Si elle s’enfuyait
Blake Pierce


« Un chef-d’œuvre de thriller et de mystère. Blake Pierce est parvenu à créer des caractères avec un côté psychologique tellement bien décrit, que nous avons l’impression de pouvoir entrer dans leur esprit, suivre leurs peurs et nous réjouir de leurs succès. Plein de rebondissements, ce livre vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière page. » --Critiques de livres et de films, Roberto Mattos (re Une fois partie)SI ELLE S’ENFUYAIT (Un mystère Kate Wise) est le volume 5 d’une nouvelle série thriller psychologique par Blake Pierce, l’auteur à succès de Une fois partie (volume 1) (téléchargement gratuit), un bestseller nº1 ayant reçu plus de 1 000 critiques à cinq étoiles. Quand une autre femme de 50 ans est retrouvée morte chez elle dans un quartier chic – la deuxième victime en moins de deux mois – le FBI est perplexe. Ils font appel à leur agent le plus brillant – Kate Wise, 55 ans et à la retraite – pour reprendre du service et les aider à élucider cette affaire. Qu’est-ce que ces deux victimes ont en commun ? Ont-elles été spécifiquement ciblées ?Combien de temps leur reste-t-il avant que le tueur ne frappe à nouveau ?Et est-ce que Kate, qui n’est plus à son apogée, est toujours capable d’élucider des affaires compliquées ?Un thriller riche en action avec un suspense qui vous tiendra en haleine, SI ELLE S’ENFUYAIT est le volume 5 d’une fascinante nouvelle série qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit.Le volume 6 dans la série MYSTÈRE KATE WISE sera bientôt disponible.







si elle s’enfuyait



(un mystère kate wise—volume 5)



b l a k e p i e r c e


Blake Pierce



Blake Pierce est l’auteur de la série à succès mystère RILEY PAIGE, qui comprend quinze volumes (pour l’instant). Black Pierce est également l’auteur de la série mystère MACKENZIE WHITE, comprenant douze volumes (pour l’instant) ; de la série mystère AVERY BLACK, comprenant six volumes (pour l’instant) ; et de la série mystère KERI LOCKE, comprenant cinq volumes ; la série mystère LES ORIGINES DE RILEY PAGE, comprenant trois volumes (pour l’instant), la série mystère KATE WISE, comprenant trois volumes (pour l’instant), de la série de mystère psychologique CHLOE FINE, comprenant trois volumes (pour l’instant), et de la série à suspense psychologique JESSIE HUNT, comprenant trois volumes (pour l’instant).

Lecteur avide et admirateur de longue date des genres mystère et thriller, Blake aimerait connaître votre avis. N’hésitez pas à consulter son site www.blakepierceauthor.com (http://www.blakepierceauthor.com) afin d’en apprendre davantage et rester en contact.



Copyright © 2019 par Blake Pierce. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright andreiuc88, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES PAR BLAKE PIERCE



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE JESSIE HUNT

LA FEMME PARFAITE (Volume 1)

LE QUARTIER PARFAIT (Volume 2)

LA MAISON PARFAITE (Volume 3)



SÉRIE SUSPENSE PSYCHOLOGIQUE CHLOE FINE

LA MAISON D’À CÔTÉ (Volume 1)

LE MENSONGE D’UN VOISIN (Volume 2)

VOIE SANS ISSUE (Volume 3)



SÉRIE MYSTÈRE KATE WISE

SI ELLE SAVAIT (Volume 1)

SI ELLE VOYAIT (Volume 2)

SI ELLE COURAIT (Volume 3)

SI ELLE SE CACHAIT (Volume 4)



LES ORIGINES DE RILEY PAIGE

SOUS SURVEILLANCE (Tome 1)

ATTENDRE (Tome 2)

PIEGE MORTEL (Tome 3)



LES ENQUÊTES DE RILEY PAIGE

SANS LAISSER DE TRACES (Tome 1)

RÉACTION EN CHAÎNE (Tome 2)

LA QUEUE ENTRE LES JAMBES (Tome 3)

LES PENDULES À L’HEURE (Tome 4)

QUI VA À LA CHASSE (Tome 5)

À VOTRE SANTÉ (Tome 6)

DE SAC ET DE CORDE (Tome 7)

UN PLAT QUI SE MANGE FROID (Tome 8)

SANS COUP FÉRIR (Tome 9)

À TOUT JAMAIS (Tome 10)

LE GRAIN DE SABLE (Tome 11)

LE TRAIN EN MARCHE (Tome 12)

PIÉGÉE (Tome 13)

LE RÉVEIL (Tome 14)

BANNI (Tome 15)

MANQUÉ (Tome 16)



SÉRIE MYSTÈRE MACKENZIE WHITE

AVANT QU’IL NE TUE (Volume 1)

AVANT QU’IL NE VOIE (Volume 2)

AVANT QU’IL NE CONVOITE (Volume 3)

AVANT QU’IL NE PRENNE (Volume 4)

AVANT QU’IL N’AIT BESOIN (Volume 5)

AVANT QU’IL NE RESSENTE (Volume 6)

AVANT QU’IL NE PÈCHE (Volume 7)

AVANT QU’IL NE CHASSE (Volume 8)

AVANT QU’IL NE TRAQUE (Volume 9)

AVANT QU’IL NE LANGUISSE (Volume 10)

AVANT QU’IL NE FAILLISSE (Volume 11)

AVANT QU’IL NE JALOUSE (Volume 12)

AVANT QU’IL NE HARCÈLE (Volume 13)



LES ENQUÊTES D’AVERY BLACK

RAISON DE TUER (Tome 1)

RAISON DE COURIR (Tome2)

RAISON DE SE CACHER (Tome 3)

RAISON DE CRAINDRE (Tome 4)

RAISON DE SAUVER (Tome 5)

RAISON DE REDOUTER (Tome 6)



LES ENQUETES DE KERI LOCKE

UN MAUVAIS PRESSENTIMENT (Tome 1)

DE MAUVAIS AUGURE (Tome 2)

L’OMBRE DU MAL (Tome 3)

JEUX MACABRES (Tome 4)

LUEUR D’ESPOIR (Tome 5)


TABLE DES MATIÈRES



PROLOGUE (#u05833e52-f018-5499-a46a-486063be772c)

CHAPITRE UN (#ufa222a8c-c7e7-5b64-b3bf-4aa0c641fd74)

CHAPITRE DEUX (#u768aec7f-f22d-5902-8bee-00b319045510)

CHAPITRE TROIS (#ufb5090b6-839c-5fa8-a230-3aa5ab04a891)

CHAPITRE QUATRE (#ua135c94f-d52e-51c8-9239-41da5ac82517)

CHAPITRE CINQ (#ufcbd3474-6c60-55eb-be4a-602039f424a4)

CHAPITRE SIX (#uf04fcee0-8d07-5620-9c51-46eb56c30ace)

CHAPITRE SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)




PROLOGUE


La plupart du temps, Karen Hopkins aimait travailler de chez elle. Elle était pas mal occupée et c’était plutôt une bonne nouvelle, vu que sa petite entreprise d’optimisation Web était seulement supposée être un à-côté mais ça avait fini par devenir une occupation à temps plein – ce qui leur permettrait, à son mari Gérald et à elle-même, de prendre leur retraite dans deux ou trois ans. Mais il y avait des jours où les clients étaient tellement stupides qu’elle se prenait à regretter l’époque où elle ne travaillait pas pour elle. La possibilité de pouvoir passer des clients difficiles à un supérieur hiérarchique lui aurait très souvent rendu service.

Elle fixait un email des yeux, en se demandant comment répondre à la bête question de son client sans avoir l’air impolie. Une de ses playlists de musique classique passait actuellement sur Spotify – mais pas le genre de musique avec trop d’instruments à cordes qui ne permettaient pas d’entendre le piano. Non, elle préférait les airs avec seulement du piano. Elle essayait actuellement de profiter du Gymnopédie No. 1 d’Erik Satie.

Et si elle insistait sur le mot essayer, c’est parce qu’elle était distraite par l’email et par les questions que lui posait l’homme qui se trouvait dans le salon. Son bureau était séparé du salon par un mur et à chaque fois que l’homme avait une question, il la lui criait de loin. Il avait l’air sympathique mais elle commençait à se dire qu’elle aurait mieux fait de ne jamais l’appeler.

« C’est un magnifique tapis que vous avez là, » dit-il, en beuglant à travers le mur et la distrayant à nouveau de ce fichu email. « C’est un tapis d’Orient ? »

« Je pense, » dit Karen, en criant au-dessus de son épaule. Elle avait le dos tourné à l’entrée qui menait au couloir et au salon qui se trouvait au-delà, et elle devait parler assez fort pour qu’il puisse l’entendre.

Elle essayait de parler sur un ton poli… joyeux, même. Mais c’était difficile. Elle était trop distraite. Cet email était important. C’était un client habituel qui comptait lui assigner encore plus de travail dans les mois à venir, mais les gens qui géraient son entreprise semblaient apparemment être de véritables idiots.

Elle commença à taper sa réponse, en choisissant soigneusement chacun de ses mots. C’était difficile de garder un ton professionnel et correct quand on était irrité et qu’on mettait en doute l’intelligence de la personne à laquelle on s’adressait. Elle le savait très bien, vu que c’était quelque chose à laquelle elle était confrontée plusieurs fois par mois.

Mais à peine quelques secondes plus tard, l’homme dans le salon se remit à parler. Karen fit la grimace, en souhaitant ne l’avoir jamais appelé. C’était vraiment un mauvais timing. À quoi avait-elle pensé ? Ça aurait très bien pu attendre le weekend, finalement.

« Vous avez de très jolies photos de vos enfants sur la cheminée. Combien en avez-vous ? Trois ? »

« Oui. »

« Ils ont quel âge maintenant ? »

Elle dut se mordre la langue pour ne pas se mettre à l’insulter. C’était important de garder les apparences. De plus, il était possible qu’elle ait à nouveau besoin de ses services.

« Oh, ils sont tous grands maintenant – vingt ans, vingt-trois ans et vingt-sept ans. »

« De très beaux enfants, en tout cas, » répondit-il. Puis il redevint silencieux. Elle l’entendit bouger dans le salon et fredonner à voix basse. Il lui fallut un moment pour réaliser qu’il fredonnait l’air qui venait de son bureau et elle se retrouvait à devoir supporter une version alternative du morceau de Satie. Elle leva les yeux au ciel. Elle aurait vraiment aimé qu’il reste silencieux. Bien sûr, elle l’avait appelé pour effectuer un boulot mais il lui tapait sur les nerfs. Est-ce que normalement les travailleurs ne se contentaient-ils pas de venir faire leur boulot en silence et de repartir comme ils étaient venus ? C’était quoi, le problème de ce type ?

« Merci, » parvint-elle à dire, tout en n’aimant pas vraiment l’idée que ce type soit occupé à regarder des photos de ses enfants.

Elle baissa la tête et retourna à son email. Mais ce fut peine perdue. Apparemment, son visiteur avait décidé qu’il allait continuer à avoir une conversation à travers le mur.

« Ils vivent dans le coin ? » demanda-t-il.

« Non, » dit-elle. Son ton fut plutôt sec cette fois-ci. Elle tourna même la tête avant de lui répondre, afin qu’il puisse discerner l’irritation dans sa voix. Elle n’avait pas l’intention de lui dire où vivaient ses enfants. Dieu seul sait quelles autres questions il pourrait encore poser si elle l’encourageait.

« Je vois, » dit-il.

Si elle n’avait pas été aussi préoccupée par l’email devant elle, elle aurait peut-être trouvé qu’il y avait quelque chose d’inquiétant dans le silence qui suivit cette question. C’était un silence lourd de significations, comme si quelque chose était sur le point d’arriver.

« Vous attendez de la visite aujourd’hui ? »

Elle ne savait pas vraiment pourquoi, mais cette question lui fit soudain peur. C’était une question étrange venant d’une personne qu’elle ne connaissait pas, surtout d’un homme qu’elle avait engagé pour effectuer un boulot. Et est-ce qu’il n’y avait pas aussi quelque chose de bizarre dans le ton de sa voix ?

Maintenant préoccupée, elle s’éloigna de son ordinateur. Il y avait quelque chose de bizarre chez cet homme. Et elle n’était plus seulement agacée par ses questions, elle commençait aussi à être vraiment effrayée.

« J’ai des amis qui vont venir prendre le café, » dit-elle, en mentant. « Mais je ne suis pas sûre de l’heure. La plupart du temps, ils viennent quand ils veulent. »

Elle n’entendit aucune réponse en retour et elle fut encore plus effrayée. Karen se leva lentement de sa chaise et se dirigea vers la porte qui séparait son bureau du salon. Elle jeta un coup d’œil pour voir ce qu’il faisait.

Il n’était pas là. Ses outils étaient toujours là, mais lui, il n’était nulle part en vue.

Appelle la police…

Cette pensée lui vint tout de suite en tête et elle savait que c’était une bonne idée. Mais elle savait également qu’elle avait tendance à exagérer. Peut-être qu’il était seulement retourné à sa camionnette…

C’est impossible, pensa-t-elle. Est-ce que tu as entendu la porte s’ouvrir et se refermer ? De plus, il a tout de suite commencé à bavarder. Il te l’aurait dit s’il était sorti…

Elle avança de quelques pas dans le salon et se figea sur place. « Où êtes-vous ? » dit-elle, d’une voix légèrement tremblante.

Aucune réponse.

Il y a quelque chose qui cloche, hurla une voix dans sa tête. Appelle tout de suite la police !

Terrifiée, Karen sortit lentement du salon à reculons. Elle se tourna vers son bureau, où se trouvait son téléphone portable.

Au moment où elle se retourna, elle heurta quelque chose de dur. Pendant une fraction de seconde, elle sentit une odeur de transpiration.

C’est à ce moment-là que quelque chose passa autour de son cou et commença à serrer.

Karen Hopkins lutta pour essayer de s’en débarrasser. Mais plus elle luttait, plus cette chose se serrait autour de sa nuque. C’était quelque chose de tranchant, qui s’enfonçait de plus en plus profondément au fur et à mesure qu’elle se débattait. Elle sentit un léger filet de sang couler sur sa poitrine et elle commença à avoir du mal à respirer.

Mais elle continua néanmoins à se débattre, faisant tout ce qu’elle pouvait pour amener son assaillant dans son bureau pour pouvoir prendre son téléphone. Elle sentit encore du sang couler le long de son cou, mais juste un léger ruissellement. Cette chose se mit à se serrer de plus en plus. Ses jambes commencèrent à flancher à quelques mètres de son bureau. Elle vit l’ordinateur qui se trouvait devant elle. Elle vit l’écran blanc, avec un email incomplet qu’elle n’enverrait jamais.

Elle regarda le curseur clignoter, dans l’attente du mot suivant.

Mais il ne viendrait jamais.




CHAPITRE UN


Une des nombreuses choses qui surprenaient Kate Wise à l’âge de cinquante-cinq ans (cinquante-six dans quelques semaines), c’était le fait que se préparer pour un rencard la rendait toujours aussi anxieuse qu’une adolescente. Est-ce qu’elle s’était bien maquillée ? Pas de trop ? Est-ce qu’elle devrait commencer à se teindre les cheveux pour couvrir les mèches grises qui l’envahissaient de plus en plus ? Est-ce qu’elle devrait porter un soutien-gorge confortable ou plutôt un soutien-gorge qu’Allan aurait facile à enlever ?

C’était une nervosité plutôt agréable, qui lui rappelait qu’elle était déjà passée par là auparavant. Au cours de la première année qui avait suivi son mariage, elle avait ressenti le même genre de nervosité. Mais maintenant avec Alan, le premier homme avec lequel elle soit sortie depuis la mort de Michael, elle avait redécouvert ce que ça signifiait d’avoir un rencard avec un homme.

Sa relation avec Alan était rapidement devenue très facile. Ils avaient tous les deux cinquante-cinq ans et ils n’avaient pas de temps à perdre – ils savaient tacitement que si cette relation allait mener quelque part, ils devaient s’y impliquer à fond. Et c’est exactement ce qu’ils avaient fait jusqu’à maintenant. Et ça avait été plutôt incroyable.

Ce soir, ils allaient dîner, voir un film et revenir chez elle, où ils passeraient la nuit ensemble. C’était une autre chose que leur âge leur permettait de faire : de passer outre le doute de savoir s’ils allaient ou pas faire l’amour. La réponse à cette question avait été un oui sans équivoque depuis des mois – un oui qui les amenait à passer la nuit ensemble après chacun de leurs rencards (une chose de plus qui surprenait Kate sur le fait de sortir avec un homme à l’âge de cinquante-cinq ans).

Alors qu’elle mettait du rouge à lèvres – juste un petit peu, comme aimait Alan – elle fut surprise d’entendre frapper à sa porte d’entrée. Elle consulta sa montre et vit qu’il était seulement 18h35. Elle n’attendait pas Alan avant 19h.

Elle sourit, en supposant qu’il était venu plus tôt. Peut-être qu’il voulait changer l’ordre dans leur rendez-vous et commencer par la chambre à coucher. L’idée de se déshabiller alors qu’elle venait juste de s’habiller ne l’enchanta pas, mais ça en vaudrait sûrement la peine. Avec un sourire aux lèvres, elle quitta sa chambre à coucher, traversa la maison et ouvrit la porte.

Quand elle vit Mélissa sur le pas de la porte, elle passa rapidement par plusieurs émotions : la surprise, la déception et la préoccupation. Mélissa portait en main le siège bébé, où Michelle était installée. Quand Michelle vit sa grand-mère, elle se mit à gazouiller et à gesticuler de ses petites mains.

« Salut, Mélissa, » dit Kate. « Viens, entre. »

Mélissa entra, avant de froncer les sourcils en regardant sa mère. « Merde. Tu avais prévu de sortir ? Un rendez-vous avec Alan ? »

« Oui. Il arrivera dans une vingtaine de minutes. Pourquoi ? Il y a quelque chose qui ne va pas ? »

Ce fut à ce moment-là, alors qu’elles s’asseyaient sur le divan, que Kate remarqua que Mélissa avait l’air troublée. « J’avais espéré que tu aurais pu t’occuper de Michelle ce soir. »

« Mélissa… j’adorerais, tu le sais bien. Mais comme tu peux le voir, j’avais déjà des projets pour ce soir. Est-ce que… tout va bien ? »

Mélissa haussa les épaules. « J’imagine… je ne sais pas. Terry est bizarre depuis quelques temps. En fait, il est bizarre depuis qu’on a eu peur concernant la santé de Michelle. Il est comme absent parfois, tu vois ? C’est pire depuis quelques jours et je ne sais pas pourquoi. »

« Donc vous avez besoin de passer un peu de temps ensemble ? De sortir tous les deux ? »

Mélissa secoua la tête, en fronçant les sourcils. « Non. Il faut qu’on ait une discussion. Une discussion sérieuse et très longue. Et il se pourrait que le ton monte. Et bien qu’il ait été distant depuis quelques temps, on a toujours été d’accord sur le fait qu’on n’allait jamais se crier dessus avec Michelle à la maison. »

« Est-ce qu’il… est-ce qu’il te maltraite ? »

« Non, pas du tout. »

Kate baissa les yeux vers le siège bébé et en sortit lentement Michelle. « Lissa, tu aurais dû m’appeler pour me prévenir. »

« J’ai essayé de t’appeler il y a une heure. Ça a sonné quelques fois avant de tomber sur la messagerie vocale. »

« Ah merde. Je l’ai laissé en mode silencieux après être allée chez le dentiste. Je suis vraiment désolée. »

« Non, c’est moi qui suis désolée. Je n’aime vraiment pas l’idée de te demander cette faveur en dernière minute, alors que tu as visiblement déjà prévu quelque chose. Mais… je ne sais pas quoi faire d’autre. Je suis désolée d’avoir l’air de profiter de toi, mais tu es… je n’ai personne d’autre que toi, maman. Et dernièrement, j’ai l’impression que tu es passée à autre chose. Tu as Allan et ton boulot au FBI. J’ai l’impression que tu m’oublies… que Michelle et moi, on est devenu accessoire. »

Kate ressentit de la peine en entendant ces mots. Elle assit Michelle sur ses genoux, en tenant ses petites mains et en la berçant légèrement.

« Je ne vous ai pas oubliées, » dit Kate. « Au contraire, je pense que j’essaye de me redécouvrir. À travers le boulot, à travers ma relation avec Alan… mais aussi à travers toi et Michelle. Tu n’as jamais été un accessoire. »

« Je suis désolée. Je n’aurais pas dû venir sans t’avoir prévenue. On peut faire ça une autre fois, peut-être dans quelques jours… qu’est-ce que tu en penses ? »

« Non, » dit Kate. « Faites ça ce soir. »

« Mais ton rendez-vous… »

« Alan comprendra. Tu sais, il aime beaucoup Michelle… »

« Maman… tu es sûre ? »

« Absolument. »

Elle se pencha en avant et prit Mélissa dans ses bras. Michelle se tortilla sur ses genoux, en essayant d’attraper une mèche de cheveux de sa grand-mère. « J’ai aussi été très effrayée quand Michelle a dû faire tous ses examens à l’hôpital, » dit-elle. « Peut-être que Terry n’a pas encore réussi à le surmonter. Laisse-lui une chance de s’expliquer. Et s’il n’est pas gentil avec toi, rappelle-lui que ta mère possède une arme. »

Mélissa se mit à rire et Michelle en fit de même, en frappant dans ses deux petites mains potelées.

« Dis à Alan que je suis désolée, » dit Mélissa.

« Je le ferai. Et si ça ne va pas ce soir, n’hésite pas à m’appeler. Tu peux toujours rester ici si tu as besoin de t’éloigner quelques temps. »

Mélissa hocha la tête et embrassa Michelle sur le front. « Tu seras gentille avec mamy, OK ? »

Michelle ne répondit rien. Elle était bien trop occupée à essayer de tirer sur l’un des boutons de la chemise de Kate. Kate regarda Mélissa partir, en remarquant combien elle avait l’air préoccupée. Kate se demanda si la situation n’était pas pire que ce qu’elle avait bien voulu lui dire.

Une fois que la porte se fut refermée, Kate baissa les yeux vers Michelle et lui sourit. Michelle lui sourit en retour et tendit la main vers le nez de sa grand-mère.

« Est-ce que maman est heureuse à la maison ? » demanda Kate. « Est-ce que tout va bien entre papa et maman ? »

Michelle lui attrapa le nez et le pinça. Kate grimaça et lui tira la langue, en se disant que s’occuper de Michelle était également un rendez-vous qui en valait vraiment la peine.



***



Quand Kate ouvrit la porte à Alan quinze minutes plus tard, il eut l’air heureux mais aussi surpris. Ses yeux pétillaient comme toujours quand il voyait Kate. Puis il vit le bébé de dix mois dans ses bras et ses yeux se rétrécirent d’un air étonné. Mais ça ne l’empêcha pas de sourire car, comme Kate l’avait dit à Mélissa une demi-heure plus tôt, Alan adorait vraiment Michelle.

« Je pense qu’elle est un peu trop jeune pour tenir la chandelle, » dit Alan.

« Je sais. Écoute, Alan, je suis désolée. Mais il y a eu un changement de plans… il y a à peine une demi-heure. Mélissa et Terry ont des soucis de couple. Terry est devenu très distant et bizarre. Il faut qu’ils discutent de certaines choses… »

Alan haussa les épaules d’un air nonchalant. « Je suis toujours autorisé à entrer ? »

« Bien sûr. »

Il les embrassa toutes les deux – d’abord Kate sur les lèvres, puis Michelle sur le front – avant d’entrer. Kate sentit une bouffée d’amour l’envahir. Il était très beau, comme à son habitude. Il s’était bien habillé pour leur rendez-vous, mais sans en faire de trop non plus. Il parvenait toujours à s’habiller d’une manière qui lui permettait tout aussi bien d’aller boire un verre sur la plage que d’aller dans un restaurant huppé en ville.

« Tu penses que ça va aller entre eux ? » demanda Alan.

« Je pense. Je crois que tous ces examens médicaux que Michelle a dû subir ont affecté Terry. Il commence seulement à s’en rendre compte et ça a des répercussions sur leur mariage. »

« C’est une situation difficile, » dit Alan. Il ouvrit les bras en direction de Michelle et elle tendit tout de suite ses petites mains potelées vers lui. Il la prit dans ses bras et la serra contre lui. Alan regarda ensuite Kate avec un peu de préoccupation dans les yeux.

« Elle n’a même pas appelé pour te prévenir ? » demanda-t-il.

« Elle a essayé et… merde. Mon téléphone est toujours en mode silencieux. Je suis allée à une consultation chez le dentiste. »

Elle sortit son téléphone de son sac et réactiva la sonnerie. Elle vit tout de suite l’appel manqué de Mélissa.

« Tu sais, on peut passer la soirée ici, » dit Alan. « On peut commander dans un restaurant thaïlandais et regarder un film. Et terminer comme prévu. » Il eut un petit sourire coquin à ces derniers mots.

Kate hocha la tête et sourit, mais son attention était toujours tournée vers son téléphone. Elle avait manqué un autre appel, venant d’un numéro qui avait essayé d’appeler deux fois, en laissant un message la dernière fois.

C’était un appel de Washington – du directeur Duran.

« Kate ? »

Elle cligna des yeux et leva les yeux vers lui. Elle n’aimait pas la sensation d’avoir été prise en flagrant délit.

« Ça va ? »

« Oui. C’est juste… que j’ai aussi reçu un appel du boulot. Il y a trois heures. »

« Rappelle-les, alors, » dit Alan. Il faisait semblant de danser avec Michelle et bien qu’il ait un sourire aux lèvres, Kate put discerner une pointe d’irritation dans sa voix. Mais elle savait aussi qu’il insisterait si elle refusait de rappeler.

« Je reviens tout de suite, » dit-elle, en allant dans la cuisine pour rappeler Duran.

Le téléphone sonna deux fois avant qu’il réponde. Et en un mot aussi simple que « Allô, » Kate comprit tout de suite que Duran était énervé.

« Kate, enfin ! Où est-ce que vous étiez ? »

« Mon téléphone était en mode silencieux. Désolée. Qu’est-ce qui se passe ? »

« On a une affaire dans l’Illinois – deux meurtres qui semblent avoir un lien entre eux mais sans aucune preuve formelle. La police locale est perplexe, et le bureau de Chicago a mentionné le fait que vous connaissiez bien la région… vous vous rappelez l’affaire Fielding que vous avez résolue en 2002 ? Ils peuvent mettre leurs propres agents sur l’affaire mais ils ont demandé si ça vous intéresserait de vous en occuper. Ils sont enthousiastes à l’idée que vous reveniez. »

« Quand ? »

« Je voudrais que vous preniez un avion ce soir. Pour que vous et DeMarco soyez sur place demain à la première heure. »

« Qu’est-ce qu’on sait sur l’affaire ? »

« Je peux vous envoyer ce que j’ai, mais on n’a pas encore toutes les informations. On doit encore recevoir des rapports de la police scientifique, etc. Je peux compter sur vous ? »

Kate regarda en direction d’Alan, qui dansait toujours avec Michelle. Elle lui frappait le nez et la bouche, pendant qu’il lui chantait un air de Bob Dylan. Si elle acceptait l’enquête, elle devrait rappeler Mélissa pour lui dire qu’elle ne pouvait pas garder Michelle. Pas ce soir. Et elle devrait également annuler ses projets avec Alan.

« Et si je ne peux pas me libérer ? » demanda-t-elle à Duran.

« Alors je passerai l’affaire au bureau de Chicago. Mais je pense vraiment que vous êtes la personne qu’il nous faut pour cette enquête. Tout ce qu’il faut que vous fassiez, c’est trouver quelques pistes et lancer l’enquête. Après ça, les agents de Chicago pourront prendre la relève. »

« Je peux y réfléchir ? »

« Kate, il faut que je sache maintenant. Je dois informer la police locale et le bureau de Chicago. »

Au fond d’elle, elle savait ce qu’elle voulait faire. Elle voulait accepter l’affaire. Elle en avait vraiment envie. Et si ça faisait d’elle une égoïste, alors… alors quoi ? Il y avait une énorme différence entre le fait de faire passer sa famille en premier et se refuser le droit de vivre sa propre vie. Elle savait que si elle refusait cette enquête, juste parce qu’elle avait accepté de s’occuper en dernière minute de Michelle, elle en voudrait tant à Michelle qu’à Mélissa. Ce n’était pas facile à accepter, mais c’était la vérité pure et dure.

« OK, oui, comptez sur moi. À quelle heure est prévu le vol ? »

« C’est DeMarco qui s’en occupe, » dit Duran. « Elle ne va pas tarder à vous appeler. »

Kate raccrocha et regarda Alan et Michelle. En voyant l’expression tendue sur le visage d’Alan, elle sut qu’il avait entendu la conversation.

« Quand est-ce que tu pars ? » demanda-t-il.

« Je ne sais pas. C’est DeMarco qui s’occupe de réserver les vols, mais ce sera ce soir. Alan… je suis désolée. »

Il resta silencieux et détourna le regard, en s’asseyant sur le divan avec Michelle. « C’est comme ça, » finit-il par dire. « Et n’aie pas trop mauvaise conscience… j’aurai quand même un rencard avec une très jolie fille. »

« Mais non, Alan. J’appellerai Mélissa pour lui expliquer la situation. »

« Non. Ils ont besoin d’un peu de répit. Et je suis tout à fait capable de m’occuper de cette charmante petite fille. »

« Alan, je ne peux pas te demander de faire ça ! »

« Et tu ne me le demandes pas. C’est pour ça que je me propose. »

Kate s’approcha du divan et s’assit à côté de lui. Elle posa sa tête sur son épaule. « Tu sais que tu es vraiment incroyable. »

Il haussa les épaules. « Vraiment ? »

« Qu’est-ce que tu veux dire par là ? » demanda-t-elle, en sentant une pointe d’amertume dans sa voix.

« Ton boulot… » dit-il. « C’était censé être une fois de temps en temps, non ? Et c’est vrai que c’est le cas. Mais quand ils t’appellent, ils s’attendent à ce que tu laisses tout tomber pour eux. »

« Ça fait partie du boulot. »

« Mais tu as pris ta retraite il y a deux ans. Est-ce que ça te manquait tant que ça ? »

« Alan… c’est injuste de dire ça. »

« Peut-être bien. Et je ne sais pas ce qui t’attire autant dans ce boulot. Mais je suis du même avis que Mélissa. Je ne sais pas combien de temps je vais encore pouvoir accepter cette situation. »

« Si c’est aussi important pour toi, je vais refuser cette affaire. J’appelle tout de suite Duran et… »

« Non. Il faut que tu acceptes. Je ne veux pas que tu nous en veuilles, à moi ou à ta fille, pour avoir refusé cette enquête. Alors, vas-y. Mais vu que je suis de plus en plus amoureux de toi, je dois te dire qu’il serait temps d’avoir une sérieuse conversation quand tu reviendras. Avec moi, avec ta fille, mais aussi avec toi-même. »

La première réaction de Kate fut d’être triste et indignée. Mais peut-être qu’il avait raison. Après tout, est-ce qu’elle n’avait pas elle-même réalisé il y a à peine quelques minutes que sa décision était limite égoïste ? Elle allait avoir cinquante-six ans dans trois semaines. Peut-être qu’il était temps qu’elle mette des limites dans son boulot. Et si ça signifiait que leur petit arrangement avec Duran et le FBI devait se terminer, alors tant pis.

« Alan… j’ai besoin que tu sois franc avec moi. Si accepter cette affaire risque de nous éloigner… »

« Ça n’arrivera pas. Pas cette fois-ci. Mais je ne sais pas combien de temps ça peut encore durer à l’avenir. »

Elle ouvrit la bouche pour répondre mais elle fut interrompue par la sonnerie de son téléphone. Elle regarda l’écran et vit que c’était Jo DeMarco, la jeune femme qui était sa coéquipière depuis un an et qui l’accompagnait dans cette petite expérience avec le FBI.

« C’est DeMarco, » dit-elle. « Il faut que je sache à quelle heure est le vol. »

« Pas de problème, » dit-il. « Tu n’as pas besoin de te justifier. »

Ce qu’elle ne lui dit pas mais qu’elle pensa très fort, ce fut : Alors pourquoi j’ai l’impression de devoir le faire ?

Mais c’était une question sur laquelle elle ne voulait pas s’attarder pour l’instant. Et comme elle avait l’habitude de le faire depuis quelques mois, quand elle se retrouvait confrontée à ce genre de dilemme, elle tourna son attention sur son boulot. Avec une pointe de culpabilité, elle répondit à l’appel.

« Salut, DeMarco. Comment ça va ? »




CHAPITRE DEUX


Kate et DeMarco parvinrent à dormir un peu pendant le vol de nuit qui les emmena de Washington à Chicago. Mais pour Kate, ça n’avait été qu’un sommeil entrecoupé. Quand elle se réveilla à 6h15, au moment où l’avion descendait sur Chicago, elle ne se sentait pas vraiment reposée. Elle repensa tout de suite à Mélissa, à Michelle et à Alan. Elle se sentait vraiment coupable. Elle regarda la ville de Chicago se rapprocher à travers le hublot, dans la faible lueur de l’aube.

Elle passa ce premier instant à Chicago à se haïr. Ça allait déjà un peu mieux quand elles parvinrent à traverser l’aéroport et à trouver l’agence de voitures de location.

Maintenant qu’elles arrivaient dans la petite ville de Frankfield, dans l’Illinois, le sentiment de culpabilité était toujours présent mais s’apparentait plus à un vague sentiment de ne pas parvenir à faire les choses correctement.

DeMarco était derrière le volant et buvait une gorgée du café qu’elle avait acheté à l’aéroport. Elle jeta un coup d’œil vers Kate qui regardait par la vitre, et la poussa du coude.

« OK, Wise, » dit DeMarco. « Je vois bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Qu’est-ce qui se passe ? Tu as l’air malheureuse. »

« On en est déjà arrivé au stade des conversations sérieuses ? »

« Ça n’a pas toujours été le cas ? »

Kate se redressa sur son siège et soupira. « Je gardais Michelle quand je me suis rendu compte que j’avais raté un appel de Duran. Et j’ai dû laisser Michelle pour partir. Pire que ça, je l’ai laissée avec Alan parce que Mélissa et son mari ont quelques soucis de couple à régler. Et je me sens vraiment coupable. »

« Je suis contente que tu sois là, » dit DeMarco. « Mais tu aurais pu refuser. Tu n’es pas liée au FBI par une sorte de contrat fixe, non ? »

« C’est vrai. Mais refuser n’est pas si facile que ça. Je m’implique bien trop. Je crois que ce boulot me donne la sensation d’avoir un but. »

« Et le fait d’être grand-mère ne te donne pas cette même sensation ? » demanda DeMarco.

« Si, bien sûr. C’est juste… je ne sais pas. »

Elle s’arrêta de parler et DeMarco respecta son silence… pendant un moment. « Bon, alors, cette affaire, » dit DeMarco. « Ça a l’air plutôt ordinaire, non ? Tu as lu les dossiers ? »

« Oui, c’est vrai, mais sans aucune piste, aucun indice, ou même la moindre suggestion venant des forces de police locales, ça ne va pas être si facile que ça. »

« Alors… la victime la plus récente, c’est une femme de cinquante-quatre ans. C’était il y a deux jours et elle était seule chez elle. Aucun signe d’entrée par effraction. Elle a été retrouvée par son mari quand il est rentré du boulot. Apparemment, elle a été brutalement étranglée avec quelque chose qui lui a entaillé le cou. »

« Et ça pourrait être un bon point de départ, » dit Kate. « Qu’est-ce qui pourrait être utilisé pour étrangler quelqu’un et qui puisse également provoquer une telle entaille ? »

« Du fil barbelé ? »

« Il y aurait eu plus de sang, » dit Kate. « La scène de crime en aurait été remplie. »

« Et les rapports disent que les lieux étaient assez propres. »

« Alors ça explique pourquoi la police locale est aussi perplexe. Mais il doit bien y avoir un quelconque point de départ, non ? »

« On va bientôt en savoir plus, » dit DeMarco, en ralentissant et en faisant un signe de tête devant elle. « On est arrivé. »



***



Il y avait un seul policier qui les attendait quand elles se garèrent dans l’allée en forme de U. Il était assis dans sa voiture de patrouille et buvait un café. Il leur fit un geste poli de la tête quand elles s’approchèrent de sa voiture. Il portait un uniforme et le badge en forme d’étoile indiquait qu’il s’agissait du shérif. Mais il ne devait plus en avoir pour très longtemps à ce poste. Il devait avoir la soixantaine et ça se voyait surtout à ses sourcils et à ses cheveux gris.

« Agents Wise et DeMarco, » dit Kate, en lui montrant son badge.

« Shérif Bannerman, » dit le policier âgé. « Je suis content que vous ayez pu venir. Cette affaire nous laisse vraiment perplexes. »

« Vous pourriez nous accompagner à l’intérieur et nous donner plus de détails sur l’affaire ? » demanda Kate.

« Oui, bien sûr. »

Ils montèrent les marches qui menaient à un porche décoré de manière minimaliste. À l’intérieur, la décoration était dans le même style ; ce qui donnait l’impression que l’énorme maison avait l’air encore plus grande. La porte d’entrée s’ouvrait sur un vestibule carrelé qui donnait sur un large couloir, d’où partait un escalier incurvé qui menait au premier étage. Ils traversèrent le couloir et se dirigèrent vers la droite. Ils entrèrent dans un vaste salon, dont le mur du fond était occupé par une énorme bibliothèque encastrée. Dans le salon, elles virent un divan très élégant et un piano.

« Le bureau de la victime se trouve juste là derrière, » dit Bannerman, en traversant le salon et en entrant dans une pièce qui était carrelée de la même manière que le vestibule. Un bureau était appuyé contre le mur du fond. À droite, une fenêtre donnait sur un petit jardin. Un grand vase contenant des plants de coton se trouvait dans un coin. Ils étaient faux mais ils s’accordaient parfaitement avec la décoration de la pièce.

« La victime a été retrouvée assise à son bureau, dans cette chaise, » dit Bannerman. Il fit un geste de la tête en direction d’une chaise de bureau assez simple. Mais c’était le genre de design qui coûtait probablement un os. Rien qu’en la regardant, Kate sut qu’elle devait être très confortable.

« La victime s’appelle Karen Hopkins. Je pense qu’elle a vécu ici quasiment toute sa vie. Elle était occupée à travailler quand elle a été assassinée. L’email qu’elle n’a pas eu le temps de terminer se trouvait toujours à l’écran quand son mari a découvert son corps. »

« Dans les rapports, il est dit qu’il n’y a aucun signe d’entrée par effraction, c’est bien ça ? » demanda DeMarco.

« C’est ça. En fait, le mari nous a dit que toutes les portes étaient fermées à clé quand il est rentré à la maison. »

« Alors le tueur a fermé à clé avant de partir, » dit Kate. « Ce n’est pas inhabituel. C’est un moyen utilisé pour essayer de déstabiliser l’enquête. Mais il n’empêche que… il a dû rentrer d’une manière ou d’une autre. »

« Madame Hopkins est la deuxième victime. Il y a cinq jours, il y en a eu une autre. Une femme plus ou moins du même âge, assassinée chez elle pendant que son mari était au travail. Marjorie Hix. »

« Vous avez dit que Karen Hopkins était occupée à travailler quand elle a été assassinée, » dit Kate. « Vous savez ce qu’elle faisait ? »

« D’après son mari, ce n’était pas vraiment un boulot. C’était juste un extra pour faire un peu d’argent en plus et leur permettre de prendre leur retraite plus tôt. Du marketing en ligne, ou un truc dans le genre. »

Kate et DeMarco prirent un moment pour inspecter les lieux. DeMarco alla jeter un coup d’œil à la poubelle qui se trouvait près du bureau et aux quelques feuilles de papier qui étaient empilées dans un petit bac au bord de la table. Kate quadrilla le sol à la recherche d’un quelconque indice, avant de se retrouver juste à côté du vase contenant les plants de coton. Presque instinctivement, elle tendit la main et toucha des doigts la tête de l’une des tiges. Comme elle l’avait imaginé, les plants étaient faux mais leur douceur était extrêmement apaisante. Elle remarqua quelques tiges brisées, avant de retourner son attention vers le bureau.

Bannerman gardait une distance respectueuse, et passa de la porte d’entrée du bureau à la fenêtre, pour regarder le jardin.

Kate remarqua tout de suite que le bureau faisait face au mur. Ce n’était pas inhabituel vu que c’était le meilleur moyen de ne pas être distrait en travaillant. Mais ça voulait également dire que Karen n’avait sûrement pas vu venir le danger.

Ses soupçons se portèrent automatiquement sur le mari. La personne qui l’avait tuée était entrée dans la maison en silence et avait fait très peu de bruit.

Soit ça, soit il était déjà à l’intérieur et elle n’a rien soupçonné.

À nouveau, tous les indices pointaient en direction du mari. Mais sur base de ce qu’elles savaient, ça ne mènerait probablement à rien car le mari avait un solide alibi. Bien sûr, elle pouvait toujours le vérifier mais elle savait d’expérience qu’un alibi lié au travail était généralement plus que solide.

Kate passa ensuite dans le salon. Pour pouvoir entrer dans le bureau, il fallait passer par cette pièce. Le sol était recouvert d’un très joli tapis d’Orient. Le divan n’avait pas l’air d’être très souvent utilisé et le piano ressemblait à une antiquité – le genre de piano dont on ne jouait jamais mais qui était très beau à regarder.

Les livres qui se trouvaient dans la bibliothèque étaient assez variés, et la plupart n’avaient probablement jamais été ouverts… juste de jolis bouquins qui faisaient bien dans une bibliothèque. Au bout de l’étagère la plus éloignée, elle trouva quelques bouquins qui montraient des traces d’usure : quelques classiques, des thrillers et des livres de cuisine.

Elle regarda attentivement pour voir si elle trouvait quoi que ce soit de bizarre ou d’anormal mais elle ne vit rien. DeMarco entra également dans le salon et fronça les sourcils.

« Qu’est-ce que tu en penses ? » demanda Kate.

« Je pense qu’il faut qu’on parle au mari. Même avec son alibi solide, peut-être qu’il pourra nous apprendre quelque chose. »

Bannerman se tenait à l’entrée du salon et les regardait, les bras croisés. « Bien entendu, on l’a déjà interrogé. Son alibi est en béton. Au moins neuf de ses collègues l’ont vu ou lui ont parlé au boulot, au moment où sa femme était assassinée. Mais il nous a également dit qu’il était disposé à répondre à toutes les questions qu’on pourrait avoir. »

« Où est-ce qu’il se trouve actuellement ? » demanda Kate.

« Chez sa sœur, à cinq kilomètres d’ici. »

« Shérif, est-ce que vous avez un rapport concernant la première victime ? »

« Oui. Je peux vous l’envoyer par email si vous voulez. »

« Ce serait super. »

Vu son âge, Bannerman avait également de l’expérience. Il savait que les agents en avaient terminé chez les Hopkins. Sans même qu’on lui dise quoi que ce soit, il tourna les talons et se dirigea vers la porte d’entrée, suivi de Kate et de DeMarco.

Au moment où elles retournèrent à leur voiture, après avoir remercié Bannerman pour son aide, le soleil brillait de mille feux. Il était huit heures du matin et Kate avait la sensation que l’enquête était déjà en marche.

Elle espéra que c’était de bon augure.

Bien sûr, quand elles entrèrent en voiture et qu’elle remarqua quelques nuages gris au loin, elle essaya de les ignorer.




CHAPITRE TROIS


Bannerman avait appelé le mari pour le prévenir que le FBI allait venir lui rendre visite. Quand Kate et DeMarco arrivèrent à la maison de sa sœur dix minutes plus tard, Gérald Hopkins était assis sur le porche avec une tasse de café. Au moment où elles grimpèrent les marches pour le rejoindre, Kate vit que l’homme avait l’air totalement épuisé. Elle savait que la douleur de perdre un être cher pouvait faire des ravages, mais quand l’épuisement venait s’y ajouter, c’était encore pire.

« Merci d’avoir accepté de nous parler, monsieur Hopkins, » dit Kate.

« C’est normal. Je veux faire tout mon possible pour vous aider à retrouver la personne qui a fait ça. »

Il parlait d’une voix défaite et hagarde. Il avait probablement passé les deux derniers jours à pleurer et peut-être même à hurler. Et il n’avait certainement pas beaucoup dormi entre les coups. Il baissa les yeux vers sa tasse de café et on aurait dit qu’il allait les fermer à tout moment. En faisant abstraction de la douleur qui l’envahissait, Kate trouva que Gérald Hopkins était un assez bel homme.

« Votre sœur est là ? » demanda DeMarco.

« Oui, elle est à l’intérieur. Elle s’occupe… des dispositions à prendre. » Il s’interrompit et il prit une profonde inspiration pour ravaler ses sanglots. Ses mains se mirent à trembler légèrement. Il but une gorgée de son café et continua à parler. « Elle a vraiment été formidable. Elle s’est occupée de tout et garde tous les curieux à distance. »

« Nous savons que la police vous a déjà interrogé, alors nous ne resterons pas très longtemps, » dit Kate. « Est-ce qu’il vous serait possible de nous décrire la dernière semaine que vous avez passée avec Karen ? »

Il haussa les épaules. « C’était pareil à n’importe quelle autre semaine. Je suis allé travailler, elle est restée à la maison. Je rentrais le soir et nous faisions les choses que nous avions l’habitude de faire. On avait notre petite routine… un peu ennuyante. Le train-train quotidien, quoi. »

« Quoi que ce soit qui sorte de l’ordinaire ? » demanda Kate.

« Non. C’est juste… je ne sais pas. Ces dernières années, depuis que les enfants étaient partis de la maison, on a arrêté de faire des efforts. On s’aimait toujours mais c’était juste une vie routinière. Un peu ennuyante, vous voyez ? » Il soupira et se mit à nouveau à trembler. « Ah, merde. Les enfants. Ils ne vont pas tarder à arriver. Henry, notre aîné, devrait arriver d’ici une heure. Et je vais devoir… raconter à nouveau tout ça … »

Il baissa la tête et laissa échapper un sanglot. Kate et DeMarco s’éloignèrent un peu, pour lui laisser le temps de se reprendre. Il lui fallut quelques minutes pour se calmer. Il s’essuya les yeux et les regarda d’un air désolé.

« Prenez votre temps, » dit Kate.

« Non, ça va aller. J’aurais aimé être un meilleur mari, vous savez. J’étais toujours là, mais sans vraiment l’être. Je pense qu’elle se sentait seule. En fait, je suis sûre qu’elle l’était. Mais je n’avais pas envie de faire des efforts. C’est vraiment pathétique de ma part, vous ne trouvez pas ? »

« Est-ce que vous savez si elle a vu qui que ce soit au cours des derniers jours ? » demanda Kate. « Est-ce qu’elle avait des rendez-vous prévus ou quelque chose dans le genre ? »

« Je n’en ai aucune idée. C’était Karen qui gérait la maison. Je ne savais même pas ce qui se passait dans ma propre maison… ni même dans ma propre vie, la moitié du temps. C’était elle qui s’occupait de tout. Elle s’occupait des comptes, prenait les rendez-vous nécessaires, gérait le calendrier, prévoyait les repas, s’occupait du jardin et organisait les anniversaires ou les réunions de famille. Moi, je ne faisais pas grand-chose. »

« Est-ce que vous pourriez nous donner accès à ses calendriers ? » demanda DeMarco.

« Bien sûr. Tout ce dont vous pourriez avoir besoin. Bannerman et ses hommes ont déjà accès à notre calendrier partagé. On faisait tout sur nos téléphones. Il pourra vous le montrer. »

« Merci, monsieur Hopkins, nous allons vous laisser maintenant mais s’il vous plaît… si vous repensez à quoi que ce soit qui pourrait nous être utile, n’hésitez surtout pas à nous contacter. »

Il hocha la tête, mais il était visiblement sur le point de se remettre à pleurer.

Kate et DeMarco prirent congé et se dirigèrent vers leur voiture. Ça n’avait pas été une rencontre très productive mais Kate était au moins persuadée qu’il était impossible que Gérald Hopkins ait tué sa femme. Il était impossible de simuler une telle tristesse. Elle avait vu pas mal d’hommes essayer de le faire au cours de sa carrière et ça n’avait jamais eu l’air aussi réel. Gérald Hopkins était terrassé par la douleur et elle était vraiment désolée pour lui.

« Prochaine étape ? » demanda DeMarco, en s’asseyant derrière le volant.

« J’aimerais retourner chez les Hopkins… et parler aux voisins. Le mari a mentionné ce jardin qui se trouve juste devant la fenêtre du bureau de sa femme. Par cette fenêtre, on pouvait voir la maison d’un voisin. Peut-être que ça ne mènera à rien, mais ça vaut la peine d’essayer. »

DeMarco hocha la tête et démarra la voiture. Elles retournèrent en direction de la maison des Hopkins. En chemin, Kate remarqua que des nuages noirs commençaient à s’accumuler et à cacher le soleil.



***



Elles commencèrent par le voisin qui vivait directement à droite des Hopkins. Elles frappèrent à la porte mais sans succès. Après quelques secondes, Kate frappa à nouveau mais toujours sans résultat.

« Tu sais, » dit Kate, « après avoir longtemps travaillé dans des quartiers comme celui-ci, tu t’attends toujours à ce qu’au moins un membre de la famille soit à la maison. »

Elle frappa de nouveau à la porte mais vu que personne ne vint leur ouvrir, elles abandonnèrent. Elles s’éloignèrent de la maison et traversèrent le jardin des Hopkins, pour se rendre chez le voisin qui se trouvait de l’autre côté. Ce faisant, Kate jeta un coup d’œil vers l’arrière du jardin des Hopkins. Elle aperçut un coin de la maison qui était visible depuis la fenêtre du bureau de Karen. Elle en voyait l’arrière, vu que l’avant se trouvait le long d’une rue qui était parallèle à celle-ci.

Alors qu’elles se dirigeaient vers la maison du voisin de gauche, Kate remarqua que quelques gouttes de pluie commençaient à tomber des nuages qui s’étaient accumulés au-dessus d’elles. Au moment où elles se dirigaient vers les marches qui menaient au porche, Kate sentit son téléphone vibrer dans sa poche. Elle le sortit et regarda l’écran. C’était Mélissa. Une pointe de culpabilité l’envahit. Elle était sûre que sa fille l’appelait pour se plaindre du fait qu’elle avait laissé Michelle seule avec Alan la nuit dernière. Et maintenant, avec le recul, Kate avait l’impression que Mélissa avait toutes les raisons d’être fâchée.

Mais ce n’était pas une conversation qu’elle était prête à avoir maintenant, alors qu’elle gravissait les marches de la maison du voisin. Ce fut DeMarco qui frappa cette fois-ci. La porte fut presque immédiatement ouverte par une jeune femme qui portait un enfant d’une quinzaine de mois dans les bras.

« Bonjour, » dit la jeune femme.

« Bonjour. Nous sommes les agents Wise et DeMarco du FBI. Nous enquêtons sur le meurtre de Karen Hopkins et nous aurions aimé poser quelques questions aux voisins. »

« Je ne suis pas exactement une voisine, » dit la jeune femme. « Mais c’est presque pareil. Je suis Lily Harbor et je travaille comme nounou pour Barry et Jan Devos. »

« Est-ce que vous connaissiez bien le couple Hopkins ? » demanda DeMarco.

« Pas vraiment. On se tutoyait mais je ne les voyais qu’une ou deux fois par semaine. Et c’était toujours pour se saluer quand on se croisait. »

« Est-ce que vous avez une idée du genre de personnes qu’ils étaient ? »

« Des gens bien, apparemment. » Elle s’interrompit parce que l’enfant qu’elle portait dans les bras s’était mis à lui tirer les cheveux. Il commençait à devenir un peu agité. « Mais à nouveau, je ne les connaissais pas bien du tout. »

« Est-ce que les Devos les connaissaient bien ? »

« Sûrement un peu mieux que moi. Barry et Gérald se rendaient parfois des services, comme se prêter de l’essence pour la tondeuse, du charbon pour le barbecue, ce genre de choses. Mais je ne pense pas qu’ils se voyaient en-dehors de ça. Ils étaient polis l’un envers l’autre mais ce n’étaient pas non plus des amis, vous voyez ? »

« Est-ce que vous savez si quelqu’un dans le quartier les connaissait bien ? » demanda Kate.

« Pas vraiment. Les gens sont plutôt réservés dans le coin. Ce n’est pas le genre de quartier où ils font la fête entre voisins. Mais… et j’ai un peu mauvaise conscience de le dire… si vous voulez en savoir plus sur quelqu’un vivant dans le quartier, vous devriez peut-être vous adresser à madame Patterson. »

« Et qui est-ce ? »

« Elle vit dans la rue d’à côté. On peut voir sa maison depuis la terrasse des Devos. Et je suis presque sûre qu’elle doit également être visible depuis le porche arrière des Hopkins. »

« Vous connaissez son adresse ? »

« Pas exactement. Mais sa maison est très facile à trouver. Elle a plein de statues effrayantes de chats sur son porche. »

« Vous pensez qu’elle pourrait nous aider ? » demanda DeMarco.

« Oui, je pense que c’est votre meilleure option. Je ne peux pas vous assurer que tout ce qu’elle vous dira sera vraiment fiable, mais on ne sait jamais… »

« Merci pour le temps que vous nous avez consacré, » dit Kate. Elle sourit au petit garçon et elle ressentit d’autant plus le manque de Michelle. Ça lui rappela également qu’elle avait probablement un message vocal furieux de sa fille, qui l’attendait sur son téléphone.

Kate et DeMarco retournèrent à leur voiture. Au moment où elles firent une marche arrière pour rejoindre la route, la pluie se mit à tomber de manière plus drue.

« Il se pourrait que cette madame Patterson soit la personne qui vit dans la maison que j’ai vue par la fenêtre du bureau de Karen Hopkins, » dit Kate. « Tous ces jardins reliés entre eux et séparés par une simple barrière… c’est le paradis pour une vieille femme curieuse. »

« Eh bien, » dit DeMarco, « allons voir ce que madame Patterson a à nous dire. »



***



Les yeux de madame Patterson s’écarquillèrent quand elle se rendit compte que deux agents du FBI se trouvaient devant sa porte. Mais ce n’était pas dû à la peur, mais plutôt à l’excitation. Elle devait déjà certainement se demander comment elle allait raconter ça à ses amies.

« Oui, j’ai entendu parler de ce qui est arrivé à Karen, » dit madame Patterson, sur un ton très pompeux. « Pauvre femme… elle était tellement charmante et gentille. »

« Alors, vous la connaissiez ? » demanda Kate.

« Oui, un peu, » dit madame Patterson. « Mais venez, entrez. »

Elle ouvrit la porte pour laisser passer Kate et DeMarco. En entrant, Kate regarda les différents ornements du porche qui leur avaient permis d’identifier la maison de madame Patterson. Il y avait huit statues différentes de chats, des décorations qui avaient l’air tout droit sorties d’une brocante ou d’un marché aux puces. Certaines d’entre elles étaient un peu effrayantes, comme Lily Harbor le leur avait dit.

Madame Patterson les guida jusqu’au salon. La télé était allumée sur l’émission Good Morning America à un volume assez bas. Kate en déduisit que madame Patterson était probablement une veuve qui n’arrivait pas à s’habituer à l’idée de vivre seule. Elle avait lu quelque part que les personnes âgées avaient tendance à laisser la télé ou la radio allumée chez elles quand elles perdaient leur conjoint, pour qu’il y ait toujours de la vie dans la maison.

En prenant place dans un fauteuil, Kate regarda par la fenêtre du salon. Elle vit la rue et fit de son mieux pour imaginer la disposition du jardin arrière. Elle était presque certaine qu’il s’agissait bien de la maison qu’elle avait vue par la fenêtre du bureau de Karen Hopkins.

« Madame Patterson, est-ce que vous pourriez tout d’abord clarifier un point, » dit Kate. « Quand nous étions dans la maison des Hopkins, j’ai regardé par la fenêtre du bureau de Kate et j’ai aperçu une maison dans le coin droit de leur jardin arrière. C’est bien votre maison, n’est-ce pas ? »

« Oui, c’est bien ça, » dit madame Patterson, en souriant.

« Vous avez dit connaître un peu les Hopkins. Est-ce que vous pourriez nous en dire plus ? »

« Bien sûr ! Karen me posait parfois des questions de jardinage. Elle avait un petit jardin juste devant la fenêtre de son bureau, vous savez. Elle n’y avait pas planté grand-chose, juste des herbes aromatiques pour cuisiner : du basilic, du romarin, de la coriandre. J’ai toujours eu la main verte. Tous les voisins le savent et il arrive souvent qu’on me demande des conseils. J’ai mon propre jardin à l’arrière, si vous voulez le voir. »

« Non, merci, » répondit poliment DeMarco. « Le temps joue un peu contre nous, alors nous voulons juste que vous nous disiez ce que vous savez au sujet des Hopkins. Quand vous les voyiez ensemble, est-ce qu’ils avaient l’air heureux ? »

« J’imagine. Je ne connais pas bien Gérald. Mais je les voyais parfois assis sur leur porche arrière. Récemment, je les ai vus se tenir par la main. C’était agréable à voir. Je suppose que vous savez que leurs enfants sont grands et qu’ils sont partis de la maison. Je les imaginais occupés à parler de leurs projets de retraite, de voyage, ou ce genre de choses. »

« Est-ce qu’il vous est déjà arrivé d’avoir l’impression qu’il y avait des problèmes entre eux ? » demanda Kate.

« Non. Je n’ai jamais rien vu ou entendu qui pourrait me faire penser une telle chose. D’après ce que je sais, c’était un couple tout à fait normal. Mais j’imagine que tous les couples peuvent avoir des problèmes, surtout une fois que les enfants sont partis. C’est assez courant, vous savez. »

« Est-ce que vous les avez vus au cours de la semaine qui vient de s’écouler ? »

« Oui. J’ai vu Karen qui coupait des plantes dans son jardin. C’était il y a quatre ou cinq jours. Je n’en suis plus très sûre. J’ai eu soixante-quatorze ans cette année et ma mémoire n’est plus très bonne parfois. »

« Est-ce que vous lui avez parlé ? »

« Non. Mais il y a quelque chose à laquelle j’ai repensé hier… ce n’était pas quelque chose que j’avais oublié mais je n’y avais pas spécialement accordé d’attention. Et franchement… je ne sais même plus quel jour c’était, alors… »

« Et c’est quoi ? » demanda DeMarco.

« Eh bien, je suis presque sûre que c’était mardi… le jour où Karen a été assassinée. Je suis presque certaine d’avoir vu quelqu’un dans leur jardin arrière. Un homme. Un homme qui n’était pas Gérald Hopkins. »

« Est-ce qu’il avait l’air d’essayer d’entrer par effraction ? » demanda Kate.

« Non. Il avait l’air tout à fait normal. Il se promenait comme s’il avait été invité, vous voyez ce que je veux dire ? Il portait une sorte de combinaison ou d’uniforme. Il y avait un petit badge ou un patch, juste là. » Elle montra le haut de sa poitrine gauche pour indiquer l’endroit dont elle parlait.

« Est-ce que vous avez bien pu voir le patch en question ? »

« Non. Tout ce que je peux vous dire, c’était qu’il était blanc et qu’il avait la forme d’une étoile. Mais je n’ai peut-être pas bien vu… ma vue est aussi mauvaise que ma mémoire ces jours-ci. »

« Mais en ce qui concernant des échanges avec les Hopkins, vous dites ne pas leur avoir parlé au cours de toute la semaine dernière ? »

« Non. La dernière fois que j’ai parlé à Karen, c’est quand elle est venue me demander ma recette du gâteau à l’ananas. Et ça remonte à presque trois semaines, je crois. »

Kate réfléchit un instant, en essayant de trouver un sujet sur lequel madame Patterson pourrait leur apporter des informations supplémentaires, mais elle ne trouva rien de plus à lui demander. De plus, elles avaient déjà l’histoire de l’homme en uniforme à vérifier, alors ce n’était pas comme si elles repartaient bredouilles.

« Madame Patterson, nous vous remercions pour le temps que vous nous avez consacré. Si vous repensez à quoi que ce soit qui pourrait nous être utile, n’hésitez pas à appeler la police locale. Ils nous feront le message. »

« Il faut que je vous pose une question… vu que le FBI est impliqué, est-ce que ça veut dire que cette affaire est liée à l’autre meurtre ? Celui qui remonte à… environ une semaine ? Je crois qu’elle s’appelait Marjorie Hix. »

« Nous sommes là pour le découvrir, » dit Kate. « Est-ce que vous connaissiez Marjorie Hix ? »

« Non. Je n’avais jamais entendu ce nom jusqu’à ce qu’une amie me raconte ce qui s’était passé. »

Kate hocha la tête et se dirigea vers la porte d’entrée. « Nous vous remercions à nouveau pour le temps que vous nous avez consacré. »

DeMarco la rejoignit et elles sortirent de la maison. La pluie tombait maintenant de manière drue, en dépit du soleil qui brillait toujours.

Kate faillit sortir son téléphone pour voir si Mélissa lui avait laissé un message, mais elle se ravisa. Ça ne ferait que la stresser encore plus. Et si elle ne parvenait pas à séparer sa vie privée de sa vie professionnelle, autant qu’elle remette tout de suite son badge et son arme.

Elle s’efforça de sortir Mélissa de sa tête, en se dirigeant vers la voiture.

Mais une petite voix s’éleva dans un coin de sa tête et elle ne parvint pas à la faire taire. Tu te rappelles ce qui est arrivé quand tu l’as mise de côté au début de ta carrière ? Il a fallu très longtemps pour réparer le mal fait. Tu veux vraiment revivre tout ça ?

Non, elle n’en avait pas envie. Et elle fit tout ce qu’elle put pour ravaler ses larmes alors que DeMarco faisait une marche arrière pour reprendre la route.




CHAPITRE QUATRE


Le shérif Bannerman était de retour au commissariat quand Kate et DeMarco arrivèrent. Il leur fit signe de venir dans son bureau. Kate remarqua qu’il traînait légèrement la jambe. Il leur ouvrit la porte pour les laisser entrer et la referma derrière elles.

« Vous avez du neuf ? » demanda-t-il.

« On a parlé à une certaine madame Patterson. Elle vit dans la maison qu’on peut voir par la fenêtre du bureau de Karen Hopkins, » dit Kate. « Elle dit avoir vu quelqu’un dans le jardin arrière des Hopkins le jour où Karen a été assassinée. »

« Enfin, elle pense que c’est ce jour-là, » ajouta DeMarco.

« Shérif, est-ce que vous connaissez une entreprise dans le coin qui aurait un logo en forme d’étoile et de couleur blanche ? Il se pourrait que les employés portent une combinaison de couleur sombre. »

Bannerman réfléchit un instant, avant de hocher lentement la tête. Il tapa quelque chose sur son ordinateur, cliqua sur un lien et tourna l’écran vers elles. Il avait tapé Fournisseur internet Hexco sur Google et en avait sorti une image.

« Il y a ça, » dit-il. « C’est la seule chose qui me vienne directement à l’esprit. »

Kate et DeMarco examinèrent le logo de près. Il était presque identique à la description qu’en avait faite madame Patterson. Il était en forme d’étoile mais l’arrière était légèrement étiré et incurvé. De légères lignes étaient tracées à la suite de l’étoile et au centre, était écrit le mot Hexco.

DeMarco dégaina son téléphone à la vitesse de l’éclair et appela directement le numéro qui était indiqué en-dessous du logo. « Je vais vérifier si Karen a fait appel à leurs services mardi. »

Elle s’assit, en attendant que le téléphone se mette à sonner. Bannerman retourna l’ordinateur vers lui et en referma le couvercle. À voix basse, pour ne pas déranger DeMarco qui était en ligne avec quelqu’un, il regarda Kate et demanda : « Qu’est-ce que vous pensez de l’affaire jusqu’à maintenant ? »

« Je pense que nous avons affaire à un assassin qui cible un certain type de victimes. Karen Hopkins et Marjorie Hix avaient toutes les deux la cinquantaine et étaient seules chez elles. Je suppose que le tueur savait que leurs maris ne seraient pas là. Et je pense également qu’il avait pris le temps de bien connaître leur maison, vu qu’il n’y a aucun signe d’entrée par effraction. Alors… notre assassin a un type en particulier et il prépare minutieusement ses coups. À part ça… je n’ai rien d’autre. »

« Et je pourrais ajouter autre chose, » dit Bannerman. « Il n’y avait aucun signe de lutte non plus. Alors l’assassin savait comment entrer sans déclencher l’alarme et frapper sans que les victimes s’y attendent. Ce qui me fait penser que ce sont les victimes qui ont invité le tueur à entrer. Qu’elles le connaissaient. »

Kate en était arrivée à la même conclusion mais elle laissa Bannerman l’exprimer. Elle aimait bien l’entendre parler. Son âge avancé lui donnait un air de sagesse et elle appréciait tout particulièrement son expérience. Normalement, travailler en collaboration avec la police locale lui paraissait plutôt un handicap, mais elle commençait vraiment à beaucoup apprécier Bannerman.

Au moment où elle hochait la tête en signe d’acquiescement, DeMarco termina son appel. « On m’a confirmé qu’un technicien a bien été envoyé chez les Hopkins mardi. Apparemment, le service internet était légèrement défaillant dans le quartier depuis lundi soir. Le mardi, il y a eu une dizaine d’appels similaires pour une demande d’intervention. »

« Eh bien, c’est peut-être une conclusion hâtive, mais un technicien internet au moment d’une défaillance dans le service aurait un accès plutôt facile à presque n’importe quelle maison, » dit Kate.

« En fait, ce n’est pas une conclusion si hâtive que ça, » dit DeMarco. « J’ai également demandé si un technicien avait récemment été envoyé chez les Hix. Et il s’avère que Joseph Hix a fait une demande d’intervention il y a deux semaines. Et apparemment, c’est le même technicien qui a répondu aux deux appels. »

« On dirait qu’on tient un suspect, » dit Kate.

« Je suis d’accord, » dit Bannerman. « Mais il faut que vous sachiez que Hexco est un nouveau fournisseur sur Frankfield. C’est une petite entreprise. Je ne pense pas qu’ils aient plus de trois ou quatre techniciens. Du coup, il n’est pas anormal que le même technicien se soit retrouvé aux deux adresses. »

« J’aimerais quand même parler à ce technicien, » dit Kate. « Tu as son nom ? »

« Oui. L’opératrice à qui j’ai parlé lui a envoyé un message en lui demandant de m’appeler. »

« Entretemps, j’aimerais aller inspecter la résidence des Hix, » dit Kate. « Sur les rapports, il est indiqué que la scène avait été nettoyée, mais j’aimerais aller y jeter un coup d’œil moi-même. »

« J’ai les clés, » dit Bannerman. « Vous pouvez… »

Il fut interrompu par la sonnerie du téléphone de DeMarco. Elle décrocha tout de suite et quand Kate l’entendit se présenter de manière officielle, elle sut qu’il s’agissait du technicien de Hexco. Kate écouta la conversation et comprit qu’elles allaient pouvoir lui parler tout de suite, avant même que DeMarco ait raccroché.

« On le retrouve dans un quart d’heure, » dit DeMarco. « Il veut coopérer mais il avait également l’air un peu effrayé. »

Au moment où Kate ouvrit la porte, Bannerman se leva de sa chaise. « Vous avez besoin que je fasse quelque chose en attendant ? »

Kate réfléchit un instant avant de dire, avec une pointe d’espoir dans la voix : « Vous pouvez peut-être préparer une salle d’interrogatoire. »



***



Le technicien s’appelait Mike Wallace. Il avait vingt-six ans et il avait l’air très nerveux quand Kate et DeMarco le retrouvèrent dans un petit coffee shop à cinq kilomètres du commissariat de Frankfield. Ses yeux passaient de Kate à DeMarco et il ressemblait à ces geckos qui pouvaient bouger les yeux de manière à regarder dans deux directions à la fois.

Il avait une tablette avec lui, recouverte d’un étui en cuir usé. Le logo Hexco était estampé sur l’avant.

« Mike, pour l’instant, il s’agit juste de la procédure habituelle et vous n’avez absolument rien à craindre, » dit Kate. « Vous avez juste la malchance que les circonstances jouent contre vous. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire par là ? »

« Eh bien, au cours des deux dernières semaines, vous êtes intervenu dans deux domiciles où des femmes ont été assassinées. Le meurtre le plus récent remonte à mardi dernier. »

« Je suis intervenu à beaucoup de domiciles mardi dernier. Il y a eu une importante interruption de service dans deux quartiers différents. »

« Vous avez un compte-rendu de vos interventions sur cette tablette ? » demanda DeMarco, en faisant un geste de la tête en direction de l’appareil qui était posé sur la table.

« Oui. »

« Est-ce que vous pouvez nous montrer le compte-rendu de l’intervention de mardi chez les Hopkins ? »

« Bien sûr, » dit-il. Il pianota sur la tablette, fit défiler l’écran et l’agrandit avec ses doigts. Kate remarqua qu’il tremblait légèrement. Il était visiblement nerveux. Il ne restait plus qu’à savoir si c’était parce qu’il leur cachait quelque chose ou si c’était juste le fait de se retrouver en présence de deux agents du FBI.

« Là, » dit-il, en faisant glisser la tablette vers elles. « Je suis arrivé à dix heures quarante-deux du matin et je suis reparti à dix heures quarante-six. »

« Ça a été vraiment rapide, » dit Kate. « Je ne me rappelle pas qu’un problème de service internait ait jamais été réglé aussi vite chez moi. À quoi était due l’interruption de service ? »

« On a subi une interruption de service plus importante près de Chicago. Afin de régler le problème, on a dû rétrograder le service dans d’autres endroits. La région de Frankfield ne s’est pas reconnectée comme elle aurait dû. Mais c’était un problème facile à régler. À l’exception d’un seul appel de ce mardi matin, il suffisait juste de réinitialiser manuellement le boîtier d’installation dans chacune des maisons. »

« Et ça ne vous a pris que cinq minutes ? » demanda Kate.

« En fait, la réinitialisation ne prend vraiment que deux ou trois minutes. Mais pour chaque intervention, Hexco exige qu’on démarre le minuteur. Une fois que le minuteur est lancé, je dois introduire les données de l’endroit, avant de me rendre jusqu’au boîtier d’installation. La réinitialisation en elle-même ne prend que deux minutes. Après ça, je connecte un appareil pour tester le boîtier et vérifier que le problème est réglé. Ça prend environ trente secondes. Puis je retourne à ma camionnette, j’introduis le rapport de la visite et j’éteins le minuteur. »

Il parlait de manière nerveuse et ses mains tremblaient toujours. Il s’en rendit compte et essaya d’arrêter les tremblements en les croisant sur la table.

« Alors c’est ce que vous avez fait chez les Hopkins entre dix heures quarante-deux et dix heures quarante-six ? » demanda Kate.

« Oui, madame. »

« Avez-vous parlé à Karen Hopkins au cours de votre visite ? »

« Non. Hexco a envoyé un email collectif pour prévenir que des techniciens allaient être envoyés pour régler le problème. Vu que ce n’est pas un service facturé au client, nous ne sommes pas obligés de les voir pour qu’ils signent. Je doute même qu’elle ait remarqué ma présence. »

Ça tenait la route même si quatre minutes, c’était plus que suffisant pour entrer dans la maison et étrangler quelqu’un. Mais le fait que son rapport montre exactement quand la réinitialisation avait été effectuée et à quel moment il avait testé le boîtier laissait peu de marge de mouvement.

« Est-ce que vous pourriez nous montrer l’intervention que vous avez effectuée chez les Hix il y a deux semaines ? » demanda Kate.

« Oui. Vous avez le prénom ? »

« Marjorie, ou peut-être son mari, Joseph, » dit DeMarco.

Mike refit les mêmes manipulations et obtint un résultat en moins de vingt secondes. À nouveau, il fit glisser la tablette vers elles. Pendant qu’elles y jetaient un coup d’œil, il fit de son mieux pour leur donner des explications.

« Là… il y a exactement deux semaines. C’est en réponse à une plainte concernant la vitesse du service. Ils avaient appelé pour augmenter la vitesse de leur connexion mais ça n’avait pas pris. Ça arrive parfois quand c’est fait à distance, par téléphone. Alors j’y suis allé et je l’ai fait moi-même. »

« D’après votre rapport, ça vous a pris environ un quart d’heure, » dit Kate.

« Oui, le petit appareil que j’utilise pour tester la puissance du signal ne fonctionnait pas bien. Si vous voulez, je peux vous montrer la demande que j’ai faite à Hexco pour en avoir un nouveau. »

« Ce ne sera pas nécessaire, » dit Kate. « Je vois ici que Marjorie Hix a signé pour le service. Vous êtes entré dans la maison ? »

« Oui, madame. Il fallait que je vérifie leur modem. Je leur ai conseillé d’en acheter un nouveau parce que le leur était un peu dépassé. »

Kate remarqua à nouveau que les mains de Mike se mettaient à trembler nerveusement. C’était bien trop visible pour l’ignorer.

« Son mari était là ? » demanda-t-elle, en dissimulant le fait qu’elle avait remarqué sa nervosité.

« Je ne pense pas. »

Kate regarda à nouveau le compte-rendu. Sur base de ses rapports et de son récit, tout semblait concorder. C’était néanmoins une trop grosse coïncidence à ses yeux. Elle observa le visage de Mike pendant un moment, en essayant d’y voir un signe quelconque mais elle ne vit rien.

« Merci beaucoup, Mike, » finit-elle par dire. « On en a terminé. Vous pouvez retourner travailler. Merci pour votre aide. »

« Avec plaisir, » dit Mike, en reprenant sa tablette. « J’espère que vous attraperez ce type. »

« Oui, » dit DeMarco. « Nous aussi. »

Ils sortirent ensemble du coffee shop. Mike leur fit un petit geste la main en s’asseyant derrière le volant de sa camionnette Hexco.

« Son histoire a l’air de tenir la route, » dit DeMarco, en se dirigeant vers la voiture.

« Oui, c’est vrai. Mais c’est une trop grosse coïncidence… »

« Et ça te chipote, c’est ça ? »

« Oui, ça… et le fait qu’il tremblait comme une communiante. »

« Jolie métaphore, » dit DeMarco, en riant.

Elles regardèrent Mike sortir du parking et restèrent silencieuses. Kate avait à nouveau envie de prendre son téléphone pour voir si Mélissa lui avait laissé un message… et pour savoir si elle était vraiment fâchée.

Plus tard, se dit-elle. Il faut que je garde le sens des priorités.

Mais ce message potentiel qui l’attendait sur son téléphone lui faisait l’effet d’une bombe oubliée quelque part, prête à exploser.




CHAPITRE CINQ


La maison des Hix se trouvait à environ dix-huit kilomètres de celle des Hopkins. Située juste à l’extérieur des limites municipales de Frankfield, elle était assez près de la ville pour donner à Bannerman et ses hommes autorité sur l’affaire. Chicago ne se trouvait qu’à une vingtaine de minutes vers le Sud et cet endroit était un peu une zone floue point de vue juridiction. Le quartier était un peu moins extravagant que celui des Hopkins, mais de peu. Les jardins étaient plus petits et étaient séparés de ceux des voisins par des ormes et des chênes énormes. Sous la pluie, les arbres donnaient une allure un peu gothique au quartier, au moment où Kate et DeMarco se garèrent dans l’allée qui menait à la maison des Hix.

DeMarco utilisa la clé que Bannerman leur avait donnée pour entrer dans la maison. D’après ce qu’on leur avait dit, le mari avait déménagé à Chicago juste après l’enterrement, pour rester chez son frère. Elles ne savaient pas du tout quand il comptait revenir chez lui.

Mais au moment où Kate et DeMarco entrèrent dans la maison, une autre voiture vint se garer dans l’allée, juste derrière elles. Les agents attendirent devant la porte, pour voir de qui il s’agissait. Elles virent une femme blonde d’âge moyen sortir d’une très belle Mercedes. Kate remarqua que la voiture avait des plaques d’immatriculation d’agence immobilière.

« Bonjour, » dit la femme, en s’approchant des marches qui menaient au porche. Elle avait l’air visiblement surprise. « Est-ce que je peux vous demander qui vous êtes ? »

Kate lui montra directement son badge. « Agents Wise et DeMarco du FBI. Vous êtes agent immobilier, c’est bien ça ? »

« C’est ça. Nadine Owen. Je suis là pour faire une dernière inspection de la maison avant de la mettre sur le marché. »

« Je ne savais pas qu’elle allait être mise en vente, » dit Kate.

« On nous a appelés hier matin. Monsieur Hix ne reviendra pas y vivre. Il a envoyé une équipe de déménageurs demain matin pour tout emballer. Je viens faire un dernier tour d’inspection pour m’assurer que les déménageurs n’abîment rien. Elle sera déjà bien assez difficile comme ça à vendre. »

« Pourquoi ? » demanda DeMarco.

Kate connaissait la réponse, vu qu’elle avait déjà travaillé sur plusieurs affaires où un agent immobilier avait été impliqué. « Les agences immobilières sont obligées de le communiquer quand un meurtre récent a été commis dans la propriété, » dit Kate.

« C’est ça, » dit Nadine. « Et dans ce cas-ci, monsieur Hix fait don de presque tout ce qu’il a. Il était vraiment effondré quand je l’ai eu au téléphone. Il ne veut rien qui puisse lui rappeler sa femme dans la nouvelle maison où il s’installera. C’est assez triste, en fait. »

À mes yeux, c’est plutôt suspect, si tu veux mon avis, pensa Kate.

« Ça fait combien de temps que monsieur Hix est à Chicago ? » demanda-t-elle.

« Il est parti le lendemain de l’enterrement… alors, je pense que ça fait trois jours. »

« Si ça ne vous dérange pas, nous aimerions jeter un coup d’œil à la maison avant que vous fassiez votre tour d’inspection, » dit Kate.

« Bien entendu. »

Les trois femmes entrèrent dans la maison. Kate la trouva immaculée. Elle n’était pas aussi jolie que la maison des Hopkins, mais c’était néanmoins le genre de maison que Kate ne pourrait jamais se permettre. Et ce n’était pas seulement la maison ; les meubles aussi avaient l’air de coûter un os.

Elle s’avança, avec DeMarco sur les talons qui consultait les rapports de police. Elle en lut à haute voix les parties les plus importantes.

« Marjorie Hix a été retrouvée morte sur le sol de sa chambre à coucher, dans l’embrasure de la porte menant à la salle de bains, » lut-elle. « Elle a également été étranglée mais il n’y avait pas de sang, ni d’entaille, comme dans le cas de Karen Hopkins. Elle avait des hématomes autour du cou mais il n’y avait aucune empreinte de main. Apparemment, elle aurait été étranglée avec une ceinture ou une sorte de corde. »

Le rez-de-chaussée était un vaste espace ouvert et le salon était séparé de la cuisine par une grande colonne. Dans le salon, une petite télé de style moderne était posée entre deux étagères. Un piano aux allures élégantes permettait également de séparer les espaces. Kate ne s’y connaissait pas vraiment en pianos mais elle était presque certaine qu’il s’agissait d’un baby grand Steinway… qui valait probablement l’équivalent d’une année de son salaire. Il était difficile d’imaginer que le mari puisse faire don de ce genre de piano, plutôt que de le vendre. Ça lui semblait tout de même bizarre.

Un espace de lecture et un petit bureau se trouvaient dans un coin à gauche et faisaient face à un vaste porche, visible à travers une baie vitrée. Tout l’espace était conçu de manière pittoresque et agréable.

« Tu peux me rappeler ce que disent les rapports concernant les preuves récoltées par la police ? » demanda Kate.

« Le mari a donné volontairement son propre ordinateur, et il lui fut rendu assez rapidement, » dit DeMarco, en continuant à lire dans les rapports. « Il a également donné l’ordinateur et le téléphone portable de Marjorie. Il y avait une ceinture dans la penderie à l’étage qui a été envoyée à la police scientifique, afin de vérifier s’il s’agissait de l’arme du crime. Mais il a été prouvé que ce n’était pas le cas. »

Elles inspectèrent encore un peu le rez-de-chaussée, avant de gravir les marches qui menaient à l’étage. L’escalier se trouvait sur le côté droit, parallèlement au petit bureau. L’étage consistait en un vaste couloir et quatre pièces : une salle de bains, deux chambres d’invités et une énorme chambre avec salle de bains. Elles se rendirent directement dans la chambre à coucher principale et s’arrêtèrent à l’entrée pour observer l’endroit.

Le lit n’avait pas été fait, mais à part ça, la pièce était impeccable. Kate regarda l’endroit qui se trouvait devant la salle de bains et essaya d’y imaginer un corps sans vie. Elle savait que les photos de la scène de crime se trouvaient dans les dossiers et elle était sûre qu’elle y jetterait un coup d’œil un peu plus tard. Mais pour l’instant, elle voulait essayer d’imaginer la pièce comme pouvait l’avoir vue l’assassin – un assassin qui avait probablement été invité à entrer pour une raison ou une autre.

La disposition de la chambre était telle que quelqu’un qui sortirait de la salle de bains ne verrait pas immédiatement une personne qui serait entrée dans la pièce. Si le tueur était parvenu à entrer dans la chambre pendant que Marjorie Hix était dans la salle de bains, elle ne l’aurait pas vu en sortant.

« Aucun indice et aucune trace dans la chambre, c’est bien ça ? » demanda Kate.

« Aucun. Même pas une goutte de sang. Rien. »

Kate traversa la chambre et s’arrêta à la fenêtre qui se trouvait le plus près du lit. Elle ouvrit les rideaux et vit qu’elle donnait sur un jardin avec un petit bois dans le fond. Elle alla ensuite dans la salle de bains. Comme la plupart des pièces de la maison, elle était vaste et de bon goût. Elle s’accroupit et regarda en-dessous des armoires qui se trouvaient sous l’évier. À part un peu de poussière, il n’y avait rien d’autre.

« Ils avaient quel genre de système de sécurité ? » demanda Kate.

« Hum, » dit DeMarco, en feuilletant les rapports. « Apparemment, ils n’en avaient pas. Mais ils ont une caméra à la porte d’entrée. »

« C’est parfait. Est-ce que la police y a eu accès ? »

« Oui. Il est dit ici que le mari a donné le mot de passe à Bannerman. Apparemment, les enregistrements sont accessibles à travers l’appli de la caméra. »

« On sait quel est le nom de l’appli ? »

« Ce n’est pas indiqué. Mais je suis sûre que Bannerman doit le savoir. »

« Attends, il y a peut-être un autre moyen, » dit Kate. Elle sortit de la chambre à coucher, avec DeMarco sur les talons.

Elles trouvèrent Nadine Owen occupée à inspecter les murs du salon, à la recherche d’éraflures préexistantes à l’arrivée des déménageurs. « Mademoiselle Owen, » dit Kate. « Est-ce que vous connaissez le nom de l’appli que les Hix utilisaient pour leur caméra à l’entrée ? »

« Oui, » dit-elle. « Quand le mari m’a appelée pour mettre la maison en vente, il m’a donné leur mot de passe pour que je puisse m’y connecter et effacer leur compte avant l’arrivée de nouveaux habitants. »

« Et vous l’avez déjà effacé ? »

« Non. » Nadine eut l’air de comprendre où Kate voulait en venir. Une brève expression d’excitation envahit son visage et elle sortit son téléphone de sa poche. « Je peux me connecter à leur compte si vous voulez. »

« Ce serait vraiment super, » dit Kate.

Nadine s’assit sur l’un des tabourets de la cuisine et ouvrit l’appli. Elle se connecta sur le compte des Hix et en quelques secondes, l’adresse de la maison apparut. Nadine cliqua dessus et une page avec un calendrier apparut à l’écran.

« L’appli permet de visionner les soixante derniers jours. Au-delà de cette date, tout est stocké dans le cloud. »

« Soixante jours, c’est plus que suffisant. En fait, je n’ai besoin de vérifier que deux jours en particulier. »

« J’imagine que l’un d’entre eux est le jour où elle a été assassinée, c’est bien ça ? »

« Oui, s’il vous plaît. »

« Comment est-ce que ça fonctionne exactement ? » demanda DeMarco.

« Il y a un détecteur à la sonnette, » dit Nadine. « Quand quelqu’un arrive sur le porche, la caméra s’allume. Et elle enregistre jusqu’à ce que la personne soit entrée dans la maison ou qu’elle ait quitté le porche. »

« Alors, il n’y aura un enregistrement du jour où elle a été tuée que si quelqu’un est venu sur le porche, c’est bien ça ? » demanda Kate.

« C’est ça. Et… voilà, on y est. Il y a deux enregistrements vidéo de mercredi dernier… le jour où elle a été tuée. »

Les trois femmes se penchèrent sur le téléphone de Nadine pour regarder les enregistrements venant de l’appli. La première vidéo fut facile à écarter tout de suite. C’était un chauffeur UPS qui était venu déposer un carton sur le porche et qui était rapidement retourné à sa camionnette. Le carton n’était pas très grand et il y avait un logo Amazon bien visible sur le côté. Trois secondes plus tard, le chauffeur avait disparu et l’enregistrement s’arrêta.

Nadine afficha ensuite la deuxième vidéo et appuya sur Play. Elles virent une femme arriver sur le porche et sonner à la porte, qui fut ouverte quelques secondes plus tard. Il n’y avait pas d’audio, mais il était clair que la femme parlait avec la personne qui lui avait ouvert la porte – probablement Marjorie. Quelques secondes plus tard, elles virent d’ailleurs Marjorie sortir sur le porche et parler encore un peu à la femme, avant de rentrer à l’intérieur. La femme dit encore quelque chose par-dessus son épaule en descendant les marches et l’enregistrement s’arrêta.

« Vous savez qui est cette femme ? » demanda DeMarco à Nadine.

« Non, désolée. Mais vous avez dit que vous vouliez également regarder les enregistrements d’une autre date ? »

« Oui. Il y a exactement deux semaines. Est-ce qu’il y a des vidéos pour ce jour-là ? »

Nadine retourna en arrière et s’arrêta à la date demandée. Il y avait également deux enregistrements ce jour-là. Nadine lança tout de suite le premier, sans qu’on le lui ait demandé.

Kate reconnut tout de suite l’homme qui arriva sur le porche pour sonner à la porte : c’était Mike Wallace. Il portait le même uniforme Hexco qu’il y a une heure. Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvrit. Il parla à quelqu’un pendant un court instant avant qu’on l’invite à entrer.

Nadine les regarda pour voir si elles avaient quelque chose à dire. Quand elle vit qu’elles restaient impassibles, elle cliqua sur le deuxième enregistrement. « Celui-là est à peine quatorze minutes plus tard. »

Elle appuya sur Play et elles virent exactement l’opposé de ce qui venait de se passer. Mike Wallace sortit par la porte d’entrée et se retrouva dans le cadre de la vidéo. Il se retourna et parla encore un peu à quelqu’un qui se trouvait à la porte – probablement Marjorie Hix. La conversation dura à peine vingt secondes et Mike descendit ensuite les marches. Avant que le départ de Mike n’ait eu le temps d’arrêter l’enregistrement, la caméra détecta encore du mouvement. Marjorie Hix sortit sur le porche avec un arrosoir et se mit à arroser un pot de lilas accroché à la rambarde.

Bien que ça ne prouve pas grand-chose, le fait qu’il n’y ait aucune vidéo de Mike Wallace le jour où elle avait été assassinée était un alibi assez solide.

« Autre chose ? » demanda Nadine.

Kate et DeMarco échangèrent un regard et elles secouèrent toutes les deux la tête en même temps. Kate ne savait pas si DeMarco pensait la même chose qu’elle, mais il y avait de grandes chances que ce soit le cas.

Les enregistrements vidéo éliminaient Mike Wallace en tant que suspect. Mais le mari…

« Il y a un garage sur le côté de la maison, » dit Kate. « On dirait qu’il est à un niveau légèrement plus bas que la maison, je me trompe ? »

« Oui, c’est bien ça. Vous voulez le voir ? »

« Non, ce n’est pas nécessaire. Mais est-ce que vous savez si c’est là que monsieur Hix avait l’habitude de se garer ? »

« Oui, je suis presque sûre que c’était le cas. »

« Et j’imagine qu’il y a une autre porte d’accès à la maison depuis le garage ? »

« Bien sûr. » Elle montra du doigt une porte qui se trouvait à l’arrière de la maison, au fond de la cuisine. « Juste là. »

Alors il n’avait même jamais besoin de passer par la caméra de l’entrée, pensa Kate.

Bien que les vidéos aient écarté Mike Wallace en tant que suspect, elles n’avaient pas permis d’éliminer les soupçons qu’elle nourrissait à l’égard du mari.

Kate regarda le salon – les meubles, les bibelots et autres objets coûteux. Elle trouvait difficile à croire que quelqu’un puisse tout simplement abandonner tout ça.

« Est-ce que vous savez où monsieur Hix séjourne pour l’instant ? »

Et sur ce point, Nadine leur fut également d’une aide précieuse.




CHAPITRE SIX


Apparemment, le mari de Marjorie Hix – Joseph Hix, cinquante-trois ans – avait beaucoup mieux réussi que son frère. Alors que Joseph Hix possédait une maison dans un quartier nanti de banlieue et qu’il, selon les rapports de police, avait gagné près que quatre cent mille dollars l’année précédente, son frère, Kyle, vivait dans un immeuble d’appartements plutôt délabré. Il était situé dans un quartier de la ville encore potable, mais il n’était qu’à quelques pâtés de maisons d’un quartier un peu moins fréquentable.

L’immeuble d’appartements avait été conçu de manière que les cages ouvertes d’escaliers ressemblent à des séparations entre des maisons de ville, mais Kate avait déjà vu assez souvent ce genre d’immeubles pour savoir que ce n’était pas le cas. Elles gravirent les deux volées de marches et arrivèrent devant l’appartement de Kyle Hix. Kate frappa à la porte.

Elle ne s’attendait pas forcément à une réponse, alors quand la porte fut presque immédiatement ouverte, elle fut prise par surprise. Non seulement ça, mais la manière agressive et violente avec laquelle la porte s’ouvrit la fit légèrement sursauter. Elle faillit même tendre la main vers son arme.

L’homme qui ouvrit la porte avait l’air à moitié fou – épuisé et furieux d’avoir été dérangé, il plissait les yeux sous l’effet de la lumière naturelle.

« Qui êtes-vous ? » demanda l’homme.

« Êtes-vous Joseph Hix ? » demanda Kate.

Il grogna, comme s’il n’en était pas tout à fait sûr lui-même. Il était également clair qu’il n’avait pas du tout l’intention de répondre à la question. Kate sentit une odeur d’alcool – quelque chose de fort. Du whisky, probablement.

DeMarco fut la première à sortir son badge, suivie par Kate. Elle laissa DeMarco prendre l’initiative, vu qu’une partie de l’accord qu’elle avait avec Duran et le FBI, c’était qu’elle devait également veiller à former sa jeune coéquipière.

« Agents DeMarco et Wise, » dit DeMarco. « Nous sommes actuellement basées à Frankfield pour enquêter sur le meurtre de votre femme. »

L’homme hocha la tête et s’éloigna de la porte d’entrée. Il tituba légèrement en le faisant et Kate comprit tout de suite que ça ne devait pas faire très longtemps qu’il avait bu de l’alcool – et il n’était même pas deux heures de l’après-midi.

« Ouais… c’est moi, Joseph. Et j’aurais pu vous épargner le voyage jusqu’ici. Je sais qui l’a tuée. Venez, entrez… Je vais vous aider. » Il fit la grimace, apparemment amusé par son trait d’humour et rentra à l’intérieur de l’appartement.

« Attendez une minute, » dit DeMarco. « Vous ne pouvez pas affirmer ce genre de choses à la légère. Vous êtes sûr de savoir qui l’a tuée ? »

« Je n’ai pas de preuves, mais j’ai ma petite idée. »

« Ce serait mieux que vous nous laissiez en juger, » dit Kate. « Qu’est-ce que vous pouvez nous dire ? »

« Je vais vous montrer. »

Elles le suivirent à l’intérieur et Kate commença à se sentir un peu mal à l’aise. Elle n’était pas sûr de savoir si Hix était dans un état permanent de tristesse et d’ébriété, ou s’il perdait un peu les pédales – ou les deux. Mais ce qu’elle savait pour sûr, c’était que les hommes géraient la douleur de manières très différentes. Et la fatigue et l’expression je-m’en-foutiste qu’elle avait vues sur le visage de Joseph quand il avait ouvert la porte ne menaient jamais à rien de bon.




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