Maintenant et À Tout Jamais Sophie Love L’Hôtel de Sunset Harbor #1 Emily Mitchell, trente-cinq ans, qui vit et travaille à New-York, s’est débattue à travers une série d’échecs amoureux. Quand son petit-ami depuis sept ans l’invite à sortir pour leur diner d’anniversaire tant attendu, Emily est certaine que cette fois-ci sera différente, que cette fois-ci elle recevra enfin la bague. Quand il lui donne un petit flacon de parfum à la place, Emily sait que le temps est venu de rompre avec lui – et de prendre un nouveau départ dans la vie. Assommée par sa vie insatisfaisante et stressante, Emily décide qu’elle a besoin de changement. Elle décide sur un coup de tête de conduire jusqu’à la demeure abandonnée de son père sur la côte du Maine, une vaste et vieille maison où elle a passé des été magiques étant enfant. Mais, depuis longtemps négligé, l’édifice a désespérément besoin de réparations, et l’hiver n’est pas le moment idéal pour être dans le Maine. Emily n’y a pas été en vingt ans, quand un accident tragique a changé la vie de sa sœur et fait voler en éclats sa famille. Ses parents ont divorcé, son père a disparu, et Emily n’a jamais été capable de se résoudre à remettre un pied dans cette maison. Maintenant, pour une raison ou une autre, avec sa vie qui chancelle, Emily se sent attirée par le seul lieu de son enfance qu’elle ait jamais connu. Elle ne prévoit d’y aller que pour un week-end, pour s’éclaircir l’esprit. Mais quelque chose à propos de la maison, ses nombreux secrets, ses souvenirs de son père, le charme du bord de mer, sa situation dans une petite ville – et plus que tout, son magnifique gardien mystérieux – ne veulent pas la laisser partir. Peut-elle trouver les réponses qu’elle a cherchées ici, dans l’endroit le plus inattendu de tous ?Un week-end peut-il devenir une vie ?Maintenant et à tout jamais est le tome 1 du début d’une éblouissante nouvelle série romantique qui vous fera rire, vous fera pleurer, vous fera continuer à tourner les pages jusque tard dans la nuit – et vous refera tomber amoureuse des romances encore une fois. Le tombe 2 sera bientôt disponible. M I N T E N A N T E T À T O U T J A M A I S (L’AUBERGE DE SUNSET HARBOR – TOME 1) S O P H I E L O V E Sophie Love Fan depuis toujours du genre romantique, Sophie Love est ravie de la parution de sa première série de romance : Maintenant et à tout jamais (L’Hôtel de Sunset Harbor – tome 1). Sophie adorerait recevoir de vos nouvelles, donc s’il vous plaît visitez www.sophieloveauthor.com (http://www.sophieloveauthor.com) pour lui envoyer un e-mail, rejoindre la liste de diffusion, recevoir des e-books gratuits, apprendre les dernières nouvelles, et rester en contact ! Copyright© 2016 par Sophie Love. Tous droits réservés. Sauf dérogations autorisées par la Loi des États-Unis sur le droit d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou système de récupération, sans l'autorisation préalable de l'auteur. Ce livre électronique est réservé, sous licence, à votre seule jouissance personnelle. Ce livre électronique ne saurait être revendu ou offert à d'autres personnes. Si vous voulez partager ce livre avec une tierce personne, veuillez en acheter un exemplaire supplémentaire par destinataire. 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Table des matières CHAPITRE UN (#u361a3f25-66a4-566c-8473-c61e687e4026) CHAPITRE DEUX (#ud4b07ce9-a369-51dd-84e3-54bb0d6f8c37) CHAPITRE TROIS (#u187af93a-6e5a-5bd6-969d-b35f959172a5) CHAPITRE QUATRE (#u8f256cad-06e5-5669-b931-e3b94929f9f5) CHAPITRE CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo) CHAPITRE UN Emily fit courir ses doigts le long du tissu soyeux de sa robe noire, lissant les plis pour ce qui devait être la centième fois de cette soirée. « Tu sembles nerveuse », dit Ben. « Tu as à peine touché à ta nourriture. » Elle lança un regard furtif vers le poulet à moitié mangé dans son assiette, puis releva les yeux sur Ben, qui était assis en face d’elle à la table magnifiquement mise, le visage éclairé par la lumière des bougies. Pour leur septième anniversaire, il l’avait amenée au restaurant le plus romantique de New York. Bien sûr qu’elle était nerveuse. Surtout car la petite boîte de chez Tiffany qu’elle avait trouvée cachée dans son tiroir à chaussettes des semaines auparavant n’était plus là quand elle avait vérifié aujourd’hui. Elle était certaine que ce soir était le soir où il lui ferait enfin sa demande. Cette pensée faisait tambouriner son cœur d’impatience. « Je n’ai juste pas si faim », répondit-elle. « Oh », dit Ben, qui parut légèrement perturbé. « Est-ce que ça veut dire que tu ne voudras pas de dessert ? Je lorgnais la mousse au caramel beurre-salé. » Elle ne voulait certainement pas de dessert, mais elle éprouva la crainte soudaine que Ben ait peut-être dissimulé la bague dans la mousse. Ce serait une manière ringarde de faire sa demande, mais à l’heure qu’il était elle pourrait accepter n’importe quelle façon. Dire que Ben était effrayé par l’engagement était un euphémisme. Il avait fallu deux ans de relation avant qu’il ne soit même d’accord qu’elle laisse sa brosse à dents dans son appartement – et quatre ans avant qu’il ne décide finalement qu’elle pouvait emménager. Si elle mentionnait ne serait-ce que des enfants, il devenait blanc comme un linge. « S’il te plaît, commande la mousse si tu le veux », dit-elle. « J’ai encore mon verre de vin. » Ben haussa légèrement les épaules, puis appela le serveur, qui enleva rapidement l’assiette vide et son poulet à demi mangé. Ben tendit les mains et prit les siennes. « Est-ce que je t’ai dit que tu étais belle ce soir ? » demanda-t-il. « Pas encore », dit-elle en souriant, espiègle. Il sourit en retour. « Dans ce cas, tu es de toute beauté. » Puis il mit la main dans sa poche. Son cœur sembla cesser de battre. Voilà. Cela arrivait vraiment. Toutes ces années d’angoisse, de patience digne d’un moine bouddhiste, étaient sur le point de porter leurs fruits. Elle s’apprêtait à prouver à sa mère qu’elle avait tort, sa mère qui paraissait se délecter de dire à Emily qu’elle n’arriverait jamais à faire passer un homme tel que Ben devant le maire. Sans mentionner sa meilleure amie, Amy, qui avait récemment développé la tendance, après un verre de vin rouge en trop, à commencer à implorer Emily de ne pas gaspiller plus de temps avec Ben, car avoir trente-cinq ans n’était définitivement pas “trop vieux pour trouver le véritable amour.” Elle avala la boule qu’elle avait dans la gorge tandis que Ben sortait la boîte de chez Tiffany de sa poche et la faisait glisser sur la table, vers elle. « Qu’est-ce que c’est ? », réussit-elle à dire. « Ouvre là », répondit-il avec un grand sourire. Il ne mettait pas un genou à terre, remarqua Emily, mais ça allait. Elle n’avait pas besoin que cela soit traditionnel. Elle avait juste besoin d’une bague. N’importe quelle bague ferait l’affaire. Elle prit la boîte, l’ouvrit – puis fronça les sourcils. « Mais…quoi ? » balbutia-t-elle. Elle la regardait fixement, stupéfaite. C’était un flacon de parfum d’une once. Ben souriait, comme ravi de son ouvrage. « Je n’avais pas non plus réalisé qu’ils vendaient du parfum », répondit Ben. « Je pensais qu’ils ne vendaient que des bijoux hors de prix. Tu veux que je t’en mette ? » Soudain incapable de contenir ses émotions, Emily éclata en sanglots. Tous ses espoirs se brisèrent autour d’elle. Elle se sentait idiote de s’être laissé penser qu’il pourrait faire sa demande ce soir-là. « Pourquoi est-ce que tu pleures ? » dit Ben, sourcils froncés, soudain mécontent. « Des gens regardent. » « Je pensais… », bégaya Emily, tamponnant ses yeux avec la nappe, « avec le restaurant, et le fait que ce soit notre anniversaire… » Elle était incapable de trouver ses mots. « Oui », dit Ben, froidement. « C’est notre anniversaire et je t’ai acheté un cadeau. Je suis désolé s’il n’est pas assez bien, mais tu ne m’en pas pris un du tout. » « Je pensais que tu allais faire ta demande ! » cria enfin Emily, jetant sa serviette sur la table. Le bourdonnement dans la salle s’arrêta, alors que des gens cessaient de manger, se retournaient et la dévisageaient. Elle ne s’en souciait plus. Les yeux de Ben s’écarquillèrent de peur. Il semblait encore plus effrayé que la fois où elle avait mentionné la possibilité de fonder une famille. « Pour quelle raison veux-tu te marier ? » dit-il. Emily fut frappée par un instant de clarté. Elle le regarda comme si elle le voyait pour la première fois. Ben ne changerait pas. Il ne s’engagerait jamais. Sa mère, Amy, elle avait toutes deux eu raison. Elle avait passé des années à attendre quelque chose qui manifestement n’allait jamais se produire, et ce flacon de parfum miniature avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. « C’est terminé », dit Emily, le souffle coupé, et ses larmes s’arrêtèrent soudain. « C’est vraiment terminé. » « Tu es ivre ? » s’écria Ben, incrédule. « D’abord tu veux te marier – et maintenant tu veux rompre ? » « Non », dit Emily. « Je ne suis simplement plus aveugle. Ça – toi, moi – ça n’a jamais été bon. » Elle se leva, jetant sa serviette sur sa chaise. « Je déménage », dit-elle. « Je resterais chez Amy ce soir, puis j’irais chercher mes affaires demain. » « Emily », dit Ben, tendant la main vers elle. « Pouvons-nous en parler s’il te plaît ? » « Pourquoi ? » rétorqua-t-elle. « Pour que tu puisses me convaincre d’attendre sept autres années avant que nous achetions notre propre maison ? Une autre décennie avant que nous ouvrions un compte joint ? Dix-sept ans avant que tu n’envisages ne serait-ce que l’idée de prendre un chat ensemble ? » « S’il te plaît », dit Ben dans sa barbe, regardant le serveur approcher en portant son dessert. « Tu fais une scène. » Emily le savait, mais elle s’en moquait. Elle n’était pas près de changer d’avis. « Il ne reste plus rien à discuter », dit-elle. « C’est terminé. Profite bien de la mousse au caramel beurre-salé ! » Et sur ces derniers mots, elle sortit du restaurant comme un ouragan. CHAPITRE DEUX Emily fixait son clavier, en voulant que ses doigts bougent, fassent quelque chose, n’importe quoi. Un autre e-mail apparut dans sa boîte de réception et elle le regarda d’un air absent. Le bruit des discussions du bureau autour d’elle entrait en tourbillonnant par une oreille et ressortait par l’autre. Elle ne pouvait pas se concentrer. Elle avait l’impression d’être dans un état second. Le manque total de sommeil qu’elle avait obtenu sur le canapé plein de bosses d’Amy arrangeait difficilement les choses. Elle avait été au travail depuis une heure entière mais n’avait accompli rien de plus qu’allumer son ordinateur et boire une tasse de café. Son esprit était complètement rongé par les souvenirs de la nuit passée. Le visage de Ben n’arrêtait pas d’apparaître dans sa tête. Cela la faisait se sentir légèrement paniquée chaque fois qu’elle revivait cette terrible soirée. Son téléphone commença à sonner, et elle jeta un coup d’œil à l’écran pour voir le nom de Ben clignoter pour la énième fois. Il appelait, encore. Elle n’avait pas répondu à un seul de ses appels. De quoi pourraient-ils discuter maintenant ? Il avait eu sept années pour arriver à décider s’il voulait être avec elle ou non – une tentative de dernière minute pour sauver les choses n’allait rien y faire à présent. Le téléphone de son bureau commença à sonner, et elle fit un bond, puis décrocha. « Allo ? » « Salut, Emily, c’est Stacey du quinzième étage. J’ai noté ici que tu étais censée assister à la réunion ce matin, et je voulais faire le point pour savoir pourquoi tu ne l’as pas fait. » « MERDE ! », s’écria Emily, en reposant bruyamment le téléphone. Elle avait complètement oublié la réunion. Elle bondit de son bureau et courut à travers le bureau vers l’ascenseur. Son état affolé parut amuser ses collègues, qui commencèrent à murmurer comme des enfants idiots. Quand elle eut atteint la porte de l’ascenseur, elle frappa sa paume contre le bouton. « Allez, allez, allez ! » Cela prit une éternité, mais enfin l’ascenseur arriva. Alors que les portes s’ouvraient, Emily se précipita à l’intérieur, seulement pour percuter directement quelqu’un qui en sortait. Quand elle se recula, le souffle coupé, elle se rendit compte que la personne qu’elle avait heurtée était sa chef, Izelda. « Je suis tellement désolée », balbutia Emily. Izelda l’examina de la tête aux pieds. « Pour quoi, exactement ? Pour m’être rentré dedans, ou avoir manqué la réunion ? » « Les deux », dit Emily. « J’étais sur le point de descendre, là maintenant. Ça m’est complètement sorti de l’esprit. » Elle pouvait sentir tous les regards dans le bureau brûler dans son dos. La dernière chose dont elle avait besoin en ce moment était une dose d’humiliation publique, ce qu’Izelda prenait grand plaisir à infliger. « Vous avez un calendrier ? » demanda froidement Izelda en croisant les bras. « Oui. » « Et savez-vous comment cela marche ? Comment écrire ? » Derrière Emily, elle pouvait entendre les gens étouffer leurs rires. Son premier réflexe fut de faner comme une fleur. Se faire ridiculiser devant un public était son idée d’un cauchemar. Mais tout comme au restaurant la nuit dernière, une étrange clarté l’envahit. Izelda n’était pas une figure d’autorité qu’elle devait respecter et aux lubies de laquelle elle devait céder. Elle était juste une femme amère qui déversait sa colère sur tous ceux sur qui elle pouvait. Et ces collègues murmurant dans son dos ne comptaient pas. Une soudaine vague de prise de conscience submergea Emily. Ben n’était pas la seule chose qu’elle n’aimait pas dans sa vie. Elle détestait son travail aussi. Ces gens, ce bureau, Izelda. Elle avait été coincée là pendant des années, tout comme elle avait été coincée avec Ben. Et elle n’allait plus le supporter. « Izelda », dit Emily, s’adressant à sa supérieure par son prénom pour la première fois, « je vais devoir être honnête là. J’ai manqué la réunion, ça m’est sorti de la tête. Ce n’est pas la pire des choses au monde. » Izelda lui lança un regard noir. « Comment osez-vous ? », dit-elle d’un ton sec. « Je vous ferais travailler à votre bureau jusqu’à minuit durant le prochain mois jusqu’à ce que vous appreniez la valeur d’être prompte. » Sur ces mots Izelda la frôla, bousculant l’épaule d’Emily, puis partit en trombe, l’affaire à l’évidence réglée à ses yeux. Mais ce n’était pas réglé à ceux d’Emily. Emily tendit le bras, agrippa l’épaule d’Izelda et l’arrêta. Izelda se retourna et grimaça, repoussant la main d’Emily comme si elle avait été mordue par un serpent. Mais Emily ne céda pas. « Je n’ai pas fini », poursuivit Emily, conservant sa voix complètement calme. « La pire des choses dans ce monde, c’est cet endroit. C’est vous. C’est ce travail stupide, insignifiant, abrutissant. » « Pardon ? » s’écria Izelda, dont le visage devenait rouge de colère. « Vous m’avez entendue », répondit Emily. « En fait, je suis presque sûre que tout le monde m’a entendue. » Emily jeta un regard par-dessus son épaule vers ses collègues, qui la dévisageaient, interloqués. Personne ne s’était attendu à ce que la réservée, docile Emily ne craque ainsi. Elle se remémora l’avertissement de Ben, qu’elle “faisait une scène” la nuit dernière. Et elle se tenait là, en faisant une autre. Seulement cette fois elle appréciait de le faire. « Vous pouvez prendre votre boulot, Izelda », ajouta Emily, « et te le mettre où je pense. » Elle put pratiquement entendre les exclamations derrière elle. Elle dépassa Izelda en la bousculant, vers l’ascenseur, puis tourna les talons. Elle appuya sur le bouton du rez-de-chaussée pour, réalisa-t-elle, avec un soulagement absolu, ce qui serait la dernière fois de sa vie, puis observa la scène de ses collègues abasourdis qui la dévisageaient tandis que les portes de refermaient et les bloquaient dehors. Elle laissa échapper un long soupir, se sentant plus libre et plus légère que jamais. * Emily grimpa les escaliers en courant, vers son appartement, en prenant conscience que ce n’était pas vraiment le sien – cela ne l’avait jamais vraiment été. Elle avait toujours eu l’impression qu’elle vivait dans l’espace de Ben, qu’elle avait besoin de se faire aussi petite et discrète que possible. Elle batailla pour trouver ses clefs, reconnaissante qu’il soit au travail, et qu’elle n’aurait pas affaire à lui. Elle rentra et le contempla avec un regard nouveau. Rien ici n’était à son goût. Tout semblait revêtir une nouvelle signification ; le canapé horrible à propos duquel elle et Ben s’étaient disputés pour l’acheter (une dispute qu’elle avait gagnée) ; la stupide table basse qu’elle voulait jeter, car un des pieds était plus court que les autres et qu’elle était en permanence bancale (mais à laquelle Ben était attaché pour des “raisons sentimentales”, donc elle était restée) ; la télévision démesurée qui avait coûté bien trop cher et prenait bien trop de place (mais Ben avait maintenu qu’il en avait besoin pour regarder le sport, car c’était la “seule chose” qui pouvait le garder sain d’esprit). Elle prit une paire de livres sur l’étagère, remarquant que ses romans romantiques avaient été relégués dans les ombres de l’étagère du bas (Ben craignait toujours que ses amis pensent qu’il était moins intellectuel s’ils voyaient des romans à l’eau de rose sur l’étagère – ses préférences allaient aux textes académiques et aux philosophes, bien qu’il ne semble jamais lire aucun d’entre eux.) Elle parcourut du regard les photos sur le manteau de la cheminée pour voir s’il y avait quoi que ce soit qui vaille la peine d’être pris, quand cela la frappa de voir que chaque image dans laquelle elle apparaissait était avec la famille de Ben. Ils étaient à l’anniversaire de sa nièce, au mariage de sa sœur. Il n’y avait pas une seule photo d’elle avec sa mère, la seule personne de sa famille, encore moins de Ben passant du temps avec elles deux. Soudain, cela frappa Emily : elle avait était étrangère à sa propre vie. Elle avait suivi le chemin de quelqu’un d’autre pendant des années plutôt que de se forger le sien. Elle traversa l’appartement comme une furie, et alla dans la salle de bain. Là se trouvaient les seules choses qui comptaient pour elle – ses produits de toilette et son maquillage. Mais même cela avait été un problème pour Ben. Il s’était constamment plaint à propos du nombre de produits qu’elle avait, se lamentant en disant qu’ils étaient une perte d’argent. « C’est mon argent à gaspiller ! », cria Emily à son reflet dans le miroir tandis qu’elle jetait toutes ses possessions dans un sac fourre-tout. Elle avait conscience qu’elle ressemblait à une folle, se précipitant à travers la salle de bain tout en jetant des flacons de shampoing à moitié vides dans son sac, mais elle ne s’en souciait pas. Sa vie avec Ben n’avait été rien de plus qu’un mensonge, et elle voulait sortir aussi vite que possible. Elle courut ensuite dans la chambre et prit sa valise sous le lit. Elle la remplit rapidement de tous ses vêtements et chaussures. Une fois qu’elle eut achevé de récupérer ses affaires, elle traîna tout dans la rue. Ensuite, dans un dernier geste symbolique, elle retourna à l’appartement et posa sa clef sur la table basse “sentimentale” de Ben, puis partit, pour ne jamais revenir. Ce ne fut que quand elle se tint au bord du trottoir que ce qu’elle avait fait percuta vraiment Emily. Elle s’était retrouvée sans travail et sans domicile dans l’espace de quelques heures. Redevenir célibataire avait été une chose, mais envoyer balader sa vie entière en était plutôt une autre. De petites palpitations de panique commencèrent à la traverser. Ses mains tremblaient tandis qu’elle sortait son téléphone et composait le numéro d’Amy. « Salut, quoi de neuf ? », dit Amy. « J’ai fait quelque chose de dingue », répondit Emily. « Vas-y… », la pressa Amy. « J’ai quitté mon travail. » Elle entendit Amy souffler à l’autre bout de la ligne. « Oh Dieu merci », dit la voix de son amie. « Je pensais que tu allais me dire que tu t’étais remise avec Ben. » « Non, non, plutôt le contraire. J’ai fait mes bagages et je suis partie. Je suis debout dans la rue comme une clocharde. » Amy commença à rire. « J’ai la meilleure des images en tête là. » « Ce n’est pas drôle ! » répondit Emily, plus paniquée que jamais. « Qu’est-ce que je suis censée faire maintenant ? J’ai quitté mon travail. Je ne pourrais pas obtenir un appartement sans travail ! » « Tu dois admettre que c’est un peu amusant », répondit Amy en gloussant. « Tu n’as qu’à amener tout ça ici », ajouta-t-elle nonchalamment. « Tu sais que tu peux rester avec moi jusqu’à ce que tu trouves des réponses. » Mais Emily ne le voulait pas. Elle avait essentiellement passé des années de sa vie à vivre dans l’espace d’un autre, avec l’impression d’être une locataire dans sa propre maison, comme si Ben lui faisait une faveur seulement en l’ayant près de lui. Elle ne voulait plus de cela. Elle avait besoin de se forger une nouvelle vie, de se tenir sur ses deux pieds. « J’apprécie ton offre », dit Emily, « mais j’ai besoin de faire les choses de moi-même pendant un moment. » « Je comprends », répondit Amy. « Alors quoi ? Quitter un peu la ville ? Te vider la tête ? » Cela fit réfléchir Emily. Son père possédait une maison dans le Maine. Ils y étaient restés durant l’été quand elle était enfant, mais elle était restée vide depuis qu’il avait disparu vingt ans auparavant. Elle était vieille, pleine de caractère, et avait été magnifique à un moment donné, d’une certaine manière historique ; elle avait plus été comme un vaste gite duquel il ne savait pas quoi faire d’autres, hormis une maison. Elle était à peine dans un état médiocre alors, et Emily savait qu’elle ne serait pas en bon état à présent, après vingt ans passés à l’abandon ; ce ne serait pas non plus pareil vide – ou maintenant qu’elle n’était plus une enfant. Sans mentionner que ce n’était pas vraiment l’été. On était en février ! Et pourtant l’idée de passer quelques jours simplement assise sous le porche, à contempler l’océan, dans un endroit qui était à elle (en quelque sorte), paraissait soudain très romantique. Sortir de New York pour le week-end serait une bonne manière de se vider la tête et essayer de déterminer ce que faire ensuite. « Je dois y aller », dit Emily. « Attends », répondit Emily. « Dis-moi où tu vas d’abord ! » Emily prit une profonde inspiration. « Je vais dans le Maine. » CHAPITRE TROIS Emily dut prendre plusieurs métros pour arriver au parking de longue durée à Long Island City, où sa vieille voiture abandonnée et défoncée était garée. Cela faisait des années qu’elle n’avait pas conduit cette chose, car Ben avait toujours pris la responsabilité d’être le chauffeur pour exhiber sa précieuse Lexus, et tandis qu’elle marchait à travers le gigantesque parking plein d’obscurité, traînant sa valise derrière elle, elle se demanda si elle serait toujours capable de conduire. C’était une autre de ces choses qu’elle avait laissé échapper durant leur relation. Le périple pour arriver seulement là – à ce parking en périphérie de la ville – semblait interminable. Alors qu’elle marchait vers sa voiture, ses pas résonnant dans ce lieu glacial, elle se sentit presque trop fatiguée pour continuer. Commettait-elle une erreur ? se demanda-t-elle. Devrait-elle faire demi-tour ? « Là voilà. » Emily se tourna pour voir l’employé du garage sourire à sa voiture défoncée, comme par sympathie. Il tendit la main et agita ses clefs. L’idée d’avoir huit heures de route qui l’attendait paraissait accablante, impossible. Elle était déjà épuisée, physiquement et émotionnellement. « Est-ce que vous allez les prendre ? » demanda-t-il finalement. Emily cligna des yeux, elle n’avait pas réalisé qu’elle avait rêvassé. Elle se tenait là, sachant qu’il s’agissait d’un moment crucial, d’une manière ou d’une autre. Allait-elle s’effondrer, retourner en courant vers son ancienne vie ? Ou serait-elle assez forte pour aller de l’avant ? Emily chassa en fin de compte les idées noires et se força à être forte. Au moins pour le moment. Elle prit les clefs et marcha triomphalement vers sa voiture, essayant d’afficher courage et assurance pendant qu’il s’éloignait, mais secrètement elle était nerveuse qu’elle ne démarre même pas – et si elle le faisait, de ne même pas se souvenir de comment conduire. Elle s’assit dans la voiture gelée, ferma les yeux, et tourna le contact. S’il fonctionnait, se dit-elle, ce serait un signe. S’il était mort, elle pouvait faire demi-tour. Elle détestait se l’admettre, mais elle espérait intérieurement qu’il soit mort. Elle tourna la clef. Elle démarra. * Ce fut une grande surprise et un réconfort pour Emily que, même si elle était quelque peu une conductrice imprévisible, elle savait toujours l’essentiel de ce qu’elle faisait. Tout ce qu’elle avait à faire était appuyer sur l’accélérateur et conduire. C’était libérateur, de regarder le monde filer, et lentement, elle se débarrassa de son humeur. Elle alluma même la radio, se souvenant de son existence. La radio beuglant, les fenêtres baissées, Emily prit fermement le volant dans ses mains. Dans son esprit, elle ressemblait aux sirènes glamour des années 40, dans un film en noir et blanc, avec le vent ébouriffant sa coiffure parfaite. En réalité, l’air frigorifique de février avait rendu son nez aussi rouge qu’une baie et mit ses cheveux en bataille. Elle quitta bientôt la ville, et plus elle se dirigeait vers le nord, plus les routes étaient bordées de conifères. Elle s’accorda du temps pour admirer leur beauté tandis qu’elle les dépassait à toute allure. Combien elle s’était facilement laissé prendre par l’animation et l’agitation de la vie citadine. Combien d’années avait-elle réellement laissé passer sans s’arrêter pour admirer la beauté de la nature ? Rapidement, les routes devinrent plus larges, le nombre de voies augmenta, et elle se trouva sur l’autoroute. Elle fit vrombir le moteur, poussant plus vite sa voiture en piteux état, se sentant vivante et enchantée par la vitesse. Tous ces gens dans leurs voitures entreprenaient des voyages vers ailleurs, et elle, Emily, était enfin l’un d’eux. L’excitation pulsait à travers elle tandis qu’elle poussait sa voiture en avant, augmentant sa vitesse autant qu’elle l’osait. Sa confiance grimpa en flèche à mesure que les routes filaient sous ses roues. Quand elle passa la frontière de l’état pour entrer dans le Connecticut, tout à coup elle réalisa qu’elle partait vraiment. Son travail, Ben, elle s’était finalement débarrassée de tout ce bagage. Plus elle allait vers le nord, plus les températures baissaient, et Emily dut en fin de compte concéder qu’il faisait simplement trop froid pour avoir la fenêtre ouverte. Elle s’affaira pour la remonter et se frotta les mains, en souhaitant porter quelque chose de plus approprié au temps. Elle avait quitté New York dans son tailleur inconfortable, et dans un autre moment d’impulsivité, avait jeté la veste ajustée et les talons aiguilles par la fenêtre. Maintenant elle n’était qu’en chemise fine, et les orteils de ses pieds nus paraissaient s’être transformés en blocs de glace gelés. L’image de la star des films des années 40 se brisa dans son esprit quand elle jeta un coup d’œil à son reflet dans le rétroviseur. Elle était dans un sale état. Mais elle ne s’en souciait pas. Elle était libre, et c’était tout ce qui importait. Des heures passèrent, et avant qu’elle ne s’en rende compte, le Connecticut était derrière elle, un souvenir lointain, seulement un endroit qu’elle avait traversé sur sa route vers un futur meilleur. Le paysage du Massachussetts était plus ouvert. Au lieu du feuillage vert foncé des conifères, les arbres ici avaient perdu leurs feuilles d’été et se tenaient comme des squelettes filiformes de chaque côté, révélant des pointes de neige et de glace sur le sol dur en dessous eux. Au-dessus d’Emily, le ciel commençait à changer de couleur, d’un bleu dégagé à un gris étouffant, lui rappelant que ce serait la nuit quand elle atteindrait le Maine. Elle traversa Worcester, où beaucoup des maisons étaient grandes, en bois, et peintes de diverses nuances pastel. Emily ne pouvait s’empêcher de s’interroger à propos des gens qui vivaient ici, à propos de leurs vies et expériences. Elle n’était qu’à quelques heures de chez elle mais déjà tout lui semblait étranger – toutes les possibilités, tous les différents endroits où vivre, où être, à visiter. Comment elle avait passé sept années à vivre juste une version de la vie, poursuivant la vieille routine familière, répétant la même journée encore et encore, attendant, attendant, attendant quelque chose de plus. Tout ce temps elle avait attendu que Ben se ressaisisse pour qu’elle puisse commencer le chapitre suivant de sa vie. Mais tout le long, elle avait eu le pouvoir d’être la force motrice de sa propre histoire. Elle se retrouva à passer un pont, suivant la Route 290 tandis qu’elle devenait la Route 495. Disparus, les arbres face auxquels s’émerveiller, remplacés à présent par des parois rocheuses abruptes. Son estomac commença à gargouiller, lui rappelant que le déjeuner était passé et qu’elle n’avait rien fait pour cela. Elle envisagea de s’arrêta à un relais routier mais l’obsession d’arriver jusqu’au Maine était trop grande. Elle pourrait manger là quand elle y serait. Des heures supplémentaires passèrent, et elle traversa la frontière avec l’état du New Hampshire. Le ciel s’ouvrit, les routes larges et nombreuses, les plaines s’étirant de chaque côté aussi loin qu’elle pouvait voir. Emily ne put s’empêcher de réfléchir à combien le monde était vaste, combien de personnes il contenait vraiment. Son optimisme la transporta tout le long du chemin au-delà de Portsmouth, où des avions descendaient au-dessus d’elle, leur moteurs grondant tandis qu’ils approchaient des pistes d’atterrissage. Elle accéléra, dépassa la ville suivante, où le givre recouvrait les bords de chaque côté de l’autoroute, puis à travers Portland, où la route longeait les lignes de chemin de fer. Emily enregistrait chaque petit détail, se sentant abasourdie par la dimension du monde. Elle accéléra le long du pont qui menait à l’extérieur de Portland, voulant désespérément arrêter la voiture et admirer la vue de l’océan. Mais le ciel s’obscurcissait, et elle savait qu’elle devait continuer si elle voulait arriver à Sunset Harbor avant minuit. C’était à au moins trois heures supplémentaires de là, et le cadran sur son tableau de bord indiquait déjà 21h. Son estomac protesta de nouveau, la réprimandant pour avoir manqué le déjeuner ainsi que le dîner. De toutes les choses qu’Emily avait le plus hâte de faire quand elle arriverait à la maison, c’était dormir durant toute la nuit qu’elle voulait. La fatigue commençait à s’installer ; le canapé d’Amy n’avait pas été particulièrement confortable, sans mentionner le bouleversement émotionnel dans lequel Emily avait été durant toute la nuit. Mais, l’attendant dans la maison de Sunset Harbor, se trouvait le beau lit de chêne sombre à baldaquin, qui était dans la chambre à coucher principale, celle que ses parents avaient partagée au cours d’une époque plus heureuse. L’idée de l’avoir tout entier pour elle-même était convaincante. Malgré le ciel qui menaçait de neiger, Emily décida de ne pas prendre la route nationale jusqu’à Sunset Harbor. Son père avait affectionné de conduire sur la route moins employée – une série de ponts enjambant la myriade de rivières courant dans l’océan dans cette partie du Maine. Elle sortit de l’axe routier, soulagée de ralentir au moins sa vitesse. Les routes donnaient l’impression d’être plus traîtres, mais le paysage était sensationnel. Emily contempla les étoiles tandis qu’elles scintillaient au-dessus des eaux claires et étincelantes. Elle resta sur la Route 1 le long de la côte, ouvrant son esprit à la beauté qu’elle avait pour elle. Le ciel passa du gris au noir, les eaux reflétaient son image. C’était comme conduire à travers l’espace, vers de l’infini. Vers le début du reste de sa vie. * Épuisée par la route, luttant pour garder ses yeux secs ouverts, elle se ragaillardit quand ses phares éclairèrent enfin un panneau qui l’informa qu’elle entrait dans Sunset Harbor. Son cœur s’accéléra dans l’impatience. Elle dépassa le petit aéroport et franchit le pont qui la mènerait à Mount Desert Island, se remémorant, avec une pointe de nostalgie, être dans la voiture familiale pendant qu’elle fonçait sur ce même pont. Elle savait qu’il n’était qu’à seize kilomètres de la maison, que cela ne lui prendrait pas plus de vingt minutes pour rejoindre sa destination. Son cœur commençait à tambouriner d’excitation. Sa fatigue et sa faim semblèrent disparaître. Elle vit le petit panneau en bois qui lui souhaitait la bienvenue à Sunset Harbor et se sourit à elle-même. De grands arbres bordaient chaque côté de la route, et Emily se sentit réconfortée de savoir qu’il s’agissait des mêmes arbres qu’elle avait contemplé étant enfant pendant que son père conduisait le long de cette même route. Quelques minutes après elle passa un pont et se souvint de s’y être baladée, quand elle était enfant, durant une belle soirée d’automne, avec des feuilles rouges craquant sous ses pieds. Le souvenir était si net qu’elle pouvait même se représenter les mitaines de laine violette qu’elle portait en tenant la main de son père. Elle ne pouvait pas avoir plus de cinq ans, mais le souvenir la frappa aussi clairement que si cela avait été hier. Plus lui revinrent à l’esprit tandis qu’elle dépassait d’autres lieux – ce restaurant qui servait des pancakes géniaux, le camping qui serait plein de Scouts durant tout l’été, le sentier unique qui menait à Salisbury Cove. Quand elle atteignit le panneau pour le Parc National d’Acadia, elle sourit, sachant qu’elle n’était qu’à trois kilomètres de sa destination finale. Il semblait qu’elle allait atteindre la maison juste à temps ; la neige commençait tout juste à tomber et sa voiture mal en point n’était probablement pas capable de traverser le blizzard. Comme sur commande, sa voiture commença à émettre un étrange grincement provenant de sous le capot. Emily se mordilla la lèvre dans l’angoisse. Ben avait toujours été le bricoleur, le réparateur dans leur couple. Ses talents en mécanique étaient affligeants. Elle pria pour que la voiture tienne pour le dernier kilomètre et demi. Mas le grincement empira, et fut bientôt accompagné par un étrange vrombissement, puis un cliquetis irritant, et finalement un râle. Emily frappa le volant des poings et jura à voix basse. La neige commençait à tomber plus rapidement et dru, et sa voiture se plaignait encore plus, avant de crachoter et de finalement s’immobiliser. Écoutant le sifflement du moteur à plat, Emily resta là, impuissante, essayant de trouver ce que faire. Le cadran lui indiquait qu’il était minuit. Il n’y avait pas d’autre circulation, personne dehors à cette heure de la nuit. Il y avait un silence de mort et, sans ses phares pour fournir de la lumière, c’était spectaculairement noir ; il n’y avait pas de lampadaires sur cette route et les nuages dissimulaient la lune. C’était sinistre, et Emily pensa que ce serait un cadre parfait pour un film d’horreur. Elle saisit son téléphone comme s’il était consolateur mais vit qu’il n’y avait pas de réseau. La vue de ces cinq barres vides la rendit encore plus inquiète, encore plus isolée et seule. Pour la première fois depuis qu’elle avait laissé sa vie derrière, Emily commença à avoir le sentiment qu’elle avait pris une décision terriblement stupide. Elle sortit de la voiture et frissonna quand l’air froid et neigeux lui mordit la peau. Elle fit le tour jusqu’au coffre et jeta un regard au moteur, sans savoir exactement ce qu’elle cherchait. À ce moment précis, elle entendit le grondement d’un camion. Son cœur bondit de soulagement tandis qu’elle plissait les yeux au loin, et à peu près distingua deux phares roulant lentement sur la route vers elle. Elle commença à agiter les bras, faisant signe au véhicule de s’arrêter alors qu’il s’approchait. Par chance, il se rangea, s’arrêtant juste derrière sa voiture, toussotant des gaz d’échappements dans l’air froid, ses phares éblouissants illuminant les flocons de neige qui tombaient. La portière du conducteur grinça en s’ouvrant, et deux pieds lourdement bottés crissèrent dans la neige. Emily ne pouvait voir que la silhouette de la personne devant elle et éprouva la soudaine panique d’avoir arrêté le meurtrier local. « On s’est mise dans une mauvaise situation, n’est-ce pas ? », entendit-elle dire la voix rauque d’un vieil homme. Emily se frotta les bras, sentant la chair de poule sous sa chemise, essayant de s’arrêter de trembler – mais elle était soulagée que ce soit un vieil homme. « Oui, je ne sais pas ce qui s’est passé », dit-elle. « Elle a commencé à émettre des bruits étranges puis s’est simplement arrêtée. » L’homme s’avança, son visage enfin révélé par la lumière de son camion. Il était très vieux, avec des cheveux blancs et raides sur son visage ridé. Ses yeux étaient sombres mais étincelants de curiosité tandis qu’il examinait Emily, puis la voiture. « Vous ne savez pas comment ça s’est passé ? », demanda-t-il, riant à voix basse. « Je vais vous dire comment ça s’est passé. Cette voiture ici n’est rien d’autre qu’un tas de ferraille. Je suis surpris que vous ayez même réussi à la conduire quelque part pour commencer ! On ne dirait pas que vous en ayez pris soin, puis vous décidez de la faire sortir dans la neige ? » Emily n’était pas d’humeur pour être ridiculisée, en particulier car elle savait que le vieil homme avait raison. « En fait, j’ai fait tout le chemin depuis New York. Elle a bien tenu pendant huit heures », répondit-elle, en échouant à ne pas avoir le ton sec. Le vieil homme siffla dans sa barbe. « New York ? Eh bien, je n’ai jamais… Qu’est-ce qui vous amène jusqu’ici ? » Emily n’avait guère envie de divulguer son histoire, elle répondit donc simplement : « Je vais vers Sunset Harbor. » L’homme ne la questionna pas plus. Emily se tint là à le regarder, ses doigts s’engourdissant rapidement tandis qu’elle attendait qu’il lui offre de l’aide. Mais il semblait plus intéressé par faire les cent pas autour de sa vieille voiture rouillée, donnant des coups de pied dans ses pneus avec le bout de sa botte, grattant la peinture avec l’ongle de son pouce, exprimant sa désapprobation et secouant la tête. Il ouvrit le capot et examina le moteur pendant un très, très long moment, marmonnant occasionnellement dans sa barbe. « Alors ? » dit finalement Emily, exaspérée par sa lenteur. « Qu’est-ce qui ne va pas avec elle ? » Il leva la tête du coffre, presque surpris, comme s’il avait même oublié qu’elle était là, et se gratta la tête. « Elle est fichue. » « Je le sais », dit Emily avec humeur. « Mais pouvez faire quoi que ce soit pour la réparer ? » « Oh non », répondit l’homme en gloussant. « Rien du tout ? » Emily voulut crier. Le manque de nourriture et la fatigue causée par le long voyage commençaient à l’affecter, la rendant au bord des larmes. Tout ce qu’elle voulait était arriver à la maison pour pouvoir dormir. « Qu’est-ce que je vais faire ? », dit-elle, se sentant désespérée. « Eh bien, vous avez deux d’options », répondit le vieil homme. « Marcher jusque chez le mécanicien, qui est à environ un kilomètre et demi dans ce sens. » Il pointa la direction depuis laquelle elle venait avec un de ses doigts épais et fripés. « Ou je pourrais vous remorquer vers là où vous vous dirigiez. » « Vous feriez ça ? », dit Emily, surprise par sa bonté, quelque chose à laquelle elle n’était pas accoutumée en ayant vécu à New York pendant si longtemps. « Bien sûr », répondit l’homme. « Je ne suis pas sur le point de vous laisser ici à minuit au milieu d’une tempête de neige. J’ai entendu que ça allait empirer dans la prochaine heure. Vers où exactement vous dirigez vous ? » Emily se sentit submergée de gratitude. « West Street. Numéro 15. » L’homme inclina la tête avec curiosité. « Numéro 15, West Street ? Cette vieille maison délabrée ? » « Oui », répondit Emily. « Elle appartient à ma famille. J’avais besoin de passer un peu de temps au calme et seule. » Le vieil homme secoua la tête. « Je ne peux pas vous laisser à cet endroit. La maison tombe en ruine. Je doute qu’elle soit même étanche. Pourquoi ne venez-vous donc pas dans la mienne ? Nous vivons au-dessus de la supérette, moi et ma femme Bertha. Nous serions heureux d’avoir une invitée. » « C’est très gentil de votre part », dit Emily. « Mais vraiment je veux juste être seule en ce moment. Donc si vous pouviez me tracter jusqu’à West Street je l’apprécierais réellement. » Le vieil homme la regarda pendant un moment, puis en fin de compte céda. « Très bien, mademoiselle. Si vous insistez. » Emily se sentit soulagée quand il retourna à son camion et le conduisit devant sa voiture. Elle observa tandis qu’il sortait une épaisse corde de son coffre et attachait les deux véhicules ensemble. « Vous voulez monter avec moi ? », demanda-t-il. « Au moins j’ai le chauffage. » Emily sourit faiblement mais secoua la tête. « Je préfèrerais— » « Être seule », termina l’homme avec elle. « J’ai compris. J’ai compris. » Emily retourna à sa voiture, se demandant qu’elle genre d’impression elle avait fait au vieil homme. Il devait penser qu’elle était un peu folle, à débarquer sans être préparée et pas suffisamment vêtue à minuit alors qu’une tempête de neige était sur le point de s’abattre, demandant à être amenée à une maison délabrée et abandonnée, pour qu’elle puisse être complètement seule. Le camion devant elle gronda et elle sentit la force de traction alors que sa voiture commençait à être remorquée. Elle s’assit et jeta des regards par la fenêtre tandis qu’ils s’éloignaient. La route qu’elle emprunta sur les trois derniers kilomètres courait le long du parc national d’un côté et de l’océan de l’autre. À travers l’obscurité et un rideau de neige tombante, Emily pouvait voir l’océan et les vagues se brisant sur les rochers. Puis l’océan disparut de sa vue tandis qu’ils se dirigeaient vers la ville, dépassant hôtels et motels, des compagnies d’excursions en bateau et des cours de golf, à travers les zones plus urbanisées, même si pour Emily elles l’étaient à peine comparé à New York. Ensuite ils furent en train de tourner dans West Street, et le cœur d’Emily vacilla quand ils passèrent la grande maison de brique rouge recouverte de lierre, qui faisait l’angle. Elle était exactement semblable à ce qu’elle avait été la dernière fois qu’elle était venue ici, vingt ans auparavant. Elle passa la maison bleue, la jaune, la blanche, puis elle se mordit la lèvre, en sachant que la suivante serait la sienne, la maison de pierre grise. Alors qu’elle apparaissait devant elle, Emily fut frappée par une écrasante nostalgie. La dernière fois qu’elle s’était trouvée là, elle avait quinze ans, le corps déchaîné avec les hormones à la perspective d’un amour d’été. Elle n’en avait jamais eu un, mais se souvenir de l’excitation de la possibilité la heurta comme une vague. Le camion se rangea et s’immobilisa, et la voiture d’Emily fit de même. Avant même que les roues n’aient fini de tourner, Emily était sortie, se tenait debout, le souffle coupé, devant la maison qui avait autrefois été celle de son père. Ses jambes tremblaient et elle ne pouvait dire si c’était en raison du soulagement d’être enfin arrivée ou l’émotion d’être de retour là après tant d’années. Mais là où les autres maisons de la rue paraissaient inchangées, celle de son père n’était plus que l’ombre de sa gloire passée. Les volets jadis blancs étaient à présent striés de saleté. Alors qu’avant ils étaient ouverts, tous étaient fermés, rendant la maison bien moins engageante. L’herbe de la pelouse qui s’étendait devant, là où Emily avait passé des jours d’été interminables à lire des romans était étonnamment bien entretenue, et les petits arbustes de chaque côté de la porte d’entrée étaient taillés. Mais la maison elle-même ; elle comprit maintenant l’expression perplexe du vieil homme quand elle lui avait dit où elle allait. Elle semblait si négligée, si délaissée, tombant dans un état de délabrement. Cela rendit Emily triste de voir combien la vieille maison magnifique s’était dégradée au fil des ans. « Jolie maison », dit le vieil homme en s’approchant à côté d’elle. « Merci », dit Emily, presque en transe, les yeux rivés sur le vieux bâtiment. De la neige virevoltait autour d’elle. « Et merci de m’avoir amenée là en un seul morceau », ajouta-t-elle. « Pas de problèmes », répondit le vieil homme. « Êtes-vous vraiment sûre de vouloir rester ici cette nuit ? » « Je suis sûre », répondit Emily, même si elle commençait à s’inquiéter de ce que sa venue ici ne soit une énorme erreur. « Laissez-moi vous aider avec vos sacs », dit l’homme. « Non, non », répondit Emily. « Honnêtement, vous en avez fait assez. Je peux me débrouiller à partir de là. » Elle fouilla dans sa poche et trouva un billet froissé. « Voilà, de l’argent pour l’essence. » L’homme regarda le billet puis à nouveau elle. « Je ne vais pas prendre ça », dit-il en souriant gentiment. « Vous gardez votre argent. Si vous voulez vraiment me rembourser, pourquoi ne viendriez-vous pas chez moi et Bertha à un moment durant votre séjour, pour prendre un café et de la tarte ? » Emily sentit une boule se former dans sa gorge tandis qu’elle remettait le billet dans sa poche. La bonté de cet homme était un choc après l’hostilité de New York. « Combien de temps prévoyez-vous de rester de toute manière ? », ajouta-t-il en lui tendant un petit morceau de papier avec un numéro de téléphone et une adresse griffonnés dessus. « Juste le week-end », répondit Emily en prenant le papier. « Eh bien, si vous avez besoin de quoi que ce soit, appelez-moi tout simplement. Ou venez à la station essence où je travaille. C’est à côté de la supérette. Vous ne pouvez pas nous manquer. » « Merci », dit à nouveau Emily, avec autant de reconnaissance sincère qu’elle le pouvait. Dès que le bruit de l’engin bruyant se fut affaibli jusqu’à disparaître, le calme retomba sur elle et Emily éprouva soudain un sentiment de paix. La neige tombait encore plus, rendant le monde aussi silencieux que possible. Emily retourna à sa voiture et prit ses affaires, puis se dandina le long de l’allée avec sa lourde valise dans les bras, sentant l’émotion monter dans sa poitrine. Quand elle atteignit la porte d’entrée elle s’arrêta, examina la poignée familière et usée, se souvenant de sa main qui l’avait tournée des centaines de fois. Peut-être que venir là avait été une bonne idée après tout. Curieusement, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle était exactement où elle avait besoin d’être. * Emily se tenait dans le couloir sombre de la vieille maison de son père, de la poussière tournoyant autour d’elle, dans l’espoir stupide d’avoir de la chaleur, mais elle se frotta les épaules pour lutter contre le froid. Elle ne savait pas à quoi elle avait pensé. Avait-elle vraiment cru que cette vieille maison, négligée pendant vingt ans, serait en train de l’attendre, chauffée ? Elle essaya l’interrupteur et vit que rien ne se produisait. Bien évidemment, réalisa-t-elle. À quel point pouvait-elle être stupide ? S’était-elle attendue à ce que l’électricité soit mise en marche et fonctionne ? Il ne lui était même pas venu à l’esprit de prendre une lampe de poche. Elle se réprimanda. Comme d’habitude, elle avait été trop hâtive et n’avait pas pris un moment pour s’organiser. Elle posa sa valise puis avança, les lattes du plancher craquant sous ses pieds ; elle fit courir le bout de ses doigts le long du papier peint tourbillonnant, tout comme elle le faisait quand elle était une petite fille. Elle pouvait même voir les traces qu’elle avait créées au fil des ans en répétant ce même geste. Elle passa l’escalier, une longue et large série de marches taillées dans un bois sombre. Une partie de la rampe manquait, mais c’était le dernier de ses soucis. Être de retour à la maison était plus que revitalisant. Elle essaya à nouveau avec un autre interrupteur, par habitude, sans plus de chance. Ensuite, elle atteignit la porte au bout du couloir, qui menait à la cuisine, et poussa pour l’ouvrir. Elle poussa un cri de surprise quand un souffle d’air glacial la frappa. Elle fit un pas à l’intérieur, le sol de marbre sous ses pieds nus était gelé. Emily essaya de tourner les robinets dans l’évier, mais rien n’arriva. Elle se mordilla la lèvre, consternée. Pas de chauffage, pas d’électricité, pas d’eau. Que lui réservait encore la maison ? Elle arpenta la demeure, à la recherche de boutons ou d’interrupteurs qui pourraient contrôler l’eau, le gaz, et l’électricité. Dans le placard sous l’escalier elle trouva une boîte à fusibles, mais actionner les interrupteurs ne fit rien. La chaudière, se souvenait-elle, était en bas dans le sous-sol – mais l’idée de descendre là-bas sans aucune lumière pour la guider la remplissait d’appréhension. Elle avait besoin d’une torche ou d’une bougie, mais elle savait qu’il n’y aurait rien de cette sorte dans la maison abandonnée. Malgré cela, elle vérifia les tiroirs de la cuisine juste au cas où – mais ils étaient seulement pleins de couverts. La panique commença à papillonner dans la poitrine d’Emily, et elle s’obligea à réfléchir. Elle se rappela des moments qu’elle et sa famille passaient à la maison. Elle se souvenait de la manière dont son père s’arrangeait pour que le fioul soit livré pour chauffer la maison durant les mois d’hiver. Cela rendait sa mère folle car c’était si cher, et qu’elle pensait que chauffer une maison vide était une dépense inutile. Mais le père d’Emily avait maintenu que la maison avait besoin d’être gardée chaude pour protéger la plomberie. Emily réalisa qu’elle avait besoin de faire livrer du fioul à la maison pour être au chaud. Mais sans réseau sur son téléphone, elle n’avait aucune idée de la façon dont elle ferait arriver cela. Tout à coup, on frappa à la porte. C’était un coup lourd, régulier, réfléchi, un qui résonnait partout à travers les couloirs vides. Emily se figea, ressentit un tressautement d’anticipation dans la poitrine. Qui pourrait se présenter, à cette heure, avec cette neige ? Elle quitta la cuisine et avança à pas feutrés sur le plancher du couloir, silencieuse avec ses pieds nus. Ses mains planèrent au-dessus de la poignée, et après une seconde d’hésitation, elle parvint à se ressaisir et ouvrit la porte. Debout devant elle, vêtu d’une veste à carreaux, ses cheveux sombres et longs jusqu’à la mâchoire saupoudrés de flocons de neige, se tenait un homme duquel Emily ne put s’empêcher de penser qu’il ressemblait à un bucheron, ou au Chasseur dans le Petit Chaperon Rouge. Pas son genre habituel, mais il y avait certainement de la beauté dans ses yeux bleus et froids, dans la barbe de trois jours de son menton bien dessiné, et Emily fut choquée par le pouvoir de son attraction envers lui. « Je peux vous aider ? », demanda-t-elle. L’homme la regarda en plissant des yeux, comme s’il la jaugeait. « Je suis Daniel », dit-il. Il tendit la main pour qu’elle puisse la serrer. Elle la prit, remarquant la rugosité de ses mains. « Qui êtes-vous ? » « Emily », répondit-elle, soudainement consciente de la sensation du battement de son propre cœur. « Mon père est propriétaire de cette maison. Je suis venue pour le week-end. » Le regard oblique de Daniel s’intensifia. « Le propriétaire n’a pas été là depuis vingt ans. Avez-vous obtenu la permission pour juste faire un saut ? » Son ton était dur, légèrement hostile, et Emily recula. « Non », dit-elle maladroitement, un peu mal à l’aise qu’on lui rappelle l’expérience la plus douloureuse de sa vie – la disparition de son père – tout en étant pris de court par le ton bourru de Daniel. « Mais j’ai son approbation pour aller et venir comme je le souhaite. Qu’est-ce que c’est pour vous de toute façon ? » Elle fit correspondre son ton rude au sien. « Je suis le gardien ici », répondit-il. « Je vis dans la remise dans l’enceinte. » « Vous vivez ici ? » s’écria Emily, et l’image d’un week-end calme dans la vieille maison de son père se brisa en morceaux devant elle. « Mais je voulais être seule pour ce week-end. » « Oui, eh bien, vous et moi tous les deux », répondit Daniel. « Je n’ai pas l’habitude de voir des gens faire irruption sans être annoncés. » Il jeta un regard suspicieux par-dessus son épaule. « Et violer la propriété. » Emily croisa les bras. « Qu’est-ce qui vous fait penser que j’ai violé la propriété ? » Daniel leva un sourcil en réponse. « Eh bien, à moins que vous n’ayez prévu de vous asseoir ici dans l’obscurité et le froid pendant tout le week-end, alors je m’attendrais à ce que vous ayez trafiqué. Avoir mis en route la chaudière. Purger les tuyaux. Ce genre de choses. » La brusquerie d’Emily céda la place à l’embarras. Elle rougit. « Vous n’avez pas réussi à mettre la chaudière en route n’est-ce pas ? », répondit Daniel. Il y avait un sourire ironique sur ses lèvres qui disait à Emily qu’il était légèrement amusé par sa situation délicate. « Je n’en ai juste pas encore eu la chance », répondit-il, de manière hautaine, tentant de sauver la face. « Vous voulez que je vous montre ? », demanda-t-il, presque doucement, comme si le faire ne le dérangeait pas. « Vous le feriez ? », demanda Emily, un peu stupéfaite et confuse par son offre pour l’aider. Il s’avança sur le paillasson. Des flocons de neige voletèrent de sa veste, créant une tempête de neige miniature dans le couloir. « Je préfèrerais le faire moi-même plutôt que nous ne cassiez quelque chose », dit-il pour s’expliquer, accompagné par un haussement d’épaule nonchalant. Emily remarqua que la neige qui tombait à l’extérieur s’était transformée en une sorte de blizzard. Même si elle ne voulait pas l’admettre, elle était plus que reconnaissante que Daniel soit apparu quand il l’avait fait. Sinon, elle serait probablement morte de froid durant la nuit. Elle ferma la porte et tous deux avancèrent dans le couloir, vers la porte menant au sous-sol. Daniel était venu préparé. Il sortit une torche, éclairant le passage le long de l’escalier vers la cave. Emily le suivit en bas, un peu paniquée par l'obscurité et les toiles d'araignée, tandis qu’elle descendait dans l'obscurité. Elle avait été terrifiée par le vieux sous-sol quand elle était enfant et s’était rarement aventurée là-bas. L'endroit était rempli de toutes les vieilles machines et mécanismes qui gardaient la maison en fonctionnement. Les voir la bouleversa et la fit se demander une fois de plus si venir ici était une erreur. Heureusement, Daniel fit démarrer la chaudière en quelques secondes, comme si c’était la chose la plus aisée au monde. Emily ne pouvait pas s’empêcher de se sentir un peu dérangée par le fait qu'elle avait besoin d'un homme pour l'aider, quand la raison même pour laquelle elle était venue ici en premier lieu était de retrouver son indépendance. Elle réalisa alors que, malgré la beauté sauvage de Daniel et son attirance indéniable envers lui, elle avait besoin qu’il parte le plus tôt possible. Elle allait difficilement s’engager dans un cheminement de découverte de soi avec lui dans la maison. L’avoir sur le terrain était déjà assez mauvais. En ayant terminé avec la chaudière, ils quittèrent tous deux le sous-sol. Emily était soulagée d’être sortie de cet endroit froid, humide et moisi, et de nouveau dans la partie principale de la maison. Elle suivit Daniel alors qu’il se dirigeait le long du hall, vers la buanderie à l'arrière de la cuisine. Immédiatement, il se mit au travail pour purger les tuyaux. « Êtes-vous préparée pour chauffer la maison tout l'hiver? », lui demanda-t-il depuis sa position sous le plan de travail. « Car ils vont geler autrement. » « Je ne reste que pour le week-end », répondit Emily. Daniel glissa de sous le comptoir et se redressa, les cheveux ébouriffés et hérissés partout. « Vous ne devriez pas blaguer avec une vieille maison comme ça », dit-il en secouant la tête. Mais il s’occupa tout de même de l'eau. « Alors, où est la chaleur ? », demanda Emily dès qu'il en eut fini. Il faisait encore très froid, malgré le fait que la chaudière était en marche et les tuyaux maintenant dégagés. Elle se frotta les bras, en essayant d’activer sa circulation sanguine. Daniel rit, nettoyant ses mains sales sur un torchon. « Elle ne commence par miraculeusement à fonctionner, vous savez. Vous aurez besoin d'appeler pour faire livrer du fioul. Tout ce que je pouvais faire était de la mettre en route. » Emily soupira de frustration. Ainsi Daniel n’était pas tout à fait le Chevalier en Armure Étincelante qu’elle pensait qu'il était. « Tenez », dit Daniel, en lui remettant une carte de visite. « C'est le numéro d'Éric. Il vous en livrera. » « Merci », marmonna-t-elle. « Mais on dirait que je ne peux pas capter le réseau ici. » Elle pensa à son téléphone portable, aux barres vides, et se souvint à quel point elle était vraiment complètement seule. « Il y a une cabine téléphonique sur la route », dit Daniel. « Mais je ne voudrais pas prendre le risque d'aller là au milieu de la tempête de neige. Et de toute façon, ils seraient fermés maintenant. » « Bien sûr », marmonna Emily, qui se sentait frustrée et complètement perdue. Daniel dut remarquer qu’Emily était énervée et se sentait abattue. « Je peux faire démarrer un feu pour vous », offrit-il, hochant la tête en direction du salon. Ses sourcils se haussèrent dans l’expectative, presque timidement, lui donnant soudain un air enfantin. Emily voulait protester, lui dire de la laisser seule dans la maison glaciale car c’était la moindre des choses qu’elle méritait, mais quelque chose la fit hésiter. Peut-être était-ce parce qu'avoir Daniel dans la maison la fit se sentir tout à coup moins seule, moins coupée de la civilisation. Elle ne s’était pas attendue à ne pas avoir de réseau, à ne pas pouvoir communiquer avec Amy, et le fait de passer sa première nuit seule dans la maison froide et sombre était intimidant. Daniel devait avoir lu son hésitation, car il sortit de la pièce avant qu'elle n’ait eu la chance d'ouvrir la bouche pour dire quoi que ce soit. Elle suivit, en silence, reconnaissante qu'il ait été capable de lire la solitude dans ses yeux et ait offert de rester, même si c’était sous le prétexte d’allumer un feu. Elle trouva Daniel dans le salon, occupé à construire une pile soignée de petit bois, de charbon, et de buches dans la cheminée. Elle fut immédiatement frappée par un souvenir de son père, de lui accroupi à côté de la cheminée, créant habilement des feux, y consacrant autant de soin et de temps que quelqu'un aurait pu le faire pour une grande œuvre d'art. Elle l’avait observé en faire des milliers, et les avait toujours aimés. Elle trouvait les feux hypnotiques, et passait des heures allongée sur le tapis devant eux, contemplant les flammes orange et rouge qui dansaient, assise depuis si longtemps que la chaleur lui piquait le visage. L’émotion commença à grimper dans la gorge d'Emily, menaçant de l'étouffer. Penser à son père, voir si clairement le souvenir dans son esprit, faisait monter à ses yeux des larmes longtemps réprimées. Elle ne voulait pas pleurer devant Daniel, ne voulait pas ressembler à une jeune fille pathétique et sans défense. Alors, elle ravala ses émotions à l'intérieur et rentra avec détermination dans la pièce. « En fait je sais comment faire un feu », dit-elle à Daniel. « Oh, vous le savez ? », répondit Daniel, levant les yeux vers elle avec un sourcil froncé. « Je vous en prie. ». Il lui tendit les allumettes. Emily les saisit et en frotta une, la petite flamme orange vacillant dans ses doigts. La vérité était qu’elle n’avait fait que regarder son père faire du feu ; elle-même n’en avait jamais réellement allumé un. Mais elle pouvait voir si parfaitement dans sa mémoire la façon de le faire qu'elle se sentait confiante dans ses capacités. Elle s’agenouilla donc et mit le feu au petit bois que Daniel avait placé dans la cheminée. En quelques secondes, le feu grandit, émettant un craquement familier lui parut aussi réconfortant et nostalgique que toutes les autres choses que la grande maison contenait. Elle se sentit très fière d'elle-même tandis que les flammes commençaient à croître. Mais au lieu d'aller dans la cheminée, la fumée noire commença à s’échapper dans la pièce. « MERDE ! », cria alors que des panaches de fumée tournoyaient autour d'elle. Daniel se mit à rire. « Je pensais que vous aviez dit que vous saviez comment faire un feu », dit-il, ouvrant le conduit. Le panache de fumée fut immédiatement aspiré dans la cheminée. « Tadam ajouta-t-il avec un sourire. Pendant que la fumée autour d'eux se dispersait, Emily lui lança un regard mécontent, trop fière pour le remercier pour l'aide dont elle avait eu si clairement besoin. Mais elle était soulagée d'être enfin au chaud. Elle sentit sa circulation reprendre, et la chaleur revint dans ses orteils et son nez. Ses doigts raides se détendirent. Dans la lumière du feu, le salon était éclairé, baigné dans une lumière orange et douce. Emily put enfin voir tous les vieux meubles anciens avec lesquels son père avait rempli la maison. Elle parcourut du regard les objets miteux et délaissés autour d’elle. La grande bibliothèque se tenait dans un coin, autrefois remplie de livres qu'elle avait passés ses jours d'été sans fin à lire, maintenant seuls quelques-uns restaient. Puis il y avait le vieux piano à queue près de la fenêtre. Sans doute était-il désaccordé à présent, mais autrefois, son père lui jouait des chansons et elle chantait en cœur. Son père s’était tant enorgueilli de cette maison, et la voir maintenant, la lumière éclatante révélant son état négligé, la bouleversait. Les deux canapés étaient couverts de draps blancs. Emily pensa à les enlever, mais sut que cela produirait un nuage de poussière. Après le nuage de fumée, elle n’était pas certaine que ses poumons pourraient l’endurer. Et de toute façon Daniel avait l'air d’être assez confortablement assis par terre à côté de la cheminée, donc elle vint juste s'installer à côté de lui. « Alors », dit Daniel, réchauffant ses mains face au feu. « On vous a obtenu un peu de chaleur au moins. Mais il n'y a pas d'électricité dans la maison et j’imagine que vous n’avez pas pensé à mettre une lampe de poche ou une bougie dans votre valise. » Emily secoua la tête. Sa valise était remplie de choses futiles, rien d'utile, rien dont elle avait vraiment besoin pour s’en sortir ici. « Papa avait l'habitude de toujours avoir des bougies et des allumettes », dit-elle. « Il était toujours préparé. Je suppose que je m’étais attendue à ce qu'il y en ait encore tout un placard plein, mais après vingt ans… » Elle ferma la bouche, soudain consciente d'avoir exprimé un souvenir de son père à voix haute. C’était quelque chose qu'elle ne faisait pas souvent, gardant habituellement ses sentiments le concernant cachés profondément en elle. La facilité avec laquelle elle avait parlé de lui la stupéfia. « Nous pouvons simplement rester ici alors », dit doucement Daniel, comme s’il voyait qu’Emily éprouvait à nouveau un souvenir douloureux. « Il y a plus qu’assez de lumière pour voir avec le feu. Voulez-vous du thé ? » Emily fronça les sourcils. « Du thé ? Comment allez-vous précisément le faire sans électricité ? » Daniel sourit, comme s’il acceptait une sorte de défi. « Regardez et prenez en de la graine. » Il se leva et disparut du grand salon, revenant quelques minutes plus tard avec une petite casserole ronde qui ressemblait à un chaudron. « Qu'avez-vous là? », demanda Emily, curieuse. « Oh, juste le meilleur thé que vous ayez jamais bu », dit-il en plaçant le chaudron sur les flammes. « On n'a jamais vraiment pris le thé jusqu'à ce qu’on en ait goûté un fait au feu de bois. » Emily le contempla, la façon dont la lumière du feu dansait sur ses traits, les accentuant d'une manière qui le rendait encore plus attrayant. La façon dont il était si concentré sur sa tâche ajoutait à l’attrait. Emily ne pouvait s’empêcher d’admirer son pragmatisme, son ingéniosité. « Là », dit-il en lui tendant une tasse et brisant sa rêverie. Il l’observa, dans l'expectative, tandis qu’elle prenait une première gorgée. « Oh, c'est vraiment bon », déclara Emily, soulagée, au moins, de chasser le froid de ses os. Daniel se mit à rire. « Quoi ? », le mit au défi Emily. « Je ne vous avez pas encore vu sourire, c’est tout », répondit-il. Emily détourna les yeux, se sentant soudain timide. Daniel était à peu près aussi éloigné de Ben qu’un homme pourrait l’être, et pourtant son attirance pour lui était puissante. Peut-être que dans un autre endroit, une autre fois, elle aurait cédé à son désir. Elle n’avait été avec personne d’autre que Ben pendant sept ans, après tout, et elle méritait un peu d’attention, une certaine excitation. Mais ce n’était pas le bon moment. Pas avec tout ce qui se passait, avec sa vie dans un chaos et un bouleversement complet, et avec les souvenirs de son père tourbillonnant dans son esprit. Elle avait l’impression que partout où elle regardait, elle pouvait voir son ombre ; assis sur le canapé avec une jeune Emily recroquevillée à côté de lui, lisant à haute voix pour elle ; surgissant à la porte en rayonnant d’une oreille à l’autre après avoir découvert une antiquité précieuse au marché aux puces, puis passant des heures à la nettoyer soigneusement, la restaurer dans sa gloire passée. Où étaient toutes les antiquités maintenant ? Toutes les figurines et œuvres d'art, la vaisselle commémorative et les couverts de l’époque de la Guerre Civile ? La maison ne s’était pas immobilisée, figée dans le temps, comme dans ses souvenirs. Le temps avait pris son dû sur la propriété d'une manière qu'elle n’avait même pas envisagé. Une autre vague de chagrin se brisa sur Emily tandis elle regardait autour d’elle la pièce poussiéreuse et en pagaille, elle qui autrefois avait été débordante de vie et de rires. « Comment cet endroit s’est-il retrouvé dans cet état ? », s’écria-t-elle soudain, incapable de repousser le ton accusateur dans sa voix. Elle fronça les sourcils. « Je veux dire, vous êtes censé en prendre soin, n'êtes-ce pas ? » Daniel tressaillit, comme pris de court par son agressivité soudaine. Quelques instants plus tôt, ils avaient partagé un moment doux et tendre. Quelques secondes plus tard, elle lui donnait du fil à retordre. Daniel lui lança un regard froid. « Je fais de mon mieux. C’est une grande maison. Il n'y a que de moi. » « Désolée », dit Emily, qui fit immédiatement marche arrière, n’aimant pas le moins du monde être la cause de l’expression assombrie de Daniel. « Je ne voulais pas vous lancer une pique. Je veux juste dire… » Elle regarda dans sa tasse et fit tourner les feuilles de thé. « Cet endroit était comme quelque chose sortie d'un conte de fées quand j'étais enfant. C’était tellement impressionnant, vous savez ? Si beau. » Elle leva les yeux pour voir Daniel la regarder attentivement. « C’est juste triste de la voir comme ça. » « À quoi pensiez-vous ? », répondit Daniel. « Elle a été abandonné pendant vingt ans. » Emily détourna tristement les yeux. « Je le sais. Je suppose que je voulais juste imaginer qu'elle avait été figée dans le temps. » Figée dans le temps, comme l'image de son père qu'elle avait dans son esprit. Il avait encore quarante ans, n’avait pas vieilli d'un jour, était identique à la dernière fois qu'elle l'avait vu. Mais là où qu’il soit, le temps lui aurait affecté tout comme il avait affecté la maison. La détermination d'Emily à réparer la maison durant week-end devint encore plus forte. Elle ne voulait rien de plus que restaurer ce lieu, ne serait-ce qu’un peu, dans son ancienne gloire. Peut-être qu’en le faisant, ce serait comme ramener son père à elle. Elle pourrait le faire en son honneur. Emily avala sa dernière gorgée de thé et posa la tasse. « Je devrais aller au lit », dit-elle. « Ça a été une longue journée. » « Bien sûr », répondit Daniel en se levant. Il se mut rapidement, sortant d’un pas désinvolte de la chambre, le long du couloir et vers la porte, laissant Emily le suivre derrière. « Appelez moi juste quand vous aurez un problème, d’accord ? », ajouta-t-il. « Je suis juste dans la remise là-bas. » « Je n’en aurais pas besoin », dit Emily, indignée. « Je peux le faire moi-même. » Daniel tira et ouvrit la porte d'entrée, laissant le tourbillon de neige entrer. Il s’emmitoufla dans sa veste, puis regarda par-dessus son épaule. « L’orgueil ne vous mènera pas loin dans ce lieu, Emily. Il n'y a rien de mal à demander de l'aide. » Elle voulait crier lui quelque chose, se défendre, pour réfuter son affirmation selon laquelle elle était trop fière, mais à la place elle observa son dos tandis qu’il disparaissait dans la neige sombre et tourbillonnante, incapable de parler, sa langue complètement nouée. Emily ferma la porte, boquant le monde extérieur et la fureur de la tempête de neige. Elle était maintenant complètement seule. De la lumière du feu dans le salon se répandait dans le couloir, mais n’était pas été assez forte pour atteindre les escaliers. Elle leva les yeux vers le long escalier en bois qui disparaissait dans l'obscurité. À moins qu'elle ne soit prête à dormir sur un des canapés poussiéreux, elle devrait avoir le courage de s'aventurer à l'étage dans le noir complet. Elle avait l’impression d’être de nouveau un enfant, effrayée de descendre dans le sous-sol rempli d'ombres, inventant toutes sortes de monstres et de goules qui l’attendaient là-bas pour l’attraper. Seulement maintenant, elle était une adulte de trente-cinq ans, trop effrayée de monter à l'étage car elle savait que la vue de l'abandon était pire que n’importe quelle goule que son esprit pouvait créer. Au lieu de cela, Emily retourna dans le salon pour absorber le restant de chaleur du feu. Il y avait encore quelques livres sur l'étagère – Le Jardin Secret, Cinq Enfants, Ça – des classiques que son père lui avait lu. Mais qu’en était-il du reste ? Où étaient passés les biens de son père ? Ils avaient disparu dans cet endroit inconnu, tout comme son père l’avait fait. Alors que les braises commençaient à mourir, l'obscurité s’installa autour d'elle, faisant écho à son humeur sombre. Elle ne pouvait plus repousser la fatigue ; le temps était venu de gravir les marches. Juste au moment où elle quittait le salon, elle entendit un léger grattement venir de la porte d’entrée. Sa première pensée fut qu’une bête sauvage furetait à la recherche de restes, mais le bruit était trop précis, trop réfléchi. Le cœur battant, elle avança à pas feutrés le long du hall en silence et s’approcha de la porte, en appuyant son oreille contre elle. Quoi qu'elle pensait avoir entendu, il avait disparu. Tout ce qu'elle pouvait entendre était le vent hurlant. Mais quelque chose la força à ouvrir la porte. Elle l'ouvrit et vit que, posé sur le perron, se trouvaient des bougies, une lampe de poche et des allumettes. Daniel a dû revenir et les laisser pour elle. Elle les saisit, en acceptant à contrecœur son aide, piquée dans sa fierté. Mais en même temps, elle était plus que reconnaissante qu'il y ait quelqu'un qui veille sur elle. Elle avait peut-être abandonné sa vie et fuit jusqu’à cet endroit, mais elle n’était pas complètement seule ici. Emily alluma la lanterne et se senti finalement assez courageuse pour monter à l'étage. Tandis que la lumière douce la conduisait dans l'escalier, elle en profita pour regarder les photos encadrées sur le mur, les images à l'intérieur fanées par le temps, les toiles d'araignée en travers couvertes de poussière. La plupart des images étaient des aquarelles des environs – des bateaux naviguant sur l'océan, les conifères dans le parc national – mais une était un portrait de famille. Elle s’arrêta, contemplant la photo, regardant l'image d'elle-même quand elle était une petite fille. Elle avait complètement oublié cette photographie, l’avait confinée dans une partie de sa mémoire et enfermée pendant vingt ans. Ravalant ses émotions, elle continua à gravir les marches. Le vieil escalier craquait bruyamment sous ses pieds et elle remarqua que certaines des marches s’étaient fissurées. Elles avaient été éraflées par des années de pas et un souvenir la frappa, elle montant et descendant ces marches avec ses chaussures rouges. Droit devant la lumière de la lampe illuminait le corridor – les nombreuses portes en chêne foncé, la fenêtre qui allait du sol au plafond maintenant barricadée avec des planches. Son ancienne chambre était la dernière à droite, en face de la salle de bains. Elle ne pouvait pas supporter l'idée de regarder dans chacune des deux pièces. Trop de souvenirs étaient contenus dans sa chambre, trop pour elle pour les libérer dès maintenant. Et elle n'avait pas vraiment envie de découvrir quel genre de petites bêtes avait fait de la salle de bain leur maison au fil des ans. Au lieu de cela, Emily hésita le long du corridor, passant le vieux coffre orné contre lequel elle s’était cognée l’orteil d'innombrables fois, vers la chambre de ses parents. À la lumière de la lampe, Emily put voir combien le lit était poussiéreux, combien les draps avaient été mangés par les mites au fil des ans. Le souvenir du beau lit à baldaquin que ses parents avaient partagé se brisa dans son esprit tandis qu’elle était confrontée à la réalité. Vingt années d'abandon avaient ravagé la pièce. Les rideaux étaient crasseux et froissés, pendaient mollement à côté des fenêtres barricadées. Les appliques murales étaient épaissies par la poussière et les toiles d'araignée, on aurait dit que des générations entières de familles d'araignées avaient fait d’elles leur chez eux. Une épaisse couche de poussière s’était déposée sur tout, y compris la coiffeuse à côté de la fenêtre, le petit tabouret sur lequel sa mère s’était assise sa mère il y avait de cela des années, quand elle appliquait sur son visage de la crème parfumée à la lavande en se regardant dans le miroir. Emily pouvait voir tout cela, tous les souvenirs qu'elle avait enterrés au fil des ans. Elle ne pouvait pas empêcher les larmes de monter. Toutes les émotions qu'elle avait ressenties au cours des derniers jours la rattrapèrent, intensifié à la pensée de son père, du choc soudain de combien il lui manquait. À l'extérieur, le bruit du blizzard s’intensifia. Emily posa la lampe sur la table de chevet, produisant un nuage de poussière dans l'air et ce faisant, elle se prépara à se mettre au lit. La chaleur du feu n’était pas arrivée jusque-là et la chambre était glaciale, tandis qu’elle ôtait ses vêtements. Dans sa valise, elle a trouvé u caraco soyeux et réalisa qu'il ne serait pas d’une grande utilité pour elle ici ; elle serait mieux avec un long caleçon et d’épaisses chaussettes peu flatteuses. Emily repoussa le patchwork pourpre et or couvert de poussière, puis se glissa dans le lit. Elle fixa des yeux le plafond pendant un moment, réfléchissant à tout ce qui s’était produit au cours des derniers jours. Seule, frigorifiée, et se sentant d'impuissante, elle souffla la flamme de la lampe, se plongeant dans l'obscurité, et pleura jusqu’à s’endormir. CHAPITRE QUATRE Emily se réveilla le matin suivant en se sentant désorientée. Il y avait si peu de lumière qui entrait dans la pièce depuis les fenêtres barricadées, il lui fallut un moment pour prendre conscience d’où elle se trouvait. Ses yeux s’ajustèrent lentement à la pénombre, la pièce prit forme sous ses yeux, et elle se souvint – Sunset Harbor. La maison de son père. Un moment passa avant qu’elle ne se rappelle qu’elle était aussi au chômage, sans domicile, et complètement seule. Elle traîna son corps fatigué hors du lit. L’air matinal était froid. Son apparence dans le miroir poussiéreux l’alarma ; son visage était bouffi en raison des larmes qu’elle avait versées la nuit précédente, sa peau tirée et pâle. Il lui vint soudain à l’esprit qu’elle avait négligé de manger suffisamment la veille. La seule chose qu’elle était avalé la nuit auparavant avait été la tasse du thé au feu de bois de Daniel. Elle hésita un instant à côté du miroir, contemplant son corps reflété dans la vieille glace crasseuse pendant que son esprit rejouait la nuit passée – le feu réconfortant, elle assise près du foyer avec Daniel à boire du thé, Daniel se moquant de son incapacité à prendre soin de la maison. Elle se rappelait des flocons de neige dans ses cheveux quand elle lui avait ouvert la porte pour la première fois, et la façon dont il s’était retiré dans le blizzard, disparaissant dans la nuit noire comme de l'encre aussi vite qu'il était venu. Son estomac qui gargouillait la tira de ses pensées et la ramena de nouveau dans le moment présent. Elle s’habilla rapidement. La chemise froissée elle sortit était beaucoup trop fine pour l'air froid, donc elle enroula la couverture poussiéreuse du lit autour de ses épaules. Ensuite, elle quitta la chambre et descendit à pas feutrés pieds nus. En bas, tout était silencieux. Elle regarda à travers la fenêtre givrée de la porte d'entrée et fut abasourdie de voir que même si la tempête avait maintenant cessé, la neige s’était accumulée sur un mètre de haut, transformant le monde extérieur en une étendue blanche, lisse, silencieuse et infinie. Elle n'avait jamais vu autant de neige de toute sa vie. Emily pouvait juste distinguer les empreintes d'un oiseau qui avait sautillé sur l’allée dehors, mais à part ça rien n'avait été perturbé. Tout paraissait calme, mais en même temps désolé, rappelant à Emily sa solitude. Réalisant que s’aventurer à l'extérieur n’était pas une option, Emily a décidé d'explorer la maison et voir ce qu’elle pouvait contenir. La maison avait été si sombre la nuit dernière qu'elle n'a pas été en mesure de trop en faire le tour, mais maintenant avec la lumière du jour la tâche était un peu plus facile. Elle alla d'abord dans la cuisine, conduite instinctivement par les grognements de son estomac. La cuisine était plus dans tous ses états qu'elle ne l'avait réalisé quand elle avait déambulé là la veille. Le réfrigérateur – un Prestcold original des années 50, couleur crème, que son père avait trouvé au cours d’un vide-grenier un été – ne fonctionnait pas. Elle essaya de se rappeler s’il avait jamais marché, ou s’il avait été une autre source d’agacement pour sa mère, un autre de ces morceaux de ferraille dont son père avait encombré la vieille maison. Emily avait considéré les collections de son père ennuyeuses étant enfant, mais maintenant elle chérissait ces souvenirs, s’accrochant à eux aussi étroitement qu'elle le pouvait. À l'intérieur du réfrigérateur, Emily ne trouva rien hormis une horrible odeur. Elle le referma rapidement, verrouillant la porte avec la poignée, avant de passer aux placards pour jeter un œil à l'intérieur. Là, elle trouva une vieille boîte de conserve de maïs, dont l’étiquette était délavée au point d’être obscurcie, et une bouteille de vinaigre de malt. Elle envisagea brièvement de faire une sorte de repas avec ça, mais décida qu'elle n’était pas encore si désespérée. L'ouvre-boîte était complètement scellé par la rouille de toute façon, donc il n'y aurait aucun moyen d’arriver au maïs même si elle l’était. Elle entra ensuite dans le cellier, où se trouvaient la machine à laver et le sèche-linge. La pièce était sombre, la petite fenêtre recouverte de contreplaqué comme beaucoup d'autres dans la maison. Emily appuya sur un bouton du lave-linge, mais ne fut pas surprise de constater qu’il ne fonctionnait pas. De plus en plus frustré par sa situation, Emily décida d’agir. Elle grimpa sur le buffet et tenta de soulever un morceau de contreplaqué. C’était plus difficile à faire que ce qu'elle avait pensé, mais elle était déterminée. Elle tira et tira de toute la force de ses bras. Enfin, le panneau commença à se fissurer. Emily tira violemment une dernière fois et le contreplaqué céda, s’arrachant entièrement de la fenêtre. La force fut si p qu'elle retomba sur le comptoir, le panneau lui échappa et se balança vers la fenêtre. Emily entendit le bruit de la fenêtre brisée en même temps qu'elle atterrit sur un tas au sol, se coupant le souffle. Un air glacial s’engouffra dans le cellier. Emily gémit et se redressa pour s’asseoir avant de vérifier son corps meurtri pour s’assurer que rien n’était cassé. Son dos était douloureux et elle le frotta tout en levant les yeux vers la fenêtre cassée, qui laissait entrer un faible rayon de lumière. Emily fut frustrée en réalisant qu’en tentant de résoudre un problème, elle n’avait fait qu'empirer son cas. Elle prit une profonde inspiration et se leva, puis ramassa soigneusement le morceau de panneau sur le buffet où il était tombé. Des morceaux de verre tombèrent au sol et se cassèrent. Emily inspecta la plaque et vit que les clous étaient complètement tordus. Même si elle pouvait trouver un marteau – chose dont elle doutait fortement – les clous seraient trop déformés de toute façon. Puis elle vit qu'elle avait réussi à fendre le cadre de la fenêtre en arrachant le panneau. Le tout devrait être remplacé. Emily avait bien trop froid pour rester dans le cellier. À travers la fenêtre brisée, elle faisait face à la même vue de neige blanche sans fin. Elle saisit sa couverture par terre et la serra à nouveau autour de ses épaules, puis quitta le cellier et se dirigea vers le salon. Au moins là, elle pourrait allumer un feu et se réchauffer les os. Dans le salon, l'odeur réconfortante de bois brûlé flottait encore dans l'air. Emily s’accroupit à côté de la cheminée et commença à empiler du petit bois et des buches en une pyramide. Cette fois-ci, elle se souvint d'ouvrir le conduit d’évacuation, et fut soulagée quand la première flamme crépita. Elle s’assit sur ses talons et se mit à réchauffer ses mains froides. Ensuite, elle remarqua la casserole dans laquelle Daniel avait préparé le thé, posé à côté de la cheminée. Elle n'avait rien rangé, le récipient et les se trouvaient encore là où ils les avaient laissés la veille. Des souvenirs défilèrent dans son esprit, d'elle et Daniel partageant le thé, discutant de la vieille maison. Son estomac gronda, lui rappelant sa faim, et elle a décida de faire infuser un peu de thé, tout comme Daniel le lui avait montré, en déduisant qu'il repousserait sa faim un petit moment au moins. Juste au moment où elle avait fini d’installer la casserole sur le feu, elle entendit son téléphone sonner quelque part dans la maison. Même s’il s’agissait d’un bruit familier, cela lui fit faire un bond de l'entendre maintenant, résonnant dans les couloirs. Elle l’avait abandonné quand elle avait réalisé qu'elle n’avait aucun réseau, le bruit de sa sonnerie la surprit. Emily bondit, abandonnant le thé, et suivit le son de son portable. Elle le trouva sur le meuble de rangement dans le couloir. Un numéro inconnu l’appelait et elle répondit, un peu perplexe. « Oh, hum, salut », dit une voix masculine et âgée à l'autre bout de la ligne. « Êtes-vous la demoiselle au 15 West Street ? » La ligne était mauvaise, la voix douce et hésitante de l'homme était presque inaudible. Emily fronça les sourcils, confuse par l'appel. « Oui. Qui est-ce ? » « Je m’appelle Eric. Je, hum, je livre le fioul à toutes les propriétés de la région. J’ai entendu que vous étiez dans cette vieille maison, donc je pensais venir faire une livraison. Je veux dire si vous, hum, en avez besoin. » Emily pouvait à peine y croire. Les nouvelles avaient certainement circulé rapidement dans la petite communauté. Mais ; comment Éric avait-il obtenu son numéro de portable ? Puis elle se souvint que Daniel l’avait regardé la veille, quand elle lui avait dit qu'elle avait un réseau inconstant. Il avait dû voir le numéro et l’avoir mémorisé, dans l'intention de le transmettre à Éric. Bien qu’étant orgueilleuse, elle pouvait à peine contenir sa joie. « Oui, ce serait merveilleux », répondit-elle. « Quand pouvez-vous venir ? » « Eh bien », répondit l'homme de la même voix nerveuse, presque gênée. « Je suis en fait dans le camion actuellement, dans votre direction. » « Vous l’êtes ? », balbutia Emily, croyant à peine à sa chance. Elle regarda rapidement l'heure sur son téléphone. Il n’était même pas encore 8 heures. Soit Éric se mettait au travail très tôt comme si cela allait de soi, ou il avait fait le trajet spécialement pour elle. Elle se demanda si l'homme qui l’avait dépannée la nuit précédente avait été en contact avec l’entreprise en son nom. C’était soit lui ou… Daniel ? Elle se sortit cette idée de la tête et reporta son attention sur sa conversation téléphonique. « Serez-vous capable de venir jusqu’ici ? », demanda-t-elle. « Il y a beaucoup de neige. » « Ne vous inquiétez pas pour ça », dit Éric. « Le camion peut affronter la neige. Assurez-vous juste qu’un passage soit dégagé pour accéder au tuyau. » Emily se creusa la cervelle, essayant de se rappeler si elle avait vu une pelle quelque part dans la maison. « D'accord, je ferai de mon mieux. Merci. » La ligne fut coupée et Emily entra en action. Elle retourna en courant dans la cuisine, vérifiant chacun des placards. Il n'y avait rien qui s’approcha de ce dont elle avait besoin, donc elle essaya toutes les portes dans le cellier, puis dans la buanderie. Enfin, elle trouva une pelle à neige appuyée contre la porte de derrière. Emily n'a jamais pensé qu'elle serait aussi heureuse de voir une pelle de toute sa vie, mais elle la saisit comme s’il s’agissait d’une bouée de sauvetage. Elle était tellement excitée à propos de la pelle qu’elle oublia presque de mettre ses chaussures. Mais juste au moment où sa main planait sur le loquet pour ouvrir la porte, elle vit ses baskets dépassant d'un sac qu'elle avait laissé là. Elle les enfila rapidement puis tira la porte, sa précieuse pelle dans les mains. Immédiatement, l’intensité et l'ampleur de la tempête de neige lui apparurent. Regarder la neige depuis sa fenêtre avait été une chose, mais la voir accumulée sur un mètre devant elle comme un mur de glace en était une autre. Emily ne perdit pas de temps. Elle enfonça la pelle dans le mur de neige et de glace et commença à se frayer un chemin hors de la maison. C’était ardu ; en quelques minutes elle put sentir la sueur couler le long de son dos, ses bras lui faisaient mal, et elle était certaine qu'elle aurait des ampoules aux mains une fois qu'elle aurait terminé. Après avoir traversé un mètre de neige, Emily commença à trouver son rythme. Il y avait quelque chose de cathartique dans cette tâche, dans l'élan nécessaire pour pelleter la neige. Même le désagrément physique semblait avoir moins d'importance quand elle put commencer à voir comment ses efforts étaient récompensés. À New York, son type d’exercice favori était de courir sur un tapis roulant, mais c’était exercice plus physique que tout ce qu’elle avait connu auparavant. Emily réussit à dégager un passage de trois mètres de long à l’arrière de la maison. Mais elle leva les yeux avec désespoir en voyant que la sortie du tuyau était à encore douze mètres – et elle était déjà exténuée. Essayant de ne pas désespérer trop, elle décida de se reposer un moment pour reprendre son souffle. Ce faisant, elle aperçut la maison du gardien plus loin le long du jardin, dissimulée derrière des conifères. Un petit panache de fumée s’élevait de la cheminée et une lumière chaude se déversait par les fenêtres. Emily ne put s’empêcher de penser à Daniel à l'intérieur, buvant son thé, restant douillettement au chaud. Il l'aiderait, elle n’avait aucun doute à ce sujet, mais elle voulait faire ses preuves. Il s’était moqué sans pitié d’elle la veille, et était selon toute vraisemblance celui qui avait appelé Éric en premier lieu. Il devait l’avoir perçue comme une demoiselle en détresse, et Emily ne voulait pas qu'il ait la satisfaction de se voir donner raison. Mais son estomac se plaignait encore et elle était épuisée. Beaucoup trop épuisée pour continuer. Emily se tenait dans le torrent qu'elle avait créé, soudain accablée par son malheur, trop fière pour demander l'aide dont elle avait besoin, trop faible pour faire ce qui devait être fait par elle-même. La frustration monta en elle jusqu'à se transformer en chaudes larmes. Ses larmes la mettaient encore plus en colère, en colère contre elle-même pour être si inutile. Dans son esprit contrarié, elle se réprimanda et, comme un enfant irascible et obstiné, se résolut à rentrer chez elle dès que la neige aurait fondu. Se débarrassant de la pelle, Emily rentra d’un pas lourd dans la maison, ses baskets trempés. Elle les enleva d’un coup de pied près de la porte, puis retourna dans le salon pour se réchauffer près du feu. Elle se laissa tomber sur le canapé poussiéreux et attrapa son téléphone, s’apprêtant à appeler Amy et lui annoncer la nouvelle tant attendue, qu'elle avait échoué dans sa première et unique tentative d'être indépendante. Mais le téléphone n’avait plus de batterie. Étouffant un cri, Emily jeta son portable inutile sur le canapé, puis se laissa tomber sur le côté, complètement vaincue. À travers ses sanglots, Emily entendit un grattement provenant de l'extérieur. Elle se redressa, essuya ses yeux, puis courut à la fenêtre et regarda dehors. Immédiatement, elle vit que Daniel était là, la pelle qu’elle avait jetée à la main, pelletant la neige et poursuivant ce qu'elle n’avait pas réussi à terminer. Elle avait peine à croire à quelle vitesse il était capable de dégager la neige, combien il était doué, combien il était adapté à la tâche à accomplir, comme s’il était né pour travailler la terre. Mais son admiration fut de courte durée. Au lieu de se sentir reconnaissante envers Daniel ou heureuse de voir qu'il avait réussi à se frayer un passage jusqu’à la conduite extérieure, elle se sentit en colère contre lui, dirigeant sa propre impuissance contre lui plutôt que vers elle. Sans même penser à ce qu'elle faisait, Emily attrapa ses baskets détrempées et les remit. Son esprit était traversé de pensées ; des souvenirs de tous ses ex petits-amis inutiles qui ne l’avaient pas écoutée, qui étaient intervenu et avaient tenté de la “sauver”. Ce n’était pas que Ben ; avant lui ça avait été Adrian, qui était si surprotecteur qu’il en était étouffant, et puis il y avait Mark avant lui, qui la traitait comme un fragile ornement. Chacun d'eux avait appris son passé – la mystérieuse disparition de son père n’étant que la pointe de l'iceberg – et l'avaient traitée comme quelque chose avait besoin d’être protégé. C’étaient tous ces hommes de son passé qui l’avaient faite ainsi et elle n’allait plus le tolérer. Elle sortit en trombe dans la neige. « Eh ! », cria-t-elle. « Que faites-vous ? » Daniel ne s’arrêta que brièvement. Il ne regarda même pas en arrière vers elle par-dessus son épaule, et continua seulement à pelleter, avant de dire calmement : « Je dégage le passage. » « Je peux le voir », rétorqua Emily. « Ce que je veux dire c’est pourquoi, quand je vous ai dit que je n’avais pas besoin de votre aide ? » « Parce que sinon autrement vous serez frigorifiée », répondit simplement Daniel, en ne la regardant toujours pas. « Ainsi que l'eau, maintenant que je l'ai ouverte. » « Et alors ? », répliqua Emily. « Qu’est-ce que cela vous fait si j’ai froid ? C'est ma vie. Je peux être frigorifiée si je le veux. » Daniel n’était pas pressé d'interagir avec Emily, ou nourrir la dispute qu'elle tentait si clairement de commencer. Il continua juste à pelleter, calmement, méthodiquement, aussi impassible en sa présence qu’il l'aurait été si elle n’avait pas été là du tout. « Je ne suis pas prêt pour ne plus rien faire et vous laisser mourir », répondit Daniel. Emily croisa les bras. « Je pense que c’est un peu mélodramatique, pas vous ? Il y a une grande différence entre avoir un peu froid et mourir ! » Finalement, Daniel enfonça la pelle dans la neige et se redressa. Il croisa ses yeux, son expression était indéchiffrable. « Cette neige était entassée si haut qu'elle couvrait l'échappement. Vous arrivez avec mettre en marche cette chaudière, tout retournerait droit dans la maison. Vous seriez morte d’une intoxication au monoxyde de carbone en une vingtaine de minutes. » Il le dit d’un ton si détaché qu’il prit Emily par surprise. « Si vous voulez mourir, faites le durant votre propre temps. Mais cela n’arrivera pas sous ma surveillance. » Puis il jeta la pelle au sol et se dirigea vers la remise. Emily se tint là, l’observant partir, et sentit sa colère fondre pour seulement être remplacé par de la honte. Elle se sentait mal pour la façon dont elle avait parlé à Daniel. Il ne cherchait qu'à l’aider et elle lui avait jeté tout cela au visage comme un enfant gâté. Elle fut tentée de courir vers lui, de lui présenter des excuses, mais à ce moment le camion de fioul apparut au bout de la rue. Emily sentit son cœur bondir, surprise de voir à quel point elle se sentait heureuse grâce au simple fait que du fioul était livré. Être dans la maison dans le Maine était aussi différent que possible de sa vie à New York. Emily observa Éric sauter du camion, étonnamment agile pour quelqu'un de si âgé. Il était vêtu d’un bleu de travail taché d’essence, comme un personnage de dessin animé. Son visage était hâlé, mais chaleureux. « Salut », dit-il avec le même manque d’assurance qu'il avait eu au téléphone. « Je suis Emily », dit Emily, tendant la main pour serrer la sienne. « Je suis vraiment contente que vous soyez là. » Éric hocha simplement la tête, et se mit directement au travail pour installer la pompe à fioul. Il n’était manifestement pas bavard, et Emily se tint là, mal à l'aise, le regardant travailler, souriant faiblement à chaque fois qu'elle remarquait son regard se posant brièvement sur elle, comme s’il était confus par le fait même qu'elle soit là. « Pouvez-vous me montrer à la chaudière ? », dit-il une fois que fut en place. Emily pensa au sous-sol, à son aversion pour les énormes machines en son sein qui alimentaient la maison, aux milliers d'araignées qui avaient tissées leurs toiles là au fil des années. « Oui, par ici », répondit-elle d'une petite voix. Éric sorti sa lampe de poche et ensemble, ils descendirent dans le sous-sol sombre et effrayant. Tout comme Daniel, Éric semblait être doué avec la mécanique. En quelques secondes, l'énorme chaudière se mit en marche. Emily ne pout s’en empêcher ; elle lança ses bras autour du vieil homme. « Elle marche ! Je n’arrive pas à croire qu’elle marche! » Éric se raidit à son contact. « Eh bien, vous ne devriez pas jouer avec une vieille maison comme ça », répondit-il. Emily dessera son étreinte. Elle ne se souciait même pas qu'une autre personne encore lui dise d'arrêter, d'abandonner, qu'elle n’était pas à la hauteur. La maison avait maintenant le chauffage ainsi que l'eau, et que cela voulait dire qu'elle n’avait pas à retourner à New York sur un échec. « Voilà », dit Emily, en prenant son sac à main. « Combien vous dois-je ? » Éric secoua simplement la tête. « Tout est couvert », répondit-il. « Couvert par qui ? », demanda Emily. « Juste quelqu'un », répondit évasivement Éric. Il se sentait manifestement mal à l'aise d’être pris dans cette situation inhabituelle. Celui qui l'avait payé pour venir et l’approvisionner en fioul avait dû lui demander de garder le silence et tout cela le gênait. « Bon, d'accord », dit Emily. « Si vous le dites. » En son for intérieur, elle résolut de découvrir qui avait fait cela, et de le rembourser. Éric hocha la tête une fois, rapidement, puis se dirigea vers la sortie du sous-sol. Emily le suivit rapidement, ne voulant pas être dans la cave seule. Alors qu’elle gravissait les marches, elle remarqua que ses pas étaient plus légers. Elle raccompagna Éric à la porte. « Merci, vraiment », dit-elle aussi éloquemment qu'elle le pouvait. Éric ne dit rien, lui lança seulement un regard d'adieu, puis se dirigea à l'extérieur pour remballer ses affaires. Emily ferma la porte. Folle de joie, elle se précipita à l'étage dans la chambre principale et mis sa main contre le radiateur. Effectivement, la chaleur commençait à se propager à travers les tuyaux. Elle était si heureuse qu'elle ne prêta même pas attention à la façon dont ils claquaient et cliquetaient, le bruit résonnant à travers la maison. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=43697767) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.