Avant Qu’il Ne Languisse Blake Pierce Voici AVANT QU’IL NE LANGUISSE, le volume 10 de la série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE (bestseller nº1 ayant reçu plus de 1 200 critiques à cinq étoiles).AVANT QU’IL NE LANGUISSE est le volume 10 de la série à succès mystère Mackenzie White, qui commence par AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1), un bestseller nº1 avec plus de 500 critiques ! L’agent spécial du FBI, Mackenzie White, est convoquée quand un autre corps est découvert dans un espace d’entreposage personnel. Au début, il semble qu’il n’y ait aucun rapport entre les différents meurtres. Mais au fur et à mesure que Mackenzie creuse plus profond, elle se rend compte qu’il s’agit de l’œuvre d’un tueur en série – et qu’il est sur le point de frapper à nouveau. Mackenzie sera forcée d’entrer dans l’esprit d’un cinglé pour essayer de comprendre son obsession pour le désordre, l’entreposage et les endroits renfermés. C’est un côté obscur dont elle craint de ne pas revenir – et c’est pourtant un endroit qu’elle doit sonder si elle veut avoir une chance de gagner au jeu du chat et de la souris et sauver de prochaines victimes. Et même ainsi, il se pourrait qu’il soit trop tard.Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE LANGUISSE est le volume 10 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit.Également disponible du même auteur Blake Pierce : UNE FOIS PARTIE (Un mystère Riley Paige – Volume 1) - bestseller nº1 avec plus de 1 200 critiques à cinq étoiles - et un téléchargement gratuit ! AVANT QU’IL NE LANGUISSE (UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE — VOLUME 10) B L A K E P I E R C E Blake Pierce Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend treize volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant douze volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant six volumes ; et de la série mystère KERI LOCKE, comprenant cinq volumes ; de la série mystère LES ORIGINES DE RILEY PAIGE, comprenant deux volumes (pour l’instant), de la série mystère KATE WISE comprenant deux volumes (pour l’instant) et de la série de mystère et suspense psychologique CHLOE FINE, comprenant deux volumes (pour l’instant). Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact. Copyright © 2018 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Bullstar, utilisé sous licence de Shutterstock.com. LIVRES PAR BLAKE PIERCE SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT LA FEMME PARFAITE (Volume 1) LE QUARTIER PARFAIT (Volume 2) LA MAISON PARFAITE (Volume 3) SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1) LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2) VOIE SANS ISSUE (Volume 3) SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE SI ELLE SAVAIT (Volume 1) SI ELLE VOYAIT (Volume 2) SI ELLE COURAIT (Volume 3) SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4) LES ORIGINES DE RILEY PAIGE SOUS SURVEILLANCE (Tome 1) ATTENDRE (Tome 2) PIEGE MORTEL (Tome 3) LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1) RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2) LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3) LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4) QUI VA À LA CHASSE (Tome 5) À VOTRE SANTÉ (Tome 6) DE SAC ET DE CORDE (Tome 7) UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8) SANS COUP FÉRIR (Tome 9) À TOUT JAMAIS (Tome 10) LE GRAIN DE SABLE (Tome 11) LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12) PIÉGÉE (Tome 13) LE RÉVEIL (Tome 14) BANNI (Tome 15) MANQUÉ (Tome 16) SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1) AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2) AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3) AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4) AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5) AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6) AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7) AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8) AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9) AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10) AVANT QU’IL NE FAILLISSE (Volume 11) LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK RAISON DE TUER (Tome 1) RAISON DE COURIR (Tome2) RAISON DE SE CACHER (Tome 3) RAISON DE CRAINDRE (Tome 4) RAISON DE SAUVER (Tome 5) RAISON DE REDOUTER (Tome 6) LES ENQUETES DE KERI LOCKE UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1) DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2) L’OMBRE DU MAL (Tome 3) JEUX MACABRES (Tome 4) LUEUR D’ESPOIR (Tome 5) TABLE DES MATIÈRES (#u568e347c-6712-5507-a2a2-0b0dad6cc694) PROLOGUE (#ub1216fbc-1036-589d-b1ed-aa8fbcf23030) CHAPITRE UN (#u98ce6120-216f-5c2a-9293-4df498c6dd63) CHAPITRE DEUX (#u9fb85a5d-601c-5512-9a88-57bf26628c7a) CHAPITRE TROIS (#u63e23ede-03de-530e-8371-3a580d9056fe) CHAPITRE QUATRE (#ub253f5ae-2ace-5f33-83c9-e92447a86ba7) CHAPITRE CINQ (#u47269903-3b22-5e5d-b961-c9d54f5b4155) CHAPITRE SIX (#u7ab6d327-cadb-5b2f-9490-c065111f4b2d) CHAPITRE SEPT (#u804edbe7-f669-51c1-a28f-02a6f6d703b8) CHAPITRE HUIT (#ua872f1e2-3e86-558a-a1e0-f8669bd9ad39) CHAPITRE NEUF (#u6e686635-02e0-5d7a-b173-1db517c8830d) CHAPITRE DIX (#u29ee5cff-5d02-57da-b0a0-a2ea13af4e21) CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-ET-UN (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-HUIT (#litres_trial_promo) CHAPITRE TRENTE-NEUF (#litres_trial_promo) PROLOGUE L’idée d’ouvrir les yeux la terrifiait. Elle les maintenait fermés depuis un moment – combien de temps exactement, elle l’ignorait – car elle avait la certitude qu’il allait la tuer. Il ne l’avait pas fait, et pourtant, elle était toujours incapable de desserrer les paupières. Elle ne voulait pas le voir, ou apprendre ce qu’il lui réservait. Elle espérait que lorsque le moment viendrait, sa mort serait un peu moins douloureuse si elle ne connaissait pas la méthode qu’il utiliserait. Mais à chaque minute qui s’écoulait, Claire commençait à se demander si c’était véritablement sa mort qu’il projetait. Une douleur sourde émanait de l’endroit où il l’avait frappée à la tête. Avec une sorte de marteau, estimait-elle. Sa mémoire était trouble, tout comme le souvenir de ce qui était survenu une fois qu’il l’avait assommée. Même les yeux fermés, Claire devinait certains détails. À un moment ou un autre, il l’avait installée sur la banquette arrière de sa voiture. Elle distinguait le ronronnement du moteur et le faible brouhaha d’une station de radio locale (WRXS, diffusant seulement de la grunge authentique et originale de la région de Seattle). Une odeur familière lui parvenait, qui n’était pas une odeur de nourriture, mais de quelque chose de naturel. Ouvre les yeux, imbécile, pensa-t-elle. Tu sais que tu es dans une voiture et il est au volant. Il ne peut pas décemment te tuer maintenant, n’est-ce pas ? Elle se força à ouvrir les yeux. Lorsqu’elle s’exécuta, la voiture prit une petite bosse et commença à ralentir. Elle entendit le couinement discret des freins et le crissement des graviers sous les pneus. « Love, Hate, Love », d’Alice in Chains, passait à la radio. Elle vit l’indicatif WRXS sur l’écran digital de l’autoradio en face d’elle. Elle vit la forme de deux sièges entre elle et l’homme qui l’avait assommée avec le marteau. Bien sûr, il y avait aussi le fait qu’elle était ligotée et bâillonnée. Elle était à peu près sûre que que l’objet qui lui obstruait la bouche, dont les sangles lui sciaient les joues, était une sorte de bâillon sexuel, pourvu d’une boule rouge au centre. Quant à ce qui lui entravait les bras, on aurait dit une sorte de sangle en nylon. Elle supposait qu’il avait utilisé les mêmes liens pour lui attacher les jambes au niveau des chevilles. Comme s’il avait senti son regard, il se tourna pour lui faire face. Il lui sourit et à cet instant, elle se souvint pourquoi elle avait cédé si facilement. Psychotique ou non, l’homme était outrageusement beau. Il reporta son attention sur la route et stationna la voiture. Lorsqu’il émergea du véhicule et ouvrit la portière arrière, il s’exécuta avec une désinvolture parfaite. On aurait dit qu’il faisait de telles choses tous les jours. Il tendit le bras pour l’attraper par les épaules. Lorsqu’il lui effleura brusquement la poitrine de la main droite, elle fut incapable de savoir s’il s’agissait d’un geste intentionnel ou non. Il l’attira vers lui sans relâcher son emprise. Elle aurait voulu lui donner un coup de pied, mais les liens de ses chevilles l’en empêchaient. Lorsqu’elle se retrouva à l’air libre, hors de la voiture, elle se rendit compte que la nuit tombait. Il y avait de la bruine – une pluie fine, que son père avait toujours appelé crachin – et du brouillard. Derrière eux, elle vit la voiture et une colline légère. Une étroite allée de graviers et une longue chaîne amarrée à une vieille niche décrépie dans le jardin. La niche avait une étrange allure… comme si elle avait été construite dans un style volontairement désuet. Et il y avait quelque chose à l’intérieur… il ne s’agissait pas d’un chien mais de… Qu’est-ce que ça peut bien être ? se demanda-t-elle. Mais elle avait déjà deviné. Et elle en avait la chair de poule. Sa frayeur grimpa d’un cran et quelque chose à propos de cet objet étrangement placé dans la niche lui donna la certitude qu’elle allait mourir – et que l’homme qui la portait sur son épaule avait complètement perdu la tête. Il y avait une poupée à l’intérieur. Peut-être deux. C’était difficile à dire. Elles étaient installées l’une en face de l’autre, la tête légèrement inclinée. On aurait dit qu’elles regardaient à travers l’ouverture de la niche, qu’elles l’observaient. Une horreur croissante s’empara d’elle, sans lui laisser le moindre repos. - Qu’allez-vous faire de moi ? demanda-t-elle. Je vous en prie… Je ferai tout ce que vous voudrez si vous me laissez partir. - Je sais que tu le feras, lui répondit-il. Oh, je n’en ai pas le moindre doute. Il monta les marches branlantes d’un porche et esquissa un geste brusque de l’épaule droite. Claire sentit à peine l’impact de la balustrade sur le côté de son crâne. L’obscurité vint trop vite pour qu’elle puisse se rendre compte de quoi que ce soit. *** Elle ouvrit les yeux et sut que du temps avait passé. Trop de temps. Et elle avait le sentiment qu’elle ne se trouvait plus dans la maison accolée à la niche. On l’avait déplacée. Sa terreur atteint des cimes. Où l’avait-il emmenée, maintenant ? Elle se mit à crier – et à l’instant où le gémissement s’échappa de sa bouche, il était là. Il laissa tomber lourdement sa main sur sa bouche. Il se colla contre elle. Son haleine avait une odeur de vieilles chips et tout son corps, sous la ceinture, était dur. Elle tenta de se débattre mais se rendit compte qu’elle était toujours ligotée. - Ça va aller, dit-il. Et sur ce, il l’embrassa sur la bouche. Un baiser langoureux, comme s’il le savourait vraiment. Mais il n’y avait rien de lubrique dans sa manière d’embrasser. En dépit de son érection évidente, plaquée contre sa hanche, et du baiser en soi, elle ne sentait rien de sexuel dans ce qu’il tentait de faire. Il se leva et la regarda. Il lui montra le bâillon qu’elle avait déjà porté et le lui remit encore une fois. Elle secoua la tête pour s’en défaire mais il ne lui laissa pas l’opportunité de se défendre. Lorsqu’il relâcha la pression sur sa tête, après avoir attaché la sangle, elle frappa contre le sol. Elle cherchait frénétiquement des yeux quelque chose qui pourrait l’aider et à cet instant, elle eut la certitude qu’elle ne se trouvait pas dans sa maison. Non… c’était différent. Il y avait un bric-à-brac d’objets un peu partout, stockés sur des étagères de métal. Une ampoule diffusant une lumière faible pendait au plafond. Non, pensa-t-elle. Pas sa maison. On dirait le local d’un centre d’entreposage personnel… seigneur, est-ce mon propre box ? Claire avait visé juste. Et cette réalité la frappa de plein fouet, plus fort encore que lorsqu’elle s’était évanouie et était tombée par terre. Cela renforça encore la certitude qu’elle allait mourir, en fin de compte. Il se leva et la regarda presque tendrement. Il sourit encore, mais cette fois, il n’y avait plus rien de beau chez lui. Maintenant, il ressemblait à un monstre. Il s’éloigna, ouvrant une porte qui émit un son presque mécanique. Il la referma brusquement sans lui accorder un autre regard. Dans l’obscurité, Claire ferma à nouveau les yeux, et hurla malgré la boule qui lui obstruait la bouche. Son cri vibra dans son crâne jusqu’à ce qu’elle ait la sensation qu’il pourrait s’ouvrir en deux. Elle cria silencieusement jusqu’à le goût métallique du sang lui envahisse la bouche. Peu après, l’obscurité l’engloutit à nouveau. CHAPITRE UN La vie de Mackenzie White était devenue quelque chose qu’elle n’avait jamais envisagé pour elle-même. Elle n’avait jamais porté de vêtements élégants, ne s’était jamais souciée de correspondre aux critères de l’élite. Certes, la plupart des gens considéraient qu’elle était remarquablement belle, mais elle n’avait jamais été ce que son père avait une fois désigné comme le « genre coquette ». Pourtant, ces derniers temps, c’est ainsi qu’elle se sentait. Elle rejetait la faute sur les préparatifs du mariage. Elle rejetait la faute sur les magazines de mariage et les dégustations de pièces-montées. D’un emplacement potentiel pour la cérémonie à un autre, de la commande d’invitations sophistiquées au choix du menu de la réception – elle ne s’était jamais sentie aussi proche du stéréotype de la féminité de toute sa vie. C’est pourquoi lorsqu’elle prit le neuf millimètres lisse et familier dans sa main, elle sentit qu’il lui réclamait quelque chose. C’était comme retrouver un vieil ami qui savait qui elle était vraiment. Cette impression la fit sourire alors qu’elle entrait dans le vestibule du nouveau simulateur de tir du Bureau. Fondé sur l’idée qui avait inspirée la tristement célèbre ruelle Hogan – un complexe d’entraînement tactique conçu pour ressembler à une zone urbaine, utilisé par le FBI depuis la fin des années 80 –, le nouveau simulateur comportait un équipement de pointe, et des obstacles dernier cri auxquels la plupart des agents – et des agents stagiaires – ne s’étaient pas encore confrontés. Parmi l’équipement, se trouvaient des bras robotiques portant des cibles, équipés de lumières infrarouges qui fonctionnaient à peu près de la même manière que dans un jeu laser. Si Mackenzie n’atteignait pas la cible suffisamment rapidement, la lumière sur le bras clignoterait, déclenchant une petite alarme sur son gilet. Elle repensa à Ellington qui avait affirmé que le Bureau avait tiré son inspiration de la compétition American Ninja Warrior pour l’aménager. Et il n’était pas si loin du compte, d’après Mac. Elle leva les yeux en direction de la lumière rouge dans le coin de l’entrée, en attendant qu’elle passe au vert. Quand ce fut le cas, Mackenzie ne perdit pas une seule seconde. Elle entra dans l’arène et commença instantanément à chercher les cibles. L’environnement ressemblait presque au cadre d’un jeu vidéo dans lequel les cibles surgissaient de derrière les obstacles, des coins, et même du plafond. Elles étaient toutes fixées à des bras robotiques invisibles et qui, d’après ce qu’elle comprenait, déployaient les cibles à un rythme aléatoire. Ainsi, même si elle s’était déjà adonné à l’exercice sur ce parcours, aucune des cibles qu’elle avait atteintes la première fois ne ressortirait au même moment ou au même endroit que la fois précédente. Le parcours serait toujours différent. Elle avança de deux pas lorsqu’une cible apparut derrière un conteneur stratégiquement placé. Elle l’abattit d’une balle du neuf millimètres et commença instantanément à mitrailler devant elle, pour en liquider de nouvelles. La cible suivante descendit du plafond. Elle avait à peu près la taille d’un ballon de softball. Mackenzie la transperça d’une balle parfaitement placée tandis qu’une autre cible surgissait à sa droite. Elle régla également son compte à celle-là avant de continuer sa progression. Dire que c’était cathartique serait un euphémisme. Même si les préparatifs du mariage et la direction que sa vie prenait ne la dérangeaient pas, elle jouissait d’une forme de liberté en autorisant son corps à se mouvoir instinctivement, en réagissant à des situations intenses. Mackenzie n’avait pas pris part à une enquête sur le terrain depuis presque quatre mois maintenant. Elle s’était concentrée sur les questions en suspens dans l’enquête sur la mort de son père, et, bien entendu, son mariage avec Ellington. Ces derniers mois, elle avait aussi bénéficié d’une sorte de promotion. Alors qu’elle continuait à travailler sous la férule du Directeur McGrath et lui rendait des comptes directement, on lui avait confié la mission de devenir en quelque sorte son agent de référence. Une autre raison pour laquelle elle n’était pas retournée sur le terrain en presque quatre mois ; McGrath avait été très occupé à déterminer le rôle qu’il voulait qu’elle joue au sein du groupe d’agents placé sous son œil attentif. Mackenzie évoluait dans le parcours d’obstacles mécaniquement, comme un robot qui aurait été programmé précisément pour cette fonction. Ses mouvements étaient fluides, elle visait avec précision et rapidité, elle courait habilement et sans hésitation. Bien au contraire, ces quatre mois parquée derrière un bureau et dans des réunions avaient décuplé sa motivation à l’idée de prendre part à ce genre d’exercices d’entraînement. Quand elle reviendrait finalement sur le terrain, elle avait la ferme intention de devenir un meilleur agent que celui qui avait fini par clore l’affaire de la mort de son père. Elle arriva à la fin du parcours sans avoir vraiment conscience d’avoir terminé. Une large porte coulissante en métal occupait le mur qui lui faisait face. Lorsqu’elle franchit la ligne jaune tracée sur le béton qui signifiait que l’entraînement touchait à sa fin, la porte s’enroula vers le haut. Elle entra alors dans une petite pièce dotée d’une table et d’un seul moniteur sur le mur. L’écran du moniteur lui montrait ses résultats. Dix-sept cibles, dix-sept impacts. Sur les dix-sept impacts, neuf dans le mille. Pour cinq des huit autres, le pourcentage de réussite était de 25%. L’évaluation globale de son parcours était de quatre-vingts neuf pour cent. Une amélioration de cinq pour cents depuis son dernier parcours et une performance meilleure de neuf pour cent en comparaison avec les cent-dix-neuf résultats postés par d’autres agents et stagiaires. J’ai besoin de plus d’entraînement, pensa-t-elle en sortant de la pièce et en se dirigeant vers les vestiaires. Avant de se changer, elle sortit son téléphone de son sac à dos et vit qu’elle avait reçu un message d’Ellington. Ma mère vient de m’appeler. Elle arrivera un peu plus tôt que prévu. Désolé… Mackenzie soupira profondément. Un peu plus tard, elle visiterait avec Ellington un lieu où ils célébreraient peut-être leur mariage, et ils avaient décidé d’inviter sa mère. Ce serait la première fois que Mackenzie la verrait et elle se sentit soudain de retour au lycée, priant pour être à la hauteur des attentes d’une mère attentive et aimante. Ironique, songea Mackenzie. Une maîtrise exceptionnelle des armes à feu, un sang froid à tout épreuve… et toujours effrayée à l’idée de rencontrer ma future belle-mère. Ces obligations de la vie domestique commençaient vraiment à lui peser. Pourtant, elle sentit l’excitation monter lorsqu’elle enfila ses vêtements de ville. Ils allaient voir le lieu qu’elle préférait aujourd’hui. Ils se marieraient dans six semaines. C’était un bon moment pour être excitée. Et, avec cette pensée en tête, elle se dirigea vers l’appartement, un sourire aux lèvres pendant presque tout le trajet. *** Il s’avérait qu’Ellington était aussi nerveux que Mackenzie à la perspective qu’elle rencontre sa mère. Lorsqu’elle arriva chez lui, il faisait les cent pas dans la cuisine. Il ne paraissait pas inquiet, en soi, mais ses mouvements étaient emprunts d’une tension nerveuse palpable. - Tu n’en mènes pas large, lança Mackenzie en s’installant sur l’un des tabourets du bar. - Eh bien, je viens de réaliser que nous nous apprêtons à aller visiter un lieu potentiel pour la cérémonie exactement deux semaines après la finalisation de mon divorce. Bien sûr, toi et moi, comme la plupart des êtres humains rationnels, nous savons que ce genre de démarches prennent du temps à cause de la paperasse et de la lenteur du gouvernement. Mais ma mère… je te garantis qu’elle s’accroche à cette information, en attendant de me la ressortir au pire moment. - Tu sais, tu es censé me donner envie de rencontrer cette personne, rétorqua Mackenzie. - J’en ai conscience. Et elle est adorable la plupart du temps. Mais elle peut être… eh bien, une garce, lorsque ça lui chante. Mackenzie se leva et l’entoura de ses bras. - C’est son droit, en tant que femme. Nous l’avons toutes, tu sais. - Oh, je sais, répondit-il avec un sourire avant de l’embrasser sur les lèvres. Donc… tu es prête ? - J’ai placé des assassins derrière les barreaux. J’ai participé à d’impitoyables chasses à l’homme et regardé en face les canons d’innombrables pistolets. Donc… non. Non, je ne suis pas prête. Ça me fait peur. - Eh bien, nous aurons peur ensemble. Ils quittèrent l’appartement avec la nonchalance dont ils faisaient preuve depuis qu’ils avaient emménagé ensemble. Pour ainsi dire, Mackenzie avait déjà l’impression d’avoir épousé cet homme. Elle savait tout de lui. Elle s’était habituée à ses ronflements légers et même à son goût pour le Glam métal des années 80. Elle commençait à aimer sincèrement les petites touches de gris qui envahissaient progressivement la base de ses tempes. Elle avait vécu l’enfer aux côtés d’Ellington, elle s’était confrontée à certaines de ses affaires les plus difficiles avec lui. Il était évident qu’ils seraient capables d’affronter les défis du mariage ensemble – les beaux-parents caractériels, et le reste. - Je dois te poser la question, lança Mackenzie en s’installant dans sa voiture. Te sens-tu plus léger depuis que le divorce a été prononcé ? - Je me sens plus léger, oui. Mais c’était un fardeau écrasant. - Aurait-on dû l’inviter au mariage ? J’ai l’impression que ta mère aurait apprécié le geste. - Un de ces jours, cette plaisanterie me fera rire. Je te le promets. - J’espère bien, répliqua Mackenzie. Le temps te paraîtra long si tu passes toujours à côté de mon humour de génie. Il tendit la main pour serrer la sienne, en lui souriant d’un air extatique, comme s’ils venaient de tomber amoureux. Il les conduisit jusqu’au lieu où elle était assez sûre qu’ils se marieraient, et ils étaient tous les deux si heureux qu’ils pouvaient presque distinguer le futur radieux qui s’ouvrait à eux. CHAPITRE DEUX Quinn Tuck avait un seul rêve dans la vie : vendre le contenu de certains de ces boxes d’entreposage abandonnés à un péquenot quelconque, comme ceux qui participaient à l’émission Storage Wars : Enchères surprises. Cette activité lui permettait de gagner décemment sa vie ; il rapportait à la maison presque six mille dollars chaque mois grâce aux boxes de rangement dont il assurait la maintenance. Et après avoir remboursé l’hypothèque de sa maison l’année précédente, il avait réuni suffisamment d’économies pour envisager d’emmener sa femme à Paris – un projet dont elle n’avait jamais cessé de lui rebattre les oreilles depuis qu’ils avaient commencé à sortir ensemble vingt-cinq ans plus tôt. Vraiment, il adorerait tout vendre et déménager ailleurs. Peut-être quelque part dans le Wyoming, dans un endroit qui ne ferait envie à personne mais qui serait raisonnablement pittoresque et bon marché. Mais sa femme n’accepterait jamais – même si elle apprécierait sans doute qu’il quitte le secteur de l’entreposage personnel. Tout d’abord, la plupart des clients étaient des pékins prétentieux. Ils étaient, après tout, le genre de personnes qui possédaient tellement de biens qu’ils se voyaient obligés de louer un espace supplémentaire pour les stocker. Deuxièmement, sa femme était toujours dérangée par les appels du samedi, de la part des locataires des boxes qui faisaient la fine bouche, et se plaignaient pour les motifs les plus ridicules. L’appel de ce matin venait d’une dame âgée qui louait plusieurs espaces d’entreposage. Elle était venue récupérer des objets dans l’un d’eux et affirmait avoir senti une horreur horrible venant d’un box voisin. En temps normal, Quinn lui aurait assuré qu’il y jetterait un œil sans donner suite. Mais il s’agissait d’une situation épineuse. Deux ans auparavant, on lui avait rapporté le même problème. Il avait attendu trois jours avant d’aller voir ce qu’il en était, pour se rendre compte qu’un raton-laveur était parvenu à se faufiler dans l’un des boxes sans réussir à s’en échapper. Lorsque Quinn l’avait trouvé, il était boursouflé et turgescent. Il devait être mort depuis au moins une semaine. C’est pourquoi il garait son pick-up sur le parking principal du centre d’entreposage personnel un samedi matin, au lieu de somnoler et de tenter de de convaincre sa femme de lui faire une gâterie en milieu de matinée, avec la promesse de ce voyage à Paris. Ce complexe d’entreposage était le plus petit de ceux qu’il possédait. Il s’agissait de mini-entrepôts en extérieur, cinquante-quatre au total. La location était relativement peu onéreuse et seuls neuf d’entre eux étaient vides. Quinn sortit de son pick-up et se promena entre les boxes. Chaque sous-ensemble comprenait six espaces de rangement, tous de la même taille. Il avança jusqu’au troisième bloc d’entrepôts et réalisa que la femme qui avait appelé ce matin n’avait pas exagéré. Une odeur abjecte lui chatouillait les narines, et le local en question se trouvait deux sous-ensembles plus loin. Il sortit son porte-clefs et commença à les faire défiler jusqu’à trouver celle qui ouvrait le box 35. Au moment où il atteignit la porte du local, il eut presque peur de l’ouvrir. Quelque chose sentait mauvais. Il commença à se demander si quelqu'un, d’une manière ou d’une autre, avait accidentellement enfermé son chien à l’intérieur sans s’en rendre compte. Et curieusement, personne ne l’avait entendu aboyer ou gémir pour signaler sa présence. C’était une idée qui ôta à Quinn tout envie de batifoler avec sa femme un samedi matin. Grimaçant à cause de l’odeur, Quinn inséra la clef dans le cadenas du box 35. Lorsqu’il s’ouvrit, Quinn le retira le cadenas du loquet et enroula la porte accordéon vers le haut. L’odeur le frappa si fortement qu’il recula de deux pas, angoissé de se sentir au bord de la nausée. Il plaqua une main sur sa bouche et sur son nez en avançant prudemment d’un pas. Puis il s’immobilisa sur place. Il n’eut pas besoin d’entrer dans le local pour comprendre d’où venait l’odeur. Il y avait un corps dans le box. Il se trouvait près de l’entrée, tout proche des objets stockés au fond – de petits casiers, des cartons, des caisses de lait pleines de tout et n’importe quoi. Il s’agissait du corps d’une femme qui semblait avoir à peine dépassé la vingtaine. Quinn ne voyait aucune blessure évidente, mais les traces d’une mare de sang assez impressionnante l’entouraient. Après avoir été humide ou collant, il avait séché sur le sol en béton. La jeune femme était blanche comme un linge, les yeux grands ouverts et vitreux. Pendant un instant, Quinn eut l’impression qu’elle le fixait. Il sentit un petit cri monter dans sa gorge. Il battit retraite avant que le gémissement ne lui échappe, plongea la main dans sa poche pour en sortir son téléphone et composa le 911. Il n’était pas sûre qu’il s’agissait de la réaction adéquate mais il ne voyait pas quoi faire en dehors d’appeler les secours. La tonalité retentit, un standardiste répondit. Quinn tenta de s’éloigner mais se révéla incapable de détacher les yeux de cette vue sinistre. Son regard restait plongé dans celui de la morte. CHAPITRE TROIS Ni Mackenzie ni Ellington ne voulaient d’un grand mariage. Ellington affirmait qu’il s’était débarrassé de toutes ses attentes liées à la cérémonie après ses premières noces mais voulait s’assurer que tous les désirs de Mackenzie seraient comblés. Ses goûts étaient simples. Elle aurait été parfaitement heureuse dans une église basique. Sans cloches, fioritures ou élégance forcée. Mais le père d’Ellington les avait appelés peu après leurs fiançailles. Ce père, qui n’avait jamais réellement fait partie de la vie d’Ellington, le félicita tout en l’informant qu’il ne comptait pas assister à une cérémonie à laquelle son ex-femme était conviée. Cependant, il tenait à compenser son absence en reprenant contact avec un ami très riche de WASHINGTON pour leur réserver la Meridian House. C’était un cadeau presque obscène, mais cela leur avait permis de trancher la question de la date du mariage. Il s’avérait que la réponse était quatre mois après leurs fiançailles, parce que le père d’Ellington avait réservé une date précise : le 5 septembre. Et même s’il restait encore deux mois et demi avant le grand jour, il semblait bien plus proche à Mackenzie lorsqu’elle commença à arpenter les jardins de la Meridian House. C’était une journée magnifique, et tout dans ce lieu semblait avoir été récemment retouché et aménagé. Je l’épouserais à cet endroit même, demain, si je pouvais, pensa-t-elle. En règle générale, Mackenzie ne s’abandonnait jamais aux typiques impulsions beaucoup trop féminines, mais la perspective de se marier ici provoquait certaines émotions en elle – quelque part entre le romantisme et la surexcitation. Elle aimait l’atmosphère vieux monde de cet endroit, le charme simple mais chaleureux, et les jardins. Lorsqu’elle se leva pour contempler les alentours, Ellington s’approcha dans son dos et passa ses bras autour de sa taille. - Donc… ouais, c’est l’endroit parfait. - Ouais, vraiment, renchérit-elle. Il faudra qu’on remercie ton père. Encore une fois. Ou qu’on retire l’invitation de ta mère pour qu’il vienne. - Il est sans doute un peu tard pour ça, lança Ellington. Surtout dans la mesure où la voilà, en train de remonter l’allée sur notre droite. Mackenzie regarda dans cette direction et vit une femme d’âge mûr, mais que les années avaient traité avec bienveillance. Elle portait des lunettes de soleil noires qui lui donnaient une allure exceptionnellement jeune et sophistiquée, au point de devenir agaçant. Lorsqu’elle repéra Mackenzie et Ellington qui se tenaient entre deux immenses parterres de fleurs et d’arbustes, elle agita la main avec un enthousiasme qui parut forcé. - Elle a l’air adorable, commenta Mackenzie. - Les bonbons aussi. Mais si tu en manges trop, les caries te ravageront les dents. Mackenzie ne put s’empêcher de ricaner, avant de ravaler son fou rire lorsque la mère d’Ellington les rejoignit. - J’espère que vous êtes Mackenzie, dit-elle. - Oui, répondit l’intéressée, sans savoir comment prendre la plaisanterie. - C’était évident, ma chère, continua-t-elle. (Elle enlaça mollement Mackenzie puis lui adressa un sourire éclatant). Et je suis Frances Ellington… mais seulement parce qu’il serait bien trop laborieux de reprendre mon nom de jeune fille. - Bonjour, Mère, l’interrompit Ellington, en s’avançant pour la serrer dans ses bras. - Mon chéri. Oh là là, comment diable avez-vous réussi à réserver cet endroit ? C’est absolument superbe ! - Je travaille à WASHINGTON depuis suffisamment longtemps pour connaître les bonnes personnes, mentit Ellington. Mackenzie grimaça silencieusement. Elle comprenait tout à fait pourquoi il avait ressenti le besoin de mentir mais se sentit aussi étrangement mal à l’aide à l’idée de prendre part à un mensonge aussi énorme servi à sa future belle-mère, à ce stade de leur relation. - Mais pas les personnes capables de liquider la paperasse et d’accélérer la procédure légale de ton divorce, si je ne m’abuse ? Elle avait prononcé cette phrase sur un ton sarcastique, comme pour plaisanter. Mais Mackenzie avait interrogé assez de personnes au cours de sa carrière et savait déchiffrer les comportements et les réactions physiques suffisamment bien pour deviner qu’il s’agissait de cruauté pure de sa part. C’était peut-être une plaisanterie, mais elle restait empreinte de vérité et d’amertume. Ellington réagit du tac au tac. - Non. Je n’ai pas d’amis comme ça. Mais tu sais, maman, je préférerais vraiment me concentrer sur le présent. Sur Mackenzie – une femme qui ne me traînera pas dans la boue comme ma première épouse, que tu sembles encore porter dans ton cœur. Seigneur, c’est une catastrophe, pensa Mackenzie. Elle devait prendre une décision sur le champ, et elle savait que cela affecterait probablement l’opinion de sa future belle-mère sur elle, mais elle s’en préoccuperait plus tard. Elle était sur le point de trouver une excuse pour s’éclipser et laisser Ellington et sa mère poursuivre cette conversation tendue en privé. Mais à cet instant précis, son téléphone sonna. Elle y jeta un coup d’œil et vit s’afficher le nom de McGrath. Elle saisit l’opportunité au vol, son téléphone à la main : - Je suis vraiment désolée, mais il faut que je prenne cet appel. Ellington lui adressa un regard sceptique lorsqu’elle s’éloigna dans l’allée. Elle décrocha en se cachant derrière des rosiers taillés en arbustes élaborés. - Agent White à l’appareil. - White, il faut que vous veniez immédiatement. Ellington et vous, je crois. Une affaire requiert vos compétences, au plus vite. - Vous êtes au bureau ? Un dimanche ? - Non. Mais cet appel m’a obligé à y aller. Pouvez-vous me rejoindre tous les deux ? Elle sourit et jeta un coup d’œil à Ellington, toujours occupé à se chamailler avec sa mère. - Oh, je pense qu’on peut arriver assez rapidement, oui, répondit-elle. CHAPITRE QUATRE Dans la mesure où c’était dimanche, personne n’accueillit Mackenzie et Ellington lorsqu’ils arrivèrent dans la petite salle d’attente du bureau de McGrath. Mackenzie frappa à la porte même s’il était évident que McGrath les attendait, car elle le savait à cheval sur les convenances. - Entrez, s’écria-t-il. Une fois dans le bureau, ils trouvèrent McGrath installé derrière une pile de dossiers qu’il parcourait. Il y avait des documents partout, et son bureau ressemblait à un capharnaüm. Voir McGrath, en général ordonné, dans un tel état poussa Mackenzie à se demander quelle sorte d’affaire était parvenue à autant le troubler. - J’apprécie que vous soyez venus si vite, dit McGrath. Je sais que vous consacrez la majeure partie de votre temps libre à planifier votre mariage. - Vous m’avez arraché aux griffes de ma mère, répondit Ellington. Je suis prêt à me plonger dans l’enquête que vous me proposerez, quelle qu’elle soit. - Bon à savoir, fit McGrath, en attrapant une pile de documents attachés par un trombone parmi la paperasse sur son bureau avant de les lui tendre. Ellington, quand vous avez commencé sur le terrain, je vous ai fait travailler sur la clôture d’un cas à Salem, dans l’Oregon. Une affaire dans des centres d’entreposage personnel. Vous vous en souvenez ? - Oui, parfaitement. Cinq corps, tous retrouvés dans des boxes d’entreposage. L’assassin nous a filé entre les doigts. On en avait conclu qu’après que le FBI s’en mêle, il avait pris peur et s’était arrêté. - Exactement. Il y a une recherche en cours pour ce type mais pour l’heure, personne n’a pu recueillir la moindre information. Et ça fait bien huit ans. - Quelqu'un a-t-il fini par l’intercepter ? demanda Ellington. Il parcourait les documents que McGrath lui avait tendus. Mackenzie leur jeta aussi un coup d’œil et vit plusieurs comptes rendus et renseignements sur les assassinats de l’Oregon. - Non. Mais des corps ont recommencé à faire surface dans des ensembles d’entreposage personnel. Cette fois à Seattle. Un cadavre a été découvert la semaine dernière, ce qui pourrait ressembler à une coïncidence. Mais hier, il y en avait un autre. La victime était morte depuis un moment – au moins quatre jours d’après les observations des légistes. - Donc nous pouvons affirmer avec certitude que les meurtres de Seattle ne sont plus considérés comme des incidents isolés ? déduisit Mackenzie. - Tout à fait. Le dossier est pour vous, White. (McGrath se tourna vers Ellington). Mais je ne sais pas si je devrais vous envoyer avec elle. Ça me paraît une bonne idée parce que vous travaillez bien ensemble, en dépit de votre relation. Mais si proche du mariage… - La décision vous appartient, monsieur, dit Ellington. (Mackenzie fut assez surprise de le voir prendre cette question avec autant de désinvolture). Mais je pense que mes connaissances liées à l’affaire de l’Oregon pourraient bénéficier à Macken… à l’agent White. De plus, deux têtes… Vous connaissez le dicton. McGrath parut y songer pendant un moment, en les regardant tour à tour. - Je vais l’autoriser, mais il est très possible que ce soit la dernière affaire dans laquelle vous serez partenaires. Il y a déjà suffisamment de personnes mal à l’aise à l’idée qu’un couple sur le point de se marier travaille ensemble. Une fois le mariage prononcé, il n’en sera plus question. Mackenzie comprit et pensa même que c’était logique, sur le principe. Elle hocha la tête en écoutant les explications de McGrath et prit les documents des mains d’Ellington. Elle ne les lut pas immédiatement, pour ne pas paraître impolie. Mais elle les parcourut suffisamment pour comprendre l’essentiel. Cinq corps avaient été découverts dans des locaux d’entreposage en 2009, en l’espace de dix jours. L’une des victimes semblait avoir été tuée peu de temps auparavant alors qu’un autre corps été abandonné si longtemps dans le box que la chair avait commencé à pourrir sur les os. La police avait interpellé trois suspects, puis les avait relâchés à cause de leurs alibis et du manque de preuves définitives. - Bien sûr, nous ne sommes pas encore prêts à dire qu’il existe un lien direct entre les deux affaires, n’est-ce pas ? demanda-t-elle. - Non, pas encore, répondit McGrath. Mais c’est l’une des choses que j’aimerais que vous mettiez au clair. Essayez de trouver des corrélations tout en tentant d’attraper ce type. - Autre chose ? demanda Ellington. - Non. Votre transport est en train d’être organisé à l’instant où je vous parle, vous devriez être dans les airs sous quatre heures. J’aimerais vraiment que tout soit résolu avant que ce cinglé ait l’opportunité de coincer cinq personnes supplémentaires, comme il l’a fait par le passé. - Je pensais que nous ne considérions pas qu’il y avait un lien direct, remarqua Mackenzie. - Pas officiellement, non, trancha McGrath. (Et alors, comme s’il était incapable de s’en empêcher, il lui adressa un sourire suffisant puis se tourna vers Ellington). Vous allez vivre sous ce regard acéré le reste de votre vie ? - Oh ouais, dit Ellington. Et je m’en réjouis d’avance. *** Ils avaient déjà parcouru la moitié du trajet jusqu’à son appartement lorsqu’Ellington daigna appeler sa mère. Il lui expliqua qu’on les envoyait sur le terrain et lui demanda si elle voulait les revoir lorsqu’ils seraient de retour. Mackenzie tendit l’oreille mais fut à peine capable d’entendre la réponse de sa mère. Elle fit allusion aux périls qu’encouraient les couples travaillant et vivant ensemble. Ellington l’interrompit avant qu’elle ait l’occasion de développer. Lorsqu’il raccrocha, Ellington posa son téléphone sur le tableau de bord et soupira. - Au fait, ma mère te transmet ses salutations. - Je n’en doute pas. - Mais ce qu’elle a dit à propos des couples mariés travaillant ensemble… es-tu prête pour ça ? - Tu as entendu McGrath, répondit-elle. Ça ne se reproduira pas après notre mariage. - Je sais. Mais tout de même. Nous serons dans le même bâtiment, nous entendrons parler des affaires sur lesquelles nous travaillons. Il y a des jours où je pense que ce sera génial… et d’autres où je me demande à quel point ce sera étrange. - Pourquoi ? As-tu peur que je finisse par te porter ombrage ? - Oh, tu viens de le faire, lança-t-il en souriant. Tu refuses juste de le reconnaître. Alors qu’ils rentraient en vitesse chez eux et s’empressaient de préparer leurs affaires, la réalité de leur situation la frappa pour la première fois. Ce serait la dernière enquête à l’occasion de laquelle Ellington et elle collaboreraient. Elle était certaine qu’ils repenseraient à leurs affaires ensemble avec attendrissement au fil du temps, comme une sorte de plaisanterie d’initiés. Mais pour l’instant, avec la perspective du mariage chaque jour plus proche, et les deux corps qui les attendaient de l’autre côté du pays, cela semblait intimidant – comme la fin de quelque chose de spécial. Je suppose que nous devrons juste finir en beauté, pensa-t-elle en préparant son sac. Elle jeta un coup d’œil à Ellington, également en train de boucler sa valise pour le voyage, et sourit. Bien sûr, ils étaient sur le point de se lancer dans une enquête potentiellement dangereuse et des vies seraient probablement en jeu, mais elle était impatiente de prendre la route avec lui une fois de plus… peut-être, une dernière fois. CHAPITRE CINQ Ils arrivèrent à Seattle avec deux scènes de crime à visiter : l’emplacement de la première victime, découverte huit jours plus tôt et celui de la deuxième victime, découverte la veille. Mackenzie n’avait jamais visité Seattle, elle fut donc presque déçue de voir que l’un des stéréotypes de la ville semblait fondé : une pluie fine tombait lorsqu’ils atterrirent à l’aéroport. La pluie continua jusqu’à ce qu’ils récupèrent leur voiture de location et se transforma en averse lorsqu’ils se dirigèrent vers Seattle Storage Solution, où se trouvait le corps trouvé le plus récemment. Lorsqu’ils arrivèrent, un homme d’âge moyen les attendait dans son pick-up. Il en sortit, ouvrit un parapluie et les salua au niveau de leur voiture. Il leur tendit un autre parapluie, à moitié cassé. - Les gens qui n’habitent pas en ville ne pensent jamais à en apporter un, expliqua-t-il lorsqu’Ellington le saisit. Ce dernier l’ouvrit et, aussi galant qu’à l’ordinaire, s’assura que Mackenzie était complètement protégée de la pluie. - Merci, lança Ellington. - Quinn Tuck, se présenta l’homme en lui tendant la main. - Agent Mackenzie White, répondit Mackenzie en serrant la main qu’on lui offrait. Ellington l’imita, se présentant également. - Allons-y, proposa Quinn. Il n’y a aucune raison de retarder le moment. Je préfèrerais être chez moi, si ça ne vous fait rien. Le corps n’est plus là, dieu merci, mais le box me donne toujours envie de dégobiller. - Est-ce la première fois que vous êtes confronté à un pareil événement ? demanda Mackenzie. - C’est le premier événement aussi terrible, oui. J’ai déjà trouvé une fois un raton-laveur mort dans un box. Et cette autre fois, des guêpes ont réussi à se faufiler dans un autre, pour construire leur essaim avant d’attaquer le locataire. Mais ouais… rien d’aussi terrible jusque là. Quinn les mena jusqu’à un mini-entrepôt doté d’une porte semblable à celle d’un garage surmonté d’un 35 noir. La porte était ouverte et un policier s’affairait au fond du box. Un stylo et un calepin à la main, il prenait des notes lorsque Mackenzie et Ellington entrèrent à l’intérieur. Le policier se tourna vers eux et leur sourit : - Vous travaillez pour le Bureau, tous les deux ? demanda-t-il. - En effet, répondit Ellington. - Ravi de faire votre connaissance. Je suis l’adjoint Paul Rising. J’imaginais vous trouver quand vous arriveriez. Je prends des notes sur tous les objets stockés ici, à la recherche d’un quelconque indice. Parce que jusque là, il n’y en a pas la moindre trace. - Étiez-vous présent lorsque le corps a été emporté ? - Malheureusement. C’était assez horrible. Une jeune femme appelée Claire Locke, de vingt-cinq ans. Elle était morte depuis au moins une semaine. On ne peut pas dire avec certitude si elle est morte d’inanition ou si elle s’est vidée de son sang. Mackenzie observa minutieusement l’intérieur du box. Au fond, il y avait des caisses, des cartons de lait, et quelques vieilles malles – les objets typiques qu’on laisse dans un centre d’entreposage personnel. Mais la trace de sang sur le sol le distinguait des autres boxes, bien entendu. Elle n’était pas très grande, mais elle supposait que cela pouvait représenter une perte de sang suffisante pour causer la mort. C’était peut-être son imagination, mais elle était à peu près sûre de sentir l’odeur nauséabonde qui subsistait, même après le retrait du cadavre. Tandis que l’adjoint Rising se remettait à fouiller dans les cartons et les caisses du fond, Mackenzie et Ellington commencèrent à passer le reste du local au peigne fin. Si Mackenzie en croyait son instinct, la tache de sang sur le sol portait à croire que quelque chose valait la peine d’être découvert. Tout en cherchant des indices du regard, elle écoutait Ellington interroger Rising sur les détails de l’affaire. - La victime était-elle attachée ou bâillonnée de quelque manière que ce soit ? - Les deux. Mains attachées dans le dos, chevilles ligotées, et une boule-bâillon dans la bouche. Le sang que vous voyez par terre provient d’une petite blessure au couteau sous les côtes. Être attachée et bâillonnée expliquait au moins pourquoi Claire Locke avait été incapable d’émettre le moindre son pouvant alerter les gens qui transitaient dans le centre d’entreposage personnel. Mackenzie tenta d’imaginer une femme dans cet espace réduit et sans lumière, dépourvue de nourriture, ou d’eau. Ça la mit à cran. Alors qu’elle faisait lentement le tour du box, elle atteint le seuil. La pluie tombait dru devant elle, s’écrasant sur le ciment, à l’extérieur. Mais à l’intérieur de la structure en métal, Mackenzie repéra quelque chose. Très bas, presque au niveau du sol, à la base du cadre qui permettait à la porte de monter et de descendre. Elle s’agenouilla et s’approcha au maximum. Lorsqu’elle fut à quelques centimètres de distance seulement, elle distingua une éclaboussure de sang sur la rainure. Pas beaucoup… si peu, en réalité, qu’elle doutait qu’un policier l’ait repérée. Et puis, sur le sol juste sous la tache de sang, se trouvait quelque chose de fin et blanc. Mackenzie la toucha délicatement du bout du doigt. C’était une rognure d’ongle. D’une manière ou d’une autre, Claire Locke avait suffisamment résisté pour tenter de s’échapper. Mackenzie ferma les yeux un instant, en essayant de l’imaginer. Selon l’endroit où ses mains avaient été attachées, elle avait pu s’approcher de la porte, s’agenouiller et essayer de l’enrouler vers le haut. C’était une tentative vaine en raison du verrou extérieur, mais cela valait certainement la peine si vous étiez sur le point de mourir de faim ou de vous vider de votre sang. Mackenzie fit signe à Ellington de la rejoindre et lui montra sa découverte. Elle se tourna ensuite vers Rising et lui demanda : - Vous souvenez-vous si les mains de Mlle Locke présentaient d’autres blessures ? - En réalité, oui. Il y avait des coupures superficielles sur sa main droite. Et je crois qu’elle avait un ongle cassé. Il s’approcha de l’endroit où se tenaient Mackenzie et Ellington et laissa échapper un faible : « Oh ». Mackenzie continua à chercher mais ne trouva rien de plus que quelques cheveux épars. Des cheveux qui devaient appartenir à Claire Locke ou au propriétaire du local. - Monsieur Tuck ? dit-elle. Quinn se tenait juste devant le box, abrité sous son parapluie. Il s’efforçait visiblement de se tenir éloigné du local – et d’en éviter l’intérieur du regard. En entendant son nom, il finit cependant par entrer, à contrecœur. - À qui appartient ce box ? - C’est le plus tordu. Claire Locke loue ce local depuis sept mois. Mackenzie acquiesça tout en regardant au fond, où les objets appartenant à Locke s’alignaient jusqu’au plafond en petites rangées ordonnées. Le fait qu’il s’agisse de son centre d’entreposage personnel ajoutait un certain degré d’étrangeté à la situation mais, songea-t-elle, cela pourrait se tourner à leur avantage pour établir le motif ou mettre la main sur le tueur. - Y a-t-il des caméras de sécurité dans la zone ? demanda Ellington. - Seulement une à l’entrée, répondit Quinn Tuck. - Nous avons regardé tous les enregistrements des dernières semaines, commenta l’adjoint Rising. Il n’y avait rien qui sortait de l’ordinaire. Au moment où je vous parle, la police a commencé à interroger toutes les personnes qui sont venues ici ces deux dernières semaines. Comme vous pouvez l’imaginer, cela va être fastidieux. Il reste encore au moins une douzaine de personnes sur la liste. - Existe-t-il une possibilité pour que nous puissions nous procurer l’enregistrement ? demanda Mackenzie. - Absolument, affirma Rising, même si son ton indiquait qu’il pensait qu’elle était folle de vouloir le visionner. Mackenzie suivit Ellington jusqu’au fond du box. Une part d’elle souhaitait fouiller les cartons et les caisses mais elle savait que cela ne mènerait probablement pas à grand chose. Une fois qu’ils auraient des pistes ou des suspects potentiels, ils trouveraient peut-être un élément intéressant mais jusque là, le contenu du box ne signifierait rien pour eux. - Le corps est-il toujours chez le légiste ? demanda Mackenzie. - À ma connaissance, oui, dit Rising. Voulez-vous que je l’appelle et que je le prévienne de votre visite ? - S’il vous plaît. Et voyez ce que vous pouvez faire pour nous transmettre l’enregistrement vidéo. - Oh, je peux vous l’envoyer, Agent White, proposa Quinn. Le format est digital. Il suffit que vous me donniez l’adresse à laquelle vous voulez le recevoir. - Allons-y, lança Rising. Je vais vous accompagner chez le médecin légiste. Il se trouve que la morgue est seulement deux étages sous mon bureau. Sur ce, ils sortirent tous les quatre du local et avancèrent sous la pluie. Même le parapluie ne les en protégeait pas totalement. Elle tombait lentement mais avec force, comme si elle tentait de laver l’horreur qu’avait connue le box. CHAPITRE SIX Quinn Tuck s’avéra extrêmement obligeant. Il semblait avoir envie de faire la lumière sur cette affaire autant que les autres. C’est pourquoi, lorsque Mackenzie et Ellington arrivèrent au commissariat de police, il leur avait déjà fourni un lien leur permettant d’accéder à tous les fichiers digitaux du système de sécurité du centre d’entreposage personnel. Ils décidèrent de commencer avec les séquences de la caméra de sécurité plutôt que par le corps de Claire Locke. Cela leur offrit l’opportunité de s’asseoir et de plus ou moins se remettre de leurs émotions. La tombée de la nuit approchait et la pluie persistait. Tandis que l’adjoint Rising leur attribuait un moniteur, Mackenzie repensa à cette journée et trouva qu’il était difficile de croire qu’elle avait visité un jardin pittoresque et pensé à son mariage moins de neuf heures plus tôt. - Voilà les heures où il y a du mouvement, dit Rising en glissant une feuille arrachée à son bloc à Mackenzie. Il n’y en a pas beaucoup. (Il tapota une entrée en particulier, rédigée d’une main rapide). C’est la seule fois que nous voyons Claire Locke pénétrer dans l’ensemble d’entreposage personnel. Nous avons demandé son permis de conduire et obtenu le numéro de sa plaque d’immatriculation, donc nous savons que c’est elle. Et ça, dit-il en tapotant une autre entrée, c’est le moment où elle est partie. Et à ces deux moments, on la voit sur la vidéo. - Merci, adjoint, dit Ellington. Cela nous aide vraiment beaucoup. Rising hocha la tête en signe de reconnaissance avant de se faufiler hors du minuscule bureau attribué aux agents. La tâche monotone prit un moment, mais comme Rising l’avait indiqué, la police locale avait déjà fait une partie du travail. Ils réussirent à accélérer la vidéo lorsqu’il n’y avait pas d’activité sur l’écran. Ils commencèrent par vérifier les temps de la feuille. Lorsque la voiture censée appartenir à Claire Locke apparut sur l’écran, Mackenzie zooma mais fut incapable de distinguer les traits du conducteur. Elle attendit, observa l’entrée grisâtre du complexe pendant deux minutes accélérées avant que la voiture de Locke n’apparaisse en train d’en partir. Pendant le laps de temps qu’elle avait passé là, personne n’était arrivé et aucune autre voiture n’était sortie. - Tu sais, dit Mackenzie. Il est complètement possible qu’elle n’ait pas été attaquée dans le complexe d’entreposage. - Tu penses qu’elle a été tuée ailleurs et emmenée là ? - Peut-être pas tuée ailleurs, mais potentiellement enlevée. Je pense que voir son corps nous aidera à le déterminer. Si elle montre des signes d’inanition ou de déshydratation, cela nous dira qu’elle a été abandonnée dans son box. - Mais d’après le compte rendu, le verrou était fermé de l’extérieur. - Quelqu’un d’autre avait peut-être la clef, suggéra Mackenzie. - Probablement le conducteur de l’une des autres voitures dans ces jours et jours de vidéo. - Sûrement. - Tu veux rester ici et te concentrer sur l’enregistrement pendant que je vais jeter un œil au corps ? demanda Ellington. Ou le contraire ? Mackenzie imagina la pauvre femme, seule dans l’obscurité, impuissante, incapable de crier à l’aide. Elle se la représenta dans la nuit noire, en train de tenter de trouver un moyen quelconque d’essayer d’ouvrir la porte. - Je crois que j’aimerais voir le corps. Ça te va ? - Oh ouais. C’est du streaming de qualité. Pas de publicités ou autre. - Bien, répondit-elle. À tout de suite. Elle se pencha pour l’embrasser sur le coin de la bouche avant de partir. Elle le fit naturellement et sans réfléchir, même si ce n’était pas le geste le plus professionnel. Un rappel efficace des les raisons pour lesquelles ils ne seraient pas en mesure de travailler ensemble comme coéquipiers après leur mariage. Mackenzie quitta le petit bureau à la recherche de la morgue tandis qu’Ellington regardait le temps se dérouler en accéléré sur l’écran. *** La question de savoir si Claire Locke avait été affamée ou déshydratée à un degré ou un autre pendant le temps qu’elle avait passé dans le box trouva une réponse au moment où Mackenzie la vit. Même si Mackenzie n’était pas experte en la matière, les joues de la jeune femme étaient creuses. Son ventre aurait également pu avoir la même apparence, mais ce n’était pas clair à cause de l’incision à laquelle le médecin légiste avait procédé. La femme qui l’accueillit à la morgue était une femme rondelette et étrangement agréable nommée Amanda Dumas. Elle accueillit chaleureusement Mackenzie et s’appuya contre une petite table d’acier sur laquelle s’étalaient les instruments de son travail. - D’après votre examen, demanda Mackenzie, diriez-vous que la victime a connu une sévère période d’inanition ou s’est déshydratée avant de mourir ? - Oui, même si je n’ai pas été capable de déterminer exactement jusqu’à quel point, répondit Amanda. Il y a très peu d’acides gras dans son estomac – quasiment pas. Cela, en plus de quelques signes de détérioration de la masse musculaire, indique qu’elle a au moins traversé les premières phases de l’inanition. Elle présente aussi les signes classiques de la déshydratation, même si je n’arrive pas à avoir de certitude quant à la cause de la mort. - Pensez-vous qu’elle se soit vidée de son sang avant ? - Oui. Et très franchement, c’était ce qu’il y avait de mieux à espérer pour elle. - D’après vos observations sur le corps, croyez-vous qu’elle était vivante quand on l’a emmenée dans le box ? - Oh, sans le moindre doute. Et je peux aussi affirmer que c’était contre sa volonté. (Amanda avança d’un pas et désigna les abrasions sur la main droite de Locke). On dirait qu’elle s’est débattue du mieux qu’elle a pu et qu’elle a tenté de s’échapper de toutes ses forces. Mackenzie vit les coupures et nota que l’une d’elles semblait irrégulière. Elle aurait facilement pu être due au contact avec le cadre en métal qui permettait l’enroulage de la porte. Elle repéra aussi l’ongle cassé. - Elle présente aussi un hématome à l’arrière du crâne, renchérit Amanda. Elle utilisa une sorte de peigne pour déplacer les cheveux de Claire. Elle exécuta ce geste avec un respect et une attention presque tendres. Mackenzie put instantanément distinguer un énorme hématome violet au niveau de la nuque, à la jointure avec le crâne. - Des traces quelconques de drogue ? demanda Mackenzie. - Aucune. J’attends toujours les résultats des analyses chimiques mais d’après mes observations, je ne m’attends pas à apprendre quoi que ce soit d’intéressant. Mackenzie supposa que l’hématome sur la nuque ainsi que la boule-bâillon trouvée dans sa bouche suffisaient à expliquer pourquoi Claire Locke n’avait pas hurlé ou crié à l’aide lorsqu’on l’avait déplacée dans le garde meules. Elle repensa à l’enregistrement vidéo, certaine que le conducteur de l’une des voitures était responsable de son meurtre – et de la mort de l’autre victime trouvée la semaine dernière, d’après les rapports. Mackenzie jeta un autre regard au cadavre en fronçant les sourcils. Il était naturel de toujours ressentir une forme de compassion envers pour toute personne ayant été assassinée. Mais Mackenzie se sentait envahie par un sentiment de tristesse plus puissant dans le cas de Claire Locke. Peut-être parce qu’elle l’imaginait aisément dans le local plongé dans l’obscurité, sans la moindre liberté de mouvement, incapable d’appeler à l’aide. - Merci pour ces informations, dit Mackenzie. Mon partenaire et moi resterons en ville pendant quelques jours. Tenez-moi au courant si les analyses chimiques donnent quelque chose. Elle quitta la morgue et se dirigea vers l’étage principal. Sur le chemin du retour vers le petit bureau où Ellington et elle travaillaient, elle s’arrêta face au bureau d’accueil et demanda une copie du dossier actuel de Claire Locke. Elle l’eut en main deux minutes plus tard et le rapporta avec elle. Elle trouva Ellington en train de fixer le moniteur, incliné en arrière sur sa chaise. - Tu as trouvé quelque chose ? - Rien de concret. J’ai vu sept autres véhicules entrer et sortir. L’un d’eux est resté environ six heures avant de partir. J’aimerais vérifier avec la police pour savoir si ces personnes ont déjà été interrogées. Claire Locke a fini dans cet espace d’entreposage personnel, quelqu'un sur cet enregistrement a dû l’y emmener. Mackenzie, qui était d’accord avec lui, hocha la tête et commença à parcourir le dossier. Locke n’avait pas de casier judiciaire et ses données personnelles n’apportaient pas beaucoup d’informations. Elle était âgée de vingt-cinq ans, avait obtenu un diplôme d’UCLA deux ans auparavant, et travaillait en tant qu’artiste digital dans une entreprise locale de marketing. Parents divorcés, père vivant à Hawaii, mère installée quelque part au Canada. Pas de mari, pas d’enfants, mais il y avait une note en bas des informations personnelles déclarant que son petit-ami avait été informé de sa mort. On l’avait contacté la veille à quinze heures. - Tu en as encore pour combien de temps ? demanda-t-elle. Ellington haussa les épaules. - Trois jours supplémentaire, à mon avis. - Tu restes ici pendant que je vais interroger le petit-ami de Claire Locke ? - Je suppose que oui, répondit-il avec un soupir exagéré. La vie conjugale nous attend. Autant que tu t’habitues à me voir assis face à un écran en permanence. Surtout pendant la saison du football. - Ça me va. Tant que ça ne te dérange pas que je sorte et que je mène ma vie pendant que tu t’avachis devant la télé. Et pour lui montrer ce qu’elle voulait dire, elle sortit. Elle cria par dessus son épaule : - Donne-moi quelques heures. - Bien sûr. Mais ne t’attends pas à ce que le dîner soit prêt quand tu rentreras. Le badinage entre eux la rendait extrêmement reconnaissante à McGrath de les avoir autorisés à travailler sur cette affaire ensemble. Entre la morosité, la pluie et la tristesse particulière que lui inspirait le sort de Claire Locke, elle ne savait pas si elle aurait été capable de faire face à cette affaire seule. Mais la présence d’Ellington ici lui paraissait familière et réconfortante – un point de repère au cas où l’enquête deviendrait trop accablante. Elle sortit du bâtiment. La nuit était tombée et même si la pluie s’était encore une fois calmée et s’était transformée en bruine paresseuse, Mackenzie ne put s’empêcher de sentir qu’il s’agissait d’une sorte de présage. CHAPITRE SEPT Mackenzie ignorait tout du petit-ami, dans la mesure où le dossier ne comprenait aucune information à son propos. Elle savait seulement qu’il s’appelait Barry Channing et qu’il vivait au 376 Rose Street, dans l’appartement numéro 7. Lorsqu’elle frappa à la porte de l’appartement 7, une femme qui semblait avoir une bonne cinquantaine d’années lui ouvrit. Elle semblait épuisée, attristée et clairement contrariée de recevoir une visite à vingt-et-une heures un dimanche soir pluvieux. - En quoi puis-je vous aider ? demanda la femme. Mackenzie faillit vérifier le numéro sur la porte mais opta pour dire à la place : - Je cherche Barry Channing. - Je suis sa mère. Qui êtes-vous ? Mackenzie lui montra son identification. - Mackenzie White, je travaille pour le FBI. J’espérais pouvoir lui poser quelques questions au sujet de Claire. - Il n’est pas en état de parler avec qui que ce soit, répondit sa mère. En réalité, il… - Seigneur, maman, lança une voix masculine, s’approchant de la porte. Ça va. La mère fit un pas de côté, pour laisser à son fils la place de se tenir sur le pas de la porte. Barry Channing était plutôt grand et avait des cheveux blonds coupés courts. Comme sa mère, il semblait manquer de sommeil et il était évident qu’il avait pleuré. - Vous avez dit que vous travailliez pour le FBI ? demanda Barry. - Oui. Avez-vous quelques minutes à me consacrer ? Barry regarda sa mère en fronçant légèrement les sourcils et soupira. - Oui, j’ai du temps. Entrez, je vous en prie. Barry guida Mackenzie à l’intérieur de l’appartement, le long d’un couloir étroit puis dans une cuisine d’apparence ordinaire. Pendant ce temps, sa mère, l’air contrarié, s’éloigna dans le couloir avant de disparaître de son champ de vision. Alors que Barry s’installa sur une chaise autour de la table de la cuisine, Mackenzie entendit une porte se fermer assez énergiquement un peu plus loin dans l’appartement. - Je vous prie de l’excuser, déclara Barry. Je commence à penser que ma mère était plus proche de Claire que moi. Ce qui en dit long, dans la mesure où j’avais acheté une bague de fiançailles pour elle il y a deux semaines. - Toutes mes condoléances, je suis vraiment désolée, répondit Mackenzie. - On n’arrête pas de me dire ça, ajouta Barry en fixant la nappe. C’était inattendu et même si je n’ai pas pu retenir mes larmes quand la police m’a appris la nouvelle hier, j’ai réussi à ne pas m’effondrer. Ma mère est venue s’installer avec moi pour m’aider à tenir le coup jusqu’à l’enterrement et je lui en suis reconnaissant, mais elle est un peu trop protectrice. Une fois qu’elle sera partie, je laisserai probablement libre cours à mon chagrin, vous savez ? - Je vais vous poser une question qui vous paraîtra sûrement stupide, reprit Mackenzie. Mais pensez-vous que quelqu'un pourrait avoir une raison de faire ça à Claire ? - Non. La police m’a posé la même question. Elle n’avait aucun ennemi, vous savez ? Elle ne s’entendait pas bien avec sa mère, mais pas au point d’en arriver à de telles extrémités. Claire était une personne réservée, vous voyez le genre ? Pas d’amis proches ou autre… juste des connaissances. Ce genre de relations. - Quand l’avez-vous vue pour la dernière fois ? - Il y a huit jours. Elle est venue me proposer de ranger des affaires dans le box qu’elle louait. Nous avons plaisanté ensemble. Elle ne savait pas que j’avais déjà la bague. Mais nous étions tous les deux sûrs de nous marier. Nous avions commencé à planifier la cérémonie. Sa proposition de ranger quelque chose dans son box était juste une manière de renforcer cette possibilité, vous savez ? - Après ce jour, combien de temps a passé avant que vous ne commenciez à être inquiet ? Je n’ai pas eu connaissance d’un rapport de disparition ou autre. - Eh bien, je prends des cours au collège communautaire, pour augmenter mon GPA et terminer finalement l’université. C’est une énorme charge de travail, en plus du job qui m’occupe quarante à quarante-cinq heures chaque semaine. Mais après trois jours sans appels ni textos, j’ai commencé à être préoccupé. Je suis allé chez elle pour voir si tout allait bien et elle n’a pas répondu. J’ai pensé à appeler la police, mais ça m’a semblé stupide. Et vraiment, dans un recoin de mon esprit, il y avait l’idée qu’elle m’avait peut-être quitté, tout simplement. Je me suis dit que la perspective de nous marier lui avait peut-être fait peur, ou quelque chose comme ça. - La dernière fois que vous l’avez vue, semblait-elle dans son état normal ? A-t-elle fait quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire ? - Non, elle allait très bien. De bonne humeur. - Sauriez-vous par hasard ce qu’elle souhaitait ranger dans son espace d’entreposage personnel ? - Probablement certains de ses manuels de la fac. Elle les promenait depuis un moment dans son coffre. - Savez-vous depuis combien de temps elle louait ce box ? - Environ six mois. Elle déplaçait des affaires de Californie pour les entreposer ici. Encore une fois… nous avions ce pressentiment que nous allions nous marier donc au lieu de ranger ses affaires directement dans son appartement, elle en laissait une partie dans son box. C’est l’unique raison pour laquelle elle le louait, je crois. Je lui ai dit qu’elle n’en avait pas besoin mais elle répétait que ce serait tellement plus facile quand nous nous installerions ensemble. - Je vous ai demandé si Claire avait des ennemis… et vous ? Y a-t-il quelqu'un qui pourrait faire une telle chose pour vous blesser ? Barry sembla abasourdi, comme s’il n’avait jamais considéré cette possibilité. Il secoua lentement la tête et Mackenzie pensa qu’il pouvait fondre en larmes à tout moment. - Non, mais je regrette presque que ce ne soit pas le cas. Ça m’aiderait à comprendre. Parce que je ne connais personne qui pourrait souhaiter la mort de Claire. Elle était juste… elle était très gentille. La personne la plus douce que vous pourriez imaginer rencontrer. Mackenzie le sentait sincère. Elle savait aussi qu’elle n’obtiendrait rien de Barry Channing. Elle déposa l’une de ses cartes professionnelles sur la table et la fit glisser vers lui. - Si vous pensez à quelque chose, quoi que ce soit, n’hésitez pas à m’appeler. Il prit la carte et se contenta d’acquiescer. Mackenzie sentit qu’elle devrait dire autre chose mais c’était l’un de ces moments où il devenait clair qu’il n’y avait rien à ajouter. Elle se dirigea vers la porte et lorsqu’elle la referma, elle sentit une bouffée de remords en entendant Barry Channing commencer à sangloter. Dehors, la pluie n’était plus qu’une bruine légère. Tout en revenant à sa voiture, elle appela Ellington, en espérant qu’il s’arrête complètement de pleuvoir. Elle ne parvenait pas à savoir pourquoi le mauvais temps la dérangeait autant. C’était juste le cas. - Ellington à l’appareil, répondit-il, car il ne regardait jamais l’écran de son téléphone avant de répondre. - As-tu terminé de regarder la télé ? - Oui, ça y est. Je travaille avec l’adjoint Rising pour rayer de la liste les gens qui ont déjà été interrogés. Du nouveau de ton côté ? - Non. Mais je voudrais aller voir le box où le premier corps a été trouvé. Peux-tu demander l’adresse à Rising et me retrouver devant le commissariat dans environ vingt minutes ? Et voir si quelqu'un peut te mettre en contact avec le propriétaire. - Pas de problème. À tout de suite. Ils raccrochèrent et Mackenzie prit la route, sans que le petit-ami en deuil qu’elle avait laissé derrière elle quitte ses pensées… ou Claire Locke, seule dans l’obscurité, mourant de faim, terrifiée, pendant ses derniers instants de vie. CHAPITRE HUIT Mackenzie et Ellington arrivèrent au U-Store-It à vingt-deux heures dix. Le complexe se distinguait du Seattle Storage Solution puisqu’il s’agissait d’un bâtiment. La structure donnait l’impression qu’il avait été par le passé une sorte de petit entrepôt mais la façade extérieure avait été embellie avec des ornements simples, à peine visibles dans la lumière faible des réverbères qui bordaient le trottoir. Parce qu’ils avaient prévenu de leur visite, une lumière était allumée à l’intérieur, et le propriétaire et directeur de l’espace d’entreposage personnel les attendait. Le propriétaire les accueillit à la porte. Le dénommé Ralph Underwood était un homme de petit taille, en surpoids, qui portait des lunettes. Il semblait ravi de leur présence et ne tenta pas de masquer le fait que le charme de Mackenzie ne le laissait pas insensible. Il les guida dans l’édifice qui comprenait une petite salle d’attente et une salle de conférence encore plus exiguë. Il était parvenu à donner à l’endroit une apparence chaleureuse et cosy même si l’odeur du vieil entrepôt subsistait. - Combien de boxes d’entreposage avez-vous ici ? demanda Ellington. - Cent-cinquante, répondit Underwood. Chaque box est doté d’une porte à l’arrière de l’entrepôt pour faciliter le dépôt des objets de l’extérieur et éviter aux locataires de devoir passer par l’entrée du bâtiment. - Ça semble assez efficace, commenta Mackenzie, qui n’avait jamais vu un centre d’entreposage personnel complètement organisé à l’intérieur d’un autre bâtiment. - Vous avez dit au téléphone que vous vouliez en savoir plus sur le corps que j’ai trouvé il y a deux semaines, n’est-ce pas ? - Oui, répondit Mackenzie. (Elle avait demandé le dossier à Rising et le parcourait sur son téléphone). Elizabeth Newcomb, trente ans. D’après les rapports de la police, on l’a retrouvée dans son propre box, morte des suites d’une blessure au couteau dans la poitrine. - Je ne connais pas les détails, dit Underwood. Tout ce que je sais, c’est que lorsque je suis entré ce matin-là et que j’ai fait un tour dans l’entrepôt comme à mon habitude, j’ai vu du rouge le long de la porte du local. Même si j’ai tout de suite compris de quoi il s’agissait, j’ai tenté de me convaincre que je me trompais. Mais lorsque j’ai ouvert le box, je l’ai trouvée. Allongée par terre, morte, dans une flaque de sang. Il racontait l’histoire comme s’ils étaient assis autour d’un feu de camp. Sa manière de présenter les choses irrita légèrement Mackenzie mais elle savait aussi que les personnes à tendance dramatique étaient souvent de bonnes sources d’informations. - Aviez-vous déjà vu une chose pareille ? demanda Ellington. - Non. Mais laissez-moi vous dire… je possède environ une douzaine de boxes abandonnés. Il est spécifié dans mes contrats que si les locaux d’entreposage ne sont pas ouverts au moins une fois en trois mois, j’appelle le locataire pour m’assurer que cet espace lui est toujours utile. Si je ne parviens pas à l’avoir au téléphone après six mois, je vends les boxes aux enchères, les objets, tout. Mackenzie avait beau savoir que c’était une pratique commune, en ce qui la concernait, cela semblait presque illégal. - Certains des objets que les gens stockent dans ces locaux d’entreposage sont… eh bien, perturbants. (Underwood continua) : Dans trois des boxes abandonnés dont j’assure la maintenance, il y avait toutes sortes de jouets sexuels. Quelqu'un avait quinze pistolets dans un box, dont deux AK-47. Un local appartenait apparemment à un taxidermiste puisqu’il y avait stocké quatre animaux empaillés… et je ne parle pas de peluches. Vous voyez le genre. Underwood les mena jusqu’à une porte au fond du vestibule. Il n’y avait pas de transition après la porte, ils arrivèrent directement dans une entrée très spatieuse. Le sol était en béton, le plafond haut de six mètres environ. Maintenant, plus que jamais, Mackenzie était convaincue que l’endroit avait été un entrepôt. Les boxes étaient subdivisés en ensembles de cinq, dont chacun était traversé par un couloir qui atteignait les deux extrémités du bâtiment. Les ensembles se trouvaient des deux côtés de l’entrepôt, organisés de telle manière que lorsque vous regardiez dans le couloir central, il semblait être infini. Maintenant qu’ils étaient à l’intérieur, Mackenzie se rendit compte des dimensions réelles de l’espace. L’entrepôt était facilement long de cent mètres. - Le box qui vous intéresse se trouve juste un peu plus loin, leur signala Underwood. Ils avaient marché pendant environ deux minutes, Underwood continuait à énumérer les objets étranges qu’il avait dénichés dans certains des locaux d’entreposage abandonnés, des trésors comme des jouets en parfait état, des bande-dessinées de valeur, et un coffre-fort authentique, fermé, qui contenait plus de cinq mille dollars. Ils s’arrêtèrent finalement devant le local marqué C-2. Il avait apparemment présélectionné la clef avant leur arrivée ; il sortit une clef unique de sa poche et ouvrit le cadenas de la porte accordéon. Ensuite, il enroula la porte vers le haut, révélant l’odeur de renfermé de l’intérieur. Underwood appuya sur un interrupteur sur le mur et l’ampoule illumina un local presque vide. - La famille n’est pas venue récupérer ses affaires ? demanda Mackenzie. - J’ai reçu un appel de sa mère il y a quatre jours, précisa-t-il. Elle viendra à un moment ou un autre, mais elle ne m’a pas encore donné de date précise. Mackenzie fit le tour du local en cherchant des ressemblances avec ce qu’ils avaient vu dans le local de Claire Locke. Mais soit qu’Elizabeth Newcomb n’ait pas le même tempérament de battante que Claire Locke ou que les preuves de se résistance aient déjà été effacées par les policiers et les détectives locaux, ils ne trouvèrent rien. Mackenzie s’approcha des objets stockés au fond. La plupart se trouvaient dans des boîtes de rangement en plastique, étiquetées avec du scotch de masquage et un marqueur noir : Livres et magazines, Enfance, Affaires de maman, Décorations de Noël, Vieux ustensiles de pâtisserie. La manière même dont elles étaient empilées semblait très organisée. Il y avait quelques cartons de plus petite taille pleins d’albums photo et de photos encadrées. Mackenzie y jeta un coup d’œil mais ne repéra rien qui pourrait l’aider. Elle se contenta de faire défiler des photos de famille heureuse, de paysages de plage, et d’un chien qui avait apparemment été très choyé. Ellington s’approcha d’elle et observa les boîtes. Il se planta les mains sur les hanches, une attitude qui signifiait chez lui qu’il se trouvait dans une impasse. Mackenzie se surprenait encore parfois de si bien le connaître. - Je pense que tout ce qu’on aurait pu trouver ici a déjà été analysé par la police, dit-il. On pourrait peut-être dénicher quelque chose dans les dossiers. Mackenzie hochait la tête, mais son regard fut attiré ailleurs. Elle avança jusqu’au coin le plus éloigné, où trois boîtes en plastique étaient superposée. Installée dans le coin, si éloigné qu’elle ne l’avait pas repérée quand elle avait commencé à inspecter l’endroit, se trouvait une poupée. C’était une poupée assez ancienne, les cheveux emmêlés, avec de légères traces de saleté sur les joues. Elle ressemblait à une poupée tout droit sortie du tournage d’un film d’horreur ringard. - Flippant, commenta Ellington en suivant son regard. - Cela fait tache dans un box aussi bien organisé, renchérit Mackenzie. Elle souleva la poupée avec précaution, du bout des doigts, au cas où ce serait une sorte d’indice. Bien entendu, au premier coup d’œil, on aurait dit un objet laissé au hasard parmi les affaires de quelqu'un – peut-être abandonné à la dernière minute, après coup. Mais tous les objets dans ce box sont méticuleusement rangés et organisés. La poupée sort du lot. Et ce n’est pas uniquement cela, c’est presque comme si elle était placée là pour être remarquée. - Je pense qu’on devrait l’emballer, dit-elle. Pourquoi est-ce le seul objet qui ne se trouve pas dans une boîte, qui n’est pas bien rangé ? Cet endroit est étrangement ordonné. Pourquoi laisser la poupée en vrac ? - Tu penses que le tueur l’aurait placée ici ? demanda Ellington. Mais avant même qu’il termine de poser la question, elle sentit qu’il considérait qu’il s’agissait d’une possibilité réelle, lui aussi. - Je ne sais pas, répondit-elle. Je pense qu’il pourrait être intéressant de jeter un autre coup d’œil au local de Claire Locke. Et je voudrais aussi savoir quand nous pourrons obtenir le dossier complet des meurtres de l’Oregon sur lesquels tu as travaillé… dans tes premiers temps comme agent. Elle termina la phrase avec un sourire. Elle ne ratait jamais une opportunité de le taquiner parce qu’il avait sept ans de plus qu’elle. Ellington se tourna vers Underwood. Il se tenait près de la porte, en faisant mine de ne pas écouter. - Je suppose que vous n’avez pas parlé avec Mlle Newcomb en dehors du moment où vous lui avez loué ce local ? - J’ai bien peur que non, répondit Underwood. J’essaie d’être amical et accueillant avec tout le monde mais j’ai beaucoup de clients, vous savez ? (Il jeta un coup d’œil à la poupée que Mackenzie tenait toujours à la main et fronça les sourcils). Je vous l’ai dit… beaucoup de trucs bizarres dans ces boxes d’entreposage. Mackenzie n’en doutait pas. Mais cet élément particulièrement étrange semblait ne pas avoir sa place ici. Et elle comptait bien comprendre de quoi il en retournait. CHAPITRE NEUF À cause de l’heure tardive, Quinn Tuck fut naturellement irrité quand Mackenzie l’appela. Mais malgré tout, il leur expliqua comment entrer dans le complexe et leur indiqua où se trouvait le double des clefs. Il était presque minuit lorsque Mackenzie et Ellington ouvrirent à nouveau le box de Claire Locke. Mackenzie ne put refouler l’impression qu’ils tournaient en rond – un sentiment qui n’était pas spécialement encourageant si tôt dans l’affaire – mais elle avait aussi le pressentiment qu’il s’agissait de l’initiative adéquate. Mackenzie entra dans le box sans cesser de penser à la poupée trouvée dans celui d’Elizabeth Newcomb. C’était peut-être seulement à cause de l’heure tardive, mais l’endroit semblait plus glauque cette fois. Les caisses et les cartons n’étaient pas aussi parfaitement organisés que ceux d’Elizabeth Newcomb, mais ils étaient nettement agencés. - Un peu triste, n’est-ce pas ? lança Ellington. - Quoi donc ? - Ces objets… ces cartons et ces boîtes. Il y a des chances pour que les personnes pour qui ces objets étaient précieux ne les ouvrent plus jamais. C’était une pensée triste, que Mackenzie avait tenté de bannir de son esprit. Elle avança jusqu’au fond du box avec le sentiment de faire intrusion dans un espace privé. Ellington et elle se mirent tous les deux à chercher une poupée ou autre objet qui ne semblerait pas être à sa place mais ne trouvèrent rien. Alors, Mackenzie réalisa qu’elle s’attendait à trouver quelque chose d’évident, comme une poupée. Il s’agissait peut-être d’autre chose, d’un objet plus petit… À moins qu’il n’y ait pas le moindre lien entre les deux meurtres, pensa-t-elle. - Tu as vu ça ? demanda Ellington. Il s’était agenouillé face au mur de droite. Il hocha la tête en direction du coin du box, dans le petit interstice entre le mur et la pile de cartons. Mackenzie se pencha et vit ce qu’Ellington avait repéré. C’était une théière miniature – qui ne se distinguait pas seulement par sa taille, mais parce qu’elle ressemblait à une théière issu d’un kit avec lequel les petites filles jouaient à la dînette. Elle s’agenouilla pour la ramasser. Elle fut assez surprise de se rendre compte qu’elle était en céramique, et non en plastique. Elle avait tout d’une vraie théière, à ceci près qu’elle ne mesurait pas plus de quinze centimètres. La théière tenait dans sa main. - Si tu me posais la question, dit Ellington, je te répondrais qu’il me semble impossible que quelqu'un l’ait laissée là par accident ou parce qu’il en avait assez de ranger des affaires dans le box. - Et elle n’a pas pu tomber d’une boîte, ajouta Mackenzie. C’est de la céramique. Si elle était tombée, elle se serait brisée sur le sol. - Donc qu’est-ce que cela signifie ? Mackenzie n’avait pas de réponse. Ils observèrent tous les deux la théière miniature, assez jolie mais aussi défraîchie – exactement comme la poupée du box d’Elizabeth Newcomb. Et en dépit de sa petite taille, Mackenzie sentit qu’elle avait une grande importance. *** Il était une heures cinq lorsqu’ils arrivèrent finalement au motel. Mackenzie était épuisée mais également revigorée par l’énigme de la poupée et de la petite théière. Une fois dans la chambre, elle prit un court moment pour retirer ses vêtements de travail et enfiler un T-shirt et un short de sport. Elle mit son ordinateur à charger tandis qu’Ellington se changeait pour se mettre à l’aise. Elle se connecta à sa boîte mail et vit que McGrath avait assigné à un agent la tâche de leur envoyer tous les documents qu’ils possédaient sur les meurtres des espaces d’entreposage personnel de Salem, dans l’Oregon, il y a huit ans. - Qu’est-ce que tu fais ? demanda Ellington en s’approchant derrière elle. Il est tard et demain, une journée interminable nous attend. Elle l’ignora et demanda : - Y avait-il le moindre détail dans l’affaire de l’Oregon ayant un lien avec ça ? Une poupée, une théière… quelque chose dans le genre ? - Honnêtement, je ne m’en souviens pas. Comme l’a dit McGrath, j’étais seulement en charge clôturer l’affaire. J’ai interrogé quelques témoins, mis de l’ordre dans les rapports et les documents. Si des éléments similaires sont apparus dans l’enquête, ils ne m’ont pas sauté aux yeux. Je ne suis pas prêt à affirmer que les affaires sont connectées. Oui, elles sont étrangement similaires, mais pas identiques. Pourtant… nous ne perdons rien à y jeter un œil. Nous pourrions peut-être aller au commissariat de Salem pour voir si l’un des policiers qui a travaillé sur le dossier se souvient d’un détail du genre. Mackenzie le croyait sur parole mais ne put s’empêcher de parcourir plusieurs documents avant de s’abandonner au désir de dormir. Elle sentit la main d’Ellington sur son épaule puis son visage à côté du sien. - Suis-je paresseux si je me mets au lit ? - Non. Suis-je beaucoup trop obsessionnelle si je ne le fais pas ? - Non. Tu es seulement très dévouée à ton travail. Il l’embrassa sur la joue et se laissa tomber sur l’unique lit de la chambre. La possibilité de le rejoindre était tentante – pas pour des activités extracurriculaires, seulement pour profiter de quelques heures de sommeil avant de se laisser emporter par le rythme frénétique du lendemain. Mais elle sentit qu’elle devait au moins trouver quelques pièces supplémentaires du puzzle, même si elles étaient enterrées dans les tréfonds d’un dossier vieux de huit ans. Au premier coup d’œil, il n’y avait rien. Cinq personnes avaient été tuées, les corps avaient été retrouvés dans des centres d’entreposage. L’un de box contenait des cartes de baseball d’une valeur excédant les dix mille dollars et un autre renfermait une collection macabre d’armes du Moyen-Âge. La police avait interrogé sept personnes en relation avec les meurtres mais n’avait prononcé aucune arrestation. La théorie élaborée par la police et le FBI voulait que le meurtrier enlève ses victimes avant de les forcer à ouvrir leurs boxes d’entreposage. D’après les premiers rapports, il semblait que l’assassin ne volait rien des boxes, même s’il était évidemment impossible d’avoir une certitude sur la question. D’après les observations de Mackenzie, aucun élément sortant de l’ordinaire n’avait été retrouvé sur les scènes de crime. Les dossiers contenaient des photos des scènes de crime et des cinq victimes. Trois des locaux d’entreposage étaient extrêmement désordonnés, parce qu’ils n’étaient pas obsessionnellement organisés comme celui d’Elizabeth Newcomb. Deux des photos des scènes de crime étaient remarquablement claires. L’une de la seconde victime, l’autre de la cinquième. Les deux boxes étaient dans un état que Mackenzie était tentée de qualifier de chaos organisé, il y avait des piles d’objets çà et là, au petit bonheur la chance. En regardant la photo de la seconde scène de crime, Mackenzie se concentra sur le fond du box, en zoomant autant qu’elle pouvait tant que l’image restait nette. Presque au centre de la pièce, au sommet de trois cartons empilés mais semblant sur le point de s’effondrer, elle crut repérer un détail intéressant. On aurait dit une sorte de pichet, pour de l’eau ou de la limonade. Il était posé sur une assiette. Même s’il y avait plusieurs objets sans rapport les uns avec les autres, ceux-là semblaient avoir été soigneusement placés au centre du box. Elle les fixa jusqu’à ce que ses yeux commencent à brûler, sans parvenir à obtenir de certitude. Même si ses chances étaient minces, elle ouvrit une nouvelle fenêtre pour envoyer un mail à deux agents qui travaillaient rapidement et efficacement – deux agents qui, pensa-t-elle soudain, étaient invités à son mariage avec Ellington : les Agents Yardley et Harrison. Elle ajouta les fichiers reçus en pièce-jointe et écrivit un court message : L’un de vous pourrait-il chercher dans les dossiers liés à ces affaires pour voir si quelqu'un a rédigé un inventaire de ce qui se trouvait dans les boxes d’entreposage ? Peut-être demander aux propriétaires des espaces d’entreposage personnel. Certaine qu’il ne lui restait pas grand chose à faire, Mackenzie s’autorisa finalement à se mettre au lit. Parce qu’elle était tellement épuisée et que le poids de cette journée l’écrasa soudain, elle s’endormit en moins de deux minutes, à l’instant où sa tête toucha l’oreiller. Même lorsque l’image inquiétante de la poupée du local d’Elizabeth Newcomb fit surface dans son esprit, elle parvint à l’ignorer – presque avec succès – et se laissa envahir par le sommeil. CHAPITRE DIX Mackenzie ne fut absolument pas surprise de se réveiller à six heures et demie et de découvrir que l’Agent Harrison lui avait répondu. C’était presque un gourou de la recherche et il avait rapidement appris à manier les dossiers, les fichiers et d’énormes quantités de données. Son mail contenait deux pièces-jointes et un message direct, comme toujours. Les deux pièces-jointes sont des inventaires menés à bien par le FBI. C’est tout ce dont nous disposons parce que les familles de deux autres victimes ont refusé que le Bureau passe en revue les objets de leurs espaces d’entreposage personnel. Il manque le cinquième parce que le propriétaire du complexe a vendu le contenu du box aux enchères trois jours après la mort de la victime. Ça semble de très mauvais goût mais la victime n’avait pas de famille pour récupérer ses affaires. J’espère que ça te sera utile. Tiens-moi au courant si tu as besoin de quelque chose de plus spécifique. Mackenzie ouvrit la pièce-jointe et trouva une liste simplifiée sous format Word. Le premier document comptait sept pages. Le second littéralement trente-six. Le document le plus long était un inventaire d’un local appartenant à Jade Barker. Le nom rappela instantanément quelque chose à Mackenzie. Elle chercha les images de la scène de crime parmi les documents originaux et vit que le local le plus désordonné appartenait à Jade Barker – celui qui contenait l’assiette étrange et le pichet installés au milieu de l’image. Mackenzie entreprit une recherche rapide dans le document et trouva les deux éléments listés à la page deux. Pichet de dînette. Assiette (jouet en plastique). Derrière elle, Ellington s’habillait. Alors qu’il boutonnait sa chemise, il s’approcha d’elle et regarda l’écran. - Putain, dit-il. Ils t’ont donné ce que tu voulais, n’est-ce pas ? - Oui. (Elle désigna les deux éléments, puis elle considéra quelque chose pendant un moment avant de demander). Où se trouve Salem exactement, dans l’Oregon ? - Au nord de l’état. Je ne sais pas exactement où. (Il marqua une pause et la regarda avec une irritation amusée, avant de soupirer) : Tu comptes faire un aller-retour dans la journée ? - Je pense que ça pourrait valoir la peine. J’aimerais jeter un coup d’œil aux lieux et peut-être parler à certains proches des victimes. - Il y a des familles auxquelles on pourrait parler ici, remarqua Ellington. En commençant par les parents d’Elizabeth Newcomb. Et honnêtement, j’aimerais discuter avec les policiers qui sont entrés les premiers dans ce box pour obtenir un rapport détaillé. - On dirait que tu as déjà ton programme de la matinée. - Mac… Salem se trouve à quatre heures de distance, je dirais. Il ne serait pas logique de nous séparer pour que tu sois sur la route toute la sainte journée seulement pour qu’avec un peu de chance, tu te fasses une vague idée de ce qui s’est passé là-bas il y a huit ans. Mackenzie ouvrit un onglet sur son ordinateur et tapa Seattle et Salem, OR. Sans lui rendre son regard, elle lança : - Trois heures et demie… disons trois si je conduis. Si tout se passe comme je le veux, je serai de retour pour le dîner. - Si tout se passe comme tu le veux, répéta Ellington. Elle sourit et se leva. - Je t’aime aussi. Sur ce, elle l’embrassa et regretta soudain de ne pas s’être couchée un peu plus tôt la veille. *** - Harrison, j’aurais besoin que tu lances une autre recherche pour moi. Mackenzie adorait conduire et parler au téléphone. Ça la grisait. Bien sûr, elle savait que ce n’était pas bien vu mais dans son travail, elle le percevait comme la meilleure manière de faire plusieurs choses à la fois. - Bien le bonjour à toi aussi, lança l’Agent Harrison à l’autre bout de la ligne. Je suppose que tu as lu mon mail ? - Oui. Il m’a été d’une grande aide. Mais je me demandais si tu pouvais continuer à creuser pour moi. Elle savait qu’il allait accepter. Par le passé, il s’inquiétait de ce que McGrath penserait des demandes de Mackenzie. Mais avec son nouveau rôle et sa position directement sous McGrath, elle savait qu’Harrison considérerait sa requête comme une priorité. - De quoi as-tu besoin ? - Là tout de suite, je suis en route pour Salem, Oregon pour aller voir les scènes de crime et interroger tous les témoins disponibles. J’aimerais que tu voies si tu peux me trouver les noms et les coordonnées des familles ou des amis proches des victimes vivant dans la région. - Ouais, je peux te dénicher ça. Combien de temps seras-tu sur la route ? - Encore trois heures. - Tu auras tout ce dont tu as besoin avant d’arriver. - Merci, Harrison. - Au fait, cette affaire est-elle une version étrange de pré-lune de miel pour vous deux ? demanda-t-il. - On en est très loin. Mais je suppose que tu pourrais le considérer comme une forme de préliminaires, plaisanta-t-elle. - Ouais, trop d’information. Je me remets au travail. Bonne route, Agent White. Ils raccrochèrent, et Mackenzie fixa l’Interstate 5, l’esprit complètement vide. Elle était obsédée par l’image du box de Jade Barker, morte environ huit ans auparavant. Si l’assiette et le pichet qu’elle avait repérés sur l’image étaient les deux mêmes objets inventoriés par le FBI, qu’est-ce que cela signifiait ? Bien sûr, il y avait une mince connexion entre des étranges découvertes liées à cette nouvelle enquête à Seattle, mais où menait-elle ? Même si elle quittait Salem avec la preuve irréfutable que le tueur laissait derrière lui les pièces d’un service à thé pour enfant et des jouets (et oui, elle incluait les poupées dans le thème de la dînette), cela leur fournissait-il un quelconque indice ? Bien sûr que oui, pensa-t-elle. Cela nous offre une piste étrange à explorer. Cela nous laisse une marge de compréhension sur un trait spécifique des scènes de crime – un élément qui possède apparemment une signification spéciale pour le tueur. Et il y avait autre chose, aussi. Cela les aiderait à mesurer à quel point le tueur pouvait être dangereux et tordu. Конец ознакомительного фрагмента. Текст предоставлен ООО «ЛитРес». Прочитайте эту книгу целиком, купив полную легальную версию (https://www.litres.ru/pages/biblio_book/?art=51923138) на ЛитРес. Безопасно оплатить книгу можно банковской картой Visa, MasterCard, Maestro, со счета мобильного телефона, с платежного терминала, в салоне МТС или Связной, через PayPal, WebMoney, Яндекс.Деньги, QIWI Кошелек, бонусными картами или другим удобным Вам способом.