Avant Qu’il Ne Faillisse
Blake Pierce


Voici le volume 11 de l’haletante série mystère Mackenzie White par Blake Pierce, l’auteur à succès de UNE FOIS PARTIE (bestseller nº1 ayant reçu plus de 1200 critiques à cinq étoiles).AVANT QU’IL NE FAILLISSE est le onzième tome de la série mystère Mackenzie White, qui commence avec AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)L’agent spécial du FBI Mackenzie White, enceinte de six mois, annule son mariage solennel avec Ellington et ils s’enfuient ensemble. Pendant leur lune de miel, ils profitent enfin d’un peu de temps libre ensemble – avant qu’une affaire urgente requière leurs compétences. Des femmes sont étranglées à un rythme rapide dans les environs de WASHINGTON par ce qui semble être un tueur en série. Encore plus dérangeant : ce tueur est si méticuleux qu’il ne laisse absolument aucune trace derrière lui. Mackenzie élabore une théorie radicale concernant l’identité du tueur, mais la poursuivre pourrait compromettre sa position – et mettre en péril sa vie. Dans son jeu du chat et de la souris le plus intense jusque-là, elle se voit obligée à lutter pour ne pas perdre son bébé et son équilibre mental contre un psychopathe diabolique, sa propre agence, et la chasse de sa vie. En dépit de son intelligence acérée, il se pourrait bien qu’elle arrive trop tard pour sauver les futures victimes – ou elle-même.  Un thriller psychologique sombre avec un suspense qui vous tiendra en haleine, AVANT QU’IL NE TOMBE est le volume 11 d’une fascinante nouvelle série, et d’un nouveau personnage, qui vous fera tourner les pages jusqu’aux heures tardives de la nuit.Le volume 12 de la série mystère Mackenzie White est déjà disponible !Également disponible du même auteur Blake Pierce : UNE FOIS PARTIE (Un mystère Riley Paige – Volume 1) - bestseller nº1 avec plus de 1200 critiques à cinq étoiles - et un téléchargement gratuit !







AVANT QU’ILS NE FAILLISSE



(UN MYSTÈRE MACKENZIE WHITE — VOLUME 11)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend quinze volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant douze volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant six volumes (pour l’instant) ; et de la série mystère KERI LOCKE, comprenant cinq volumes ; la série mystère LES ORIGINES DE RILEY PAGE, comprenant trois volumes (pour l’instant), la série mystère KATE WISE, comprenant trois volumes (pour l’instant), de la série de mystère psychologique CHLOE FINE, comprenant trois volumes (pour l’instant), et de la série à suspense psychologique JESSIE HUNT, comprenant trois volumes (pour l’instant).

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2019 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Bullstar, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT

LA FEMME PARFAITE (Volume 1)

LE QUARTIER PARFAIT (Volume 2)

LA MAISON PARFAITE (Volume 3)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE

LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1)

LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2)

VOIE SANS ISSUE (Volume 3)



SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE

SI ELLE SAVAIT (Volume 1)

SI ELLE VOYAIT (Volume 2)

SI ELLE COURAIT (Volume 3)

SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4)



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)

ATTENDRE (Tome 2)

PIEGE MORTEL (Tome 3)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)

PIÉGÉE (Tome 13)

LE RÉVEIL (Tome 14)

BANNI (Tome 15)

MANQUÉ (Tome 16)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)

AVANT QU’IL NE FAILLISSE (Volume 11)

AVANT QU’IL NE JALOUSE (Volume 12)

AVANT QU’IL NE HARCÈLE (Volume 13)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUETES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)

JEUX MACABRES (Tome 4)

LUEUR D’ESPOIR (Tome 5)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u5d18f41e-91fe-50cf-aeb5-c01b78f73994)

CHAPITRE UN (#ubba5b2c1-fbbe-5d96-8fe4-8a943d84971a)

CHAPITRE DEUX (#u8cc59343-e7e7-5379-b2c1-c7bbc452c047)

CHAPITRE TROIS (#u19d604c2-680e-5b16-a9b5-a301f8e81ca4)

CHAPITRE QUATRE (#uc72d5206-529e-5d33-97ae-a03c7e31c405)

CHAPITRE CINQ (#uba97e876-431b-55fa-9e7b-a981ab7dafd7)

CHAPITRE SIX (#u2d64373c-a837-5e7a-8d79-0ee3a93d0093)

CHAPITRE SEPT (#u7a9c70ed-3cc5-5d5b-89c6-abb82ab45387)

CHAPITRE HUIT (#ucff6a790-aa57-536f-9c7f-06f37455255c)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-ET-UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Christine n’avait vu la neige qu’une fois dans sa vie. Lorsque les flocons se mirent à tomber alors qu’elle rentrait de chez son petit-ami, elle sourit. Elle pensa que si elle n’avait pas bu autant d’alcool, elle apprécierait encore davantage qu’il neige. Elle avait vingt ans mais elle ne put s’empêcher de tirer la langue pour attraper quelques flocons. Elle rit sous cape à cause de la sensation… en plus du fait qu’elle se trouvait bien loin de San Francisco, sa ville natale.

Elle avait quitté son université pour aller étudier à Queen Nash dans le Maryland, avec pour but de se concentrer sur les sciences politiques. Les vacances d’hiver touchaient à leur fin et elle était impatiente de se remettre au travail, de se plonger dans les nouvelles matières du printemps. C’était l’une des raisons pour lesquelles son petit-ami Clark et elle avaient décidé de passer du bon temps ce soir – un dernier moment de gloire avant le début du semestre. Une sorte de petite fête avait été organisée et Clark, comme à son habitude, avait abusé de la bouteille. Elle avait décidé de rentrer chez elle – à trois pâtés de maison de distance – à pied, au lieu de rester et de supporter les tentatives de séduction des amis de Clark. Sans oublier les regards noirs de leurs copines. C’était en général de cette manière que toute réunion chez Clark se terminait lorsqu’elle ne le rejoignait pas dans son lit.

D’ailleurs… elle se sentait négligée. C’était l’un des défauts de Clark : il lui préférait toujours le travail, les études, ou l’alcool. Mais il y avait quelqu’un qu’elle pouvait appeler une fois chez elle. Bien sûr, il était tard, mais il lui avait bien fait comprendre que pour elle, il était disponible à tout moment. Il l’avait prouvé par le passé, alors pourquoi pas ce soir ?

Alors qu’elle traversait la rue qui séparait deux pâtés de maison, elle remarqua que la neige tenait sur les trottoirs. La tempête avait été prévue, les routes étaient donc salées, prêtes à résister aux intempéries, mais la couche blanche de neige qui tombait adhérait aux trottoirs et aux petites bandes de pelouse devant ou entre les bâtiments qu’elle longeait.

Au moment où Christine arriva chez elle, elle eut presque envie de retourner chez Clark. Il faisait froid et la neige suscitait en elle une sensation d’émerveillement enfantin. Tandis qu’elle saisissait sa clef pour ouvrir la porte de l’immeuble, elle manqua tourner les talons et le faire pour de bon.

La seule chose qui la convainquit du contraire fut la certitude qu’elle ne dormirait pas aussi bien que si elle restait chez elle. Son propre lit l’attendait ici, les couvertures chaudes, et au moins huit bonnes heures de sommeil.

Elle entra dans le hall et se dirigea vers les ascenseurs. Elle appuya sur le bouton et attendit que la porte s’ouvre. Elle n’était pas ivre, juste un peu pompette, et elle commença à caresser l’idée de boire un verre de vin supplémentaire en arrivant chez elle avant d’appeler… l’homme qu’elle voyait plus ou moins en cachette ces derniers mois.

C’était à cela qu’elle songeait lorsque l’ascenseur arriva. Elle entra et apprécia la sensation de sa tête qui tournait lorsque la cabine remonta sur les rails.

Elle émergea dans le couloir, qu’elle trouva désert. Logique, il était plus d’une heure du matin, un mercredi. Elle s’approcha de sa porte et sortit à nouveau ses clefs. Tandis qu’elles dansaient dans ses mains toujours glacées, une voix dans son dos la fit sursauter.

- Christine ?

Elle se tourna en entendant son prénom. Elle sourit en le voyant là. Elle ne serait pas obligée de l’appeler, après tout. C’était comme s’il s’était douté qu’elle aurait envie de lui. Ils ne s’étaient pas vus depuis environ une semaine.

- Salut, dit-elle.

Il s’approcha d’elle d’une démarche assurée. Il la regardait comme il la regardait toujours, avec une lueur dans les yeux qui ne laissait aucun doute sur ses intentions. Son simple regard l’excita – ça, et son identité. Il lui était interdit. Il était… eh bien, dangereux, en quelque sorte, maintenant, n’est-ce pas ?

Ils se jetèrent l’un sur l’autre avant même de franchir la porte. Le baiser était un peu maladroit, tant il était passionné. Elle commença immédiatement à l’explorer des mains. Elle l’attrapa par la taille et l’attira contre elle. Sa main à lui retraça les contours de son corps, glissa entre ses cuisses tandis qu’ils s’accrochaient l’un à l’autre dans le couloir.

- Entrons, parvint-elle à murmurer entre deux baisers, la respiration courte. Maintenant.

Elle ouvrit la porte pendant qu’il lui mordillait le cou. Elle gémit, excitée par ce qui s’apprêtait à survenir. Elle ignorait si elle parviendrait à attendre d’arriver dans sa chambre. Ils n’arriveraient peut-être même pas jusqu’au canapé. La serrure cliqueta, elle poussa la porte. Quand il se colla à elle, après avoir claqué la porte, elle s’éloigna. Elle s’appuya contre le petit plan de travail de la cuisine et retira sa jupe. Il aimait qu’elle se déshabille pour lui. L’idée de la contrôler l’excitait, ça lui donnait l’impression qu’elle se soumettait avant même qu’ils commencent à coucher ensemble.

Lorsqu’elle fit passer son top par dessus sa tête, tâtonnant pour dégrafer son soutien-gorge, elle plongea son regard dans le sien… et se figea. Il était parfaitement immobile, la lueur d’excitation avait disparu de ses yeux. Maintenant, elle y distinguait autre chose. Quelque chose de nouveau… quelque chose qui la terrifiait.

Il inclina la tête, comme s’il l’observait pour la première fois puis se rua sur elle. Il avait déjà été brutal avec elle mais jamais de cette manière. Ce n’était pas sexuel. Il l’écrasait de son poids et entourait son cou de ses mains. Cela ne ressemblait en rien à un jeu ; sa prise était forte et elle sentit tout de suite qu’il lui comprimait la trachée.

Moins de dix secondes plus tard, ses poumons commencèrent à s’affoler. À ce moment-là, elle le frappa furieusement, même lorsqu’elle sentit ses propres genoux se dérober sous elle.

Sa poitrine se contracta, comme si une force en elle tentait d’expulser l’air qui s’y trouvait, coûte que coûte. Lorsqu’elle s’effondra par terre, son crâne frappa contre le plan de travail de la cuisine. Il ne desserra pas la pression sur son cou, il lui sembla même qu’il l’augmentait à mesure qu’elle s’affaiblissait.

Elle lui donna un dernier coup, mais elle était si faible qu’elle ne sut pas même si elle était parvenue à le frapper. Lorsqu’elle tomba à terre, il était sur elle. Il continua à l’étrangler, en collant sa virilité dressée contre elle. Elle chercha une arme des mains – n’importe quoi – mais tout ce qu’elle trouva fut le T-shirt qu’elle venait d’enlever pour lui.

Elle eut à peine le temps de se demander pourquoi il lui faisait subir une telle chose avant que l’obscurité ne la submerge, la soulageant de cette terrible douleur dans la poitrine.




CHAPITRE UN


Mackenzie était debout dans sa salle de bains, appuyée contre le lavabo, les yeux rivés sur les toilettes. Elle avait beaucoup fixé les toilettes ces derniers temps, et elle arrivait à la fin de son premier trimestre en correspondant presque trop aux clichés sur la grossesse. Ses nausées matinales avaient été particulièrement fortes entre la huitième et la onzième semaine. Mais même maintenant, au milieu de sa quinzième semaine, elles étaient toujours brutales. Pas aussi fréquentes, certes, mais quand ça la prenait, ce n’était pas beau à voir.

Elle avait déjà vomi deux fois au réveil, et les gargouillements de son ventre semblaient annoncer un troisième épisode. Mais alors qu’elle buvait un peu d’eau et s’efforçait de calmer sa respiration tout en s’agrippant au lavabo, elle sentit la troisième vague s’éloigner progressivement.

Mackenzie baissa les yeux vers son ventre et posa sa main là où il commençait à peine à s’arrondir, depuis une semaine environ, avec amour.

- Ce sont mes intestins, mon tout petit, murmura-t-elle. Pas un repose-pieds.

Elle sortit de la salle de bains et se figea un instant dans le couloir, pour être sûre que la menace était bien passée. Lorsqu’elle se sentit à nouveau en contrôle, elle se dirigea vers sa penderie et commença à s’habiller. Elle entendait Ellington dans la cuisine – le tintement de la vaisselle lui laissait penser qu’il servait le café. Mackenzie aurait adoré en boire une tasse mais malheureusement pour elle, c’était l’un des aliments que le bébé refusait dans ce genre de moments.

Lorsqu’elle enfila son pantalon, elle remarqua qu’il était un peu plus serré que d’ordinaire. Elle estima qu’il ne lui restait qu’un mois avant de devoir investir dans des vêtements de maternité. Et ce serait à ce moment-là, supposait-elle, qu’elle se verrait contrainte d’annoncer la nouvelle de sa grossesse au Directeur McGrath. Elle ne lui avait toujours rien dit, de peur de sa réaction. Elle n’était absolument pas prête à se parquer derrière un bureau ou à se voir assigner des recherches pour un autre agent.

Ellington avança jusqu’au seuil de la chambre, les sourcils froncés. Il tenait en effet une tasse de café à la main.

- Tu te sens mieux ? demanda-t-il.

- Éloigne ce café de moi, répliqua-t-elle.

Elle avait voulu prendre un ton joueur mais sa répartie était teintée d’amertume.

- Au fait, ma mère n’arrête pas de me demander pourquoi nous n’avons toujours pas décidé d’un endroit pour le mariage.

- Est-elle consciente qu’il ne s’agit pas de son mariage ? rétorqua Mackenzie.

- Non. Je ne pense pas qu’elle le comprenne.

Il sortit de la chambre pour poser le café dans le salon puis revint vers Mackenzie. Il s’agenouilla et l’embrassa sur le ventre pendant qu’elle choisissait la chemise qu’elle porterait.

- Tu ne veux toujours pas connaître le sexe ? demanda-t-il.

- Je ne sais pas. Pas pour l’instant, mais je changerai peut-être d’avis.

Il leva les yeux vers elle. En contre-plongée, il ressemblait à un petit enfant qui lèverait les yeux vers l’un de ses parents pour obtenir son approbation.

- Quand comptes-tu le dire à McGrath ?

- Je ne sais pas.

Elle se sentait bête de se tenir là, à moitié habillée tandis qu’il appuyait sa joue contre son ventre. Pourtant, cela la rassura sur le fait qu’il était là pour elle. Il l’avait demandée en mariage avant de savoir qu’elle était enceinte et maintenant, confronté à une grossesse imprévue, il n’avait pas pris la fuite. Penser qu’il était l’homme avec qui elle passerait probablement le reste de sa vie lui procurait une sensation de paix et de contentement.

- Tu as peur qu’il te mette sur la touche ? demanda Ellington.

- Oui. Mais d’ici une semaine ou deux, je ne pense plus pouvoir dissimuler ce ventre qui pointe.

Ellington ricana et l’y embrassa encore.

- C’est un petit ventre sexy.

Il continua à l’embrasser, en s’attardant un peu plus à chaque baiser. Elle rit et s’écarta de lui d’un air joueur.

- Pas le temps pour ça. Nous avons du travail. Et, si ta mère continue à insister, un mariage à planifier.

Ils avaient passé en revue tous les lieux possibles et avaient même commencé à chercher un traiteur pour la réception qu’ils souhaitaient intime. Mais ni l’un ni l’autre ne parvenait à réellement s’impliquer. Face à tout ce processus, ils se rendaient compte qu’ils avaient beaucoup en commun : une aversion pour tout ce qui était snobinard, une profonde angoisse face aux préparatifs du mariage et une propension à toujours faire passer le travail avant le reste.

Alors qu’elle s’habillait, elle se demanda si elle ne gâchait pas le plaisir d’Ellington. Son manque d’enthousiasme pour la planification de leur mariage lui donnait-il l’impression qu’elle s’en fichait ? Elle n’espérait pas, parce que ce n’était pas du tout le cas.

- Hé, Mac ?

Elle se tourna vers lui en commençant à boutonner sa chemise. La vague de nausée était presque passée maintenant, il était donc possible que sa journée se déroule sans accroc.

- Ouais ?

- Ne planifions rien. Nous n’en avons pas la moindre envie, ni toi, ni moi. Et en réalité, nous ne voulons pas non plus d’un grand mariage. Seule ma mère serait contrariée et, assez franchement, je pense que ça ne me dérangerait pas outre mesure.

Un sourire passa sur son visage, qu’elle fit disparaître aussi rapidement que possible. Cette éventualité ne lui déplaisait pas non plus.

- Je crois que je vois où tu veux en venir. Mais j’ai besoin de l’entendre de ta bouche, pour en être sûre.

Il traversa la pièce dans sa direction et lui prit les mains.

- Je dis que je n’ai aucune envie de planifier un mariage mais que je n’ai pas non plus envie de continuer à attendre pour t’épouser. Marions-nous à la mairie, et basta.

L’inflexion de sa voix, au milieu de la phrase, l’empêchait de douter de sa sincérité. Pourtant… cela semblait trop beau pour être vrai.

- Tu parles sérieusement ? Tu ne le dis pas seulement parce que…

Elle s’arrêta, incapable d’aller au bout de sa question, en jetant un coup d’œil à son ventre.

- Je te jure que ça n’a rien à voir, la rassura Ellington. Même si je suis très enthousiaste à l’idée d’élever et de potentiellement terrifier un enfant avec toi, pour l’instant, tu es ma priorité.

- Ouais, nous allons terrifier cet enfant, n’est-ce pas ?

- Pas volontairement. (Il l’attira contre lui et l’enlaça. Puis il lui chuchota à l’oreille et entendre sa voix si proche la rassura et la mit à nouveau en joie). Je le pense vraiment. Faisons-le. Marions-nous tout de suite.

Elle acquiesçait déjà pour manifester son accord avant même qu’ils ne rompent leur étreinte. Lorsqu’ils se retrouvèrent à nouveau face-à-face, leurs yeux à tous les deux étaient légèrement humides.

- D’accord, répondit Mackenzie.

- Ouais, OK, fit-il, un peu étourdi. (Il se pencha, l’embrassa, avant d’ajouter) : Donc qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Merde, j’imagine qu’il faut qu’on planifie quelque chose, quelle que soit notre décision.

- D’après moi, il faut qu’on appelle la mairie pour réserver un créneau, renchérit Mackenzie. Et l’un de nous doit contacter McGrath pour lui demander de nous libérer le temps de la cérémonie. Pas moi !

- Tricheuse, lança-t-il avec un sourire. D’accord. J’appelle McGrath.

Il sortit son téléphone de sa poche, avec l’intention de le faire sur le champ, puis l’y rangea à nouveau.

- C’est peut-être une conversation que je ferais mieux d’avoir avec lui en personne.

Elle acquiesça. Ses mains tremblaient imperceptiblement alors qu’elle terminait de boutonner sa chemise. Nous allons le faire, pensa-t-elle. Nous allons vraiment le faire…

Elle était excitée, nerveuse et transportée de joie. Toutes ces émotions bouillonnaient simultanément en elle. Elle répondit de l’unique manière possible pour elle – en le rattrapant pour le prendre dans ses bras. Et lorsqu’ils s’embrassèrent, il lui fallut environ trois secondes pour décider qu’ils avaient peut-être le temps de faire ce qu’il avait tenté d’initier quelques instants plus tôt.



***



La cérémonie eut lieu deux jours plus tard, un mercredi après-midi. Elle ne dura pas plus de dix minutes et s’acheva lorsqu’ils échangèrent les alliances qu’ils avaient choisies ensemble la veille. Cela avait été si facile et fluide que Mackenzie se demanda pourquoi les femmes s’imposaient un tel enfer avec toute la planification et le stress qu’impliquait un mariage classique.

Parce qu’elle avait besoin d’au moins un témoin, Mackenzie avait demandé à l’agent Yardley de remplir ce rôle. Elles n’avaient jamais été vraiment amies, mais c’était un bon Agent et donc, une femme en qui Mackenzie avait confiance. Mais parler à Yardley lui rappela une fois de plus qu’elle n’avait pas vraiment d’amis. Dans sa vie, Ellington était la personne qui se rapprochait le plus d’un ami, et en ce qui la concernait, c’était plus que suffisant.

Tandis que Mackenzie et Ellington sortaient de la salle dédiée aux mariages et arpentaient le couloir principal, Yardley fit de son mieux pour leur adresser un petit discours de félicitation avant de s’éloigner précipitamment.

Mackenzie la regarda s’en aller en se demandant pourquoi elle était si pressée.

- Je ne dirais pas que c’est impoli, loin de là, fit-elle remarquer à Ellington. Mais on aurait dit qu’elle mourait d’envie de filer au plus vite.

- C’est parce que je lui ai parlé avant la cérémonie, répondit Ellington. Je lui ai dit de prendre ses jambes à son cou à la fin.

- Ce n’est pas très sympathique de ta part. Puis-je savoir pourquoi ?

- Parce que j’ai convaincu McGrath de nous accorder un congé jusqu’à lundi prochain. J’ai mis à profit tout le temps et le stress que j’aurais investis dans la planification d’un mariage pour organiser une lune de miel.

- Quoi ? Tu te moques de moi ?

Il secoua la tête. Elle l’enlaça, en essayant de se souvenir d’un moment où elle avait été aussi heureuse. Elle se sentait comme une très jeune fille à qui on aurait offert tout ce qu’elle désirait pour Noël.

- Quand as-tu réussi à faire tout ça ? demanda-t-elle.

- Principalement sur mon temps de travail, répondit-il en souriant. Maintenant, il faut qu’on se dépêche. Nous avons des valises à préparer et un mariage à consommer. Notre avion décolle pour l’Islande dans quatre heures.

Le choix de la destination commença par lui paraître étrange. Mais elle se souvint soudain de leur conversation sur la liste de ce qu’ils souhaitaient faire avant de mourir, rédigée quand elle avait découvert qu’elle était enceinte. Ce qu’elle voulait accomplir avant de mettre un enfant au monde. Mackenzie avait mentionné son rêve de dormir à la belle étoile et de voir une aurore boréale.

- Ouais, alors filons, lança-t-elle. Parce que vu mon humeur et ce que je compte te faire de retour chez nous, je ne sais pas comment nous allons réussir à arriver à temps à l’aéroport.

- Oui, madame, dit-il, en se hâtant vers la porte. Une question, cependant.

- Quoi donc ?

Il lui sourit et demanda :

- Puis-je t’appeler Mme Ellington maintenant ?

Son cœur bondit dans sa poitrine en entendant sa question.

- Je suppose que oui, dit-elle alors qu’ils sortaient, faisant leurs débuts dans le monde en tant que couple marié.




CHAPITRE DEUX


Commettre un meurtre n’avait rien eu à voir avec ses expectatives. Il pensait qu’il serait obsédé, à un degré ou à un autre, par le : qu’ai-je fait ? Qu’il vivrait peut-être un moment de culpabilité déterminant, ou aurait la certitude d’avoir altéré définitivement la vie d’une famille. Mais il n’avait rien ressenti de tel. Le seul sentiment qu’il avait éprouvé après les meurtres – après avoir tué ses deux victimes – était une paranoïa accablante.

Et, s’il était honnête, de la joie.

Il avait peut-être été stupide de commettre ces meurtres avec une telle nonchalance. Il avait été surpris de trouver cet acte si naturel. Cette perspective le terrifiait avant qu’il pose ses mains sur leurs cous – avant qu’il ne serre et regarde la vie abandonner leurs beaux corps. Le meilleur moment avait été d’observer la lumière quitter leurs yeux. Il ne s’y attendait pas, mais cela avait été érotique – la plus grande preuve de vulnérabilité dont il avait été témoin de toute sa vie.

La paranoïa, en revanche, était pire qu’il l’avait imaginée. Il s’était révélé incapable de dormir pendant trois jours après avoir tué la première fille. Il s’était donc prémuni contre un tel désagrément après la seconde. Quelques verres de vin rouge et un somnifère juste après l’assassinat et son sommeil avait été plutôt réparateur, en fin de compte.

Mais ce qui le taraudait, c’était la difficulté qu’il avait éprouvée pour quitter la scène du crime la seconde fois. La manière dont elle s’était effondrée, la manière dont la vie avait disparu de ses yeux en un instant… cela lui avait donné envie de rester là, à fixer ces yeux fraîchement morts pour percer les secrets qu’ils renfermaient. Il n’avait jamais ressenti un tel désir auparavant, même si pour être honnête, il n’avait jamais considéré la possibilité de tuer avant l’année dernière. Donc apparemment, exactement comme les papilles gustatives, la morale d’une personne pouvait évoluer d’une minute à l’autre.

Il y pensait, assis face à sa cheminée. La maison tout entière était tellement silencieuse et calme qu’il percevait le bruit de ses doigts sur son verre de vin. Il regardait le feu crépiter tout en sirotant un vin rouge à l’arôme puissant.

C’est ta vie maintenant, se dit-il. Tu ne t’es pas contenté de tuer une personne, tu en as supprimé deux. Bien sûr, ces meurtres étaient nécessaires. Tu devais le faire, c’était une question de vie ou de mort pour toi. Même si techniquement, aucune de ces filles ne méritaient de mourir, seule la nécessité a guidé ta main.

Il se répétait la même chose en boucle. C’était l’une des raisons pour lesquelles la culpabilité à laquelle il s’attendait ne l’avait pas encore paralysé. C’était peut-être aussi la raison pour laquelle il y avait autant de place pour que la paranoïa s’immisce et s’enracine en lui.

Il s’attendait à ce qu’on frappe à sa porte à tout moment et à trouver un policier sous le porche. Peut-être même les membres d’une unité spéciale, équipés d’un bélier. Et le pire, c’était qu’il savait qu’il le méritait. Il ne caressait pas l’illusion de s’en tirer en toute impunité. Il savait qu’un jour, la vérité éclaterait. Le monde fonctionnait ainsi, de nos jours. Le secret n’existait plus, il n’était plus possible de vivre sa propre vie.

Lorsque le moment viendrait, il se pensait capable d’encaisser la décision que prendrait la justice, en restant debout, comme un homme. La seule question qui le tourmentait était celle du nombre de ses futures victimes. Combien de personnes serait-il obligé de tuer ? Une part de lui le suppliait d’arrêter, tentait de le convaincre qu’il avait déjà fait son travail et que personne d’autre ne devait mourir.

Mais il avait la certitude que ce n’était pas le cas.

Et pire encore, la perspective de recommencer éveillait une excitation qui vibrait dans tout son corps et le consumait à l’image du feu devant lui.




CHAPITRE TROIS


Elle était consciente que c’était seulement dû au changement de décor, mais faire l’amour dans la nature islandaise, sous le majestueux tourbillon de l’aurore boréale, était phénoménal. La première nuit, lorsqu’Ellington et elle en eurent fini avec les festivités, Mackenzie passa sa nuit la plus exquise depuis très longtemps. Elle s’endormit heureuse, physiquement satisfaite, sentant qu’une vie croissait en elle.

Ils se réveillèrent le matin suivant et burent un café très amer autour d’un petit feu dans leur campement. Ils se trouvaient dans la partie nord-est du pays, bivouaquaient à environ douze kilomètres du lac Myvatn, et Mackenzie avait l’impression qu’ils étaient seuls au monde.

- Que dirais-tu de poisson frais pour le petit-déjeuner ? demanda Ellington à brûle-pourpoint.

- Je pense qu’un porridge et du café sont amplement suffisants.

- Le lac est seulement à douze kilomètres. Je pourrais pêcher quelques poissons et nous préparer un vrai repas d’aventuriers.

- Tu pêches ? demanda-t-elle, surprise.

- Je pêchais très souvent, avant, répondit-il.

Son regard se perdit au loin. Elle savait maintenant que ce regard signifiait qu’il abordait un sujet lié à un élément de son passé étroitement lié à son premier mariage.

- Je serais curieuse de voir ça.

- C’est du scepticisme que j’entends dans ta voix ?

Sans rien ajouter, elle se leva pour se diriger vers le quatre-quatre qu’ils avaient loué.

- Va pour du poisson.

Ils montèrent dans le quatre-quatre et prirent le chemin du lac. Mackenzie était charmée par les espaces verts à perte de vue, les fjords, la nature qui semblait parfois tout droit sortie d’un conte de fées. Le contraste était total avec le bruyant tourbillon d’activités auquel elle s’habituait chaque jour un peu plus à Washington. Elle jeta un coup d’œil à Ellington, concentré sur la route. Il était beau avec son apparence négligée, ses cheveux encore légèrement ébouriffés après une nuit dans la tente. Et alors qu’ils avaient prévu de passer la nuit dans un petit motel, principalement pour prendre des douches avant de retrouver leur bivouac, elle devait admettre que son aspect un peu crasseux, brut de décoffrage, avait quelque chose d’attrayant. Étrangement, le voir comme ça l’aidait à concevoir l’idée de passer le reste de sa vie avec lui.

Ils arrivèrent au lac vingt minutes plus tard et Ellington s’installa sur un vieux ponton défraîchi, armé de la canne à pêche qu’il avait louée. Mackenzie se contenta de le regarder, et ils échangèrent seulement quelques propos anodins. Elle appréciait de le voir faire quelque chose qu’elle n’aurait jamais même imaginé qu’il pouvait apprécier. Cela lui rappelait qu’elle avait encore tant de choses à apprendre sur lui – une pensée qui lui donnait à réfléchir quand elle observait l’homme qu’elle avait épousé seulement deux jours plus tôt.

Ils retournèrent au campement, la Jeep était envahie par l’odeur des trois poissons qu’ils mangeraient pour le petit-déjeuner. De retour sur place, elle vit que son expertise en matière de pêche s’arrêtait à attraper les poissons. Il retira les écailles et les vida maladroitement ; même s’ils finirent par manger de délicieux poissons cuits à la braise, ce fut en petits morceaux inégaux.

Ils planifièrent leur journée : promenade à cheval jusqu’à une cascade puis retour au petit motel aux abords de Reykjavík pour prendre une douche et dîner correctement avant de s’enfoncer à nouveau dans la superbe nature jusqu’au campement, à la tombée de la nuit. Et après avoir terminé leur petit-déjeuner de poisson frais, ils menèrent ce plan à bien, étape par étape.

Tout se déroulait réellement comme dans un rêve, ce voyage était une merveilleuse manière de commencer leur vie à deux. Il y avait des moments, lorsqu’elle le tenait dans ses bras ou l’embrassait dans ce paysage incroyable, où elle savait qu’elle se souviendrait de ce séjour toute sa vie, peut-être jusqu’à son dernier souffle. Elle ne s’était jamais sentie aussi épanouie.

Ils retournèrent sur le terrain de camping, où ils rallumèrent leur feu. Ensuite, fraîchement douchés et avec un bon repas dans l’estomac, ils se retirèrent dans leur tente et profitèrent pleinement de la nuit.



***



Deux jours avant la fin de leur lune de miel, ils prirent part à une excursion privée sur un glacier du Cercle d’Or islandais. Ce fut le seul jour au cours duquel Mackenzie eut des nausées matinales et, en conséquence, abandonna la possibilité d’escalader le glacier. Ce qui lui donna tout loisir d’observer Ellington en action. Elle apprécia de le regarder s’attaquer à la montagne comme un enfant surexcité. C’était un aspect de son caractère qu’elle avait vu apparaître de temps à autre, mais jamais à ce point. Elle réalisa alors qu’ils n’avaient jamais passé autant de temps ensemble en dehors du travail. Ce séjour était un paradis sporadique qui lui ouvrait les yeux sur la force de son amour pour lui.

Tandis qu’Ellington et l’instructeur commençaient à descendre le glacier, Mackenzie sentit son téléphone vibrer dans la poche de son manteau. Ils avaient tous les deux mis leurs téléphones en silencieux lorsqu’ils étaient montés dans l’avion pour partir en lune de miel mais, compte tenu de la nature de leurs métiers, ils n’étaient pas autorisés à déconnecter complètement. Pour s’occuper tandis qu’Ellington descendait le glacier, elle sortit son téléphone et y jeta un coup d’œil.

Lorsqu’elle vit le nom de McGrath apparaître sur l’écran, son rythme cardiaque s’accéléra. Elle flottait dans une bulle ces derniers jours. Voir son nom lui donna la certitude que la parenthèse enchantée s’apprêtait se refermer.

- Agent White à l’appareil, lança-t-elle.

Elle pensa instantanément : Mince… je viens de rater la première occasion de me désigner comme Agent Ellington.

- McGrath. L’Islande est-elle à votre goût ?

- C’est sympa, répondit-elle. (Ensuite, en se fichant d’avoir l’air un peu trop vulnérable avec lui, elle se corrigea) : C’est magnifique. Vraiment beau.

- Eh bien, alors, vous allez me détester, je n’en ai pas le moindre doute.

Il lui expliqua ensuite pourquoi il l’appelait et il avait raison. Lorsqu’elle raccrocha, elle était assez en colère contre lui.

Son intuition était la bonne. Un simple appel avait suffi pour que sa lune de miel s’achève.




CHAPITRE QUATRE


La transition avait finalement été assez facile. L’empressement et la ruée pour ne pas rater leur vol puis le trajet de nuit pour rejoindre Washington avaient inexorablement dissolu la magie de leur lune de miel – qui avait laissé place à la vie réelle. Mais Mackenzie était ravie de sentir qu’un peu de cette magie continuait à exister entre eux : même ici, aux Etats-Unis, et malgré la pression de leur travail, ils étaient encore mariés. Bien sûr, l’Islande avait été une parenthèse enchantée mais cela n’était pas la seule chose qui les avait liés pendant ces quelques jours.

En revanche, elle ne s’était pas attendue à ce que son alliance lui semble aussi lourde à son doigt lorsqu’Ellington et elle entrèrent dans le bureau de McGrath seulement quatorze heures après l’interruption forcée de leur lune de miel. Elle n’était pas assez naïve pour penser qu’elle faisait d’elle une nouvelle personne mais elle la voyait comme le signe qu’elle avait changé – qu’elle était capable d’évoluer. Et si c’était vrai dans sa vie personnelle, alors pourquoi pas dans sa vie professionnelle ?

Ça commencera peut-être une fois que tu auras avoué à ton supérieur que tu es actuellement enceinte de quinze semaines, pensa-t-elle.

Avec cette pensée logée dans un coin de la tête, elle réalisa aussi que l’affaire à cause de laquelle on les avait appelés serait probablement la dernière avant qu’elle soit obligée d’admettre sa grossesse – même si l’idée de continuer à pourchasser des meurtriers avec un gros ventre la faisait aussi sourire.

- J’apprécie que vous soyez venus tous les deux si rapidement, leur dit McGrath. Et je souhaite aussi vous féliciter pour votre mariage. Bien sûr, je n’aime pas l’idée qu’un couple marié travaille ensemble. Mais je voudrais que cette enquête soit bouclée très rapidement, car une vague de panique risque de se répandre sur le campus d’une université si nous n’allons pas au bout des choses au plus vite. Et il est indéniable que vous travaillez bien ensemble, tous les deux, donc nous y voilà.

Ellington la regarda et sourit en entendant la dernière remarque de son supérieur. Mackenzie était presque désarmée par la puissance de ses sentiments pour lui. C’était émouvant mais ça la rendait aussi un peu mal à l’aise.

- La dernière victime est une étudiante en deuxième année de Licence de l’université Queen Nash de Baltimore. Christine Lynch. Elle a été tuée dans sa cuisine très tard dans la nuit. Elle avait la poitrine nue, son T-shirt a été retrouvé par terre. Il est évident qu’elle a été étranglée. D’après ce que je comprends, il n’y avait pas d’empreintes sur son cou, ce qui indique que le tueur portait des gants.

- Donc le meurtre était prémédité et non situationnel, commenta Mackenzie.

McGrath hocha la tête et fit glisser trois photos de la scène de crime devant lui. Christine Lynch était une très jolie blonde et sur les clichés, son visage était tourné vers la droite. Elle était maquillée et, comme McGrath l’avait précisé, elle ne portait pas de T-shirt. On distinguait un petit tatouage sur son épaule. Un moineau, devina Mackenzie. Le moineau semblait regarder en direction de là où les hématomes commençaient autour de son cou ; les bleus étaient évidents, même sur les photos.

- La première victime, continua McGrath, en ouvrant un autre dossier, est une jeune femme de vingt-et-un ans appelée Jo. Une autre étudiante de Queen Nash. Elle a été retrouvée dans sa chambre, allongée sur son lit, complètement nue. Le corps n’a été découvert que trois jours après la mort, lorsque sa mère a appelé pour faire part de ses inquiétudes à la police. Il y avait des signes de strangulation, mais pas aussi vicieuse que dans le cas de Christine Lynch. La police scientifique a trouvé des preuves d’activité sexuelle avant la mort, dont un emballage de préservatif vide.

Il leur fit passer les photos de la scène du crime. Il y avait davantage de photos de Jo Haley, en particulier des hématomes tout autour de son cou, marques de la strangulation qui avait causé la mort. Comme Christine Lynch, elle était sans nul doute attirante. Elle était également très mince, presque au point d’être squelettique.

- Donc l’unique piste réelle que nous tenons est que deux jolies filles de Queen Nash ont été tuées, probablement pendant ou avant un acte sexuel ? demanda Mackenzie.

- Oui, répondit McGrath. D’après les estimations du médecin-légiste quant à la date de la mort de Jo Haley, il semblerait qu’elles aient été tuées à seulement cinq jours d’écart.

- Savons-nous à peu près à quelle heure de la nuit les meurtres ont eu lieu ? demanda Mackenzie.

- Non. Rien de concret, mais nous savons que Christine Lynch était chez son petit-ami jusqu’à une heure du matin mercredi. C’est lui qui a découvert son corps le lendemain, quand il est allé lui rendre visite.

Ellington examina les dernières photos et les rendit à McGrath.

- Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, je suis un homme marié maintenant. Je ne peux plus approcher librement les jolies filles sur les campus universitaires.

McGrath leva les yeux au ciel avant de fixer Mackenzie.

- Alors bon courage, dit-il en hochant la tête vers Ellington. Plus sérieusement… Je voudrais que l’affaire soit bouclée le plus rapidement possible. Les vacances d’hiver se terminent la semaine prochaine et je ne veux pas de panique sur le campus à la rentrée des étudiants.

Comme s’il suffisait à Ellington d’appuyer sur un interrupteur pour changer de personnalité, l’Agent prit le dessus sur l’homme.

- Je récupère les dossiers de l’affaire et nous nous y mettons sur le champ.

- Merci. Et vraiment… profitez de cette dernière enquête ensemble. J’estime que le fait que vous travailliez ensemble maintenant que vous êtes mariés n’est pas une bonne idée. Considérez cette affaire comme mon cadeau de mariage.

- En réalité, monsieur, répliqua Mackenzie, incapable de se retenir. J’aurais préféré une cafetière.

Elle eut du mal à en croire ses yeux lorsque l’ombre d’un sourire s’esquissa sur les lèvres de McGrath. Il reprit immédiatement contenance et Mackenzie et Ellington sortirent de son bureau. Il s’agissait de leur première enquête en tant que mari et femme, et, en conséquence, de la dernière sur laquelle ils feraient équipe.




CHAPITRE CINQ


Respectant l’approche de Mackenzie, ils commencèrent par s’intéresser à la scène de crime la plus récente. C’était l’équivalent de jeter un coup d’œil à un corps encore tiède – le corps tiède étant bien plus susceptible de fournir des indices ou des indications qu’un corps froid depuis un moment. Mackenzie avait profité du trajet jusqu’au Maryland pour lire les dossiers à haute voix tandis qu’Ellington conduisait.

Lorsqu’ils arrivèrent devant l’appartement de Christine à Baltimore, un adjoint du service de police local les accueillit. Il s’agissait d’un homme d’âge mûr, probablement à un ou deux ans de la retraite, à qui on assignait le rôle de coordinateur d’enquêtes comme celle-là.

- Ravi de faire votre connaissance, dit-il en leur serrant la main avec un enthousiasme qui semblait forcé et lui donnait l’air exécrable. Adjoint Wheeler. Je supervise cette affaire, en quelque sorte.

- Agents White et Ellington, lança Mackenzie en réalisant encore une fois qu’elle ne savait pas comment se désigner.

Ellington et elle n’en avaient toujours pas parlé, même si son certificat de mariage la désignait officiellement comme Mackenzie Ellington.

- Que pouvez-vous nous dire, depuis votre point de vue ? demanda Ellington alors qu’ils entraient dans l’appartement de Christine Lynch.

- Eh bien, nous sommes arrivés, mon partenaire et moi, et nous avons rencontré le compagnon de la victime avant d’entrer. Elle était là, par terre, dans la cuisine. Elle avait la poitrine nue, son T-shirt était roulé en boule à côté d’elle. Ses yeux étaient encore ouverts. Elle avait très clairement été étranglée et il n’y avait aucun signe de résistance, ni rien dans le genre.

- Il neigeait la nuit du meurtre, dit Ellington. Y avait-il des empreintes mouillées dans le couloir ?

- Non. D’après les informations que nous avons pu réunir, le compagnon de la victime n’est arrivé que l’après-midi suivante. Entre dix et seize heures ont pu s’écouler entre la dernière fois qu’il l’a vue et le moment où elle a été assassinée.

- Donc c’était une scène de crime impeccable.

- Ouais. Pas d’indices, pas d’empreintes de chaussures mouillées ou de traces de neige. Rien qui puisse nous aider.

Mackenzie repensa à ce qu’elle avait lu dans les dossiers liés à l’enquête – en particulier à une note manuscrite du médecin légiste, ajoutée il y avait moins de six heures. Lorsqu’ils avaient préparé le corps pour l’examen, ils avaient trouvé des traces d’excitation sexuelle en retirant les sous-vêtements de Christine. Bien sûr, ce détail pouvait être lié avec le temps passé avec son petit-ami. Mais elle avait été retrouvée là, sans T-shirt, dans sa cuisine… eh bien, cela l’amenait à penser que quelqu'un l’avait peut-être rejoint ici en deuxième partie de soirée. Et ils n’avaient peut-être pas eu envie d’attendre d’arriver dans la chambre.

- La police locale a-t-elle demandé à visionner les vidéos de sécurité ? demanda Mackenzie. J’ai remarqué au moins deux caméras sur les côtés de l’immeuble quand nous sommes arrivés.

- Quelqu'un y travaille justement au moment où nous parlons, répondit Wheeler. D’après ce qu’on m’a dit il y a environ deux heures, il n’y avait rien de particulier sur les enregistrements. Mais vous pouvez vérifier par vous-mêmes, bien entendu.

- Nous vous prendrons sûrement au mot, lança Mackenzie en sortant de la cuisine pour entrer dans le salon.

Christine semblait avoir vécu une vie très rangée. Sa petite bibliothèque sur le mur droit du salon était bien organisée, les livres – des biographies et des vieux manuels de sciences politiques pour la plupart – étaient rangés par ordre alphabétique. Il y avait quelques photos placées çà et là sur les deux tables basses et accrochées aux murs. La plupart étaient des portraits de Christine et d’une femme qui devait être sa mère.

Mackenzie avança ensuite jusqu’à la chambre et observa les alentours. Le lit était fait et le reste de la pièce était aussi impeccable que le salon. Les quelques objets qui traînaient sur la table de chevet et le bureau révélaient très peu de choses : des stylos, de la petite monnaie, un chargeur d’iPhone, le tract de campagne d’un homme politique local, un verre avec un fond d’eau. Il était évident que rien de physique n’avait eu lieu dans cette chambre la nuit où Christine avait été tuée.

Cela suscitait beaucoup de questions et de conclusions, parmi lesquelles Mackenzie essayait de faire le tri tout en revenant dans la cuisine.

Quelqu'un l’a retrouvée ici alors qu’elle rentrait de chez son petit ami. S’attendait-elle à cette visite ou l’avait-elle prise par surprise ?

Le fait que son corps ait été découvert dans son appartement et qu’elle ne porte pas de T-shirt signifiait probablement qu’elle avait invité le tueur à entrer – que sa visite soit une surprise ou non. L’avait-elle invité à entrer sans avoir la moindre idée du danger qu’elle courait ?

Lorsqu’elle arriva dans la cuisine, Ellington prenait des notes tout en parlant avec l’adjoint Wheeler. Ellington et elle échangèrent un regard et un hochement de tête. C’était l’une des nombreuses manières qui montraient qu’ils étaient sur la même longueur d’onde au travail – un langage non verbal qui leur évitait de nombreuses interruptions et moments de malaise.

- Eh bien, adjoint Wheeler, je pense que nous disposons des éléments nécessaires, lança Ellington. Par hasard, étiez-vous également présent sur la scène du crime de Jo Haley il y a quelques jours ?

- Non. Mais je connais assez bien le dossier pour vous aider si vous en avez besoin.

- Génial. Nous n’hésiterons pas à vous contacter en cas de nécessité.

Wheeler parut satisfait de cette réponse, il leur sourit à tous les deux tandis qu’ils sortaient de l’appartement de Christine Lynch. À l’extérieur, Mackenzie regarda en direction du trottoir, où presque toutes les indications qu’il avait neigé avaient disparu. Elle sourit faiblement en réalisant qu’Ellington et elle étaient probablement sur le point de se marier au moment où cette pauvre fille avait poussé son dernier souffle.

Christine Lynch n’aura pas la chance de vivre un mariage ou d’avoir un époux, pensa Mackenzie. Cette idée provoqua une vague de tristesse en elle – une tristesse qui s’approfondit lorsqu’elle réalisa qu’il y avait aussi un autre rite de la féminité que Christine ne connaîtrait jamais.

Submergée par le chagrin, Mackenzie posa une main sur son ventre qui s’arrondissait à peine, comme pour protéger ce qu’il renfermait.



***



Après avoir passé un appel au bureau, Mackenzie et Ellington découvrirent que le compagnon de Christine était aussi un étudiant de Queen Nash, âgé de vingt-deux ans. Il travaillait à mi-temps dans un service de santé publique pour acquérir de l’expérience et préparer la carrière qui suivrait l’obtention de son diplôme de santé publique. Ils ne le trouvèrent pas au travail mais chez lui, apparemment bien plus affecté par la mort de Christine que la moyenne des petits amis.

Lorsqu’ils arrivèrent dans son appartement, Clark Manners était occupé à nettoyer machinalement ce qui était déjà un logement rutilant de propreté. Il était évident qu’il n’avait pas bien dormi récemment : ses yeux étaient vitreux, il marchait comme si une force inconnue le propulsait. Pourtant, il sembla enthousiaste lorsqu’il les invita à entrer et impatient d’en savoir plus.

- Écoutez, je ne suis pas stupide, commença-t-il lorsqu’ils s’assirent dans son salon immaculé. L’homme qui l’a tuée… qui qu’il soit… allait la violer, n’est-ce pas ? C’est la raison pour laquelle elle ne portait pas son T-shirt, n’est-ce pas ?

Mackenzie s’était posé la question, mais les photographies de la scène de crime racontaient une tout autre histoire. Lorsque Christine s’était effondrée sur le sol, elle avait atterri sur le T-shirt. Cela semblait indiquer qu’il avait été enlevé très naturellement, avant d’être abandonné par terre. Si Mackenzie prenait les paris, elle dirait que Christine l’avait retiré de son propre chef, sûrement pour la personne qu’elle avait invitée à entrer… et qui avait fini par la tuer. D’ailleurs… Mackenzie n’était pas convaincue que le tueur ait eu l’intention de violer Christine. S’il en avait eu envie, il aurait pu. Non… Mackenzie estimait qu’il était venu la tuer, et rien d’autre.

Mais ce pauvre diable n’avait pas besoin de le savoir.

- Il est trop tôt pour le dire, répondit Mackenzie. Plusieurs scénarios ont pu avoir lieu. Et nous espérions que vous pourriez peut-être nous apporter des informations pour nous aider à mieux comprendre la situation.

- Bien sûr, bien sûr, répondit Clark, qui avait clairement besoin d’une longue sieste et de moins de café. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir.

- Pouvez-vous décrire la nature de votre relation avec Christine ? demanda Ellington.

- Nous sortons ensemble depuis environ sept mois. C’est la première vraie relation de ma vie – la première qui dure plus de deux ou trois mois. Je l’aimais… je l’ai su après le premier mois.

- Votre relation était-elle physique ? demanda Mackenzie.

Clark hocha la tête, le regard perdu dans le vague.

- Ouais. Nous avons franchi cette étape assez rapidement.

- La nuit où elle a été tuée, renchérit Mackenzie. D’après ce que je comprends, elle venait de sortir d’ici. Dormait-elle souvent chez vous ?

- Ouais, une ou deux fois par semaine. Je dormais aussi parfois chez elle. Elle m’avait donné une clef pour faciliter les choses il y a quelques semaines. C’est comme ça que j’ai pu entrer chez elle… et la trouver…

- Pourquoi n’est-elle pas restée avec vous ce soir-là ? l’interrogea Ellington. Elle est partie tard. Vous êtes-vous disputés ?

- Non. Seigneur, on ne se disputait presque jamais. Non… nous avions tous bu mais j’avais un peu exagéré sur l’alcool. Je l’ai embrassée pour lui dire au revoir alors qu’elle était toujours avec mes amis. Je suis allé me coucher et je me suis endormi comme une masse, en me sentant un peu barbouillé. J’étais persuadé qu’elle finirait par me rejoindre mais quand je me suis réveillé le lendemain, il n’y avait aucune trace d’elle.

- Pensez-vous que l’un de vos amis l’ait raccompagnée ? demanda Mackenzie.

- Je leur ai tous posé la question et ils m’ont affirmé que non. Même s’ils le lui avaient proposé, Christine aurait refusé. Nous habitons seulement à trois pâtés de maison de distance et elle aime l’hiver… elle aime marcher dans le froid. Elle est originaire de Californie, donc la neige est quelque chose de magique, vous savez ? Je me souviens même… cette nuit, elle était surexcitée parce que la météo avait annoncé de la neige. Elle plaisantait en disant qu’elle voulait se promener sous la neige.

- Combien d’amis étaient avec vous ce soir-là ?

- En comptant Christine, nous étions six en tout. D’après ce que je sais, ils sont tous partis peu après elle.

- Pouvons-nous obtenir leurs noms et leurs coordonnées ? demanda Ellington.

- Bien sûr, répondit-il en sortant son téléphone et en commençant à faire défiler ses contacts.

- Est-il habituel pour vous d’inviter autant de personnes un soir de semaine ? demanda Mackenzie.

- Non. Nous nous sommes retrouvés pour une dernière soirée avant la fin des vacances d’hiver. Les cours reprennent la semaine prochaine, vous savez ? Et entre les horaires de travail, les visites à la famille, c’était le seul moment où nous étions tous libres.

- Christine avait-elle des amis en dehors de votre groupe ?

- Quelques uns. Mais elle était plutôt introvertie. Il y avait moi, deux de mes amis avec qui elle passait du temps, et c’était tout. Elle était très proche de sa mère, aussi. Je crois que sa mère avait prévu de venir avant la fin du semestre – genre, pour s’installer ici pour de bon.

- Avez-vous parlé à sa mère depuis les derniers événements ?

- Oui. Et c’était très bizarre parce que c’était la première fois que je parlais à cette dame. Je l’ai aidée avec…

Il marqua une pause, les larmes envahirent ses yeux fatigués pour la première fois.

- …les arrangements funéraires. La crémation aura lieu ici, je crois. Elle a pris l’avion hier soir et s’est installée dans un hôtel dans le coin.

- Est-elle accompagnée par des proches ? demanda Mackenzie.

- Je ne sais pas.

Il se pencha en avant et fixa le sol. Il était à la fois épuisé et triste, un mélange qui semblait avoir terminé de le dévaster.

- Nous allons vous laisser tranquille pour le moment, répondit Mackenzie. Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous nous donner l’adresse de l’hôtel de Mme Lynch ?

- Pas de problème, dit-il en ressortant lentement son téléphone de sa poche. Attendez.

Tandis qu’il cherchait ses coordonnées, Mackenzie jeta un coup d’œil à Ellington. Comme toujours, il était attentif au moindre détail. Ses yeux parcouraient la pièce pour s’assurer qu’ils ne négligeaient rien. Elle remarqua aussi, incidemment, qu’il triturait son alliance tout en examinant l’appartement. Il la tournait lentement autour de son doigt, sans s’arrêter.

Alors, elle jeta un autre coup d’œil à Clark Manners. Elle était à peu près sûre qu’ils l’interrogeraient à nouveau – et probablement sous peu. Le fait qu’il nettoie obsessionnellement son appartement après la mort de sa petite amie avait du sens d’un point de vue psychologique mais pouvait aussi être perçu comme une tentative de se débarrasser de preuves.

Mais elle avait vu des personnes brisées par le chagrin auparavant et son instinct lui disait que Clark était innocent. Personne ne pouvait simuler cette douleur et cette incapacité à trouver le repos. Mais ils devraient tout de même probablement parler à certains de ses amis à un moment donné.

Clark trouva l’information et tendit son téléphone à Mackenzie pour qu’elle note l’adresse. Elle nota également les noms et les numéros des amis de Clark qui avaient passé la soirée avec eux la nuit du meurtre de Christine. Tout en rassemblant les informations, elle réalisa qu’elle touchait instinctivement son alliance, elle aussi. Ellington, qui avait remarqué son tic nerveux, lui adressa un petit sourire malgré la situation. Elle arrêta de faire tourner la bague en rendant son téléphone à Clark.



***



L’attitude de Margaret Lynch était l’exact opposé de celle de Clark Manners. Elle était détendue et maîtresse d’elle-même, et accueillit Mackenzie et Ellington avec un sourire lorsqu’ils arrivèrent dans le hall du Radisson où elle avait pris une chambre. Elle les mena jusqu’à un canapé au fond du vestibule, leur montrant finalement un premier signe de faiblesse.

- Si j’en viens à pleurer, je préfère ne pas le faire devant tout le monde, lança-t-elle en s’installant dans le canapé comme si elle était à peu près certaine que ça arriverait.

- J’aimerais commencer par vous demander si vous connaissez bien Clark Manners, dit Mackenzie.

- Pour tout vous dire, je lui ai parlé pour la première fois il y a deux jours, après ce qui est arrivé. Mais Christine m’a parlé de lui plusieurs fois au téléphone. Elle était assez amoureuse, je crois.

- Avez-vous des suspicions ?

- Non. Bien sûr, je ne connais pas ce garçon mais d’après ce que Christine m’a dit de lui, je ne le crois pas capable de commettre un tel acte.

Mackenzie nota que Mme Lynch s’efforçait à tout prix d’éviter les mots comme tuée ou meurtre. Elle supposa que cette femme parvenait à se contenir parce qu’elle s’efforçait de mettre la mort de sa fille à distance. Ce qui était probablement plus facile puisqu’elles vivaient à deux extrémités du pays depuis un moment.

- Que pouvez-vous me dire de la vie de Christine à Baltimore ? demanda Mackenzie.

- Eh bien, elle a commencé ses études à San Francisco. Elle voulait être avocate, mais l’université et la charge de travail… ce n’était pas fait pour elle. Nous avons longuement discuté de sa candidature à l’Université Queen Nash. Longuement. Son père est mort quand elle avait onze ans, j’ai élevé Christine seule depuis. Pas d’oncles ni de tantes. Notre famille est minuscule. Il lui reste une grand-mère, mais elle souffre de démence sénile et vit dans une résidence spécialisée près de Sacramento. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais la crémation aura lieu ici, à Baltimore. Il m’a semblé inutile de multiplier les difficultés en demandant le transfert du corps en Californie pour qu’il se passe exactement la même chose. Nous n’avons aucune attache dans la région, en réalité. Et je sais qu’elle aimait vivre ici, alors…

Cette pauvre femme va être seule au monde, pensa Mackenzie. Elle pensait toujours à ce genre de choses lorsqu’elle questionnait et interrogeait les gens, mais cette fois, elle fut plus affectée que d’ordinaire.

- Donc, elle a été acceptée et après un semestre, elle a su qu’elle adorait cet endroit. Elle n’arrêtait pas de me demander pardon, elle s’inquiétait à l’idée que je vieillisse seule, isolée, sans elle. Elle gardait le contact et m’appelait deux fois par semaine. Elle me parlait de ses cours, et, comme je l’ai dit, elle a fini par me parler de Clark.

- Que vous a-t-elle raconté sur lui ? l’interrompit Ellington.

- Qu’il était mignon et très drôle. Mais elle a aussi mentionné le fait qu’elle ne le trouvait parfois pas très passionnant et qu’il avait tendance à trop boire chaque fois que l’occasion se présentait.

- Mais rien de négatif ?

- Pas que je me souvienne.

- Je vous prie de me pardonner de vous poser la question, dit Mackenzie, mais savez-vous si leur relation était exclusive ? Y avait-il une chance pour que Christine voie quelqu'un d’autre en parallèle ?

Mme Lynch resta pensive pendant un moment. La question ne semblait pas l’avoir offensée ; elle conserva le calme apparent qu’elle cultivait depuis le début leur rencontre dans la réception de l’hôtel. Mackenzie se demanda à quel moment la pauvre dame finirait par exploser.

- Elle n’a jamais mentionné la moindre compétition en matière de cœur, répondit Mme Lynch. Et je pense que je sais pourquoi vous me posez la question. On m’a parlé de l’aspect de la scène du crime – sa poitrine nue, et le reste. J’ai juste supposé…

Elle s’arrêta net et attendit un instant pour retrouver contenance. Les mots qui suivaient l’avaient bouleversée, mais elle parvint à reprendre le contrôle avant que ses émotions ne la submergent. Quand elle continua son récit, son visage était toujours aussi impassible.

- J’ai juste supposé qu’il s’agissait d’un viol qui avait mal tourné. Que l’homme s’était peut-être mis en colère pour une raison ou une autre, et n’était pas allé jusqu’au bout. Mais j’imagine que la possibilité qu’il y ait eu un autre homme dans sa vie existe. Si c’était le cas, je n’étais simplement pas au courant.

Mackenzie hocha la tête. La théorie du viol lui avait traversé l’esprit, mais la manière dont le T-shirt avait été retiré, la position de sa tête dessus… rien ne semblait aller dans cette direction.

- Eh bien, Mme Lynch, nous ne voulons pas abuser de votre temps, lança Mackenzie. Combien de temps comptez-vous rester en ville ?

- Je ne sais pas encore. Peut-être un jour ou deux après les funérailles.

En prononçant le mot funérailles, sa voix trembla légèrement.

Ellington lui tendit l’une de ses cartes de visite en se relevant.

- Si quelque chose vous revient, ou si vous avez vent de quoi que ce soit pendant les funérailles ou à un autre moment, faites-nous le savoir, s’il vous plaît.

- Bien sûr. Et merci pour votre implication.

Mme Lynch avait l’air désespéré lorsque Mackenzie et Ellington s’en allèrent. Normal, pensa Mackenzie. Elle est seule dans une ville inconnue, où elle a été obligée de venir à cause du décès de sa fille.

Mme Lynch les accompagna jusqu’à la porte et leur fit signe lorsqu’ils s’éloignèrent en direction de leur voiture. Ce fut la première fois où Mackenzie réalisa que ses hormones étaient officiellement hors de contrôle à cause de sa grossesse. Elle avait bien plus de peine pour Mme Margaret Lynch que cela n’aurait été le cas avant de se savoir enceinte. Créer la vie, la nourrir et la choyer pour qu’on vous l’arrache d’une manière si brutale… cela devait être atroce. Mackenzie se sentait absolument déchirée en repensant à Mme Lynch, tandis qu’Ellington et elle reprenaient la route.

Cela lui suffit pour qu’une vague de détermination monte en elle. Elle avait toujours eu une passion pour le redressement de torts – pour traîner les tueurs et autres criminels devant la justice. Et qu’il s’agisse d’une réaction hormonale ou non, elle fit le serment de débusquer le tueur de Christine Lynch, ne serait-ce que pour permettre à Margaret Lynch de faire son deuil en paix.




CHAPITRE SIX


La première personne qui figurait sur la liste d’amis que Clark Manners leur avait fournie était un type nommé Marcus Early. Lorsqu’ils tentèrent de le contacter, ils tombèrent directement sur sa boîte vocale. Ils tentèrent alors leur chance avec la deuxième sur la liste, Bethany Diaggo, et parvinrent à convenir d’un rendez-vous sur le champ.

Ils allèrent à la rencontre de Bethany sur son lieu de travail, dans un cabinet d’avocats où elle faisait son stage, dans le cadre de son parcours à Queen Nash. Comme la journée touchait à sa fin, il lui suffit de sortir une demi-heure plus tôt et de les retrouver dans l’une des petites salles de conférence du fond.

- D’après nos informations, vous étiez chez Clark Manners la nuit où Christine a été tuée, commença Mackenzie. Que pouvez-vous nous raconter à propos de cette soirée ?

- Nous nous sommes juste retrouvés pour passer un bon moment. Nous avons un peu bu – peut-être trop. Nous avons joué à des jeux de cartes, regardé des rediffusions de The Office, et c’est à peu près tout.

- Y a-t-il eu des disputes, de quelque type que ce soit ? demanda Mackenzie.

- Non. Mais j’ai remarqué que Christine commençait à être énervée à cause de Clark. Parfois, quand il boit, il tend à pousser le bouchon trop loin, vous savez ? Elle n’a rien dit ce soir-là, mais elle était irritée, c’était évident.

- Savez-vous si cela a déjà causé des problèmes entre eux par le passé ?

- Pas que je sache. Je crois que Christine passait outre. Je suis à peu près sûre qu’elle n’avait pas l’intention de rester avec Clark pour toujours.

- Bethany, connaissez-vous une jeune femme appelée Jo Haley ? D’à peu près votre âge, étudiante à Queen Nash ?

- Oui. Pas aussi bien que je connaissais Christine, mais je l’appréciais. Je n’irais pas jusqu’à la décrire comme une amie, mais si on se croisait dans un bar ou autre, on terminait généralement par s’asseoir ensemble et discuter.

- Je suppose que vous savez qu’elle a été assassinée il y a quelques jours ? demanda Ellington.

- Oui. C’est d’une ironie cruelle, mais c’est Christine qui m’a appris la nouvelle.

- Savez-vous d’où elle la tenait ?

- Aucune idée. Je crois qu’elles avaient plusieurs cours en commun. Oh, et le même conseiller de parcours pédagogique, aussi.

- Conseiller de parcours pédagogique ? lança Ellington. Est-ce une manière alambiquée de désigner le conseiller d’orientation ?

- Plus ou moins, répondit Bethany.

- Êtes-vous certaine que Jo et Christine étaient suivies par la même personne ? insista Mackenzie.

- C’est ce que Christine m’avait dit. Elle l’a mentionné en m’apprenant la mort de Jo. Elle m’a dit qu’elle l’avait vécue comme une attaque personnelle.

Bethany s’interrompit, mesurant peut-être le poids inquiétant et prémonitoire de ce commentaire pour la première fois.

- Connaîtriez-vous par hasard le nom de ce conseiller ? continua Mackenzie.

Bethany réfléchit quelques instants avant de secouer la tête.

- Désolée. Non. Elle y a fait allusion quand nous parlions de Jo mais je ne m’en souviens pas.

Peu importe, songea Mackenzie. Un appel rapide à l’université nous apportera cette information.

- Y a-t-il autre chose que vous pourriez nous dire au sujet de Jo ou de Christine ? demanda Mackenzie. Quelque chose qui puisse expliquer que quelqu'un ait souhaité leur mort ?

- Absolument rien. Ça n’a aucun sens. Christine était très concentrée sur ses études, elle ne faisait pas de vagues. Elle bossait beaucoup en vue de commencer sa carrière le plus tôt possible. Mais je ne connaissais pas assez bien Jo pour avoir une opinion.

- Eh bien, merci pour votre temps, dit Mackenzie.

Alors qu’ils sortaient du bureau et que Bethany se préparait à rentrer chez elle, Mackenzie tenta d’imaginer les deux jeunes femmes assassinées se croiser dans les couloirs de l’université. Elles s’étaient peut-être croisées lorsque l’une sortait d’un rendez-vous avec son conseiller de parcours pédagogique et que l’autre entrait dans son bureau. Cette idée donnait la chair de poule mais elle ne savait que trop que de telles choses survenaient souvent dans les affaires de meurtres lorsqu’il y avait plus d’une victime.

- Les bureaux de l’université sont encore fermés à cause des vacances, lui fit remarquer Ellington alors qu’ils remontaient dans la voiture. Je suis sûr qu’ils rouvriront leurs portes demain.

- Ouais, mais je serais prête à parier qu’il y a une sorte de répertoire des employés sur internet. D’après les livres que j’ai vus dans l’appartement de Christine et les tracts politiques dans sa chambre, je pense que nous pouvons affirmer sans nous tromper qu’elle étudiait les sciences politiques. On pourrait restreindre les possibilités grâce à cette information.

Avant qu’Ellington ait le temps de lui dire à quel point il trouvait l’idée excellente, Mackenzie sortit son téléphone. Elle ouvrit son navigateur internet et commença à faire défiler les informations. Elle parvint à trouver un annuaire mais, comme elle l’avait supposé, il ne comportait aucun numéro direct ou personnel, seulement ceux des bureaux des conseillers. Pourtant, elle repéra deux conseillers spécifiquement assignés au département de sciences politiques et leur laissa des messages à tous les deux, en leur demander de la rappeler au plus tôt.

Dès qu’elle eut terminé, elle fit défiler sa liste de contacts.

- Et maintenant ? demanda Ellington.

- Il y en a seulement deux, répondit-elle. Autant essayer de voir si nous pouvons vérifier leurs antécédents – s’il y a le moindre élément préoccupant, nous serons très vite au courant.

Ellington hocha la tête en souriant face à sa rapidité d’esprit. Il l’écouta faire une requête dans ce sens. Mackenzie sentait son regard se poser sur elle de temps à autre, un regard plein d’amour et d’attention.

- Comment te sens-tu ? demanda-t-il.

Elle sut immédiatement ce qu’il voulait dire, sentant qu’il s’écartait un instant de l’enquête pour parler du bébé. Elle haussa les épaules, car elle ne voyait pas l’intérêt de lui mentir.

- Il est indiqué partout que les nausées matinales devraient s’arrêter bientôt mais je n’y crois pas. J’en ai ressenti plusieurs aujourd’hui. Et pour être honnête, je suis très fatiguée.

- Tu ferais peut-être mieux de rentrer à la maison, murmura-t-il. Je n’éprouve aucun plaisir à jouer au mari despotique mais… eh bien, je préférerais que mon bébé reste en bonne santé.

- Je sais. Mais il s’agit d’une série de meurtres sur un campus universitaire. Je doute que ça devienne dangereux. C’est probablement un type plein de testostérone qui prend son pied en tuant des jeunes femmes.

- D’accord, répondit Ellington. Mais seras-tu honnête avec moi, et me diras-tu si tu commences à te sentir faible ou pas dans ton assiette ?

- Oui. Promis.

Il l’examina d’un air suspicieux et en même temps joueur, comme s’il n’était pas sûr de pouvoir lui faire confiance. Puis il lui prit la main tout en les conduisant vers le centre ville pour trouver un hôtel pour la nuit.



***



Ils avaient à peine eu le temps de s’installer dans leur chambre quand le téléphone de Mackenzie sonna. Même si elle ne connaissait pas le numéro, elle répondit tout de suite. Elle sentait le poids du compte-à-rebours imposé par McGrath, l’heure qui tournait. Elle savait que si cette affaire n’était pas résolue au moment où les cours reprendraient la semaine suivante – dans cinq jours, en réalité – il serait de plus en plus difficile d’avancer avec le retour de tous les étudiants.

- Agent White à l’appareil, dit-elle en décrochant.

- Agent White, ici Charles McMahon, conseiller de parcours pédagogique à l’Université Queen Nash. Je vous rappelle suite au message que vous m’avez laissé.

- Génial, merci pour votre rapidité. Êtes-vous à l’université en ce moment ?

- Non. Je croule sous le travail, donc j’ai redirigé tous les messages de la ligne de mon bureau sur mon téléphone personnel.

- Oh, je vois. Eh bien, je me demandais si vous accepteriez de répondre à quelques questions au sujet d’un meurtre récent.

- Je suppose que vous parlez de Jo Haley.

- En réalité, non. Un autre meurtre a eu lieu il y a deux jours. Une autre étudiante de Queen Nash. Une jeune femme nommée Christine Lynch.

- C’est terrible, dit-il, l’air vraiment choqué. Est-ce… eh bien, deux étudiantes en si peu de temps… pensez-vous que ce soit prémédité ? Un tueur en série ?

- Nous n’avons toujours pas la moindre certitude, répondit Mackenzie. Nous espérions que vous puissiez nous apporter des informations supplémentaires. J’ai vu sur le site de l’université qu’il y avait seulement deux conseillers de parcours pédagogiques pour le département de sciences politiques et vous êtes l’un d’eux. J’ai aussi eu vent du fait que Jo Haley et Christine Lynch avaient le même conseiller. Serait-ce vous, par hasard ?

McMahon laissait échapper un ricanement nerveux à l’autre bout du fil.

- Non. D’ailleurs, c’est l’une des raisons principales pour lesquelles j’ai autant de travail. L’autre conseiller de parcours pédagogique de notre département, William Holland, a démissionné trois jours avant les vacances d’hiver. J’ai récupéré la plupart de ses étudiants… et je continuerais probablement à m’occuper d’eux jusqu’à ce qu’ils lui trouvent un remplaçant. Nous avons un assistant, mais j’ai été débordé.

- Avez-vous une idée de la raison qui a poussé Holland à démissionner ?

- Eh bien, la rumeur a couru qu’il avait eu une relation avec une étudiante. D’après ce que je sais, il n’y a jamais eu la moindre preuve, donc j’ai toujours pensé qu’il s’agissait seulement d’une rumeur. Mais quand il a démissionné, de nulle part, j’avoue m’être posé des questions.

Ouais, moi aussi, je me pose des questions, songea Mackenzie.

- D’après ce que vous savez, a-t-il commis un acte louche ? Est-ce le type d’homme pour lequel une nouvelle pareille vous choquerait ?

- Je n’ai aucune certitude. Enfin… Je le connaissais seulement parce qu’on travaillait ensemble. Je ne le fréquentais pas en dehors de la fac.

- Donc je suppose que vous n’avez aucune idée de l’endroit où il vit ?

- Désolé, non.

- Tant que je vous ai au téléphone… Monsieur McMahon, quand avez-vous parlé pour la dernière fois à Jo ou à Christine ?

- Je ne leur ai jamais parlé. On me les a assignées toutes les deux quand j’ai récupéré les étudiants de Holland mais je n’ai jamais eu de contact avec elles, en dehors des mails groupés envoyés à tous les étudiants concernés. (Il marqua une pause et ajouta) : Vous savez, étant donné la nature de ce qui est arrivé, je pourrais probablement vous obtenir l’adresse de Holland. Je dois juste passer quelques coups de fil.

- C’est très aimable, répondit Mackenzie. Mais ce n’est pas nécessaire. Je peux obtenir cette information par moi-même. Mais je vous remercie pour le temps que vous m’avez accordé.

Sur ce, elle raccrocha. Ellington, assis sur le bord du lit, un pied nu, l’autre encore chaussé, avait tout écouté.

- Qui est Holland ? demanda-t-il.

- William Holland.

Elle partagea toutes les informations obtenues durant sa brève conversation avec McMahon avec lui. Tout en parlant, elle s’assit sur le bord du lit. Elle n’avait pas réalisé à quel point elle était épuisée avant de s’asseoir.

- Je vais passer un appel pour obtenir ses coordonnées. S’il travaille à la fac, il y a de grandes chances pour qu’il habite près d’ici.

- Et si c’est notre coupable, renchérit Mackenzie, mon appel et le message que je lui ai laissé l’ont probablement paniqué.

- Je suppose donc qu’il faut qu’on agisse vite.

Elle hocha la tête et se rendit compte qu’elle avait une fois de plus posé une main sur son ventre. C’était presque habituel maintenant, comme quelqu'un qui se rongeait les ongles ou faisait nerveusement craquer ses phalanges.

Il y a de la vie là-dedans, pensa-t-elle. Et cette vie, si j’en crois ce que j’ai lu, ressent la même chose que moi. Elle ressent mon anxiété, mon bonheur, mes peurs…

Tout en écoutant Ellington en pleine recherche de l’adresse de William Holland, Mackenzie se demanda pour la première fois si elle avait commis une erreur en cachant sa grossesse à McGrath. Elle prenait peut-être un énorme risque en restant Agent actif, sur le terrain.

Une fois cette affaire bouclée, je le lui dirai, décida-t-elle. Je me concentrerai sur le bébé, sur ma nouvelle vie et…

Elle était manifestement tellement plongée dans ses réflexions qu’elle n’avait pas entendu une question d’Ellington. Ce dernier la dévisageait, comme s’il attendait une réponse.

- Je suis désolée, dit-elle. J’étais perdue dans mes pensées.

Il sourit et répondit :

- Pas de problème. J’ai obtenu une adresse pour William Holland. Il vit en ville, à Northwood. Tu te sens assez en forme pour aller lui rendre visite ?

Honnêtement, ce n’était pas le cas. La journée n’avait pas été excessivement fatigante mais se plonger dans une enquête juste après un séjour en Islande, et avoir peu dormi pendant les trente-six heures précédentes commençait à attaquer ses réserves. Elle savait aussi que le bébé en pleine croissance logé dans son ventre absorbait une partie de son énergie. Cette pensée la fit sourire.

Mais par ailleurs, qu’il s’agisse d’interroger ce type ou de l’arrêter, ce serait relativement rapide. Elle afficha donc son expression « allons attraper les méchants » la plus convaincante et se leva.

- Ouais, allons le saluer.

Ellington l’imita et plongea son regard dans le sien.

- Tu es sûre ? Tu as l’air fatiguée. Tu m’as dit il y a moins d’une demi-heure que tu te sentais un peu crevée.

- Ça va. Je me sens bien.

Il l’embrassa sur le front et hocha la tête.

- Alors d’accord. Je te crois sur parole.

Avec un autre sourire, il se pencha et caressa son ventre avant de se diriger vers la porte.

Il s’inquiète pour moi, pensa-t-elle. Il aime déjà tellement cet enfant que ça le bouleverse. Il sera un si bon père…

Mais avant qu’elle ait le temps de s’appesantir sur cette idée, ils étaient sortis de la chambre et se dirigeaient vers la voiture. Ils avançaient avec une telle détermination et une telle rapidité qu’elle se rappela une fois de plus pourquoi elle ne pourrait pas vraiment se concentrer sur ses réflexions au sujet de leur futur ensemble avant la clôture de l’enquête.




CHAPITRE SEPT


Il était dix-neuf heures passées lorsqu’Ellington gara sa voiture devant la maison de William Holland. C’était une petite maison située un peu à l’écart dans un lotissement charmant, le type de maison qui ressemblait plus à un cottage égaré qu’à autre chose. Une seule voiture était garée devant, dans l’allée pavée et plusieurs lumières étaient allumées à l’intérieur.

Ellington frappa à la porte, plein d’assurance. Sa détermination n’était impolie en aucune façon mais il montrait clairement à Mackenzie que chaque fois que sa santé le préoccuperait, il prendrait les devants sur tous les aspects de l’enquête : conduire, frapper aux portes, etc.

L’homme qui ouvrit était d’apparence très soignée, âgé d’une quarantaine d’années. Il portait une paire de lunettes à la mode et un ensemble blazer-pantalon kaki. S’ils en croyaient les effluves qui émanaient de la porte ouverte derrière lui, il avait commandé à chinois pour le dîner.

- William Holland ? demanda Ellington.

- Ouais. Vous êtes ?

Ils montrèrent tous les deux leurs badges. Mackenzie avança d’un pas à ce moment-là.

- Agents White et Ellington, du FBI. Nous savons que vous avez récemment quitté votre poste à Queen Nash.

- Oui, dit Holland, l’air incertain. Mais je ne comprends pas. En quoi cela justifie-t-il une visite du FBI ?

- Pouvons-nous entrer, Monsieur Holland ? demanda Ellington.

Holland réfléchit un instant avant d’accepter.

- Bien sûr, ouais, entrez. Mais je ne… Enfin, de quoi s’agit-il ?

Ils franchirent le seuil sans répondre. Lorsque Holland referma la porte derrière eux, Mackenzie remarqua qu’il l’avait fermée lentement et fermement. Il était nerveux ou effrayé – ou plus probablement, les deux à la fois.

- Nous sommes en ville pour enquêter sur deux meurtres, répondit finalement Ellington. Deux étudiantes de Queen Nash, deux jeunes femmes, et, comme nous l’avons appris aujourd’hui, toutes deux conseillées par vous.

Ils entraient à peine dans le salon de Holland et ce dernier ne perdit pas de temps pour s’affaler dans un petit fauteuil. Il leva les yeux vers eux comme s’il ne comprenait vraiment pas de quoi ils parlaient.

- Attendez… Vous avez dit deux ?

- Oui, répliqua Mackenzie. Vous n’étiez pas au courant ?

- Je savais pour Jo Haley. Et l’unique raison pour laquelle je savais, c’est que nous sommes notifiés par le doyen lorsqu’un étudiant avec lequel on a travaillé décède. Qui est l’autre victime ?

- Christine Lynch, lança Mackenzie en examinant son visage pour analyser sa réaction. (Un éclair de reconnaissance passa très brièvement sur son visage). Le nom vous dit quelque chose ?

- Oui. Mais je… je n’arrive pas à me souvenir de son visage. Je m’occupais de près de soixante élèves, vous savez.

- Autre chose, renchérit Ellington. Le je m’occupais. On nous a dit que vous aviez démissionné juste avant les vacances d’hiver. Cette décision a-t-elle quelque chose à voir avec la rumeur selon laquelle vous fréquentez une étudiante ?

- Oh, seigneur, soupira Holland. (Il se laissa aller dans son fauteuil et retira ses lunettes. Il se massa le nez avant de soupirer à nouveau). Oui, je sors avec une étudiante. Je savais que le bruit courait et je connaissais l’étendue des conséquences pour ma carrière et pour son parcours universitaire. Donc j’ai choisi de démissionner.

- Juste comme ça ? demanda Mackenzie.

- Non, pas juste comme ça, s’exclama Holland. Nous nous sommes vus en secret pendant des mois et je suis tombé amoureux d’elle. Elle ressent la même chose que moi. Donc nous en avons discuté longuement, en essayant de déterminer quelle était la marche à suivre. Mais pendant ce temps, d’une manière ou d’une autre, notre liaison est devenue de notoriété publique. Ce qui a facilité la prise de décision, en quelque sorte. Mais… qu’est-ce que ma vie privée a à voir avec les meurtres ?

- Rien du tout, je l’espère, répondit Ellington. Mais vous devez vous mettre à notre place. Nous avons deux étudiantes assassinées sur les bras et la seule connexion solide entre elles est qu’elles étaient toutes les deux suivies par le même conseiller pédagogique. Ajoutez ça au fait que vous entretenez ouvertement une relation avec une étudiante…

- Donc vous pensez que je suis un suspect ? Vous pensez que j’ai tué ces filles ?

Prononcer ces mots à haute voix semblait le rendre malade. Il remit ses lunettes et se redressa dans son fauteuil, avant de rentrer les épaules.

- Nous n’avons aucune certitude pour l’instant, dit Mackenzie. C’est pourquoi nous vous interrogeons.

- Monsieur Holland, lança Ellington. Vous venez de dire que vous ne vous souvenez pas du visage de Christine Lynch. Qu’en est-il de Jo Haley ?

- Oui… je la connaissais assez bien, en réalité. C’était une amie de la fille que je vois en ce moment.

- Donc Jo Haley connaissait l’existence de votre relation ?

- Je ne sais pas. Je ne pense pas que Mélissa – ma compagne – le lui aurait dit. Nous avons fait de notre mieux pour rester très discrets.

Mackenzie prit un moment pour réfléchir. Le fait que sa petite amie connaisse l’une des victimes – et que cette victime ait pu connaître l’existence d’une relation tabou – présentait Holland sous le pire jour possible. Cela l’amena à se demanda pourquoi il partageait volontairement toutes ces informations sans se faire prier.

- Pardonnez ma question, continua Mackenzie, mais cette compagne – cette Mélissa – est-elle la première étudiante avec qui vous avez une relation ?

Une expression de forte contrariété passa sur le visage de Holland et il bondit soudainement sur ses pieds.

- Vous savez quoi, allez vous faire voir. Je ne…

- Rasseyez-vous tout de suite, lui intima Ellington en se levant devant lui.

Holland parut se rendre immédiatement compte de son erreur, son expression oscillant entre le regret résigné et la colère, tandis qu’il tentait de choisir une émotion.

- Écoutez, je suis désolé. Mais j’en ai plus qu’assez d’être jugé et je n’apprécie vraiment pas d’être accusé de coucher avec toutes mes étudiantes seulement parce qu’il se trouve que je vis actuellement une relation responsable avec une adulte consentante.

- Quel âge avez-vous, Monsieur Holland ? demanda Mackenzie.

- Quarante-cinq ans.

- Et quel âge a Mélissa ?

- Vingt-et-un ans.

- Avez-vous déjà été marié ? dit Ellington, en reculant d’un pas et en se détendant manifestement.

- Oui. Pendant huit ans. J’étais malheureux, si vous voulez tout savoir.

- Et comment votre mariage s’est-il terminé ?

Holland secoua la tête et commença à avancer vers un coin du salon qui donnait sur l’entrée.

- Ouais, cette conversation est terminée. À moins que vous ne comptiez m’arrêter, je vous prie de ficher le camp tous les deux. Je suis sûr que les étudiants et mes anciens collègues seront ravis de répondre au reste de vos questions.

Mackenzie se dirigea lentement vers la porte. Ellington la suivait avec réticence. Mackenzie se tourna vers lui parce que son instinct lui disait qu’il y avait quelque chose à creuser.

- Monsieur Holland, vous avez conscience qu’en refusant de coopérer, vous donnez une très mauvaise image de vous.

- Ça fait un mois que je vis avec.

- Où est Mélissa ? demanda Ellington. Nous aimerions aussi parler avec elle.

- Elle est… (Puis Holland s’interrompit, secouant encore une fois la tête). Elle a été traînée dans la boue, elle aussi. Je ne vous laisserai pas l’ennuyer avec ça.

- Donc vous refusez de répondre à nos questions, déclara Ellington. Et vous refusez de nous dire où se trouve une personne avec qui nous aurions besoin de parler. Est-ce exact ?

- C’est absolument exact.

Mackenzie sentait qu’Ellington commençait à être remonté. Elle voyait ses épaules se tendre et sa posture se raidir progressivement. Il semblait sur le point d’exploser.

- Nous en prenons note, fit Mackenzie. Si nous avons encore besoin de vous parler en rapport avec cette affaire et qu’il se trouve que vous n’êtes pas chez vous, nous vous considérerons comme un suspect potentiel et vous serez arrêté. Le comprenez-vous ?

- Ouais, lâcha Holland.

Il les bouscula vers l’entrée avant de leur ouvrir la porte. Lorsqu’ils furent sortis sur le porche, Holland claqua la porte derrière eux.

Mackenzie commença à descendre les marches mais Ellington ne bougeait pas.

- Tu ne penses pas que nous devrions insister ? demanda-t-il.

- Peut-être. Mais je ne crois pas qu’un coupable nous confierait volontairement autant de détails. En outre… nous connaissons le prénom de sa copine. Si c’est vraiment important, nous pouvons probablement dénicher son nom complet dans ses dossiers. La dernière chose dont nous avons besoin, en revanche, serait l’arrestation hâtive d’un conseiller pédagogique déjà sur la corde raide et au cœur d’une controverse.

Ellington sourit et descendit les marches avec elle.

- Tu vois… ce sont de pareilles choses qui vont faire de toi une épouse merveilleuse. Tu m’évites toujours de commettre des bévues.

- Je suppose que j’ai de la pratique, après ces dernières années.

Ils remontèrent dans la voiture et lorsque Mackenzie s’assit, elle réalisa une fois de plus à quel point elle était épuisée. Elle ne l’avouerait jamais à Ellington, mais elle ferait peut-être mieux de se ménager.

Un ou deux jours supplémentaires, mon tout petit, dit-elle silencieusement à la vie qui grandissait en elle. Encore quelques jours et nous nous reposerons autant que nous voudrons, toi et moi.




CHAPITRE HUIT


Elle savait qu’elle ne devrait pas, mais il était difficile de résister. D’ailleurs… dans la mesure où le prochain semestre s’apprêtait à commencer, ce serait une bonne manière d’en donner le coup d’envoi. Un dernier flirt. Une dernière nuit de folie absolue. Et si les choses se déroulaient comme d’ordinaire, elle se sentirait puissante – si puissante qu’il lui serait facile de passer outre aux petits éclairs de regret.

Et ce serait une très bonne manière de commencer le deuxième semestre.

Marie n’avait même pas essayé de se convaincre de ne pas le faire. Au moment où elle gara sa voiture dans le garage, elle sut où elle terminerait la nuit ce soir-là. Tout ce qu’elle avait à faire, c’était l’appeler, lui dire qu’elle était de retour en ville et qu’elle voulait le voir. Il ne lui avait jamais fait faux bond auparavant et après trois semaines d’absence, elle doutait sérieusement qu’il lui refuse quoi que ce soit.

Et bien sûr, il n’en fit rien.

Il était vingt-trois heures cinq lorsqu’elle entra par l’entrée secondaire de l’immeuble. C’était une zone peu reluisante mais pas assez inquiétante pour qu’elle se sente en danger en marchant seule la nuit. D’ailleurs, elle se trouvait seulement à douze kilomètres du campus et savait que le taux de criminalité aux abords du campus était incroyablement faible. De toute manière, elle était si excitée par ce que les heures à venir allaient lui apporter que tout sens du danger disparut en elle.

Lorsqu’elle atteignit la porte arrière de l’immeuble, Marie ne fut pas du tout surprise de la trouver verrouillée. Elle sonna au numéro de son appartement et fut récompensée par le déclic immédiat du verrou. Il ne lui dit rien dans l’interphone, se contentant d’ouvrir la porte. Cela la fit sourire ; il serait probablement d’humeur très grave. Dominant, même.

Si mignon, pensa-t-elle. Mais nous savons bien qui finit toujours par avoir le dessus…

Cette pensée l’excita encore plus tandis qu’elle entrait. Elle dédaigna l’ascenseur, car elle voulait atteindre son appartement, situé au deuxième étage, le plus vite possible. Elle monta les marches deux par deux, l’exercice autant que le plaisir qu’elle ressentait d’avance accélérèrent son rythme cardiaque. L’attente, pendant tout le trajet de New York jusqu’à chez lui, au moment où elle allait enfin arriver devant sa porte, faisait partie des délicieux préliminaires.

Le trajet avait été long. Elle était stressée. Tendue. Seigneur, elle allait lui sauter dessus… le renverser en arrière et lui grimper dessus…

Elle trouva la porte ouverte. Elle la poussa doucement et vit que les lumières étaient éteintes. Pourtant, une lueur provenait du fond de la pièce principale, peut-être une bougie, ou autre.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda-t-elle d’une voix sensuelle.

Elle ferma la porte derrière elle et la verrouilla.

- Je t’attends, fut la réponse.

- Bien. Mais… je ne me laisserai pas faire si tu ne me dis pas exactement ce que tu veux.

Elle l’entendit ricaner légèrement quelque part dans les ténèbres. Tandis que ses yeux s’ajustaient à l’obscurité, elle distinguait sa silhouette se dessiner dans le salon, allongée sur le canapé. Elle sourit et commença à avancer vers lui.

L’appartement exhalait une odeur de poussière, comme s’il était inhabité – parce que c’était le cas. Elle savait qu’il possédait un autre appartement, mais savait aussi qu’il ne voulait pas l’y inviter. Il aimait conserver le secret sur sa vie privée. D’après ce qu’elle comprenait de lui, il passait très peu de temps chez lui. Elle l’avait toujours retrouvé à l’extérieur, ici, quelques fois sur la banquette arrière de sa voiture, ou dans un hôtel. Même si elle comprenait son besoin de protéger sa vie privée, elle aurait aussi aimé le ravager dans un lit énorme, peut-être avec des lumières d’ambiance et de la musique. Pour changer.

Mais se cacher était également sexy. Cela faisait partie du plaisir. C’était la raison pour laquelle elle s’efforçait de résister à l’envie de lui bondir dessus, ici et maintenant.

Leurs rendez-vous galants avaient toujours été marqués par la montée de l’excitation. Des taquineries, des préliminaires un peu brutaux, parfois même des remarques désobligeantes, pour jouer.

- Viens, Marie, lui ordonna-t-il.

Elle s’exécuta, s’approcha du canapé et le trouva tout habillé. Ça ne la dérangeait pas, ça prolongerait seulement un peu les préliminaires.

- C’est mignon, lança-t-elle se s’agenouillant par terre devant lui.

Elle l’embrassa doucement, lui donnant des petits coups de langues sur ses lèvres, comme il l’aim ait.

- Qu’est-ce qui est mignon ? demanda-t-il.

- Toi, qui penses avoir le contrôle.

- Oh, je l’ai, répliqua-t-il en se redressant.

- Je vais te laisser penser ça encore pendant un moment, répondit-elle en mordillant la peau douce de son cou. (Il se débattit légèrement et elle sentit ses mains sur elle – l’une dans son dos, l’autre dans ses cheveux). Mais nous savons tous les deux que…

Sans le moindre avertissement, il l’attrapa par les cheveux et balança sa tête en avant. Elle se sentit poussée avec force, son front frappa contre les genoux de son amant.

- Qu’est-ce…

Mais avant qu’elle puisse formuler sa question, il était sur elle, s’appuyant de tout son poids dans son dos. Elle se sentit étourdie par le coup et pendant un instant, Marie ne sut légitimement plus où elle se trouvait.

Alors qu’elle tentait de se libérer pour se défendre, il la saisit à nouveau par ses longs cheveux blonds. Cette fois, il écrasa sa tête contre le plancher. Marie tenta de résister pendant un instant, mais elle commença immédiatement à sentir le monde tourner autour d’elle. Une violente douleur irradiait dans tout son crâne.

De loin, très loin, elle le vit saisir son pantalon par la ceinture pour le descendre. Puis tout devint noir et elle revint à la conscience seulement un instant plus tard en sentant sa bouche sur elle, parcourant tout son corps.

Ça n’avait aucun sens. Elle était prête à le laisser faire tout ce qu’il voulait d’elle et, en retour, lui faisait à peu près n’importe quoi. Alors pourquoi… ?

Cette pensée fut interrompue par l’obscurité qui allait et venait. Mais cette fois, quand elle l’engloutit, elle dura plus longtemps.



***



Cela lui avait demandé plus de travail qu’il ne l’aurait pensé mais il eut finalement l’opportunité de se détendre aux alentours de deux heures du matin. La partie la plus difficile avait été de l’assommer pour qu’elle perde connaissance. Il ne pensait simplement pas en être capable. Étrangler quelqu'un était une chose. Il s’agissait seulement de se convaincre soi-même de le faire puis de serrer le cou de sa victime une fois qu’elle se trouvait entre ses mains. Mais écraser la tête de Marie contre le sol lui avait demandé plus de cran qu’il ne s’y attendait.

Lorsqu’elle avait perdu connaissance, le reste du travail avait été difficile mais agréable. Et à mesure qu’il passait d’une tâche à l’autre, il se sentait plus à l’aise avec la décision qu’il avait prise.

Il avait tué Jo Haley et Christine Lynch sur le coup. Il avait couché avec Jo, immensément apprécié le sexe puis l’avait étranglée quand les hostilités avaient repris. Et peut-être à cause du sexe, il avait bien failli changer d’avis – il s’était presque dégonflé. Avec Christine, il avait retenu la leçon et donc opté pour s’abstenir. Puis son corps avait été découvert et il avait vu passer la nouvelle à la télé – juste un contretemps, vraiment, mais aussi une révélation pour lui. Ça l’avait obligé à tout repenser… il ne pouvait pas juste les tuer.

Mais il devait les en finir avec elles. Après Christine, celles qui devaient être réduites au silence. Il y en aurait d’autres, dont Marie. Et s’il ne pouvait les tuer sur le coup et les laisser là où elles se trouvaient, cela signifiait qu’il devait faire évoluer le processus. Il devait être plus discret, prendre davantage de précautions.




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