Prestation de Serment
Jack Mars


« L’un des meilleurs thrillers que j’ai lus cette année. L’intrigue est ingénieuse et vous tient en haleine dès le début. L’auteur a fait un travail remarquable de création de personnages vraiment complets et très attachants. J’ai hâte de lire la suite. »--Critiques de livres et de films, Roberto Mattos (re Tous les moyens nécessaires)PRESTATION DE SERMENT est le volume 2 dans la série à succès Luke Stone, une série qui a débuté par TOUS LES MOYENS NÉCESSAIRES (volume 1), disponible gratuitement au téléchargement !Un agent biologique est volé au sein d’un laboratoire de confinement. Utilisé comme arme, il pourrait tuer des millions de personnes. Une chasse désespérée à échelle nationale est lancée afin d’arrêter les terroristes avant qu’il ne soit trop tard. Luke Stone, chef d’un département d’élite au sein du FBI, avec sa propre famille encore en danger, a fait le vœu de se retirer – mais quand la nouvelle Présidente, qui vient à peine de prêter serment, fait appel à lui, il ne peut pas lui tourner le dos. D’importants ravages s’ensuivent et remontent jusqu’à la Présidente, dont la propre famille se retrouve menacée. Alors qu’elle prend possession de son nouveau rôle, sa capacité de résistance est mise à l’épreuve et elle surprend même ses plus proches conseillers. Le staff présidentiel adverse veut que Luke soit mis sur la touche et, avec son équipe mise en danger et ne pouvant compter que sur ses propres ressources, ça devient une affaire personnelle. Mais Luke Stone n’abandonnera jamais, jusqu’à ce que les terroristes, ou lui-même, soient hors d’état de nuire. Luke se rend rapidement compte que l’objectif final des terroristes est encore plus important – et plus terrifiant – que ce qu’il avait pu imaginer. Avec seulement quelques jours devant lui, il est peu probable qu’il parvienne à arrêter le déroulement des événements. Un thriller politique avec de l’action en continu, un contexte international, des rebondissements inattendus et un suspense palpitant, PRESTATION DE SERMENT est le volume 2 dans la série Luke Stone, une nouvelle série explosive qui vous fera tourner les pages jusqu’à des heures tardives de la nuit.Le volume 3 dans la série Luke Stone est également disponible !







PRESTATION DE SERMENT



(UN THRILLER LUKE STONE—VOLUME 2)



J A C K M A R S


Jack Mars



Jack Mars est actuellement l’auteur best-seller aux USA de la série de thrillers LUKE STONE, qui contient sept volumes. Il a également écrit la nouvelle série préquel FORGING OF LUKE STONE, ainsi que la série de thrillers d’espionnage L’AGENT ZÉRO.



Jack adore avoir vos avis, donc n’hésitez pas à vous rendre sur www.Jackmarsauthor.com (http://www.Jackmarsauthor.com) afin d’ajouter votre mail à la liste pour recevoir un livre offert, ainsi que des invitations à des concours gratuits. Suivez l’auteur sur Facebook et Twitter pour rester en contact !



Copyright © 2016 par Jack Mars. Tous droits réservés. Sous réserve de la loi américaine sur les droits d'auteur de 1976, aucune partie de cette publication ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme ou par quelque procédé que ce soit, ni enregistrée dans une base de données ou un système de récupération, sans l'accord préalable de l'auteur. Ce livre électronique est sous licence pour usage personnel uniquement. Ce livre électronique ne peut être ni revendu, ni donné à d'autres personnes. Si vous désirez partager ce livre avec quelqu'un, veuillez acheter une copie supplémentaire pour chaque bénéficiaire. Si vous lisez ce livre et que vous ne l'avez pas acheté, ou qu'il n'a pas été acheté pour votre usage personnel uniquement, veuillez le rendre et acheter votre propre copie. Merci de respecter le travail de cet auteur. Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les entreprises, les organisations, les endroits, les événements et les incidents sont soit le produit de l'imagination de l'auteur, soit utilisés de manière fictive. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite. Image de couverture Copyright STILLFX, utilisé sous licence de Shutterstock.com.


LIVRES DE JACK MARS



SERIE THRILLER LUKE STONE

TOUS LES MOYENS NÉCESSAIRES (Volume 1)

PRESTATION DE SERMENT (Volume 2)

SALLE DE CRISE (Volume 3)

LUTTER CONTRE TOUT ENEMI (Volume 4)

PRÉSIDENT ÉLU (Volume 5)

NOTRE HONNEUR SACRÉ (Volume 6)

MOTION MISE (Volume 7)



SÉRIE PROLOGUE LE FAÇONNEMENT DE LUKE STONE

CIBLE PRIORITAIRE (Volume 1)

COMMANDEMENT PRIORITAIRE (Volume 2)



SÉRIE D’ESPIONNAGE L’AGENT ZÉRO

L’AGENT ZÉRO (Volume #1)

LA CIBLE ZÉRO (Volume #2)

LA TRAQUE ZÉRO (Volume #3)

LE PIÈGE ZÉRO (Volume #4)

LE FICHIER ZÉRO (Volume #5)

LE SOUVENIR ZÉRO (Volume #6)


TABLE DES MATIÈRES



CHAPITRE UN (#ulink_79a068f2-390a-598e-a5d0-afff418fe409)

CHAPITRE DEUX (#u3947b14c-f728-5a25-be02-b552fd5ea926)

CHAPITRE TROIS (#u489455d2-5161-5916-bfd1-f47859cb5a00)

CHAPITRE QUATRE (#u0a378aa6-df95-5766-a4ee-efb53eebb5eb)

CHAPITRE CINQ (#u637cd97a-7acc-5df4-87f6-ebb2e05d85c9)

CHAPITRE SIX (#u67a178d5-b3b7-5a7b-9b68-bcabdcf17eb0)

CHAPITRE SEPT (#u77914637-7d1f-54ad-b8fa-d184b77fdc1a)

CHAPITRE HUIT (#u25132d52-4773-5536-9a42-c75dc291dbcf)

CHAPITRE NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE ONZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DOUZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TREIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUATORZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUINZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE SEIZE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE DIX-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE VINGT-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-SEPT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-HUIT (#litres_trial_promo)

CHAPITRE TRENTE-NEUF (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE ET UN (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-DEUX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-TROIS (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-QUATRE (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-CINQ (#litres_trial_promo)

CHAPITRE QUARANTE-SIX (#litres_trial_promo)

CHAPITRE UN (#litres_trial_promo)






CHAPITRE UN


6 juin

15h47.

Dewey Beach, Delaware



Le corps entier de Luke Stone tremblait. Il regarda sa main droite, celle avec laquelle il avait l’habitude de tirer. Elle était posée sur sa cuisse et elle tremblait. Il ne parvenait pas à la contrôler.

Il eut la nausée et envie de vomir. Le soleil se déplaçait vers l’Ouest et son éclat lui donnait le vertige.

Dans treize minutes, ce serait le moment d’agir.

Il était assis dans le siège conducteur d’une Mercedes SUV série M et regardait la maison où sa famille se trouvait peut-être. Sa femme, Rebecca, et son fils, Gunner. Il avait envie de les y visualiser mais il ne se le permettait pas. Ils pourraient ne pas s’y trouver. Il se pourrait qu’ils soient morts. Peut-être que leurs corps étaient enchaînés à des moellons et se décomposaient au fin fond de la baie de Chesapeake. Pendant une fraction de seconde, il vit les cheveux de Rebecca flotter avec le courant comme des algues, profondément sous l’eau.

Il secoua la tête pour balayer cette image de son esprit.

Becca et Gunner avaient été enlevés la veille au soir par des agents qui travaillaient pour les personnes qui avaient renversé le gouvernement des États-Unis. C’était un coup d’état et ceux qui l’avaient prémédité avaient enlevé la famille de Stone en guise de monnaie d’échange, en espérant l’empêcher de renverser à son tour le nouveau gouvernement.

Ça n’avait pas marché.

« C’est là, » dit Ed Newsam.

« Tu es sûr ? » dit Stone. Il regarda son coéquipier, qui était assis dans le siège passager.

Ed Newsam était grand, noir et tout en muscles. Il ressemblait à un joueur de football américain. Il n’y avait aucune douceur en lui. Il avait une barbe taillée de près et une coupe militaire. Ses bras massifs étaient couverts de tatouages.

Ed avait tué six hommes au cours de la journée d’hier. On lui avait tiré dessus à la mitrailleuse. Un gilet pare-balles lui avait sauvé la vie, mais une balle perdue lui avait fracturé le bassin. La chaise roulante d’Ed était à l’arrière de la voiture. Ni Ed, ni Luke, n’avaient dormi depuis deux jours.

Ed regarda la tablette qu’il tenait en main. Il haussa les épaules.

« C’est bien cette maison-là. Mais je ne sais pas s’ils sont là. C’est ce qu’on est sur le point de découvrir. »

C’était une ancienne maison de plage, qui se trouvait à proximité de l’océan atlantique. Elle faisait face à la baie et avait un petit ponton. Il était facile d’y amener un petit bateau et de l’y amarrer. Après ça, il ne restait plus qu’à traverser le ponton et monter quelques marches pour entrer dans la maison. La nuit était un moment propice pour le faire.

L’endroit était utilisé en tant que planque par la CIA depuis des décennies. En été, Dewey Beach était tellement bondée de vacanciers et d’étudiants qu’on aurait pu y amener Osama ben Laden sans que personne ne remarque sa présence.

« Quand ils passeront à l’action, ils ne veulent pas qu’on soit de la partie, » dit Ed. « Ce n’est pas notre mission. Tu le sais, ça ? »

Luke hocha la tête. « Oui, je sais. »

Le FBI était chargé de ce raid, en collaboration avec une équipe SWAT de la police d’état du Delaware qui était spécialement venue de Wilmington. Ils s’étaient discrètement rassemblés dans le quartier au cours de l’heure qui venait de s’écouler.

Luke avait vu ce genre d’actions au moins une centaine de fois. Une camionnette de Verizon était garée au bout de la rue. Ça devait être le FBI. Un bateau de pêche avait jeté l’ancre à une centaine de mètres dans la baie. Également des agents fédéraux. Dans quelques minutes, à 16h, le bateau allait se diriger à pleins gaz vers le ponton de la maison.

Au même instant, un camion blindé de la SWAT allait débouler dans la rue. Un autre camion ferait de même dans la rue parallèle, au cas où quelqu’un essayait de s’enfuir par l’arrière. Ils allaient frapper fort et vite, en ne laissant aucune marge de manœuvre pour riposter.

Luke et Ed n’avaient pas été invités à participer. Pourquoi l’auraient-ils été ? La police et les fédéraux allaient mener cette action selon les règles. Et les règles disaient que Luke ne pouvait pas être objectif. C’était sa famille qui se trouvait là. Il était possible qu’il perde son sang-froid. Il se pourrait qu’il se mette non seulement en danger, mais également sa famille, les autres policiers et toute l’opération. Il ne devrait même pas se trouver dans cette rue. Il ne devrait pas se trouver à proximité de cet endroit. C’était ce que disaient les règles.

Mais Luke connaissait le genre de types qui se trouvaient à l’intérieur de cette maison. Il les connaissait probablement mieux que le FBI ou le SWAT. C’étaient des types désespérés. Ils avaient tout misé sur la destitution du gouvernement et ils avaient échoué. Ils faisaient face à des poursuites pour trahison, enlèvement et meurtre. Trois cents personnes étaient mortes au cours de la tentative de coup d’état et ce n’était pas terminé, y compris le Président des États-Unis. La Maison Blanche avait été détruite et était radioactive. Il faudrait sûrement des années avant qu’elle ne soit reconstruite.

Luke s’était réuni avec la nouvelle Présidente la nuit dernière et ce matin. Elle n’était pas d’humeur à être clémente. Elle allait suivre la loi à la lettre : la trahison était passible de mort. Pendaison. Peloton d’exécution. Il se pourrait que le pays revienne à certaines mesures anciennes pendant un temps et si c’était le cas, des hommes comme ceux qui se trouvaient à l’intérieur de cette maison allaient en subir les conséquences.

Mais ils ne paniqueraient pas. Ce n’étaient pas des criminels ordinaires. Ils étaient extrêmement compétents et très bien entraînés, des hommes qui avaient combattu et parfois gagné contre toute attente. Capituler ne faisait pas partie de leur vocabulaire. C’étaient des hommes très intelligents et il serait très difficile de les déloger de là. Une équipe SWAT qui suivait les règles à la lettre n’allait pas être suffisante.

Si la femme et le fils de Luke étaient là-dedans et si leurs ravisseurs parvenaient à repousser la première attaque… mais Luke refusait d’y penser.

Ce n’était pas une possibilité.

« Qu’est-ce que tu vas faire ? » demanda Ed.

Luke regarda le ciel bleu à travers la vitre de la voiture. « Qu’est-ce que tu ferais si tu étais à ma place ? »

Ed n’hésita pas une seconde. « Je foncerais dans le tas et je tuerais tous ceux sur mon chemin. »

Luke hocha la tête. « Moi aussi. »



***



L’homme n’était qu’une ombre.

Il se trouvait dans une chambre à coucher à l’étage de l’ancienne maison de plage et regardait ses prisonniers. Une femme et un petit garçon, cachés dans une pièce sans fenêtre. Ils étaient assis côte à côte sur des chaises pliables, les mains menottées dans le dos et les chevilles attachées ensemble. Ils portaient une capuche noire sur la tête pour les empêcher de voir. L’homme leur avait retiré leur bâillon pour que la femme puisse parler à son fils et le tranquilliser.

« Rebecca, » dit l’homme, « il se pourrait qu’il y ait un peu d’action d’ici peu. Si c’est le cas, je veux que vous restiez tous les deux tranquilles. Je ne veux pas que tu cries ou que tu appelles à l’aide. Si tu le fais, tu m’obligeras à revenir ici pour vous tuer. C’est bien compris ? »

« Oui, » dit-elle.

« Gunner ? »

En-dessous de sa capuche, le petit garçon laissa échapper un petit gémissement.

« Il est trop effrayé pour parler, » dit la femme.

« Tant mieux, » dit l’homme. « Il fait bien d’être effrayé. C’est un garçon intelligent. Et en tant que tel, il ne fera rien de stupide, n’est-ce pas ? »

La femme resta silencieuse. Satisfait, l’homme hocha la tête.

Il y eut une époque où l’homme avait un nom. Puis, au fil du temps, il avait eu une dizaine de noms. Maintenant, il ne perdait plus son temps avec ça. Il se présentait sous le nom de ‘Brown’ s’il fallait vraiment se présenter. Monsieur Brown. Il aimait ce nom. Ça lui faisait penser à des choses mortes. Des feuilles mortes en automne. Des forêts désertiques et calcinées, des mois après qu’un incendie ait tout ravagé.

Brown avait quarante-cinq ans. Il était grand et encore robuste. C’était un soldat d’élite et il s’entretenait pour le rester. Des années plus tôt, il avait appris à résister à la douleur et à l’épuisement, au cours de sa formation en tant que Navy SEAL. Il avait appris à tuer et à ne pas être tué, dans une dizaine d’endroits dangereux un peu partout dans le monde. Il avait appris comment torturer à l’École des Amériques. Et il l’avait mis en pratique au Guatemala et au Salvador et, plus tard, à la base Air Force de Bagram et à Guantanamo Bay.

Brown ne travaillait plus pour la CIA. Il ne savait pas pour qui il travaillait et il s’en fichait. Il travaillait comme indépendant et il était payé pour effectuer un boulot.

L’argent, beaucoup d’argent, était livré en cash. Des sacs en toile remplis de billets neufs de cent dollars, laissés dans le coffre d’une voiture de location à l’aéroport national Reagan. Un attaché-case en cuir avec un demi-million de dollars en billets de dix, de vingt et de cinquante, datant de 1974 et 1977, l’attendant dans le casier d’un fitness dans la banlieue de Baltimore. C’étaient de vieux billets mais ils n’avaient jamais été utilisés et ils valaient autant que des billets de cinquante dollars émis en 2013.

Deux jours plus tôt, Brown avait reçu le message de venir dans cette maison. Ça allait être chez lui jusqu’à nouvel ordre et sa tâche consistait à la garder. Si quelqu’un montrait le bout de son nez, il devait prendre les choses en main. OK. Brown était bon dans beaucoup de choses et l’une d’entre elles était justement de prendre des décisions.

Hier matin, quelqu’un avait fait sauter la Maison Blanche. Le Président et la Vice-Présidente étaient allés se réfugier dans leur bunker à Mount Weather, avec la moitié du gouvernement civil. Hier soir, quelqu’un avait fait sauter Mount Weather avec tout le monde à l’intérieur. Deux heures plus tard, un nouveau Président était entré en scène, l’ancien Vice-Président.

Un retournement total de situation, les libéraux au pouvoir avaient cédé leur place aux conservateurs, et tout ça, en une seule journée. Naturellement, la population avait besoin d’un responsable et les nouveaux maîtres avaient montré l’Iran du doigt.

Brown attendait de voir ce qui allait se passer ensuite.

Tard hier soir, quatre hommes étaient arrivés en bateau au ponton à l’arrière de la maison. Ils amenaient cette femme et cet enfant. Les prisonniers étaient famille avec un type du nom de Luke Stone. Apparemment, certaines personnes pensaient que ce Stone pouvait devenir un problème. Ce matin, il devint évident que c’était bien le cas.

Une fois les hostilités terminées, tout le coup d’état avait échoué en l’espace de quelques heures à peine. Et Luke Stone se trouvait là, chevauchant les décombres.

Mais Brown avait toujours la femme et le fils de Stone, et il ne savait pas ce qu’il devait faire d’eux. Les communications étaient interrompues. Il aurait probablement dû les tuer et abandonner la maison, mais il attendait des ordres qui n’arrivaient pas. Il y avait maintenant une camionnette de Verizon garée devant la maison et un bateau de pêche non identifié à cent mètres de là dans la baie.

Ils pensaient vraiment qu’il était aussi stupide ? Mon dieu. Il les voyait venir à des kilomètres à la ronde.

Il sortit dans le couloir. Deux hommes s’y trouvaient. Ils avaient tous les deux la trentaine, des cheveux en bataille et une longue barbe – opérations spéciales. Brown reconnaissait leur look. Il connaissait également l’expression dans leurs yeux. Ce n’était pas de la peur.

C’était de l’agitation.

« C’est quoi le problème ? » demanda Brown.

« Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, nous sommes sur le point d’être attaqués. »

Brown hocha la tête. « Oui, je sais. »

« Je ne peux pas aller en prison, » dit Barbe nº1.

Barbe nº2 hocha la tête. « Moi non plus. »

Brown pensait de même. Même avant tout ça, si le FBI avait découvert sa véritable identité, il aurait fait face à plusieurs condamnations à vie. Et maintenant ? Même pas la peine d’y penser. Il leur faudrait peut-être des mois avant de l’identifier et pendant ce temps, il croupirait quelque part dans une prison de comté, entouré de voyous de basse classe. Et vu la situation actuelle, il ne pouvait pas s’attendre à l’intervention d’un bienfaiteur pour le tirer d’embarras.

Mais il se sentait néanmoins très calme. « Cet endroit est plus résistant qu’il n’y paraît. »

« Oui, mais il n’y a aucune porte de sortie, » dit Barbe nº1.

C’était vrai.

« Alors, on les tient à distance et on voit si on peut négocier quelque chose. On a des otages. » Mais au moment même où il prononçait ces mots, Brown en douta lui-même. Négocier quoi ? Une sortie de secours ? Mais pour aller où ?

« Ils ne vont pas négocier avec nous, » dit Barbe nº1. « Ils nous mentiront jusqu’à ce qu’un sniper nous ait en ligne de mire. »

« OK, » dit Brown. « Alors, qu’est-ce que vous voulez faire ? »

« Nous battre, » dit Barbe nº2. « Et si on n’arrive pas à les repousser, je veux venir mettre une balle dans la tête de nos invités avant d’en recevoir une moi-même. »

Brown hocha la tête. Il s’était déjà souvent retrouvé dans des situations délicates et il avait toujours trouvé un moyen de s’en sortir. Et il se pourrait que ce soit encore le cas cette fois-ci. Il le pensait mais il ne le leur dit pas. Tous les rats ne pouvaient pas quitter le navire.

« OK, » dit-il. « C’est ce qu’on va faire alors. Maintenant, allez prendre vos positions. »



***



Luke enfila son lourd gilet pare-balles. Il en sentit le poids sur ses épaules. Il attacha la ceinture du gilet, pour soulager son dos. Son pantalon était doublé d’une légère protection. Sur le sol, à ses pieds, se trouvait son casque de combat avec un masque attaché.

Il était debout derrière la portière arrière ouverte de la Mercedes. La vitre fumée le cachait à la vue. Ed se tenait à côté de lui et s’appuyait contre la voiture pour tenir debout. Luke sortit la chaise roulante d’Ed, la déplia et la posa au sol.

« Super, » dit Ed, en secouant la tête. « Maintenant que j’ai mon chariot, je suis prêt pour la bataille. » Il laissa échapper un soupir.

« Voilà ce qu’on va faire, » dit Luke. « Toi et moi, on ne va pas perdre notre temps. Quand le SWAT lancera l’attaque, ils prendront sûrement position sur le porche arrière qui fait face au ponton et ils vont essayer d’enfoncer la porte. Je ne pense pas que ça va marcher. Je pense que la porte arrière est blindée en acier et qu’elle ne bougera pas. À l’intérieur de cette maison, on a des hommes entraînés et ils n’auraient pas couvert leurs arrières et blindé les portes ? Ça m’étonnerait. Je pense que nos hommes vont être repoussés par des tirs adverses. En espérant que personne ne soit blessé. »

« Amen, » dit Ed.

« Je vais m’approcher juste après la première attaque. Avec ça en main. » Luke sortit une mitraillette Uzi du coffre.

« Et avec ça. » Il sortit également un fusil à pompe Remington 870.

Il soupesa les deux armes. Elles étaient lourdes et c’était quelque chose de rassurant.

« Si les forces de police finissent par entrer et sécuriser l’endroit, tant mieux. Mais s’ils n’y parviennent pas, on n’aura pas une seconde à perdre. La mitraillette est équipée de cartouches perforantes. Elles devraient passer à travers toute protection pare-balles que ces types pourraient porter. J’ai six chargeurs remplis à fond, juste au cas où. Si je me retrouve assez près, j’utiliserai le fusil à pompe et je viserai les jambes, les bras et la tête. »

« Oui, mais comment tu penses entrer ? » dit Ed. « Si les forces de police n’y parviennent pas, comment tu vas faire ? »

Luke tendit le bras dans le coffre de la SUV et en sortit un lance-grenades M79. Ça ressemblait à un gros fusil à canon scié, avec une crosse en bois. Il le donna à Ed.

« C’est toi qui me feras entrer. »

Ed prit le lance-grenades en main. « Magnifique. »

Luke sortit deux boîtes de grenades M406 du coffre, avec chacune quatre grenades.

« Je veux que tu t’avances un peu derrière les voitures garées de l’autre côté de la rue. Juste avant que j’atteigne la maison, fais-moi un beau trou à travers le mur. Ces types vont concentrer leurs efforts sur les portes, en s’attendant à ce que la police essaye de les défoncer. Au lieu de ça, on va leur exploser le mur à la grenade. »

« Pas mal, » dit Ed.

« Après la première grenade, envoie une deuxième, juste pour me porter chance. Après ça, mets-toi à l’abri. »

Ed caressa le canon du lance-grenades de la main. « Tu penses que c’est sûr de s’y prendre comme ça ? Je veux dire… avec ta famille là-dedans. »

Luke regarda la maison. « Je ne sais pas. Mais dans la plupart des cas, les otages sont gardés soit à l’étage, soit dans la cave. Vu qu’on est sur la plage, il ne doit pas y avoir de cave. Alors j’imagine que s’ils se trouvent dans cette maison, ils doivent être à l’étage, dans le coin du fond, là où il n’y a pas de fenêtres. »

Il consulta sa montre. 16h01.

Juste à ce moment-là, une voiture blindée fit irruption au coin de la rue. Luke et Ed la regardèrent passer. C’était une Lenco BearCat avec des canonnières, des projecteurs et tous les équipements habituels.

Luke sentit une légère pointe dans la poitrine. C’était de la peur. C’était de l’appréhension. Il avait passé les dernières vingt-quatre heures à prétendre qu’il ne ressentait rien face au fait que des tueurs professionnels aient enlevé sa femme et son fils. De temps à autre, ses véritables sentiments avaient failli ressurgir. Mais il était parvenu à les refouler.

Mais il n’y avait pas de place pour les sentiments, maintenant.

Il regarda Ed, qui était assis dans sa chaise roulante, avec le lance-grenades sur les genoux. Le visage d’Ed s’était durci. Il avait le regard fixe. Ed était un homme avec des principes, Luke le savait. Et ces principes incluaient la loyauté, l’honneur, le courage et l’utilisation d’une force phénoménale pour ce qui était juste. Ed n’était pas un monstre. Mais à cet instant précis, il pouvait très bien le devenir.

« Tu es prêt ? » demanda Luke.

Le visage d’Ed changea à peine. « Je suis né en étant prêt. La question, c’est de savoir si toi, tu es prêt ? »

Luke chargea ses fusils et prit son casque. « Je suis prêt. »

Il enfila son casque noir et Ed fit de même avec le sien. Luke baissa son viseur. « Interphones allumés, » dit-il.

« Allumé, » répondit Ed. On aurait dit que la voix d’Ed résonnait à l’intérieur de la tête de Luke. « Je t’entends parfaitement. Maintenant, allons-y. » Et Ed se mit à s’éloigner pour traverser la rue.

« Ed ! » dit Luke. « Il me faut un beau grand trou dans ce mur. Quelque chose à travers lequel je peux passer. »

Ed se contenta de lever le bras et continua d’avancer. Un instant plus tard, il se trouvait derrière les voitures garées de l’autre côté de la rue, à l’abri des regards.

Luke laissa le coffre de la voiture ouvert. Il s’accroupit derrière et caressa ses armes. Il avait une mitraillette Uzi, un fusil à pompe, un revolver et deux couteaux, si nécessaire. Il prit une profonde inspiration et leva les yeux vers le ciel bleu. Il n’était pas exactement en très bons termes avec dieu. Peut-être qu’un jour, ils pourraient se mettre d’accord sur certaines choses. Mais s’il y avait jamais eu un moment où Luke avait vraiment eu besoin de son aide, c’était maintenant.

Un gros nuage blanc flottait lentement à l’horizon.

« S’il vous plaît, » dit Luke au nuage.

Un instant plus tard, des coups de feu commencèrent à retentir.




CHAPITRE DEUX


Brown se trouvait dans la petite salle de contrôle, juste à côté de la cuisine.

Sur la table derrière lui, étaient posés un fusil M16 et un Beretta neuf millimètres semi-automatique, entièrement chargés. Il y avait également trois grenades, un masque et un walkie-talkie Motorola noir.

Six petits écrans télé étaient accrochés au mur au-dessus de la table. Les images étaient en noir et blanc. Chaque écran reproduisait des images en temps réel enregistrées par des caméras positionnées à des endroits stratégiques un peu partout dans la maison.

D’ici, Brown pouvait voir l’extérieur des portes coulissantes en verre, ainsi que le haut de la rampe qui menait au ponton ; le ponton et l’accès depuis la baie ; l’extérieur de la porte renforcée en acier sur le côté de la maison ; le vestibule derrière cette porte ; le couloir à l’étage et la fenêtre qui faisait face à la rue ; et pour finir, la salle sans fenêtre où la femme et le fils de Luke Stone étaient assis, attachés à leurs chaises, la tête couverte d’une cagoule.

Il était impossible de prendre cette maison par surprise. Avec le clavier, il prit le contrôle manuel de la caméra qui se trouvait sur le ponton. Il la releva légèrement pour voir le bateau de pêche qui se trouvait dans la baie, et il zooma. Il repéra trois policiers avec des gilets pare-balles, occupés à remonter l’ancre. Dans une minute, le bateau allait foncer vers le ponton.

Brown passa à la caméra qui se trouvait sur le porche arrière. Il la fit tourner pour montrer le côté de la maison. Il ne pouvait pas voir plus que la calandre avant de la camionnette garée de l’autre côté de la rue. Mais ce n’était pas grave. Il avait un homme positionné à la fenêtre à l’étage, avec la camionnette en ligne de mire.

Brown soupira. Il supposait que la chose correcte à faire, ce serait d’appeler ces policiers par radio et de leur dire qu’il savait ce qu’ils préparaient. Il pourrait amener la femme et le garçon en bas, et les mettre juste devant les portes coulissantes en verre afin qu’ils soient bien en vue.

Plutôt que de commencer par une fusillade et un bain de sang, il pourrait tout de suite passer aux négociations. Il se pourrait même que cela sauve quelques vies.

Il se sourit à lui-même. Mais ça gâcherait tout le plaisir, non ?

Il regarda l’image du vestibule. Il avait trois hommes à l’étage du bas, les deux barbus et un homme qu’il appelait l’Australien. Un homme couvrait la porte en acier, et deux hommes couvraient les portes coulissantes en verre. Ces portes et le porche à l’extérieur étaient leurs points les plus vulnérables. Mais il n’y avait aucune raison que les policiers arrivent aussi loin.

Il tendit la main derrière lui et prit le walkie-talkie.

« Monsieur Smith ? » dit-il à l’homme accroupi près de la fenêtre ouverte à l’étage.

« Monsieur Brown ? » répondit une voix, sur un ton sarcastique. Smith était encore assez jeune pour trouver que les surnoms étaient quelque chose de marrant. Sur l’écran télé, Smith fit un petit signe de la main.

« Qu’est-ce que fait la camionnette ? »

« Elle bouge pas mal. On dirait qu’ils font la fête là-dedans. »

« OK. Gardez les yeux ouverts. Surtout ne laissez personne… je répète… Ne laissez personne atteindre le porche. Je n’ai pas besoin que vous me teniez au courant. Vous avez l’autorisation de tirer. C’est compris ? »

« C’est compris, » dit Smith. « Feu à volonté. »

« C’est bien ça, » dit Brown. « On se retrouvera peut-être en enfer. »

À ce moment-là, il entendit le bruit d’un véhicule lourd venant de la rue. Brown se baissa, se faufila jusqu’à la cuisine et s’accroupit près de la fenêtre. Dehors, une voiture blindée s’arrêta devant la maison. La lourde porte s’ouvrit et des hommes portant des gilets pare-balles commencèrent à en sortir.

Une seconde s’écoula. Deux secondes. Trois. Huit hommes étaient maintenant dans la rue.

Smith ouvrit le feu depuis l’étage.

Tac-tac-tac-tac-tac-tac-tac.

La puissance des coups de feu fit trembler le plancher.

Deux policiers tombèrent directement au sol. D’autres se mirent à l’abri dans la voiture ou derrière. Trois hommes sortirent de la camionnette Verizon. Smith leur tira dessus. L’un d’entre eux, pris sous une pluie de balles, se contorsionna un moment dans la rue.

« Excellent, monsieur Smith, » dit Brown dans le Motorola.

Un des policiers avait déjà traversé la moitié de la rue avant d’être descendu. Il rampait maintenant vers le trottoir, en espérant peut-être atteindre les buissons devant la maison. Il portait un gilet pare-balles. Il était probablement touché, mais il pouvait encore être une menace.

« Il y en a un au sol qui continue à avancer ! Je veux que tu le mettes hors d’état de nuire. »

Presque immédiatement, une pluie de balles s’abattit sur l’homme, faisant tressaillir son corps. Brown vit la balle fatale au ralenti. Elle toucha l’homme à la nuque, entre le haut du gilet pare-balles et le bas du casque. Une giclée de sang remplit l’air et l’homme resta complètement immobile.

« Joli tir, monsieur Smith. Très joli. Maintenant, gardez-les à distance. »

Brown se faufila à nouveau jusqu’à la salle de contrôle. Le bateau de pêche s’approchait du ponton. Mais avant même qu’il l’ait atteint, des hommes commencèrent à sauter du bateau.

« Mettez vos masques, en bas ! » dit Brown. « Incursion par les portes coulissantes. Préparez-vous à riposter. »

« Affirmatif, » répondit une voix.

Les envahisseurs prirent position sur le ponton. Ils tenaient des boucliers balistiques et se dissimulaient derrière. Un homme se redressa et leva un pistolet à gaz lacrymogène. Brown tendit la main vers son propre masque et regarda le projectile voler en direction de la maison. Il heurta les portes en verre, les traversa et finit sa course dans la pièce principale.

Un autre homme se redressa et envoya une autre cartouche. Puis un troisième homme en envoya encore une autre. Toutes les cartouches à gaz lacrymogène traversèrent la vitre et finirent dans la maison. Les portes vitrées avaient disparu. Sur l’écran de Brown, la zone près du vestibule commença à se remplir de fumée.

« Quelle est la situation en bas ? » dit Brown. Quelques secondes s’écoulèrent.

« Votre situation ! »

« Pas de soucis, mec, » dit l’Australien. « Un peu de fumée, c’est tout. On a mis nos masques. »

« Ouvrez le feu quand vous êtes prêts, » dit Brown.

Il regarda ses hommes ouvrir le feu vers le ponton. Les envahisseurs furent arrêtés net et se cachèrent à nouveau sous leurs boucliers balistiques. Et les hommes de Brown avaient des tonnes de munitions.

« Beau tir, les gars, » dit-il, dans le walkie-talkie. « Assurez-vous de couler leur bateau, tant que vous y êtes. »

Brown sourit. Ils pourraient tenir pendant des jours sans problème.



***



C’était une vraie débâcle. Il y avait des hommes partout au sol.

Luke s’avançait vers la maison, en regardant attentivement autour de lui. Les tirs qui faisaient le plus de dégâts venaient d’un homme qui se trouvait à la fenêtre de l’étage. Il réduisait les policiers en bouillie. Luke était près du côté de la maison. Depuis cet angle, il ne pouvait pas abattre le sniper, mais l’homme ne pouvait probablement pas le voir non plus.

Luke vit comment le sniper acheva un policier au sol d’un tir à l’arrière de la nuque.

« Ed, tu peux voir le tireur de l’étage ? »

« Je peux lui en mettre une entre les deux yeux. Je suis sûr qu’il ne me voit pas, là où je suis. »

Luke hocha la tête. « Commençons par là. Ça commence à être une vraie boucherie ici. »

« Tu es sûr que c’est ce que tu veux ? » dit Ed.

Luke observa l’étage. La pièce sans fenêtres se trouvait à l’opposé par rapport au sniper.

« Je pense toujours qu’ils se trouvent dans cette pièce sans fenêtres, » dit-il.

J’espère.

« Tu n’as qu’un mot à dire, » dit Ed.

« Vas-y. »

Luke entendit le bruit caractéristique du lance-grenades.

Doong !

Un missile partit de derrière les voitures garées de l’autre côté de la rue. Il vola dans les airs en ligne droite. Il heurta exactement l’endroit où se trouvait la fenêtre. Une fraction de seconde plus tard, Luke entendit un gros BANG.

Le côté de la maison explosa et des morceaux de bois, de verre et d’acier volèrent dans les airs. On n’entendait plus tirer depuis la fenêtre.

« Beau tir, Ed. Très joli. Maintenant, fais-moi ce trou dans le mur. »

« Tu le veux comment ? » dit Ed.

« Un joli trou, s’il te plaît. »

Luke s’éloigna du côté de la maison et se mit à l’abri derrière une voiture.

Doong !

Un autre missile traversa les airs en ligne droite, à un mètre du sol. Il heurta le côté de la maison et fit un trou béant dans le mur. Une boule de feu apparut à l’intérieur, crachant de la fumée et des débris.

Luke allait s’y engouffrer quand il entendit la voix d’Ed : « Attends, » dit-il. « Il y en a encore un en route. »

Ed tira à nouveau et cette fois-ci, le missile s’enfonça profondément dans la maison. Des lueurs rouges et orangées jaillirent du trou. Le sol trembla. C’était le moment d’y aller.

Luke se releva et se mit à courir.



***



La première explosion eut lieu au-dessus de sa tête. Toute la maison se mit à trembler. Brown regarda l’écran où était projetée l’image du couloir à l’étage.

Le bout du couloir avait disparu. L’endroit où se trouvait Smith n’existait plus. Il n’y avait plus qu’un trou béant à la place.

« Monsieur Smith ? » dit Brown. « Monsieur Smith, vous êtes là ? »

Pas de réponse.

« Quelqu’un a vu d’où ça venait ? »

« C’est toi, nos yeux, » lui répondit une voix.

Ils avaient des ennuis.

Quelques secondes plus tard, une roquette heurta l’avant de la maison. L’onde de choc fit tomber Brown au sol. Les murs s’écroulèrent. Le plafond de la cuisine s’enfonça soudainement. Brown était plaqué au sol, au milieu de débris. Ça ne se passait pas comme il avait prévu. Les policiers défonçaient les portes – ils ne lançaient pas des missiles à travers les murs.

Un autre missile heurta la maison, en s’y engouffrant profondément cette fois-ci. Brown se couvrit la tête. La maison se remit à trembler et elle semblait être sur le point de s’effondrer.

Un instant s’écoula. Quelqu’un hurlait. Mais à part ça, c’était silencieux. Brown se mit debout et courut vers les escaliers. En sortant de la pièce, il prit son revolver et une grenade.

Il traversa la pièce principale. C’était un carnage, une vraie boucherie. La pièce était en feu. L’un des barbus était mort. Plus que mort – déchiqueté en mille morceaux. L’Australien avait paniqué et avait retiré son masque. Son visage était couvert de sang, mais il était impossible de voir où il avait été touché.

« Je ne vois plus rien ! » hurlait l’homme. « Je ne vois plus rien ! »

Ses yeux étaient grands ouverts.

Un homme portant un gilet pare-balles et un casque entra calmement par le trou béant dans le mur. Il fit taire l’Australien avec une rafale de mitraillette. La tête de l’Australien explosa. Il resta un instant debout, avant de s’effondrer au sol.

Le second barbu était couché au sol près de la porte arrière, cette fameuse porte en acier dont Brown était encore si fier quelques instants plus tôt. Les forces de police n’allaient jamais parvenir à l’enfoncer. Barbe nº2 avait été blessé par l’explosion, mais il voulait continuer à se battre. Il se traîna jusqu’au mur, s’appuya contre lui et tendit la main vers le fusil qu’il avait à l’épaule.

L’intrus mit une balle dans la tête de Barbe nº2 à bout portant. Du sang, des os et de la matière grise éclaboussèrent le mur.

Brown se retourna et se rua vers les escaliers.



***



L’air était rempli de fumée, mais Luke avait vu l’homme se précipiter vers les escaliers. Il regarda autour de lui. Tous les autres étaient morts.

Satisfait, il se rua vers les escaliers. Il entendait sa propre respiration résonner à ses oreilles.

Il était dans une position vulnérable. Les escaliers étaient si étroits que ce serait l’endroit parfait pour tirer sur lui depuis l’étage. Mais personne ne le fit.

À l’étage, l’air était moins chargé qu’au rez-de-chaussée. À sa gauche, se trouvaient la fenêtre et le mur où le snipper avait pris position. Les jambes du snipper étaient au sol. Ses bottes en cuir pointaient dans des directions opposées. Le reste de son corps avait disparu.

Luke alla sur la droite. Instinctivement, il courut vers la pièce au bout du couloir. Il laissa tomber son Uzi et son fusil à pompe au sol, et il sortit son Glock de son étui.

Il entra dans la pièce.

Becca et Gunner étaient assis et attachés à deux chaises pliables. Ils avaient les bras liés derrière leur dos. Ils avaient les cheveux ébouriffés, comme si quelqu’un venait juste de passer la main dedans. Un homme était debout derrière eux. Il laissa tomber deux capuches noires au sol et plaça le canon de son arme dans la nuque de Becca. Il s’accroupit derrière elle, en se servant de Becca comme bouclier humain.

Les yeux de Becca étaient écarquillés. Ceux de Gunner étaient fermés et il pleurait de façon incontrôlée. Tout son corps était secoué de sanglots. Il avait mouillé son pantalon.

Ça en valait vraiment la peine ?

En les voyant comme ça, terrifiés, sans défense, est-ce que ça en avait vraiment valu la peine ? Luke avait permis d’arrêter un coup d’état la nuit passée. Il avait sauvé la nouvelle Présidente d’une mort certaine, mais est-ce que ça avait valu la peine de leur faire vivre ça ?

« Luke ? » dit Becca, comme si elle ne le reconnaissait pas.

Bien sûr qu’elle ne l’avait pas reconnu. Il retira son casque.

« Luke, » dit-elle. Elle haleta légèrement, comme si elle était soulagée. Mais peut-être pas. Les gens faisaient souvent des bruits étranges lors de moment extrêmes. Ils ne signifiaient pas toujours quelque chose.

Luke leva son arme et la pointa entre Becca et Gunner. L’homme était doué. Il ne laissait rien voir, sur lequel Luke aurait pu tirer. Mais Luke garda néanmoins son arme pointée au même endroit. Il attendait patiemment. L’homme ne pourrait pas être bon de manière indéfinie. Tout le monde faisait une erreur à un moment ou un autre.

Luke ne ressentait rien à cet instant précis, rien à part… un calme… incroyable.

Il ne se sentait pas non plus soulagé. Ce n’était pas encore terminé.

« Luke Stone ? » dit l’homme. Il émit un grognement. « Incroyable. Tu es partout à la fois ces deux derniers jours. C’est vraiment toi ? »

Luke avait vu le visage de l’homme, juste avant qu’il se mette à l’abri derrière Becca. Une profonde cicatrice lui traversait la joue gauche. Il avait une coupe militaire et les traits durs de quelqu’un qui avait passé toute sa vie à l’armée.

« Qui veut le savoir ? » dit Luke.

« On m’appelle Brown. »

Luke hocha la tête. Un nom qui n’en était pas un. Le nom d’une ombre. « Eh bien, Brown, comment est-ce que tu veux qu’on procède ? »

En-dessous d’eux, Luke entendit les forces de police entrer dans la maison.

« Quelles possibilités est-ce que tu vois ? » dit Brown.

Luke resta immobile, en attendant d’avoir l’occasion de tirer. « Je vois deux options. Tu peux soit mourir là tout de suite. Ou, si tu as de la chance, aller en prison pendant très longtemps. »

« Ou je pourrais mettre une balle dans la nuque de ta charmante femme. »

Luke resta silencieux. Il pointait toujours son arme. Son bras ne tremblait pas. Mais les policiers allaient bientôt faire irruption et ça allait changer l’équation.

« Et tu seras mort une seconde plus tard. »

« C’est vrai, » dit Brown. « Ou je pourrais faire ça. »

De sa main libre, il laissa tomber une grenade sur les genoux de Becca.

Ensuite, il s’écarta. Luke laissa tomber son arme et plongea en avant. Il prit la grenade, la jeta vers le mur du fond, fit basculer les deux chaises et plaqua Becca et Gunner au sol.

Becca hurla.

Luke les serra l’un contre l’autre d’un geste brusque. Il n’avait pas le temps d’être délicat. Il les rapprocha l’un de l’autre, se coucha sur eux et les protégea de son corps et de son gilet pare-balles.

Durant une fraction de seconde, il ne se passa rien. Peut-être que c’était une ruse. Que la grenade était fausse. Que ce Brown allait maintenant avoir le dessus et allait tous les tuer.

BOOOUUUM !

L’explosion fut assourdissante dans l’espace confiné de la pièce. Luke se serra encore plus contre eux. Le sol trembla. Des morceaux de métal tombèrent sur lui. Il baissa la tête. Il sentit des égratignures au niveau de sa nuque, qui n’était pas protégée. Il continuait à les tenir et à les serrer contre lui.

Un instant s’écoula. Sa petite famille tremblait sous lui, figée par la peur, mais vivante.

Maintenant il était temps de tuer ce salopard. Le Glock de Luke était au sol, à côté de lui. Il le prit en main et se remit debout. Il se retourna.

L’explosion avait creusé un trou béant à travers le mur du fond. Luke put y voir la lumière du jour et le ciel bleu. Il y vit également l’eau foncée de la baie. Mais l’homme qui se faisait appeler Brown avait disparu.

Luke s’approcha du trou, en se protégeant derrière les restes du mur. Des bords déchiquetés émergeait un mélange de bois, de cloison et d’isolation en fibre de verre. Il s’attendait à voir un corps au sol, peut-être en plusieurs morceaux. Mais non. Il n’y avait rien.

Pendant une fraction de seconde, Luke crut voir un éclaboussement, comme si un homme avait plongé dans la baie. Luke cligna des yeux et regarda à nouveau. Il n’en était pas certain.

Mais ce qui était sûr, c’était que l’homme qui se faisait appeler Brown avait disparu.




CHAPITRE TROIS


21h03

Centre médical de la Navy – Bethesda, Maryland



La lumière de l’ordinateur brillait dans la semi-obscurité de la chambre d’hôpital. Luke était affalé dans un fauteuil pas très confortable et regardait l’écran, avec des écouteurs enfoncés dans les oreilles.

Il avait du mal à respirer tellement il était soulagé et reconnaissant. Il avait mal à la poitrine, à force de suffoquer depuis des heures. Il avait aussi eu envie de pleurer mais il ne l’avait pas encore fait. Peut-être plus tard.

Il y avait deux lits dans la chambre. Luke avait usé de son influence et maintenant, Becca et Gunner étaient couchés dans ces lits et dormaient profondément. Ils étaient sous calmants mais ça n’avait pas d’importance. Ils n’avaient pas dormi une seule minute depuis le moment où ils avaient été enlevés et le moment où Luke les avait retrouvés.

Ils avaient passé dix-huit heures de terreur absolue. Maintenant ils étaient inconscients et ils allaient encore l’être pendant un bon bout de temps.

On ne leur avait fait aucun mal. Bien sûr, ils allaient être marqués émotionnellement mais physiquement, ils allaient bien. Ils n’avaient pas endommagé la marchandise. Peut-être que c’était l’œuvre de Don Morris, qui avait voulu les protéger.

Il pensa brièvement à Don. Après tous ces événements, ça semblait normal de le faire. Don avait été le plus grand mentor de Luke. Depuis le moment où Luke avait rejoint la Delta Force à l’âge de vingt-sept ans, jusqu’à ce matin, douze ans plus tard, Don avait été une présence constante dans la vie de Luke. Quand Don avait créé l’équipe spéciale d’intervention du FBI, il y avait fait une place pour Luke. Il l’avait recruté et attiré, pour qu’il quitte les forces Delta.

Mais à un moment donné, Don avait dévié et Luke ne l’avait pas vu venir. Don faisait partie des conspirateurs qui avaient essayé de renverser le gouvernement. Il se pourrait qu’un jour, Luke comprenne les raisons de Don, mais ce ne serait pas aujourd’hui.

Sur l’écran devant lui, il y avait une retransmission en direct depuis la salle de presse bondée de la ‘nouvelle Maison Blanche.’ La pièce comptait au moins une centaine de sièges. Elle était légèrement en pente et était organisée comme une salle de cinéma. Chaque siège était occupé. Il y avait également du monde au fond de la salle, contre le mur. Une foule de gens étaient debout des deux côtés de l’estrade.

Des images de l’édifice apparurent brièvement à l’écran. C’était la magnifique demeure à tourelles datant de 1850 et construite dans le style reine Anne qui se trouvait sur le terrain de l’Observatoire naval à Washington. Et elle était effectivement blanche.

Luke connaissait certaines choses au sujet de cet édifice. Pendant des décennies, cela avait été la résidence officielle du Vice-Président des États-Unis. Maintenant, et pour un temps indéterminé, ce serait la maison et le bureau du Président.

L’image revint dans la salle de presse. La Présidente en personne se dirigeait vers l’estrade : Susan Hopkins, l’ancienne Vice-Présidente, qui avait prêté serment ce matin même. C’était son premier discours au peuple américain en tant que Présidente. Elle portait un tailleur bleu foncé et ses cheveux blonds étaient coupés au carré. Elle devait sûrement porter un gilet pare-balles en-dessous de son tailleur, car il y avait une bosse au niveau de son torse.

Elle avait un regard sévère mais doux à la fois – son staff l’avait probablement coachée pour qu’elle ait l’air en colère, mais également remplie de courage et d’optimisme. Une maquilleuse de premier ordre avait dissimulé les brûlures de son visage. À moins de savoir où regarder, on ne les voyait même pas. Susan, comme toujours, était la plus belle femme dans la salle.

Son parcours jusqu’à maintenant était assez impressionnant. Elle avait été mannequin durant l’adolescence, jeune épouse d’un milliardaire, mère, sénateur de Californie, Vice-Présidente, et maintenant, Présidente. L’ancien Président, Thomas Hayes, était mort dans un enfer souterrain, et Susan avait de la chance d’être encore en vie.

Luke lui avait sauvé la vie hier, à deux reprises.

Il désactiva la fonction mute de son ordinateur.

Elle était entourée de panneaux en verre à l’épreuve des balles. Dix agents des services secrets l’accompagnaient sur l’estrade. La foule des journalistes lui firent une véritable ovation. Les présentateurs télé se mirent à parler à voix basse. La caméra recula pour montrer le mari de Susan, Pierre, et leurs deux filles.

Retour sur la Présidente : elle leva les mains pour demander le calme. Malgré elle, un sourire radieux se dessina sur ses lèvres. La foule se mit à nouveau à l’ovationner. C’était la Susan Hopkins qu’ils connaissaient : l’enthousiaste et passionnée reine des talkshows, des cérémonies d’inauguration et des rassemblements politiques. Maintenant, elle avait les poings serrés et elle les levait au-dessus de sa tête, presque comme un arbitre qui indiquerait un touchdown. L’audience devint de plus en plus bruyante.

La caméra recula à nouveau. Des journalistes endurcis de Washington, l’un des groupes de personnes les plus blasées au monde, étaient debout, les larmes aux yeux. Certains pleuraient ouvertement. Luke aperçut rapidement Ed Newsam dans un costume rayé, appuyé sur des béquilles. Luke avait également été invité, mais il préférait être ici, dans cette chambre d’hôpital. Il n’y avait nulle part d’autre où il souhaitait être en ce moment.

Susan s’approcha du micro. L’audience se calma juste assez pour qu’on puisse l’entendre. Elle baissa les mains et les posa sur la tribune.

« Nous sommes toujours là, » dit-elle, d’une voix tremblante.

La foula explosa.

« Et vous savez quoi ? Nous n’avons pas l’intention de bouger ! »

Un bruit assourdissant retentit dans les écouteurs. Luke baissa un peu le volume.

« Je voudrais… » dit Susan, mais elle s’interrompit à nouveau. Elle attendit un instant. La foule continuait à l’ovationner. Elle s’éloigna un peu du micro, sourit, et dit quelque chose à l’homme des services secrets qui se tenait à ses côtés. Luke le connaissait un peu. Il s’appelait Charles Berg et il lui avait également sauvé la vie hier. Au cours des dernières dix-huit heures, la vie de Susan avait était presque continuellement en ligne de mire.

Quand le bruit de la foule commença à s’estomper, Susan s’approcha à nouveau de la tribune.

« Avant de parler, je voudrais qu’on fasse quelque chose ensemble, » dit-elle. « Vous voulez bien ? Je voudrais chanter ‘God Bless America.’ Ça a toujours été l’une de mes chansons préférées. » Sa voix se brisa légèrement. « Et je voudrais la chanter ce soir. Vous voulez bien la chanter avec moi ? »

La foule hurla son accord.

Et elle le fit. Toute seule, d’une petite voix, elle se mit à chanter. Il n’y avait aucun chanteur célèbre pour l’accompagner, ni aucun musicien de classe mondiale. Elle chanta toute seule, devant une salle remplie de gens et des centaines de millions de téléspectateurs qui la regardaient derrière leur petit écran.

On aurait dit une petite fille. C’était comme regarder quelqu’un faire de l’équilibrisme sur un fil tendu entre deux édifices. C’était un acte de foi. La gorge de Luke se serra.

Mais la foule ne la laissa pas longtemps toute seule. Ils commencèrent très vite à la suivre. Des voix puissantes se joignirent à elle.

Quelque part dans le couloir, dans le silence de l’hôpital, des personnes se mirent aussi à chanter.

Dans le lit à côté de Luke, Becca se réveilla. Ses yeux s’ouvrirent et elle se mit à haleter. Elle tourna la tête de droite à gauche, comme si elle était prête à sauter hors du lit. Elle vit Luke mais elle n’eut pas l’air de le reconnaître.

Luke enleva ses écouteurs. « Becca, » dit-il.

« Luke ? »

« Oui. »

« Est-ce que tu peux me prendre dans tes bras ? »

« Bien sûr. »

Il referma l’ordinateur et se glissa dans le lit, à côté d’elle. Son corps était chaud. Il regarda son visage, aussi beau que celui de n’importe quel mannequin. Elle se serra contre lui. Il la prit dans ses bras et la serra très fort.

C’était mieux que regarder le discours de la Présidente.

Dans le couloir et un peu partout dans le pays, dans les bars, les restaurants, les maisons, les voitures, les gens chantaient.




CHAPITRE QUATRE


7 juin

20h51

Laboratoire national de Galveston, campus de l’antenne médicale de l’Université du Texas – Galveston, Texas



« Tu travailles de nouveau tard, Aabha ? » dit une voix venant d’en haut.

La fille exotique aux cheveux noirs était d’une beauté éthérée. Son nom voulait d’ailleurs dire ‘magnifique’ en hindi.

Elle fut surprise par la voix et elle sursauta légèrement. Elle portait une combinaison de confinement étanche et se trouvait au sein des installations de Biosécurité de Niveau 4 du laboratoire national de Galveston. La combinaison qui la protégeait lui donnait l’apparence d’une astronaute. Elle avait toujours détesté porter cette combinaison. Elle se sentait prise au piège à l’intérieur. Mais ça faisait partie de son boulot.

Sa combinaison était attachée à un tuyau jaune qui descendait du plafond. Le tuyau pompait de manière continue de l’air pur venant de l’extérieur des installations dans sa combinaison de confinement. Même si sa combinaison se déchirait, la pression positive venant du tuyau garantissait que l’air du laboratoire n’y entrerait pas.

Les laboratoires BSL-4 étaient les laboratoires avec le plus haut niveau de sécurité au monde. À l’intérieur, des scientifiques étudiaient des organismes hautement infectieux et mortels, qui constituaient de véritables menaces pour la sécurité et la santé publique. À cet instant précis, dans sa main gantée de bleu, Aabha tenait une fiole contenant le virus le plus dangereux connu au monde.

« Tu me connais, » dit-elle. Sa combinaison avait un micro intégré qui lui permettait de communiquer en circuit fermé avec le gardien qui l’observait. « Je suis un oiseau de nuit. »

« Je le sais. Je t’ai déjà vue ici bien plus tard que ça. »

Elle imagina l’homme qui l’observait. Il s’appelait Tom. C’était un homme en surpoids, d’âge moyen, et divorcé. Il n’y avait que lui et elle dans ce grand bâtiment vide et il n’avait rien d’autre à faire que l’observer. Il ne fallait pas qu’elle y pense de trop ou elle allait se sentir mal à l’aise.

Elle venait juste de prendre la fiole du congélateur. En se déplaçant prudemment, elle s’approcha de l’armoire de biosécurité où, dans des circonstances normales, elle ouvrirait la fiole et étudierait son contenu.

Mais ce soir, c’était un jour spécial. Ce soir, c’était la culmination d’années de préparation. Ce soir, c’était le grand jour.

Ses collègues du laboratoire, y compris Tom le gardien de nuit, étaient persuadés que son nom était Aabha Rushdie.

Mais ce n’était pas le cas.

Ils pensaient qu’elle était née dans une famille riche dans la ville de Delhi, au Nord de l’Inde, et que sa famille avait déménagé à Londres quand elle était enfant. Ça la faisait rire, rien que d’y penser. Rien de pareil ne lui était jamais arrivé.

Ils pensaient qu’elle avait obtenu un doctorat en microbiologie et une solide formation sur les laboratoires BSL-4 au King’s College de Londres. Ce n’était pas vrai, mais ça aurait aussi bien pu être le cas. Elle en savait autant que n’importe quel doctorant sur la manière de manier des virus et des bactéries, si pas plus.

La fiole qu’elle tenait en main contenait un échantillon lyophilisé du virus de l’Ebola, qui avait fait tant de ravages en Afrique au cours des dernières années. S’il s’agissait juste d’un échantillon du virus de l’Ebola pris sur un singe, une chauve-souris, ou même une victime humaine… ce serait déjà extrêmement dangereux à manier. Mais ce n’était pas que ça.

Aabha jeta un coup d’œil à l’horloge accrochée au mur. 20h54. Il lui restait une minute. Elle n’aurait plus très longtemps à attendre.

« Tom ? » dit-elle.

« Oui ? » répondit la voix.

« Tu as regardé la Présidente à la télé hier soir ? »

« Oui. »

Aabha sourit. « Et qu’est-ce que tu en as pensé ? »

« Penser ? Eh bien, je pense qu’on a de gros problèmes. »

« Vraiment ? Moi, je l’aime bien. Je trouve que c’est une femme avec du charisme. Dans mon pays… »

Les lumières du laboratoire s’éteignirent. Cela arriva sans prévenir – pas de clignotement, pas de signal sonore, rien. Pendant quelques secondes, Aabha resta immobile dans l’obscurité. Le bruit des ventilateurs et de l’équipement électrique qui était une constante au sein du laboratoire s’arrêta. Et ce fut le silence total.

Aabha mit dans sa voix ce qu’elle espérait être une note d’inquiétude.

« Tom ? Tom ! »

« Ça va, Aabha, tout va bien. Tiens bon. J’essaye de mettre mon… Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? Mes caméras ne fonctionnent plus. »

« Je ne sais pas. C’est juste… »

Des lampes jaunes d’urgence s’allumèrent et les ventilateurs se remirent en marche. Le faible éclairage donnait au laboratoire un air étrange, presque inquiétant. Tout était tamisé, à part les indications lumineuses de SORTIE, qui brillaient en rouge dans la semi-obscurité.

« Waouh, » dit-elle. « C’était effrayant. Pendant une minute, mon tuyau d’air a arrêté de fonctionner. Mais il s’est remis en marche maintenant. »

« Je ne sais pas ce qui s’est passé, » dit Tom. « On est sur l’électricité de réserve dans tout le bâtiment. On a pourtant des générateurs de secours qui auraient dû se mettre en route, mais ce n’est pas le cas. Je ne pense pas que ce soit jamais arrivé. Je n’ai toujours pas mes caméras. Ça va aller ? Tu pourras trouver la sortie ? »

« Oui, ça va, » dit-elle. « Un peu effrayée, mais ça va. Les signes lumineux de sortie sont allumés. Je peux les suivre, non ? »

« Tu peux. Mais il faut que tu respectes tout le protocole de sécurité, même dans l’obscurité. Douche chimique pour la combinaison, douche pour toi – tout ça. Si tu penses que tu ne vas pas pouvoir suivre le protocole, il faudra que tu attendes que je puisse t’envoyer quelqu’un ou jusqu’à ce que l’électricité revienne. »

La voix d’Aabha trembla un peu quand elle se mit à parler. « Tom, mon tuyau d’air s’est arrêté. Si ça arrive encore une fois… Disons juste que je n’ai pas envie d’être ici sans mon tuyau d’air. Je suis capable de suivre le protocole les yeux fermés. Mais il faut que je sorte d’ici. »

« OK. Mais tu respectes toutes les procédures à la lettre. Je te fais confiance. Mais il n’y a pas d’éclairage. On dirait qu’il va faire sombre partout, jusqu’à la sortie. Le sas ne fonctionnait plus mais il vient de se remettre en marche. C’est probablement mieux que tu sortes de là. Une fois que tu auras passé le sas, ça devrait aller. Dis-moi quand tu as passé le sas, OK ? Je préfère l’éteindre à nouveau pour économiser de l’énergie. »

« OK, » dit-elle.

Elle se déplaça lentement à travers l’obscurité en direction de la porte de sortie vers le sas, avec la fiole de l’Ebola toujours serrée dans sa main droite. Il lui faudrait vingt ou trente minutes pour suivre toute la procédure. Et elle n’allait pas le faire. Elle avait prévu de prendre des raccourcis à partir de maintenant. Ce serait la sortie la plus rapide d’un labo qu’ils aient jamais vue.

Tom continuait à lui parler. « Et aussi, veille bien à sécuriser tout le matériel et l’équipement avant de sortir. Il ne faudrait pas qu’un truc dangereux se mette à flotter dans l’air. »

Elle ouvrit la première porte et se faufila à travers. Juste avant de la refermer, elle entendit sa voix pour la dernière fois.

« Aabha ? » dit-il.



***



Aabha conduisait sa BMW Z4 décapotable, avec le toit ouvert.

C’était une nuit chaude et elle avait envie de sentir le vent dans ses cheveux. C’était sa dernière nuit à Galveston. C’était sa dernière nuit en tant qu’Aabha. Elle avait fini sa mission, et après cinq longues années sous couverture, cette partie de sa vie était terminée.

C’était une sensation vraiment agréable de se débarrasser d’une identité comme si ce n’était rien d’autre qu’un vêtement sale. C’était un vrai sentiment de liberté, c’était exaltant. Elle avait l’impression d’être une actrice dans une publicité.

Ça faisait longtemps qu’elle en avait marre de la sérieuse et studieuse Aabha. Quelle serait sa prochaine identité ? C’était une question agréable à se poser.

Le trajet jusqu’à la marina était assez court, juste quelques kilomètres. Elle sortit de l’autoroute et entra sur le parking. Elle prit son sac dans le coffre et laissa les clés dans la boîte à gants. Dans environ une heure, une femme qu’elle n’avait jamais vue mais qui lui ressemblait, récupérerait la voiture pour la conduire loin de là. Sa voiture serait à trois cents kilomètres de là demain matin.

Ça la rendait un peu triste parce qu’elle adorait vraiment cette voiture.

Mais qu’est-ce que c’était qu’une voiture ? Rien d’autre que des pièces soudées et vissées ensemble. Quelque chose d’abstrait, en fait.

Elle traversa la marina sur ses hauts talons, qui résonnaient sur le sol carrelé. Elle passa à côté de la piscine, qui était fermée à cette heure-ci de la nuit, mais éclairée par une lumière bleue surnaturelle venant du fond. Les toits en chaume des petits abris à pique-nique bruissaient sous l’effet du vent. Elle descendit une rampe jusqu’au premier embarcadère.

De là où elle se trouvait, elle pouvait voir le grand bateau qui se trouvait sur l’eau et qui illuminait la nuit, bien au-delà du labyrinthe des embarcadères. Le bateau, un yacht de 80 mètres, était bien trop grand pour pouvoir s’approcher de la marina. C’était un hôtel flottant, avec une discothèque, une piscine, un jacuzzi, une salle de fitness, et son propre hélicoptère. C’était un château mobile, construit pour un roi.

Un petit bateau à moteur l’attendait à l’embarcadère. Un homme lui offrit sa main pour l’aider à passer de l’embarcadère au bateau. Elle s’assit à l’arrière et regarda l’homme dénouer les amarres pendant que le pilote mettait le moteur en marche.

S’approcher du yacht dans ce petit bateau à moteur, c’était comme piloter un minuscule vaisseau spatial vers le croiseur interstellaire le plus énorme de l’univers. Ils n’accostèrent même pas. Le bateau à moteur se plaça derrière le yacht et un autre homme l’aida à grimper l’échelle qui menait au pont. Cet homme était Ismail, le fameux assistant.

« Tu as l’agent biologique ? » dit-il, quand elle fut montée à bord.

Elle eut un petit sourire sarcastique. « Salut, Aabha, comment vas-tu ? » dit-elle. « Ça fait plaisir de te voir. Je suis content que tu t’en sois sortie indemne. »

Il fit un geste de la main, comme pour balayer son commentaire sarcastique. « Salut, Aabha. La même chose que tu viens de dire. Tu as l’agent biologique ? »

Elle mit la main dans son sac et en sortit la fiole contenant le virus de l’Ebola. Pendant une fraction de seconde, elle eut une envie furieuse de le jeter à l’océan. Mais au lieu de ça, elle le leva devant lui pour qu’il puisse l’inspecter. Il l’observa attentivement.

« Ce truc minuscule ? » dit-il. « C’est incroyable. »

« J’ai sacrifié cinq ans de ma vie pour ce truc, » dit Aabha.

Ismail sourit. « Oui, mais dans une centaine d’années, les gens chanteront encore les louanges d’une héroïne du nom d’Aabha. »

Il tendit la main comme si Aabha allait lui donner la fiole.

« Je la lui donnerai moi-même, » dit-elle.

Ismail haussa les épaules. « Comme tu veux. »

Elle grimpa une volée de marches éclairées d’une lueur verte et entra dans la cabine principale à travers une porte vitrée. L’énorme cabine avait un long comptoir contre l’un des murs, plusieurs tables et une piste de danse au milieu. Son boss l’utilisait pour y organiser des fêtes. Aabha s’était retrouvée une fois dans cette salle à Berlin, quand elle avait été transformée en une véritable discothèque – seulement des places debout, de la musique hurlant tellement fort que les murs semblaient vibrer sous l’effet du volume, des stroboscopes, des corps collés les uns aux autres sur la piste de danse. Mais aujourd’hui, la salle était silencieuse et déserte.

Elle traversa un couloir au tapis rouge avec une demi-douzaine de cabines de chaque côté, avant de grimper une autre volée de marches. En haut de l’escalier, il y avait un autre couloir. Elle se trouvait maintenant en plein cœur du yacht et la plupart des invités n’allaient jamais aussi loin. Elle atteignit le bout du couloir et frappa à la double porte qui se trouvait au fond.

« Entrez, » dit la voix d’un homme.

Elle ouvrit la porte de gauche et entra. Cette pièce ne cessait jamais de l’impressionner. C’était la chambre à coucher principale, située juste en-dessous de la cabine de pilotage. En face d’elle, une énorme baie vitrée incurvée offrait une vue sur la direction que prenait le yacht, mais aussi sur tout ce qui se trouvait sur la gauche et la droite. La plupart du temps, cette baie vitrée offrait une vue sur l’océan infini.

Sur la gauche, il y avait un coin salon avec un grand canapé modulable. Il y avait également deux fauteuils, une table et quatre chaises, et une énorme télé à écran plat accrochée au mur, avec une longue barre audio juste en-dessous. Un grand bar se trouvait près du mur, dans le coin.

À sa droite, se trouvait l’énorme lit king size fait sur mesure, avec un miroir accroché au plafond juste au-dessus. Le propriétaire de ce bateau aimait beaucoup s’amuser et ce lit pouvait facilement accueillir quatre ou cinq personnes.

Juste devant le lit, se trouvait le propriétaire. Il portait un pantalon de soie blanche, une paire de sandales et rien d’autre. Il était grand et il avait la peau basanée. Il devait avoir peut-être la quarantaine, ses cheveux étaient poivre et sel, et sa courte barbe commençait à devenir légèrement blanche. Il était vraiment très beau, avec des yeux bruns très profonds.

Son corps était sec, musclé, et parfaitement proportionné en un triangle inversé – de larges épaules et torse, se rétrécissant vers des abdominaux bien tracés et une taille étroite, avec des jambes bien musclées. Sur son pectoral gauche, il y avait le tatouage d’un énorme cheval noir, un pur-sang arabe. Il possédait toute une série de purs-sangs et il considérait cet animal comme son symbole personnel. C’étaient des animaux forts, virils, royaux, tout comme lui.

Il avait l’air en forme, plein de vitalité et bien reposé, comme tout homme immensément riche avec un accès aisé à des entraîneurs personnels qualifiés, aux meilleurs aliments et à des médecins prêts à administrer des traitements hormonaux précis pour lutter contre le processus de vieillissement. En un mot, il était magnifique.

« Aabha, ma chérie. Quel personnage seras-tu après ce soir ? »

« Omar, » dit-elle. « Je t’ai apporté un cadeau. »

Il sourit. « Je n’ai jamais douté de toi. Pas un seul instant. »

Il lui fit signe de s’approcher et elle obéit. Elle lui tendit la fiole, mais il la posa sur la table de nuit à côté du lit, sans même la regarder.

« Plus tard, » dit-il. « On verra ça plus tard. »

Il l’attira vers lui et la prit dans ses bras. Elle appuya son visage dans son cou et sentit son odeur, l’odeur subtile de son eau de Cologne et l’odeur plus concrète de son corps. Il aimait qu’on sente son odeur. Et elle trouvait ça excitant. Tout en lui l’excitait en fait.

Il se retourna et la pressa contre le lit, à plat ventre. Elle se laissa faire. Elle en avait envie. Un instant plus tard, elle se tordait de plaisir pendant que ses mains la déshabillaient et parcouraient son corps. Sa voix profonde lui murmura des choses à l’oreille, des mots qui l’auraient normalement choquée mais qui, ici, dans cette chambre, la faisaient gémir d’un plaisir animal.

***



Quand Omar se réveilla, il était seul.

Et c’était tant mieux. Elle savait ce qu’il aimait. Quand il dormait, il n’aimait pas être dérangé par les mouvements et les bruits d’autres personnes. Le sommeil, c’était fait pour se reposer. Ce ne devait pas être une lutte.

Le bateau se déplaçait. Ils avaient quitté Galveston, exactement à l’heure prévue, et ils traversaient le Golfe du Mexique en direction de la Floride. Demain, ils jetteraient l’ancre près de Tampa, et la petite fiole qu’Aabha lui avait apportée rejoindrait la terre ferme.

Il tendit la main vers la table de chevet et prit la fiole. C’était une fiole toute simple, faite de plastique épais et fermée par un bouchon rouge. Le contenu semblait vraiment insignifiant. On aurait dit un tas de poussière.

Et pourtant…

Il en avait le souffle coupé ! De détenir ce pouvoir, le pouvoir de vie ou de mort. Et pas seulement sur une seule personne – mais le pouvoir de tuer beaucoup de monde. Le pouvoir de détruire une nation entière. Le pouvoir de tenir des pays en otage. Le pouvoir de guerre totale. Le pouvoir de se venger.

Il ferma les yeux et prit une profonde inspiration, pour essayer de se calmer. Ça avait été risqué de venir à Galveston en personne, et ce n’était pas nécessaire en soi. Mais il avait eu envie d’être présent au moment où une telle arme passait en sa possession. Il avait envie de tenir cette arme en main et d’en sentir le pouvoir.

Il reposa la fiole sur la table de chevet, enfila son pantalon, et sortit du lit. Il enfila un t-shirt du Manchester United et sortit sur le pont. Il y trouva Aabha, assise dans une chaise longue et observant les étoiles et l’immensité de l’océan qui les entourait.

Un garde du corps se tenait silencieusement près de la porte.

Omar fit un geste à l’homme, qui se déplaça près de la rambarde.

« Aabha, » dit Omar. Elle tourna son visage vers lui et il vit combien elle avait l’air fatiguée.

Elle sourit et il lui sourit en retour. « Tu as fait quelque chose d’incroyable, » dit-il. « Je suis vraiment très fier de toi. Peut-être qu’il serait temps que tu te reposes. »

Elle hocha la tête. « Je suis vraiment fatiguée. »

Omar se pencha en avant et leurs lèvres se rejoignirent. Il l’embrassa profondément, savourant son odeur et le souvenir des courbes de son corps.

« Pour toi, ma chérie, le repos est plus que mérité. »

Omar jeta un coup d’œil en direction du garde du corps. C’était un homme robuste et de grande taille. Il sortit un sac en plastique de la poche de sa veste, se plaça derrière elle et, d’un mouvement rapide, il lui passa le sachet sur la tête et se mit à serrer.

Le corps d’Aabha devint instantanément électrique. Elle leva les bras et essaya de le griffer et de se défendre. Ses jambes s’agitèrent sous elle et elle tomba de sa chaise. Elle lutta mais c’était peine perdue. L’homme était bien trop fort. Ses poignets et ses avant-bras étaient crispés, tous ses muscles étaient tendus.

À travers le sac transparent, son visage devint un masque de terreur et de détresse, ses yeux s’écarquillèrent. Sa bouche était grande ouverte et cherchait de l’air sans en trouver. Au lieu d’oxygène, elle respirait du plastique.

Son corps se tendit et devint rigide. Elle s’inclina légèrement en avant. Petit à petit, elle commença à se calmer. Ses forces diminuèrent et l’abandonnèrent, avant d’arrêter totalement de bouger. Le garde du corps la laissa lentement s’effondrer sur sa chaise et il accompagna le mouvement de son corps. Maintenant qu’elle était morte, il la traitait avec tendresse.

L’homme prit une profonde inspiration et regarda Omar.

« Qu’est-ce que je fais d’elle ? »

Omar regarda la nuit noire qui l’entourait.

C’était triste de tuer une fille comme Aabha, mais elle n’était plus toute blanche. Bientôt, peut-être même déjà demain matin, les Américains allaient se rendre compte que le virus avait disparu. Ils découvriraient très vite qu’Aabha était la dernière personne présente dans le laboratoire et qu’elle était là quand les lumières s’étaient éteintes.

Ils se rendraient compte que la coupure d’électricité avait été causée par un câble souterrain délibérément sectionné, et que les générateurs de secours ne s’étaient pas mis en marche par suite d’un sabotage minutieusement préparé depuis des semaines. Ils rechercheraient désespérément Aabha, et ils ne devaient jamais la retrouver.

« Demande de l’aide à Abdul. Il a des seaux vides et du ciment à séchage rapide dans le casier à équipement en bas, près de la salle des moteurs. Amène-la là-bas. Entoure-lui les pieds et les mollets de ciment et jette-la à l’endroit le plus profond de l’océan. Au moins trois cents mètres de profondeur, ou plus. C’est facile de le savoir, non ? »

L’homme hocha la tête. « Oui, monsieur. »

« Parfait. Après ça, assure-toi que tous mes draps, oreillers et couvertures soient lavés. Il faut faire attention à détruire toute preuve. Si jamais les Américains venaient à fouiller ce bateau, je ne veux pas qu’ils retrouvent l’ADN de cette fille. »

L’homme hocha la tête. « Ce sera fait. »

« Très bien, » dit Omar.

Il laissa son garde du corps avec le cadavre d’Aabha et retourna dans sa chambre à coucher. Il était temps de prendre un bain chaud.




CHAPITRE CINQ


10 juin

11h15

Comté de Queen Anne, Maryland – Côte orientale de la baie de Chesapeake



« Peut-être qu’on devrait vendre la maison, alors, » dit Luke.

Il parlait de leur ancienne maison de campagne en front de mer, à vingt minutes de l’endroit où ils se trouvaient actuellement. Luke et Becca avaient loué une autre maison, beaucoup plus spacieuse et moderne, pour les deux semaines à venir. Luke préférait cette maison-ci mais ils étaient uniquement là parce que Becca refusait de retourner dans leur ancienne maison.

Et c’était tout à fait compréhensible. Quatre jours plus tôt, Becca et Gunner avaient été enlevés de cette maison. Et Luke n’avait pas été là pour les protéger. Ils auraient pu être tués. Ça aurait pu finir en drame.

Il regarda par la grande fenêtre de la cuisine. Gunner était dehors, en jean et en t-shirt, et jouait à un jeu imaginaire, comme seuls les enfants de neuf ans peuvent le faire. Dans quelques minutes, Gunner et Luke allaient sortir le bateau et aller pêcher.

En voyant son fils, Luke fut pris d’un accès de panique.

Et si Gunner avait été tué ? Et s’ils avaient tous les deux disparu et qu’ils ne les avait jamais retrouvés ? Et si dans deux ans, Gunner ne jouait plus à des jeux imaginaires ? C’était un véritable fouillis dans la tête de Luke.

Oui, c’était horrible. Et ça n’aurait jamais dû arriver. Mais ils avaient fait face à des problèmes encore plus importants. Luke, Ed Newsam et une petite poignée d’autres personnes avaient réussi à déjouer une violente tentative de coup d’état, et ils avaient remis en place ce qui restait du gouvernement démocratiquement élu des États-Unis. Il était possible qu’ils aient sauvé la démocratie américaine elle-même.

C’était une bonne chose, mais Becca ne semblait pas très intéressée par ça pour l’instant.

Elle était assise à la table de la cuisine dans un peignoir bleu et elle buvait sa deuxième tasse de café. « C’est facile à dire pour toi. Cette maison est dans ma famille depuis une centaine d’années. »

Les longs cheveux de Rebecca flottaient sur ses épaules. Ses yeux bleus étaient encadrés par des cils épais. Luke trouva que ses traits avaient l’air tirés. Et ça le rendait malade. Il était malade de penser à tout ce qui était arrivé, mais il ne savait pas quoi lui dire pour qu’elle se sente mieux.

Une larme coula sur la joue de Becca. « Mon jardin est là-bas, Luke. »

« Je sais. »

« Je ne peux plus travailler dans mon jardin parce que j’ai peur. J’ai peur dans ma propre maison, une maison où je vais depuis que je suis née. »

Luke resta silencieux.

« Et monsieur et madame Thompson… ils sont morts. Tu le sais ça, non ? Ces hommes les ont tués. » Elle regarda Luke d’un air dur. Ses yeux exprimaient la colère. Becca avait tendance à se fâcher sur lui, parfois pour des broutilles. Parce qu’il n’avait pas fait la vaisselle ou il avait oublié de sortir les poubelles. Quand elle était fâchée sur lui, elle avait un regard semblable à celui qu’elle avait pour l’instant. Luke l’appelait le regard de reproche. Et à cet instant précis, pour Luke, ce regard était de trop.

Il revit mentalement l’image de ses voisins, monsieur et madame Thompson. Si Hollywood devait faire un casting pour un gentil couple âgé de voisins, ce seraient exactement les Thompson. Il les aimait beaucoup et il n’aurait jamais voulu que leur vie se termine ainsi. Mais beaucoup de personnes sont mortes ce jour-là.

« Becca, je n’ai pas tué les Thompson, OK ? Je suis désolé qu’ils soient morts et je suis vraiment désolé que vous ayez été enlevés, toi et Gunner – j’en serai désolé le reste de ma vie et je ferai tout mon possible pour arranger les choses. Mais ce n’est pas moi qui ai fait tout ça. Je n’ai pas tué les Thompson. Je n’ai pas envoyé des hommes pour vous enlever. On dirait que tu mélanges tout dans ton esprit et je ne suis pas d’accord. »

Il fit une pause. Ça aurait été un bon moment pour arrêter de parler mais il ne le fit pas. Les mots sortaient de sa bouche comme un raz-de-marée.

« Tout ce que j’ai fait, c’est lutter à travers un blizzard de coups de feu et de bombes. Des gens ont essayé de me tuer toute la journée et toute la nuit. On m’a tiré dessus, une bombe a explosé près de moi, on a essayé de me tuer sur la route. Et j’ai sauvé la Présidente des États-Unis, ta Présidente, d’une mort certaine. C’est ça, ce que j’ai fait. »

Il haleta, comme s’il venait de faire un sprint.

Il regrettait tout. C’était vrai. Ça lui faisait du mal de penser que le boulot qu’il faisait pouvait lui avoir causé de la peine. Ça lui faisait plus mal qu’elle ne pourrait jamais l’imaginer. C’était exactement la raison pour laquelle il avait quitté ce boulot l’année dernière, mais il avait été rappelé cette nuit-là – une nuit qui s’était prolongée par une journée et une autre nuit interminable. Une nuit durant laquelle il avait pensé qu’il avait perdu sa famille à jamais.

Becca ne lui faisait plus confiance. Il le voyait bien. Sa présence l’effrayait. Il était la raison de tout ce qui leur était arrivé. Il vivait une vie dangereuse, il était téméraire et il allait finir par les faire tuer, elle et leur seul fils.

Des larmes coulèrent silencieusement sur le visage de Becca. Une longue minute s’écoula.

« Est-ce que ça a vraiment de l’importance ? » dit-elle.

« Quoi ? »

« Est-ce que ça a vraiment de l’importance qui est le Président ? Si Gunner et moi, on avait été tués, est-ce que ça aurait vraiment été important pour toi de savoir qui était Président des États-Unis ? »

« Mais vous êtes vivants, » dit-il. « Vous n’êtes pas morts. Vous êtes vivants et vous allez bien. C’est une grosse différence. »

« OK, » dit-elle. « Oui, c’est vrai, on est vivant. » Mais c’était un consentement sans en être un.

« Il faut que je te dise quelque chose, » dit Luke. « Je prends ma retraite. J’arrête. Il se pourrait que j’aie encore quelques réunions dans les prochains jours, mais je ne pars plus en mission. J’ai fait ma part. Maintenant, c’est fini. »

Elle secoua légèrement la tête. Comme si elle n’avait plus l’énergie pour bouger. « Tu as déjà dit ça. »

« Oui. Mais cette fois-ci, je le pense. »



***



« Il faut que le bateau soit toujours bien en équilibre. »

« OK, » dit Gunner.

Lui et son père étaient occupés à charger le bateau d’équipement. Gunner portait un jean, un t-shirt et un grand chapeau de pêcheur pour protéger son visage du soleil. Il portait également des lunettes de soleil Oakley que son père lui avait données. Il avait d’ailleurs exactement les mêmes.

Le t-shirt n’était pas trop mal – il était inspiré du film 28 jours plus tard, un film d’horreur britannique plutôt sympa avec des zombies. Le problème, c’est qu’il n’y avait aucun zombie sur le t-shirt. C’était juste un symbole rouge de danger biologique sur un fond noir. Il se dit que c’était logique. Les zombies dans le film n’étaient pas vraiment des morts-vivants. C’étaient des gens qui avaient été infectés par un virus.

« Positionne cette glacière de travers, » dit son père.

Son père utilisait parfois des mots bizarres quand ils allaient pêcher. Ça faisait souvent rire Gunner. « De travers ! » cria-t-il. « Oui, mon capitaine. »

Son père fit un mouvement de la main pour indiquer la position qu’il voulait ; de travers, vers le milieu, et non pas à l’arrière là où Gunner l’avait placée. Gunner fit glisser la grosse glacière bleue pour la mettre à l’endroit indiqué.

Ils étaient debout, l’un en face de l’autre. Son père le regarda d’un air bizarre, derrière ses lunettes de soleil. « Comment est-ce que tu te sens ? »

Gunner hésita. Il savait qu’ils étaient préoccupés à son sujet. Il les avait entendus murmurer son nom pendant la nuit. Mais il allait bien. Vraiment. Il avait eu très peur et il était toujours un peu effrayé. Il avait également beaucoup pleuré et c’était tant mieux. Il fallait parfois pleurer. Il ne fallait pas garder ses sentiments pour soi.

« Gunner ? »

Apparemment, il ferait mieux d’en parler.

« Papa, tu tues parfois des gens, n’est-ce pas ? »

Son père hocha la tête. « Oui, parfois. Ça fait partie de mon boulot. Mais je ne tue que les méchants. »

« Et comment est-ce que tu fais la différence ? »

« C’est parfois difficile à dire. Mais parfois, c’est très facile. Les méchants font du mal aux gens qui sont plus faibles qu’eux, ou à des personnes innocentes qui ne demandent rien à personne. Mon boulot, c’est de les empêcher de faire ça. »

« Comme les hommes qui ont tué le Président ? »

Son père hocha la tête.

« Tu les as tués ? »

« J’en ai tué quelques-uns, oui. »

« Et les hommes qui nous ont enlevés, maman et moi ? Tu les as aussi tués ? »

« Oui. »

« Je suis content que tu l’aies fait, papa. »

« Moi aussi, petit monstre. C’était exactement le genre de types qu’il fallait tuer. »

« Est-ce que tu es le meilleur tueur au monde ? »

Son père secoua la tête et sourit. « Je ne sais pas. Je ne pense pas qu’il y ait un classement des meilleurs tueurs. Ce n’est pas vraiment un sport. Il n’y a pas de champion du monde. Dans tous les cas, je veux que tu saches que j’arrête. Je veux passer plus de temps avec toi et ta maman. »

Gunner y réfléchit un instant. Il avait vu hier une émission sur son père à la télé. C’était juste une très brève présentation, mais ils avaient montré la photo et le nom de son père, ainsi qu’une vidéo de lui quand il était plus jeune et à l’armée. Luke Stone, opérations Delta Force. Luke Stone, Équipe d’intervention spéciale du FBI. Luke Stone et son équipe avaient sauvé le gouvernement des États-Unis.

« Je suis fier de toi, papa. Même si tu ne deviens jamais champion du monde. »

Son père se mit à rire. Il fit un geste en direction du ponton. « Alors, prêt à y aller ? »

Gunner acquiesça d’un mouvement de tête.

« On va prendre un peu le large, jeter l’ancre, et voir si on peut trouver quelques bars qui se nourrissent à marée descendante. »

Gunner hocha la tête. Ils s’éloignèrent du ponton et commencèrent à prendre le large. Il s’accrocha au bord du bateau au moment où ils commencèrent à prendre de la vitesse.

Gunner observait l’horizon devant eux. C’était son boulot de guetter et il devait garder les yeux bien ouverts et rester sur le qui-vive, comme le disait son père. Ils étaient allés pêcher à trois reprises pendant le printemps, mais ils étaient à chaque fois revenus bredouilles. Quand tu allais pêcher et que tu n’attrapais rien, son père appelait ça ‘se faire avoir’. Et pour l’instant, ils s’étaient beaucoup fait avoir.

Quelques instants plus tard, Gunner repéra des clapotis au loin à tribord. Des hirondelles de mer étaient occupées à plonger, se lançant dans l’eau telles des bombes.

« Hé, regarde ! »

Son père hocha la tête et sourit.

« Des bars, peut-être ? »

Son père secoua la tête. « Des tassergals. » Avant d’ajouter : « Accroche-toi. »

Il lança le moteur à pleine puissance et le bateau se mit à filer sur l’eau à toute vitesse, tandis que la proue se relevait tel le nez d’un avion. Gunner fut presque projeté en arrière. Une minute plus tard, son père ralentit en s’approchant de l’endroit repéré par Gunner et la proue du bateau se rabaissa.

Gunner attrapa les deux longues cannes à pêche qui se trouvaient à l’avant du bateau. Il en tendit une à son père et lança sa ligne sans attendre. Presque tout de suite, il sentit quelque chose tirer. Sa canne à pêche commença à bouger, animée par une vie sous-marine. Une force invisible faillit la lui arracher des mains. La ligne se brisa et la tension cessa immédiatement. Le tassergal était parvenu à s’enfuir. Il se retourna vers son père, et il vit que ce dernier avait également une prise. Sa canne était presque pliée en deux.

Gunner attrapa un filet et se prépara à l’aider. Un tassergal très énervé – de couleur argentée, bleue, verte et blanche – fut sorti de l’eau et amené sur le pont.

« Un beau poisson. »

« Et qui vient mettre fin à une série de défaites ! »

Le tassergal se tordait sur le pont, attrapé dans les mailles vertes du filet.

« On va le garder ? »

« Non. Grâce à lui, c’en est fini de se faire avoir, mais on est là pour les bars. Les tassergals, ce sont de beaux poissons, mais les bars rayés sont plus gros et meilleurs au barbecue. »

Ils relâchèrent le poisson – Gunner regarda comment son père prenait le tassergal frétillant en main et lui retirait l’hameçon, avec ses doigts à seulement quelques centimètres de ses dents. Son père fit tomber le poisson sur le côté du bateau où, en un coup de queue, il s’enfonça dans les profondeurs.

Le poisson avait à peine disparu que le téléphone de son père se mit à sonner. Son père sourit et regarda le téléphone. Puis il le mit de côté, où il continua à sonner. Après un moment, il s’arrêta, mais dix secondes plus tard, il se remit à sonner.

« Tu ne vas pas répondre ? » dit Gunner.

Son père secoua la tête. « Non. En fait, je pense que je vais l’éteindre. »

Gunner sentit la peur lui serrer le ventre. « Mais papa, il faut que tu répondes. Et si c’était urgent ? Et si les méchants étaient de nouveau là ? »

Son père regarda longuement Gunner. Quand son téléphone recommença à sonner, il décrocha.

« Stone, » dit-il.

Il fit une pause et son visage s’assombrit. « Salut, Richard. Oui, le chef de cabinet de Susan. Bien sûr. J’ai entendu parler de vous. Écoutez… Vous savez que je prends quelques vacances, non ? Je n’ai même pas encore décidé si je fais encore partie de l’Équipe d’intervention spéciale, ou peu importe comment vous l’appelez maintenant. Oui, je comprends, mais il y a toujours quelque chose d’urgent. Personne ne m’appelle jamais chez moi pour me dire que ce n’est pas urgent. OK… OK. Si la Présidente veut vraiment une réunion, alors elle peut m’appeler personnellement. Elle sait comment me joindre. OK ? Merci. »

Quand son père raccrocha, Gunner le regarda. Il n’avait pas l’air d’autant s’amuser qu’avant. Gunner savait que si la Présidente appelait, son père allait rapidement faire ses bagages pour partir quelque part. Une autre mission, peut-être d’autres méchants à tuer. Et il laisserait à nouveau Gunner et sa mère tous seuls à la maison.

« Papa, est-ce que la Présidente va t’appeler ? »

Son père ébouriffa les cheveux de Gunner. « J’espère pas. Et maintenant, si on allait attraper quelques bars pour le dîner ? »



***



Des heures plus tard, la Présidente n’avait toujours pas appelé.

Luke et Gunner avaient attrapé trois beaux bars rayés, et Luke montrait à Gunner comment les vider, les nettoyer et les découper en filets. Ce n’était pas la première fois qu’il le lui montrait mais c’était en répétant qu’on apprenait. Becca participait et avait apporté une bouteille de vin sur le porche, ainsi que des crackers et du fromage.

Luke commençait juste à allumer le barbecue quand son téléphone sonna.

Il regarda sa famille. Ils s’étaient figés à la première sonnerie. Il échangea un regard avec Becca. Il n’était pas trop sûr de savoir ce qu’elle pensait. Mais quoi que ce fut, ce n’était pas une approbation. Il décrocha son téléphone.

Il entendit la voix grave d’un homme : « Agent Stone ? »

« Oui. »

« Je vous passe la Présidente des États-Unis. »

Il resta immobile pendant un instant.

Puis la connexion se fit et il entendit sa voix. « Luke ? »

« Susan. »

Il la revit, au moment où elle encourageait tout le pays à chanter ‘God Bless America.’ Ça avait été un moment incroyable mais c’était tout ce que c’était, un bref moment. Et c’était le genre de choses pour lesquelles les politiciens étaient doués. C’était presque un petit numéro pour eux.

« Luke, on est en pleine crise. »

« Susan, il y a toujours une crise. »

« Là, je suis dans la merde jusqu’au cou. »

Jolie expression qu’il n’avait plus entendue depuis longtemps.

« On organise une réunion. Ici, à la maison. J’ai besoin que tu sois là. »

« Quand ? »

Elle n’hésita pas une seconde. « Dans une heure. »

« Susan, je suis à deux heures de route. Et ça, c’est dans les bons jours. Et pour l’instant, la moitié des routes sont fermées au trafic. »

« Tu n’auras pas besoin de conduire. Un hélicoptère vient te chercher. Il sera là dans quatorze minutes. »

Luke regarda à nouveau sa famille. Becca s’était versé un verre de vin et lui tournait le dos. Elle regardait le soleil de fin d’après-midi plonger vers l’eau de la baie. Gunner avait les yeux fixés sur le poisson et sur le barbecue.

« OK, » dit Luke.




CHAPITRE SIX


18h45

Observatoire naval des États-Unis – Washington



« Agent Stone, je suis Richard Monk, le chef de cabinet de la Présidente. On s’est parlé au téléphone tout à l’heure. »

Luke venait d’arriver à l’héliport de l’Observatoire naval cinq minutes plus tôt. Il serra la main de Richard, un homme de grande taille, bien taillé, qui devait avoir près de la quarantaine, probablement l’âge de Luke. Il portait une chemise bleue avec les manches relevées jusqu’aux coudes. Sa cravate était de travers. Son torse avait l’air bien musclé, comme dans une pub pour un magazine pour hommes. Il devait être du genre à travailler dur mais également à prendre soin de lui. C’est ce qui semblait ressortir de l’allure générale de Richard Monk.

Ils traversèrent le couloir en marbre de la Nouvelle Maison Blanche, en direction d’une double porte qui se trouvait au fond. « Nous avons transformé l’ancienne salle de réunion en salle de crise, » dit Monk. « C’est encore en cours, mais on y est presque. »

« Vous avez de la chance d’être encore en vie, non ? » dit Luke.

L’homme perdit un peu de son assurance pendant une fraction de seconde. Il hocha la tête. « La Vice… enfin, elle était Vice-Présidente à l’époque. La Présidente et moi-même, ainsi que d’autres membres de notre staff, nous étions sur la côte Ouest quand le Président Hayes lui a demandé de revenir sur la côte Est. Ce fut très soudain. Je suis resté à Seattle avec d’autres pour régler quelques affaires. Quand l’explosion a eu lieu à Mount Weather… »

Il secoua la tête. « C’est horrible. Mais oui, j’aurais pu m’y trouver aussi. »

Luke hocha la tête. Ils étaient encore occupés à sortir des cadavres de Mount Weather, des jours après la catastrophe. Plus de trois cents morts pour l’instant, et ce n’était pas fini. Parmi eux, se trouvaient l’ancien Secrétaire d’État, l’ancien ministre de l’éducation, l’ancien ministre de l’intérieur, le chef de la NASA, et des dizaines de Représentants et Sénateurs des États-Unis.

Les pompiers avaient seulement réussi à éteindre l’incendie souterrain hier.

« Quelle est cette crise pour laquelle Susan m’a fait appeler ? » dit Luke.

Monk fit un geste en direction de la porte au fond du couloir. « La Présidente Hopkins est dans la salle de réunion, avec ses principaux collaborateurs. Je préfère leur laisser vous informer de la situation. »

Ils passèrent la double porte et entrèrent dans la salle. Plus d’une dizaine de personnes étaient déjà assises à une grande table ovale. Susan Hopkins, Présidente des États-Unis, était assise tout au bout. Elle paraissait toute petite, entourée d’hommes de grande taille. Deux agents des services secrets se tenaient de chaque côté d’elle. Trois autres se trouvaient dans différents coins de la salle.

Un homme à l’air nerveux se tenait en bout de table. Il était grand, chauve, un peu bedonnant. Il portait des lunettes et un costume mal taillé. Luke le jaugea en quelques secondes. Il n’avait pas l’air habitué à ce genre d’endroits et il semblait avoir de très gros ennuis. Il ressemblait à un homme qui était cuisiné de toutes parts.

Susan se mit debout. « Avant de commencer, je voudrais vous présenter l’agent Luke Stone, qui faisait anciennement partie de l’Équipe spéciale d’intervention du FBI. Il m’a sauvé la vie il y a quelques jours, et il a joué un rôle important dans la sauvegarde de la République telle qu’on la connaît. Et ce n’est pas une exagération. Je ne crois pas avoir jamais rencontré auparavant un agent aussi chevronné, aussi compétent et aussi courageux face à l’adversité. C’est un honneur pour notre nation, pour nos forces armées et pour nos services de renseignements d’avoir formé et entraîné des hommes et des femmes comme l’agent Stone. »

Tout le monde se mit debout et commença à applaudir. Aux yeux de Luke, ces applaudissements lui paraissaient guindés et formels. Ils devaient applaudir. La Présidente voulait qu’ils le fassent. Il leva la main pour essayer de les arrêter, mais sans y parvenir. Cette situation était vraiment absurde.

« Bonjour, » dit-il, quand les applaudissements cessèrent. « Désolé d’être en retard. »

Luke prit place sur une chaise vide. L’homme qui se trouvait en face de lui commença tout de suite à le fixer des yeux. Luke ne parvenait pas à savoir ce qu’il y avait dans le regard de cet homme. De l’espoir, peut-être ? Il avait l’air d’un quarterback désespéré, sur le point de faire une dernière passe en direction de Luke.

« Luke, » dit Susan. « Voici le docteur Wesley Drinan, directeur du laboratoire national de Galveston à l’unité médicale de l’Université du Texas. Il vient de nous informer d’une potentielle faille dans la sécurité au laboratoire de biosécurité de niveau 4. »

« Ah, » dit Luke. « OK. »

« Agent Stone, connaissez-vous un peu en quoi consistent les laboratoires de biosécurité de niveau 4 ? »

« Euh, vous pouvez m’appeler Luke. Je connais le terme. Mais vous pourriez peut-être m’en faire une présentation rapide. »

Drinan hocha la tête. « Bien sûr. Je vous explique ça en deux mots. Les laboratoires BSL-4 constituent le niveau le plus élevé de sécurité quand il s’agit de manier des agents biologiques. BSL-4 est le niveau requis pour travailler avec des virus et des bactéries dangereuses et exotiques qui présentent un haut risque d’infections en laboratoire, ainsi que ceux qui sont responsables de graves maladies mortelles chez les humains. Ce sont des maladies pour lesquelles aucun vaccin et aucun traitement ne sont actuellement disponibles. Il s’agit en général de maladies comme l’Ebola, la maladie de Marburg, et certains des nouveaux virus hémorragiques que nous commençons seulement à découvrir dans des régions perdues au fin fond de la jungle en Afrique ou en Amérique du Sud. On s’occupe aussi parfois de certains virus de la grippe qui ont récemment mutés, afin d’en comprendre le mécanisme de transmission, le taux d’infection, le taux de mortalité, etc. »

« OK, » dit Luke. « J’ai compris. Et quelque chose a été volé ? »

« On ne sait pas. Quelque chose a disparu. Mais on ne sait pas ce qui est arrivé. »

Luke resta silencieux. Il se contenta de hocher la tête pour l’encourager à continuer de parler.

« Il y a deux jours, il y a eu une coupure d’électricité le soir. C’est déjà très rare en soi. Mais ce qui est encore plus bizarre, c’est que nos générateurs de secours ne se sont pas mis en marche. Nos installations sont conçues pour que, dans le cas d’une coupure d’électricité, il y ait un passage sans heurts de l’électricité principale à celle de secours. Et ce n’est pas arrivé. Au lieu de ça, les installations se sont mises sur les réserves d’urgence, qui est un niveau de basse consommation qui ne fait fonctionner que les systèmes indispensables. »

« Quel genre de systèmes qui ne soient pas indispensables ont cessé de fonctionner ? » demanda Luke.

Drinan haussa les épaules. « L’éclairage, les ordinateurs, les caméras. »

« Les caméras de sécurité ? »

« Oui. »

« À l’intérieur des installations ? »

« Oui. »

« Il y avait quelqu’un à l’intérieur ? »

L’homme hocha la tête. « Il y avait deux personnes à l’intérieur à ce moment-là. L’une était le gardien de nuit, qui s’appelle Thomas Eder. Il travaille dans nos installations depuis quinze ans. Il se trouvait au poste de garde et pas à l’intérieur de la zone de confinement. On l’a interrogé, tout comme la police et le FBI. Il a répondu à toutes nos questions et se montre très coopératif. »

« Et qui d’autre ? »

« Il y avait une scientifique à l’intérieur de la zone de confinement. Elle s’appelle Aabha Rushdie. Elle est indienne. C’est une très belle personne et une scientifique très qualifiée. Elle a étudié à Londres, elle a suivi de nombreuses formations aux laboratoires BSL-4, et elle a l’habilitation de sécurité requise. Elle travaille avec nous depuis trois ans et j’ai directement travaillé avec elle à plusieurs reprises. »

« OK… » dit Luke.

« Quand l’électricité a été coupée, son tuyau d’air a temporairement cessé de fonctionner. C’est une situation potentiellement dangereuse. Elle s’est également retrouvée dans l’obscurité la plus totale. Elle a pris peur et apparemment, Thomas Eder lui aurait permis de sortir des installations sans suivre tout le protocole de sécurité requis. »´

Luke sourit. Ça semblait assez facile. « Et après ça, quelque chose avait disparu. »

Drinan hésita. « Le lendemain, on a fait l’inventaire et on a découvert qu’une fiole d’un virus très particulier de l’Ebola avait disparu. »

« Et quelqu’un a pu parler à cette madame Rushdie ? »

Drinan secoua la tête. « Elle a également disparu. Hier, sa voiture a été retrouvée par un fermier sur une propriété isolée dans la montagne, à quatre-vingts kilomètres à l’Ouest d’Austin. Selon la police d’état, une voiture abandonnée comme ça, c’est plutôt louche. Elle n’est pas chez elle. On a essayé de contacter sa famille à Londres, mais sans succès. »

« Est-ce qu’elle aurait eu une raison de voler le virus de l’Ebola ? »

« Non. C’est impossible à croire. J’y réfléchis depuis deux jours. L’Aabha que je connais n’est pas quelqu’un qui… je ne peux même pas arriver à le dire. Elle n’est pas comme ça. Je ne comprends pas ce qui s’est passé. J’ai peur qu’elle ait été enlevée ou qu’elle soit tombée entre les mains de criminels. J’en perds mes mots. »

« On n’en est même pas encore arrivé au pire, » dit brusquement Susan Hopkins. « Docteur Drinan, pourriez-vous dire à l’agent Stone en quoi consiste ce virus, s’il vous plaît ? »

Le docteur acquiesça d’un mouvement de tête. Il regarda Stone.

« Le virus a été militarisé. C’est le même que le virus de l’Ebola trouvé dans la nature, celui qui a tué plus de dix mille personnes au cours de l’épidémie en Afrique de l’Ouest, mais en pire. Il est plus virulent, il agit plus vite, il se transmet plus facilement et il a un taux plus élevé de mortalité. C’est une substance extrêmement dangereuse. Nous devons soit le récupérer, soit le détruire, soit pouvoir vérifier qu’il a été détruit. »

Luke se tourna vers Susan.

« Nous voulons que vous alliez à Galveston, » dit-elle. « Et voir ce que vous pouvez découvrir. »

C’étaient exactement les mots que Luke n’avait pas envie d’entendre. Au téléphone, elle l’avait invité à une réunion. Mais elle l’avait amené ici pour lui donner une mission.

« Est-ce qu’il serait possible d’en parler en privé ? » répondit-il.



***



« Je peux vous servir quelque chose ? » demanda Richard Monk. « Un café ? »

« Oui, je prendrais bien un café, » dit Luke.

Il n’avait pas spécialement envie d’un café, mais il avait accepté l’offre parce qu’il espérait que Monk quitterait la pièce. Mais il s’était trompé. Monk se contenta de prendre le téléphone et d’en commander pour lui.

Luke, Monk, et Susan étaient dans un petit salon à l’étage, près des quartiers où vivait normalement la famille. Mais Luke savait que la famille de Susan ne vivait pas là. Quand elle était Vice-Présidente, il n’avait pas trop fait attention à elle, mais il avait toujours eu l’impression qu’elle et son mari n’étaient pas très proches.

Luke s’assit confortablement dans l’un des fauteuils. « Susan, avant de commencer, il faut que je vous dise quelque chose. J’ai décidé de prendre ma retraite, avec effet immédiat. Je vous en informe avant de le dire aux autres, pour que vous puissiez trouver quelqu’un d’autre pour diriger l’équipe spéciale d’intervention. »

Susan resta silencieuse.

« Stone, » dit Monk, « ça vaut certainement mieux que vous le sachiez tout de suite. L’équipe spéciale d’intervention est sur la sellette. C’est fini. Don Morris était impliqué dans le coup d’état, depuis le début. Il est en partie responsable de l’une des pires atrocités qui aient jamais été commises sur le sol américain. Et il a créé l’équipe spéciale d’intervention. Je suis sûr que vous comprenez que la sécurité, et surtout la sécurité de la Présidente, est la chose la plus importante pour nous à l’heure actuelle. Et ce n’est pas juste l’équipe spéciale d’intervention. Nous enquêtons sur des sous-agences suspectes au sein de la CIA, de la NSA, et du Pentagone, parmi d’autres. Nous devons éradiquer les conspirateurs, afin qu’une telle chose ne puisse plus jamais arriver. »

« Je comprends votre inquiétude, » dit Luke.

Et c’était vrai. Le gouvernement était très fragile pour l’instant. Il n’avait peut-être jamais été aussi fragile. Le Congrès avait été presque entièrement balayé et un mannequin à la retraite était devenue Présidente du pays. Les États-Unis étaient un colosse aux pieds d’argile et s’il y avait encore des conspirateurs dans les parages, il n’y avait aucune raison qu’ils n’essayent pas à nouveau de prendre le pouvoir.

« Si vous allez de toute façon supprimer l’équipe spéciale d’intervention, alors c’est le moment parfait pour moi pour partir. » Plus il le répétait à haute voix, plus cela devenait réel à ses yeux.

Il était temps de reconstruire sa famille. Il était temps de recréer cet endroit idyllique dans sa tête où lui, Becca et Gunner pouvaient être seuls, loin de toutes ces préoccupations, et où même si le pire arrivait, ce ne serait pas si grave que ça.

Peut-être même qu’il devrait rentrer chez lui et demander à Becca si elle avait envie de déménager au Costa Rica. Gunner pourrait devenir bilingue. Ils pourraient vivre quelque part sur une plage. Becca pourrait avoir son jardin exotique. Luke pourrait aller surfer plusieurs fois par semaine. La côte Ouest du Costa Rica était un endroit avec les plus belles vagues d’Amérique.

Susan prit la parole pour la première fois. « C’est le pire moment pour que vous partiez. Votre pays a besoin de vous. »

Il la regarda. « Vous savez quoi, Susan ? Ce n’est pas totalement vrai. Vous pensez ça parce que je suis le type que vous avez vu dans le feu de l’action. Mais il y a des milliers de types comme moi. Des gars plus capables, plus expérimentés, plus équilibrés. Peut-être que vous ne le savez pas, mais beaucoup de gens pensent que je suis imprévisible, un électron libre. »

« Luke, vous ne pouvez pas m’abandonner maintenant, » dit-elle. « On est au bord d’un désastre. Je me retrouve dans un rôle que je n’étais pas… que je n’attendais pas. Je ne sais pas à qui me fier. Je ne sais pas discerner les bons des mauvais. Je m’attends à tout moment à prendre une balle dans la tête. J’ai besoin de mes gens autour de moi. Des gens en qui je peux avoir confiance. »

« Et je fais partie de ces gens ? »

Elle le regarda droit dans les yeux. « Vous m’avez sauvé la vie. »

Richard Monk prit part à la conversation. « Stone, ce que vous ne savez pas, c’est que l’Ebola peut être répliqué. Ça n’a pas été dit au cours de la réunion. Wesley Drinan nous a confié qu’il était possible que des gens ayant le bon équipement et la connaissance nécessaire soient à même d’en fabriquer davantage. La dernière chose dont nous avons besoin, c’est qu’un groupe inconnu de personnes se créent un arsenal d’un virus militarisé de l’Ebola. »

Luke regarda à nouveau Susan.

« Acceptez cette mission, » dit Susan. « Découvrez ce qui est arrivé à cette femme disparue. Retrouvez le virus de l’Ebola. Quand vous reviendrez, si vous voulez toujours prendre votre retraite, je ne vous demanderai plus jamais de faire quoi que ce soit pour moi. On a commencé quelque chose ensemble il y a quelques jours. Faites cette dernière chose pour moi et je considérerai que le boulot est terminé. »

En disant ces mots, elle ne le quitta pas des yeux. C’était une vraie politicienne, à bien des égards. Quand elle voulait quelque chose, elle y parvenait. Il était difficile de lui dire non.

Il soupira. « Je peux partir demain matin. »

Susan secoua la tête. « On a déjà un avion qui vous attend. »

Les yeux de Luke s’écarquillèrent de surprise. Il prit une profonde inspiration.

« OK, » finit-il par dire. « Mais d’abord, je veux rassembler quelques hommes de l’équipe spéciale d’intervention. Je pense à Ed Newsam, Mark Swann et Trudy Wellington. Newsam est blessé pour l’instant mais je suis presque sûr qu’il acceptera si je le lui demande. »

Susan et Monk échangèrent un regard.

« On a déjà contacté Newsam et Swann, » dit Monk. « Ils ont tous les deux accepté et ils sont en route pour l’aéroport. Mais j’ai bien peur que Trudy Wellington, ce ne sera pas possible. »

Luke fronça les sourcils. « Elle a refusé ? »

Monk baissa les yeux vers le bloc-notes qu’il tenait en main. Il ne prit même pas la peine de les relever avant de parler. « On ne sait pas parce qu’on ne l’a pas contactée. Malheureusement, utiliser Wellington est hors de question. »

Luke se tourna vers Susan.

« Susan ? »

Monk releva les yeux. Son regard passa de Luke à Susan. Il se remit à parler avant que Susan ne dise un mot.

« Wellington n’est pas toute nette. C’était la maîtresse de Don Morris. Il est hors de question qu’elle prenne part à cette opération. Elle ne sera même plus employée par le FBI d’ici un mois, et il se pourrait qu’elle soit accusée de trahison d’ici là. »

« Elle m’a dit qu’elle n’était au courant de rien, » dit Luke.

« Et vous la croyez ? »

Luke ne prit même pas la peine de répondre à la question. Il ne connaissait pas la réponse. « Je veux qu’elle vienne, » se contenta-t-il de dire.

« Sinon ? »

« Ce soir, j’ai laissé mon fils tout seul devant un barbecue où on grillait un bar qu’on avait pêché ensemble. Je pourrais tout de suite prendre ma retraite. Ça me plaisait d’être professeur de collège. J’ai hâte de m’y remettre. Et j’ai hâte de voir mon fils grandir. »

Luke fixa Monk et Susan des yeux.

« Alors ? » dit-il. « Qu’est-ce que vous en pensez ? »




CHAPITRE SEPT


11 juin

2h15

Ybor City, Tampa, Floride



C’était un travail dangereux.

Tellement dangereux qu’il n’aimait pas du tout se rendre au niveau du laboratoire.

« Oui, oui, » dit-il au téléphone. « Nous avons quatre personnes qui y travaillent pour l’instant. Ils seront six quand la nouvelle équipe arrivera. Ce soir ? C’est possible. Je ne peux pas encore le promettre. Appelez-moi vers dix heures du matin et j’en saurai un peu plus. »

Il écouta un instant. « Eh bien, je pense qu’une camionnette, ce sera assez grand. En plus, ce sera plus facile d’accéder à l’embarcadère. Ces trucs sont invisibles à l’œil nu. Même un milliard de ces machins, ça ne prend pas beaucoup de place. Si c’était nécessaire, je suis sûr qu’on pourrait tout mettre dans le coffre d’une voiture. Enfin, de deux voitures, ce serait mieux. Une pour la route, et une pour l’aéroport. »

Il raccrocha. Son nom de code était Adam. Comme le premier homme, parce qu’il avait été le premier à être engagé pour ce boulot. Il en comprenait parfaitement les risques, à la différence des autres membres de l’équipe. Il était le seul à connaître la portée globale du projet.

Il regarda le petit entrepôt à travers la grande vitre du bureau. Ils travaillaient 24 heures sur 24 en trois équipes. Ceux qui était actuellement là, trois hommes et une femme, portaient des combinaisons blanches de laboratoire, des lunettes de protection, des masques ventilés, des gants en caoutchouc et des bottes sécurisées.

Les travailleurs avaient été choisis pour leur capacité à faire de la simple microbiologie. Leur boulot consistait à cultiver et à multiplier un virus en utilisant le milieu alimentaire qu’Adam leur avait fourni, puis de lyophiliser les échantillons pour leur transport et une transmission ultérieure par aérosol. C’était un travail fastidieux, mais pas compliqué. N’importe quel assistant de laboratoire ou étudiant en seconde année de biochimie était capable de le faire.

Vu qu’ils travaillaient vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’arsenal de virus lyophilisés augmentait rapidement. Adam faisait un rapport à ses employeurs toutes les six ou huit heures, et ils étaient très contents avec leur rythme. Depuis hier, ils commençaient même à être vraiment enchantés. Le travail serait bientôt terminé, peut-être même déjà aujourd’hui.

Adam sourit à cette idée. Ses employeurs étaient enchantés et ils le payaient vraiment très, très bien.

Il prit une gorgée de son café et continua à regarder les travailleurs. Il ne savait pas combien de cafés il avait consommé au cours des derniers jours, mais c’était beaucoup. Les journées commençaient à se fondre les unes aux autres. Quand il commençait à être fatigué, il se couchait sur le lit dans son bureau et dormait un petit peu. Il portait le même équipement de protection que les travailleurs du laboratoire. Il ne l’avait pas retiré depuis deux jours et demi.

Adam avait fait de son mieux pour construire un laboratoire de fortune dans l’entrepôt. Il avait fait son possible pour protéger les travailleurs et lui-même. Ils avaient des vêtements de protection. Il y avait une pièce où jeter ces vêtements et des douches pour éliminer toute trace de résidus.

Mais il y avait aussi des considérations financières et des contraintes de temps. Ils devaient travailler vite et, bien entendu, tout ça devait rester secret. Il savait que les protections ne correspondaient pas aux normes des Centres américains pour le contrôle des maladies – s’il avait eu un million de dollars et six mois pour construire cet endroit, ça n’aurait pas encore été suffisant.

Pour finir, il avait construit ce laboratoire en moins de deux semaines. Il était situé dans une zone de vieux entrepôts, dans un quartier qui était depuis longtemps habité par des Cubains et d’autres immigrés.

Personne ne ferait attention à cet endroit. Il n’y avait aucune indication sur le bâtiment et il était collé à une dizaine d’autres édifices dans le genre. Le loyer était payé pour les six mois à venir, même s’ils n’avaient besoin de l’installation que pour une très courte période de temps. Il avait son propre parking et les travailleurs allaient et venaient comme n’importe quels autres ouvriers d’entrepôt ou d’usine un peu partout ailleurs – à des intervalles de huit heures.

Les travailleurs étaient très bien payés en cash et certains ne parlaient même pas anglais. Ils savaient ce qu’ils devaient faire avec le virus, mais ils ne savaient pas exactement ce qu’ils maniaient ni pourquoi. Il était peu probable qu’il y ait une descente de police.

Il se sentait néanmoins nerveux à l’idée d’être si proche de ce virus. Il serait soulagé de terminer cette partie du boulot, de recevoir son dernier payement, puis d’évacuer l’endroit comme s’il n’avait jamais été là. Après ça, il prendrait un avion pour la côte Ouest. Pour Adam, il y avait deux parties à ce boulot. Une ici, et l’autre… ailleurs.

Et cette première partie serait bientôt terminée.

Aujourd’hui ? Oui, peut-être déjà aujourd’hui.

Il avait décidé qu’il quitterait le pays pendant un temps. Quand tout ça serait terminé, il prendrait de longues vacances. Le Sud de la France l’attirait pas mal. Avec l’argent qu’il gagnait, il pourrait aller là où il voulait.

C’était simple. Une camionnette, ou une voiture, ou peut-être deux voitures, viendraient dans la cour. Adam fermerait le portail pour que personne ne puisse voir ce qui se passait. Ses travailleurs chargeraient alors le matériel dans les véhicules. Il s’assurerait qu’ils fassent ça prudemment, et il leur faudrait probablement une vingtaine de minutes.

Adam se sourit à lui-même. Une fois que le chargement serait terminé, il prendrait un avion pour la côte Ouest. Et peu après ça, le cauchemar allait commencer. Et il n’y avait rien que personne puisse faire pour l’empêcher.




CHAPITRE HUIT


5h40

Le ciel au-dessus de la Virginie-Occidentale



Le Learjet à six places filait à travers le ciel du petit matin. Le jet était bleu foncé avec le sceau des services secrets sur le côté. Derrière lui, un bout de soleil levant commençait à pointer au-dessus des nuages.

Luke et son équipe utilisaient les quatre places à l’avant en tant que salle de réunion. Ils avaient placé leurs bagages et leur équipement sur les sièges à l’arrière.

Il avait rassemblé l’équipe. Dans le siège à côté de lui, était assis Ed Newsam. Il portait un pantalon kaki et un t-shirt à longues manches. Une paire de béquilles était appuyée sur le côté de son siège, juste en-dessous du hublot.

En face de Luke, se trouvait Mark Swann. Il était grand et mince, avec des cheveux cendrés et des lunettes. Il avait étendu ses longues jambes dans l’allée. Il portait un vieux jean troué et une paire de baskets rouges. On venait de le relever de ses fonctions en tant que leurre dans le cadre d’un réseau de pédophiles et il en avait l’air plus que satisfait.

En face d’Ed, était assise Trudy Wellington. Elle avait des cheveux bruns bouclés, elle était mince et attrayante dans son sweat vert et son pantalon. Elle portait de grandes lunettes rondes sur le nez. Elle était très belle, mais avec ses lunettes, elle ressemblait presque à un hibou.

Luke ne se sentait pas très bien. Il avait appelé Becca avant le départ et la conversation ne s’était pas bien passée. Ils avaient à peine parlé, en fait.

« Où est-ce que tu vas ? » lui avait-elle demandé.

« À Galveston, au Texas. Il y a eu une faille de sécurité dans un laboratoire. »

« Le laboratoire BSL-4 ? » dit-elle. Becca était elle-même une chercheuse spécialisée sur le cancer. Elle travaillait depuis quelques années sur un remède pour les mélanomes. Elle faisait partie d’une équipe, basée dans différents instituts de recherche, qui avait réussi à neutraliser des cellules de mélanome en y injectant le virus de l’herpès.

Luke hocha la tête. « C’est cela, oui. Le laboratoire BSL-4. »

« C’est dangereux, » dit-elle. « J’imagine que tu es au courant. »

Il faillit se mettre à rire. « Chérie, en général, ils ne m’appellent pas si ce n’est pas dangereux. »

Le ton de Becca était froid. « Eh bien, sois prudent, s’il te plaît. On t’aime, tu sais. »

On t’aime.

C’était une manière bizarre de le dire, comme si elle et Gunner l’aimaient en tant que groupe, mais pas nécessairement de manière individuelle.

« Je sais, » dit-il. « Je vous aime énormément tous les deux. »

Il y eut un silence sur la ligne.

« Becca ? »

« Luke, je ne peux pas te promettre qu’on sera là à ton retour. »

Maintenant qu’il était dans l’avion, il secoua la tête pour balayer cette phrase de sa tête. Ça faisait partie du boulot. Il devait compartimenter sa vie. Oui, il avait des problèmes familiaux. Et il ne savait pas comment les régler. Mais ils ne pouvait pas non plus les amener avec lui à Galveston. Ça le distrairait de son boulot et ça pourrait être dangereux, pour lui-même, mais aussi pour toutes les autres personnes impliquées. Il devait se concentrer à cent pourcents sur sa tâche.

Il regarda par le hublot. Le jet filait à toute vitesse à travers le ciel. En-dessous d’eux, il vit des nuages blancs flotter. Il prit une profonde inspiration.

« OK, Trudy, » dit-il. « Tu peux nous faire un topo ? »

Trudy leva sa tablette pour que tout le monde puisse la voir. Elle eut un large sourire. « Ils m’ont rendu mon ancienne tablette. Merci, chef. »

Il secoua la tête et eut un petit sourire. « Continue à m’appeler Luke. Maintenant, vas-y, dis-nous ce qu’il y a à savoir. »

« Je vais partir du principe que vous ne savez rien sur le sujet. »

Luke hocha la tête. « Ça me paraît très bien. »

« OK. On est en route pour le laboratoire national de Galveston, au Texas. C’est l’une des quatre installations connues de biosécurité de niveau 4 aux États-Unis. Ce sont des installations de recherche en microbiologie avec le plus haut niveau de sécurité, avec des protocoles de sécurité très poussés pour ceux qui y travaillent. Ces installations manient certains des virus et bactéries les plus infectieux et mortels au monde. »

Swann leva la main depuis son siège. « Tu as dit que c’était l’une des quatre installations connues. Ça veut dire qu’il y en a qui ne sont pas connues ? »

Trudy haussa les épaules. « Certaines sociétés spécialisées dans les sciences de la vie, surtout celles qui sont étroitement surveillées, pourraient avoir des installations BSL-4 sans que le gouvernement ne soit au courant. Oui, c’est possible. »

Swann hocha la tête.

« Le truc qui est différent concernant cette installation à Galveston, c’est que les trois autres installations BSL-4 sont toutes situées au sein d’infrastructures gouvernementales hautement sécurisées. Galveston est la seule qui se trouve sur un campus, un fait qui a fréquemment été mentionné comme pouvant être un potentiel problème de sécurité avant que l’installation soit ouverte en 2006. »

« Et qu’est-ce qu’ils ont fait à ce sujet ? » demanda Ed Newsam.

Trudy sourit à nouveau. « Ils ont promis d’être extrêmement prudents. »

« Super, » dit Ed.

« Passons au cœur du sujet, » dit Luke.

Trudy hocha la tête. « OK. Il y a trois jours, il y a eu une coupure d’électricité le soir. »

Luke écouta distraitement pendant que Trudy expliquait ce que le directeur du laboratoire avait dit la veille au soir devant Susan et son staff. L’histoire du gardien de nuit, de la scientifique et de la fiole d’Ebola. Il entendait ce que Trudy disait mais il l’écoutait à peine.

Il revit Becca et Gunner sur le porche, au moment où il était parti. Il essaya de balayer cette image mais il n’y parvint pas. Pendant un long moment, tout ce qu’il vit, c’était Gunner regardant d’un air triste le bar rayé posé sur le barbecue.

« Ça ressemble à du sabotage, » dit Newsam.

« Et c’est probablement le cas, » dit Trudy. « Le système est conçu pour être redondant, et non seulement la source principale d’énergie a lâché, mais également le système de secours. Ce n’est pas le genre de choses qui arrivent souvent, à moins d’avoir eu de l’aide. »

« Que sait-on au sujet de la femme qui se trouvait à l’intérieur à ce moment-là ? » dit Luke. « Quel est son nom ? On a du neuf à son sujet ? »

« J’ai fait quelques recherches sur elle. Aabha Rushdie, vingt-neuf ans. Elle est toujours portée disparue. Elle a un parcours exemplaire en tant que scientifique junior. Docteur en microbiologie. La plus haute distinction au King’s College de Londres. Une formation avancée en protocoles BSL-3 et BSL-4, y compris une accréditation pour travailler seule en laboratoire, ce que tout le monde n’est pas capable d’obtenir.

« Elle est à Galveston depuis trois ans et elle a travaillé sur de nombreux programmes d’importance, dont le programme d’armements qui nous intéresse. »

« OK, » dit Swann. « Il s’agit d’un programme d’armements ? »

Trudy leva la main. « J’y arriverai dans une minute. Je vais d’abord finir avec Aabha. La chose la plus intéressante à son sujet, c’est qu’elle est morte en 1990. »

Tout le monde se mit à fixer Trudy des yeux.

« Aabha Rushdie est morte dans un accident de voiture à Delhi, en Inde, quand elle avait quatre ans. Ses parents ont déménagé à Londres juste après. Plus tard, ils ont divorcé et la mère d’Aabha est retournée vivre en Inde. Son père est mort d’une crise cardiaque il y a sept ans. Et il y a cinq ans, Aabha a soudain ressuscité, avec toute une histoire sur sa vie, les écoles où elle était allée, et d’excellentes recommandations de professeurs en Inde, juste à temps pour faire son doctorat en Angleterre. »

« C’est une ombre, » dit Luke.

« Apparemment, oui. »

« Mais pourquoi l’Inde ? »

Trudy jeta un coup d’œil à ses notes. « Il y a environ un milliard d’habitants en Inde, mais personne n’est vraiment sûr du nombre exact. Le pays a beaucoup de retard par rapport à l’Occident en ce qui concerne l’informatisation des actes de naissance et de décès. Le pays connaît également une corruption généralisée dans les services publics, alors c’est très facile d’acheter l’identité de quelqu’un qui est décédé. L’Inde est une des sources les plus importantes au monde de fausses identités. »

« Oui, » dit Swann, « mais alors il faut que l’ombre soit également indienne. »

Trudy leva le doigt. « Pas nécessairement. Aux yeux des occidentaux, il y a très peu de différence dans l’apparence de personnes venant du Nord de l’Inde, où se trouve Delhi, et les habitants du Pakistan, qui se trouve juste à côté. En fait, même pour les Indiens et les Pakistanais eux-mêmes, il n’y a pas beaucoup de différence. Alors, à mon avis, il est très probable qu’Aabha Rushdie soit en fait Pakistanaise, et probablement musulmane. Il se pourrait qu’elle soit un agent des renseignements pakistanais, ou pire, membre d’une secte conservatrice sunnite ou wahabite. »

Ed Newsam émit un grognement.

Le cœur de Luke se serra un moment dans sa poitrine. De tous les analystes avec lesquels il avait travaillé, Trudy était la meilleure. Les informations qu’elle parvenait à obtenir et sa capacité à interpréter des scénarios étaient du plus haut niveau. Si elle avait raison, alors une Sunnite pakistanaise venait juste de voler une fiole du virus de l’Ebola.

C’était une journée qui s’annonçait mouvementée.

Il regarda son équipe, avant de s’arrêter sur Trudy.

« Vas-y, continue, » lui dit-il.

« OK, on en arrive maintenant au pire, » dit Trudy.

« Pourquoi ? Il y a pire que ça ? » dit Swann. « Je croyais qu’on venait juste d’atteindre le fond, là. Comment est-ce que ça peut encore être pire ? »

« Pour commencer, les responsables de l’installation de Galveston ont passé les premières quarante-huit heures après le vol à dissimuler ce qui était arrivé. Enfin, je ne veux pas non plus dire qu’ils ont cherché à le cacher, mais ils ont fait leur propre enquête interne, qui n’a mené à rien. Ils ont envoyé des gens à la recherche d’Aabha Rushdie, alors qu’elle était déjà probablement partie depuis longtemps. À aucun moment, ils ont pensé qu’Aabha aurait pu avoir volé le virus. Les gens auxquels j’ai parlé hier soir n’y croient toujours pas. Apparemment, tout le monde l’adorait là-bas, bien que personne ne sache grand-chose à son sujet. »

« Comme par exemple qu’elle était morte depuis vingt-cinq ans ? » dit Swann.

Trudy continua. « Alors ils ont interrogé toutes les techniciennes et tous les techniciens du laboratoire, pour voir si quelqu’un avait pris la fiole par accident. Personne n’a confessé et il n’y avait aucune raison de suspecter qui que ce soit. Ils ont vérifié leurs inventaires et la fiole avait été listée comme sécurisée à peine quelques heures avant la coupure d’électricité. »

« Pourquoi penses-tu qu’ils ont tardé à en parler ? »

« Ça, c’est la deuxième chose, et probablement la pire. La fiole disparue ne contient pas seulement le virus de l’Ebola. C’est une version militarisée du virus. Il y a trois ans, le laboratoire a reçu une importante subvention de la part des Centres américains pour le contrôle des maladies, et un financement des Instituts américains de la santé et du département de la Sécurité intérieure. Cet argent était destiné à trouver un moyen de modifier le virus pour le rendre encore plus virulent – augmenter la facilité avec laquelle il pouvait se transmettre de personne en personne, la vitesse avec laquelle l’Ebola se déclarait, et le pourcentage de personnes infectées que le virus pourrait tuer. »




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