Si elle craignait
Blake Pierce


“Un capolavoro del genere thriller e giallo! L’autore ha sviluppato e descritto così bene il lato psicologico dei personaggi che sembra di trovarsi dentro le loro menti, per seguire le loro paure e gioire dei loro successi. La trama è intelligente e appassiona per il tutto il libro. Pieno di colpi di scena, questo romanzo vi terrà svegli anche la notte, finché non avrete girato l’ultima pagina.”--Books and Movie Reviews, Roberto Mattos (a proposito del Il Killer della Rosa)SE LEI TEMESSE (Un giallo di Kate Wise) è il libro 6 di una nuova serie thriller psicologica dell’autore bestseller Blake Pierce, il cui primo bestseller Il killer della rosa (libro 1) (scaricabile gratuitamente) ha ricevuto più di mille recensioni a cinque stelle. Quando viene trovata morta un’altra donna in una casa dei sobborghi sfitta, l’FBI deve convocare la sua brillante agente speciale Kate Wise, di cinquantacinque anni, per chiederle di tornare al lavoro dalla pensione vissuta nella tranquilla provincia per trovare il killer psicopatico.Ma perché l’assassino dispone scenicamente i corpi in case vuote della periferia?Cos’hanno in comune le vittime?E Kate, nonostante l’età, può fermarlo in tempo e salvare la vita a un’altra donna?Thriller pieno di adrenalina dalla suspense al cardiopalma, SE LEI TEMESSE è il libro numero 6 di un’affascinante nuova serie che vi costringerà a restare svegli fino a tarda notte per arrivare all’ultima pagina. Il Libro 7 della SERIE GIALLA DI KATE WISE sarà presto disponibile.







si elle craignait



(un mystère kate wise—volume 6)



b l a k e p i e r c e


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série de romans à suspense à succès RILEY PAGE, qui comporte quinze tomes (pour l’instant). Blake Pierce est aussi l’auteur de la série de romans à suspense MACKENZIE WHITE, qui comprend neuf tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense AVERY BLACK, qui comprend six tomes ; de la série de romans à suspense KERI LOCKE, qui comprend cinq tomes ; de la série de romans à suspense LES ORIGINES DE RILEY PAIGE, qui comprend trois tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense KATE WISE, qui comprend deux tomes (pour l’instant) ; de la série de romans à suspense psychologique CHLOE FINE, qui comprend trois tomes (pour l’instant) et de la série de thrillers psychologiques JESSIE HUNT, qui comprend trois tomes (pour l’instant).



Lecteur gourmand et fan depuis toujours de romans à mystère et à suspense, Blake aime beaucoup recevoir de vos nouvelles, donc, n’hésitez pas à vous rendre sur www.blakepierceauthor.com pour en apprendre plus et rester en contact.



Copyright © 2019 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright Lukiyanova Natalia frenta, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



LES MYSTÈRES DE ZOE PRIME

LE VISAGE DE LA MORT (Tome 1)

LE VISAGE DU MEURTRE (Tome 2)

LE VISAGE DE LA PEUR (Tome 3)



LA FILLE AU PAIR

PRESQUE DISPARUE (Livre 1)

PRESQUE PERDUE (Livre 2)

PRESQUE MORTE (Livre 3)



LES MYSTÈRES DE ZOE PRIME

LE VISAGE DE LA MORT (Tome 1)

LE VISAGE DU MEURTRE (Tome 2)

LE VISAGE DE LA PEUR (Tome 3)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT

LA FEMME PARFAITE (Volume 1)

LE QUARTIER IDÉAL (Volume 2)

LA MAISON IDÉALE (Volume 3)

LE SOURIRE IDÉALE (Volume 4)

LE MENSONGE IDÉALE (Volume 5)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE

LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1)

LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2)

VOIE SANS ISSUE (Volume 3)

LE VOISIN SILENCIEUX (Volume 4)

DE RETOUR À LA MAISON (Volume 5)



SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE

SI ELLE SAVAIT (Volume 1)

SI ELLE VOYAIT (Volume 2)

SI ELLE COURAIT (Volume 3)

SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4)

SI ELLE S’ENFUYAIT (Volume 5)

SI ELLE CRAIGNAIT (Volume 6)



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)

ATTENDRE (Tome 2)

PIEGE MORTEL (Tome 3)

ESCAPADE MEURTRIERE (Tome 4)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)

PIÉGÉE (Tome 13)

LE RÉVEIL (Tome 14)

BANNI (Tome 15)

MANQUE (Tome 16)



UNE NOUVELLE DE LA SÉRIE RILEY PAIGE

RÉSOLU



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)

AVANT QU’IL NE FAILLISSE (Volume 11)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUETES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)

JEUX MACABRES (Tome 4)

LUEUR D’ESPOIR (Tome 5)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u96c53df4-8765-5d34-9477-d94201ffd55e)

CHAPITRE UN (#ueb27979c-402e-5ed0-8bf5-36d3199f03de)

CHAPITRE DEUX (#u7f5098fd-c335-52ba-850e-f7f9be566478)

CHAPITRE TROIS (#u6f05fed2-9738-5835-bcd8-db256acd7558)

CHAPITRE QUATRE (#u802d554c-dfbc-5817-844b-21cc46fc344e)

CHAPITRE CINQ (#uf839dbbd-d904-5e0f-ae07-ba9f53100086)

CHAPITRE SIX (#ud635685a-4c93-5469-b6ee-776e58770fa7)

CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET ONE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


Quand Tamara Bateman entra dans la maison à 15h30 cet après-midi-là, elle se rappela soudain pourquoi elle aimait autant son travail. En tant qu’agent immobilier à Estes, dans le Delaware, elle visitait au moins quatre nouvelles maisons par semaine. La plupart du temps, ces maisons étaient tout au plus passables – des copies conformes d’autres constructions dans la région, en général avec un prix de vente dans les quatre cent mille dollars. Mais de temps en temps, il lui arrivait d’entrer dans une maison et d’avoir une sorte de pressentiment… de savoir que cet endroit allait être la maison parfaite pour quelqu’un.

Et cette demeure du 157 Hammermill Street était l’une de ces maisons. Ce n’était pas une nouvelle construction, comme certaines des résidences qu’elle avait montrées cette semaine, mais elle était assez récente. Construite en 2005, elle avait été occupée par un couple marié sans enfants, avant d’être vendue à un propriétaire foncier qui l’avait encore modernisée un peu plus. C’est pourquoi elle donnait cette impression de neuf. Mais bien sûr, ça avait beaucoup à voir avec l’excellent travail de nettoyage qui avait été fait avant de la mettre en vente.

C’était une maison magnifique. Tous les sols avaient été refaits, les murs avaient été repeints et les baies vitrées offraient de superbes vues sur le jardin arrière. Avec un bon décorateur et quelques meubles modernes, l’endroit avait tout le potentiel nécessaire pour se transformer en une maison idéale.

Ça faisait maintenant deux semaines que Tamara la faisait visiter et bien que l’endroit ait à chaque fois suscité de l’intérêt, il n’y avait pas encore eu d’offre d’achat. Non meublée et impeccablement nettoyée, la maison offrait toutes les possibilités imaginables. Mais Tamara commençait à se demander si l’absence de meubles n’était pas justement ce qui lui causait du tort.

Elle sortit son téléphone et commença à prendre des notes qui lui permettraient d’améliorer la description de la maison. Elle savait qu’il n’y avait pas de recette miracle pour décrire une propriété en vente, mais c’était quelque chose qu’elle aimait faire. Elle avait l’impression d’avoir un don pour ça – comme si elle rédigeait une sorte de poème. Et vu qu’elle allait la faire visiter demain, elle voulait s’assurer de présenter l’endroit sous son meilleur profil.

Elle traversa l’immense salon et entra dans la magnifique cuisine équipée d’un évier de style fermette et de tabourets aux allures industrielles. Alors qu’elle essayait de trouver un mot original pour décrire le plan de travail en marbre, elle entendit un bruit à l’étage. C’était un léger bruissement, à peine perceptible. Elle pencha la tête sur le côté, tendit l’oreille et se rendit compte qu’elle n’avait pas rêvé.

C’était un bruit beaucoup plus léger que des bruits de pas. Elle se dit qu’une des fenêtres avait dû rester ouverte et que la brise légère d’automne devait faire voler les rideaux. C’était exactement ce à quoi ça ressemblait. Mais personne n’était venu ici au cours des deux ou trois derniers jours. Et les seules personnes qui avaient actuellement les clés de l’endroit, c’était elle, le propriétaire et l’entrepreneur qui avait remis l’endroit à neuf.

Elle faillit ignorer le bruit, jusqu’à ce qu’elle l’entende à nouveau. Cette fois-ci, elle était presque certaine qu’il s’agissait du bruissement de rideaux. Mais il lui était difficile d’imaginer que le propriétaire, ou l’entrepreneur, ait ouvert une fenêtre et l’ait laissée ouverte.

Elle essaya de se rappeler s’il avait plu au cours des trois derniers jours. Elle ne pensait pas que ça avait été le cas, mais il était également possible qu’un oiseau ou un insecte soit entré. Agacée, Tamara retraversa le salon et se dirigea vers l’escalier qui menait à l’étage. En gravissant les marches, plusieurs phrases lui vinrent en tête pour décrire ce magnifique et spacieux escalier.

Mais avant qu’elle arrive à l’étage, elle entendit à nouveau le bruit. Cette fois-ci, c’était différent, plus prononcé. Et elle n’était plus tout à fait sûre que ce soit le bruissement de rideaux. On aurait vraiment dit que c’étaient des bruits de pas.

Mais ça n’avait pas de sens. Seuls le propriétaire et l’entrepreneur – un homme de cinquante-six ans du nom de Bob – avaient la clé de la maison. Et Bob était actuellement à New York pour assister à un spectacle avec sa femme. Tamara le savait parce qu’il lui en avait parlé la dernière fois qu’ils s’étaient vus. Quant au propriétaire, il n’était pas du genre à se préoccuper de ses maisons, une fois qu’elles étaient listées auprès d’une agence immobilière.

Alors qui pouvait bien se trouver à l’étage ?

Mais en dépit de cela, elle continua à gravir les marches. Elle n’était plus qu’à deux pas du couloir. Elle vit la moquette et le bas des portes qui ouvraient sur les deux premières pièces de l’étage.

Elle faillit demander à haute voix s’il y avait quelqu’un, mais elle se dit que ce serait stupide de sa part. Car s’il y avait vraiment quelqu’un, c’était peut-être mieux qu’il ne sache qu’elle était là.

Ne sois pas stupide, se dit-elle. Il n’y a rien à voler dans cette maison. S’il y a quelqu’un à l’étage, ça ne peut être que Bob ou un voisin un peu trop curieux. Et si c’est un voisin, ça veut dire que Bob a oublié de fermer la porte à clé la dernière fois qu’il est venu. Ce ne serait pas la première fois que ça lui arrive.

Mais elle entendit à nouveau le bruit de pas. Il venait de très près. Ainsi qu’une respiration nerveuse et presque impatiente.

Tamara décida alors de suivre son instinct. Elle fit demi-tour et descendit à toute vitesse les marches de l’escalier. Elle sortit son téléphone pour appeler la police. Ce n’était peut-être rien, mais elle préférait ne prendre aucun risque. Elle préférait…

Elle entendit alors des bruits de pas résonner derrière elle. Elle sentit l’escalier trembler sous le poids de quelqu’un qui la poursuivait. Elle voulut crier en arrivant en bas des marches, mais elle n’en eut pas le temps. Elle sentit quelque chose la frapper violemment au niveau de la nuque.

Tamara tomba en avant. Elle essaya d’amortir sa chute avec les mains pour éviter de tomber sur la tête et elle se tordit le poignet. Elle l’entendit craquer mais elle en fut vaguement consciente. Elle pensait encore à ce bruit de pas qui avait résonné derrière elle. Elle était à moitié étourdie et elle ressentait une douleur lancinante à l’arrière du crâne et au niveau du poignet. Elle essaya de se retourner pour voir le visage de son assaillant mais elle n’en eut pas le temps.

Elle sentit quelque chose de rugueux glisser sur sa tête et autour de son cou. Puis se serrer fermement… et elle n’essaya plus de se retourner pour voir qui l’attaquait.

Maintenant, elle luttait pour essayer de respirer.

Mais ce fut une lutte qu’elle perdit rapidement et l’obscurité l’envahit très vite, la douleur au niveau du cou et des poumons prenant le dessus sur celle qu’elle avait ressentie au poignet et à l’arrière du crâne.




CHAPITRE UN


Les personnages de la série télé Stranger Things commençaient tout doucement à ennuyer Kate Wise. Mais c’était un peu normal, vu que ce n’étaient que des enfants pareils à tous les autres. Intéressants et adorables quand on les rencontre, mais avec une tendance à devenir très vite agaçants en grandissant. Kate avait l’impression de bien connaître les enfants de la série. Elle avait dévoré les saisons une et deux en l’espace de trois jours. Et maintenant qu’elle commençait la saison trois, elle se rendait compte que ça ne l’intéressait pas plus que ça.

Kate déposa la télécommande de la télé sur la table du salon et se leva du divan. Elle regarda l’horloge et fut un peu écœurée de voir qu’il était déjà 17h10. Elle regarda ensuite vers la petite table qui se trouvait à côté du divan, sur laquelle elle avait empilé des livres qu’elle avait achetés le weekend dernier dans un magasin de seconde main de Carytown. Elle avait commencé à en lire un – un livre assez ennuyeux sur la vie de John Wayne Gacy – mais elle n’avait pas eu la motivation suffisante pour le terminer… ce livre-là, ni aucun autre d’ailleurs.

Alors elle avait fini par se rabattre sur Netflix, auquel elle s’était abonnée sur la demande d’Allen. Au début, ils avaient regardé plusieurs choses ensemble, surtout des documentaires et la série The Office, mais ils s’étaient très vite rendus comptesqu’ils préféraient de loin se parler quand ils étaient ensemble. Mais dernièrement, quand Kate se retrouvait seule, elle avait envie de ne rien faire. Elle n’avait jamais vraiment aimé passer du temps devant la télé mais récemment, elle avait commencé à apprécier faire des choses sans intérêt qui lui permettaient de déconnecter et de ne penser à rien. Elle commençait à aimer l’idée de s’échapper du monde réel. Que ce soit en compagnie des enfants de Stranger Things ou en faisant semblant d’être intéressée par l’intrigue de Grey’s Anatomy, ça lui faisait du bien de se déconnecter et de ne plus voir des drames que de l’extérieur.

Et puis, elle avait tout le temps devant elle pour le faire. Le directeur Duran avait été fidèle à ses mots et il ne l’avait pas appelée depuis plus de six semaines. Elle savait qu’elle n’était pas licenciée, mais qu’on ne l’appellerait que pour des affaires où ils auraient besoin d’une certaine expertise ou de recherches en profondeur. En effet, Duran l’avait réprimandée et il lui avait dit qu’on ne ferait plus appel à elle que dans le cadre de recherches plus poussées – juste en tant que bouée de sauvetage. Mais elle comprenait. Quand elle travaillait sur une affaire, elle était un peu trop imprudente pour son âge, comme elle l’avait prouvé lors de sa dernière enquête. Mais Duran savait également qu’elle faisait du bon boulot et c’est pour ça qu’il n’était pas encore prêt à totalement la mettre à la retraite.

Mais pour l’instant, il ne l’appelait pas. Et au cours de ces six dernières semaines, la vie de Kate avait continué son cours. Elle avait eu cinquante-six ans et sa petite-fille, Michelle, avait célébré son premier anniversaire. Elle était partie deux fois en vacances avec Allen – une fois dans une cabane perdue dans les montagnes de Blue Ridge et une fois à Surfside Beach, en Caroline du Sud, pour profiter une dernière fois de l’été qui se terminait.

Mais ces dernières vacances remontaient à deux semaines. Quand ils étaient rentrés, Allen était retourné au travail. Bien qu’il ait encore son propre appartement, il passait la plupart de son temps chez Kate. Ils avaient souvent parlé d’emménager ensemble et c’était probablement ce qu’ils allaient finir par faire. Elle s’était mise à réfléchir à tout ça pour occuper ses journées. Puis elle avait découvert Stranger Things et Grey’s Anatomy, et elle avait trouvé un autre moyen de remplir ses longues journées d’oisiveté.

Elle avait envisagé de continuer à écrire ce livre qu’elle avait toujours voulu rédiger – une sorte de résumé de certaines de ses enquêtes les plus bizarres. Elle avait déjà écrit une cinquantaine de pages mais ça n’avait fait que lui rappeler que ses jours de gloire se trouvaient maintenant derrière elle. Malgré qu’un agent soit déjà intéressé par son livre (bien que ce soit surtout l’ami d’un ami), elle n’était pas parvenue à trouver la motivation suffisante pour continuer à l’écrire.

Si Duran avait décidé de ne plus faire appel à elle, elle aurait préféré qu’il le lui dise. Elle préférait de loin être licenciée au fait de ne pas savoir.

Elle avait encore une heure devant elle avant qu’Allen rentre du travail. Maintenant qu’elle avait éteint la télé, elle envisagea de se remettre à son livre. Mais elle savait qu’elle n’aurait pas la motivation suffisante pour travailler dessus aujourd’hui. Elle regarda son téléphone et se mit à consulter ses messages. Elle en avait reçu un de Kristen DeMarco cinq jours plus tôt, pour savoir comment elle allait. DeMarco avait continué à travailler avec d’autres agents qui, pour une raison ou une autre, s’étaient retrouvés sans coéquipier. Mais DeMarco avait gardé le contact avec Kate et c’était un geste que Kate appréciait particulièrement.

DeMarco était très rapidement devenue une amie. Et ça voulait tout dire, vu la manière dont Kate avait toujours veillé à garder une distance très stricte entre amitié et coéquipier. Mais il y avait quelque chose chez DeMarco qui était différent de tous ses autres partenaires précédents. Et ça allait au-delà du fait qu’elle avait une carrière prometteuse et un caractère tenace. C’était une femme polyvalente qui rappelait à Kate la manière dont elle était quand elle était plus jeune. Et garder contact avec elle avait été l’une des choses les plus importantes dans la vie de Kate au cours de ces six dernières semaines.

En souriant, elle afficha le numéro de DeMarco à l’écran et l’appela. Elle ne fut pas trop surprise de tomber sur sa messagerie vocale après quatre sonneries. Elle ne prit pas la peine de laisser un message. DeMarco travaillait probablement sur une affaire et Kate ne voulait surtout pas la gêner dans son travail.

Elle reposa son téléphone et se rendit dans la cuisine. Ils avaient prévu d’aller manger au restaurant ce soir, alors elle n’avait pas besoin de cuisiner. Elle s’appuya contre le plan de travail et regarda par la fenêtre, en direction du jardin.

C’était probablement à ça que ressemblait la retraite. C’est vrai qu’elle en avait eu un avant-goût il y a un an et demi, mais à ce moment-là, elle s’y attendait. Elle avait prévu des hobbies et elle se rendait régulièrement au stand de tir. Mais cette fois-ci, elle s’ennuyait vraiment. C’était peut-être parce qu’elle savait que Duran pouvait l’appeler à tout moment et qu’elle se retrouverait à nouveau plongée en pleine action.

Ou peut-être, pensa-t-elle, que c’était une sorte de présage – que c’était l’univers qui lui disait que sa vie ressemblerait bientôt à ça. Alors qu’il vaudrait mieux qu’elle s’y habitue.



***



Ils s’étaient mis d’accord pour aller dans un restaurant thaïlandais et Kate était contente de ce choix, car c’était devenu l’une de ses cuisines préférées au cours des dernières années. C’était un restaurant où ils venaient au moins deux fois par mois. Quand ils furent assis, Kate sentit combien l’endroit lui était familier et elle se demanda si c’était une autre chose à laquelle elle allait devoir s’habituer une fois retraitée – devenir une habituée de certains endroits et rester coincée dans une sorte de routine sans aucun véritable objectif.

Mais la monotonie de l’endroit fut heureusement brisée par leur sujet de conversation. Allen allait prendre sa retraite dans trois mois. Il était cadre dans une agence de pub et il allait partir pour Chicago dans deux jours pour le travail. Il serait probablement absent une semaine mais ce serait également son dernier voyage d’affaires avant la retraite. Son entreprise tenait vraiment à le remercier pour les services rendus et Allen était enthousiaste en en parlant.

« Ils m’ont dit que je pouvais inviter quelqu’un, » dit Allen. « Et qu’ils payeront pour tout. Alors, si tu veux passer quelques jours à Chicago avec moi… »

« Ce serait super, » dit Kate.

« J’ai remarqué que tu étais un peu… je ne sais pas… distante. Pas dans un mauvais sens. Mais on dirait que tu as la tête ailleurs. »

« Tu n’as pas tort, » dit Kate. « Mais je pensais que je le cachais mieux que ça. »

« Non, pas du tout, » dit Allen, en souriant. « Maintenant, si tu viens avec moi à Chicago, il faut que tu saches que je vais travailler la plupart du temps. Mais je te fais confiance pour trouver de quoi t’occuper en visitant la ville et en faisant un peu de shopping. »

« Oui, je ne pense pas que j’aurai un problème avec ça. »

La conversation entre eux était naturelle. Ça faisait presque un an qu’ils sortaient ensemble et près de cinq mois que leur relation était devenue sérieuse. Ils n’avaient pas parlé de se marier et ils avaient à peine effleuré la question de vivre ensemble – et ce n’était pas plus mal. Une grande partie du cœur de Kate appartenait toujours à son mari défunt, Michael. Quand elle essayait d’imaginer vivre le reste de sa vie avec Allen, le souvenir de Michael refaisait à chaque fois surface et elle n’était pas sûre d’être prête.

« Est-ce que tu as parlé à Mélissa, dernièrement ? » demanda Allen.

« Hier. Elle a appelé pour me dire que Michelle était sur le point de marcher. Elle n’y arrive pas encore tout à fait, mais elle y est presque… »

« Les choses sérieuses commencent, » dit Allen. « Quand ils se mettent à marcher… »

« Oh oui, je sais. Mélissa était une vraie terreur sur pattes quand elle a commencé à gambader. Je me rappelle une fois où elle… »

Elle fut interrompue par la sonnerie de son téléphone. Elle tendit le bras vers son sac pour le prendre, en se disant que ça devait être Mélissa. Mais elle se ravisa. Si c’était Mélissa, elle laisserait un message et Kate pourrait la rappeler plus tard.

Ils continuèrent à diner, en parlant des deux derniers voyages qu’ils venaient de faire ensemble. Kate avait remarqué la manière avec laquelle Allen la regardait dernièrement. Il y avait de la profondeur dans son regard, comme s’il essayait de la jauger. C’était un peu présomptueux de sa part, mais elle se demandait s’il envisageait de la demander en mariage. À leur âge, passer autant de temps ensemble ne voulait pas nécessairement dire qu’ils étaient sur le point de se marier, mais chaque jour pesait dans la balance. Elle ne savait pas du tout comment elle réagirait s’il lui posait la question, mais c’était quand même agréable d’y penser.

Ils terminèrent leur repas et quand l’addition arriva, Allen s’en saisit. Il savait qu’elle n’avait aucun souci d’argent. En fait, quand elle avait pris sa retraite la première fois, elle avait eu droit à un montant confortable pour vivre le restant de ses jours. Mais quand il le pouvait, Allen tenait vraiment à lui montrer qu’elle pouvait se sentir en sécurité avec lui. Et pour lui, ça voulait dire que l’homme payait l’addition.

« Je te rejoins, » dit Kate, quand elle le vit se lever de sa chaise, avec l’addition en main. « Je pense que Mélissa a appelé pendant qu’on dînait et j’aimerais la rappeler tout de suite. »

« Dis-lui bonjour de ma part, » dit Allen, en se dirigeant vers l’entrée du restaurant.

Kate sortit son téléphone et vit que l’appel ne venait pas de Mélissa. C’était Duran qui l’avait appelée.

Elle sentit une pointe d’excitation, mais aussi de culpabilité. Elle savait que Duran l’avait appelée pour une seule raison – et surtout, à cette heure-ci. Et si son intuition avait vu juste, la raison de son appel voulait sûrement dire qu’elle pouvait oublier son voyage à Chicago avec Allen.

Ça ne sert à rien de continuer à faire des suppositions, pensa-t-elle.

Elle rappela directement Duran, en sachant qu’il n’était pas du genre à rester très longtemps au téléphone. Il décrocha après la première sonnerie.

« Kate, comment allez-vous ? »

« Bien. » Elle savait que le fait de l’appeler par son prénom signifiait qu’il était pressé – qu’il allait aller droit au but.

« Si ça vous intéresse, j’ai une affaire pour vous. Ça ne devrait pas être trop compliqué, rien qui sorte de l’ordinaire. »

« Bien sûr que ça m’intéresse. Vous pouvez m’en dire plus ? »

« C’est dans le Delaware. Deux meurtres qui ont probablement un lien entre eux. J’ai besoin que vous y soyez dès demain. Quant aux détails, je laisserai l’agent en charge de l’affaire vous mettre au courant. »

« Quel est le nom de l’agent ? »

« DeMarco, » dit Duran. Elle crut déceler une pointe de joie dans sa voix, au moment où il prononça son nom. Même lui avait remarqué la manière productive avec laquelle elles travaillaient ensemble. « Elle a très bien géré l’enquête jusqu’à présent, mais il n’y a aucune piste et elle a besoin d’un coup de main. Mais bien entendu, elle ne l’admettra jamais. »

« Est-ce qu’elle est au courant de ma venue ? »

« Je l’appellerai dès qu’on aura raccroché. Ça ne vous dérange pas de conduire ? Le FBI vous remboursera l’essence. »

« OK. » Et bien que ce soit une très bonne nouvelle, elle ne pouvait s’empêcher de penser à Allen et à Chicago.

« Super. J’appelle DeMarco et je lui demanderai de me rappeler quand vous l’aurez rejointe. Merci, Wise. »

Il raccrocha et Kate resta assise un moment à table, en essayant de reprendre ses esprits. Au moment où elle se leva de sa chaise, elle vit Allen qui l’attendait près de la porte d’entrée. Il avait un léger sourire aux lèvres.

« Ce n’était pas Mélissa, n’est-ce pas ? » demanda-t-il, quand elle se rapprocha de lui.

« Comment le sais-tu ? »

« Tu as le visage détendu quand tu lui parles. Mais la conversation que tu viens juste d’avoir… tu étais assise droite comme un i et tu avais l’air très concentrée. C’était Duran, c’est ça ? »

« Oui. »

Il hocha la tête et lui ouvrit la porte pour la laisser sortir. Quand ils se retrouvèrent dehors sous les lueurs des réverbères, il lui prit la main. « J’imagine qu’il n’est plus question que tu viennes à Chicago ? »

« Il m’a offert une opportunité, » dit-elle. « Je me suis dit qu’on pouvait en parler ce soir. »

« Une enquête ? »

« Oui, » dit-elle.

« Et quand est-ce que tu devrais prendre la route ? »

« Tôt demain matin. »

« Alors, ça ne sert à rien d’en parler, » dit-il. « Kate, on en a déjà parlé. Je sais ce que ce boulot signifie pour toi. Alors, vas-y. De toute façon, je pars en voyage d’affaires. Ça aurait été sympa que tu sois là, mais on ne se serait pas beaucoup vus. »

« Allen, je peux… »

« Il n’y a pas de problème. Tu sais… Je t’ai donné un ultimatum il y a quelques semaines. J’y tiens toujours, mais ça… je pense que c’est OK. Il va juste falloir qu’on repense à tout ça quand je dirai définitivement au revoir au monde du travail. »

« Dans trois mois, » dit-elle, avec une grimace.

« Je sais. J’ai du mal à y croire. »

Le restaurant thaïlandais se trouvait à deux kilomètres de chez elle et ils avaient choisi d’y aller en marchant – c’était quelque chose qu’ils essayaient de faire au moins deux fois par semaine. La soirée était agréable et l’air commençait à se rafraîchir avec la tombée de la nuit.

« Alors, si je pars vers quatre heures et demie du matin, tu ne seras pas fâché ? » demanda-t-elle, quelques instants plus tard.

« Non. Je veux que tu continues à faire ce boulot tant qu’on arrive tous les deux à le supporter. Je ne serai pas fâché. Mais n’oublie pas de me faire un bisou avant de partir. »

Elle s’appuya contre lui, en se demandant comment elle avait fait pour trouver un homme aussi compréhensif que lui. Puis elle se demanda également combien de temps elle allait pouvoir continuer à faire ce boulot.

« Si tu continues à être aussi compréhensif, » dit-elle, « tu pourrais avoir beaucoup plus qu’un bisou. »

Il rit, la prit par la taille et ils continuèrent à marcher à travers la nuit.




CHAPITRE DEUX


Ça faisait une éternité que Kate n’avait plus conduit aux petites heures du matin. À 4h50, elle était déjà sortie du labyrinthe des routes entourant la ville de Washington et elle roulait en direction du Delaware. Elle avait consulté ses emails la veille et elle n’avait rien vu de Duran. Mais juste après s’être réveillée, elle avait à nouveau regardé et elle ne fut pas surprise de voir que Duran lui avait envoyé une copie des dossiers de l’affaire un peu après minuit.

Les meurtres avaient eu lieu dans la ville d’Estes, une petite ville située sur le lac Fallows. En voyant le soleil se lever, elle repensa aux vacances qu’elle venait de passer avec Allen en bord de mer. Ils étaient allés sur la plage un matin, pour regarder le soleil se lever en mangeant des bagels et des fraises. Bien qu’une ville en bordure de lac n’eût rien à voir avec des vacances à la mer, les deux devaient sûrement avoir le même genre de charme… surtout à cette époque de l’année, entre les derniers jours de l’été et les premières journées fraîches d’automne.

C’était un souvenir très agréable, mais qui la fit également se sentir un peu coupable. Allen avait eu l’air presque trop compréhensif au sujet de cette enquête. Et elle se demanda s’il allait réitérer son ultimatum dans trois mois, quand il prendrait sa retraite. Quelque part, il avait un peu le droit de le faire. Et cela voulait dire qu’elle allait devoir y réfléchir sérieusement.

Mais d’abord, elle devait se concentrer sur cette affaire. Et si la dernière enquête lui avait appris quelque chose, c’était qu’elle devait absolument trouver le moyen de séparer sa vie privée de sa vie professionnelle. Quelque part, c’était plus difficile aujourd’hui qu’à l’époque où elle était mariée et qu’elle avait un enfant à élever.

Elle entra dans la ville d’Estes à 7h40, vingt minutes avant l’heure à laquelle elle devait retrouver DeMarco sur les lieux de la dernière scène de crime. Bien que la ville se trouve à plus d’un kilomètre du lac, Estes était construite de manière à faire penser qu’elle se trouvait directement en bord de mer. À un tel point que certains éléments de l’endroit donnaient l’impression que c’était l’océan qui se trouvait au bout de la rue, et non pas un lac. Les maisons ressemblaient toutes à des maisons côtières et il y avait plusieurs magasins de souvenirs le long de la grand-rue qui semblaient tout droit venus des plages du Delaware, qui se trouvaient à cent-vingt kilomètres plus à l’Est. Vu qu’elle était à l’avance, Kate s’arrêta pour prendre un café avant de se rendre sur les lieux de la dernière scène de crime.

Quand elle y arriva, elle vit que DeMarco l’attendait déjà. Elle était garée dans l’allée devant la maison et buvait un café, appuyée contre une voiture qui appartenait visiblement au FBI. Elle sourit et fit un signe de la main à Kate, au moment où elle se gara à côté d’elle.

« Salut, » dit Kate, en sortant de voiture. « Désolée de venir m’imposer sur ton affaire. »

« Pour être tout à fait franche, » dit DeMarco. « J’étais assez contente quand Duran m’a appelée pour me dire qu’il t’envoyait. »

« Est-ce que c’est l’enquête en elle-même qui te pose des problèmes ? » demanda Kate.

« Non, pas vraiment. Mais c’était ma première affaire en solo et pour l’instant, il n’y a aucune piste. » Elle leva les yeux au ciel et sourit. « Je sais que ce n’est qu’un simple lac, mais est-ce que tu as déjà remarqué comme le ciel est différent quand tu te rapproches d’une étendue d’eau ? »

« Non, je n’avais jamais remarqué, » dit Kate, en regardant le ciel. Elle savait que DeMarco cherchait à éviter de parler du fait que Duran avait fini par faire appel à Kate parce qu’elle n’avait pas réussi à faire avancer l’enquête toute seule. Kate se demanda combien de temps DeMarco serait capable de tenir sans le dire à haute voix.

« Est-ce que Duran t’a envoyé les dossiers de l’enquête ? » demanda DeMarco, en s’avançant vers la maison. La propriété ressemblait à une maison de plage, qui semblait tout droit venue de la côte du Delaware. Il y avait une pancarte À VENDRE accrochée devant l’allée, avec la photo souriante d’une jolie femme. Son nom – Tamara Bateman – et son numéro étaient indiqués en-dessous.

« Oui, mais je me suis dit que ce serait plus rapide si tu m’en faisais un résumé. »

« Il n’y a pas grand-chose à dire, » dit DeMarco. « Deux meurtres à Estes à une semaine d’intervalle. La dernière victime est cette jolie jeune femme. » Elle fit un signe de la tête en direction de la pancarte À VENDRE.

« Quand est-ce qu’elle a été assassinée ? »

« Il y a deux jours. On m’a assigné l’affaire hier et je suis arrivée un peu trop tard à mon goût. J’ai parlé aux employés de l’agence immobilière mais ça ne m’a pas beaucoup aidée. Certains étaient sincèrement affligés. D’autres ont peur de parler à un agent du FBI, en craignant que ça ait un impact sur les ventes. Mais ils m’ont quand même donné la clé de l’endroit. »

DeMarco sortit la clé de sa poche, au moment où elles gravirent les marches menant au porche. Elle tourna la clé dans la serrure et elles entrèrent. L’endroit était entièrement vide. Il n’y avait pas un seul meuble. Kate sentit une odeur fraîche de peinture et de vernis.

« Et c’était la deuxième victime ? » demanda Kate, en refermant la porte derrière elle.

« Oui. La première était également agent immobilier et elle a été tuée dans une maison pareille à celle-ci, mais plus neuve, construite il y a à peine deux ans. Tandis que cette maison-ci doit avoir près d’une quinzaine d’années. »

« Et qu’en est-il de leur vie privée ? »

« Rien à signaler pour l’instant. J’ai consulté leurs antécédents et la police locale m’a donné accès à leur casier judiciaire. Il n’y a rien… juste quelques contraventions pour excès de vitesse et une seule amende pour conduite en état d’ébriété. Les familles ne nous ont pas beaucoup aidé non plus. Ils ne nous ont rien appris. Selon eux, c’étaient toutes les deux des femmes supers, qui ne feraient pas de mal à une mouche. Ce genre de choses. »

Kate regarda autour d’elle. Il y avait des éclaboussures de sang sur le sol, à l’entrée. Un escalier se trouvait juste après le vestibule. Il y avait des taches de sang séché sur les marches en bois et sur le mur qui séparait l’escalier du plafond. Les escaliers étaient conçus pour être entièrement visibles jusqu’à l’étage, avec une seule balustrade séparant les marches de l’espace ouvert.

Kate observa les taches de sang et ne parvint pas tout de suite à y trouver un sens.

« Ça paraît bizarre, n’est-ce pas ? » dit DeMarco. « D’après ce que j’ai pu comprendre, Tamara Bateman a été attaquée alors qu’elle se trouvait sur les escaliers ou tout en bas des marches. Après ça, on l’a ramenée presque jusqu’en haut. Puis on l’a jetée de l’autre côté de la balustrade, avec un nœud coulant autour du cou. Si tu montes l’escalier et que tu jettes un coup d’œil à la troisième marche en partant du haut, tu pourras voir une flaque de sang et des restes de corde. »

« Elle a été pendue ? »

« Oui. Tout comme la première victime. Mais elle, on l’a pendue à une poutre du plafond dans le salon. »

« Est-ce que les deux victimes travaillaient pour la même agence immobilière ? » demanda Kate.

« Non. Des agences différentes. Mais les deux maisons venaient d’être mises en vente. Ça, et le fait que les deux victimes soient des femmes, ce sont les seuls liens entre les deux meurtres. Enfin… ça devrait être suffisant, mais vu qu’on t’a envoyée en renfort, ce n’est apparemment pas le cas. »

« Tu es déjà venue jeter un coup d’œil dans cette maison ? » demanda Kate.

« Oui, hier après-midi. Le corps y est resté pendant une douzaine d’heures avant d’être découvert. Le petit ami de Bateman a appelé la police pour signaler sa disparition. La police a appelé l’agence immobilière, ils ont appris quelles étaient les propriétés dont elle s’occupait, et voilà… ils l’ont retrouvée pendue à la balustrade. Je suis arrivée sur les lieux environ huit heures après que le corps ait été retiré. Mais vas-y, jette un coup d’œil. Je te promets de ne pas le prendre mal. Je te donnerai aussi une copie du rapport du médecin légiste mais il contient la même chose que ce que je viens de te dire. Quand une femme est frappée à l’arrière de la tête avant d’être pendue, il n’y a pas grand-chose à ajouter. »

« Est-ce qu’elle a été abusée sexuellement ? »

« Le rapport d’autopsie ne signale aucun abus sexuel. Franchement… il n’y a pas grand-chose, dans ce rapport. »

Kate lui sourit, bien qu’elle se sente un peu mal à l’aise. Elle avait l’impression de marcher sur les plates-bandes de DeMarco, de devoir mettre son grain de sel sans y avoir été invitée. C’était aussi la première affaire sur laquelle DeMarco avait débuté toute seule – et sur laquelle elle avait plus ou moins autorité.

Kate monta lentement l’escalier, en faisant attention de ne pas marcher sur les taches de sang. Elle arriva à la marche depuis laquelle l’assassin avait apparemment jeté le corps par-dessus la balustrade. Il y avait une légère éraflure dans le vernis du bois. Des barreaux décoratifs étaient placés tous les quinze centimètres et reliaient la balustrade aux escaliers. Il y avait quelques brins de toile accrochés au barreau qui se trouvait au niveau de cette marche. C’étaient probablement les morceaux de corde que DeMarco avait mentionnés.

Kate regarda par-dessus la balustrade, en direction du rez-de-chaussée. Ça devait faire trois mètres cinquante de haut. Ce qui veut dire que la corde devait être très courte. Et si c’était le cas, il était possible que l’assassin ait prévu une corde assez courte car il avait planifié son crime et savait déjà où il allait pendre Tamara Bateman.

« Tu sais combien mesurait la corde qui a été utilisée pour la pendre ? » demanda Kate. Ç

« La corde faisait deux mètres cinquante, » dit DeMarco. « Elle a apparemment été achetée à cette taille car il n’y a aucune marque indiquant qu’elle ait été coupée. »

Kate était impressionnée. La longueur de la corde n’était qu’un détail sans importance, mais une information néanmoins nécessaire pour rédiger un rapport complet et précis. Et comme elle s’y attendait, DeMarco était au courant des moindres détails, même les plus minimes.

Kate continua à monter l’escalier jusqu’au premier étage. DeMarco la suivit, mais en restant à une distance respectueuse. Cinq portes s’ouvraient sur le couloir à l’étage : deux de chaque côté et une au bout du couloir. Il n’y avait pas de moquette sur le sol du couloir mais par les portes ouvertes, Kate put voir qu’il y en avait dans les différentes pièces, excepté dans la petite salle de bains au bout du couloir. Kate entra dans la première pièce. La maison avait visiblement été nettoyée à fond après que les anciens propriétaires aient déménagé. Il n’y avait pas une seule égratignure aux murs et seules de très légères marques dans la moquette indiquaient que des meubles y avaient un jour été placés.

Cette pièce était visiblement l’une des chambres d’amis, vu qu’elle était de dimensions assez modestes. À part la pièce entièrement vide, le seul endroit où jeter un coup d’œil, c’était la penderie, qui était de très petite taille et ne contenait rien de plus qu’une moquette extrêmement propre. La pièce suivante était tout aussi impeccable, ainsi que la chambre à coucher principale. Cette dernière était également équipée d’une grande salle de bains, mais elle était tout aussi nickel que le reste de la maison.

La pièce suivante était du même style, mais le dressing était beaucoup plus grand et équipé d’étagères pour les vêtements et les chaussures. Le dressing était tout aussi vide que les autres pièces, mais Kate remarqua une porte dans le mur du fond. C’était une porte assez petite, qui se trouvait dans un coin du dressing.

« Un espace de rangement ? » demanda Kate, en se dirigeant vers la porte.

« Oui, je pense. Ça ressemble à un grenier inachevé. J’y ai jeté un coup d’œil hier. »

Kate ouvrit la porte et une bouffée d’air humide lui vint au visage. L’endroit était en effet inachevé. Il y avait des poutres visibles, ainsi que des éléments d’isolation, et une imposante unité d’air conditionné. Les propriétaires précédents avaient placé quelques planches en bois pour traverser l’espace en toute sécurité, mais c’était à peu près tout. Au fond de la pièce, le toit en pente réduisait l’espace. Plusieurs planches avaient été disposées pour soutenir le toit, créant une sorte de faux mur.

Kate s’avança sur les planches posées sur le sol. En traversant la pièce, elle se dit que c’était dommage que cet endroit soit inutilisé. Terminé, il pourrait faire office de bureau ou de salle de jeux pour une famille avec des enfants. Un escalier pourrait facilement y être installé pour rejoindre le rez-de-chaussée. Elle arriva jusqu’au faux mur qui se trouvait au fond de la pièce, au niveau de la pente du toit. Elle jeta un coup d’œil derrière les planches et pencha la tête, d’un air surpris.

« Est-ce que tu as jeté un coup d’œil ici quand tu es venue hier ? » demanda-t-elle.

DeMarco traversa la pièce, avec un air préoccupé. Elle jeta un coup d’œil derrière le faux mur et murmura : « Qu’est-ce que… ? »

Il y avait un plaid et une bouteille d’eau vide posés sur le sol.

« Kate, je ne vais pas te mentir. Je n’ai même pas pensé à jeter un coup d’œil là derrière. »

« Et il n’y avait pas de raison de le faire, » dit Kate. « Personne n’y aurait songé, en se retrouvant seule à devoir élucider cette affaire. »

« Il n’empêche que j’aurais quand même dû regarder. »

« C’est peut-être un squatteur, » dit Kate, en voulant éviter que DeMarco soit trop dure avec elle-même. « Ça arrive souvent dans les maisons en vente depuis un petit temps. »

« J’en doute. La police était là toute la journée, hier. Et ils sont restés très tard le soir. »

« C’est peut-être un squatteur qui gardait un œil sur la maison et qui a attendu que la police soit partie. Et si c’est le cas, il se pourrait également que ce squatteur soit notre assassin. Ce serait vraiment une coïncidence que ce plaid soit là aujourd’hui, en sachant qu’une personne a été tuée dans cette maison il y a à peine deux jours. »

« Alors ça voudrait dire que cette personne surveillait cette maison de très près. »

Kate et DeMarco regardèrent à nouveau le plaid et la bouteille d’eau vide. Et Kate ne put s’empêcher de penser que si ça appartenait effectivement à l’assassin, il se pourrait qu’elle reprenne la route pour Richmond avant la fin de la journée.




CHAPITRE TROIS


Le charme des petites villes n’avait jamais vraiment convaincu Kate, et c’était pareil pour Estes. Bien sûr, l’endroit était pittoresque et ça devait être agréable d’y passer quelques semaines pendant l’été, mais elle n’aurait jamais pu vivre dans un tel endroit. Elle avait presque pitié de cette petite ville – où tout été centré sur ce lac, qui était certes joli mais très peu connu. Sa renommée était éclipsée par les plages qui se trouvaient à moins d’une heure et demie de route. L’endroit était en pleine crise d’identité et ne semblait même pas en être conscient.

Pendant que DeMarco appelait le shérif du coin, Kate regarda la ville défiler devant ses yeux, en écoutant la conversation de sa coéquipière.

« Il faut envoyer une équipe à la maison de Hammermill Street, » disait DeMarco. « Si l’assassin a été assez courageux pour y dormir et y laisser son plaid, il y a des chances qu’il revienne. Et même si ce n’est pas lui l’assassin, il a peut-être vu ou entendu quelque chose. »

Kate prit un moment pour admirer la manière dont DeMarco abordait son travail. Lors d’affaires précédentes, Kate lui avait de temps en temps laissé un peu de responsabilité, mais elle ne l’avait jamais vue en position de leader. Et elle faisait ça de manière très naturelle, comme si elle avait déjà géré des centaines d’enquêtes avant celle-ci.

Kate entendit sa coéquipière faire de nombreuses suggestions et poser des questions judicieuses. Après un instant, DeMarco hocha légèrement la tête et murmura un rapide « Merci » avant de raccrocher.

« À quoi ressemblent les forces de police dans le coin ? » demanda Kate.

« Elles sont assez bien. Le shérif est une femme d’une cinquantaine d’années qui adore sa ville et qui se comporte de manière très maternelle à son égard. Les policiers que j’ai rencontrés semblent beaucoup l’apprécier. »

« Est-ce que beaucoup d’agents immobiliers ont été interrogés par la police ? »

« Oui, quelques-uns. Le type que nous allons voir maintenant est le seul au sujet duquel le shérif Armstrong avait quelques doutes. Mais elle ne le lui a pas montré, bien sûr. Mais elle m’a demandé d’aller lui parler aujourd’hui. »

« Est-ce qu’elle t’a dit pourquoi elle avait des doutes à son sujet ? »

« Apparemment, lorsqu’ils ont reçu l’appel hier matin concernant la disparition de Bateman, certains des autres agents ont dit qu’il avait l’air un peu trop pressé d’aller jeter un œil. J’ai vérifié ses antécédents et il a été inculpé pour violences conjugales il y a quelques années dans l’état de New York. »

« Ça tient la route que quelqu’un qui soit au courant des maisons en vente puisse être notre assassin, » dit Kate. « Quelqu’un qui sache où se rendaient les agents immobiliers et quand ils seraient seuls. »

Elles roulaient le long de la grand-rue d’Estes. À un moment donné, DeMarco tourna à gauche et elles passèrent devant toute une série de magasins de souvenirs et de restaurants. Au bout de la rue, se trouvait l’agence immobilière Lakeside. Elles se garèrent sur un parking délimité par des traverses et du sable. Kate devait admettre que la manière dont la ville était disposée donnait envie d’aller voir le lac. Bien entendu, elle aurait préféré la plage, mais c’était sûrement un sentiment que les habitants d’Estes devaient avoir de temps en temps.

Elles entrèrent dans un grand vestibule, qui était séparé d’un vaste espace ouvert par un guichet qui faisait toute la largeur de la pièce, avec une petite porte battante au milieu. La femme qui était assise derrière le guichet les accueillit d’un air aimable, en faisant de son mieux pour dissimuler le fait qu’elle venait de prendre une bouchée d’un donut qui était posé à côté d’elle.

« Bonjour, mesdames, » dit la femme. « Comment puis-je vous aider ? »

« Nous voudrions parler à Brett Towers, s’il vous plaît, » dit DeMarco.

« Vous le trouverez à l’arrière, » dit la femme. « À cette heure-ci, il n’y a que lui qui est arrivé. »

Elles se dirigèrent vers l’open space à l’arrière du guichet. Kate veilla à rester derrière DeMarco, pour lui faire comprendre qu’elle avait bien l’intention de lui laisser diriger l’enquête. Comme la réceptionniste le leur avait dit, il n’y avait qu’un seul agent à l’arrière. Cinq bureaux étaient installés dans l’open space, mais un seul était occupé. Un homme – sûrement Brett – y était assis et buvait une gorgée de café en consultant l’écran de son ordinateur. Quand il vit les agents s’approcher, il reposa sa tasse de café.

« Agent DeMarco, c’est bien ça ? » demanda Brett.

« Oui, c’est ça, » dit-elle. « On s’est brièvement parlé au téléphone hier. Voici ma coéquipière, l’agent Wise. »

Ils se serrèrent la main et Brett Towers les invita à s’asseoir sur les chaises qui se trouvaient en face de son bureau. « Dites-moi ce que je peux faire pour vous aider. J’étais très proche de Tamara. Ça faisait six ans qu’on travaillait ensemble dans cette agence, depuis le premier jour où elle a été ouverte. Pendant quelques mois, on était d’ailleurs les seuls agents. »

« Alors vous étiez les premiers agents à travailler pour Lakeside ? » demanda DeMarco.

« Oui, c’est ça. Bien que Tamara soit partie quelques temps chez l’un de nos concurrents, mais ça n’a pas duré longtemps. »

« Vous savez pourquoi elle avait décidé de changer d’agence ? » demanda Kate.

« Elle est partie dans l’agence Crest. Ils lui avaient offert un plus gros salaire, mais elle est revenue après quelques mois. Apparemment, l’ambiance là-bas était trop tendue. Le but était surtout de faire de l’argent, pas spécialement de trouver l’endroit qui correspondrait le mieux aux clients. »

« Est-ce qu’elle avait des critiques à formuler à l’encontre de qui que ce soit ? »

« Non. Et même si ça avait été le cas, elle n’en aurait rien dit. Tamara était une personne vraiment gentille. »

« Monsieur Towers, » dit Kate, « est-ce que vous avez été surpris d’apprendre que Tamara Bateman avait été assassinée ? Est-ce qu’elle a eu un quelconque problème au cours des jours ou des semaines qui ont précédé son meurtre ? »

« Aucun. La police m’a posé exactement la même question. »

Kate remarqua que Towers n’avait pas l’air bien du tout. Il faisait tout son possible pour dissimuler ses émotions et parvenir à répondre à leurs questions. Elle n’aimait pas employer une telle tactique, mais elle se dit que si elle parvenait à le faire craquer, elle pourrait se faire une meilleure idée à son sujet. Elle espérait également que, dans une ville de la taille d’Estes, il serait un petit peu plus facile de trouver un assassin si les réponses à leurs questions étaient motivées par les émotions. Elle savait que ce n’était pas une tactique géniale, mais ça avait tendance à marcher.

« Alors, si j’ai bien compris, vous étiez assez proche de Tamara ? » demanda Kate.

« Oui. »

Elle entendit un tremblement dans sa voix. Il faisait tout son possible pour ne pas craquer et se mettre à pleurer.

« Alors pourquoi êtes-vous venu travailler aujourd’hui ? » demanda DeMarco. « C’est bien vous qui avez découvert le corps, non ? »

« Oui, en effet, » dit-il. Les larmes se mirent enfin à couler sur ses joues. Il serra les dents en essayant de réprimer un sanglot. « Mais nous sommes une toute petite entreprise et nous venons d’avoir un été plutôt chargé. Maintenant qu’elle n’est plus là, il y a une tonne de trucs dont il faut que je m’occupe, sinon on risque de perdre des contrats. »

« Monsieur Towers, » dit DeMarco, « je ne suis pas psy, mais c’est vous qui avez découvert son corps. Ça peut être traumatisant. C’est normal de prendre un peu de temps pour soi… »

« Et j’ai bien l’intention de le faire. Je compte partir du bureau avant dix heures et prendre le reste de la journée libre. C’est pour ça que je suis venu aussi tôt. Ce n’est pas de gaieté de cœur que je fais ça mais avec sa mort, il y a de nombreuses choses dont il faut s’occuper le plus tôt possible. »

« Est-ce que vous pouvez encore répondre à quelques questions ? » demanda DeMarco.

« Bien sûr. La police m’a dit que c’était le deuxième agent assassiné en six jours. Si je peux vous aider à trouver le responsable… alors oui, posez-moi toutes les questions que vous voulez. »

« Que pouvez-vous nous dire au sujet de la maison en question ? » demanda Kate. « Est-ce que c’était une propriété connue pour une raison ou une autre ? »

« Pas que je sache. C’était juste une maison normale. »

« Est-ce que vous connaissiez les gens qui y vivaient ? » demanda DeMarco.

« Pas personnellement, non. C’était la propriété de Tamara et uniquement la sienne. Mais il est probable qu’elle ne les ait jamais rencontrés, car la maison a été vendue à un type qui s’occupe d’acheter et de revendre des propriétés. Je ne me rappelle plus son nom. »

« Ça fait combien de temps que la maison est en vente ? » demanda Kate.

« Elle a été mise en vente dès que le nouveau propriétaire a eu terminé de la remettre à neuf – ça doit faire environ deux semaines, je crois. C’est une maison magnifique – ce qui est plutôt dommage. »

« Dommage ? » demanda DeMarco. « Pourquoi ? »

« Parce que nous sommes obligés de le signaler. Même s’il arrivait qu’un acheteur potentiel ne soit pas au courant du meurtre horrible qui y a été commis, nous sommes obligés de l’en informer. Il sera dès lors beaucoup plus difficile de la vendre. Et actuellement, les maisons de cette taille ont tendance à rester longtemps sur le marché. »

« Monsieur Towers, est-ce que vous savez si Tamara avait un petit-ami ? Elle n’était pas mariée, n’est-ce pas ? »

« Non, en effet. Et je ne pense pas qu’elle sortait avec quelqu’un. Mais elle restait très discrète sur sa vie privée. Alors, si elle avait un petit-ami, je n’étais pas au courant. »

Kate avait vraiment pitié de lui. Il faisait tout son possible pour ne pas s’effondrer, malgré les larmes qui continuaient de couler sur ses joues. Elle ne pensait pas qu’elles obtiendraient beaucoup plus d’informations de lui. Les dossiers et la liste des clients de Tamara leur seraient certainement utiles, mais c’était quelque chose qu’elles pouvaient demander à la réceptionniste en sortant. À ses yeux, Brett Towers avait déjà assez souffert.

Mais Kate préféra ne rien dire. Elle voulait que ce soit DeMarco qui mette un point final à la conversation, vu que c’était son enquête et qu’elle lui avait déjà parlé.

Apparemment, elle pensait la même chose que Kate. DeMarco se leva de sa chaise et Kate suivit le mouvement.

« Merci pour le temps que vous nous avez consacré, monsieur Towers, » dit DeMarco. « Il se pourrait qu’on ait besoin de vous reparler, mais je pense que c’est tout pour l’instant. »

Il hocha la tête et une expression de soulagement lui envahit le visage. En partant, Kate demanda à la réceptionniste de leur envoyer tous les dossiers relatifs aux visites, aux ventes et aux clients de Tamara Bateman.

Quand elles se retrouvèrent à l’extérieur, Kate se dirigea instinctivement vers le côté conducteur. Elle rectifia à la dernière minute et bifurqua sur la droite, vers la portière côté passager.

DeMarco se mit à rire. « C’est OK, Wise. Tu peux conduire et tu peux poser des questions quand on interroge des gens. Je te promets… que je n’aurai pas l’impression que tu marches sur mes plates-bandes. On fait une équipe et ce n’est plus seulement mon enquête. De plus, comme je te le disais tout à l’heure, je suis contente que tu sois là. »

« Ça me fait très plaisir de l’entendre, » dit Kate, en entrant dans la voiture.

C’était la vérité. De tous les gens qui faisaient actuellement partie de sa vie, DeMarco était apparemment la plus facile à satisfaire. Et du coup, Kate en appréciait d’autant plus son travail. Elle avait déjà ressenti ce genre de choses pour des coéquipiers dans le passé et ça avait créé des tensions dans son couple et dans sa relation avec Mélissa. Par conséquent, elle avait toujours fait de son mieux pour garder une certaine distance. Mais depuis qu’elle avait repris le boulot et qu’elle se retrouvait à collaborer avec DeMarco, elle ressentait de nouveau cette proximité.

« Tu veux aller jeter un coup d’œil à l’endroit où la première victime a été assassinée ? » demanda DeMarco.

« J’ai l’impression que tu lis dans mes pensées. »

DeMarco hocha les épaules, d’un air espiègle. « Je me demande parfois si ce ne serait pas effrayant de savoir ce que tu penses. »

« Ça dépend des jours. »

C’était sensé être une boutade mais Kate fut un peu inquiète de se rendre compte qu’il y avait là une bonne part de vérité. Ces six dernières semaines où elle n’avait pas travaillé et où elle n’avait eu que les plaisirs de la vie quotidienne pour la distraire, elle avait eu de bons jours et de mauvais jours – des jours où elle était heureuse de ne pas travailler et d’autres où ça lui manquait terriblement.

Et maintenant qu’elle travaillait à nouveau, c’était presque trop agréable… et elle n’était pas sûre de savoir si c’était une bonne ou une mauvaise chose.




CHAPITRE QUATRE


La maison dans laquelle la première victime avait été tuée était un peu plus grande que celle sur Hammermill Street. Elle était située à une dizaine de kilomètres de la maison où Tamara Bateman avait été assassinée. Le voisin le plus proche était à environ trois cents mètres et les maisons étaient séparées par un petit bois et des herbes sauvages, typiques des terrains sablonneux. La construction ressemblait à une maison de plage, mais elle présentait également certains éléments de style fermette.

En gravissant les marches jusqu’à l’énorme porche, DeMarco tendit à Kate un dossier qu’elle avait pris sur le siège arrière de la voiture. « Pour te faire une idée de la scène de crime, il faut que tu jettes un coup d’œil aux photos. Mais je te conseille d’attendre avant de le faire. »

DeMarco ouvrit la porte d’entrée à l’aide de la clé qu’on lui avait donnée et laissa passer Kate. La porte s’ouvrait sur un énorme vestibule – tellement spacieux qu’un siège y était installé contre le mur de droite et qu’un tapis de la taille de la chambre à coucher de Kate recouvrait le sol. Le tapis était de couleur blanche et turquoise, et des taches de sang y étaient bien visibles.

Au fond du vestibule, sur la droite, se trouvait l’escalier qui menait au premier étage. En levant la tête, Kate remarqua un magnifique lustre accroché au plafond. Il semblait fabriqué en acier et il était décoré d’un entrelacs de torsades. On aurait dit qu’il était pendu légèrement de travers.

« Le lustre, » dit DeMarco. « Magnifique, n’est-ce pas ? »

« Vraiment superbe. »

« OK, maintenant, jette un coup d’œil aux photos dans le dossier. »

Kate obtempéra. Elle passa les notes et les rapports de police pour aller directement aux photos de la scène de crime. La première d’entre elles montrait le lustre, mais il était beaucoup moins joli. En fait, on aurait dit qu’il était tout droit sorti d’un film d’horreur.

Le corps d’une femme y était pendu. Une corde lui entourait le cou mais la photo donnait l’impression que c’étaient ses bras, accrochés aux branches du lustre, qui la maintenaient en l’air. Sur la photo, Kate ne pouvait pas voir le bout de la corde, qui était probablement accrochée quelque part derrière le lustre, peut-être aux attaches qui le raccrochaient au plafond.

Le visage de la femme était recouvert de sang et elle semblait avoir les yeux baissés vers le tapis sur lequel elle saignait. C’était une femme assez menue. Sous son poids léger, le lustre ne s’était pas décroché du plafond.

« Mon dieu, » dit Kate. « Comment est-ce que l’assassin a fait pour l’accrocher là-haut ? »

« La victime s’appelle Béa Faraday. Elle a vingt-huit ans et elle ne pèse pas plus de cinquante-cinq kilos. La police pense que l’assassin l’a traînée jusqu’en haut des escaliers et qu’il l’a jetée par-dessus la balustrade, pour essayer de la pendre de la même manière que Tamara, mais le lustre était sur le chemin. »

« Tu penses que c’est possible ? » demanda Kate.

« Oui. Il y a du sang sur la balustrade qui corrobore cette version. Je pense que c’est là qu’il a d’abord attaché la corde. Mais quand il s’est rendu compte qu’elle était pendue au lustre, il a coupé la corde et a laissé la scène parler d’elle-même. Il l’a apparemment d’abord frappée avec un objet contondant, puis il a pris son temps pour la traîner à l’étage et la jeter par-dessus la balustrade. »

Kate vit l’endroit depuis lequel Faraday avait apparemment été pendue. Le lustre se trouvait à moins de deux mètres de la balustrade. Il était facile d’imaginer qu’un homme costaud puisse lancer une femme menue aussi loin.

« Qui a découvert le corps ? » demanda Kate.

« L’agence immobilière a envoyé une femme de ménage faire un rapide nettoyage deux heures avant une visite. C’est elle qui l’a trouvée et qui a appelé la police. »

« Tu l’as interrogée ? »

« Non. Mais le shérif Armstrong l’a fait. »

Kate hocha la tête et baissa les yeux vers le tapis taché de sang. Elle pensa au plaid et à la bouteille d’eau qu’elles avaient trouvés à la maison sur Hammermill Street et elle se demanda s’il y avait des endroits dans cette maison où un squatteur pourrait facilement se cacher.

« C’est une maison construite récemment ? » demanda Kate.

« Je n’en suis pas sûre. Mais ça fait un bon mois qu’elle est sur le marché. Ils l’ont fait visiter dix-huit fois et il y a eu six personnes intéressées. Seul l’une d’entre elles était du coin. »

Kate et DeMarco traversèrent silencieusement la maison. Le bruit de leurs pas résonnait à travers les pièces désertes. Ça avait un côté un peu mystérieux d’être dans une maison qui renfermait les souvenirs de personnes qu’elles ne rencontreraient jamais. Kate avait toujours été intéressée par tout ce qui touchait aux esprits et elle pensait qu’il était tout à fait possible que chaque maison soit hantée par le souvenir de familles qui y avaient vécu.

Elles jetèrent un coup d’œil dans le vaste espace qui servait de salon, puis dans la cuisine. Vu que la maison était vide, il était assez facile de voir que rien n’avait été volé. Elles montèrent ensuite à l’étage. Kate regarda s’il y avait un accès à une sorte de grenier ou de combles. Mais elle ne vit rien de tel. La maison n’avait apparemment pas de grenier. Elle devait donc sûrement avoir une sorte de cave. Dans ce genre de communautés, les maisons avaient toujours un espace de rangement.

Elles retournèrent au rez-de-chaussée et se dirigèrent vers la première porte dans le couloir principal. Elle s’ouvrait sur une cave aménagée qui était tout aussi vide que le reste de la maison. Au fond, il y avait une double porte qui semblait mener à l’extérieur. Kate s’en approcha, l’ouvrit et se retrouva face à un magnifique jardin. Elle sortit, suivie par DeMarco, dans une cour en forme de demi-lune. Sur leur droite, il y avait une petite construction en briques qui contenait un parterre de fleurs. Sur leur gauche, il y avait un petit espace en-dessous de l’escalier en bois qui menait à la terrasse arrière. L’espace était sûrement destiné à abriter un appentis avec une tondeuse et quelques outils.

Elle s’en approcha et regarda de plus près. Elle s’agenouilla et jeta un coup d’œil au sol tassé, sans vraiment savoir ce qu’elle cherchait. Elle allait se relever quand elle vit quelque chose dans le coin, tout au fond.

En grimaçant de douleur, elle essaya de s’approcher pour y voir de plus près. Ça ressemblait à de vieux chiffons. Ils étaient empilés l’un sur l’autre. À environ un mètre des chiffons, elle vit des marques au sol.

« Tu as trouvé quelque chose ? » demanda DeMarco.

« Peut-être. Viens jeter un coup d’œil et dis-moi ce que tu en penses… juste pour m’assurer que je ne saute pas trop vite aux conclusions. »

Elles changèrent de place et Kate regarda DeMarco se plier en deux pour s’introduire dans l’espace confiné. Elle regarda autour d’elle avant de se mettre à parler.

« Des chiffons, » dit-elle. « Ça paraît plutôt bizarre à cet endroit, non ? Et… aussi quelques marques au sol. On dirait qu’il y avait quelque chose de lourd posé ici. »

DeMarco ressortit de l’espace. « Les chiffons, » dit-elle. « Tu penses que quelqu’un les a utilisés comme coussin ? »

« Oui, je pense. »

« Un autre squatteur ? Ce serait vraiment une coïncidence. Mais c’est vrai que ces légères marques au sol pourraient avoir été faites par un genou ou par un pied, j’imagine. » Elle regarda à nouveau l’espace et ajouta : « Et récemment. »

« Il se pourrait que ce soit une conclusion hâtive, » dit Kate. « Surtout que ce tas de vieux chiffons peut très bien avoir été laissé là par des ouvriers. »

« Je pense qu’il faut qu’on parle à la femme de ménage, » dit DeMarco.

« C’est une bonne idée. »

« J’appelle l’agence immobilière pour avoir son adresse. Sinon, le shérif Armstrong pourra certainement nous aider. »

DeMarco s’éloigna de Kate pour passer ses appels. Pendant ce temps, Kate regarda à nouveau l’espace confiné. Elle essaya de se plier en deux comme DeMarco l’avait fait, mais elle n’était plus assez souple pour ça. Elle se mit à genoux et rampa pour jeter un dernier coup d’œil. Elle ne remarqua rien de spécial. Mais plus elle regardait la pile de chiffons et les marques au sol, plus elle était certaine que quelqu’un s’était caché là au cours des derniers jours. Elles obtiendraient peut-être des réponses en faisant analyser ces chiffons en laboratoire.

Au moment où elle ressortit du trou, elle vit DeMarco qui remettait son téléphone en poche.

« Tu as son adresse ? » demanda Kate.

« J’ai encore mieux que ça. Le shérif lui a demandé de repasser au commissariat pour répondre à quelques questions. Et elle veut bien que nous assistions à l’interrogatoire. »

« C’est une super nouvelle, » dit Kate, en essayant de dissimuler une grimace de douleur en se redressant.

En suivant DeMarco à travers le jardin, elle ne put s’empêcher de sourire. DeMarco avait vraiment pris le contrôle de cette enquête et ce, malgré le fait que Kate ait été appelée en renfort. Elle sourit et se rendit compte qu’elle était bien trop fière de DeMarco pour se sentir offensée.



***



Quand elles arrivèrent au commissariat, le shérif Armstrong les attendait dans le hall d’entrée. Elle eut l’air soulagée de les voir arriver. Elle ne sourit pas mais elle avait l’air contente. Elle devait avoir la cinquantaine et elle était de corpulence assez forte, mais sans être grosse. Elle avait un visage assez ordinaire, qui devait être assez joli avec un peu de maquillage et les cheveux tirés. Mais ce qui plut le plus à Kate, c’était qu’elle avait un regard profond… c’était le regard d’une femme qui prenait son boulot très au sérieux.

« Je suis contente que vous soyez là, » dit Armstrong. « Mademoiselle Seibert est dans une salle à l’arrière et elle commence à être extrêmement sur la défensive. Je n’ai aucune raison de croire qu’elle a quelque chose à voir avec ces meurtres, mais elle pense que nous la considérons comme une suspecte, juste parce qu’on lui a demandé de revenir pour répondre à d’autres questions. »

« Je me demande s’il y a des antécédents criminels dans sa famille, » dit Kate. Elle sourit en voyant qu’Armstrong la regardait d’un air étonné. « Désolée, » dit Kate. « Agent Kate Wise. Ravie de vous rencontrer. »

« De même, » dit Armstrong. « Quant à votre question, je vous avoue que je n’en sais rien. »

« Ça arrive souvent, » dit Kate. « Si des membres de sa famille ont eu des problèmes avec la police, il est normal qu’elle soit rapidement sur la défensive, même si elle est bien traitée. »

« Je lui ai laissé cinq minutes pour se calmer. Je lui ai dit qu’il se pourrait que quelqu’un d’autre vienne lui poser des questions et elle n’était pas trop enchantée à l’idée. »

« Ça ne vous dérange pas qu’on aille l’interroger ? » demanda DeMarco.

« Pas du tout. Troisième porte à gauche, dans le couloir. »

Kate et DeMarco se dirigèrent dans cette direction. Kate se rendit compte qu’elle avait pris légèrement les devants sur DeMarco, mais elle n’en ralentit pas pour autant le pas. Quand elles arrivèrent devant la porte indiquée par Armstrong, Kate frappa légèrement et l’ouvrit.

Il y avait une seule table et quelques chaises dans la pièce. La femme qui était assise à la table devait avoir la soixantaine. Elle était de race blanche, avec des cheveux filiformes qui se dressaient en touffes. Elle regarda Kate et DeMarco d’un air méfiant.

« Vous êtes Mary Siebert ? » demanda DeMarco.

Mary se contenta de hocher la tête. Kate vit tout de suite ce qu’Armstrong avait voulu dire. Mary Siebert avait vraiment l’air de s’attendre au pire.

« Nous sommes les agents DeMarco et Wise du FBI. Nous aurions aimé vous poser quelques questions concernant la découverte du corps de Béa Faraday. »

Mary resta silencieuse. Elle se redressa un peu sur sa chaise, mais le reste de son attitude resta la même.

« Mademoiselle Seibert, » continua DeMarco, « le shérif Armstrong nous a dit que vous aviez peur d’être considérée comme une suspecte. Nous sommes là pour vous dire que ce n’est pas du tout le cas. Si nous voulons vous poser des questions, c’est parce que vous étiez la première personne sur la scène de crime. Et vu votre profession, nous espérions que vous auriez peut-être vu ou entendu quelque chose qui pourrait nous aider sur l’enquête. Rien de plus. Nous aimerions essayer de savoir depuis combien de temps le corps se trouvait là et si vous avez remarqué quoi que ce soit de bizarre, ce genre de choses. »

Mary commença à se détendre légèrement. Kate fut émerveillée par la manière dont DeMarco s’y était pris. Elle avait non seulement réussi à calmer les appréhensions de Mary, mais elle lui avait également fait sentir que sa contribution pourrait être très importante – ce qui était le cas.

« Non, je n’ai rien vu d’autre, juste le corps, » dit Mary. « Et tout ce sang. »

« Est-ce que vous connaissiez mademoiselle Faraday ? » demanda Kate.

« Non. Mais plus tard, quand on m’a montré des photos d’elle, je l’ai reconnue. Je l’avais déjà vue. Ce n’est pas une très grande ville, vous savez. »

« Et vous étiez seule, c’est bien ça ? » demanda DeMarco.

« Oui, j’étais seule. »

« Combien d’autres personnes travaillent pour votre entreprise de nettoyage ? »

« On est cinq. Mais vu que cette maison n’était plus meublée et qu’il n’y avait pas eu beaucoup de visites dernièrement, on m’y a envoyée toute seule. C’était supposé être un simple boulot de dépoussiérage. Il n’y avait même pas besoin de faire les fenêtres. »

DeMarco feuilleta le dossier qui se trouvait sur la table devant elle. « Et vous êtes arrivée à quatorze heures quart cet après-midi-là, c’est bien ça ? »

« Oui. Je devais aller nettoyer une autre maison ce jour-là, mais vu les circonstances, je n’y suis pas allée. »

« C’est peut-être une question un peu dérangeante, » dit Kate, « mais est-ce que vous vous rappelez si le sang était encore frais ? »

« Oh oui, bien sûr. Il était encore frais. Il y avait encore du sang qui coulait du corps. Bien que ça puisse paraître bizarre… c’est ce qui m’empêche de dormir le soir. Ce n’est pas le visage de cette pauvre femme, ni même la scène en elle-même, c’est le bruit de ce sang frais tombant goutte à goutte jusqu’au sol. »

« Mademoiselle Siebert… qui a fait appel à vos services pour nettoyer cette maison ? »

« L’agence immobilière. »

« Et c’était quelle agence exactement ? » demanda DeMarco.

« L’agence Davis et Hopper. »

« Est-ce que ça fait longtemps que ce sont vos clients ? » demanda Kate.

« Ça fait peut-être deux ans. Ils paient bien et les agents immobiliers qui y travaillent sont vraiment très gentils. »

Le silence s’installa dans la pièce, pendant que Kate et DeMarco réfléchissaient. Mary Seibert avait maintenant l’air plutôt détendue – son attitude n’avait plus rien à voir avec celle que le shérif Armstrong leur avait décrite dix minutes plus tôt. Ce fut finalement Kate qui brisa le silence. Il était impossible que Mary Seibert ait tué Béa Faraday, qu’elle l’ait traînée jusqu’en haut des escaliers et qu’elle ait jeté son corps par-dessus la balustrade. Kate savait que c’était tout simplement impossible.

« Mademoiselle Seibert, est-ce que vous étiez déjà entrée dans cette maison ? »

« Non, c’était la première fois. »

« Et quand vous y êtes entrée, » dit DeMarco, « est-ce que vous avez remarqué quoi que ce soit d’autre ? Un quelconque indice que quelqu’un d’autre se trouvait sur les lieux ? »

« Comme je vous l’ai dit… tout ce que j’ai vu, c’est le corps. Enfin… j’ai d’abord remarqué les taches de sang sur le sol au moment où je suis entrée, puis j’ai vu son corps accroché au lustre. J’ai été un moment sous le choc. Je me rappelle avoir eu du mal à respirer, puis je me suis mise à hurler. J’ai couru à l’extérieur et j’ai appelé la police. Ils m’ont dit d’attendre dans ma voiture et c’est ce que j’ai fait. »

DeMarco jeta un coup d’œil en direction de Kate. Kate acquiesça d’un hochement de tête, tout en souriant à Mary Seibert. DeMarco commença à se diriger vers la porte.

« Ça fait combien de temps que vous nettoyez des maisons dans la région ? » demanda Kate.

« Ça doit faire huit ou neuf ans. »

« Est-ce qu’il vous est déjà arrivé de remarquer des trucs bizarres dans certaines maisons ? »

« Oh, ça arrive qu’on entre dans une maison qui a visiblement été utilisée. Mais en général, il s’agit juste d’adolescents qui sont venus y faire la fête. Il arrive aussi parfois que des personnes y aient passé la nuit. Un jour, une de mes amies s’est même retrouvée face à face avec un sans-abri qui dormait dans le dressing de l’une des chambres. »

« C’est arrivé ici, à Estes ? » demanda DeMarco.

« Non, quelque part dans la région de New Castle. »

Kate et DeMarco échangèrent un regard qui se passait de tout commentaire. Elles savaient toutes les deux ce qu’il signifiait : « Cet interrogatoire est terminé. »

« Merci beaucoup pour le temps que vous nous avez consacré, mademoiselle Seibert. À moins que le shérif Armstrong ait encore besoin de vous, vous êtes libre de partir. Merci pour votre aide. »

Mary se leva de sa chaise, prête à sortir de la pièce. « J’ai entendu dire qu’il y avait eu un autre meurtre. C’est vrai ? »

« On ne peut pas vous en dire plus pour l’instant, » dit DeMarco. Elle se dirigea vers la porte, puis s’arrêta, avant de se retourner vers Mary et d’ajouter : « Mais je vous suggère de rester loin de toute maison actuellement mise en vente et ce, jusqu’à nouvel ordre. »

« Il est possible qu’on donne également le même conseil à tous les agents immobiliers de la région, » dit Kate.

Mary hocha la tête et baissa les yeux vers la table. Kate avait souvent vu cette expression. C’était le regard d’une femme qui aimait sa petite ville, mais qui commençait à se rendre compte que ce n’était pas un endroit aussi sûr qu’elle le pensait.




CHAPITRE CINQ


Kate se rendit très vite compte que le shérif Armstrong avait une personnalité qui lui plaisait beaucoup. C’était une femme solide, qui prenait son boulot au sérieux. Quand elle s’installa avec Kate et DeMarco dans une petite salle de réunion à l’arrière du commissariat un quart d’heure après le départ de Mary Seibert, elle le fit avec une certaine anxiété. Elle devait avoir entre cinquante et cinquante-cinq ans, mais l’incertitude qui se lisait sur son visage lui donnait l’air beaucoup plus jeune. Elle était assez jolie. Elle regarda les agents avec des yeux verts rayonnants.

« Vous savez, » dit-elle, en prenant sa tasse de café en main tout en s’appuyant contre le dossier de sa chaise, « j’aurais vraiment aimé que vous ayez pu visiter la région pour d’autres raisons. Est-ce que vous étiez déjà venues à Estes ? »

Kate et DeMarco lui répondirent toutes les deux par la négative. Kate but une gorgée de son café, en réfléchissant aux différents éléments de l’affaire. Elle observa également la salle dans laquelle elles se trouvaient, en se disant qu’il s’agirait probablement de leur centre d’opérations jusqu’à la fin de l’enquête.

Il y avait une grande carte de la région accrochée au mur du fond, juste à côté d’un tableau. Ce dernier n’avait pas l’air d’être souvent utilisé. Dans le coin supérieur droit, Kate put y lire une date qui y avait été griffonnée et partiellement effacée, et qui remontait à presque un an.

« Normalement, la région est plutôt tranquille, » dit Armstrong. « Et mon boulot est assez confortable. Même en période estivale et avec l’arrivée des touristes, il ne se passe pas grand-chose. Quelques contraventions pour excès de vitesse et des bagarres le samedi soir, mais c’est tout. Alors, bien évidemment, ce qui s’est passé cette semaine a été… »

Elle s’interrompit, comme si elle ne voulait même pas essayer de trouver le terme approprié pour terminer sa phrase.

DeMarco regarda Kate, en faisant un geste de la tête en direction d’Armstrong. « Le shérif et ses hommes ont déjà rassemblé tout ce dont on pourrait avoir besoin – dossiers, rapports, listes des maisons mises en vente, tout ça. On a déjà travaillé un peu dessus hier, mais pas plus d’une heure. »

« Est-ce que vous avez une liste mise à jour de toutes les maisons en vente dans la région ? » demanda-t-elle.

« Oui, » dit Armstrong. « On l’a reçue ce matin, après que j’ai demandé à toutes les agences immobilières dans la région de nous envoyer la liste des maisons qui sont actuellement sur le marché. La liste se trouve dans mon bureau, mais je peux aussi vous l’envoyer par email. »

« Est-ce que c’est une longue liste ? »

« Dans la ville d’Estes, il y a actuellement seize maisons en vente et cinq en location. En s’éloignant d’Estes et en se rapprochant du lac, ce nombre augmente. Quarante et une maisons en vente et dix-neuf en location. »

Kate se leva de sa chaise et s’approcha de la carte qui était accrochée au mur. Elle l’observa pendant un moment et trouva la ville d’Estes dans le coin supérieur droit. « Vous pouvez me montrer où se trouve Hammermill Street sur cette carte ? »

« Oh, vous allez user vos yeux si vous essayez de trouver une rue sur cette carte. » Elle s’appuya contre le dossier de sa chaise et cria en direction de la porte : « Hé, Jimmy ! Est-ce que tu peux nous apporter la carte topographique d’Estes ? »

Une voix se fit entendre quelque part dans le commissariat « Oui, tout de suite ! ». Cet échange était plutôt amusant et presque rafraîchissant. Kate avait toujours aimé la cordialité qui existait au sein des forces de police des petites villes et Estes ne faisait pas exception.

« J’ai également pensé à ça, » dit Armstrong. « Les quartiers sont assez similaires. Les maisons aussi, j’imagine – à part le fait que l’une d’entre elles était neuve et l’autre un peu moins. Mais ce sont des agences immobilières différentes, alors je ne pense pas que cela consiste un lien. »

« Les escaliers ont été utilisés dans le cadre des deux meurtres, » dit DeMarco. « Je pense que l’assassin devait connaître la disposition des maisons avant de commettre ses meurtres. »

« Nous pensons également qu’il y avait peut-être un squatteur dans les deux maisons, » dit Kate. « Nous n’en sommes pas encore tout à fait certaines, mais il y a assez d’indices pour le penser. »

« Quel genre d’indices ? » demanda Armstrong.

DeMarco se mit à lui expliquer ce qu’elles avaient trouvé. Pendant ce temps, un jeune policier, qui devait probablement être Jimmy, entra dans la salle de réunion avec une grande carte en main. Il la posa sur la table et la déplia sous leurs yeux. Il le fit de manière un peu gauche, en recouvrant les dossiers qu’elles avaient étalés devant elles.

« Merci, Jimmy, » dit Armstrong, sur un ton qui indiquait clairement qu’elle voulait qu’il sorte rapidement de la pièce.

Jimmy hocha la tête, regarda Kate et DeMarco (ses yeux s’attardèrent un peu plus longtemps sur DeMarco) et il sortit de la pièce.

« Comme je vous le disais, » dit Armstrong, en remarquant la manière dont Kate avait regardé Jimmy, « c’est une petite ville assez tranquille. Nous n’avons pas spécialement besoin de durs à cuire. »

Les trois femmes pouffèrent de rire. Puis elles se levèrent de leur chaise et se penchèrent sur la carte d’Estes. Les rues y étaient dessinées avec précision et il y avait une sorte de sérénité dans la manière dont elles s’entrecroisaient.

« Voici Hammermill Street, » dit Armstrong, en montrant une rue du doigt. Elle y dessina un X au marqueur et dit, « c’est l’endroit où a eu lieu le meurtre le plus récent. Et ici, » dit-elle, en faisant glisser ses mains sur la carte et en y dessinant un autre X, « c’est l’endroit où a eu lieu le premier meurtre. Leander Drive, à environ dix kilomètres de Hammermill Street. »

Kate regarda les deux X, mais elle savait qu’il était trop tôt pour faire des déductions sur base de l’emplacement des meurtres. En même temps, elle espérait qu’elles retrouveraient l’assassin avant que de telles déductions puissent être faites.

« J’aimerais… » commença à dire Kate, mais elle fut interrompue par la sonnerie de son téléphone. Elle regarda l’écran, vit que c’était Allen et elle faillit ignorer son appel. Mais vu la manière dont son boulot affectait leur relation, c’était probablement la dernière chose à faire. Elle devait lui montrer qu’il était une priorité dans sa vie… même s’il appelait sans crier gare, en interrompant d’importantes réunions.

Un peu à contrecœur, elle regarda DeMarco et Armstrong. « Je reviens tout de suite. »

Elle sortit dans le couloir et s’éloigna de la salle de conférence avant de décrocher. Quand elle le fit, elle essaya de ne pas avoir l’air trop agacée.

« Salut, toi, » dit-elle.

« Salut, » dit Allen. « Je voulais te dire que je suis bien arrivé. J’ai déjà rencontré l’un des types que je dois voir ici et les trois prochains jours sont déjà programmés. Je pense que les réunions vont bien se passer. »

« C’est super. » Mais en s’écoutant parler, elle entendit de la distance dans sa voix. Et si elle pouvait l’entendre, elle était sûre qu’il le pouvait également.

« Excuse-moi… tu es occupée, peut-être ? »

« Oui. Deux meurtres et aucune piste. »

Il soupira à l’autre bout de la ligne. « Désolé de t’avoir dérangée. »

« Je sens que tu es contrarié, » dit Kate.

« Excuse-moi, je n’avais pas l’intention de te le faire ressentir. »

« Alors, comment s’est passée la première réunion ? » demanda-t-elle. Elle voulait lui donner l’impression de s’intéresser à sa journée et d’avoir le temps de parler avec lui au téléphone.

« Bien. Je suis juste un peu nerveux. Les choses se passent bien jusqu’à présent mais… tu sais quoi ? On peut en parler plus tard. Je sais que tu es occupée et… »

« Je le suis, mais ce n’est pas grave. »

« C’est juste que si ces réunions se passent bien, je pourrais prendre ma retraite avec un joli bonus à la clé. Tu le sais, n’est-ce pas ? »

« Oui. Je veux le meilleur pour toi et j’espère que tu l’obtiendras. Mais j’ai aussi mes propres soucis ici. »

« Oui, j’ai l’habitude et… tu sais quoi ? Ça ne vaut même pas la peine d’en parler. On s’appellera quand on sera rentré à la maison. C’est mieux comme ça. Tu vis ta vie, je vis la mienne, et on fera de notre mieux pour les maintenir séparées. »

« Allen, tu… »

« Il faut que j’y aille, » dit-il.

Et sur ces mots, il raccrocha. Kate regarda un moment son téléphone, en essayant de se rappeler si Allen lui avait déjà raccroché au nez. La colère qu’elle sentit monter en elle fut très vite radoucie par le sentiment de culpabilité d’avoir à nouveau fait passer son boulot avant lui.

Elle remit son téléphone en poche et retourna dans la salle de réunion. Armstrong et DeMarco étaient toujours debout au-dessus de la carte. Kate vit qu’Armstrong dessinait une sorte itinéraire du bout des doigts.

« Désolée, » dit Kate.

« Pas de problème, » dit Armstrong. « Qu’est-ce que vous disiez avant de sortir de la salle ? »

Kate dut faire un effort pour se rappeler ce à quoi elle avait pensé. Quand elle s’en souvint, toutes les émotions liées à Allen disparurent rapidement, remplacées par l’excitation liée à l’envie d’élucider cette enquête.

« J’aimerais avoir une liste de toutes les propriétés disponibles sur le tracé séparant ces deux maisons. Si l’hypothèse d’un squatteur tient la route, je pense qu’il y a de grandes chances qu’il soit actif sur cette zone en particulier. »

Armstrong hocha la tête, d’un air approbateur. « C’est un bon début… mais pourquoi là ? Pourquoi l’assassin – ou le squatteur – serait-il intéressé par cette zone en particulier ? »

« Aucune idée, » dit Kate. « Mais je pense que c’est l’une des choses qu’il va falloir qu’on découvre. »




CHAPITRE SIX


Il leur fallut à peine vingt minutes pour identifier les maisons qui pourraient les intéresser au sein de la longue liste fournie par les trois agences immobilières du coin. Dix minutes plus tard, Armstrong avait noté l’emplacement de chacune d’entre elles sur la carte. Dans la zone comprise entre les deux maisons où les meurtres avaient eu lieu, il y avait onze propriétés en vente et deux à louer. Pendant que Kate et DeMarco s’apprêtaient à aller inspecter chacune d’entre elles, Armstrong mit une équipe sur pied pour rassembler différentes informations concernant chacune des maisons, comme leur année de construction ou depuis combien de temps elles étaient sur le marché. Elle envoya également deux policiers sur le terrain pour aller inspecter certaines des propriétés et aider Kate et DeMarco.

Il était passé midi quand Kate et DeMarco arrivèrent à la première maison sur leur liste. Elle était située à un peu plus de deux kilomètres de la nouvelle construction où Béa Faraday avait été assassinée. Mais ce n’était pas une maison aussi récente, vu que la description indiquait qu’elle avait été construite en 1995. Située sur un lotissement plus ancien, son prix de vente n’était pas aussi élevé que les maisons où les assassinats avaient eu lieu. Mais elle était également décorée dans le style maison de plage, avec beaucoup d’ornements en bois et des décorations de couleur bleu marine.

Elles n’y trouvèrent rien de suspect. Bien qu’il y ait un sous-sol, il n’y avait aucun indice qu’un squatteur – ou qui que ce soit d’autre – y ait récemment élu domicile.

La deuxième propriété sur leur liste se trouvait à trois pâtés de maisons de la première. C’était une grande propriété, qui était louée durant l’été et où les propriétaires séjournaient le reste de l’année. L’agence immobilière Lakeside s’occupait actuellement de cette maison et elle avait été mise en vente quatre jours plus tôt. Vu le prix exorbitant demandé, Kate ne fut pas surprise d’apprendre que personne n’avait encore manifesté de réel intérêt pour l’acheter. En plus, elle ne se trouvait même pas au bord du lac. Elle n’était pas sûre de savoir en quoi consistait la stratégie des agences immobilières à Estes, mais ça n’avait pas beaucoup de sens à ses yeux.




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