connaisse pas vraiment bien votre père, je n’ai toujours entendu que de bonnes choses à son sujet. »

« Merci, » dit Mackenzie.

Elle le remercia une dernière fois et sortit de la maison. Elle fit un signe d’au revoir à Bernice qui s’occupait de nouveau des mauvaises herbes et elle entra dans sa voiture. Il était quinze heures mais elle avait l’impression qu’il était bien plus tard que ça. Elle supposa que le vol de Washington jusqu’au Nebraska, suivi par six heures de route, commençaient tout doucement à l’affecter.

Mais il était trop tôt pour finir journée. Elle se dit qu’elle pourrait terminer par une visite à l’endroit où elle avait toujours pensé qu’elle finirait, bien qu’elle n’y ait jamais mis les pieds : le commissariat de Belton.




CHAPITRE HUIT


Le commissariat de Belton lui rappelait le commissariat où elle avait passé bien trop de temps en tant que policier et détective avant d’entrer au FBI. L’endroit était plus petit mais lui donnait la même sensation de suffoquer. C’était comme si elle avait fait un énorme pas en arrière dans son passé.

Après avoir suivi la femme de la réception à travers un espace central, Mackenzie se dirigea vers une petite pièce à l’arrière de l’édifice. Une pancarte à côté de la porte indiquait qu’il s’agissait là de la salle des archives. C’était presque consternant de constater combien le processus avait été nonchalant. Elle avait montré son badge à la femme de la réception, qui avait ensuite passé un coup de fil, reçut l’autorisation et l’avait amenée jusque là.

Et c’était tout. En chemin vers la salle des archives, seulement deux policiers lui adressèrent un signe de tête et la regardèrent d’un air interrogateur, mais rien de plus. Personne ne l’arrêta ni ne lui demanda ce qu’elle faisait là. Et franchement, c’était tant mieux. Moins elle aurait de distractions, plus vite elle pourrait sortir d’ici.

La salle des archives consistait en une petite table en chêne au centre de la pièce, entourée de deux chaises. Le reste de la salle était occupé par des armoires de classement rangées contre les murs. Certains étaient anciens et abîmés, d’autres étaient plus neufs. Elle fut surprise de constater combien les dossiers étaient bien organisés. Les plus vieilles armoires contenaient des dossiers datant de 1951. Par curiosité et afin de mieux apprécier la qualité du classement, elle ouvrit l’un de ces tiroirs et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Des documents, des dossiers usés et d’autres éléments y étaient soigneusement rangés, bien que l’odeur de vieux papier et la couche de poussière indiquent clairement qu’ils n’avaient pas été consultés depuis très longtemps.

Elle referma le tiroir et examina les étiquettes placées sur les armoires jusqu’à ce qu’elle trouve celle dont elle avait besoin. Elle ouvrit le tiroir et se mit à fouiller dans les dossiers. L’avantage d’être policier dans une aussi petite ville, c’était qu’il n’y avait en général pas beaucoup d’enquêtes par an. Quand elle avait commencé à faire des recherches sur la mort de son père, elle avait découvert que, l’année de sa mort, il n’y avait eu que deux homicides dans toute la région de Belton.

C’est pourquoi il lui fut très facile de retrouver le dossier concernant son père. Elle le sortit et fronça les sourcils quand elle constata combien il semblait peu étoffé. Elle regarda même dans le tiroir pour vérifier si elle n’y avait pas laissé un autre dossier, mais il n’y avait rien d’autre.

Se contentant dès lors de ce mince dossier, Mackenzie s’assit à la petite table au centre de la pièce et commença à le feuilleter. Il y avait plusieurs photos de la scène de crime, qu’elle avait déjà eu l’occasion de voir. Elle parcourut également les notes concernant l’enquête. Elle les avait également déjà lues auparavant ; elle en avait même des photocopies dans sa propre collection de rapports sur cette affaire. Mais le fait de voir les documents originaux – de les tenir en main – rendait l’affaire encore plus réelle, d’une certaine manière.

Il y avait quelques documents dans le dossier dont elle n’avait pas de photocopies personnelles. Parmi ceux-ci, se trouvait une copie du rapport du médecin légiste, signé en bas par Jack Waggoner. Elle le parcourut, fut satisfaite par le rapport et les notes, et continua à la page suivante. Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle cherchait mais il n’y avait rien de neuf pour l’instant. Mais quand elle arriva à l’arrière du dossier, elle tomba sur la page deux du rapport final, où une note maintenait que l’affaire n’était pas résolue.

Au bas, il y avait deux signatures griffonnées à côté du nom imprimé de chaque policier. L’un était Dan Smith, l’autre Reggie Thompson.

Mackenzie retourna au rapport du médecin légiste pour vérifier le nom des officiers qui y avaient signé. Il n’y avait qu’un seul nom : Reggie Thompson. Le nom de Thompson apparaissant sur les deux documents était un bon indicateur qu’il devait s’agir du policier qui semblait avoir plané au-dessus de l’enquête, même au bureau du médecin légiste.

Elle feuilleta à nouveau le dossier pour s’assurer que rien ne lui avait échappé. Mais comme elle s’y attendait, il n’y avait rien de plus. Elle remit le dossier en place dans l’armoire et quitta la pièce. Elle retraversa le couloir en prenant son temps. Elle regarda les noms indiqués sur les pancartes accrochées à côte de chacune des portes. La plupart des portes étaient ouvertes mais il n’y avait personne à l’intérieur des bureaux. Ce ne fut qu’au moment d’arriver presque au bout du couloir, vers la pièce centrale et la réception, qu’elle trouva un bureau occupé par quelqu’un.

Elle frappa à la porte à moitié ouverte et une voix enjouée lui répondit par un « Entrez ».

Mackenzie entra et fut accueillie par une femme rondelette assise derrière un bureau. Elle était occupée à taper quelque chose sur son ordinateur et regarda Mackenzie tout en continuant.

« Je peux vous aider ? » demanda la femme.

« Je cherche un policier du nom de Reggie Thompson, » dit Mackenzie.

Apparemment, cette question parvint à attirer l’attention de la femme. Elle arrêta de taper sur son clavier et regarda Mackenzie avec un froncement de sourcils. Sachant ce qui allait suivre, Mackenzie lui montra son badge et se présenta.

« Oh, je vois, » dit la femme. « Dans ce cas, je suis désolée de vous apprendre que l’officier Thompson a pris sa retraite l’année dernière. Il est resté aussi longtemps qu’il a pu, mais il a fini par devoir arrêter. On lui a diagnostiqué un cancer de la prostate. D’après ce que j’en sais, il est parvenu à le vaincre mais il ne s’en est pas sorti indemne. »

« Vous savez s’il accepte des visites ? J’aurais aimé lui poser quelques questions concernant une affaire sur laquelle il a travaillé dans le passé. »

« Je suis presque certaine qu’il adorerait ça, en fait. Il appelle le commissariat au moins une fois par semaine pour avoir des nouvelles… pour savoir quelles sont les affaires en cours. Mais si j’étais vous, j’attendrais demain. D’après ce que sa femme m’a raconté, il en fait de trop le matin et en début d’après-midi, et à quinze heures, il n’a en général plus d’énergie. »

« J’attendrai demain, alors, » dit Mackenzie. « Je vous remercie du conseil. »

Mackenzie quitta le commissariat avec le même manque d’énergie qu’elle avait ressenti en y entrant. Au final, elle n’y avait passé qu’une demi-heure et bien qu’il lui reste encore une bonne partie de l’après-midi à sa disposition, elle se sentait fatiguée. Et puisque Reggie Thompson préférait avoir des visites le matin, ça ne lui laissait pas beaucoup d’autres options.

Elle quitta le commissariat et se dirigea vers le motel. En chemin, son téléphone sonna et elle fut contente de voir que c’était Ellington. Bien qu’ils ne soient pas techniquement en dispute, c’était tout de même étrange d’être en désaccord avec lui.

Il fait ce qui est juste, se dit-elle. Laisse-le un peu tranquille.

Elle décrocha rapidement avec un : « Salut, comment ça va ? »

« J’ai parlé avec au moins une douzaine de vagabonds aujourd’hui. J’ai une toute autre vision de ce qu’ils ont à endurer mais j’en suis aussi arrivé à la conclusion qu’ils ne sont pas les sources les plus fiables d’informations. Et toi ? »

« Je fais des progrès, » dit-elle, bien qu’elle ait l’impression que ce soit un mensonge. « J’ai parlé avec quelques personnes du coin qui m’ont donné leur perception de l’affaire – des rumeurs de petite ville vraiment, mais il y a en général toujours un fond de vérité dans tout ça. J’ai parlé avec le médecin légiste qui s’est occupé du corps de papa, puis je suis passée par le commissariat pour consulter les dossiers. J’y ai trouvé le nom d’un policier qui semble avoir été particulièrement attaché à l’enquête et je vais lui parler demain. »

« Tu en as certainement fait beaucoup plus que moi, » dit-il. « Tu penses rester encore combien de temps ? »

« Je ne sais pas. Ça dépend de ce qui va se passer demain – tant ici qu’à Omaha. Quel est l’état d’esprit là-bas ? »

Ellington hésita avant de répondre. « Pour être tout à fait honnête, c’est tendu. Penbrook est fâché que tu aies tout simplement décidé de partir aussi loin. Il essaie d’être aussi utile qu’il le peut, mais il me fait comprendre de manière très claire qu’il n’est pas content. »

« Et toi ? »

« Je pense toujours la même chose qu’hier. J’aimerais être là-bas avec toi… ou que tu sois toujours ici. Mais diviser pour mieux régner était le meilleur choix à faire. Je pense que même Penbrook s’en rend compte. Mais pour être tout à fait honnête, ici à Omaha, ils sont plutôt d’avis que tu utilises ça comme une excuse pour faire une visite à ta ville natale et à ton passé. »




Конец ознакомительного фрагмента.


Текст предоставлен ООО «ЛитРес».

Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43692423) на ЛитРес.

Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.


