Presque Perdue
Blake Pierce


PRESQUE PERDUE (LA FILLE AU PAIR — LIVRE N° 2) est le deuxième livre d'une nouvelle série thriller psychologique par Blake Pierce, l’auteur à succès de SANS LAISSER DE TRACES (volume 1) (téléchargement gratuit), un bestseller nº1 ayant reçu plus de 1 000 critiques à cinq étoiles.Lorsqu'une divorcée en vacances dans la campagne britannique publie une annonce pour une fille au pair, Cassandra Vale, 23 ans, fauchée, encore sous le choc des conséquences désastreuses de son dernier placement en France, accepte le poste sans hésitation. Riche, belle et généreuse, avec deux enfants adorables, elle sent que tout va bien se passer.Mais est-ce possible ?Profitant au mieux de tout ce que l'Angleterre peut offrir, et la France étant derrière elle, Cassandra ose croire qu'elle a enfin un moment pour reprendre son souffle - jusqu'à ce qu'une révélation surprenante la force à remettre en question les vérités de son passé tumultueux, son employeur et sa propre santé mentale.Un mystère fascinant, rempli de personnages complexes, de secrets, de rebondissements spectaculaires et de suspense à couper le souffle, PRESQUE PERDUE est le deuxième livre d'une série de thrillers psychologiques qui vous fera tourner les pages jusque tard dans la nuit.  Le livre n°3 de la série, PRESQUE MORT, est disponible en précommande !







P R E S Q U E P E R D U E



(LA FILLE AU PAIR – LIVRE DEUX)



B L A K E P I E R C E


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série de romans à suspense à succès RILEY PAGE, qui comporte quinze tomes (pour l’instant). Blake Pierce est aussi l’auteur de la série de romans à suspense MACKENZIE WHITE, qui comprend neuf tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense AVERY BLACK, qui comprend six tomes ; de la série de romans à suspense KERI LOCKE, qui comprend cinq tomes ; de la série de romans à suspense LES ORIGINES DE RILEY PAIGE, qui comprend trois tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense KATE WISE, qui comprend deux tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense psychologique CHLOE FINE, qui comprend trois tomes (pour l’instant) et de la série de thrillers psychologiques JESSIE HUNT, qui comprend trois tomes (pour l’instant).



Lecteur gourmand et fan depuis toujours de romans à mystère et à suspense, Blake aime beaucoup recevoir de vos nouvelles, donc, n’hésitez pas à vous rendre sur www.blakepierceauthor.com pour en apprendre plus et rester en contact.










Copyright © 2019 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sauf dans la mesure permise par le U.S. Copyright Act de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque moyen que ce soit, ou stockée dans une base de données ou un système de recherche, sans la permission préalable de l'auteur. Cet e-book est autorisé pour votre plaisir personnel seulement. Cet e-book ne peut pas être revendu ou donné à d'autres personnes. Si vous souhaitez partager ce livre avec une autre personne, veuillez acheter un exemplaire supplémentaire pour chaque destinataire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou s'il n'a pas été acheté pour votre usage seulement, veuillez le retourner et acheter votre propre exemplaire. Merci de respecter le travail acharné de cet auteur. Ceci est une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les lieux, les événements et les incidents sont le produit de l'imagination de l'auteur ou sont utilisés de façon fictive. Toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, est entièrement fortuite. L'image de couverture est la propriété de Suzanne Tucker, utilisée sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



LES MYSTÈRES DE ZOE PRIME

LE VISAGE DE LA MORT (Tome 1)

LE VISAGE DU MEURTRE (Tome 2)

LE VISAGE DE LA PEUR (Tome 3)



LA FILLE AU PAIR

PRESQUE DISPARUE (Livre 1)

PRESQUE PERDUE (Livre 2)

PRESQUE MORTE (Livre 3)



LES MYSTÈRES DE ZOE PRIME

LE VISAGE DE LA MORT (Tome 1)

LE VISAGE DU MEURTRE (Tome 2)

LE VISAGE DE LA PEUR (Tome 3)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT

LA FEMME PARFAITE (Volume 1)

LE QUARTIER IDÉAL (Volume 2)

LA MAISON IDÉALE (Volume 3)

LE SOURIRE IDÉALE (Volume 4)

LE MENSONGE IDÉALE (Volume 5)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE

LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1)

LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2)

VOIE SANS ISSUE (Volume 3)

LE VOISIN SILENCIEUX (Volume 4)

DE RETOUR À LA MAISON (Volume 5)



SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE

SI ELLE SAVAIT (Volume 1)

SI ELLE VOYAIT (Volume 2)

SI ELLE COURAIT (Volume 3)

SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4)

SI ELLE S’ENFUYAIT (Volume 5)

SI ELLE CRAIGNAIT (Volume 6)



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)

ATTENDRE (Tome 2)

PIEGE MORTEL (Tome 3)

ESCAPADE MEURTRIERE (Tome 4)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)

PIÉGÉE (Tome 13)

LE RÉVEIL (Tome 14)

BANNI (Tome 15)

MANQUE (Tome 16)



UNE NOUVELLE DE LA SÉRIE RILEY PAIGE

RÉSOLU



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)

AVANT QU’IL NE FAILLISSE (Volume 11)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUETES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)

JEUX MACABRES (Tome 4)

LUEUR D’ESPOIR (Tome 5)


CONTENU

CHAPITRE I (#uc89176f6-c186-5d9f-8a55-988377712af9)

CHAPITRE II (#u80ea2123-89e8-57c0-afd7-dae4a3a7ae26)

CHAPITRE III (#ud235aa1f-fd55-5e05-bb16-ba4a6d9cab28)

CHAPITRE IV (#uea57fa14-8d5a-552a-aa2f-3b551c3a50cb)

CHAPITRE V (#ueeae1f90-e72c-5f4d-bb73-7fbce6ead217)

CHAPITRE VI (#u90686d3d-4113-51b5-823b-56cf5ba936fb)

CHAPITRE VII (#ua0279295-4adf-5073-ab88-ba9d44653777)

CHAPITRE VIII (#u0cc36ed9-568f-5ba1-8afe-895cbd5b6620)

CHAPITRE IX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE X (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XIV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XVI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XVII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XVIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXIV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXVI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXVII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXVIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXIV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXV (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXVI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXVII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXVIII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XXXIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XL (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XLI (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XLII (#litres_trial_promo)

CHAPITRE XLIII (#litres_trial_promo)




CHAPITRE I


Cassandra Vale se tenait dans la longue et lente file d'attente pour le London Eye. Au bout d’une demi-heure, elle était assez proche pour voir la roue géante se dresser au-dessus d'elle, son armature d’acier s’élançant vers le ciel couvert. La vue aérienne de Londres était une attraction majeure même en ce sombre jour de novembre.

Elle était seule, même s'il semblait que tout le monde était ici avec des amis ou de la famille. Devant elle se trouvait une femme blonde nerveuse qui semblait avoir environ vingt-cinq ans, à peu près l'âge de Cassie. Elle s’occupait de trois garçons indisciplinés aux cheveux noirs. Lassés de l'attente, ils avaient commencé à crier et à se chamailler, à se bousculer et à sortir de la file d’attente. Ils provoquaient tant de gêne que les gens commençaient à se plaindre. Le vieil homme devant elle se tourna et la fusilla du regard.

« S'il vous plaît, pourriez-vous dire à vos garçons de se taire ? » demanda-t-il à la femme blonde sur le ton exaspéré d’une personne de la haute société britannique.

« Je suis vraiment désolée. Je vais essayer », s'excusa la jeune femme, au bord des larmes.

Cassie avait déjà compris que la femme blonde stressée était une fille au pair. Assister à cette confrontation la ramena directement à ce qu’elle avait vécu il y a un mois. Elle savait exactement à quel point la femme se sentait impuissante, coincée entre des enfants ingérables, qui avaient commencé à se disputer, et des spectateurs mécontents, qui avaient commencé à lui faire des reproches. Cela pouvait finir mal.

Sois heureuse que tu ne sois pas dans sa situation, se dit Cassie. Tu as la chance de profiter de ta liberté et de pouvoir découvrir cette ville.

Le problème était qu'elle ne se sentait pas libre. Elle se sentait trop visible et vulnérable.

Son ex-employeur était sur le point d'être jugé pour meurtre et elle était la seule personne qui savait toute la vérité sur ce qui s'était passé. Pire encore, à présent, il aurait appris qu'elle avait détruit une partie des preuves qu'il espérait utiliser contre elle.

Elle était malade de peur à l’idée qu'il la pourchasse.

Qui savait jusqu'où s'étendait le pouvoir d'un homme riche et désespéré ? Dans une ville de plusieurs millions d'habitants, elle avait pensé qu'il serait facile de se cacher, mais les journaux français étaient partout. À chaque coin de rue, les gros titres s’en prenaient à elle. Elle avait conscience de la surveillance intensive des caméras, en particulier dans les attractions touristiques - et le centre de Londres n’était qu’une immense attraction touristique.

Levant les yeux, Cassie vit un homme brun, debout sur la plate-forme près de la grande roue. Elle avait senti son regard un moment auparavant, et avait vu qu'il la regardait à nouveau. Elle essaya de se rassurer en pensant qu’il était probablement un agent de sécurité ou un policier en civil, mais cela ne la réconforta nullement. Elle faisait de son mieux pour éviter la police, qu'il s'agisse de policiers en civil, ou de détectives privés, ou même d'anciens flics qui s'étaient lancés dans une activité plus lucrative en tant que sbires rémunérés.

Cassie se figea en voyant l'homme qui scrutait décrocher son téléphone, ou peut-être que c'était un talkie-walkie, et parler d'urgence. L'instant suivant, il quitta la plate-forme et marcha délibérément dans sa direction.

Cassie décida qu'elle n'avait pas besoin de voir la vue aérienne de Londres aujourd'hui. Bien qu’elle eût déjà payé le droit d'entrée - elle s’en alla. Elle reviendrait une autre fois.

Elle se retourna pour partir, prête à se frayer un chemin à travers la file de personnes aussi vite qu'elle le pouvait, mais vit avec horreur que deux autres policiers s'approchaient par derrière.

Les adolescentes, qui se tenaient derrière elle, avaient également décidé de partir. Elles s’étaient déjà retournées et traversaient la queue vers la sortie. Cassie suivit les filles, reconnaissante qu'elles lui aient ouvert la voie, mais la panique monta en elle tandis que les policiers la suivaient.

« Attendez, madame ! Arrêtez-vous ! » cria l'homme derrière elle.

Elle n’allait pas se retourner. Non. Elle crierait, elle saisirait les autres personnes dans la file, elle supplierait et implorerait, elle dirait qu’ils s’en prenaient à la mauvaise personne, qu'elle ne savait rien du meurtrier présumé Pierre Dubois et n'avait jamais travaillé pour lui. Elle ferait tout ce qu'il faudrait pour s'enfuir.

Mais alors qu'elle se préparait à se défendre, l'homme la dépassa et attrapa les deux adolescentes devant elle.

Celles-ci commencèrent à crier et à se débattre comme elle avait prévu de le faire. Deux autres policiers en civil convergèrent, poussant les passants de côté, saisissant les bras des filles pendant que l'un des policiers en uniforme ouvrait leurs sacs.

À l'étonnement de Cassie, elle vit le flic prendre trois téléphones portables et deux portefeuilles dans le sac à dos rose fluo de la plus grande des filles.

« Ce sont des pickpockets. Vérifiez vos sacs à main, mesdames et messieurs. Veuillez nous informer s’il vous manque quelque chose », déclara l'officier.

Cassie saisit sa veste, soulagée de sentir son téléphone bien planqué dans la poche intérieure. Puis, elle baissa les yeux vers son sac à main et elle eut un haut-le-cœur en voyant que la fermeture Éclair était ouverte.

« Mon portefeuille a disparu », déclara-t-elle. « Quelqu'un l'a volé. »

Le souffle court et anxieuse, elle suivit la police hors de la queue jusqu’au petit bureau de sécurité situé à proximité. Les deux pickpockets attendaient déjà là-bas, les deux en larmes, alors que la police déballait leurs sacs.

« Est-ce qu’il y a quelque chose à vous, madame ? » demanda l'officier en civil, indiquant les téléphones et les portefeuilles placés sur le comptoir.

« Non, il n’y a rien à moi. »

Cassie avait envie de fondre en larmes. Elle regarda l'un des policiers renverser le sac à dos, espérant qu'elle verrait tomber son portefeuille en cuir usé, mais le sac était vide.

Le policier secoua la tête, agacé.

« Ils les font passer vers l’extrémité de la file et les mettent hors de vue très rapidement. Vous étiez devant les voleuses, donc le vôtre a probablement été volé il y a un moment. »

Cassie se tourna et fixa les filles. Elle espérait que tout ce qu'elle ressentait et pensait à leur sujet se reflétait sur son visage. Si le flic n'avait pas été là, elle les aurait injurié, leur aurait demandé de quel droit elles gâchaient sa vie. Elles ne mouraient pas de faim ; elle pouvait voir leurs nouvelles chaussures et vestes de marque. Elles doivent rechercher des sensations fortes à bon compte ou faire cela pour acheter de l'alcool ou de la drogue.

« Toutes mes excuses, madame », poursuivit l'officier de police. « Si cela ne vous dérange pas d'attendre quelques minutes, nous aurons besoin de vous pour faire une déclaration. »

Une déclaration, Cassie savait que ce n’était pas pour elle.

Elle ne voulait pas du tout être le centre d’intérêt de la police. Elle ne voulait pas leur donner son adresse, ni dire qui elle était, ni avoir ses coordonnées dans un rapport officiel ici au Royaume-Uni.

« Je vais juste dire à ma sœur que je suis ici », dit-elle en mentant à l'officier.

« Pas de problème. »

Il se détourna, parlant sur son talkie-walkie, et Cassie sortit précipitamment du bureau.

Son portefeuille était déjà de l'histoire ancienne, il avait disparu. Elle n'avait aucun moyen de le récupérer, même en rédigeant une centaine de déclarations de vol. Elle décida donc de faire ce qui lui paraissait être la meilleure chose : s'éloigner du London Eye et ne jamais y revenir.

Quel désastre avait été cette sortie. Elle avait tiré beaucoup d'argent ce matin-là, et ses cartes bancaires avaient également disparu. Elle ne pouvait pas aller dans une banque pour retirer de l'argent parce qu'elle n'avait pas de pièce d'identité avec elle - son passeport était à la pension et elle n’avait pas le temps d’aller le chercher, car elle avait prévu de rejoindre son amie Jess pour le déjeuner, directement du London Eye.

Une demi-heure plus tard, encore secouée par l’incident, consternée par la somme d'argent qu'elle avait perdue et profondément ennuyée par Londres, Cassie entra dans le pub où elles avaiennt rendez-vous. Elle était en avance sur le coup de feu du déjeuner, et demanda à la serveuse de leur réserver une table d'angle pendant qu'elle allait aux toilettes.

Se regardant dans le miroir, elle lissa ses cheveux auburn ondulés et tenta un sourire joyeux. L'expression ne lui était pas familière. Elle était sûre d'avoir perdu du poids depuis qu'elle et Jess s’étaient vues pour la dernière fois, et elle pensait d'un œil critique qu'elle avait l'air trop pâle et trop stressée - et ce n'était pas seulement dû à la contrariété qu'elle venait de vivre.

Elle sortit des toilettes, juste à temps pour voir Jess entrer dans le pub.

Celle-ci portait la même veste qu'elle avait lors de leur première rencontre, il y a plus d'un mois, toutes les deux en route pour des emplois au pair en France. La voir lui ramena des souvenirs à la mémoire. Cassie se souvenait de ce qu'elle avait ressenti en montant dans l'avion. Effrayée, indécise et ayant de sérieuses réserves sur la famille à laquelle elle avait été affectée. Celles-ci se révélèrent bien fondées.

En revanche, Jess était employée par une famille charmante et sympathique, et Cassie se disait qu'elle avait l'air très heureuse.

« C'est bon de te voir », déclara Jess en serrant fort Cassie. « Quel plaisir.»

« C'est super, mais je suis dans la merde », avoua Cassie.

Elle expliqua alors le vol à la tire de la matinée.

« Non ! C’est terrible. Quelle manque de veine qu’ils aient trouvé d'autres portefeuilles, et pas le tien. »

« Pourrais-tu me prêter de l'argent pour le déjeuner et les tickets de bus pour rentrer à ma pension ? Je ne peux même pas retirer de l'argent dans une banque sans mon passeport. Je te le rendrai dès que je pourrai me connecter. »

« Bien sûr. Ce n'est pas un prêt, c'est un cadeau. La famille pour laquelle je travaille est venue à Londres pour un mariage, et ils sont tous à Winchester avec la mère de la mariée aujourd'hui, alors ils m'ont filé de l'argent pour profiter de Londres toute la journée. Après cela, je vais à Harrods. »

Jess secoua ses cheveux blonds en riant, tout en donnant de l'argent à Cassie.

« Hé, on se prend un selfie ? » suggéra-t-elle, mais Cassie refusa.

« Je ne suis absolument pas maquillée », expliqua-t-elle. Jess rit et rangea son téléphone.

L’absence de maquillage n'était pas la vraie raison, bien sûr ; elle faisait de son mieux pour rester incognito. La première chose qu'elle avait faite, après son arrivée à Londres, avait été de changer ses paramètres de médias sociaux, les rendant totalement privés. Des amis bien intentionnés pourraient dire quelque chose avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer. Elle ne voulait pas que quelqu’un sache où elle était. Pas son ex-petit ami retourné aux États-Unis, et certainement pas son ex-employeur et ses avocats en France.

Elle avait pensé qu'elle se sentirait en sécurité une fois qu'elle aurait quitté la France, mais elle n'avait pas réalisé à quel point l'Europe entière était accessible et interconnectée. Retourner directement aux États-Unis aurait été un choix plus judicieux.

« Tu as l'air en pleine forme – as-tu perdu du poids ? » demanda Jess. « Les choses se passent-elles bien avec la famille qui t’a employée ? Tu m’as dit que tu étais inquiète pour eux. »

« Cela n'a pas fonctionné, donc je ne suis plus avec eux », dit-elle avec précaution, passant sous silence les détails affreux qu’elle n'arrivait pas à oublier.

« Oh ma chérie, qu’est-ce qui n'a pas fonctionné ? »

« Les enfants ont déménagé dans le sud de la France et la famille n'avait plus besoin d'une fille au pair. »

Cassie resta aussi sobre que possible, espérant qu'une explication ennuyeuse éviterait d'autres questions, car elle ne voulait pas avoir à mentir à son amie.

« Ce sont des choses qui arrivent. Ça aurait pu être pire. Tu aurais pu travailler pour cette famille, tout le monde parle de l'endroit où le mari est jugé pour le meurtre de sa fiancée. »

Cassie baissa les yeux précipitamment, redoutant que son expression la trahisse.

Heureusement, elles furent distraites par l'arrivée du vin, et après avoir commandé les plats, Jess laissa ce sujet scabreux et passa à autre chose.

« Que vas-tu faire ? » demanda-t-elle à Cassie.

Cassie était gênée par la question, car elle n'avait pas de réponse cohérente. Elle souhaitait pouvoir dire à Jess qu'elle avait un plan et qu'elle ne vivait pas seulement au jour le jour, sachant qu'elle devait profiter au maximum de son temps en Europe, mais qu’elle se sentait de plus en plus indécise quant à sa situation ici.

« Je suis partagée. Je pensais retourner aux États-Unis et trouver du travail dans un endroit plus chaud. La Floride, peut-être. La vie est chère ici. »

Jess acquiesça.

« J'ai acheté une voiture à mon arrivée. Quelqu'un de la pension la vendait. Cela m'a coûté beaucoup d'argent. »

« Alors tu as une voiture ? » demanda Jess. « Mais c'est génial ! »

« Ça été super. J'ai fait de magnifiques ballades dans les environs, mais utiliser la voiture avec l'essence et tout, et même la vie de tous les jours, coûte plus cher que prévu. »

Laisser filer l'argent sans aucune perspective de gagner un revenu la stressait, et cela lui rappelait ce qu’elle avait enduré lorsqu'elle était plus jeune.

Elle avait quitté la maison à seize ans pour échapper à son père abusif et violent, et depuis lors, elle avait dû se prendre en charge. Elle n'avait aucune sécurité, ni épargne, ni famille sur lesquelles se reposer, car sa mère était morte et sa sœur aînée, Jacqui, s'était enfuie quelques années plus tôt et n'avait plus jamais été en contact avec elle.

Vivre seule l’avait mise dans une situation de survie de mois en mois. Parfois, elle ne s’en sortait que d’un cheveu. Peu importe qu’elle n’ait eu que du beurre d'arachide à la fin du mois ; cela avait été sa seule nourriture lorsque les temps étaient durs, et elle avait pris l'habitude de travailler comme serveuse ou barman, en partie parce que ces jobs comprenaient un repas gratuit.

Maintenant, elle paniquait à l'idée de vivre d'un pécule qui s'amenuisait et qui était tout ce qu'elle possédait au monde, et à cause de l'argent qui avait été volé aujourd'hui, ce pécule était encore plus restreint.

« Tu pourrais chercher un travail temporaire pour te dépanner », conseilla Jess, comme si elle lisait dans ses pensées.

« Je l'ai fait. J'ai démarché quelques restaurants, et j'ai même postulé pour un travail de barman dans certains pubs, mais on m'a tout de suite refusé. Tout le monde ici est pointilleux avec la paperasse et tout ce que j'ai, c'est un visa de touriste. »

« Travailler au restaurant ? Pourquoi pas au pair ? » demanda Jess avec curiosité.

« Non », rétorqua Cassie, avant de se rappeler que Jess ne savait rien des circonstances de son précédent emploi. Elle continua.

« Si je ne peux pas travailler, je ne peux pas travailler. Pas de visa, signifie pas de visa, et fille au pair est un engagement plus long. »

« Pas nécessairement », répliqua Jess. Ce peut être autrement et j'ai l’expérience personnelle de le faire sans visa. »

« Vraiment ? »

Cassie savait que sa décision était prise. Elle ne travaillerait plus au pair. Tout de même, ce que Jess disait était intéressant.

« Tu vois, tous les restaurants et pubs sont contrôlés régulièrement. Il n'y a aucun moyen d'embaucher quelqu'un sans le bon visa. Mais travailler pour une famille est différent. C'est tellement flou. Après tout, tu pourrais être une amie de la famille. Qui va dire que tu travailles réellement ? J'ai séjourné avec un ami dans le Devon pendant un certain temps l'année dernière, et j'ai fini par faire quelques emplois de babysitting et de garde d'enfants temporaires pour les voisins et les gens du coin. »

« C'est bon à savoir », déclara Cassie, mais elle n'avait aucune intention d'explorer cette option davantage. Parler à Jess renforçait sa décision de retourner aux États-Unis. Si elle vendait la voiture, elle aurait assez d'argent pour subvenir à ses besoins là-bas jusqu'à ce qu'elle se remette sur pied.

D'un autre côté, elle comptait passer beaucoup plus de temps à voyager. Elle avait hâte de passer une année complète à l'étranger, espérant que cela lui donnerait le temps dont elle avait besoin pour oublier son passé. C'était sa chance de prendre un nouveau départ dans la vie et de revenir en étant une autre personne. Retourner là-bas si peu de temps après son départ, reviendrait à abandonner. Peu importe que d'autres personnes pensent qu'elle n'aurait pas réussi- elle croirait personnellement qu'elle aurait échoué.

Le serveur arriva, apportant des assiettes pleines à ras-bord de nachos. Affamée, parce qu'elle avait sauté le petit-déjeuner, Cassie dévora son assiette.

Mais Jess s'arrêta, fronçant les sourcils, et sortit son téléphone de son sac à main.

« En parlant d'emplois à temps partiel, l'une des personnes pour lesquelles j'ai travaillé m'a appelée hier pour voir si je pouvais l'aider à nouveau. »

« Vraiment ? » dit Cassie, mais son attention était focalisée sur son assiette.

« Ryan Ellis. J'ai travaillé pour lui l'année dernière. Les parents de sa femme déménageaient et ils avaient besoin de quelqu'un pour s'occuper des enfants pendant leur absence. C'étaient des gens adorables et les enfants n'étaient pas mal non plus - ils ont un garçon et une fille. Nous avons fait plein de choses amusantes ensemble. Ils vivent dans un joli village au bord de la mer. »

« En quoi consiste le travail ? »

« Il cherche quelqu'un pendant environ trois semaines, de toute urgence, à demeure. Cassie, cela pourrait être exactement ce dont tu as besoin. Il m’a très bien payé, en liquide, et le problème de visa ne l’a pas du tout préoccupé. Il a dit que si j'avais été accepté par une agence au pair, j'étais clairement une personne de confiance. Pourquoi ne pas l'appeler et en savoir plus ? »

Cassie était tentée par la perspective d'avoir de l'argent en poche. Mais une autre mission au pair ? Elle ne se sentait pas prête. Peut-être qu'elle ne le serait jamais.

« Je ne suis pas sûre que ce soit pour moi. »

Jess, cependant, semblait déterminée à arranger les choses pour Cassie. Elle pianota sur les touches de son téléphone.

« Laisse-moi tout de même te donner son numéro. Je vais lui envoyer un message maintenant et lui dire que vous pourriez vous contacter, et que je te recommande vivement. On ne sait jamais, même si tu ne travailles pas pour lui, il pourrait connaître quelqu'un qui a besoin de garder sa maison, ou de promener le chien, ou de quelque chose d’autre. »

Cassie ne pouvait pas la contredire, et un instant plus tard, son téléphone bourdonna à l'arrivée du message de Jess.

« Comment se passe ton travail ? » demanda-t-elle, une fois que Jess eut terminé d’envoyer ses messages.

« Cela ne pouvait pas être mieux. » Jess empila du guacamole sur un chip de tortilla.

« La famille est charmante. Ils me donnent beaucoup de temps libre et m’offrent régulièrement des pourboires. Les enfants peuvent être casse-pieds, mais ils ne sont jamais méchants et je pense qu'ils m'apprécient aussi. »

Elle baissa la voix.

« La semaine dernière, avec tout le monde qui arrivait pour le mariage, j'ai été présentée à l'un des cousins. Il a vingt-huit ans et il est magnifique ; il dirige une entreprise d’assistance informatique. Je pense qu'il m'aime bien, et disons simplement que c'est amusant de flirter à nouveau. »

Même si elle était heureuse pour son amie, Cassie ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'envie. Ce travail de rêve était ce qu'elle espérait secrètement. Pourquoi tout avait mal tourné pour elle ? Ne s'agissait-il que de malchance ou était-ce, en quelque sorte, à cause des décisions qu'elle avait prises ?

Cassie se souvint soudain de ce que Jess lui avait dit dans l'avion pour la France. Elle avait dit à Cassie que sa première mission n'avait pas fonctionné, alors elle avait laissé tomber et avait réessayé.

Jess n'avait eu de la chance qu'au deuxième essai, et du coup, Cassie se demandait si elle n’abandonnait pas trop tôt.

Quand elles eurent fini leurs nachos, Jess regarda l'heure.

« Je ferais mieux de me dépêcher. Harrods m’attend », déclara-t-elle. « Je vais devoir acheter des cadeaux pour tout le monde à la maison, pour les enfants et pour le beau Jacques. Qu’est-ce que je pourrai lui acheter ? Qu’offre-t-on à quelqu'un avec qui on flirte ? Cela pourrait me prendre un certain temps avant de trouver une idée ! »

Cassie serra Jess dans ses bras, se sentant triste que leur déjeuner soit terminé. Cette conversation entre amies lui avait fait du bien. Jess semblait si heureuse et Cassie pouvait comprendre pourquoi. Elle était utile et appréciée, elle gagnait de l'argent, elle avait un but dans la vie et se sentait en sécurité.

Jess n’était pas seule à la dérive, seule et sans emploi, et obsédée par le fait d'être traquée parce que le procès d’un meurtre débutait.

Quelques semaines dans un village isolé pourraient être exactement ce dont elle avait besoin en ce moment, à plus d'un titre. Jess avait raison. L'appel téléphonique pourrait conduire à d'autres opportunités. Elle ne les trouverait jamais si elle ne persistait pas.

Cassie sortit du pub bondé pour trouver un coin tranquille, jetant un coup d'œil au cas où des pickpockets ou des voleurs de téléphones passeraient.

Elle prit une profonde inspiration, et avant qu'elle ne puisse trop y penser et perdre son sang-froid, elle composa le numéro.




CHAPITRE II


Tenant fermement son téléphone, Cassie se rapprocha du mur pour s'abriter de la bruine. Maintenant qu'elle avait composé le numéro de Ryan Ellis, elle se sentait de plus en plus nerveuse.

Elle devait gagner de l'argent d'une manière ou d'une autre si elle voulait rester au Royaume-Uni plus longtemps, mais après ce qu'elle avait vécu en France, le babysitting était-il la bonne décision ? Même si le travail semblait idéal, serait-il prêt à l'accepter avec si peu d'expérience et sans réelle qualification ?

Cassie s’imagina qu’elle rassemblait son courage pour lui demander si elle pouvait occuper le poste, et qu’elle recevait un non catégorique en réponse.

L'appel sonna si longtemps qu'elle craignit d’être dirigée vers la messagerie. Au tout dernier moment, un homme décrocha et répondit :

« Ryan à l’appareil. »

Il avait l'air essoufflé, comme s'il avait dû courir pour décrocher le téléphone.

« Bonjour, vous êtes Ryan Ellis ? » demanda Cassie.

Elle serra les dents à l'évidence de sa question, mais elle ne le connaissait pas du tout et elle ne se voyait pas lui dire : « Salut, Ryan. »

« Oui, c’est bien moi. Qui appelle s'il vous plait ? » Il ne semblait pas irrité, mais plutôt curieux.

« Je m'appelle Cassie Vale et j'ai obtenu votre numéro par mon amie Jess, qui a travaillé pour vous l'année dernière. Elle m’a dit que vous cherchiez quelqu'un pour s’occuper de vos enfants pendant un certain temps. »

« Jess, Jess, Jess », répéta Ryan, comme s'il essayait de resituer le nom, puis : « Oh, oui, Jess d'Amérique ! Je vois qu'elle vient de m'envoyer un message. Quelle fille charmante. Vous a-t-elle recommandé ? C'est pour ça que vous appelez ? Je n'ai pas encore lu le message. »

Cassie hésita. Allait-elle dire oui ? Cela reviendrait à prendre un engagement, et elle n'était pas sûre de vouloir faire ce pas.

« J'aimerais en savoir plus sur le travail », déclara-t-elle. « J'étais au pair en France, mais ma mission est terminée. J'ai pensé faire quelque chose à court terme, mais je n’en suis pas encore sûre. »

Il y eut un bref silence.

« Laissez-moi vous expliquer. Je suis désespéré en ce moment. Je viens de vivre un divorce, ce qui m'a laissé assez traumatisé. Les enfants ne voudront même pas parler de ce qui s'est passé et auront besoin de quelqu'un pour leur remonter le moral et s'amuser avec eux. En plus de tout cela, j'ai un projet de travail énorme, avec un délai qui ne me laisse pas de temps. »

Cassie fut secouée par les paroles de Ryan. Elle ne s’attendait pas à ce qu'il soit dans une situation aussi grave. Pas étonnant qu'il ait désespérément besoin que quelqu'un l'aide.

Le divorce avait dû être traumatisant s'il avait si durement touché les enfants. Elle devina que si Ryan s'occupait d'eux, sa femme devait l'avoir quitté, probablement pour quelqu'un d'autre.

Elle n'avait aucune idée de quelle était la bonne réponse.

« Cela semble très stressant », dit-elle finalement pour combler le court silence.

« J'ai téléphoné partout, parce que je n'ai pas eu la possibilité de mettre une annonce pour le poste, et je me sens si confus que je ne pense pas que je serais particulièrement doué pour trouver quelqu'un d’autre. Toutes les personnes qui ont travaillé pour moi auparavant n'étaient pas disponibles. Cela ne me dérange pas de vous dire que je ne sais plus quoi faire. Je suis prêt à payer le triple du tarif habituel et le travail durera au maximum trois semaines. »

« Eh bien ... », commença Cassie.

Elle ne pouvait pas se résoudre à dire non. Ce serait inhumain alors que cet homme se trouvait dans des circonstances aussi dramatiques. Elle était désolée pour lui et pensait qu'il serait égoïste de refuser le travail purement et simplement. Ils avaient manifestement besoin d'aide, et tout cet argent en si peu de temps était tentant.

« Pourquoi ne pas nous rencontrer ? » suggéra Ryan. « Avez-vous une voiture ? Sinon, je peux aller vous chercher à la gare. Je paierai votre billet, bien sûr. »

« J'ai une voiture », déclara Cassie.

« Cela facilite grandement les choses ; il vous faudra environ cinq heures si la circulation n’est pas trop mauvaise. Je vous enverrai l'adresse maintenant, et vous rembourserai le voyage si ne nous sommes pas à votre goût. »

« Très bien. Je pars demain matin. Je devrais être chez vous à l'heure du déjeuner », répondit Cassie.

Elle raccrocha, soulagée d'avoir la possibilité de passer du temps avec la famille avant de se décider. S’ils lui plaisaient, ce serait l'occasion pour elle d’améliorer vraiment leur vie, en leur offrant de l'aide et un soutien durant une période difficile.

Quand Ryan lui avait dit qu'il était récemment divorcé, elle ne s'était pas attendue à ressentir autant de sympathie pour lui. En grandissant dans une famille pleine de conflits et en perdant sa mère à un jeune âge, elle comprit ce que cela signifiait. C'était une situation où elle savait qu'elle pouvait être précieuse pour la famille.

En quittant la maison, alors adolescente de seize ans effrayée et désespérée, elle était déterminée à suivre les traces de sa sœur et à se soustraire aux mauvais traitements de son père pour toujours. Mais, après avoir échappé à son emprise colérique, elle s'était retrouvée dans une relation nuisible avec son petit ami toxique, Zane. Puis, en partant en France pour s'éloigner de Zane, elle avait alors vécu le plus grand cauchemar de toute sa vie.

Hors de la ville, dans un village perdu en bord de mer, elle serait en sécurité et en mesure de découvrir un environnement familial où elle se sentirait nécessaire, ce qui avait été l'une des principales raisons pour lesquelles elle avait voulu être fille au pair au départ.

Cassie espérait pouvoir utiliser son temps là-bas pour guérir.




CHAPITRE III


Le voyage chez Ryan Ellis prit à Cassie plus de temps qu'elle ne l'avait prévu. Il semblait impossible d'éviter la circulation dense qui bloquait les autoroutes en direction du sud, et il y avait deux tronçons de travaux qui l’avaient obligée à faire un long détour.

Ce temps supplémentaire sur la route fit qu'elle faillit tomber en panne d'essence. Elle dut dépenser tout ce qui lui restait de l'argent que Jess lui avait prêté pour faire le plein. Inquiète que Ryan pense qu'elle avait changé d'avis, elle lui envoya un message pour s'excuser et lui dire qu'elle serait en retard. Il avait répondu immédiatement en disant : « Pas de problème, prenez votre temps, conduisez prudemment. »

Une fois qu'elle eut quitté l'autoroute et se dirigea vers la campagne, le paysage devint idyllique. Elle tendit le cou, regardant par-dessus les haies taillées les champs en pente qui constituaient un véritable patchwork avec toutes les nuances allant du vert profond au brun doré, les fermes pittoresques et les rivières sinueuses. Le paysage ordonné lui apporta un sentiment de paix, même si elle savait que les nuages qui s’amoncelaient signifiaient la venue de la pluie dans l'après-midi. Elle espérait atteindre sa destination avant elle.

Plus de six heures après avoir quitté Londres, elle arriva dans le pittoresque village de bord de mer. Même dans la lumière triste, le village était enchanteur. La voiture vibrait dans les rues pavées, et des brèches dans les rangées de maisons lui donnaient un aperçu du port pittoresque au loin. Ryan lui avait recommandé de traverser le village et de suivre la route à flanc de falaise. La maison était située quelques kilomètres plus loin, surplombant la mer.

S'arrêtant devant la porte ouverte, Cassie regarda avec étonnement, car la maison au loin était presque trop parfaite pour être vraie. Cela ressemblait à un endroit où elle avait toujours rêvé de vivre. Une maison simple mais magnifique, avec des lignes inclinées et des colombages qui se fondaient harmonieusement dans son environnement et lui rappelaient un navire amarré dans le port - seul ce bâtiment était niché sur la falaise, avec une vue incroyable sur l'océan dans le lointain. La cour bien entretenue abritait une balançoire et une bascule. Les deux étaient légèrement rouillées et Cassie devina que leur état fournissait une idée de l'âge des enfants.

Elle jeta un coup d'œil dans le rétroviseur de la voiture et vérifia ses cheveux - les boucles étaient lisses et brillantes grâce à ses efforts matinaux, et son rouge à lèvres corail était impeccable.

Elle se gara sur l'allée pavée et se dirigea vers la maison le long d'un chemin bordé de parterres de fleurs. Même à cette époque de l'année, ils étaient pleins de fleurs jaunes et elle reconnut le chèvrefeuille en fleurs planté plus loin. Elle s’imagina qu’en été, ce devait être une débauche de couleurs.

La porte d'entrée s'ouvrit avant qu'elle ne l'atteigne.

« Bonjour, Cassie. Je suis ravi de vous rencontrer. Je suis Ryan. »

L'homme qui la salua était une tête plus haute qu'elle, l’air en forme et étonnamment jeune, avec des cheveux châtains ébouriffés et des yeux bleus perçants. Il souriait, l'air vraiment heureux de la voir, et il portait un T-shirt Eminem délavé et un jean usé. Elle remarqua qu'un torchon était accroché à sa ceinture.

« Bonjour, Ryan. »

Elle lui prit sa main tendue. Elle était chaude et ferme.

« Vous m'avez surpris en plein nettoyage de la cuisine, afin de préparer votre arrivée. L’eau est chaude - êtes-vous une buveuse de thé ? C'est une telle habitude anglaise, c’est vrai, mais il y a aussi du café si vous préférez. »

« J’aimerai volontiers du thé », déclara Cassie, rassurée par son accueil chaleureux.

Alors qu'il fermait la porte d'entrée et la conduisait à la cuisine, elle se dit que Ryan Ellis était très différent de ce à quoi elle s’attendait. Il était plus sympathique qu'elle ne l'avait pensé, et elle appréciait qu'il soit prêt à nettoyer la cuisine.

Cassie se souvenait de son arrivée à sa dernière affectation au pair. Dès qu'elle était entrée dans le château français, elle avait senti l'atmosphère lourde et horrible du conflit. Dans cette maison, il n’y avait rien de tout cela.

En marchant sur le plancher en bois verni, elle fut impressionnée par son aspect soigné. Il y avait même des fleurs fraîches sur la table du hall.

« Nous vous avons fait de la place », déclara Ryan, comme s’il lisait dans ses pensées. « Ça n'a pas été aussi bien depuis des mois. »

À sa droite, Cassie vit une grande pièce avec d'immenses portes coulissantes donnant sur une véranda. Avec des meubles en cuir d'apparence confortable et des peintures de bateaux sur les murs, la pièce semblait accueillante et de bon goût. Elle ne pouvait s'empêcher de la comparer avec le décor ostentatoire de la salle d'exposition du château où elle avait travaillé avant. C'était comme si une vraie famille vivait dans cette maison.

La cuisine était rangée et propre, et Cassie remarqua la qualité des appareils. La bouilloire, le grille-pain et le robot de cuisine étaient d’une marque de premier plan. Elle reconnut le logo éclatant grâce à un article qu'elle avait lu dans le magazine de l’avion, et elle se souvenait avoir été étonnée par leur prix.

« Avez-vous déjà déjeuné ? » demanda Ryan après avoir versé le thé.

« Non, mais ça va. »

Ignorant sa réserve, il ouvrit le réfrigérateur et en sortit une assiette remplie de fruits, de muffins et de sandwichs.

« Le week-end, j'aime avoir une réserve de snacks disponibles. J'aimerais pouvoir dire que c'était spécialement pour vous, mais c'est le régime habituel des enfants. Dylan a douze ans et commence à manger comme un adolescent, Madison a neuf ans et fait beaucoup de sports, et je préfère qu'ils s’empiffrent de ça que de malbouffe ou de bonbons. »

« Où sont les enfants ? » demanda Cassie, se sentant subitement nerveuse à l'idée de les rencontrer. Avec un père aussi amusant et authentique, ils devaient probablement être exactement comme Jess les avait décrits, mais elle devait être sûre.

« Après le déjeuner, ils sont partis à vélo rendre visite à un ami. Je leur ai dit de profiter au maximum de l'après-midi avant que le temps ne change. Ils devraient revenir d'une minute à l'autre - sinon, je devrai peut-être prendre le Land Rover pour les récupérer. »

Ryan jeta un coup d'œil par la fenêtre au ciel qui s'assombrissait.

« Quoi qu'il en soit, comme je vous l'ai expliqué, j’ai besoin d'aide pendant un moment. Je suis maintenant père célibataire, les enfants ont besoin d'autant de distraction que possible et la date butoir de mon travail est impérative. »

« Qu’est-ce que vous faites ? » demanda Cassie.

« Je possède une flotte de bateaux de pêche et de plaisance qui opèrent depuis le port de la ville. Cette période de l'année correspond à l’époque d’entretien des bateaux, et j'ai une équipe d’ouvriers sur place en ce moment. Ils sont terriblement occupés et les premières tempêtes de la saison sont presque arrivées. C'est pourquoi mon temps est si serré et ma situation actuelle n'aide pas. »

« Ce doit être terrible d'avoir vécu un divorce, surtout maintenant. »

« Ça a été une période très difficile. »

Alors que Ryan se détournait de la fenêtre, dans la lumière changeante, Cassie se rendit compte qu'il n'était pas seulement attirant, mais exceptionnellement beau. Son visage était puissant et buriné, et le dessin des muscles de ses bras lui laissait penser qu'il devait être très affuté.

Cassie s’en voulut de reluquer ce pauvre garçon alors qu'il vivait un enfer émotionnel. Néanmoins, elle devait admettre qu'il était d'une beauté irrésistible, à tel point qu'elle devait s'empêcher de le dévisager.

« Ryan, le seul problème est que je n'ai pas de visa de travail valide pour le moment. J'en ai un pour la France, et j'ai été pleinement autorisé par l'agence au pair, mais je ne savais pas que cela fonctionne différemment ici. »

« Vous m’avez été recommandée par une amie », déclara Ryan, souriant. « Cela signifie que vous pouvez rester avec nous en tant qu'invité. Je vais vous payer en liquide, de manière officieuse, donc vous ne serez pas imposée, si cela vous convient. »

Cassie ressentit un grand soulagement. Ryan comprenait sa situation et était disposé à l’accepter sans aucun problème. C'était un poids énorme en moins sur ses épaules. Elle réalisa que cela pourrait même être le facteur décisif et elle devait cesser de tergiverser. Elle se rappela qu’elle devait être prudente et attendre d'avoir rencontré les enfants avant de s'engager.

« Pendant combien de temps auriez-vous besoin de moi ? »

« Un maximum de trois semaines. Cela me donnera le temps d’accomplir cet engagement, et nous approcherons des vacances scolaires d'ici là, donc nous aurons une chance de nous rassembler en famille. Ré-unir, devrais-je dire, en tant que nouvelle famille. On dit que le divorce est l'expérience la plus stressante, je pense que les enfants et moi pouvons le confirmer. »

Cassie hocha la tête en signe de sympathie. Elle était sûre que ses enfants avaient souffert. Elle se demandait jusqu’à quel point Ryan et sa femme s'étaient affrontés. Inévitablement, il y avait eu des disputes. Tout dépendait si elles s'étaient terminées par des cris et des récriminations ou par un silence lourd et pesant.

Ayant connu les deux en tant qu’enfant, elle n'était pas sûre de ce qui était pire.

Pendant que la mère de Cassie était en vie, elle avait réussi à tempérer les humeurs de son père. Cassie se souvenait des silences tendus de sa jeunesse, et cela lui avait permis de développer un sens aigu du conflit. Elle pouvait entrer dans une pièce et ressentir instantanément si les gens s'étaient battus. Les silences étaient toxiques et ils vous épuisaient émotionnellement car ils n’en finissaient pas.

S'il y a une chose que l‘on peut dire en faveur des conflits ouverts, c'est qu’ils finissent par se terminer, même s’il y a de la vaisselle cassée ou l’arrivée du Samu. Mais cela cause d'autres traumatismes et des cicatrices durables. Cela produit également un sentiment de peur, car les cris et la violence physique montrent que vous pouvez perdre le contrôle de vous-même et donc ne pas être fiable.

En résumé, c’est ainsi qu’avait été son père après la mort de sa mère.

Cassie observa la cuisine chaleureuse et bien rangée ; elle essayait d'imaginer ce qui avait bien pu se passer ici entre Ryan et sa femme. D'après son expérience, les pires disputes avaient eu lieu dans la cuisine et la chambre.

« Je suis vraiment désolée que vous ayez dû en passer par là », dit-elle doucement.

Ryan la regardait de près et elle lui retourna son regard, fixant ses yeux bleus pâles et perçants.

« Cassie, vous semblez comprendre », dit-il.

Elle pensait qu'il allait lui demander autre chose, mais à ce moment-là, la porte d'entrée s'ouvrit.

« Les enfants sont à la maison juste à temps. » Il avait l'air soulagé.

Cassie jeta un coup d'œil par la fenêtre. Des gouttes de pluie éclaboussaient la vitre et, alors que la porte claquait, une froide douche hivernale commença à couler.

« Salut papa ! »

Des bruits de pas résonnèrent sur le parquet et une jeune fille mince, portant un short de cycliste et un haut de survêtement vert, arriva en courant dans la cuisine. Elle s'arrêta quand elle vit Cassie, la regarda de la tête aux pieds, puis marcha vers elle et lui serra la main.

« Bonjour. Êtes-vous la dame qui prendra soin de nous ? »

« Je m'appelle Cassie. Es-tu Madison ? » demanda Cassie.

Madison hocha la tête et Ryan ébouriffa les cheveux brillants de sa fille.

« Cassie est en train de décider si elle veut travailler pour nous. Qu’en dis-tu ? Promets-tu de te comporter du mieux possible ? »

Madison haussa les épaules.

« Tu nous dis toujours de ne pas faire de promesses que nous ne pouvons pas tenir. Mais j'essayerai. »

Ryan rit et Cassie se mit à sourire devant l'honnêteté désarmante de la réponse de Madison.

« Où est Dylan ? » demanda Ryan.

« Il est dans le garage, en train de graisser son vélo. Il grinçait en montant la colline puis la chaîne est tombée. » Madison prit une profonde inspiration et se dirigea vers la porte de la cuisine.

« Dylan ! » hurla-t-elle. « Viens ici ! »

Cassie entendit un cri lointain. « J’arrive ! »

« Cela va lui prendre une éternité », déclara Madison. « Une fois qu'il commence à s'occuper des vélos, il ne s'arrête pas. »

Remarquant l'assiette de snacks, elle fondit droit dessus, les yeux brillants. Puis, voyant ce qu’ils contenaient, elle poussa un soupir exaspéré.

« Papa, tu as fait des sandwichs aux œufs. »

« C’est un problème ? » demanda Ryan, les sourcils levés.

« Tu connais mon point de vue sur les œufs. C'est comme être malade dans un sandwich. »

Elle choisit soigneusement un muffin du côté opposé de l'assiette.

« Malade dans un sandwich ? » La voix de Ryan exprimait à la fois l’indignation et l’amusement. « Maddie, tu ne devrais pas dire ce genre de chose devant un visiteur. »

« Fais attention, Cassie, ces œufs collent à tout », l'avertit Madison, faisant une grimace impénitente à son père.

Cassie ressentit soudain un étrange sentiment d'appartenance. Cette plaisanterie était exactement ce qu'elle espérait. Jusqu'à présent, cela semblait être une famille normale et heureuse, bienveillante, se taquinant entre eux, même s’il était sûr que chacun avait ses propres caprices et difficultés. Elle réalisa à quel point elle avait été tendue, s’attendant à ce que quelque chose n’aille pas.

Elle n'avait encore rien mangé parce qu'elle s'était sentie gênée de le faire devant Ryan. Maintenant, elle réalisa à quel point elle avait faim et décida qu'elle ferait mieux de prendre quelque chose avant que son estomac ne fasse des grognements embarrassants.

« Je vais prendre mon courage à deux mains et manger un sandwich », déclara-t-elle.

« Merci. Je suis soulagé que quelqu'un apprécie mes talents culinaires », déclara Ryan.

« Quel talent ? » ajouta Madison, faisant rire Cassie.

Se tournant vers Cassie, elle dit : «Papa fait toute la cuisine. Il déteste juste nettoyer. »

« Mais je l’ai fait », déclara Ryan.

Madison prit une autre inspiration profonde et fit face à la porte de la cuisine.

« Dylan », cria-t-elle.

Puis elle ajouta d'une voix normale : « Ah, te voici. »

Un grand garçon longiligne entra. Il avait les mêmes cheveux châtains et brillants que sa sœur, et Cassie se demanda s'il venait juste d'avoir une poussée de croissance, car il ressemblait à une grande asperge.

« Bonjour, ravi de vous rencontrer », dit-il à Cassie, un peu distraitement.

Dans ses traits d’enfant, elle pouvait voir une similitude avec Ryan. Ils partageaient la même mâchoire solide et les pommettes bien saillantes. Dans le joli visage ovale de Madison, elle voyait moins Ryan et se demandait à quoi ressemblait la mère des enfants. Y avait-il des photos de famille quelque part dans la maison ? ou le divorce avait-il été si acerbe qu'elles avaient été enlevées ?

« Tu dois venir lui serrer la main », rappela Ryan à son fils, mais Dylan montra ses paumes et Cassie vit qu’elles étaient noires de cambouis.

« Oh, oh. Viens plutôt par ici. »

Ryan se précipita vers l'évier, ouvrit le robinet et versa une bonne quantité de liquide vaisselle dans les mains de son fils.

Pendant que Ryan était occupé, Cassie prit un autre sandwich.

« Qu’est-ce qui n’allait pas avec le vélo ? » demanda Ryan.

« La chaîne sautait lorsque je changeais de vitesse », expliqua Dylan.

« L'as-tu réparée ? » Ryan surveillait la progression du lavage des mains avec une certaine inquiétude.

« Oui », dit Dylan.

Cassie s'attendait à ce qu'il donne plus d’explications, mais il ne le fit pas. Ryan lui passa une serviette et il s’essuya les mains, serra brièvement la main de Cassie dans un bonjour formel, puis se tourna vers les snacks.

Dylan ne dit pas grand-chose pendant qu'il mangeait, mais Cassie fut impressionnée par la quantité de nourriture qu'il réussit à engloutir en quelques minutes. L'assiette était presque vide au moment où Ryan la remit au réfrigérateur.

« Vous n'allez pas avoir faim pour le dîner si vous continuez à manger, et je suis sur le point de faire des spaghettis à la bolognaise », déclara-t-il.

« Je mangerai tout le bol de pâtes aussi », promit Dylan.

Ryan ferma le frigo.

« Bon, les enfants, j'ai besoin que vous alliez changer votre tenue de cyclisme maintenant, sinon vous allez prendre froid. »

Quand ils furent partis, il se retourna vers Cassie et elle remarqua qu'il avait l'air anxieux.

« Qu’en dites-vous ? Les enfants correspondent-ils ce que vous attendiez ? Ce sont de chouettes enfants, bien qu'ils puissent avoir leurs humeurs. »

Cassie avait immédiatement aimé les enfants. Madison, en particulier, semblait être une enfant facile et elle ne pouvait pas imaginer que la conversation vienne à manquer avec cette jeune fille bavarde. Dylan semblait plus complexe, une personne plus taciturne et introvertie. Mais cela pourrait être dû à son âge, étant pré-adolescent. Il était logique qu'il n'ait pas grand-chose à dire à une fille au pair de vingt-trois ans.

Ryan avait raison, ils semblaient être des enfants faciles, et plus important encore, il est apparu comme un père protecteur qui aiderait à résoudre les problèmes s'ils se produisaient.

Sa décision était prise. Elle prendra ce travail.

« Ils ont l'air adorables. Je serai heureux de travailler pour vous pendant les trois prochaines semaines. »

Le visage de Ryan s'éclaira.

« Oh, génial ! Vous savez, Cassie, depuis que je vous ai vu - non, depuis la première fois que je vous ai parlé, j'espérais que vous seriez d'accord. Il y a quelque chose dans votre énergie qui m'intrigue. J'aimerais savoir ce que vous avez vécu, ce qui vous a façonné, parce que vous semblez - je ne sais pas comment le décrire – sage, mature. En tout cas, je sens que mes enfants seront entre de bonnes mains. »

Cassie ne savait pas quoi dire. Les éloges de Ryan la mettaient mal à l'aise.

Ryan ajouta : « Les enfants vont être ravis ; je peux voir qu'ils vous apprécient déjà. Laissez-nous vous installer et je vais vous faire faire un petit tour de la maison. Avez-vous vos bagages avec vous ? »

« Oui. »

Profitant que la pluie se soit arrêtée, Ryan alla avec elle à la voiture et ramassa ses lourds sacs avec aisance, les portant dans le couloir.

« Nous n'avons qu'un seul garage, qui est le domaine du Land Rover, mais le stationnement dans la rue est totalement sûr. La maison est simple. Nous avons le salon à droite, la cuisine devant, et à gauche se trouve une salle à manger que nous n'utilisons presque jamais, donc elle est transformée en salle de puzzle, de lecture et de jeux. Comme vous pouvez le voir. »

Regardant à l'intérieur, il soupira.

« Qui est l’amateur de puzzle ? »

« Madison. Elle aime travailler avec ses mains, faire des objets, tout ce qui l’occupe et qu'elle peut faire. »

« Et elle est sportive ? » demanda Cassie. « Elle a plusieurs talents. »

« Je suis inquiet avec Maddie, le travail scolaire est le point faible. Elle a besoin d'une aide scolaire, en particulier en mathématiques. Ainsi, toute aide que vous pourrez offrir, ou même simplement un soutien moral, sera formidable. »

« Et Dylan ? »

« C'est un cycliste passionné, mais il ne veut pratiquer aucun autre sport. Il est doué pour la mécanique et il est très bon élève. Il n'est pas sociable, cependant c'est un bon équilibre pour lui parce qu'il peut être lunatique s'il se sent sous pression. »

Cassie hocha la tête, reconnaissante de cet éclairage sur les enfants.

« Voici votre chambre. Laissons les sacs ici. »

La petite chambre avait une belle vue sur la mer. Elle était décorée de turquoise et de blanc, et avait l'air soignée et accueillante. Ryan placa son plus grand sac au pied du lit et le plus petit sur le fauteuil rayé.

« La salle de bain des invités est au bout du couloir. Nous avons la chambre de Madison à droite, la chambre de Dylan à gauche, et enfin la mienne. Ensuite, il y a un autre endroit que je dois vous montrer. »

Il la raccompagna à l’autre bout du couloir et ils se dirigèrent vers le salon. Au-delà, à travers les portes vitrées, Cassie aperçut un balcon couvert avec des meubles en fer forgé.

« Ouah », souffla-t-elle. La vue sur la mer de cet endroit était exquise. Il y avait un à-pic spectaculaire dans l'océan en dessous, et elle pouvait entendre les vagues s'écraser contre les rochers.

« C'est mon endroit paisible. Je m'assois ici tous les soirs après le dîner pour me détendre, généralement avec un verre de vin. Vous êtes la bienvenue quand vous voudrez - le vin est facultatif, mais des vêtements chauds et un coupe-vent sont indispensables. Le balcon est bien couvert, mais pas vitré. J'ai envisagé de le faire mais j'ai finalement compris que je ne pouvais pas. Là-bas, avec le bruit de la mer et même des rafales occasionnelles lors de nuits orageuses, vous vous sentez tellement connecté à l'océan. Jetez un coup d’œil. »

Il ouvrit la porte coulissante.

Cassie sortit sur le balcon et se dirigea vers le bord, saisissant la balustrade en acier.

Ce faisant, un étourdissement l’envahit et, soudain, elle ne voyait plus la plage du Devon.

Elle était penchée sur un parapet de pierre, fixant avec horreur le corps meurtri tout en bas, prise de panique et de désarroi.

Elle pouvait sentir la pierre froide sur ses doigts.

Elle se souvenait de ce soupcon de parfum qui flottait encore dans la chambre opulente, et de la façon dont la nausée l’avait submergée ; ses jambes étaient devenues flageolantes à tel point qu'elle avait pensé qu'elle allait s'effondrer. Comment elle avait été incapable de se rappeler de la manière dont les événements de la nuit précédente s'étaient déroulés. Ses cauchemars, toujours mauvais, étaient devenus bien pires et plus aigus après cette vision terrible ; elle n'avait donc pas été en mesure de dire où les rêves se terminaient et où les souvenirs débutaient.

Cassie pensait qu'elle avait laissé cette personne terrifiée derrière elle, mais maintenant, alors que l'obscurité se précipitait pour l’absorber, elle comprit que les souvenirs et la peur étaient devenus une partie d'elle-même.

« Non », essaya-t-elle de crier, mais sa propre voix semblait provenir d'un endroit distant et lointain et tout ce qui en sortit fut un murmure entrecoupé et inaudible.




CHAPITRE IV


« Là, calmez-vous. Respirez. Expirez, inspirez. Expirez, inspirez. »

Cassie ouvrit les yeux et se retrouva regardant le plancher en bois massif de la terrasse.

Elle était assise sur le coussin moelleux d'une des chaises en fer forgé, la tête sur les genoux. Des mains fermes agrippaient ses épaules, la soutenaient.

C'était Ryan, son nouvel employeur. Ses mains, sa voix.

Que s’était-il passé ? Elle avait paniqué et s'était complètement ridiculisée. Hâtivement, elle se débattit.

« Doucement, allez-y doucement. »

Cassie haleta. Sa tête tournait et elle avait l'impression de vivre une expérience hors du corps.

« Vous avez eu une grave crise de vertige. Pendant une minute, j'ai cru que vous alliez tomber par-dessus la balustrade », expliqua Ryan. « J'ai réussi à vous attraper avant que vous ne vous évanouissiez. Comment vous sentez-vous ? »

Comment se sentait-elle ?

Gelée, étourdie et mortifiée par ce qui s'était passé. Elle avait absolument voulu faire bonne impression et être à la hauteur des louanges de Ryan à son égard. Au lieu de cela, elle avait vraiment raté son coup et devrait expliquer pourquoi.

Mais comment pouvait-elle ? S'il connaissait les horreurs qu'elle avait vécues et que son ex-employeur risquait d'être jugé pour meurtre à ce moment précis, il pourrait changer d'avis à son sujet et penser qu'elle était trop instable pour s'occuper de ses enfants à un moment où ils avaient besoin de stabilité. Même une attaque de panique pourrait être préoccupante.

Il valait mieux abonder dans son sens et lui confirmer qu'elle avait souffert de vertiges.

« Je me sens beaucoup mieux », lui répondit-elle. « Je suis vraiment désolée. J'aurais dû me rappeler que je souffre de vertiges sévères si je n'ai pas été en contact avec le vide depuis un certain temps. Cela s'améliore. Dans un jour ou deux, tout ira bien. »

« C'est bon à savoir, mais vous devez être prudente en attendant. Pouvez-vous vous lever maintenant ? Continuez à tenir mon bras. »

Cassie se leva, s'appuyant sur Ryan jusqu'à ce qu'elle soit sûre que ses jambes la soutiennent, puis il la ramena lentement dans le salon.

« Je vais bien maintenant. »

« Vous êtes sûr ? » Il lui tint le bras un moment de plus avant de la lâcher.

« Prenez le temps de récupérer, de vous reposer, de vous installer et je préparerai le diner à six heures et demie. »



*



Cassie prit le temps de récupérer, s'assurant que ses affaires étaient soigneusement rangées dans la pittoresque garde-robe blanche, et que ses médicaments étaient dans le fond du tiroir du bureau. Elle ne pensait pas que quelqu’un fouillerait ses affaires lorsqu'elle n'était pas là, mais elle ne voulait pas qu’on lui pose des questions embarrassantes sur les anxiolytiques qu'elle prenait, surtout après la crise de panique qu'elle avait eue plus tôt.

Au moins, elle s'était rapidement remise de l'épisode, et cela devait être un signe que son anxiété était sous contrôle. Elle se rappela mentalement de prendre ses comprimés pour la nuit avant de rejoindre la famille pour le dîner, juste au cas où.

Le délicieux arôme d'ail et de viande cuite flottait dans la maison bien avant six heures et demie. Cassie attendit jusqu'à six heures et quart, puis mit l'un de ses plus beaux chemisiers, avec des perles autour du cou, du vernis à lèvres et une touche de mascara. Elle voulait que Ryan la voie à son meilleur. Elle se dit qu'il était important de donner une bonne impression à cause de l'attaque de panique précédente, mais quand elle repensa à ces moments sur le porche, elle constata que ce dont elle se souvenait le plus clairement était la sensation des bras toniques et musclés de Ryan pendant qu’il la tenait.

Elle se sentit de nouveau étourdie lorsqu'elle se rappela combien il avait été fort, mais doux avec elle.

En quittant sa chambre, Cassie faillit rentrer dans Madison, qui se dirigeait avec empressement vers la cuisine.

« Ce plat sent tellement bon », déclara Madison à Cassie.

« C'est ton plat préféré ? »

« Eh bien, j'adore le bol de spaghettis comme papa le fait, mais pas quand on mange au restaurant. Ils ne font pas la même chose. Je dirais donc que c'est mon plat préféré à la maison, et mon deuxième préféré est le poulet rôti, et mon troisième est le toad in the hole. Ensuite, quand nous sortons, j'adore les fish and chips, qu’on trouve partout ici, et j'aime la pizza, et je déteste les hamburgers, qui sont les préférés de Dylan, mais je pense que les hamburgers de restaurant sont beurk. »

« Qu'est-ce que le toad in the hole ? » demanda Cassie avec curiosité, devinant que ce devait être un plat anglais traditionnel.

« Tu ne l'as jamais mangé ? Ce sont des saucisses cuites dans une sorte de tarte, faites avec des œufs, de la farine et du lait. Tu dois le manger avec beaucoup de sauce. Je veux dire, beaucoup. Et les pois et les carottes. »

La conversation les avait conduites jusque dans la cuisine. La table en bois était dressée pour quatre, et Dylan était déjà assis à sa place, se versant un verre de jus d'orange.

« Les hamburgers ne sont pas beurk. Ils sont la nourriture des dieux », répliqua-t-il.

« Mon professeur à l'école a dit que ce sont principalement des céréales et des morceaux d'animaux que tu ne mangerais pas sinon, finement broyés. »

« Ton professeur a tort. »

« Comment peut-elle se tromper ? Tu es stupide de dire ça. »

Cassie était sur le point d'intervenir, pensant l'insulte de Madison trop personnelle, mais Dylan répliqua en premier.

« Eh, Maddie », Dylan pointa un doigt d'avertissement sur elle : « Soit tu es avec moi, soit tu es contre moi. »

Cassie ne pouvait pas comprendre ce qu'il voulait dire par là, mais Madison roula des yeux et lui tira la langue avant de s'asseoir.

« Puis-je vous aider ? »

Cassie se dirigea vers la cuisinière où Ryan soulevait une marmite bouillante de pâtes hors du feu.

Il la regarda et sourit.

« C’est bon, je gère, enfin j'espère. L'heure du dîner est dans moins de trente secondes. Allez les enfants ! Prenez vos assiettes pour les remplir. »

« J'aime bien ton chemisier, Cassie », déclara Madison.

« Merci. Je l'ai acheté à New York. »

« New York. Ouah. J'adorerais y aller », répondit Madison, les yeux écarquillés.

« Les élèves de sixième en économie y sont allés en juin pour un voyage scolaire », déclara Dylan.

« Étudie l'économie, et tu pourras y aller aussi. »

« Est-ce que cela comprend des mathématiques ? » demanda Madison.

Dylan acquiesça.

« Je déteste les maths. C'est ennuyeux et difficile. »

« Eh bien, tu n'iras pas. »

Dylan s’occupa de son assiette, la remplissant à ras-bord de spaghettis, tandis que Ryan rinçait les ustensiles de cuisine dans l'évier.

Voyant que Madison avait l'air renfrognée, Cassie changea de sujet.

« Ton père m'a dit que tu aimais le sport. Quel est ton préféré ? »

« La course à pied et la gymnastique. J'aime beaucoup le tennis, nous avons commencé cet été. »

« Et toi, tu fais du vélo ? » demanda Cassie à Dylan.

Il hocha la tête, empilant du fromage râpé sur ses pâtes.

« Dylan veut être un professionnel et remporter le Tour de France un jour », déclara Madison.

Ryan s’assit à table.

« Tu vas très probablement découvrir une formule mathématique inconnue et obtenir une bourse à l'Université de Cambridge », dit-il, en contemplant affectueusement son fils.

Dylan secoua la tête.

« Tour de France jusqu'au bout papa», insista-t-il.

« Université d'abord », rétorqua Ryan d’une voix ferme, et Dylan se renfrogna en réponse. Madison intervint, demandant plus de jus, et Cassie le lui versa pendant que le bref moment de discorde passait.

Laissant là leur conversation, Cassie mangea son plat qui était délicieux. Elle n'avait jamais connu une personne comme Ryan, se dit-elle. Il était si compétent et si attentionné. Elle se demanda si les enfants savaient quelle chance ils avaient d'avoir un père qui cuisinait pour eux.

Après le dîner, elle se porta volontaire pour faire la vaisselle, qui consistait principalement à charger le grand lave-vaisselle ultramoderne. Ryan expliqua que les enfants avaient droit à une heure de télévision après le dîner si leurs devoirs étaient terminés, et qu'il éteignait le Wi-Fi au moment de se coucher.

« Il est dangereux pour ces accros du téléphone d'envoyer des SMS toute la nuit », déclara-t-il. « Et ils le feront, si l'occasion se présente. L'heure de se coucher est l'heure de dormir. »

Lorsqu’il fut huit heures trente, les deux enfants allèrent se coucher docilement.

Dylan lui accorda un bref Bonne nuit et lui dit qu'il se lèverait très tôt le matin pour faire du vélo dans le village avec ses amis.

« Veux-tu que je te réveille ? » demanda Cassie.

Il secoua la tête.

« Ca va, merci », dit-il avant de fermer la porte de sa chambre.

Madison était plus bavarde, et Cassie passa quelque temps assise sur son lit, écoutant ses idées sur ce qu'ils pourraient faire demain et sur la météo.

« Il y a une confiserie dans le village et ils vendent les plus belles barres sucrées à rayures qui ressemblent à de petits bâtons de marche et ont un goût de menthe poivrée. Papa ne nous laisse pas souvent y aller, mais peut-être qu'il voudra bien demain. »

« Je vais demander », promit Cassie, avant de s'assurer que la jeune fille était bien installée pour la nuit en lui apportant un verre d'eau et en éteignant sa lampe.

En refermant doucement la porte de Madison, elle se souvint de sa première nuit chez la famille précédente. Comment elle avait sombré dans un sommeil épuisant et avait été en retard pour rassurer le plus jeune enfant qui avait eu un cauchemar. Elle pouvait encore ressentir la douleur et le choc de la gifle cuisante qu'elle avait gagnée en conséquence. Elle aurait dû s’en aller aussitôt, mais ce n’avait pas été le cas.

Cassie était convaincue que Ryan ne lui ferait jamais une telle chose. Elle ne pouvait même pas l'imaginer la réprimander verbalement.

En pensant à Ryan, elle se souvint du verre de vin sur la véranda extérieure et elle hésita. Elle était tentée de passer plus de temps avec lui, mais ne savait pas si elle le devait.

Le pensait-il quand il a dit qu'elle serait la bienvenue en se joignant à lui ? ou avait-il dit cela par politesse ? »

Bien que taraudée par l’indécision, elle enfila sa veste la plus épaisse. Elle pourra tâter le terrain, voir comment il réagira. S'il ne paraissait pas vouloir de la compagnie, elle pouvait rester pour boire rapidement un verre et aller se coucher.

Elle alla au bout du couloir, toujours partagée quant à sa décision. En tant qu'employée, il n'était pas correct de prendre un verre de vin avec son employeur après les heures de travail - ou si ? Si elle voulait être totalement professionnelle, elle devrait aller se coucher. Cependant, Ryan étant si arrangeant concernant son absence de visa et promettant de la payer comptant, que les règles de professionnalisme étaient déjà floues.

C'était une amie de la famille, c'est ce que Ryan avait dit, et partager un verre de vin après le dîner était exactement ce que ferait un ami.

Ryan semblait ravi de la voir. Le soulagement et l'excitation l’envahirent lorsqu'elle vit son sourire chaleureux et sincère.

Il se leva et lui prit le bras et la fit traverser la véranda, s'assurant qu'elle était bien installée sur une chaise.

Son cœur battit plus fort lorsqu’elle vit qu'il avait posé un verre à vin supplémentaire sur le plateau.

« Aimez-vous le Chardonnay ? »

Cassie acquiesça.

« J'adore cela. »

« À vrai dire, je n'ai pas un bon palais pour le vin et mon préféré est un rouge brut ordinaire, mais cette excellente bouteille m'a été offerte par un client reconnaissant après un voyage de pêche réussi. Je prends plaisir à la boire. Santé. »

Il se pencha et trinqua.

« Parlez-moi de votre entreprise », dit Cassie.

« J'ai commencé South Winds Sailing il y a douze ans, juste après la naissance de Dylan. Son arrivée m'a fait réfléchir à mon but et à ce que je pouvais offrir à mes enfants. J'ai passé trois ans dans la Royal Navy après l'école, pour finalement devenir officier de pont de la marine marchande. J’ai la mer dans le sang et je n'ai jamais imaginé vivre ou travailler à l'intérieur des terres. »

Cassie hocha la tête alors qu’il continuait.

« À la naissance de Dylan, le tourisme dans cette région commençait à prendre de l’ampleur, alors j'ai donné mon préavis - à ce moment-là, j'étais le directeur d’un chantier naval en Cornouailles - et j'ai acheté mon premier bateau. Le second a suivi peu de temps après et aujourd'hui, je possède une flotte de seize bateaux de formes et tailles variées : bateaux à moteur, voiliers, canots - et le joyau de ma couronne est un nouveau yacht charter qui est populaire auprès des entreprises. »

« C'est incroyable », s’exclama Cassie.

« Ça été une aventure fantastique. L'entreprise m'a tellement donné. Un revenu confortable, une vie merveilleuse et une belle maison que j'ai conçue d’après un rêve que j'ai toujours eu - même si heureusement l'architecte a atténué les éléments les plus fous ou la maison serait probablement tombée par-dessus la falaise maintenant. »

Cassie rit.

« Votre entreprise doit exiger de vous beaucoup de travail » fit-elle remarquer.

« Oh, oui. » Posant son verre, Ryan regarda la mer. « En tant que responsable d'entreprise, vous faites des sacrifices constamment. Vous travaillez de nombreuses heures. J'ai rarement un week-end ; aujourd'hui, j'ai demandé à mon directeur de me remplacer parce que vous veniez. Je pense que c'est pourquoi ... »

Il se tourna vers elle et croisa son regard, l’air sérieux.

« Je pense que c'est pourquoi mon mariage a finalement échoué. »

Cassie ressentit des picotements à l’idée qu'il allait lui parler de ce sujet. Elle hocha la tête, compatissante, espérant qu'il continuerait à en parler, et après un certain temps, il le fit.

« Quand les enfants étaient plus jeunes, c’était plus facile pour Trish, ma femme, de comprendre que je devais m’investir avant tout dans le travail. Mais à mesure qu'ils grandissaient et devenaient plus indépendants, elle commença à vouloir que je ... enfin, que je remplace leur absence dans sa vie, je crois. Elle exigea de moi un soutien affectif, du temps et de l'attention de manière excessive. J'ai trouvé cela épuisant et les disputes ont commencé. C'était une femme forte. C'est ce qui m'avait d'abord attiré chez elle, mais les gens peuvent changer, et je pense que c’est ce qui s’est passé. »

« Cela paraît bien triste », dit Cassie.

Son verre était presque vide, Ryan lui versa du vin avant de remplir le sien.

« Ce fut épouvantable. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point cette période a été tumultueuse. Lorsque vous aimez quelqu'un, vous ne le laissez pas partir facilement, et quand l'amour s'en va, vous le poursuivez constamment ; en espérant, priant, que vous puissiez récupérer ce que vous aviez tant aimé. J'ai essayé, Cassie. J'ai essayé de toutes mes forces, et quand il est devenu clair que ça ne fonctionnait plus, je l’ai vécu comme une défaite. »

Cassie se retrouva penchée vers lui.

« Comme ce doit être terrifiant. »

« Vous avez prononcé le bon mot. C'est terrifiant. Je me suis senti très nul et à la dérive. Je ne prends pas d'engagement à la légère. Pour moi, cela signifiait pour toujours. Quand Trish est partie, j'ai dû me remettre en question. »

Cassie cligna des yeux. Elle pouvait entendre l'angoisse dans sa voix. La douleur qu'il traversait semblait fraîche et à vif. Il fallait un immense courage, pensa-t-elle, pour le cacher sous une apparence plaisante et légère.

Elle était sur le point de dire à Ryan combien elle l'admirait pour la force qu'il montrait dans l'adversité, mais elle s’arrêta juste à temps, considérant qu’il était beaucoup trop tôt. Elle connaissait à peine Ryan et n'avait pas le droit de faire de telles observations personnelles à un employeur, après seulement quelques heures dans son entreprise.

À quoi pensait-elle - si seulement elle était capable de réfléchir ?

Elle considéra que comme le vin lui montait à la tête, elle devait choisir ses mots avec précaution. Juste parce que Ryan était si beau, intelligent et gentil, il n'y avait aucune raison de se comporter comme une adolescente éblouie avec lui. Il fallait que ça s'arrête, car sinon elle finirait par être terriblement gênée, voire pire.

« Je crois que je ferais mieux de vous laisser aller vous coucher maintenant », dit Ryan, posant son verre vide. « Vous devez être épuisée après le trajet et votre rencontre avec mes deux hooligans. Merci de vous être jointe à moi. Cela signifie beaucoup pour moi de pouvoir vous parler comme ça. »

« Ce fut une fin de journée agréable et une si belle façon de se détendre », reconnut Cassie.

En fait, elle ne se sentait pas du tout détendue. Son état avait été exacerbé par l'intimité de leur conversation. Alors qu'ils se levaient et se dirigeaient vers l'intérieur, elle n'arrêtait pas de penser à ce qu'il lui avait confié.

De retour dans sa chambre, elle jeta un rapide coup d'œil à ses messages, reconnaissante que cette maison soit connectée à Internet. Sur son dernier lieu de travail, il n'y avait pas d’Internet et elle s’était retrouvée complètement isolée. Jusqu'à ce que cela se produise, elle n'avait pas réalisé à quel point c'était effrayant de ne pas pouvoir communiquer avec le monde extérieur quand on en a besoin.

Sur son téléphone, Cassie remarqua qu'il y avait quelques bonjours et un ou deux messages d'amis de retour aux États-Unis.

Puis elle vit qu'un autre message avait été envoyé plus tôt dans la soirée. Celui-ci provenait d'un numéro de téléphone portable britannique inconnu, qui lui produisit un choc quand elle l’aperçut, et en l'ouvrant, elle ressentit une boule dans le ventre.

« Soyez prudente », disait le court message.




CHAPITRE V


Cassie avait pensé bien dormir dans sa chambre douillette avec le seul bruit des vagues à l'extérieur. Elle était sûre que cela aurait été le cas, sans ce message déconcertant, provenant d'un numéro inconnu pendant qu'elle était assise dans la véranda avec Ryan.

Sa première réaction de panique fut de penser qu'il concernait le procès pour meurtre de son ex-employeur, dans lequel elle avait été impliquée d'une manière ou d'une autre, et qu’on la recherchait. Elle tenta de vérifier les dernières infos, mais constata avec frustration que Ryan avait déjà éteint le Wi-Fi.

Elle se tourna dans tous les sens, inquiète de ce que cela pouvait signifier et anxieuse de savoir qui l'avait envoyé, essayant de se rassurer en se disant que c'était probablement un mauvais numéro et qu'il était destiné à quelqu'un d'autre.



*



Après une nuit agitée, elle réussit à sombrer dans un sommeil léger et fut réveillée par son alarme. Elle saisit son téléphone et constata avec soulagement que le signal était revenu.

Avant de sortir du lit, elle chercha des infos sur le procès.

Cassie apprit qu'un report avait été demandé et qu'il devait reprendre dans deux semaines. En recherchant plus avant, elle découvrit que c'était parce que l’avocat de la défense avait besoin de plus de temps pour contacter de nouveaux témoins.

Cela la rendait malade de peur.

Elle regarda de nouveau l'étrange message : « Soyez prudente », réfléchissant si elle devait y répondre et demander ce que cela signifiait, mais au cours de la nuit, l'expéditeur avait dû la bloquer car elle constata qu'elle ne pouvait pas renvoyer de message.

En désespoir de cause, elle essaya d'appeler le numéro.

La ligne fut immédiatement interrompue. Ses appels avaient clairement été bloqués également.

Cassie soupira de frustration. Couper la communication ressemblait plus à du harcèlement qu'à un véritable avertissement. Elle allait se résigner à l’idée que c’était un mauvais numéro, que l'expéditeur l’avait réalisé trop tard et qui l'avait bloqué en conséquence.

Se sentant en partie réconfortée, elle sortit du lit et alla réveiller les enfants.

Dylan était déjà debout - Cassie se rappela qu'il devait faire du vélo. Espérant qu'il ne penserait pas que ce soit une intrusion, elle entra, remit sa couette et ses oreillers en ordre, puis récupéra ses vêtements éparpillés.

Ses étagères étaient remplies d'une grande variété de livres, dont plusieurs sur le vélo. Deux poissons rouges nageaient dans un aquarium sur le dessus de la bibliothèque, et sur une grande table près de la fenêtre se trouvait une cage à lapin. Un lapin gris prenait un petit déjeuner composé de laitue et Cassie le regarda joyeusement pendant une minute.

Quittant sa chambre, elle tapota sur la porte de Madison.

« Donne-moi dix minutes », répondit la jeune fille endormie, alors Cassie se dirigea vers la cuisine pour commencer à préparer le petit déjeuner.

Là, elle vit que Ryan avait laissé une liasse d'argent sous la salière avec un petit

mot : « Je suis allé travailler. Sortez les enfants et amusez-vous ! Je serai de retour ce soir. »

Cassie mit des tranches de pain dans le joli grille-pain décoré de fleurs et remplit la bouilloire. Alors qu'elle était occupée à préparer du café, Madison, vêtue d’une robe rose, entra en bâillant.

« Bonjour », la salua Cassie.

« Bonjour. Je suis trop contente que tu sois là ! Tout le monde dans cette maison se lève si tôt », se plaignit-elle.

« Je te fais un café? un thé ? un jus de fruit ? »

« Du thé, s'il te plaît. »

« Du pain grillé ? »

Madison secoua la tête : « Je n'ai pas faim, merci. »

« Qu'aimerais-tu faire aujourd'hui ? Ton père nous a dit de sortir quelque part », déclara Cassie, en versant du thé comme Madison le lui avait demandé, avec un soupçon de lait et sans sucre.

« Allons en ville », répondit Madison. « C'est amusant le week-end. Il y a plein de choses à faire. »

« Bonne idée. Sais-tu quand Dylan sera de retour ? »

« Il s’en va généralement pendant une heure. » Madison passa ses mains autour de sa tasse et souffla sur le liquide brûlant.

Cassie était impressionnée par l'indépendance des enfants. De toute évidence, ils n'étaient pas habitués à être surprotégés. Elle en déduit que le village était petit et suffisamment sûr pour qu'ils puissent le considérer comme un prolongement de leur maison.

Dylan revint peu après et à neuf heures, ils étaient habillés et prêts à partir pour leur sortie. Cassie supposa qu'ils prendraient la voiture, mais Dylan lui déconseilla.

« Il est difficile de se garer le week-end. Nous descendons généralement à pied - c'est seulement à 2 km - et nous prenons le bus pour revenir. Il passe toutes les deux heures, il suffit donc de bien le prévoir. »

La descente vers le village ne pouvait pas être plus pittoresque. Cassie fut charmée par les perspectives changeantes sur la mer et les maisons pittoresques le long du chemin. Quelque part au loin, elle pouvait entendre les cloches de l’église. L'air était frais et agréable, et respirer l'odeur de la mer était un vrai plaisir.

Madison menait la marche, montrant les maisons des personnes qu'elle connaissait, c’est-à-dire de presque tout le monde.

Quelques-unes des personnes qui passaient devant eux leur faisaient un signe de la main et une femme arrêta son Range Rover pour leur proposer de les emmener.

« Non merci, Mme O'Donoghue, nous aimons marcher », dit Madison. « Mais nous pourrions avoir besoin de vous pour le retour ! »

« Je te guetterai ! » promit la femme avec un sourire avant de s'éloigner. Madison expliqua qu’elle et son mari vivaient plus à l'intérieur des terres et dirigeaient une petite ferme biologique.

« Il y a un magasin vendant leurs produits en ville, et ils ont parfois aussi du fudge fait maison », s’exclama Madison.

« Nous irons donc là-bas », promit Cassie.

« Ses enfants ont de la chance. Ils vont au pensionnat en Cornouailles. J'aimerais pouvoir le faire », dit Madison.

Cassie fronça les sourcils, se demandant pourquoi Madison voudrait passer du temps loin d'une vie aussi agréable. À moins que, peut-être, le divorce ne lui avait laissé un sentiment d'insécurité et qu'elle voulait plus de monde autour d'elle.

« Es-tu heureuse dans ton école ? » demanda-t-elle, juste au cas où.

« Oh, oui, c'est génial, à part ça je dois étudier », répondit Madison.

Cassie était soulagée qu'il ne semble pas y avoir de problème caché, comme du harcèlement.

Les magasins étaient aussi pittoresques qu'elle l'avait espéré. Il y avait quelques magasins vendant du matériel de pêche, des vêtements chauds et du matériel de sport. Se souvenant qu’elle avait eu très froid aux mains en buvant avec Ryan la nuit précédente, Cassie essaya une belle paire de gants, mais décida, compte tenu de ses finances et de son manque d'argent, qu’il serait préférable d'attendre et d'acheter une paire moins chère.

L'odeur de pain cuit les attira vers une pâtisserie de l'autre côté de la route. Après avoir discuté avec les enfants, elle acheta un pain au levain et une tarte aux noix de pécan pour rapporter à la maison.

La seule déception de la matinée fut la confiserie.

Lorsque Madison alla jusqu'à la porte, pleine d’espoir, elle s'arrêta, l'air découragée.

Le magasin était fermé, avec un petit mot collé sur la vitre qui disait : « Chers clients, nous sommes partis ce week-end pour un anniversaire de famille ! Nous serons de retour pour vous servir vos spécialités préférées mardi. »

Madison soupira tristement.

« Leur fille tient généralement la boutique quand ils sont absents. Je suppose que tout le monde est allé à cette stupide fête. »

« Je pense aussi. Ne t’en fais pas. Nous pourrons revenir la semaine prochaine. »

« C'est tellement loin. » La tête baissée, Madison s’en alla et Cassie se mordit les lèvres avec anxiété. Elle espérait vraiment que cette sortie soit un succès. Elle avait imaginé de quelle façon le visage de Ryan s’illuminerait alors qu'ils parleraient de leur belle journée, et qu’il la regarderait avec gratitude, ou peut-être même qu’il lui ferait un compliment.

« Nous reviendrons la semaine prochaine », répéta-t-elle, sachant que ce n'était pas une consolation pour une fillette de neuf ans qui se voyait déjà suçailler ses barres sucrées au goût de menthe poivrée.

« Nous pourrions trouver des bonbons dans d'autres magasins », ajouta-t-elle.

« Allez, Maddie », ajouta Dylan avec impatience, et il lui prit la main, l'éloignant de la boutique. Devant, Cassie remarqua le magasin dont Madison lui avait parlé, appartenant à la femme qui leur avait proposé de les emmener.

« Un dernier arrêt là-bas, puis nous décidons où déjeuner », déclara-t-elle.

Dans l’idée de préparer de bonnes soupes et des sandwichs bio, Cassie choisit quelques paquets de légumes émincés, un sac de poires et des fruits secs.

« Pouvons-nous acheter des châtaignes ? » demanda Madison. « Elles sont délicieuses, grillées sur le feu. Nous en avons fait l'hiver dernier avec ma maman. »

C'était la première fois que l'un ou l'autre mentionnait leur mère et Cassie attendait anxieusement, regardant Madison pour voir si le souvenir allait la bouleverser ou si c'était un signe qu'elle voulait parler du divorce. À son grand soulagement, la jeune fille restait calme.

« Bien, entendu. C'est une super idée. » Cassie ajouta un sac à son panier.

« Regarde, y a du fudge ! »

Madison le montra du doigt avec excitation et Cassie comprit que le moment était passé. Mais après avoir mentionné sa mère une fois, elle avait brisé la glace et voudrait peut-être en parler plus tard. Cassie se rappela d'être vigilante à tous les signaux. Elle ne voulait pas manquer l'occasion d'aider l'un ou l'autre des enfants à traverser cette période difficile.

Les paquets étaient rassemblés sur un comptoir près de la caisse, avec d'autres friandises. Il y avait des pommes au caramel, du fudge, des bonbons à la menthe, de petits sachets de délices turcs et même des bâtonnets sucrés miniatures.

« Que voulez-vous, Dylan et Madison ? » demanda-t-elle.

« Une pomme caramel, s'il te plaît, et du fudge, et un de ces bâtonnets sucrés », répondit Madison.

« Une pomme caramel, deux bâtonnets sucrés, du fudge et un délice turc », ajouta Dylan.

« Je pense que peut-être seulement deux bonbons chacun suffiront ou cela vous coupera l’appétit pour le déjeuner », déclara Cassie, se souvenant que les sucreries n’étaient pas encouragées dans cette famille. Elle prit deux pommes caramel et deux paquets de fudge sur le présentoir.

« Penses-tu que ton père aimerait quelque chose ? » Elle sentit une vague d’émotion en elle en parlant de Ryan.

« Il aime les noix », répondit Madison, et montra des noix de cajou grillées : « Ce sont ses préférées. »

Cassie ajouta un sac à son panier et se dirigea vers la caisse.

« Bonjour », dit-elle en saluant la caissière, une jeune femme blonde et potelée avec un badge portant le nom Tina, qui lui sourit et salua Madison par son nom.

« Bonjour, Madison. Comment va ton papa ? Est-il maintenant sorti de l'hôpital ? »

Cassie jeta un coup d'œil inquiet à Madison. Était-ce quelque chose dont on ne lui avait pas parlé ? Mais Madison fronçait les sourcils, perplexe.

« Il n'a pas été hospitalisé. »

« Oh, je suis désolée, je dois avoir mal compris. La dernière fois qu'il est venu ici, il a dit… », commença Tina.

Madison l'interrompit, fixant la caissière avec curiosité tandis qu’elle enregistrait les achats.

« Vous avez grossi. »

Horrifiée par le manque de tact de ce commentaire, Cassie sentit son visage devenir aussi cramoisi que celui de Tina.

« Je suis vraiment désolée », marmonna-t-elle en s'excusant.

« C’est bon. »

Cassie vit que Tina semblait abattue par le commentaire. Qu'est-ce qui était arrivé à Madison ? Ne lui avait-on jamais appris à ne pas dire de telles choses ? Était-elle trop jeune pour réaliser à quel point ces mots étaient blessants ?

Percevant que plus aucune excuse ne rachèterait la situation, elle reprit sa monnaie et poussa la jeune fille hors du magasin avant qu’elle n’ait l’idée de dire autre chose du même acabit.

« Ce n'est pas poli de dire des choses comme ça », expliqua-t-elle, quand elles étaient hors de portée de voix.

« Pourquoi ? » demanda Madison. C’est la vérité. Elle est beaucoup plus grosse que lorsque je l'ai vue pendant les vacances d'août. »

« Il vaut toujours mieux ne rien dire si tu remarques quelque chose comme ça, surtout si d'autres personnes écoutent. Elle pourrait avoir un - un problème hormonal, ou prendre des médicaments qui la font grossir, comme la cortisone, ou elle pourrait attendre un bébé et ne pas vouloir qu’on le sache encore. »

Elle jeta un coup d'œil à Dylan sur sa gauche, pour voir s'il écoutait, mais il fouillait dans ses poches et semblait préoccupé.

Madison fronça les sourcils en y réfléchissant.

« OK », dit-elle. « Je m'en souviendrai la prochaine fois. »

Cassie laissa échapper un profond soulagement que son raisonnement ait été compris.

« Voulez-vous une pomme caramel ? »

Cassie passa à Madison sa pomme caramel qu'elle mit dans sa poche et tendit l'autre à Dylan. Mais quand elle le lui donna, il l'a repoussa.

Le regardant avec incrédulité, Cassie vit qu'il retirait le sachet d'un des bonbons du magasin où ils étaient allés.

« Dylan… », commença-t-elle.

« Ah, non, j'en voulais un », se plaignit Madison.

« Je t’en donne un. » Dylan fouilla dans la grande poche de son manteau et, à la surprise de Cassie, en sortit plusieurs autres.

« Voilà », dit-il, et il lui en passa un.

« Dylan ! » Cassie se sentit soudainement manquer d’air et sa voix était forte et tendue. Son esprit s'emballait alors qu'elle tâchait de comprendre ce qui venait de se passer. Avait-elle mal interprété la situation ?

Non. Dylan n’avait sûrement pas pu acheter les bonbons. Après le commentaire embarrassant de Madison, elle les avait poussés hors du magasin. Dylan n'avait pas eu le temps de payer, d'autant plus que l’employée n'était pas très à l’aise avec cette caisse à l'ancienne.

« Quoi ? » demanda-t-il, la regardant avec interrogation, et Cassie se sentit refroidie par le fait qu'il n'y avait aucune trace d'émotion dans ses yeux bleu pâle.

« Je pense - je pense que tu as peut-être oublié de les payer. »

« Je n'ai pas payé », dit-il avec désinvolture.

Cassie le regarda, choquée pour le moins.

Dylan venait juste d'admettre froidement avoir volé les bonbons.

Elle n'avait jamais imaginé que le fils de Ryan ferait une telle chose. Cela la dépassait et elle ne savait pas comment elle devait réagir. Elle se sentit secouée ; l’impression d'une famille parfaite, à laquelle elle avait cru, était loin de la réalité. Comment avait-elle pu se tromper autant ?

Le fils de Ryan venait de commettre un acte délictueux. Pire encore, il ne montrait aucun remords, aucune honte, ni même aucun signe qu'il comprenait l'énormité de son action. Il la fixa calmement, semblant indifférent à ce qu'il avait fait.




CHAPITRE VI


Tandis que Cassie était immobile, figée de stupeur et ne sachant pas comment gérer le vol de Dylan, elle réalisa que Madison avait déjà pris sa décision.

« Je ne mange pas de bonbon volé », annonça la jeune fille. « Tu peux le récupérer. »

Elle le tendit à Dylan.

« Pourquoi tu le rends ? Je l'ai pris pour toi parce que tu voulais un bonbon, et il n’y en avait pas dans le premier magasin, et puis Cassie était avare et ne voulait pas t’en acheter. »

Dylan parla d'un ton chagriné, comme s'il s'était attendu à des remerciements pour avoir sauvé la situation.

« Peut-être, mais je ne veux pas d'un volé. »

Lui mettant dans la main, Madison croisa les bras.

« Si tu ne le prends pas, je ne t’en proposerai plus. »

« J'ai dit non. »

Dylan s'avança, Madison s'éloigna.

« Tu es avec moi ou tu es contre moi. Tu sais ce que maman dit toujours », lui cria Dylan. En les entendant mentionner leur mère à nouveau, Cassie ressentit une pointe d’inquiétude et détecta plus qu'un soupçon de menace dans son ton.

« D'accord, ça suffit maintenant. »

En quelques pas rapides, Cassie attrapa le bras de Madison et la retourna, la ramenant de sorte qu'ils se tenaient tous face à face sur le trottoir pavé. Elle ressentit de l’effroi. La situation devenait incontrôlable, les enfants commençaient à se battre et elle n'avait même pas réglé le problème du vol. Peu importe à quel point ils étaient traumatisés ou quelles émotions ils réprimaient, c'était un acte répréhensible.

Elle était d'autant plus consternée que ce magasin appartenait à quelqu'un qui était amical avec la famille. La propriétaire leur avait même proposé de les emmener au village !

« Vous ne devriez pas voler une personne qui vous a proposé de vous emmener. Je veux dire, vous ne devez voler personne, et surtout pas une femme qui a voulu vous aider ce matin. Allons-nous asseoir. »

Il y avait un salon de thé sur sa gauche qui semblait plein, mais, repérant un couple qui se levait d'une table, elle poussa les enfants jusqu'à la porte.

Une minute plus tard, ils étaient assis dans un endroit chaleureux qui sentait délicieusement le café, ainsi que la pâtisserie croustillante et beurrée.

Cassie baissa les yeux vers le menu, se sentant impuissante, car chaque seconde qui passait prouvait aux enfants qu'elle n'avait aucune idée de comment gérer cela.

En principe, elle considérait que Dylan devrait être obligé de retourner au magasin et payer ce qu'il avait pris, mais qu'en serait-il s'il refusait ? Elle ne savait pas non plus quelles étaient les sanctions pour le vol à l'étalage ici au Royaume-Uni. Il pourrait se retrouver en difficulté si le règlement du magasin exigeait que l’employée le signale à la police.

Puis Cassie repensa à la chronologie des événements et réalisa qu'il pourrait y avoir une perspective différente.

Elle se souvenait que Madison avait parlé de châtaignes grillées avec leur mère, juste avant que Dylan vole les bonbons. Peut-être que ce garçon tranquille avait entendu les paroles de sa sœur et s'était rappelé le traumatisme que la famille avait vécu.

Il pourrait avoir été mû par ses émotions refoulées pendant le divorce, en faisant délibérément quelque chose d'interdit. Plus Cassie y réfléchissait, plus l'explication avait du sens.

Dans ce cas, il serait préférable de gérer cela de manière plus subtile.

Elle jeta un coup d'œil à Dylan qui parcourait son menu, l'air complètement indifférent.

Madison semblait également avoir surmonté sa colère. Ayant refusé le bonbon volé et fit part à Dylan de sa réprobation, l'affaire semblait avoir été traitée comme elle l’entendait. Elle était maintenant absorbée par la lecture des descriptions des différents milkshakes.

« Bon », dit Cassie. « Dylan, donne-moi tous les bonbons que tu as pris. Vide bien tes poches. »

Dylan fouilla dans sa veste et sortit quatre bonbons et un sachet de délices turcs.

Cassie regarda le petit tas.

Il n'en avait pas pris beaucoup. Ce n'était pas du vol à grande échelle. Mais c'était le fait de l’avoir fait qui était le problème - et de penser que ce n’était pas grave.

« Je vais confisquer ces bonbons parce qu'il n'est pas juste de prendre quelque chose sans payer. Cette employée du magasin pourrait avoir des ennuis si l'argent dans la caisse ne correspond pas au stock, et tu aurais pu avoir des ennuis plus graves. Tous ces magasins ont des caméras. »

« D'accord », dit-il, l'air embêté.

« Je vais devoir le dire à ton père, et nous verrons ce qu'il décide de faire. S'il te plaît, ne recommence pas, peu importe à quel point tu veux aider, à quel point tu penses que le monde est injuste ou à quel point tu puisses être bouleversé par les problèmes familiaux. Cela pourrait avoir de graves conséquences. C'est compris ? »

Elle prit les bonbons et les cacha dans son sac à main.

En observant les enfants, elle vit que Madison, qui n'avait pas eu besoin d'avertissement, semblait bien plus inquiète que Dylan. Celui-ci la regardait avec une sorte de perplexité. Il fit un petit signe de tête, et elle comprit que c'était tout ce qu'elle allait obtenir.

Elle avait fait ce qu'elle pouvait. Tout ce qu'elle devait faire maintenant était de transmettre les informations à Ryan et de le laisser gérer cette situation.

« Veux-tu un milk-shake, Madison ? » demanda-t-elle.

« Tu ne peux pas te tromper avec le chocolat », conseilla Dylan, et ainsi, la tension disparut et tout redevint normal.

Cassie était grandement soulagée d'avoir pu gérer la situation. Elle réalisa que ses mains tremblaient et elle les mit sous la table pour que les enfants ne le voient pas.

Elle avait toujours évité les disputes car cela lui rappelait les moments où elle s’était sentie impuissante dans ce genre de situation. Elle se souvenait de scènes ponctuées de voix beuglantes et de cris de rage pure, d’assiettes fracassées - se cachant alors sous la table de la salle à manger, elle avait senti les éclats lui piquer les mains et le visage.

Si elle en avait le choix, dans n'importe quelle dispute, elle finissait généralement par se cacher ou faire quelque chose d’approchant.

Maintenant, elle était heureuse d'avoir réussi à affirmer son autorité calmement mais fermement, et que la journée ne s'était pas transformée en catastrophe.

La directrice du salon de thé se précipita pour prendre leur commande et Cassie commença à réaliser à quel point cette ville était petite, car elle connaissait aussi la famille.

« Bonjour, Dylan et Madison. Comment vont vos parents ? »

Cassie grimaça, réalisant qu’elle ne connaissait évidemment pas les dernières nouvelles et qu'elle n'avait pas discuté avec Ryan de ce qu'elle devait dire. Alors qu'elle cherchait ses mots, Dylan parla.

« Ils vont bien, merci Martha. »

Cassie était reconnaissante de la brève réponse de Dylan, même si elle était surprise par la façon dont il avait l'air normal. Elle avait pensé que lui et Madison seraient contrariés par le fait que leurs parents soient mentionnés. Peut-être que Ryan leur avait dit de ne pas en discuter si les gens ne le savaient pas. C'était probablement la raison, décida-t-elle, d'autant plus que la femme semblait pressée et que la question n'avait été que de pure forme.

« Bonjour, Martha. Je suis Cassie Vale », dit-elle.

« On dirait que vous venez d'Amérique. Travaillez-vous pour les Ellis ? »

Encore une fois, Cassie grimaça.

« Je ne fais qu'apporter mon aide », dit-elle, se souvenant que malgré son accord informel avec Ryan, elle devait faire attention.

« Il est si difficile de trouver une bonne aide. Nous manquons actuellement de personnel. Une de nos serveuses a été expulsée hier, faute de papiers en règle. »

Elle jeta un œil à Cassie, qui baissa les yeux précipitamment. Qu'est-ce que la femme voulait dire par là ? Pensait-elle, d'après l'accent de Cassie, qu'elle n'avait pas de visa de travail ?

Était-ce une allusion au fait que les autorités du coin sévissaient ?

Rapidement, elle et les enfants passèrent leur commande et au soulagement de Cassie, la directrice se dépêcha.

Un peu plus tard, une serveuse à l'air stressé, qui était clairement d’ici, leur apporta leurs tartes et leurs frites.

Cassie ne voulait pas faire trainer ce déjeuner et risquer une nouvelle conversation, alors que le restaurant commençait à se vider. Dès qu'ils eurent fini, elle alla à la caisse et paya.

En quittant le salon de thé, ils revinrent sur leurs pas. Ils s’arrêtèrent dans un magasin de produits pour animaux de compagnie où elle acheta plus de nourriture pour les poissons de Dylan, dont il lui dit qu'ils s'appelaient Orange et Citron, et un sac de litière pour son lapin, Benjamin Bunny.

Alors qu'ils se dirigeaient vers l'arrêt du bus, Cassie entendit de la musique et remarqua qu'un groupe de personnes s'était rassemblé sur la place en pavés de la ville.

« Qu’est-ce qu'ils font ? » demanda Madison en remarquant la scène au même moment que Cassie.

« Pouvons-nous aller voir, Cassie ? » demanda Dylan.

Ils se dirigèrent de l'autre côté de la route pour découvrir qu'il y avait un spectacle improvisé en cours.

Dans le coin nord de la place, un groupe de trois musiciens jouait. Dans le coin opposé, un artiste créait des ballons en forme d’animaux. Déjà une file de parents avec de jeunes enfants s'était formée.

Au centre, un magicien, vêtu d'un beau costume traditionnel avec un chapeau haut de forme, exécutait des tours.

« Oh, ouah ! J'adore les tours de magie », souffla Madison.

« Moi aussi », renchérit Dylan. « Je voudrais l'étudier. J’aimerai savoir comment il fait. »

Madison roula des yeux.

« Facile. C’est de la magie ! »

Juste à leur arrivée, le magicien acheva son tour sous des cris et des applaudissements, puis, alors que la foule se dispersait, il se tourna pour leur faire face.

« Bienvenue, braves gens. Merci d'être ici en ce bel après-midi. Quelle belle

journée ! Mais dites-moi, jeune demoiselle, vous n’avez pas un peu froid ? »

Il fit signe à Madison d'avancer.

« Froid ? Moi ? Non. » Elle s'avança en souriant, amusée et un peu méfiante.

Il tendit ses mains vides, puis s'avança et les frappa près de la tête de Madison.

Elle retint son souffle. Alors qu'il baissait ses mains réunies en coupe, s’y trouvait un petit bonhomme de neige.

« Comment avez-vous fait ça ? » demanda-t-elle.

Il lui tendit le jouet.

« Il était sur ton épaule depuis toujours, voyageant avec toi », expliqua-t-il, et Madison ria avec une incrédulité stupéfaite.

« Alors maintenant, voyons à quel point vos yeux sont rapides. Cela fonctionne comme cela. Vous pariez – n’importe quelle somme que vous voulez, pendant que je déplace quatre cartes. Si vous pouvez deviner où se trouve la reine, vous doublez votre mise. Si vous vous trompez, vous partez les mains vides. Alors, vous pariez ? »

« Je parie ! Puis-je avoir de l'argent ? » demanda Dylan.

« Pas de problème. Combien veux-tu perdre ? » Cassie fouilla dans la poche de sa veste.

« Je veux perdre cinq livres, s'il te plaît. Ou en gagner dix, bien sûr. »

Consciente qu'une nouvelle foule se rassemblait derrière elle, Cassie remit l'argent à Dylan et il paya.

« Cela devrait être facile pour vous, jeune homme, je peux voir que vous avez un œil rapide, mais rappelez-vous, la reine est une dame rusée et elle a remporté de nombreuses batailles. »

« Regardez attentivement pendant que je distribue quatre cartes. Vous voyez, je les place face vers le haut, pour que ce soit bien clair. C'est presque trop facile. C'est comme donner de l'argent. La reine de cœur, l'as de pique, le neuf de trèfle et le valet de carreau. Après tout, comme on dit à propos du mariage, cela commence avec des cœurs et des carreaux, mais termine avec un trèfle et un pique. »

Il y eut des éclats de rire dans le public.

L'allusion du magicien au mariage qui tournait mal amena Cassie à regarder nerveusement les enfants, mais Madison ne semblait pas avoir compris la blague, et l'attention de Dylan était fixée sur les cartes.

« Maintenant, je les retourne. »

Une par une, il retourna délibérément les cartes face vers le bas.

« Et maintenant, je les déplace. »

Rapidement, mais pas trop vite, il mélangea les quatre cartes. C'était un défi à relever, mais au moment où il s’arrêta, Cassie était pratiquement sûre que la reine était à l'extrême droite.

« Où est notre reine ? » demanda le magicien.

Dylan réfléchit, puis montra la carte à droite.

« Êtes-vous sûr, jeune homme ? »

- Oui, je suis sûr », répondit Dylan d’un hochement de tête.

« Vous avez la possibilité de changer d'avis une fois. »

« Non, je maintiens mon choix. Elle doit être là. »

« Elle doit être là. Eh bien, voyons si la reine est d'accord ou si l'un de ses époux a réussi à la faire disparaître. »

Il retourna la carte et Dylan laissa échapper un grognement.

C'était le valet de carreau.

« Bon sang », dit-il.

« Le valet. Toujours prêt à protéger sa reine. Fidèle jusqu’au bout. Mais notre reine de cœur, emblème de l'amour, nous échappe encore. »

« Alors, où est la reine ? »

« Où en effet ? »

Cassie avait remarqué, pendant qu’il mélangeaitt les cartes, qu'il y en avait une qu'il n'avait pas du tout touchée - celle à l'extrême gauche. Cela avait été l'as de pique.

« Je pense qu'elle est là », dit-elle en montrant la carte.

« Ah, nous avons donc ici une dame intelligente, montrant la seule carte pour laquelle elle sait que ce n’est pas possible. Mais vous savez quoi ? Les miracles... ça arrive ! »

D’un geste théâtral, il retourna la carte - et c’était la reine.

Des rires et des applaudissements retentirent sur la place et Cassie ressentit un élan de joie, alors que Dylan et Madison lui tapaient dans la main.

« Quel dommage que vous n'ayez pas parié, madame. Vous auriez été plus riche maintenant, mais c'est ainsi. Qui a besoin d'argent, quand l'amour vous a élu ? »

Cassie sentit ses joues rougir. Si seulement, se dit-elle.

« En souvenir, vous pouvez avoir la carte elle-même. »

Il la fit tomber dans une pochette en papier et la scella avec un autocollant avant de le remettre à Cassie, qui la mit dans la poche latérale de son sac à main.

« Je me demande ce qui se serait passé si j'avais choisi cette carte », fit remarquer Dylan en s'éloignant.

« Je suis sûre que cela aurait été le valet de carreau », dit Cassie. « C'est comme ça qu'il gagne de l’argent, en changeant les cartes quand les gens parient. »

« Ses mains étaient si rapides », déclara Dylan en secouant la tête.

« Il faut être naturellement bon et s'entraîner pendant des années », affirma Cassie.

« Je pense que c’est le cas », acquiesça Dylan, alors qu'ils atteignaient l'arrêt de bus.

« Il s’agit aussi d’induire les spectateurs en erreur, mais je ne sais pas comment on fait quand il y a quatre cartes si proches les unes des autres. Mais cela doit fonctionner d'une manière ou d'une autre. »

« OK, alors pratiquons. Essaye de m’égarer, Cassie », demanda Madison.

« Je vais le faire, mais le bus arrive. Allons-y d'abord. »

Madison se tourna pour regarder et tandis que son attention était distraite, Cassie subtilisa la pomme caramel de la poche de sa veste.

« Hé ! Qu’as-tu fait ? J'ai senti quelque chose, et il n'y a pas de bus. » Madison se retourna, vit Dylan éclater de rire, s'arrêta un instant alors qu'elle repensait à ce qui s'était passé et commença à rire elle-même.

« Tu m’as eu ! »

« Ce n’est pas toujours facile. J'ai eu de la chance. »

« Le bus arrive, Madison », s’exclama Dylan.

« Je ne regarde pas. Tu ne peux pas m’avoir deux fois. » Reniflant toujours de rire, elle croisa les bras.

« Alors on te laissera ici », lui répondit Dylan tandis qu’un élégant bus de campagne s’arrêtait.

Pendant le court trajet de retour, ils firent tout ce qu’ils pouvaient pour se désorienter. Au moment où ils atteignirent leur arrêt, Cassie avait mal au ventre à force de rire et cela lui faisait chaud au cœur que la journée ait été un succès.

Alors qu'ils ouvraient la porte d'entrée, son téléphone portable sonna. C'était un message de Ryan, lui disant qu'il ramènerait des pizzas à la maison, et s’il y avait des condiments qu'elle n'aimait pas.

Elle lui répondit : « Je ne suis pas difficile, merci », puis réalisa les connotations gênantes au moment d’envoyer le message.

Son visage était chaud alors qu'elle effaçait les mots et les remplaçait par :

« N’importe quelle garniture fera l’affaire. Merci. »

Une minute plus tard, son téléphone sonna à nouveau et elle le saisit, impatiente de lire le prochain message de Ryan.

Ce texte ne venait pas de lui. C'était de Renée, une de ses anciennes camarades de classe de chez elle.

« Hé, Cassie, quelqu'un te cherchait ce matin. Une femme, appelant de France. Elle tentait de te trouver, mais elle ne voulait pas en dire plus. Puis-je lui donner ton

numéro ? »

Cassie relut le message et soudain le village ne lui parut plus isolé ou en sécurité.

Avec le procès de son ex-employeur à venir à Paris et les avocats de la défense à la recherche de nouveaux témoins, elle était terrifiée de voir que le piège se refermait.




CHAPITRE VII


Alors qu'elle aidait les enfants à prendre leur bain et mettre leur pyjama, Cassie n’arrivait pas à enlever ce message de son esprit. Elle tenta de se convaincre que les avocats de Pierre Dubois auraient pu l'appeler directement, sans avoir besoin de retrouver une ancienne camarade de classe, mais le fait est que quelqu'un la cherchait.

Il était urgent qu’elle découvre qui était cette personne.

Après avoir rangé la salle de bain, elle envoya un message à Renée.

« As-tu le numéro de cette personne ? A-t-elle donné son nom ? »

Laissant son téléphone, elle se dirigea vers la cuisine et aida Madison à mettre la table avec tous les condiments qui accompagnaient les pizzas - sel et poivre, ail pilé, sauce Tabasco et mayonnaise.

« Dylan aime la mayonnaise », expliqua-t-elle. « Je pense que c'est beurk. »

« Moi aussi », confessa Cassie, et son cœur bondit en entendant la porte d'entrée s'ouvrir.

Madison se précipita hors de la cuisine, avec Cassie juste derrière.

« Livraison des pizzas », annonça Ryan, en tendant à Madison la pile de boîtes.

« C'est bon d'être à l'intérieur. Il gelait là-bas et il faisait sombre aussi. »

Il vit Cassie et comme elle l'avait espéré, son visage s’éclaira de ce sourire terriblement attirant.

« Bonjour, Cassie ! Vous êtes magnifique. Je vois que vous avez pris des couleurs sur les joues avec notre air marin. J'ai hâte que vous me parliez de votre journée. »

Cassie lui rendit son sourire, reconnaissante qu'il ait supposé que ses rougeurs provenaient de l'air frais, et non de son excitation et de son étrange timidité alors qu'il était entré.

Tandis qu'elle lui prenait les boîtes, elle se dit que ce serait une bonne chose que ce coup de cœur pour son patron se calme.

Quelques minutes plus tard, Ryan les rejoint dans la cuisine et Cassie vit qu'il tenait un sac de papier brun.

« J'ai acheté des cadeaux pour tout le monde », annonça-t-il.

« Qu'est-ce que tu m'as apporté ? » demanda Madison.

« Patience, chérie. Asseyons-nous tous d’abord. »

Lorsque les enfants furent assis à table, il ouvrit le sac.

« Maddie, je t'ai acheté ça. »

C'était un haut ajusté noir avec un slogan rose pailleté qui était écrit à l'envers.

« Ceci est mon maillot à l’envers », disait le slogan.

« Oh il est si joli. J'ai hâte de le porter au gymnase », dit Madison, rayonnante de joie tout en tournant le maillot et en observant la lumière jouer avec les paillettes.

« Pour toi, Dylan, ça. »

Son cadeau était un haut de cyclisme à manches longues jaune fluo.

« Cool, papa. Merci.»

« J'espère que cela vous protègera, maintenant que les matinées deviennent si sombres. Et pour vous, Cassie, j'ai acheté ça. »

À la stupéfaction de Cassie, Ryan sortit une paire de gants élégants et chauds du sac. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle réalisa qu'ils étaient presque identiques à ceux qu'elle avait essayés en ville.

« Oh, ils sont absolument magnifiques et ils me seront tellement utiles. »

Consternée, Cassie réalisa qu'elle était à nouveau en proie à son béguin et s'imaginait les porter tout en étant assise dehors et en sirotant du vin avec lui.

« J'espère qu'ils sont de la bonne taille. J'ai fait de mon mieux pour imaginer vos mains pendant que je les achetais », déclara Ryan.

Pendant un instant, Cassie ne put respirer tandis qu'elle se demandait s'il pensait comme elle.

« Alors, vous êtes-vous amusés aujourd'hui ? » demanda Ryan.

« Nous nous sommes tellement amusés. Il y avait un magicien en ville. Il m'a donné un bonhomme de neige, et il a trompé Dylan et lui a pris cinq livres, mais Cassie a ensuite deviné où était la carte et l’a gagnée, mais pas d'argent. »

« Quelle carte a-t-elle gagnée ? » demanda Ryan à sa fille.

« La reine de cœur, alors le magicien a dit que l'amour venait à sa rencontre. »

Cassie prit un verre de jus d'orange parce qu'elle ne savait pas où regarder et qu'elle n’osait pas rencontrer le regard de Ryan.

« Eh bien, je pense que Cassie mérite cette carte et tout ce qu'elle apporte », déclara Ryan, et elle renversa presque son jus en posant le verre.

« Qu'avez-vous fait après ? » demanda-t-il.

« Nous avons commencé à parler de désorientation sur le chemin du bus, et Cassie m'a distrait et a volé ma pomme caramel ! »

Les mots jaillirent de la bouche de Madison, et bien que Dylan fût trop occupé à manger de la pizza pour en dire plus, il hocha la tête avec enthousiasme.

« Nous vous avons aussi acheté quelque chose », dit Cassie, et elle lui remit timidement les noix de cajou.

« Mes préférées ! J'ai une journée bien remplie demain et je vais les prendre avec moi pour le déjeuner. Quelle attention. Merci pour ce gentil cadeau. »

En prononçant les derniers mots, il regarda directement Cassie et son regard bleu maintint le sien pendant plusieurs secondes.

Après que les pizzas furent dévorées - Cassie n'avait pas beaucoup d'appétit mais les autres avaient compensé et terminé chaque part - elle emmena les enfants dans le salon pour leur séance de télévision, et après avoir regardé un concours de jeunes talents qu’ils apprécièrent tous, elle les mit au lit.

Madison était toujours excitée par les aventures de la journée et par l’émission, qui avait présenté deux groupes de gymnastes scolaires.

« Je pense que je veux être gymnaste un jour », déclara-t-elle.

« Cela demande un travail acharné, mais si c'est ton rêve, tu dois le suivre », conseilla Cassie.

« J'ai l'impression de ne pas pouvoir dormir. »

« Veux-tu en parler davantage ? ou veux-tu que je te lise une histoire ? »

Cassie essaya de ne pas s’impatienter à l'idée de rejoindre Ryan, assis dehors avec son vin, en train de l’attendre. Mais peut-être qu'il n'attendra pas, et ira se coucher tôt. Dans ce cas, elle ratera l'occasion de lui parler du vol à l'étalage de Dylan.

Le souvenir la secoua. Toute heureuse du cadeau fait à Ryan et de la discussion enjouée du dîner, elle avait oublié cet incident désagréable. C'était son devoir de le dire à Ryan, même si cela finissait par gâcher ce qui avait été une magnifique journée.

« Je voudrais lire un peu. »

Madison sortit d'entre les draps, se dirigea vers l'étagère et choisit un livre qu'elle avait manifestement lu plusieurs fois, car son dos était plissée et ses pages étaient déchirées.

« C'est l'histoire d'une fille ordinaire qui devient danseuse de ballet. J’aime beaucoup, c'est super. Chaque fois que je le lis, c'est génial. Tu trouves pas ça

curieux ? »

« Non, pas du tout. Les meilleures histoires nous font toujours ressentir ça », dit Cassie.

« Cassie, penses-tu qu'ils enseignent la gymnastique au pensionnat ? »

Cette mention de pensionnat de nouveau. Cassie réfléchit.

« Oui, d'autant plus que les internats sont généralement de plus grandes écoles. Je pense qu'il y aura beaucoup d'installations sportives là-bas. »

Madison semblait satisfaite de cette réponse, mais elle eut ensuite une autre pensée.

« Est-ce qu’on peut rester au pensionnat pendant les vacances ? »

« Non, tu dois rentrer à la maison pour les vacances. Pourquoi voudrais-tu rester à l'école ? »

Cassie espérait que Madison répondrait, mais elle remonta la couette jusqu'à son menton et ouvrit son livre.

« Je me demandais. Bonne soirée. J’éteindrai ma lumière plus tard. »

« Je passerai voir », promit Cassie, avant de fermer la porte.

Elle fila vers sa chambre, saisit son manteau et enfila les beaux gants neufs, puis se précipita vers le balcon.

À son grand soulagement, Ryan était toujours là. En fait, elle aperçut avec un frisson de bonheur qu'il l'avait attendue avant de verser le vin. Dès qu'il la vit, il se leva, rapprocha sa chaise de la sienne et repoussa le coussin avant qu’elle ne s'assoit.

« Santé. Merci beaucoup pour aujourd'hui. C'est la meilleure sensation au monde de voir des enfants si heureux. »

« Santé. »

Alors qu'elle trinquait avec lui, elle se rappela que la journée n'avait pas été parfaite. Il y avait eu un grave incident. Comment allait-elle lui dire ? et s'il la critiquait et disait qu'elle aurait dû le gérer différemment ?

Il vaudrait mieux en parler, décida-t-elle, et aborder le sujet de manière naturelle. Elle espérait que Ryan parlerait à nouveau de son divorce, car cela lui fournirait une ouverture parfaite pour lui dire : «Vous savez, je pense que ce divorce a peut-être affecté Dylan plus que nous ne le pensions, car juste après que Madison a parlé de sa mère, il a volé des bonbons dans le magasin.

Ils ont parlé pendant un moment de la météo - demain devait être une belle journée - et du programme des enfants. Ryan expliqua que le bus scolaire les prendrait à sept heures trente du matin, heure à laquelle il serait déjà parti, et que les enfants lui diraient à quelle heure l'école se terminait et s'ils devaient être emmenés à des activités.

« Il y a un horaire à l'intérieur de la porte de mon placard, si vous voulez vérifier », déclara-t-il. « Je le mets à jour chaque fois qu'il y a un changement de planning. »

« Merci beaucoup. » J’y jetterai un coup d’œil si j’en ai besoin », déclara Cassie.

« Vous savez », dit Ryan, et Cassie devint tendue en vidant son verre, car le ton de sa voix avait changé, se faisant plus sérieux. Elle était sûre qu'il allait mentionner son divorce, et cela signifiait qu'il serait temps pour elle d'évoquer le sujet difficile du vol à l'étalage de Dylan.

Il remplit les verres avant de continuer.

« Vous savez, vous étiez très présente dans mon esprit aujourd'hui. Dès que j'ai vu ces gants, j'ai pensé à vous et j'ai réalisé à quel point j'ai apprécié notre conversation à l'extérieur hier. Les gants étaient vraiment une façon de dire que j'aimerais que vous passiez chaque soirée ici avec moi. »

Un instant, Cassie ne sut que dire. Elle ne pouvait pas croire ce que Ryan venait de dire. Puis, alors que ses mots la pénétraient, elle sentit le bonheur la remplir.

« Oui, avec joie. J'ai adoré le moment que nous avons passé ensemble la nuit

dernière. »

Elle voulut en dire plus, mais elle s’arrêta. Elle devait faire attention à ne pas exprimer les émotions qui montaient en elle, car le commentaire de Ryan n’était peut-être que formel.

« Sont-ils à votre taille ? » Il prit sa main gauche et la mit dans sa paume puis passa doucement son pouce sur ses doigts.

« Oui, ils me vont très bien, et je ne sens pas du tout le froid. »

Son cœur battait si vite qu'elle se demanda s'il serait capable de sentir son pouls battre alors qu'il caressait doucement son poignet avec ses doigts, avant de la relâcher.

« Je vous admire tellement, prendre une décision si importante pour voyager à l'étranger. Avez-vous décidé de faire tout cela par vous-même ? avec quelqu’un ? »

« Toute seule », répondit Cassie, ravie de voir qu’il appréciait son initiative.

« C'est incroyable. Qu'en pense votre famille ? »

Cassie ne voulait pas mentir, alors elle a fait de son mieux pour contourner la question.

« Tout le monde était favorable. Mes amis, ma famille et mes précédents employeurs. Quelques personnes m'ont dit que j'aurais le mal du pays et que je reviendrais bientôt, mais cela ne s'est pas produit. »

« Et avez-vous laissé quelqu'un de spécial là-bas ? Un petit ami, peut-être ? »

Cassie pouvait à peine respirer en réalisant ce que cette question pouvait impliquer. Ryan avait-il une idée derrière la tête ? ou était-ce juste une question formelle pour en savoir plus sur elle ? Elle devait être prudente car elle était tellement éblouie par lui qu'elle pouvait facilement balbutier quelque chose de déplacé.

« Je n'ai pas de petit ami. Je suis sorti avec un garçon plus tôt cette année, de retour aux États-Unis, mais nous avons rompu quelque temps avant de partir. »

Ce n'était pas vrai. Elle avait rompu avec son ex qui était violent seulement quelques semaines avant de partir, et l'une de ses principales raisons pour voyager à l'étranger avait été de partir si loin qu'il ne puisse pas la suivre et qu'elle ne puisse pas changer d'avis.

Cassie ne pouvait pas donner à Ryan la bonne version. Là, tout en regardant l’écume des vagues au loin qui se brisaient sur le rivage, elle voulait qu'il pense que sa dernière relation était loin derrière elle, qu'elle était sereine, indemne et prête pour une nouvelle.

« Je suis content que vous me confiez cela. Ce serait une erreur de ma part de ne pas m'en assurer », déclara Ryan doucement. « Je suppose que vous avez mis un terme à votre relation, car l'inverse me surprendrait. »

Cassie le regarda, hypnotisée par ses yeux bleu pâle, ayant l’impression qu’elle était en train de rêver.

« Oui. Ça n'a pas marché et j'ai dû prendre une décision difficile. »

Il hocha la tête.

« C'est ce que j'ai ressenti chez vous dès la première fois que nous avons parlé. Votre force intérieure. Cette capacité de savoir ce que vous voulez, et de vous efforcer à l’obtenir, et pourtant vous avez cette empathie, cette douceur et cette sagesse incroyables. »

« Eh bien, je ne sais pas ce qui est sage. Je ne me sens pas très sage la plupart du temps. »

Ryan rit. « C'est parce que vous êtes trop occupé à vivre pour trop vous analyser. Une autre grande qualité. »

« Oh, je sens que pendant que je suis ici, je pourrais apprendre d'un expert dans ce domaine », répliqua-t-elle.

« La vie n'est-elle pas plus amusante quand on la passe avec quelqu'un qui en vaut la peine ? »

Ses mots étaient taquins, mais son visage était sérieux, et elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas détourner son regard.

« Oui, certainement », murmura-t-elle.

Cela ne ressemblait pas à une conversation banale. Cela signifiait quelque chose de plus. C’était sûr.

Ryan posa son verre et lui prit la main, l'aidant à se lever du profond coussin. Son bras glissa autour de sa taille, nonchalamment, pendant un instant, alors qu'elle se retournait pour rentrer à l'intérieur.

« Je te souhaite une bonne nuit », dit-il, lorsqu'ils atteignirent la porte de sa chambre.

Sa main effleura le bas de son dos alors qu'il se penchait vers elle et pendant un instant ses yeux stupéfaits prirent la forme de sa bouche, sensuelle et ferme, encadrée par un délicat contour de barbe naissante.

Puis ses lèvres se posèrent sur les siennes pendant un instant avant qu’il ne s’éloigne et qu’il ne lui dise doucement : « Bonne nuit. »

Cassie le suivit du regard jusqu'à ce qu'il ait fermé la porte de sa chambre, puis, se sentant comme sur un nuage, elle vérifia que la lumière de Madison était éteinte et retourna dans sa chambre.

Soudainement, elle réalisa qu'elle avait oublié de parler à Ryan du vol à l'étalage.

Elle n’en avait pas eu l'occasion. La soirée ne s'était pas déroulée comme prévu. Elle avait pris une tournure complètement différente, inattendue, qui l'avait laissée étonnée, pleine d'espoir et d'attente. Avec ce baiser, elle avait l'impression qu'une porte s'était ouverte, et au-delà, elle avait entrevu quelque chose qui pourrait changer son univers.

Avait-il une intention purement amicale ? ou avait-il voulu dire quelque chose de plus ? Elle n’en était pas sûre, mais croyait que oui. L'incertitude la rendait nerveuse et excitée, mais dans le bon sens.

De retour dans sa chambre, elle vérifia à nouveau ses messages et découvrit que Renée lui avait envoyé un texto.

« La femme a dit qu'elle appelait depuis un téléphone public. Donc pas de numéro. Si elle rappelle, je lui demanderai son nom. »

En lisant le message, Cassie eut soudainement une idée.

Cette mystérieuse femme avait appelé à partir d'un téléphone public, craignant de laisser ses coordonnées, et avait contacté une amie de l'école qui était l'une des seules amies de Cassie qui vivait toujours dans son ancienne ville natale.

Le père de Cassie avait quitté l'endroit où ils avaient grandi. Il avait déménagé plusieurs fois, changé d'emploi et de copine à maintes reprises, et perdu son téléphone à peu près à chaque fois qu'il se soûlait. Elle n'avait pas été en contact avec lui depuis des lustres et n'avait jamais voulu le revoir. Il vieillissait, s’était ruiné la santé et il s’était créé la vie qu'il méritait. Cependant, cela signifiait qu'il n'était plus joignable par ses proches qui chercheraient à entrer en contact avec lui. Elle ne saurait même pas comment joindre son père maintenant.

Il y avait une chance - une chance qui semblait plus grande à mesure qu'elle y réfléchissait - que cette femme était sa sœur, Jacqui, faisant de son mieux pour la retrouver. Une vieille amie d'école était le seul lien possible si on n’était pas sur les réseaux sociaux, comme Jacqui. Cassie la recherchait souvent, chaque fois qu'elle en avait le temps, espérant que son travail de détective pourrait lui révéler un indice quant au sort de sa sœur.

Elle eut la chair de poule en envisageant que la femme qui avait appelé était Jacqui.

Cela voulait dire que Jacqui n’était pas dans une bonne situation, mais en fait, elle n'avait jamais pensé qu'elle l'était. Si Jacqui s'était installée, avec un emploi stable et un appartement, elles auraient été en contact depuis longtemps.

Quand Cassie pensait à Jacqui, elle imaginait toujours l'incertitude, la précarité, une vie vacillante et en équilibre fragile - entre l'argent et la pauvreté, la drogue et la réadaptation, les petits amis et les agresseurs, qui en connaissait les détails ? Plus la vie de Jacqui était incertaine, plus il lui serait difficile d'entrer en contact avec la famille qu'elle avait quittée il y a longtemps. Peut-être que sa situation ne le lui permettait pas ou qu'elle avait honte de l’état dans lequel elle se trouvait. Elle passait peut-être des semaines et des mois sur la route ou déconnectée, à côté de ses pompes ou à mendier de la nourriture, ou qui savait quoi ?

Cassie décida qu'elle allait y croire, et saisir la main que Jacqui lui tendait.

Rapidement, sachant que Ryan pouvait désactiver le Wi-Fi à tout moment, elle envoya un message à Renée.

« Ça pourrait être ma sœur. Si elle rappelle, donne-lui mon numéro. »

Espérant que son intuition était bonne, Cassie ferma les yeux, sentant qu'elle avait fait ce qu'elle pouvait pour rétablir le contact avec la seule famille dont elle se souciait encore.




CHAPITRE VIII


Le lendemain matin fut chaotique, car Cassie essaya d'aider les enfants à s'habiller pour l'école. Il manquait des uniformes scolaires, les chaussures étaient boueuses et les chaussettes dépareillées. Elle se retrouva à courir entre la cuisine et les chambres, jonglant entre le petit déjeuner et tout le reste.

Les enfants avalèrent du thé, du pain grillé et de la confiture avant de reprendre la recherche des tenues scolaires qui semblaient s’être transposé dans un autre univers au cours du week-end.

« J'ai perdu mon badge ! » annonça Madison, enfilant son blazer.

« À quoi ressemble-t-il ? » demanda Cassie, le cœur battant. Elle avait cru qu'ils étaient finalement prêts.

« Il est de forme ronde et vert clair. Je ne peux pas aller à l'école sans lui, j'étais la responsable de classe de la semaine dernière et quelqu'un d'autre doit récupérer le badge aujourd'hui. »

En pleine panique, Cassie se mit à quatre pattes et fouilla toute la pièce, trouvant finalement l'insigne sur le plancher du placard.

Après avoir évité un drame, Dylan cria que sa trousse avait disparu. Ce n'est qu'après le départ des enfants que Cassie la trouva derrière la cage du lapin et qu’elle se précipita sur la route jusqu'à l'arrêt du bus où ils attendaient.

Lorsqu'ils montèrent finalement à bord du bus, elle prit une profonde inspiration et les pensées heureuses de la nuit précédente revinrent à elle.

Tout en rangeant la maison, elle refit défiler mentalement la scène entre elle et Ryan.

Il flirtait, elle en était certaine.

La façon dont il l'avait touchée, lui avait pris la main, lui avait demandé si elle avait un petit ami. C'était en soi une question assez innocente, mais c'était ce qu'il avait dit ensuite :

« Ce serait mal de ma part de ne pas m’en assurer. »

Cela prouvait qu’il avait une idée en tête. Il voulait être sûr.

Et ce baiser. Elle ferma les yeux en y pensant, sentant l’émotion l’envahir de nouveau. Cela avait été si inattendu, si parfait.

Elle l’avait senti amical, mais c’est comme s'il aurait pu en dire plus. Il était impossible de le savoir. Elle se sentait remplie d'incertitude, mais positivement.

La matinée passa rapidement et comme Ryan avait annoncé qu'il arriverait tard à la maison, elle décida de commencer le dîner. Elle avait un répertoire très limité de plats, mais il y avait une étagère de cuisine pleine de livres de recettes.




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