Translator Jean Sebastien
Photograph Gleb Karpinskiy
© Gleb Karpinskiy, 2020
© Jean Sebastien, translation, 2020
© Gleb Karpinskiy, photos, 2020
ISBN 978-5-4498-3962-6
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La journée s’était mal passée dès le début et, apparemment, la soirée aussi. Il s’asseyait chez Harry (au Harry’s Bar) et regarda stupidement en bas, comment la fontaine principale du Safari Center jouait avec une variété de couleurs. Pablo voyait tout cela des milliers de fois et n’arrivait pas à comprendre les regards enthousiastes des touristes éméchés. Il y avait beaucoup de monde. Tout le monde s’amusait, certains dansaient, mais lui, il était angoissé. Il dépensa son dernier sou, alors qu’il lui fallait encore aller au « Botanico» et commander quelque chose de la cuisine thaïlandaise. Voilà comment il voulait apaiser sa bien-aimée qui l’attendait chez lui. Elle aimait quelque chose avec du piment chili.
À son retour, Sosa le rencontrerait comme d’habitude. Après le yoga, elle serait douce et obéissante. Après la douche, elle le rencontrerait avec des cheveux noirs mouillés, un pantalon léger et un T-shirt blanc à travers lequel on peut clairement voir ses jeunes seins. Elle serait aussi certainement en pantoufles roses, qu’il lui avait données récemment parce qu’il en avait marre des autres pantoufles. Elle le rencontrerait sans reproche et l’embrasserait doucement sur les lèvres quand il lui tendrait le sac de nourriture du restaurant. Ensuite, Sosa lui demanderait s’il avait réussi l’examen d’anglais, mais elle demanderait cela pour la décence. Pablo, certainement, lui répondrait quelque chose de grossier, et elle sourirait, dirait que l’année prochaine il réussirait sûrement. Et puis elle irait tranquillement dîner devant la télévision, et Pablo, assez ivre et en colère, tomberait sur le canapé à côté d’elle, en suçant le reste de la bière, et regarderait également ces stupides séries jusqu’à ce qu’il s’endormirait au milieu du film. Bien que, semble-t-il, la dernière fois qu’il s’était endormi tout au début.
Pablo se tourna et regarda celui qui s’est assis auprès de lui chez Harry. Il n’y avait plus de sièges vides autour, et il autorisait de s’asseoir près de lui, bien qu’il pouvait refuser. Pablo était sur le point de partir, mais le gars commençait à se vanter de ses aventures, essayant d’encourager Pablo, car le dernier ne cachait pas sa mauvaise humeur.
– Tu n’imagines même pas comment elle suce. C’est une bombe, mec! – il claqua familièrement Pablo sur l’épaule. – Non, non! Tu n’imagines même pas! Tu dois absolument te détendre, regarde les bambines là-bas… Regarde, regarde, elles t’adorent, mon pote.
Pablo regardа involontairement du côté de la table, où deux blondes chics s’étaient assises devant des verres de vin. Elles étaient vêtues de tenues très révélatrices: en jupes courtes, chaussures à talons hauts. Tout cela, Pablo le connaissait. Les blondes chuchotèrent entre elles et gloussèrent sur les jetons de son ami noir inconnu.
Il demanda l’addition et effectua le payement.
– Non, non, mec. Tu n’imagines pas… Elle ne se contente pas de sucer, elle t’avale, t’aspire complètement… – criant l’Africain dans le but de le retenir.
Et s’il n’y avait pas la musique forte noyant ce non-sens louable, Pablo serait très mal à l’aise. Il soupira fortement, se hâta de se cacher des regards indiscrets et fut content d’avoir rapidement pris un taxi.
«Le fait que je n’avais pas réussi l’examen savait, probablement, tout le monde. Eh bien, 45 euros de moins. Je survivrai, je vais moins traîner dans les bars et moins dépenser de l’argent pour le taxi».
Pablo travaillait comme enseignant de mathématiques à l’école publique de Tenerife. Chaque année, il essayait de passer un examen d’anglais et d’obtenir un certificat. Cela lui permettrait de percevoir un supplément de salaire de 45 euros. Ce n’est pas beaucoup, mais maintenant à cause de la crise chaque euro compte. Avant il avait travaillé dans une école privée, mais là-bas ils payaient peu, même si les élèves étaient bons et plus obéissants, et les parents étaient plus adéquats, mais ici, c’est un vrai cauchemar. Il aimait enseigner. Mais, dans cette école il y avait beaucoup d’agitation. Les enfants des migrants étaient particulièrement encombrants. Ils ne comprenaient rien, étaient méchants et sans tact et, de plus, ne connaissaient pas bien la langue.